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À moi donc de me plier à l’exercice du best of de fin d’année. Pas facile, j’ai horreur de la hiérarchie et comment quantifier le plaisir de lecture ? Mais une fois la contrainte de l’exercice acceptée, pas désagréable finalement. Une petite pause, un regard en arrière sur une année de lectures et les plaisirs, les émotions ressenties resurgissent… Bref, voici onze bouquins qui m’ont fortement marquée cette année, classés par ordre alphabétique de titres.

Un roman profond et drôle mettant en scène une belle brochette de losers magnifiquement humains avec un talent et une empathie immenses.
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Une atmosphère noire, envoûtante et poétique, des personnages sublimes dépouillés de toute vanité, une plongée au plus profond de l’humanité de chacun avec tout ce qu’elle peut comporter de violence, de noirceur mais aussi d’amour et de rédemption.

Un grand roman d’aventures dans l’Amérique du XIXe siècle, une histoire pleine de bruit et de fureur écrite dans un style époustouflant avec des personnages magnifiques.

De beaux personnages romanesques qui se lient à d’autres, bien réels dont Enki Bilal, l’aventure se marie avec le polar noir de très belle manière.

L’histoire de Médée, pleine de rage et de révolte racontée avec la puissance de David Vann.

Une enfant abandonnée qui recherche sa mère avec un ancien inspecteur alcoolique et une voyante extralucide. Une histoire belle et noire dans une atmosphère étrange mâtinée de surnaturel sur l’amour des mères. Une écriture envoûtante.
- LES FANTÔMES DU VIEUX PAYS de Nathan Hill chez Gallimard
Une fresque immense et magnifique. Une histoire humaine émouvante mêlée à l’Histoire : de la deuxième guerre mondiale en Norvège à nos jours en passant par 1968 à Chicago. Des personnages forts et attachants. - LUNE COMANCHE de Larry McMurtry chez Gallmeister

Un western sublime, le crépuscule d’un monde sauvage et tout le talent de Larry McMurtry.

Fred Vargas connaît la puissance des mots et des noms. Elle réussit à nous tenir en haleine jusqu’au bout et nous offre un roman fort qui nous confronte au Mal et résonne longtemps après avoir refermé le livre.
- SOUS TIBÈRE de Nick Tosches chez Albin Michel
Jésus, petite frappe aux yeux d’ange coaché par Gaius, rhétoricien aguerri et doué, vieux routard de la manipulation des foules… La vie de Jésus par l’immense Nick Tosches. Erudit et barré. - UNDERGROUND RAILROAD de Colson Whitehead chez Albin Michel

Colson Whitehead mêle fiction et réalité avec une puissance extraordinaire pour explorer les pages noires de l’histoire de l’Amérique.

Il rend un bien bel hommage, Marek Corbel, dans son dernier roman noir, Auguste l’aventurier, librement inspiré par la vie et l’œuvre d’Auguste Monfort dit Le Breton (1913-1999).
Né à Lesneven (29-N, comme le précisaient les PTT à une autre époque, qui n’avaient pas intérêt à se gourer de train postal), orphelin de père dès les premiers orages d’acier de la guerre en 14, abandonné par sa mère par la suite, le jeune Auguste devient pupille de la Nation et est placé en intuition. Il s’en évade plusieurs fois, ce qui l’amène être transféré dans un Centre d’Education surveillée, au régime sévère. Devenu adulte, en région parisienne, il fréquente la zone et mène une vie de petit ouvrier. Lorsque la Seconde Guerre Mondiale et l’Occupation surviennent, il fait le bookmaker, possède des parts dans des tripots et restaurants, s’égratigne avec une partie du Milieu français qui profite de cette période pour développer des affaires et des « services » voués depuis aux gémonies. Certains de nos bandits nationaux de l’époque choisirent en effet de se salir les mains et l’honneur. Auguste, qui faillit vraiment mal tourné, décoré de la Croix de Guerre à la Libération, ne se vit jamais que comme « héraut » de celles et ceux à qui on avait salopé l’enfance. Il en savait lui-même quelque chose.
C’est une promesse personnelle, après la naissance de sa fille, qui le pousse à écrire et devenir un auteur de romans noirs et polars, signés par sa maîtrise d’une langue verte et argotique. Il invente le terme même de « rififi » et en décline le terme dans de multiples titres, introduit le verlan dans la littérature, qui jusque-là était le verlen pour ses locuteurs. Ses succès de librairies deviennent aussi des adaptations cinématographiques assez peu méconnues, pour employer la litote : « Du rififi chez les hommes », « Razzia sur la chnouf », « Le clan des Siciliens ». Il côtoie Gabin, Ventura, Delon, Hossein, Gilles Grangier, Henri Decoin, Henri Verneuil, Jean-Pierre Melville.
J’abrège. Vous lirez de toute façon sur la page Wikipédia d’Auguste des lignes qui ressembleront trop aux miennes, qui n’a pas le courage de rédiger mieux. Cela m’a en tout cas donné envie d’en savoir plus.
Marek Corbel a trouvé la force et le talent pour nous donner un Auguste réinventé dans son expression et des moments de sa vie (et ceci nécessite un travail de recherche et de passion, il faut le saluer) : Gus Le Léon, taulier de bar interlope et prêt au coup de main pour sauver une pauvre fille bretonne mise au tapin (contre quelques talbins quand même), dans le XVIIIe arrondissement de Paris, aux dernières heures de l’Occupation en août 1944 ; le ci-après Auguste Tréguier, écrivain reconnu et déjà sur la pente du dédain dans les milieux littéraires, au beau milieu de l’été caniculaire de 1976, en villégiature à Nevez (29-S, comme le précisaient les PTT à une autre époque). Un satané bougre, un peu amer, mais toujours attaché à la Bretagne et à ce que lui a enseigné son destin personnel : « il faut (essayer de) sauver les enfants de la dureté de ce monde ».
Trois décennies après, ce qu’il a fait en août 1944 à Paris, revient lui gratter la mémoire, en la personne de Suzanne, une journaliste locale, qui a trente ans de chagrin sur le plastron. Elle est chargée de l’interviewer. Auguste va réaliser petit à petit à qui il a affaire. Ils ne se sont plus vus depuis lors. Mais ni l’une ni l’autre n’ont réellement oublié.
Pas loin, dans une résidence sur les bords de l’Aven, Le Hénan, on a retrouvé, un notable au passé pas si glorieux, calanché. Mort pas si naturelle, se révèle-t-il. Tandis qu’un gendarme local, un peu con, et un vieux briscard de la Sûreté rennaise envoyé sur place, s’acoquinent et racontent au travers de leurs échanges formels ou moins, la police et ses dynamiques politiques, en particulier en région Bretagne, depuis la Libération, jusqu’à la Ve République, le passé plus personnel pour d’autres remonte à la surface…
J’ai aimé, au travers de sœurs, que cela parle aussi de ces femmes bretonnes de la première moitié du XXe siècle, perdues entre la paroisse, la tradition et la grande ville, où elles ont été avalées, bonniches ou putains, bonnes filles du terroir assez fragiles pour qu’un sale destin (et des sales types) en fasse des putains. Certaines ont trouvé un courage énorme a existé. On a pu faire de Bécassine une godiche de l’imagerie nationale aussi parce qu’elle cristallisait une réalité de l’histoire sociale française. Un jour, quand il n’y eût plus assez de pauvres filles originaires des provinces à vouloir survivre, malgré la misère, les préjugés religieux et bourgeois, on partit en trouver ailleurs : Europe du Sud, Maghreb, Sud-Est asiatique… Toutes n’ont pas eu leur histoire évoquée ou exposée. Toutes n’ont pas eu un sauveur comme Auguste.
Parfois, dans ce roman d’une grande culture historique, littéraire et stylistique, régionale aussi, on se retrouve pris dans un faisceau de points vues et d’époques, entre août 1944 (l’Histoire) et août 1976 (la saison). On peut alors s’égarer entre troisième personne du pluriel, deuxième personne du singulier, reconstitutions historiques précises et vivantes et anecdotes locales non moins précises et vivantes, qu’il saurait falloir contextualiser ou décrypter. Ce serait peut-être à mes yeux un des défauts de l’écriture, celui de nous laisser par brefs instants désorientés. Mais d’autres pourraient y voir une virtuosité narrative.
En tout cas, du Paris des voyous et des compromis sous l’Occupation à l’été caniculaire de 1976 sur la côte sud du Finistère, Marek Corbel nous rend plus proche la voix, la gouaille et le parcours sinueux d’un personnage, Auguste, qui, s’il n’est ici pas totalement réel, est diablement romanesque.
Emouvant portrait et belle reconstitution d’époque.
Paotrsaout

« Le six-quatre? Une affaire non résolue qui remonte à l’an 64 du règne de l’empereur Shôwa. Une fillette de sept ans enlevée et assassinée sans que l’on parvienne à arrêter son ravisseur. Quatorze années ont passé, l’empereur n’est plus le même, mais la plaie reste ouverte pour cette région du nord de Tokyo. Dans cette année civile 2002, la prescription des faits approche. Pourtant, pas question de baisser les bras. Le grand chef de la police nationale doit venir l’annoncer officiellement au père de la victime et à la presse. Le commissaire Mikami, en charge des relations publiques depuis peu, a une semaine pour organiser la visite. Premier défi: régler au plus vite un différend avec les journalistes; deuxième: vaincre la résistance du père; troisième: ne pas se laisser envahir par ses propres démons. Mais pour relever ces défis, il lui faut avant tout débusquer la vérité aux sources les plus profondes de l’affaire et de l’âme humaine, là où il n’aurait jamais pensé la trouver… »
Alors, il faut avouer que la littérature noire nippone n’est pas la plus courue sous nos latitudes. Fonctionnant avec des codes, des mentalités qui nous semblent bien obscurs parce qu’inconnus ou compris, la société nippone souffre aussi d’un éloignement géographique qui perpétue une image énigmatique qui attire parfois méfiance. Citons le magnifique TREIZE MARCHES de Kazuaki Takano sorti l’an dernier aux presses de la cité et REVOLVER de Nakamura Fuminori aux éditions Picquier spécialisées dans le roman asiatique. Ma connaissance littéraire du pays du soleil levant, comme on peut le voir, souffre de nombreux manques mais, à l’avenir, je pourrai y ajouter, sans problème et d’évidence, ce SIX-QUATRE d’excellentissime facture et certainement le meilleur polar, et de loin, que j’ai pu lire cette année.
On ne peut que penser qu’à Ellroy si on veut un tant soit peu comparer l’œuvre avec ce qui existe déjà et fait saliver la plupart des amateurs de polar et cela dès le début d’un roman qui s’avère particulièrement passionnant en combinant enquête sur un cold case synonyme d’horreur dans le souvenir des équipes qui ont eu en main l’enquête échouée d’un enlèvement et drame personnel familial un peu à la manière de Herbert Liebermann dans Necropolis .
Le roman est dense, complexe, demande parfois beaucoup de concentration pour comprendre une histoire particulièrement tortueuse mais l’effort n’est pas inutile tant les rebondissements, les révélations au cours du roman permettent d’atteindre une certaine béatitude à qui veut bien prendre le temps de comprendre les rapports de hiérarchie et d’ « ainesse » entre les différents personnages. C’est du grand art, l’enquête avance doucement, au rythme d’un Mikami patient, obstiné et victime lui-même d’un drame autour de sa paternité.
La vérité sera terrible, à la hauteur de l’attente du lecteur accompli qui aura pris son temps, comme Mikani, de dénouer toutes les cordes qui maintiennent dans l’obscurité la vérité.
Du grand art !
Wollanup.
Je ne vous ferai pas croire que je n’ai consacré ces mois écoulés qu’à lire des nouvelles publications. Je ne parlerai donc ici que d’ouvrages parus en 2017 puisque c’est la formule du moment sur le blog. La liste des titres avec lesquels j’ai chevauché depuis janvier avec plaisir est bien entendu plus étoffée. De façon peu étonnante, vous trouverez trace ci-dessous de mes marottes : l’Amérique et son histoire, écrite avec du plomb et du sang.
Les Marches de l’Amérique de Lance Weller.
Puissant, profond, vaste comme les plaines et les montagnes que ses personnages parcourent. A damn good western comme dirait l’oncle Bill. Littéraire, bien sûr, parce que c’est écrit d’une plume assez magistrale, pour faire dans la litote.
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La poudre et la cendre de Taylor Brown
Une chevauchée haletante dans un paysage carbonisé physiquement et moralement par la guerre de Sécession. Mon cœur karstique s’est fendillé pour les deux jeunes héros. Ouais, parce qu’il y a, en plus, une forme de beauté et de l’amour dans tout ça.

La Famille Winter de Clifford Jackmann
Imaginez la scène finale de la citadelle dans La Horde Sauvage de Sam Peckinpah étirée sur plusieurs dizaines de pages. On se massacre copieusement dans cette histoire de bonshommes. Et les bonshommes sont ce qu’ils sont. Tordus, cruels, violents, pas bons donc. Mais pas complètement détestables. En plus, en toile de fond, des reconstitutions historiques et sociales solides et lucides.

Un seul parmi les vivants de Jon Sealy
L’anomalie n°1 peut-être de cette sélection. Plus Sud que Ouest des Etats-Unis. Alors ? Sur l’autre rive du Mississippi et en dessous de la ligne Dixie, d’autres contrées, d’autres terroirs, d’autres rythmes, d’autres hommes, qui meurent aussi sous les balles américaines. Et on peut en faire toute une histoire. Comme celle-là. « Sale et poisseuse » ai-je lu, fort à propos, ailleurs.

A coups de pelle de Cynan Jones
L’anomalie n°2 peut-être de cette sélection. Contemporain, gallois (mais le pays n’est-il pas à l’Ouest du Royaume-Uni ?), sensoriel, physique, animal. Et psychologique à la fois. C’est court, écrit au rasoir. Ça sert diablement la gorge et c’est très beau.

Scalp de Hugues Nicol
L’anomalie n°3 peut-être de … Non, c’est pour faire hennir le patron et les lecteurs du blog. Son of a gun ! Une BD… On en parle jamais ou presque ici. C’est dommage dans ce cas. Déjà parce que le personnage de chasseur de scalps John Glanton a laissé une trace sanglante dans la petite Histoire ET dans la grande littérature (Il va falloir l’admettre, Méridien de sang de Cormac McCarthy ne s’inspire pas de la Petite Maison dans la Prairie). Ensuite parce que le traitement narratif et graphique noir et blanc vaut le coup, ne serait-ce que d’œil. Ces quinze derniers mois, trois nouveautés BD/romans graphiques inspirés par Géronimo et les Apaches. Avec un meilleur rôle et une juste considération. Mais, désolé, pas moyen d’en faire, comme là, l’objet d’une chronique « noire et partisane ».

Voilà. Le compte est bon, 6 projectiles dans le barillet. Visez le cœur. Joyeux Noël sur la Frontière.
Paotrsaout
Alors soyons clairs et honnêtes, 2017 n’a pas été, à mes yeux, une année impérissable tant dans la qualité et sa quantité. Mais, preuve est de constater que je me dédis en inscrivant 13 ouvrages à mon palmarès. Point de classement car je ne suis personne pour s’arroger le droit, l’expertise d’une telle outrecuidance. Je présente, donc, mes lectures, qui conservent une trace forte, indélébile (?), de cette saison dans sa chronologie. Et, décidément, j’aurai pu en mentionner d’autres et le choix reste cornélien….
Les Larmes noires sur la terre de Sandrine Collette/ Denoël
Première claque de l’année et quelle claque! Du noir, c’est noir, l’espoir est relégué au second plan. Une écriture qui s’affirme, qui s’affine, qui s’envole dans un monde où l’avenir semble décidément sombre et exempt de bienveillance. On piaffe d’impatience pour 2018…
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Connemara Black de Gérard Coquet/ Jigal
Ecriture et fond tout y est! De l’humour, une peinture de cette région irlandaise et un récit affiné à la Kilkenny. Un très beau moment de lecture dans cette ambiance où pointe un brouillard à trancher à la serpe!

Brigade des Mineurs de Raynal Pellicer et Titwane/ La Martinière
Une fois n’est pas coutume une bande dessinée. Et quel reportage illustré où les géniteurs se sont imprégnés avec respect et méthode dans ce service où l’émotion est à son comble! Une oeuvre, dans le genre, magistrale!

Un Bref moment d’héroïsme de Cédric Fabre/ Sang Neuf
Nouveau venu dans le Landerneau des éditions cette année et cet ouvrage avait retenu mon attention. Peut-être, aussi, par le parallèle incessant à des références musicales mais surtout par cette tension, ce message politique et sociétal empreint de sincérité.

Transsiberian Back To Black de Andréï Doronine/ La Manufacture De Livres
Un OVNi littéraire où le ton punchy et réaliste vous prend aux tripes. Témoignage poignant doté d’un emballage écrit avec les tripes, certes, mais avec un stylo acéré.

La Soif de Pierre-François Moreau/ La Manufacture de Livres
Une belle calotte d’où l’on ressort la langue saburrale! Un mix, qui n’engage que moi, entre les frères Coen et un Tarantino.

Le Diable n’est pas mort à Dachau de Maurice Gouiran/ Jigal
Roman noir avec une belle dose d’histoire pan et post seconde guerre mondiale. Et l’homme, l’écrivain, sait y mettre les mots dans nos maux ne cherchant pas la repentance.

Glaise de Franck Bouysse/ La Manufacture de Livres
L’homme se place dans sa dimension de littérateur en traçant son chemin à la serpe. Il nous convie à son bal à coup d’émotions par son vecteur naturel et naturaliste. Du bel ouvrage qui laisse augurer de belles pages futures.

Minuit à contre Jour de Sébastien Raizer/ La Série Noire
Clôture de sa trilogie savamment orchestrée. Lecture exigeante, l’ouvrage colle à la rétine et tisse une toile arachnoïde dans nos cellules grises. Un homme qui vit dans son temps mais sait ce qui nous réserve…

Le Pays des hommes Blessés de Alexander Lester/ Denoël
Un pan historique méconnu du continent africain dans cette mue de l’ancienne Rhodésie, actuel Zimbabwe, où violence et affrontements, frontaux et idéaux, nous clouent sous une plume dont l’encrier est mêlé de sang.

Entre Deux Mondes d’Olivier Norek/ Michel Lafon
L’homme nous avait habitués à des polars calibrés, classiques, efficaces sous l’égide de ses précédentes expériences professionnelles, là il se classe dans le cercle des auteurs. Il a su infléchir son discours pour nous narrer une histoire d’hommes avec l’émotion nécessaire et un style affirmé avec une empathie bannissant l’ostentatoire. Une belle réussite!

Ils ont voulu nous civiliser de Marin Ledun/ Flammarion
On connaît l’auteur et se ses qualités humanistes son souci d’autrui et dans cet acte il nous assène une série de coups en panavision au milieu d’un décor tempétueux. Un fils de Manchette ou de Fajardie sans nul doute!

L’Essence du Mal de Luca d’Andrea/ Denoël
Premier ouvrage de cet jeune auteur italien qui appâte notre envie de nous plonger dans ses prochains, assurément. On pourrait se dire qu’il y a une école transalpine, car j’aurais pu citer par la même Antonio Manzini coupable d’un Schiavone toujours efficace, mais il a su faire cohabiter des thématiques lourdes, périlleuses à traduire dans un récit complet. On est bien face à une histoire de l’obsession servie par un style, une écriture qui m’ont submergé et poussé à l’irrépressible envie, que l’on cherche tous, à tourner la page… Grazie mille!
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Chouchou
Et puis comme l’on est dans les «Best of » un titre, parmi tant d’autres, ayant marqué mes osselets…(surtout l’enclume)
Nous y sommes, 2017 touche presque à sa fin, voici donc le temps des tops ! En l’occurrence mon premier parmi la fine équipe de Nyctalopes ! Mon premier top, ça se fête ! Après une année de chroniques j’ai sélectionné les romans qui ont laissé une marque indélébiles dans mon esprit. Cette suite de romans n’a pas d’ordre, ce sont tous mes meilleurs.
Black$tone de Guillaume Richez / Fleur Sauvage
Parce que c’est un thriller noir et géopolitique dont le sujet, un conflit entre la République populaire de Chine et les Etats Unis, est fort intéressant ! Et que ce roman fout une claque !

Choucroute Maudite de Rita Falk / Mirobole
Comment ne pas aimer la bonne bouffe ? Un roman policier teinté d’un humour façon Coen’s brothers, comment ne pas succomber ?

Comme un Blues de Anibal Malvar / Asphalte
Les éditions Asphalte, vous les retrouverez souvent par ici. “Comme un blues”, un roman noir qui nous en apprend un peu plus sur l’histoire de l’Espagne et nous pousse à réfléchir sur la question de l’héritage et de l’Histoire.

Je servirai la liberté en silence de Patrick Amand / Editions du Caïman
Je ne cesserai de clamer mon amour pour le Caïman qui nous gâte à chaque publication. “Je servirai la liberté en silence”, un roman policier où l’humour côtoie des questions essentielles sur notre histoire.

L’âge d’or de Michal Ajvaz / Mirobole
“L’âge d’or” n’est pas un roman noir à proprement parler, néanmoins le thème du social y est omniprésent. Cet auteur tchèque nous emmène nous promener dans un monde surréaliste qui nous enseigne à lâcher prise et à s’affranchir des règles.

Chat Sauvage en chute libre de Mudrooroo / Asphalte
Sorti en 1965 puis réédité, cet œuvre phare nous plonge au cœur de l’Australie, du bush et des quartiers ou la criminalité y est forte. Un roman poétique et politique qui s’intéresse aux conditions de vies terribles des aborigènes. Toujours d’actualité.

Billie Morgan de Joolz Denby / Editions du Rocher
Il en faut bien un qui se dresse au dessus de tous. Ce roman est, comme disait un disquaire aux Etats Unis, my flucking slap in my fucking face de l’année ! Un roman sur la vie dans les cités ouvrières d’Angleterre, la drogue, les motards et les hippies (pas si peace & love que ça) et surtout sur la rédemption.

Bison d’or.
Traduction:Christophe Cuq.

« Remo Cobb est l’avocat de ceux qui ont commis le casse du siècle : 3,2 millions disparus en 2 minutes 11 secondes. Et seize morts. Sans trop de scrupules, Remo décide de perdre son procès pour envoyer ses clients derrière les barreaux et garder le magot. Il comptait bien sur les talents de la partie adverse pour que les types restent en taule, mais les voilà lâchés en pleine nature quelques années plus tard avec une seule envie : se venger et récupérer leur fric. Remo sait qu’il va mourir. Sauf si… »
« Cobb tourne mal » est le premier d’une série de quatre romans déjà publiés aux USA. Nul doute que Gallmeister nous fera profiter de la totalité des aventures survitaminées de Remo Cobb, avocat un peu à l’ouest se mettant dans une mouise pas croyable quand les membres du gang dont il a volé le magot pour le donner à une association de victimes de braquages dans les banques sortent de prison de manière légale ou par la force et la violence quelques années plus tard.
« Dans un champ agricole juste au nord de Trou-du-cul-du-monde-ville, États-Unis d’Amérique, les participants du braquage creusent un large trou pour planquer le cash. Entassent de gros sacs de liasses. La terre retombe par-dessus. Dutch se fait une autre réflexion – peut-être bien la règle numéro 5. Ne pas se faire choper avec le fric. La bande en question n’est pas une clique criminelle internationale de sex-symbols sortis d’un studio des Warner Brothers. «
Remo Cobb se considère comme un connard et, dès les premières pages on est tenté de l’approuver tant son comportement suffisant avec les femmes, entre autres, est insupportable. C’est un côté gênant de l’histoire au départ car, comme dans les romans de Jason Starr qui affectionne de raconter la chute de personnages vils, on est prêt à vivre l’hallali à venir mais pas forcément à s’inquiéter pour ce pauvre Remo. L’auteur jouera ensuite sur la corde sensible en distillant une inquiétude quant à la vie de Sean, jeune fils de Remo mais, l’affection pour les personnages n’est pas vraiment la volonté première de l’auteur ou alors je ne l’ai pas vraiment saisie.
« Cobb tourne mal » est un pulp, un vrai, racontant une histoire bien sanglante, agrémentée d’un humour noir assez réjouissant. L’auteur fait souvent fi de la vraisemblance du propos en laissant imaginer qu’on peut déclencher des fusillades dans la rue ou dans un diner à New York sans être inquiété par la police ou en délocalisant dans la campagne la prison fédérale de Sing Sing située en réalité en plein centre de la ville d’ Ossining. Tout est mis au service de l’action et le roman est tonitruant pendant ses 170 pages vite avalées.
Le plaisir de lecture est brut, sans fioritures, particulièrement explosif, un « one shot » sanglant. Vite lu, vite apprécié mais aussi vite oublié.
Tarantinesque.
Wollanup.
Allez, c’est la période des bilans même si je sais que certains romans que je n’ai pas eu le temps de lire encore devraient entrer dans ma sélection. Les listes des Nyctas ne devraient pas comporter de réels doublons vu que chacun suit , pour le site, des éditeurs différents. Plutôt que de tailler à la serpette afin d’obtenir un top ten, il m’a semblé plus cohérent de citer tous les romans qui m’ont particulièrement et évidemment durablement marqué en 2017. Cette liste n’est pas un classement, mais suit uniquement la chronologie de mes lectures sauf pour le dernier cité qui est vraiment au-dessus du lot.
PRENDRE LES LOUPS POUR DES CHIENS de Hervé Le Corre / Rivages.
L ‘écriture, l’histoire, les personnages, l’humanité, la classe.

EN PAYS CONQUIS de Thomas Bronnec / SN
Un thriller politique racontant un rapprochement entre l’extrême droite et la droite, roman qui reste d’une brûlante actualité.

PSSICA de Eydir Augusto / Asphalte
Année après année, Asphalte nous fait sentir l’urgence aux quatre coins du globe. Ici, l’État du Pará au nord du Brésil, version sordide. Un roman dur, franc, sans filtre et sans espoir.

L’ AMOUR ET AUTRES BLESSURES de Jordan Harper / Actes Sud.
Première grosse baffe de l’année.
« Hautement furieux mais terriblement addictif, « L’amour et autres blessures » est une tuerie, un bouquin qui vous défonce, sans fausse note, une énorme décharge de chevrotine dans la gueule, un grand moment de Rock n’ Roll sans paillettes. »

UN SEUL PARMI LES VIVANTS de Jon Sealy /Terres d’Amérique .
Un premier roman fascinant par sa noirceur et la qualité d’écriture. Une filiation évidente avec les grands auteurs du Sud. Une histoire sale, poisseuse, un très grand roman noir à l’époque de la prohibition.

SAVANA PADANA de Matteo Righetto /la dernière goutte.
Un pulp, un vrai, un féroce, 120 pages furieusement drôles tout en racontant des horreurs. Une bande de truands locaux, les « zozos » en apparence plus cons que méchants, en apparence seulement, en conflit avec une pègre chinoise fraîchement débarquée dans la région, un équilibre précaire, une relation périlleuse et improbable mais fonctionnant, foutue en l’air par l’arrivée en pèlerinage de gitans voleurs de poules peu au fait des règles locales mises en place par un chef des carabiniers alcoolo fini et corrompu et c’est le début d’un bordel sans nom. Du Dino Risi avec une grosse influence westlakienne.

LITTLE AMERICA de Henry Bromell / Gallmeister.
La « Pax americana » au Moyen Orient avec la CIA dans les années 50, le crépuscule des colonies, la fin des protectorats, une ambiance à la Lawrence d’ Arabie. Un roman passionnant, admirablement écrit et composé et un magnifique témoignage d’amour filial. L’étoffe des grands romans inoubliables. Beaucoup de charme, énormément d’émotion.
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HOTEL DU GRAND CERF de Franz Bartelt / Le Seuil.
Ce roman aux senteurs très Agatha Christie avec un Hercule Poirot trash est de plus servi par une langue riche, particulièrement addictive qui ne permet pas de réelles pauses et sous l’ironie, l’humour, le sarcasme, l’outrance et l’outrage se glisse une description bien navrante de certains comportements humains de la faune locale.
A l’aise, le meilleur polar français de l’année, génialement roccoco, très, très barré avec l’incroyable Vertigo Kulbertus, enquêteur mufle.

CALCAIRE de Caroline De Mulder / Actes Sud.
Une nouvelle grosse baffe administrée par Actes Sud. Noirissime.
Le meilleur comme le pire sont toujours envisageables. Le moment unique, l’instant magique apparaît là où on ne l’attend pas, au cœur de l’adversité, dans une lutte contre le mal dans laquelle les personnages ne se soucient plus des apparences, déterminés vers un noble objectif, un but dérisoire mais précieux parce qu’ unique.

LE SYMPATHISANT de Viet Thant Nguyen / Belfond.
Sous couvert d’espionnage et d’aventures, « le sympathisant », roman éminemment intelligent, brasse en profondeur de multiples thèmes particulièrement politiques et idéologiques envoyant au tapis à de multiples reprises l’occidental et sa vision de l’Histoire tout en montrant le fossé entre Occident et Orient, deux hémisphères qui se craignent souvent pour de mauvaises raisons. Ecrit avec un incroyable talent, le roman file, impossible de lâcher les belles digressions, les envolées lyriques, la réflexion dérangeante, le sens de l’intrigue, la profondeur de la réflexion et l’humour très fin permettant d’évacuer parfois la crainte voire l’épouvante sur la fin. Un très grand roman.
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VULNÉRABLES de Richard Krawiec / Tusilata.
La classe moyenne blanche américaine en perte de repères et en voie de paupérisation. Dur, brutal, provocant, nécessaire, de la même étoffe que Williamson et Fondation. Un must!

SEPT JOURS AVANT LA NUIT de Guy-Philippe Goldstein / Série noire.
Armageddon terroriste, effrayant et intelligent.

LES DOUZE BALLES DANS LA PEAU DE SAMUEL HAWLEY de Hannah Tinti / Gallimard.
Et puis le meilleur, un petit bijou mariant drame, émotion, affection, amour, rires et fantaisie.
Le roman parfait de mon petit univers en 2017.

Wollanup / Clete Purcell.
Une fresque immense et magnifique. Une histoire humaine émouvante mêlée à l’Histoire : de la deuxième guerre mondiale en Norvège à nos jours en passant par 1968 à Chicago. Des personnages forts et attachants.
Jésus, petite frappe aux yeux d’ange coaché par Gaius, rhétoricien aguerri et doué, vieux routard de la manipulation des foules… La vie de Jésus par l’immense Nick Tosches. Erudit et barré.
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