All The Wicked Girls
Traduction: Cindy Colin-Kapen

« C’étaient des gens du coin, la plupart avaient des amis qui vivaient à Grace (Alabama) et ils ne voyaient dans le nuage rien d’autre que le signe d’une tempête imminente, mais des bruits circulaient au sujet de la gamine disparue, de l’Oiseau et d’un paroissien. »
« Un nuage qui aplatirait la ville s’il se détachait du ciel »…Si on ajoute les cinq filles du comté de Briar disparues et qu’on met les choses bout à bout, il faut bien « admettre que ça tient la route » !
Cinq adolescentes « toutes pieuses et pratiquantes » ont donc déjà disparu. Summer Ryan vient à son tour de s’évanouir dans la nature. Elle fréquentait l’église « plus assidûment que tous les ados de la ville.» et jouait du violoncelle comme un ange…
L’inspecteur Black, flic alcoolo, un peu à la ramasse, mais « un mec solide et intelligent », plein de doutes, va tenter de mener l’enquête…sous la pression qu’exerce Joe, le père de Summer et Raine, et de la communauté…
Black :« C’est juste difficile, c’est tout.
– Quoi donc ? »
Il sourit. « Être humain. »
Raine Ryan, la sœur jumelle de Summer, une fille sauvage et souvent cruelle, entraîne deux grands ados Noah et Purv. Leur enfance meurtrie, leur amitié et leur fidélité les rendent très attachants. Leur obstination les lance aussi dans « la recherche d’une sorte de monstre qui ressemble à un oiseau géant. » et nous entraîne vers un dénouement en cascades, époustouflant.
L’écriture de Whitaker est singulière, sensible aux êtres blessés et aux atmosphères inquiétantes. Le récit m’a toutefois paru plus foisonnant, parfois plus confus que Toutes les nuances de la nuit.
La Lumière qui nous reste paraît en France en octobre 2026. C’est la traduction d’un roman beaucoup plus ancien dans la carrière de l’écrivain. On y décèle, comme en construction, l’univers de Toutes les nuances de la nuit : des affaires criminelles violentes, « adoucies » par la gentillesse, la générosité de quelques personnages, leurs failles et leur quête d’absolu.
Le titre anglais et le titre français m’ont interpellée. Ils ouvrent une question sur la manière dont un titre peut orienter notre lecture :
Le titre anglais, All The Wicked Girls (Qu’on pourrait traduire par « Toutes les mauvaises filles ») nous place du côté du soupçon et du jugement, avec une connotation morale et une accusation qui semble d’ailleurs ancrées dans l’esprit de cette communauté…
C’est précisément ce contre quoi, Summer s’insurge dans ses confidences :
«Le diable dansait parmi nous et tous ces pasteurs à deux balles, tous ces colporteurs de mensonges à la lidocaïne, tous ces agents secrets et tous ces putains d’anciens prêtres satanistes qui avaient soudain vu la lumière (pas la lumière de Dieu mais celle des caméras de télévision), ils jouaient leur rôle à la perfection. Ils se vautraient dans la Panique parce qu’elle leur donnait enfin une raison d’être. La religion a besoin de la peur, ça n’a jamais été un secret. »
À l’inverse, le titre français, La Lumière qui nous reste, nous place du côté de ce qui éclaire encore les êtres. C’est cette lumière qui m’intéresse le plus dans ce roman : la fragilité des personnages, et leur force. Leur façon de résister à l’obscurité et de garder la possibilité de se reconstruire.
Peut-être résume-t-il mieux le leitmotiv de Chris Whitaker ?
« On est tous bien plus que les mauvaises choses qu’on fait. »
Soaz.
Autre titre Duchess. (Nyctalopes, 2022).









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