Falling Animals
Traduction Laetitia Devaux

Quand j’ai lu: « Sa mère donne des cours de peinture et, en fin de séance, elle conseille toujours à ses élèves d’ajouter de petites silhouettes en forme de carotte – un coup de pinceau effilé pour le corps avec un point pour la tête afin de créer de la perspective. », j’ai pensé que ce livre était exactement ce tableau.
« Au commencement, il y a un phoque sans yeux. C’est l’époque des grandes marées, la plage déserte se réduit à un croissant de lune argenté et les rochers plats au-delà de la laisse de mer s’assombrissent d’embruns inhabituels. Vers les eaux plus profondes s’étire la fine lueur de l’aube ; seule la proue en métal d’une épave est visible au-dessus des vagues.»
Des coups de pinceau effilé surgissent, au fil de courts chapitres, le collecteur, la spectatrice, la légiste, le fils, le chauffeur, le vagabond, le matelot, la cuisinière, le pyromane, le plongeur….et bien d’autres encore et… le policier. Il faut bien un policier car il n’y a pas que ce phoque échoué sur la plage.
Il y a aussi un homme assis dans les dunes qui « a l’air serein, les jambes croisées à hauteur des chevilles, les doigts entrelacés, comme s’il se reposait, ses yeux aux paupières mi-closes fixés sur l’océan. »
A ses côtés, ses chaussures – chaussettes soigneusement glissées à l’intérieur – ses vêtements, pliés, débarrassés de leurs étiquettes n’offrent aucune piste…
« Comme s’il était exactement là où il souhaitait être » mais un cadavre quand même !
Il faudra trouver l’identité du défunt, la cause du décès… c’est l’enquête de Gavin, le policier. « Des mystères qui s’empilent, des indices qui se contredisent. Un faisceau de coïncidences ou alors, tout simplement, des faits sans rapport qui, à force d’être scrutés, finissent par prendre des formes artificielles et irréelles »
L’enquête est longue et difficile, car tous ces gens venus du monde entier, qui forment désormais une communauté, se débattent avec leur mémoire. L’émotion causée par ce cadavre inconnu ou par les questions un peu trop directes de la police fait ressurgir des souffrances qui explosent dans leur esprit et occultent ou « polluent » leur témoignage.
La construction du livre me semble ambitieuse. La progression de l’intrigue aurait pu devenir confuse en raison du grand nombre de personnages, parfois situés à des époques éloignées, mais la rigueur de Sheila Armstrong lui assure une parfaite cohérence. L’écriture est poétique, sensible, subtile.
Le premier roman de cette autrice irlandaise est magnifique. Peut-être certains lecteurs s’impatienteront ils devant la lente progression de l’enquête ; mais il faut bien laisser du temps à tous les personnages pour que les liens qui les unissent s’imbriquent et émergent de leurs « brumes de mémoire » !
Soaz









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