Where I End
Traduction: Anne-Sylvie Homassel

Sur une île au large de l’Irlande, Aoileann vit recluse avec sa grand-mère et sa mère, une présence inerte qu’elle appelle la « chose du lit ». Jamais elle n’a quitté cet endroit hostile, où les murmures du vent semblent porteurs de mystères anciens. Lorsque Rachel, une artiste venue du continent, débarque avec son nourrisson, Aoileann découvre une douceur et une chaleur qui lui ont toujours été refusées.
Mais sa fascination grandissante pour cette femme et son enfant se transforme bientôt en une obsession dévorante, réveillant les fantômes du passé et libérant des ténèbres qu’elle ne peut plus contenir.
Deuxième livre publié dans la toute nouvelle collection Styx chez Fleuve, qui je le rappelle met l’accent sur la littérature horrifique et fantastique, Vers ma fin de l’Irlandaise Sophie White est l’un de ces romans qui ne peut pas laisser indifférent. Après le déjà surprenant La mer se rêve en ciel de John Hornor Jacobs, je crois que l’on peut dire que cette nouvelle collection est plutôt prometteuse.
Si j’avais une petite appréhension lorsque j’ai réceptionné Vers ma fin, que je ne peux vraiment expliquer mais qui me faisait craindre plutôt le pire qu’espérer le meilleur, celle-ci s’est très rapidement dissipée. Je me suis immédiatement laissé happer par l’atmosphère de cette île toxique à l’air vicié où évoluent nos protagonistes. Qu’on se le dise, personne n’a envie de rester dans ce terrible décor qui apparemment ne rend personne sain d’esprit, mais il fascine et pique notre curiosité. Ici, il ne fait ni bon vivre, ni même mourir. Le sol étant trop dur, on pend les corps des défunts aux falaises et on laisse la nature faire son œuvre. A cela s’ajoute le portrait d’une macabre famille, dressé par Sophie White, et des quelques habitants guère plus sympathiques. Dans cette famille, une fille légitimement perturbée et traitée comme une paria, Aoileann, s’occupe de sa mère qui, depuis qu’elle lui a donné naissance, n’est plus qu’un corps en complète décrépitude qui imprimera d’assez atroces images dans votre cerveau. Tout cela se fait sous la pression constante de la grand-mère, qui fait vivre un calvaire à sa petite fille qu’elle exploite et avili au quotidien. C’est sombre et particulièrement glauque, vous êtes prévenu.
La principale qualité de Vers ma fin est peut-être aussi son seul véritable défaut. C’est excellemment bien écrit. La prose poétique et littéraire de l’autrice, qu’on prend un réel plaisir à lire, nous permet de supporter les atrocités qu’elle nous inflige. Mais le livre étant écrit à la première personne, le niveau de langue m’a semblé peu cohérent avec notre narratrice qui a la vingtaine, avec une éducation assez minimale, et dont le cadre de vie laisse peu de place à l’épanouissement intellectuel. Ce serait là ma seule critique négative. Néanmoins, cette contradiction mise à part, il est difficile de ne pas apprécier sa plume. Pour une autrice plutôt habituée aux comédies romantiques, de ce que j’ai compris, Sophie White a l’art et la manière pour nous immerger dans un récit glaçant et suffocant, au point que l’on ne sait plus où placer le curseur de l’empathie.
Vers ma fin est un roman d’horreur monstrueux, peu ragoûtant et viscéralement dérangeant. Vous aurez certainement envie de poser ce livre mais ne pourrez pas le lâcher. Tout à fait prenant et tout ce qu’il y a de plus noir.
Brother Jo.









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