Someone like us
Traduction: Paul Matthieu

« Mamush a quitté une carrière prometteuse de reporter de guerre pour refaire sa vie à Paris avec Hannah, une photographe française. Cinq ans et un enfant plus tard, alors que leur mariage vacille, il retourne dans la communauté éthiopienne de Washington D.C., où l’attendent une mère autoritaire et Samuel, chauffeur de taxi et figure paternelle aussi charismatique que mystérieuse. Mais le jour même de son arrivée, celui-ci est retrouvé mort.
Confronté à l’énigme de ce deuil, Mamush part en quête de réponses aux questions qu’on lui a expressément demandé de ne jamais poser. Face aux fantômes du passé, parviendra-t-il à exorciser ses propres démons ?«
Ecrivain et journaliste américain d’origine éthiopienne, mais néanmoins très francophone car ayant vécu plusieurs années à Paris avec sa femme française, Dinaw Mengestu a publié cette année dans la collection Terres d’Amérique chez Albin Michel Quelqu’un comme nous, son quatrième roman qui arrive dix ans après le précédent. Un livre remarqué outre-Atlantique car plébiscité par un certain Barack Obama et salué par la presse américaine. En sus de cela, il vient d’être nommé à la présidence de la célèbre PEN America. Rien que ça.
Mamush, principal protagoniste de ce livre, navigue au fil des pages entre les différents repères humains de sa vie que sont sa mère, son possible père biologique et sa femme, ainsi que sa propre femme et son enfant. Il est aussi le narrateur de cette histoire. Un narrateur pas très fiable et que l’on peut avoir du mal à apprécier, à cerner, mais dont la quête et l’histoire peuvent difficilement laisser insensible. Son deuil soudain, en plein voyage aux Etats-Unis pour visiter ses proches, va révéler un être confus qui cherche à trouver sa place et dont l’inhabituelle relation père-fils qu’il a vécu va devenir le fil conducteur de ce roman. Mais il n’est pas le seul ici à chercher sa place et chacun à sa propre manière de s’y atteler. Son séjour va se transformer en puissante leçon de vie avec une poignée de personnages hauts en couleur.
Si l’écriture de Dinaw Mengestu et assez belle et limpide, son procédé narratif peut, en revanche, être déstabilisant. Il fait s’imbriquer plusieurs histoires tout en mélangeant passé et présent, cela avec un narrateur assez peu fiable, en résulte cette impression de ne plus savoir ce qui relève du vécu ou de l’imagination du narrateur. Les digressions sont constantes et la lecture devient un peu labyrinthique. Dinaw Mengestu joue sur le mystère. Il y a toujours des zones d’ombre qui demeurent et tout n’étant jamais clairement dit, on en vient à devoir spéculer. Cette narration non linéaire est la force, mais également la principale difficulté du livre. On peut donc s’y perdre, comme se laisser porter par cette singularité.
Quelqu’un comme nous est un roman sensible autant sur l’expérience des immigrants, que sur la famille, et plus largement sur la vie et tout ce qui nous conduit à son issue fatale, la mort. Entre rires et larmes, Dinaw Mengestu écrit une autre facette de l’Amérique avec une plume qui lui est propre, en évitant soigneusement écueils et facilité. Ne faites pas comme moi qui ai failli passer à côté de ce livre, ce qui aurait été une fâcheuse erreur !
Brother Jo.
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