Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

KING COUNTY SHERIFF de Mitch Cullin / Inculte.

Traduction: Yoco Lacour.

“Le shérif Branches parcourt les ruines de la maison de son enfance. Dans un long monologue intérieur, il passe en revue sa vie, ses erreurs, sonde sa conscience. En surface, Branches est un homme simple et droit, un époux aimant. Mais derrière l’homme de loi et sa foi dans les valeurs de l’Amérique redneck se cache un personnage complexe, habité par la violence et porté par ses pulsions meurtrières. Sa folie est froide et raisonnée, elle a la logique terrifiante des grandes paranoïas, une logique qui le conduit à avoir sa propre conception de la justice.”

Un flic très protecteur, un mari aimant, un beau-père attentionné, un ami des animaux, une icône municipale faisant de la prévention dans les écoles… et surtout un mec qui a sombré dans la folie.

Une novella d’une petite centaine de pages écrite en vers libres, une histoire de 30 minutes et un bouquin qui vous saute à la tronche dès les premières lignes, les premiers vers. Branches se raconte à un personnage que vous découvrirez bien assez tôt puisqu’il est la cause de la colère, de la haine froide du shériff dans un décor lunaire de l’Ouest du Texas. Branches exerce sa propre justice, juge, condamne et exécute la sentence car les justices de l’état et divine n’ont pas cours sur ses terres.

“Dieu n’a rien à voir

avec les express à deux voies

et les routes de campagne

sous ma juridiction.

Dieu n’a jamais mis les pieds au Texas,

que je sache…”

“Et si Dieu venait se précipiter

sur la ville,

je jetterais le bâtard en prison.

S’Il s’ avisait de mettre un pied dans ma cour,

je lui trouerais le bide…”

Alors, bien sûr on peut faire de « King County Sheriff », un nouveau portrait d’une Amérique cauchemardesque à l’image de « le démon dans ma peau » de Jim Thompson mais c’est avant tout et peut-être seulement qu’un terrible périple de quelques heures dans la vie d’un monstre.

Un choc, un chaos, un minimum de mots pour un maximum de maux… Epoustouflant.

Wollanup.


LA CITE DE LA SOIF de Phillip Quinn Morris / Editions Finitude.

Traduction: Fanny Wallendorf.


Le destin de certains auteurs et de leurs textes parfois nous fait nous interroger et nous émeut. Pourquoi ont-ils arrêté d’écrire ? Pourquoi n’ont-il pas été reconnus en leur temps ? En ont-ils souffert ? S’il n’est plus possible d’interroger John Kennedy Toole ou James Ross (Une poire pour la soif), il serait théoriquement possible de le faire avec Phillip Quinn Morris, installé aujourd’hui sur la côte ouest de la Floride. Il y exerce le métier de peintre en bâtiment. Originaire de l’Alabama, Phillip Quinn Morris a publié deux romans en 1989 et 1990 et on peut remercier les éditions Finitude de nous en livrer des traductions françaises, Mister Alabama (2016) et, cette année, La Cité de la Soif. Remercier, parce que tout autant que Mister Alabama, La Cité de la soif  a fait naître une puissante affection chez son chroniqueur attitré. Quelle bon dieu de comédie familiale, excessive, bouffonne et tendre à la fois, copieusement arrosée de gin-soda et de gnôle.

Eté 1970, Alabama, « le Cœur du Cœur de Dixie ». Le comté de Sumpter, à la frontière du Tennessee, est un dry county, comme il en existe d’autres dans le Sud. Il est interdit d’y vendre de l’alcool. Ce n’est pas un problème pour Bennie J. Reynolds qui, issu d’une lignée d’habitants des bois et des marais versés dans le trafic, la corruption et la démerde, est devenu l’homme le plus puissant du comté. [S]a femme est la plus belle, sa maison la plus grande et ses enfants les plus populaires de la région. Grâce à son formidable sens des affaires, il s’est débrouillé pour tenir au creux de sa main le cœur, l’âme et le portefeuille de ses concitoyens en devenant le seul pourvoyeur d’alcool de la ville, la Cité de la soif comme il se plaît à l’appeler. Mélange détonnant de gentillesse du Sud et de sans-gêne parvenu, la famille Reynolds est un peu clinquante, certes, mais qu’importe. Ici on est dans le Sud, et dans le Sud on aime la réussite et on s’arrange avec le reste, du moment qu’on respecte les traditions, les chiens, l’élection de Miss Coton et la Fête du Raton Laveur. Pourtant, cet été 1970 pourrait bien ébranler toutes les confortables certitudes de Bennie J. Des changements s’annoncent avec le départ pour l’université de ses enfants, sa fille Winn et surtout son fils, Wright.

Le roman de Morris ouvre les portes d’une galerie de portraits, tous plus pittoresques les uns que les autres. Evidemment le clan Reynolds y prend la plus large place : Bennie J. le père, travailleur acharné, viscéralement attaché à sa famille et sa terre, à certaines traditions, adepte aussi du « My way » (et tant pis pour la casse) ; Maman Cordelle, la mère, entre frivolité et autorité ; Winn et Wright, les enfants ; Hannah, la cousine ave laquelle Wright a une liaison ; Mae Emma l’employée de maison noire considérée comme la « cousine » (parce que les conventions chez les Reynolds, on s’assoit parfois dessus) ; Jerry Lee, l’homme de main de Bennie J. qui a fricoté par le passé avec Coleen, la sœur de Maman Cordelle et mère d’Hannah ; Mamma Dog Midnight, enfin, la chienne de race Coonhound (chien de chasse adapté pour le raton laveur, d’où son nom), fierté de son maître. Autour d’eux, en admiration pour leurs personnes et leurs gestes, la bonne société du comté, les riches héritiers, les petits notables et les ruraux, pas tous rusés, dont Morris se fait fort de souligner les qualités et surtout les défauts, trop humains, avec un effet hilarant certain.

Bennie J. prend la vie avec son éthique, sudiste mais aussi bien à lui. « Quoi que tu fasses en ce bas monde, fais-le avec dignité et élégance » inculque-t-il à son fils. Cela signifie bosser comme un forcené de l’aube au crépuscule, dans ses échoppes ou bien en organisant une expédition à la dernière minute dans le Tennessee voisin pour abreuver les participants de la Fête du Raton laveur, ramasser les biftons et confier à ses enfants de les apporter en sachets à la banque, envoyer balader ceux qui l’ennuient, quel que soit leur statut, enterrer son chien avec pompe quand celui-ci meurt. C’est un père inquiet pour l’avenir de sa famille et de tout ce qu’il a construit. L’immense tendresse que l’homme d’affaires matois a pour les siens est touchante.  Et sa philosophie de vie de redneck chauvin mal dessalé, tantôt bornée, tantôt easygoing, fait naître aisément le sourire :

  • Où est-ce que Kathy Lee va faire ses études déjà ? demanda-t-il en prenant le chiot sur ses genoux.
  • A Rutgers, dans le New Jersey répondit Wright.
  • J’sais pas pourquoi ils tiennent à envoyer leurs gamins dans une ribambelle d’écoles jusqu’à ce qu’ils aient trente ans. Envoyer Kathy Lee dans le Nord, merde alors.
  • B. J. , elle est allée au lycée de Sumpter. Et comme Lou Ann, elle continuera sans doute jusqu’à ce quelle obtienne un diplôme à Rutgers.
  • Rutgers ? On dirait le nom d’une école où on apprend à fabriquer des armes. J’sais pas pourquoi les Thomas se sentent obligés de fréquenter des écoles bizarres.  Ouais si Bennie J. était jeune, y ‘a qu’un endroit où il voudrait aller : l’Université d’Alabama à Tuscaloosa. Et j’ferais des études de karaté. C’est quelque chose que personne peut t’enlever.

Winn (le contraire de Lose) voyage en Europe pour les vacances. La vie universitaire va l’éloigner à nouveau du comté et elle est à l’heure des choix, cela serre le cœur de Bennie J. « Dès que cette chère Winn apparaît, c’est la fête » est un mantra chez les Reynolds. Wright (le contraire de Wrong), beau et charismatique, auquel tout le monde prédit une carrière politique nationale, s’angoisse de quitter son monde et d’assumer sa relation avec sa cousine, renâcle à l’idée de travailler aussi dur que son père, veut régler quelques comptes avec les membres de la riche micro-société locale. C’est un adulte désormais. Enfin, sous le même toit, Hannah sombre dans la mélancolie, persuadée de mourir bientôt. Si Bennie J. a tiré sa propre force et sa propre morale à patauger dans les eaux turbides du marécage et de la contrebande (il sait d’où il vient et ne cesse de conter ses propres aventures comme celles de ses aïeuls), ses enfants, dosés en douce au gin-soda et grisés par la vitesse et la vie facile, lui apportent bien des tracas.

Le texte de P. Q Morris révèle la fine connaissance de son sujet, le Sud avec ses traditions et coutumes et ses habitants, et la maîtrise d’un art, saisir le sens d’un lieu et d’un moment et donner une consistance à ses personnages. Mais peut-être devrais-je me contenter de dire que ce roman est une sacrée bonne histoire, qui pétille de vie, suinte de raide et de sensualité et frise le barjo, pour notre plus grand plaisir. Si quelqu’un pouvait dire à Phillip Queen Morris que nous n’en avons pas eu assez, il en serait remercié.

Paotrsaout


L’ EXTRAVAGANT MONSIEUR PARKER de Luc Baranger / La Manufacture de livres.

Billy The Kid (1859-1881) est pour tous désormais entré dans la légende de l’Old West américain. Dans sa violente et fulgurante carrière d’outlaw, il aurait descendu autant de types qu’il aurait vécu d’années, soit 21. De nombreux éléments de sa vie et de sa mort sont toutefois sujets à précaution, controversés et obscurs car tirés de récits romancés, de biographies contradictoires ou de témoignages fumeux. La littérature et le cinéma ne sont pas privés en tout cas d’apporter leur contribution à l’élaboration du mille-feuille mythique. Luc Baranger, citoyen canadien né à Trélazé (Maine-et-Loire) est le dernier en date à nous raconter quelque chose de Billy The Kid. Auteur de polars, traducteur, féru de blues et d’histoire américaine (ce qui transpire dans ces publications, citons le très bon Tupelo Mississipi Flash en 2004), il n’avait pas publié directement en France depuis une dizaine d’années.

Albuquerque, automne 1949. Maureen McLaughlin, douce mère de famille, fait la connaissance de l’intriguant Leroy Parker qu’elle est chargée d’assister dans ses travaux ménagers. Au fil des semaines se noue entre la femme et le vieil homme une solide amitié. Jusqu’à cette journée d’hiver où Leroy révéle à Maureen son secret. Celui qui fit jadis trembler le Sud des États-Unis et que tous ont cru mort, le légendaire Billy the kid, c’est lui.
Commence alors pour Maureen et sa famille, entre incrédulité et fascination, un voyage dans le passé du vieil homme et dans les mythes de l’Ouest américain.

Raconté par Abigail, arrivée elle-même au crépuscule de son existence, le récit revient sur la tendre relation entretenue par un vieil homme (un Billy The Kid pas franchement rangé des camions mais en tout cas retiré de la circulation sous cette appellation) et les membres de la famille dont la mère est devenue son aide à domicile. Il est attachant, ce vieux Monsieur Parker, et diablement fascinant. Avec un plaisir féroce, il va livrer les détails de son existence agitée et les secrets qu’il gardait jusque-là pour lui. Profitant de la faculté de la poussière à ne pas retomber immédiatement après une cavalcade ou une échauffourée, il a, il y a bien longtemps, judicieusement laissé le cadavre de Billy The Kid (soi-disant abattu par Pat Garett) entrer dans la légende et promené sa peau d’homme anonyme en compagnie d’autres mauvais garçons célèbres (Butch Cassidy, The Sundance Kid…) ou d’aventuriers prompts à participer à des entreprises belliqueuses, fût-ce sous le drapeau d’une nation qui prétend agir pour le bon droit. Quand il raconte cela, il a quatre-vingt-douze ans, et il en a vu. Plus que témoin de son temps, il a été acteur d’événements agités, survenus avant et après son décès officiel.

Solidement documenté, le roman nous donne à revivre un pan de l’histoire de l’Ouest, revisité avec une allégresse qui favorise les pistoleros, qui n’auraient pas tous fini sous les balles des shérifs, marshals ou autres agents Pinkerton, comme le voudrait la version officielle qui se prend au passage une belle volée de plomb et d’ironie. Et jusqu’au bout, Monsieur Parker reste un kid facétieux mais sans remords et pas prêt à le se laisser pisser sur les bottes.

Un joli pied de nez à l’Histoire, le genre de conte qu’il faut raconter aux petits comme aux grands, ça leur fera les dents.

« (…) Il m’écrasait de tout son poids quand j’ai pressé la détente. Je dis pas que j’y ai pris du plaisir, mais je l’ai fait sans me poser de questions. C’était lui ou moi. On vivait en permanence avec la violence et la mort. C’était comme ça en ce temps-là.

   Sentant une gêne autour de la table, Parker argumenta.

– La plupart des hommes que je côtoyais quand j’avais dix-sept dix-huit ans, ils avaient combattu pour le Nord ou pour le Sud. Ils avaient été de la plupart des boucheries, comme celles de Bull Run, Shiloh ou de Gettysburg. A Gettysburg, dix-sept mille morts, trente-trois mille estropiés. En trois jours. Vous vous rendez compte ? Y a des chiffres comme ça qu’ont le don de vous donner une drôle d’idée de l’amour du prochain. Les pires rascals que j’ai croisés quand j’ai commencé à vivre du jeu dans les saloons de Silver City et plus tard d’Arizona, ils avaient fait partie des bandes de jaywalkers ou de bushwhackers, avant de changer de nom et de disparaître en Territoire Indien ou au Nouveau-Mexique. Faut tenir compte de ces choses-là pour comprendre ce que j’ai fait. C’était une toute autre époque qu’aujourd’hui où on trouve un policier à chaque coin de rue. J’imagine que c’est pas facile à comprendre, mais dans ces années-là, chaque particulier était la loi. »

Paotrsaout


LA COURSE DES RATS d’ Antonio Manzini / Denoël / Sueurs froides.

Traduction: Samuel Sfez.

Antonio manzini est acteur, réalisateur, scénariste et ce qui nous intéresse ici un écrivain italien faisant d’énormes tirages dans son pays. Il fait donc partie de cette belle famille du polar transalpin même si son coeur bat surtout pour la Ville Éternelle dont il est originaire. Commençant à avoir un début de reconnaissance en France avec sa série mettant en scène Rocco Schiavone, flic irascible, bougon et snob aux prises avec la criminalité du val d’Aoste, territoire qu’il hait si loin de la louve romaine chérie. Adepte des clark’s dans la neige, du petit pétard dès poltron minet pour mieux appréhender la journée, Schiavone est un personnage franchement épatant, aussi attachant que finalement répulsif et héros d’une série passant sur la RAI. Denoël depuis quelques années nous offrait une de ses aventures tous les ans mais alors que deux enquêtes sont encore inédites en France, changement de stratégie puisque nous remontons au premier roman de Manzini daté de 2007, avant la création de Rocco et situé à Rome.

“Quatre délinquants, véritables bras cassés romains, montent un braquage qu’ils plantent de façon magistrale. Le moins malin de tous, René, se fait rattraper par une bande rivale déguisée en carabiniers et bien décidée à se saisir du magot.

Parallèlement, Diego, le frère de René, employé à la caisse de retraite locale, est sollicité dans le plus grand secret par un de ses chefs : le gouvernement veut mettre en place l’opération «An Zéro» et compte sur lui pour faire disparaître activement tout retraité, ces derniers coûtant trop cher à la société! Les deux frères pas bien dégourdis vont devoir se serrer les coudes s’ils veulent sortir entiers de ces situations pour le moins inattendues.”

Dès le début, on comprend que l’on a quitté l’univers du Val d’ Aoste, la morgue éternelle de Rocco Schiavone et son talent de fin limier quand arrive la narration du braquage raté, enfin, en partie raté. Point de psychologie ici, on entre immédiatement dans l’action avec ces truands romains de petite envergure à la recherche d’un magot disparu. Il est évident que le paquet de fric qui a disparu durant les différentes péripéties post plantage du braquage de banque intéresse beaucoup de monde et que chacun jouera sa propre partition pour le garder ou pour le récupérer.

Entamé comme un grosse farce italienne, le roman évolue petit à petit vers un roman beaucoup plus sombre, violent, inspirant des craintes pour certains personnages à qui on s’est attaché assez rapidement vu la chape de plomb qui s’est abattu sur eux. Certains personnages, pas tous car il y a quand même pas mal de salopards, de félons au mètre carré dans cette affaire. Si “la course des rats” n’est certainement pas du niveau de la série Rocco Schiavone, s’il oublie trop à mon goût le superbe décor romain, il montre néanmoins une autre facette du talent de Manzini et offre un plaisir de lecture tout à fait recommandable, sans prise de tête, sans prétention intellectuelle, du « fun » tout simplement et c’est déjà si rare.

Wollanup


LA LIGNE DE SANG de DOA et Stéphane DOUAY / Les Arènes BD.

« Lyon, automne 2003. Banal accident de la route à la Croix-Rousse. Les officiers de police Marc Launay et Priscille Mer se rendent sur les lieux. Un motard, Paul Grieux, est dans le coma. Aussitôt, la victime les intrigue.
Aucune adresse à son nom. Aucun proche à avertir. Et surtout son ex-compagne, Madeleine Castinel, a disparu ce soir-là et reste introuvable.
Commence alors une enquête troublante sur fond d’ésotérisme et de magie noire, qui va plonger les policiers dans l’horreur. »

Premier roman graphique de DOA, l’auteur de Pukhtu.

Pas aisé de chroniquer un roman graphique quand on n’ y connait pas grand chose, pas facile non plus de donner une impression objective tant on a déjà créé soi-même son décor et ses personnages au moment de la lecture, déjà très ancienne, du roman. Et pour ces deux raisons, je me garderai bien d’émettre le moindre commentaire et préfère vous laisser entre les mains de l’auteur le temps d’un petit moment d’élucidation qu’il a bien voulu nous accorder. Merci donc à DOA pour ce petit entretien et aussi à Stéphane Douay dont la qualité du travail se voyait déjà dans l’adaptation BD de « Les années rouge et noir » de Gérard Delteil.

1 – On vous imaginait en période d’écriture et vous revenez en librairie avec une adaptation graphique de votre premier roman “la ligne rouge”, quelle est l’origine de ce projet et pourquoi le choix s’est-il porté sur ce roman?

Je suis en période d’écriture. Et pour longtemps encore. Et si je peux me permettre deux petites corrections de rien du tout, le livre dont est adapté la BD porte le même titre, « La ligne de sang », et ce n’est pas mon premier mais mon deuxième roman.

L’idée remonte à l’année 2010, si je me souviens bien. A l’époque, j’ai été contacté par une jeune maison d’édition de BD, 12bis, qui souhaitait que je planche sur une histoire pour eux. Pour diverses raisons – notamment pour travailler avec David Sala, un de mes amis, auteur des couvertures de mes deux premiers livres et originaire comme moi de Lyon – j’ai proposé d’adapter « La ligne de sang ». Nous avions alors tous les deux envie de plancher sur une intrigue se déroulant dans notre ville et celle de ce roman semblait adéquate. J’ai écrit le script de la BD au printemps 2012, pendant que David finissait un autre travail. Et puis rien ne s’est passé comme prévu : 12bis a fait faillite, il a fallu récupérer les droits auprès des repreneurs du fonds, David n’a pas pu attendre et a quitté le projet, et celui-ci a été remisé aux archives de mon Mac. En 2014, Laurent Muller, un des fondateurs de 12bis, passé aux Arènes, a repris contact avec moi pour racheter les droits du scénario. Je ne voyais pas de raison de refuser de les lui céder à l’époque. Il a fallu deux ans pour que le travail commence véritablement. A ce moment-là, j’étais occupé ailleurs et je n’ai suivi la production de la BD que de loin. Voire de très loin après janvier 2018.

2 – Passe t-on aisément d’auteur à scénariste de roman graphique? Des invariants ou des différences?

Non, ce n’est pas simple. Il y a du texte et de l’image dans une BD, mais ce n’est ni un livre ni un film. Le truc, autant que j’ai pu le comprendre, consiste à découper selon une suite d’images pertinentes, dont chacune est elle-même une synthèse de l’action à un moment précis de l’intrigue et permet l’ellipse vers la synthèse suivante ; la BD, du point de vue du scénariste, m’est ainsi apparue comme l’art du choix des vides et des non-dits. Je me souviens qu’à l’époque cette première tentative de scénario de BD m’avait posé pas mal de problèmes. Je ne suis d’ailleurs pas certain de les avoir tous bien résolus. J’ai beaucoup taillé dans le roman, réorganisé des séquences pour en changer la chronologie, et simplifié des passages. Reste qu’en BD comme ailleurs, sans une bonne histoire et de bons personnages, on ne va pas loin. Même si c’est le dessin qui appâte, c’est le fond qui laisse une impression durable. Le fond est-il à la hauteur dans le cas de « La ligne de sang » ? Nous verrons.

3 – Pourquoi Douay pour illustrer votre histoire? Y a-t-il adéquation convaincante entre votre histoire et les personnages que vous avez créés et l’adaptation croquée par Douay? Doit-il exister une réelle complicité avec le dessinateur ?

Stéphane Douay a été suggéré par l’éditeur de la BD et lorsque ce dernier m’a présenté les précédents travaux de Stéphane, j’ai trouvé qu’ils allaient plutôt bien avec l’ambiance noir/polar du roman d’origine. Je m’en suis donc remis à son choix.

4 – Est-ce un “one shot” ou a-t-on des chances de vous retrouver dans d’autres aventures similaires issues de votre bibliographie?

A ce stade, j’ai quelques idées mais qui ne sont pas très concrètes, je vais donc les garder pour moi.

5 – Quand retrouvera-t-on du DOA inédit en librairie?

Le jour où il sera prêt à y revenir et lui-même ne sait pas quand ce jour arrivera (et va par ailleurs immédiatement cesser de parler de lui à la troisième personne, c’est nul).

propos recueillis par Wollanup, le 16 mai 2019.


VERS LA BAIE de Cynan Jones / Editions Joëlle Losfeld / Gallimard.

Traduction : Mona De Pracontal.


Il y a de l’eau, tout autour. Alors forcément, les ombres du Robinson de Defoe ou du vieil homme d’Hemingway s’invitent et dessinent le seul horizon disponible au milieu d’un océan sans fin. Il n’a pas de nom, il dérive, à bord de son kayak, frappé par la foudre, abandonné par ses amarres terrestres. Il dérive, ses pensées aussi, entre désespoir et instinct de survie, entre le présent, à savoir une épouse et un enfant à naître, et les réminiscences d’un passé aux côtés d’un père récemment décédé.

Parti justement pour disperser en mer les cendres paternelles, le naufragé se retrouve quasiment amnésique et engoncé dans un corps diminué par de multiples blessures.

« Peu importe qui tu es. Tu sais ce que tu es, physiquement, et que tu es dans un kayak en pleine mer. La seule chose qui compte, pour le moment, c’est ce que tu es. »

À la fois riche et précise, rythmée, ramassée, comme pour résister aux vents, l’écriture de Cynan Jones ressemble à la végétation rase et dure au mal de son Pays de Galles natal. Aberaeron, Aberystwyth, des lieux où l’iode vous fouette le sang mais où l’humidité ambiante n’irrigue jamais l’aridité des existences. En une prose épurée, aisément poétique, l’auteur du déjà sublime À coups de pelle (En 2017, aux éditions Joëlle Losfeld également) nous emmène au large cette fois, et ce n’est pas si large, le large. Il nous y entraîne pour mieux nous étouffer entre le clapot des souvenirs, leurs ressacs en ordre aléatoire, et des piques de douleurs tant physiques que morales. Chaque phrase ricoche contre les murs imaginaires d’un huis clos à ciel ouvert pour nous rappeler l’insignifiance de l’être humain face à l’infinité des éléments. Les rêves et les efforts s’entremêlent en de brefs paragraphes qui prennent leur temps sans le perdre puisque cette notion a disparue : « Temps est un mot qui lui semble trop spécifique. Il pense en moments, en instants, des éléments moins mesurables ».

Si les mots adoptent l’état vaporeux de leur victime solitaire, il ne faudrait pas néanmoins prendre ce livre pour un exercice de style. Sa petite centaine de pages se lit bien au contraire avec toute l’aisance d’un flux marin sans colère. Il suffit de se laisser porter, on dira plutôt de se laisser flotter.

JLM


UNE SOIRÉE DE TOUTE CRUAUTÉ de Karo HÄMÄLÄINEN / Actes noirs / Actes Sud.

Traduction: Sébastien Cagnoli.

“Trois portables sonnent dans le vide au cœur de Londres dans un appartement de luxe. Plus tôt en soirée, quatre amis finlandais se sont retrouvés pour dîner. Robert, l’hôte, est un banquier qui a empoché des millions par le biais de manipulations pas très éthiques de taux d’intérêt. Cela fait plus de dix ans qu’il n’a pas vu son meilleur ami, Mikko, un journaliste d’investigation qui a consacré sa vie à démasquer les politiciens et hommes d’affaires corrompus. L’épouse de ce dernier, Veera – avec laquelle Robert a eu une brève liaison –, et Elise, la nouvelle femme “trophée” du banquier, font également partie de la mêlée. Mikko est arrivé à Londres muni de sombres desseins : il pense pouvoir commettre le meurtre parfait. Mais il est encore loin de se douter du menu des festivités. Un lourd secret pèse sur les convives, et leur réunion après toutes ces années est manifestement un jeu dangereux.”

Le printemps, les beaux jours des envies de lectures paresseuses dans le jardin lors d’un weekend dans la belle famille… Vous aimez les drames psychologiques? Les histoires de couple qui se mentent ? Vous n’avez rien contre les Finlandais? Si, que soient conviés Van Gogh, l’athlète Paavo Nurmi ne vous déplaît pas et si ce n’est pas un problème pour vous que les jeux olympiques et le monde économique version néo-libéralisme soient souvent au centre des conversations? Eh bien pourquoi ne pas se lancer dans ce jeu de massacre gentiment bourgeois proposé par Karo HÄMÄLÄINEN, auteur finlandais et journaliste économique et dont “Une soirée de toute cruauté” signe l’arrivée dans les librairies français.

“Une soirée de toute cruauté” est un huis clos entre deux couples et on sait dès le départ que trois mourront dans les prochaines heures et que le dernier personnage sera en fuite. Il y a bien sûr une montée du suspense, des révélations, des coups de théâtre, beaucoup d’éléments que l’on rencontre dans des vaudevilles. Le décorum est aussi très kitsch: chandelier, poison, sabre, armure, corde, une vraie petite partie de Cluedo à Londres de nos jours. Les découvertes comme les déductions personnelles permettent d’avancer dans un marigot de sentiments pas très sains mais curieusement, comme aucun des quatre personnages n’ est particulièrement attachant, on ne tremble pas réellement. On poursuit avec un certain amusement mais il est certain que sous des apparences légères, sous le masque de la parodie, l’auteur interroge aussi sur le rapport à l’autre, sur l’amour et donne une certaine gravité à une histoire qui va finir dans le sordide tangible. Une certitude, Quand on a de tels amis, pas besoin de s’embarrasser d’ennemis.

Wollanup.


EN ATTENDANT EDEN de Elliot Ackerman / Gallmeister.

Traduction:Jacques Mailhos.

« Eden ignorait qu’il rappelait à Gabe ses amis, des gars d’une autre guerre, au cours de laquelle il avait commencé à apprendre à réparer les hommes. Pas par des réparations permanentes, mais par des petits rafistolages qui achetaient à l’homme le temps dont il avait besoin pour embarquer dans un hélicoptère et s’envoler vers un lieu où les vraies réparations pourraient se faire. Dans sa guerre, Gabe avait appris presque tout ce qu’il y avait à savoir sur comment acheter du temps à un corps démoli. »

« FIN FIN »

En attendant Eden : double métaphore pour signifier l’attente du soldat au front, du mari absent, du soldat-mari brisé par la guerre ; mais aussi l’attente du Paradis par celui qui est déjà mort : le narrateur, celui qui vogue dans un espace blanc, innocent purgatoire inoffensif censé blanchir La faute.

Le narrateur, l’inconnu qui vous a cueillie dès les premières lignes, est bel et bien mort. Seul rescapé de la mine qui explosa sous les roues de leur Humvee en mission en Irak.

Eden, plus mort que vif mais vivant. Wagon impossible à raccrocher au train de mille et tant de morts des « deux guerres » – Irak et Afghanistan. Une trentaine de kilos sur les cent qu’il pesait lorsqu’on l’appelait BASE Jump, arrimé à un lit d’hôpital dans la section des grands brûlés.

Il y a deux romans qui me sont venus à l’esprit en lisant ce court (mais oh combien bouleversant) récit : tout d’abord le Phil Klay, Fin de Mission, publié également chez Gallmeister. Les deux auteurs sont des vétérans, jeunes (moins de quarante ans) et au-delà de leur évident talent d’écriture, ils ont le don de faire comprendre à quel point l’engagement est une décision complexe, surtout aux Etats-Unis.

L’autre roman qui m’est venu à l’esprit est Ballade pour Leroy de Willy Vlautin dans la collection Terres d’Amérique chez Albin Michel. Les personnages de Mary, l’épouse de Eden et de Gabe, l’infirmier en chef dans le service où Eden est hospitalisé, pourraient, en effet, sortir d’un écrit de Vlautin : prisonniers d’une vie choisie mais qui, visiblement, a décidé de la leur faire à l’envers, ils font au mieux de leur forces, de leur pouvoir, pour s’en sortir et pour aider leurs proches.

En attendant Eden est une sorte de photographie de notre présent. L’amour parvient à survivre, mais est-ce qu’il suffira pour endiguer cette folie qui nous entoure ?

Monica.

LES ÉCOEURÉS de Gérard Delteil / Le Seuil.

Le polar fouille souvent dans le quotidien, s’inspire d’affaires connues ou imbrique des intrigues dans des faits de société, s’en servant parfois pour donner un peu de volume à une intrigue faible. Le phénomène n’est pas nouveau et il était inévitable que surgissent des polars à la couleur gilet jaune. Qu’on le veuille ou non, ce mouvement social  laissera une trace dans l’histoire, peut-être deviendra-t-il un marqueur de ce début de siècle en France ou sera-t-il le premier jalon d’un fondement démocratique à venir ? Ou que sais-je d’autre ou rien ?

“Premier polar en gilet jaune, ce roman raconte comment un policier en formation, Alain Devers, est envoyé par ses supérieurs surveiller les manifestants qui occupent le rond-point du Mouchoir rouge, en Bretagne. Il doit se faire passer pour l’un d’eux. Le jeune homme ne goûte guère cet exercice d’infiltration, d’autant qu’un chauffard renverse soudain une manifestante et la tue, plaçant l’apprenti flic dans une situation de plus en plus périlleuse. Son double jeu se complique encore quand des agents de DCRI cherchent à leur tour à le manipuler, et que les gilets jaunes décident d’occuper le port et de bloquer les ferries, manne économique de la région…”

Gérard Delteil auteur de polars souvent récompensés notamment par le grand prix de littérature policière en 1986 pour “N’oubliez pas l’artiste” est le premier, à mon avis à raconter le mouvement et surtout sa genèse fin novembre début décembre 2018 dans une intrigue policière à la lorgnette d’une ville bretonne. L’auteur a inventé une ville proche de Saint Malo mais nous sommes bien dans la cité corsaire dans la partie Saint Servan, un carrefour se nommant d’ailleurs rond point du Mouchoir Vert, devenant de couleur rouge dans le roman. Nul doute que bien que les noms des personnes comme des sociétés aient été changés, les Malouins goûteront le roman pour toutes ses allusions à la vie de la cité.

Ce roman a été écrit certainement dans la fièvre car il faut être particulièrement engagé au moins moralement pour écrire si vite un roman policier prenant pour décor la révolte des “gilets jaunes” si récente et si encore présente, incontrôlable, collante pour le pouvoir, devenue gênante aussi pour beaucoup d’autres: partis, syndicats, Français fatigués du bronx du samedi… Je ne sais si monsieur Delteil a vécu le début de la crise sur un rond-point malouin ou ailleurs mais il offre à ces populations une voix, montrant les débuts, l’organisation, la solidarité, les amitiés, les premières failles, les premiers courants, le drame de la mort de l’une d’entre elles, les limites de leurs actions, leur désespoir, leur colère, leurs galères…  Parallèlement on explore le microcosme malouin, sont montrés le rôle de l’Etat avec la sous-préfète et le préfet, les intérêts économiques, les magouilles médiocres, les grands patrons. Bras armé de l’Etat, la police est épinglée pour ses méthodes, ses pressions et sa répression tout comme est pointé le rôle vicieux des réseaux sociaux et des médias et l’utilisation qu’en font l’état, la police, et les services de renseignement.

Tout ceci fonctionne très bien, est intéressant, souvent pertinent mais sans être totalement partisan et s’avère un rappel peut-être utile de ce qu’était le mouvement au début. Mais donne une allure de fiction réalité que “les écoeurés” n’est pas puisqu’ y est adjoint une intrigue criminelle. Celle-ci aurait pu être d’un grand intérêt si elle n’avait pas été un peu expédiée et été de si petite envergure, n’étant certainement pas le premier projet de l’auteur quand il s’inscrit dans une tâche d’écriture sur le mouvement vu de Saint Malo.

Assurément, c’est dans le portrait de ces hommes et femmes qu’on ne voit plus qui se sont levés un jour pour être enfin visibles, loin du grand guignol de la vie politique, que réside la réussite d’un roman un peu boiteux qui ne tient pas forcément toujours la route mais qui, sans conteste, négociera parfaitement tous les ronds points de France et de Navarre.

Wollanup.


LES FURIES de Niven Busch / Actes sud / L’ ouest le vrai.

Traduction: José André Lacour et Gilles Dantin.

18e titre publié dans la collection « L’Ouest, le vrai », Les furies est, à l’origine, un roman paru en 1948. Son auteur, Niven Busch, est un écrivain et scénariste américain, à qui l’on doit les scénarios des westerns Le Cavalier du désert (Wyler, 1940), La Vallée de la peur (Walsh, 1947), Les aventures du capitaine Wyatt (Walsh encore, 1951) ainsi que le roman à l’origine de Duel au soleil (Vidor, 1946). L’adaptation cinématographique des Furies (1950) a été faite par un des rois du genre, Anthony Mann, de façon fidèle et magistrale, selon Bertrand Tavernier.

1889. Dans le Territoire du Nouveau-Mexique, Temple Caddy Jeffords est un riche propriétaire terrien régnant comme bon lui semble sur un immense domaine. Sa fille Vance, plus que ses deux fils qu’il juge moins aptes, est destinée à hériter de la propriété. Cruellement, le père écarte tout autre destin possible pour sa fille. Un jour, il revient d’un voyage à San Francisco accompagné de Flo Burnett, sa première idylle sérieuse depuis son long veuvage. Flo s’installe au ranch et Jeffords la demande en mariage.

La future Mme Jeffords a des projets pour le domaine, de manière intéressée. Vance comprend qu’elle ne gérera plus l’entreprise familiale auprès de son père. Au cours d’une dispute Vance essaie de tuer Flo avec une paire de ciseaux. Elle ne parvint qu’à la défigurer. Elle s’enfuit du domaine, puis essaie de se construire une vie en se mariant. La vengeance du père la rattrape, il fait pendre son mari après lui avoir tendu un piège. Vance jure alors de se venger et intrigue pour déposséder son père fortement endetté et le jeter à bas de son piédestal, avec l’aide de Curley Darragh, son ancien amant, évincé par TC Jeffords.

Dans une collection de textes qui nous avaient habitués à la description de paysages puissants, à la pertinence d’éléments historiques et à un souffle épique, Les furies se démarquent. En effet, Niven Busch s’attarde un minimum sur ces aspects. Ils sont brossés de façon rapide mais judicieuse. Le Territoire du Nouveau-Mexique est à la fin des années 1880 une jeune extension des Etats-Unis. Quelques décennies de présence américaine se sont surimposées à des siècles de présence indienne, espagnole, mexicaine et ont surtout marginalisé les représentants de ces populations, victimes d’un racisme bon teint. Est venu le temps de ces barons fonciers sans scrupules qui se sont taillés la part du lion dans la vie et l’économie locales. C’est dans ce cadre que l’affrontement shakespearien, plein de drame, de désir et de sang, raconté par Niven Busch se place. Les furies sont trois personnages de femmes, auxquelles ce western fait la part belle. La mère, décédée, mais dont planent l’amertume et le sentiment de trahison. La prétendante, Flo Burnett, intelligente et déterminée, alors que l’âge vient lui rappeler qu’elle est sur le déclin, à tirer le meilleur profit de sa relation avec TC Jeffords, en écartant toute rivale. Et enfin et surtout, Vance, la fille, belle, rusée, faite de silex, d’un caractère propre à mener sa barque à tout prix dans un monde impitoyablement individualiste et masculin. Auprès de son père, elle apprend tout ce qu’il faut savoir pour conduire ses affaires et doubler ou écraser ses adversaires. TC Jeffords semble miser tout sur elle d’ailleurs. Mais cela a un prix. En patriarche autoritaire et brutal, il étouffe toute velléité de sa fille de contracter ce qu’il considère être une mésalliance. Aussi, quand Vance comprend que cet adoubement ne lui rapportera pas l’héritage qu’elle en attend, elle s’échappe. Quand la vengeance de son père la frappe, elle sombre dans la haine la plus tenace et élabore un plan pour détruire son père, dont l’aboutissement ne la privera ni de déception ni d’un sentiment de perte.

Perceptible dans d’autres titres auparavant, l’avènement de personnages féminins centraux s’impose dans les dernières publications de la collection « L’Ouest, le vrai ». Et Les furies marque bien un palier dans cette tendance. Un western colérique, de sentiments et de passions, habité par des personnages féminins complexes et forts.

Paotrsaout

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