Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

ARRÊTEZ MOI LA d’ Annabelle Lena et Philippe Paternolli / Editions du Caïman.

Alors que notre Tour de France continue en compagnie des éditions du Caïman, nous faisons halte en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Et, plus précisément, en Provence, sur la montagne Sainte-Victoire. Nous aurons pour guides les auteurs Annabelle Léna et Philippe Paternolli, qui nous feront découvrir ces lieux à travers leur roman : Arrêtez-moi là.

Informaticien de génie, Gilles Redon se rend à Paris signer avec un géant de la Silicon Valley le contrat de sa vie. Alors que son TGV entre en gare, un voleur l’agresse et le détrousse de son précieux projet. La vie de Gilles bascule. Le choc. Il se réfugie sur le massif de la montagne Sainte-Victoire. L’enquête sur sa disparition dévoile que rien n’est aussi simple qu’il n’y paraît. L’agression ne semble pas fortuite. Gilles n’est pas non plus une victime innocente…

Arrêtez-moi là est un roman écrit à quatre mains. Et si certains craignent que ce genre d’exercices se ressent dans la production finale, je ne peux que les rassurer en affirmant que le résultat est largement réussi ! Deux auteurs qui ne font qu’un. L’écriture est homogène – on sent qu’il y a eu un véritable travail de réécriture, que les auteurs ont accordé leurs violons pour que le texte soit fluide et réussi.

L’histoire repose sur le personnage de Gilles, informaticien et créateur d’un logiciel de réalité virtuelle. L’intrigue est simple, car il s’agit d’une enquête. Gilles disparaît, donc la police part à sa recherche. Les raisons de cette disparition sont toutes aussi triviales. Bien évidemment, ce méli mélo est bien mené et loin d’être inintéressant. Certain diront que l’enquête met trop de temps à être résolue, que les auteurs se perdent dans des descriptions très longues d’environnements et de personnages, cela pénalisant le rythme et le suspense. Au contraire, j’ai la conviction que ces « lenteurs » sont voulues et servent à merveille le propos de ce roman.

Il faut dépasser le fait divers et se concentrer sur le profil des personnages, ainsi que les descriptions faites de la Provence et, plus particulièrement, de la montagne Sainte Victoire – une montagne que l’Homme, orgueilleux, pense avoir réussi à dompter. Au contraire, si la montagne est belle, elle est tout aussi hostile.

Gilles la connait, mais pas aussi bien qu’il le pense. Si elle fait « amie » avec lui, elle peut soudainement se retourner contre lui, ce que nous verrons à maintes reprises.

La noirceur des personnages est flagrante. Sympathiques en apparence, tous se révèlent finalement être mauvais par nature. Si ce n’est pas pour finir par ressembler à des animaux. Gilles en est le parfait exemple, mais ce serait réducteur de ne pas s’apercevoir que ses amis, Franck ou encore Samson ne le sont pas aussi. L’un pour l’appât du gain, l’autre pour conquérir une femme, Estelle.

Arrêtez-moi là est un roman où la nature, sous toutes ses formes, est le personnage principal. Il montre que l’Homme est et reste un animal doué d’intelligence, certes, mais peut se montrer tout aussi bestial. Bref, Arrêtez-moi là est un beau roman qui amène à la réflexion sur notre condition d’humain. Et si vous avez aimé Trois saisons d’orage de Cécile Coulon, ce roman y ressemble et ne pourra que vous plaire !

Bison d’or

PASSAGE DES OMBRES d’ Arnaldur Indridason / Métailié noir.

Traduction: Eric Boury.

Avec “Passage des ombres”, l’écrivain Arnaldur Indridason termine de  belle manière une trilogie des ombres consacrée à l’Islande pendant l’occupation des troupes britanniques et américaines pendant la seconde guerre mondiale. Ce cycle met en vedette deux enquêteurs Flovent et Thorston finalement assez quelconques dans le premier opus et beaucoup plus attachants dans ce final. Il est à noter qu’il n’est absolument pas nécessaire d’avoir lu les deux précédents romans pour apprécier pleinement celui-ci qui s’avère, ma foi, d’un bon niveau.

“Un vieil homme solitaire est retrouvé mort dans son lit. Il semble avoir été étouffé sous son oreiller. Dans ses tiroirs, des coupures de presse sur la découverte du corps d’une jeune couturière dans le passage des Ombres en 1944, pendant l’occupation américaine.
Pourquoi cet ancien crime refait-il surface après tout ce temps ? La police a-t-elle arrêté un innocent ?
Soixante ans plus tard, l’ex-inspecteur Konrad décide de mener une double enquête. Jumeau littéraire d’Erlendur, il a grandi en ville, dans ce quartier des Ombres si mal famé, avec un père escroc, vraie brute et faux spirite. Il découvre que l’Islande de la « situation » n’est pas tendre avec les jeunes filles, trompées, abusées, abandonnées, à qui on souffle parfois, une fois l’affaire consommée, « tu diras que c’était les elfes ».”

Bien sûr, pour apprécier Indridason, il faut s’intéresser un tant soit peu à l’Islande, île pas franchement rock n’roll sous la plume de l’auteur islandais, et aimer les polars d’investigation aux enquêtes précises, minutieuses, lentes et basées essentiellement sur les témoignages de personnes âgées voire très âgées mémoires de meurtres non élucidés très anciens, les « cold cases ».

Indridason est un grand auteur de polars, c’est une évidence, mais qui produit beaucoup et parfois la construction peut fatiguer ou plutôt lasser tant la machine ronronne en mettant bien (trop) en avant la fibre émotionnelle, la compassion, l’empathie pour les oubliés, les déshérités.

Dans la plupart de ses romans Indridason raconte, décrit les heurs et malheurs d’une minorité islandaise bafouée  ou marginale, et dans celui-ci, il montrera le choc de la rencontre des jeunes Islandaises avec les soldats ricains et plus particulièrement le triste destin de jeunes filles ayant rêvé de la lune, abusées, tuées ou disparues. Les premiers romans d’Indridason mettant en scène l’excellent flic Erlendur comme “la cité des jarres”, “la voix”, “la femme en vert” sont les plus convaincants et si la qualité d’écriture reste, les histoires du maître islandais ne sont plus toujours à tomber, reconnaissons donc la grande qualité de “Passage des ombres” qui séduira certainement les fans de la première heure et qui peut représenter une bonne entrée en matière pour les néophytes.

Rendez-nous Erlendur!

Wollanup.

 

FIOUL de Stéphane Grangier / Goater Noir.

 

Du raffinage des matières noires à la base des littératures de même couleur, on extrait des produits de viscosités diverses. Le contenu du gros baril (et la couleur d’icelui) de Stéphane Grangier, intitulé Fioul, ne prendra donc personne par surprise. Il s’agit là du deuxième roman de l’auteur, après Hollywood-Plomodiern paru chez Goater Noir en 2014, un road movie foutraque et West Coast, c’est-à-dire terminant en butée dans le Cap-Sizun finistérien (dont l’auteur est bien plus proche sentimentalement) au lieu que dans les canyons qui entourent la Cité des Anges. Quelques-uns des lecteurs de ce blog auront peut-être entendu parler de cette maison d’édition rennaise dont les Nyctalopes ont déjà chroniqué des romans (Thierry Paulin, Marek Corbel) ou un recueil collectif (Sandinista ! Hommage à The Clash), dans lequel Paulin, Corbel et Grangier se côtoient car, à Rennes, on écrit et on publie aussi en camaraderie.

Déjà manifesté dans Hollywood-Plomodiern, le plaisir de Stéphane Grangier à faire clapoter dans la même nappe bitumineuse les méandres de mecs cabossés par la vie, pas glorieux et même fumiers sur les bords, se réitère dans Fioul. S’additionnent, s’embrouillent et s’enfoncent, dans le roman, un auteur en panne d’inspiration et de force pour parcourir le prochain mètre (à moins qu’il ne s’arrose le moral de gnôle et de poudre), pas très heureux dans ses choix féminins, des bandits manchots (du bulbe) lancés à sa poursuite, réveillés d’une congélation barbouze par un coup de fil, des flics à problèmes qui remontent la piste sanglante et, loin au dessus, des pontes noirs salauds de la finance grise. D’une préfecture sur les bords de la Vilaine, nous carburerons jusqu’à un département du Var en prise avec des vilains, proches du FN.  Pour finir, il y aura une mare où les cloques de goudron éclateront et feront sombrer les losers de droit, sinon de destin. Il est d’ailleurs difficile d’étiqueter un roman qui mélange des éléments de polar, de thriller économique et de fibroscopie biographique.

Ecrit avec une langue crue, verte, Fioul est pourtant bien d’un noir hydrocarbure. Epais également car l’auteur est généreux, ce qui parfois fait naître l’idée d’un découennage de bon aloi. Au risque de nous faire perdre les saillies de l’auteur ou les épices de poésie sale dont il a le secret, capable par exemple de ressortir un doigt d’un rectum enrobé d’effluves « sylvestres ».

Un texte noir et visqueux qui se répand inexorablement. On fait confiance à l’étanchéité de sa combinaison ou on fait demi-tour.

Paotrsaout

MAMIE LUGER de Benoit Philippon/ Les Arènes / EquinoX .

Les similitudes sont réelles avec le long métrage de Claude Miller, “Garde À Vue” en 1981. Tout d’abord le contexte du face à face, qui plus est avec le profil du représentant de la loi, dans un huis-clos propice à une palpable tension dans des échanges où se jouent la destinée du mis en cause. Mais globalement, derrière une couverture caricaturale, grand guignolesque, les convergences en restent là car les deux êtres séparés par un bureau n’ont pas les mêmes attributs que dans le film, bien que les dialogues, l’écriture d’Audiard ne dépareillerait pas pour ce récit.

«Six heures du matin, Berthe, cent deux ans, canarde l’escouade de flics qui a pris d’assaut sa chaumière auvergnate. Huit heures, l’inspecteur Ventura entame la garde à vue la plus ahurissante de sa carrière. La grand-mère au Luger passe aux aveux et le récit de sa vie est un feu d’artifice. Il y est question de meurtriers en cavale, de veuve noire et de nazi enterré dans sa cave. Alors aveux, confession ou règlement de comptes ? Ventura ne sait pas à quel jeu de dupes joue la vieille édentée mais il sent qu’il va falloir creuser. Et pas qu’un peu. »

On est dans une fable à la Frédéric Dard, un conte burlesque situé non loin de St Flour dans le département du Cantal, les Salers paissent et se repaissent avec délectation autour du brouhaha distillé par Berthe. Berthe n’est plus centenaire, elle a dépassé cette barrière canonique et elle peut se targuer d’offrir son expérience, son recul, son bon sens sur ce que peut représenter la vie et sa morale. Elle nous fait sourire, voire rire mais je l’étouffe de crainte de passer pour un psychotique notoire en communauté, de part sa gouaille, son allant et ses réparties du tac au tac. En balayant son existence pavée de sombres heures, elle balaie par la même l’histoire d’un pays confronté à des démons, à une éthique parfois en toc.

Philippon aime ses personnages, j’en suis certain, il ne se contente pas de la gaudriole, salvatrice certes, mais par le support du ping-pong de la mise en examen il en extrait un substrat bien plus profond qu’il n’y paraît. La forme est là et la subtilité aussi afin de nous exposer des réflexions d’ordre politiques, sociétales ou philosophiques. En quelque sorte il exprime comme un syndrome de Stockholm inversé qui pousse à ce que le poil se dresse, à la difficulté à déglutir, à l’empathie non surjouée. Mamie Luger, quel surnom, vous le comprendrez apparaîtra au fur et à mesure du récit comme l’aïeule rêvée, pour certains, mais je l’ai eu… Elle est de ces femmes qui ont dû lutter seules, qui ont dû se forger une carapace au monde extérieur et aux attaques intérieures, qui ont dû s’affirmer pour que leurs pieds restent intacts, elle est le cri de révolte, la négation de la fatalité, la femme qui se lève et qui fait face. Saura t-elle vous retourner? Sans salmigondis, l’auteur nous ouvre des voies de la raison malgré des faits réprouvés par un code législatif ou populaire. Il est de ces ouvrages qui derrière la légèreté vous permettent la réflexion sans injonctions lestes.

Profondément humain!

Chouchou

PS: A l’écriture de ce billet, j’écoutais un titre Soul que je ressentais parfaitement correspondre au ton, à la parole de l’ouvrage mais étant introuvable sur la toile je vous en livre les références: Brother Bill « Wha’s Happ’nin » sur le label Numéro Group.

LES SERPENTS SONT-ILS NÉCESSAIRES de Brian De Palma et Susan Lehman / Rivages.

Traduction: Jean Esch.

Du 31 mai au 4 juillet, la Cinémathèque française présente une rétrospective du grand réalisateur de cinéma Brian De Palma au moment où sort son premier roman écrit à quatre mains avec sa collaboratrice, journaliste au NY Times Susan Lehman. La rétrospective est un événement que j’aimerais bien vivre tant De Palma n’a eu de cesse de hanter ma modeste vie adulte de cinéphile. De même, voir la couverture d’un roman griffé De Palma ne peut qu’appeler le fan, le faire rêver d’un scénario machiavélique orchestré par un grand maître du genre. Et sinon pour les Martiens, De Palma, c’est ça mais bien plus aussi, en toute subjectivité admirative.

Mais, en fouillant un peu sur le net aux USA, on parvient à en savoir un peu plus sur ce projet d’écriture, De Palma s’étant exprimé sur le roman dans une récente update de l’ouvrage “Brian De Palma : entretiens avec Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud”. Voici donc ce qu’il pense de son roman et du métier d’auteur qui ravira certainement toutes celles et ceux qui rament dans leur quotidien de romancier. Inutile de traduire, c’est suffisamment explicite. Infos trouvées sur un site américain.

“My partner Susan Lehman and I wrote a novel together you know? A political thriller, according to an idea I had for a scenario. I am very good at designing the plot and dialogues, it’s the characters, and all the rest has been written together [with four hands]. It was sent to one of my agents at ICM who didn’t know what to do with it. I think it’s very commercial material. And as I am in France, I thought maybe I could edit it in your country. I sent the manuscript to a friend in Paris who recommended an editor in France, we’ll see. As you get older, you always have ideas, but it’s more difficult to be able to mount them when you reach an age like mine. So it’s easier to make novels. Kazan knew that too.

Ecrire un roman est plus facile que de réaliser un film dit De Palma, mais écrire un roman digne de la signature célèbre apposée sur la couverture est-ce aussi aisé? Ce sera à vous d’en juger, d’apprécier à sa juste valeur le divin cadeau que font aux fans du réalisateur et à tous les lecteurs les éditions Rivages avec cette exclusivité mondiale. Que vous aimiez ou pas le présent, force est de reconnaître que l’éditeur aurait été bien bête de laisser passer ce manuscrit écrit par le réalisateur du “Dahlia Noir” d’un certain James Ellroy, présent depuis toujours dans le catalogue de Rivages.

“Barton Brock est le directeur de campagne de Joe Crump, qui a pour adversaire le sénateur Lee Rogers dans l’Ohio. Les choses se présentent mal pour Crump ; il est incapable de faire jeu égal avec le charismatique Rogers, redoutable débateur. Une seule solution : compromettre Rogers qui a un talon d’Achille. Bien que marié à une femme forte respectable, il ne peut s’empêcher de sauter sur tous les jupons qui passent à sa portée. Côté jupon, Brock a trouvé ce qu’il faut en la personne d’une blonde renversante nommée Elizabeth De Carlo, serveuse au McDo local. Quoi de plus simple que de séduire le sénateur Rogers et de prendre une petite photo qui sera diffusée dans tous les médias et sur tous les réseaux sociaux ? Brillant. Sauf qu’Elisabeth a plus d’un tour dans son sac…”

Au départ une idée de scénario, le roman se décline comme un thriller, genre cher à Brian De Palma. On y retrouve, bien sûr, des thèmes récurrents de son oeuvre le sexe, la politique et des meurtres. L’histoire démarre très vite et ne laisse aucun moment de répit ensuite mais perd un peu de sa cohérence à un moment. L’apparition de nombreux personnages qu’on retrouvera bien sûr dans le final installe une sorte de désordre et on a un peu du mal à savoir qui sont vraiment les personnages principaux du roman. Néanmoins, rapidement, Lee Rogers, le sénateur charmeur de l’Ohio, s’impose comme le grand “homme” de l’histoire. Chaud lapin cinquantenaire encore très bien de sa personne (imaginez le George Clooney d’ “Intolérable cruauté” de Joel Coen), Lee Rogers va comprendre que politique et histoires de cul ne font pas toujours bon ménage et que les frasques, même les plus anciennes, peuvent se payer de façon tout à fait abominable.

La filiation avec “ Blow out” est évidente et on découvre aussi, et c’était très prévisible, des clins d’ œil sympathiques, très appuyés, à son maître Alfred Hitchcock: le tournage d’une version française de “Vertigo” au pied de la tour Eiffel, “fenêtre sur cour”, et sûrement d’autres aussi que je n’ai pas su saisir attestant qu’on est bien dans l’univers de De Palma.

“Les serpents sont-ils nécessaires?”, ma foi, se lit sans déplaisir, fait son oeuvre de bonne série B et devrait trouver  un public pas uniquement cantonné aux aficionados. On est souvent déçu par les adaptations cinématographiques des romans qu’on a aimés mais, à l’opposé, cette histoire filmée par le magicien De Palma prendrait certainement une forme plus dramatique, plus originale dans sa construction et bien plus aboutie que le roman.

Wollanup.

Sortie le mercredi 16 mai.

 

 

L’ÉCRIVAIN PUBLIC de Dan Fesperman au Cherche midi

Traduction : Jean-Luc Piningre.

Dan Fesperman, auteur de polars et reporter de guerre américain, a couvert de nombreux conflits en Europe et au Proche-Orient. Il s’est inspiré de son expérience pour certains de ses romans dont trois seulement ont été publiés en France. « L’écrivain public », le premier publié par le Cherche midi, explore le New York du début de la seconde guerre mondiale et a été élu meilleur roman policier de l’année par le New York Times.

« 9 février 1942. Dès son arrivée à New York, Woodrow Cain, un jeune flic du sud des États-Unis, est accueilli par les flammes qui s’échappent du paquebot Normandie, en train de sombrer dans l’Hudson. C’est au bord de ce même fleuve que va le mener sa première enquête, après la découverte d’un cadavre sur les docks, tenus par la mafia. Là, il fait la connaissance d’un écrivain public, Danziger, obsédé par les migrants qui arrivent d’une Europe à feu et à sang, ces fantômes au passé déchiré et à l’avenir incertain. Celui-ci va orienter Cain vers Germantown, le quartier allemand, où, dans l’ombre, sévissent les sympathisants nazis. Alors que le pays marche vers la guerre, la ville est en proie à une paranoïa croissante. Et les meurtres continuent… »

Dan Fesperman nous plonge dans le New York de 1942, cette ville cosmopolite où le patriotisme et la méfiance voire la haine règnent. Les citoyens d’origine japonaise sont maltraités au vu et au su de tous depuis Pearl Harbor et l’incendie du Normandie, accident ou sabotage, provoque bien des suspicions et certains citoyens d’origine allemande vont se retrouver isolés sur Ellis Island. La guerre amène également des alliances contre nature entre des services officiels et la mafia qui règne sur les docks et le port et pendant ce temps, comme toujours, les riches, les puissants continuent de faire des affaires et c’est bien connu, l’argent n’a pas d’odeur… L’écriture de Dan Fesperman est juste, réaliste, documentée et on ressent parfaitement l’ambiance : l’effervescence des docks au petit matin, le danger dans les rues de Bowery où s’entassent les réfugiés les plus pauvres dans des hôtels crasseux, la corruption ordinaire des flics… et c’est passionnant.

On découvre ce New York de 1942 en même temps que Woodrow Cain qui débarque de son Sud natal suite à un drame qui lui a coûté son mariage. Dan Fesperman détourne certains codes du polar, notamment celui du flic alcoolique, il rompt avec les clichés et crée des personnages atypiques et attachants : Woodrow Cain, devenu flic après des études de lettres à cause de la crise de 29, qui arrive à New York pistonné par son beau-père, puissant avocat d’affaires et doit subir la méfiance de ses collègues et Danziger, écrivain public maîtrisant plusieurs langues dont l’allemand, qui lit et rédige les lettres de ses clients illettrés, témoin privilégié de l’horreur en cours en Europe, personnage mystérieux au courant de bien des secrets. Les personnages secondaires ne sont pas négligés : les collègues de Woodrow plus ou moins corrompus, sa fille et Berryl Blum, une femme étonnamment libre pour l’époque, tous sont crédibles et bien campés.

L’enquête de Woodrow Cain, accompagné et guidé par Danzinger qui connaît mieux les rouages et les dangers de la ville, l’entraîne dans le quartier allemand où se côtoient des réfugiés juifs et des sympathisants nazis, mélange étrange et explosif. Dan Fesperman maîtrise le suspense de main de maître et réussit brillamment à intégrer ses personnages, leur vie et leurs secrets dans l’enquête qui s’insère parfaitement dans la réalité historique de l’époque.

Un excellent polar new-yorkais sur des événements peu connus.

Raccoon

 

LE SALON DE BEAUTÉ de Melba Escobar / Denoël.

Traduction: Margot N’guyen Béraud 

Bogota possède une attraction que Carthagène n’a pas. Centre névralgique de la Colombie, elle étincelle pour bon nombre, cherchant émancipation, reconnaissance ou évolution indépendante. Cette expérience et cette équation se jouent au sein d’un salon d’esthétique. Lui aussi semble être l’épicentre d’illusions, le carrefour de luttes des classes, le théâtre des cloisonnements ancrant un déterminisme violent, sans concessions. La narratrice du récit voit les actes de l’intérieur, en dirigeant les projecteurs vers cette esthéticienne symbolisant les pratiques d’un pays et ses dérives, elle nous décrira avec acuité et sens une critique acide de son monde.

«La Maison de la Beauté est un luxueux institut de la Zona Rosa, l’un des quartiers animés de Bogotá, et Karen l’une de ses esthéticiennes les plus prisées. Mais son rôle dépasse largement l’art de la manucure et de la cire chaude. Ses clientes lui confient leurs secrets les plus intimes. Un petit massage avant l’épilation… et Karen apprend tout sur leurs implants mammaires, leurs week-ends à Miami, leurs divorces ou leurs amourettes.

Un après-midi pluvieux, une adolescente entre dans le salon – en uniforme d’écolière et sentant très fort l’alcool : Sabrina doit être impeccable pour une occasion très particulière. Le lendemain elle est retrouvée morte.

Karen est la dernière personne à l’avoir vue vivante. Qui Sabrina a-t-elle rejoint ce soir-là? Que se sont confié les deux jeunes femmes lors de ce dernier rendez-vous? »

Melba Escobar de Nogales, née en 1976, a soutenu un thèse de littérature sur le journalisme culturel. Chroniqueuse pour le journal El Pais de Cali, elle a bénéficié d’une résidence d’écrivain au sein de l’université de Santa Fé, Nouveau-Mexique, “Le Salon de Beauté” est son troisième livre publié mais sa première incursion dans le roman noir.

Bien souvent la quatrième de couverture et les accroches afférentes paraissent éloignées d’une vérité, d’une honnêteté intellectuelle. En ce qui concerne cet écrit, et en particulier l’avis d’El Tiempo synthétise le rendu de celui-ci! « A la fois roman social, récit urbain, roman d’apprentissage, thriller sur fond de corruption politique » éclaire de manière concise les spécificités et qualités de l’ouvrage.

Le social creuse son sillon dans un pays qui peine encore à trouver de la stabilité et s’inscrire dans une volonté populaire d’infléchir une politique dénuée de structures, d’infrastructures. Il n’y a pas de volonté institutionnelle d’encadrer les missions régaliennes qui permettent sécurité, éducation, soutien aux démunis.

Récit urbain, bien sûr, dans ce mirage représenté par la capitale où les contrastes saisissent face à ses pendants provinciaux. La cité des décisions législatives et exécutives semble mépriser la plèbe des rues, ses concitoyens.

Roman d’apprentissage, d’émancipation, ou en tous les cas les tentatives, dont Karen reste le point de gravité. Elle n’a pas toutes les armes, elle se laisse happer par des expédients lui promettant la solution à ses problèmes et son objectif posé. Elle apprend, mais souvent à ses dépends, dans la douleur.

Thriller sur fond de corruption politique, dont la tension est très bien retranscrite, révèle, de nouveau, les scories d’un état lesté d’un histoire récente traumatisante.

Ces multiples entités rhétoriques sont parfaitement agencées en réussissant à se limiter à des descriptions sensées, fortes de personnages  traînant qui une souffrance, qui une remise en cause, qui l’opacification d’actes non assumés. Et ce roman réussit son entreprise, dans une dimension raisonnée, pour dépeindre aussi bien une société et des personnages symboles de celle-ci. Sa lecture nous révèle sous ce prisme une Colombie exsangue lacérant des êtres hypnotisés par l’onirisme et la crédulité.

Une claque où les marques des ongles tatouent le visage et l’esprit!

Chouchou

Dr KNOX de Peter Spiegelmann / Rivages

Traduction: Fabienne Duvigneau.

“Le Dr Knox soigne les pauvres dans son dispensaire de Skid Row, le quartier qui compte le plus de sans-abri aux Etats-Unis. Pour boucler ses fins de mois toujours difficiles, il effectue des « missions » parfaitement illégales chez diverses célébrités d’Hollywood, ce qui n’est pas vraiment pour lui déplaire car il a la trouble satisfaction de mener une double vie. Un jour, une jeune étrangère arrive avec son fils en proie à des convulsions. Lorsque le médecin revient dans la salle d’attente après avoir soigné le petit garçon, la mère a disparu.”

Le petit est toujours là par contre et Adam Knox décide de le garder et de le cacher au lieu de le confier aux services sociaux. Se mettant en situation illégale et rapidement délicate, il n’en enfonce pas moins le clou en partant à la recherche de la mère  générant un bel ensemble de gaffes et d’erreurs qui finiront très rapidement par lui créer de graves soucis. Deux dangereux groupes sont à ses trousses: une mafia russe locale particulièrement redoutable recherche la mère tandis qu’une famille historique et puissance de L.A. met tout en oeuvre pour retrouver l’enfant tout en promettant les dix plaies de l’Egypte à Knox et à son dispensaire du Skid Row.

A Los Angeles, il existe un complexe hospitalier nommé The Good Samaritan et dans cette même ville, dans le quartier des SDF du Skid Row en proie à la gentrification du centre ville, vit et exerce un bon samaritain, ce brave docteur Adam Knox. Au début d’une quarantaine particulièrement fringante, un look de surfer ou de tennisman sous fumette, une gentillesse, un dévouement pour les plus démunis et une compassion à tout épreuve, ce brave docteur  a beaucoup (trop) d’atouts dans son jeu. Ne vous attendez cependant pas à un roman noir particulièrement social voire engagé politiquement, ces thèmes font partie d’un décor créé par l’auteur mais ne sont pas réellement approfondis. Concernant les sans abris de la cité des anges, lisez plutôt les brûlots de Larry Fondation et si les histoires d’enlèvement d’enfants vous intéressent , vous aurez bon goût de déguster la série Kenzie et Gennaro de Dennis Lehane qui traite bien plus dramatiquement, bien plus profondément ce genre de souffrances.

Le lecteur va vite s’apercevoir que le ton particulièrement léger racontant les déboires et malheurs de Knox fait naviguer l’histoire dans des eaux proches de la comédie, j’insiste bien sur proche car le roman propose néanmoins quelques bonnes montées d’adrénaline. Néanmoins, à chaque fois que Knox se fout dans la merde, son grand ami Sutter, ancien militaire et propriétaire d’une officine de sécurité haut de gamme rencontré lors d’une mission humanitaire dans le trou du cul de l’Afrique, le suit comme un ange gardien. Il va le sauver à tant de reprises que le lecteur amusé attend à chaque fois le “deus ex machina” salvateur et parfois bien improbable. On peut ainsi se demander si le dit Sutter n’est pas le vrai héros de ce roman jusqu’à que, dans un final particulièrement coton où le soldat ne sert plus à rien, Knox, utilisant ses connaissances médicales rafle toute la mise et se voit auréolé d’une couronne de lauriers.

Soyons clairs, ce roman ne satisfera pas les purs et durs du polar mais il possède néanmoins une écriture qui le rend facile à lire et une histoire sans réelle prise de tête mais néanmoins intéressante. Souhaitons lui la carrière qu’il mérite: parsemé de grains de sable et taché d’huile solaire comme un bon polar de l’été qui a fait le job, tranquille entre deux rêveries à l’ombre d’un parasol et la contemplation de la faune des plages en période estivale.

L.A. light.

Wollanup.

ENTRETIEN avec Marin Ledun pour la sortie de « Salut à toi ô mon frère » à la Série Noire

C’est le retour de l’auteur dans cette grande maison d’édition et cette collection. Il y a une autre couleur dans ce roman mais il ne renie en rien ses interrogations, ses réflexions sur notre société au travers de cette tribu.

1/ Respiration ou envie compulsive? (dans le sens « exercice de style »)

 

Pour moi c’est différent sur le style , sur la forme mais en fait c’est dans la continuité. C’est à dire que cela reste du roman noir, roman de critique sociale, simplement ça fait 10, 11ans que je publie, je suis pas uniquement ce que l’on lit dans mes romans noirs, très noirs, j’ai aussi d’autres facettes en tant que personne mais aussi d’autres facettes en tant qu’écrivain et donc c’est un mélange des choses. Il y a à la fois des envies personnelles sur les thématiques qui sont abordées, sur le fait que j’avais envie de rire à ce moment là, peut-être plus que d’habitude, enfin je ris quand même dans la sphère privée. J’avais aussi envie d’explorer d’autres manière d’écrire, de me lâcher sur des dialogues, d’avoir des personnages hauts en couleur et pas forcément rongés en permanence mais de continuer mon travail de romancier dans la continuité. Il y a cette question que l’on me pose depuis une dizaine d’années, une question amusante, bien qu’au début je la prenais mal, « Quand est-ce que vous écrivez un vrai roman? », car il y a des gens qui sont complètement fermés au polar. Alors ce n’est pas pour m’adapter à ça, c’est simplement que j’écris des romans pour être lu sur des sujets qui me sont chers, sur des questions que je me pose et pour lesquelles je n’ai pas de réponses, pour essayer de poser ces questions dans un récit de fiction et donc je me suis demandé si ma seule manière d’explorer,  dans « Salut à toi ô mon frère » comme dans « La Guerre des vanités », la condition pavillonnaire, la petite vie de province, ce qui se passe dans ces petits endroits, qui se passe à la campagne, pas tout à fait à la campagne mais pas dans le tout urbain, je me pose la même question mais différemment avec un mode narratif complètement différent et avec le temps l’aspect de me faire plaisir encore plus dans l’écriture. Car depuis 10 ou 11 ans, j’ai appris l’écriture et j’ai envie de voir des choses nouvelles tout en restant dans mes préoccupations, je ne pense que je vais changer du tout au tout là-dessus. Je n’écrirai pas un jour, sans jugement aucun, un gros thriller qui tâche avec des serial killers car ce n’est pas chez moi quelque chose qui m’attire, ce mode de questionnement sur la société la lutte du bien contre le mal ce n’est pas ce que je crois. Le roman noir ce n’est pas forcément que l’histoire est noire, vous pouvez avoir des formes amusées, amusantes comme les romans de Jean Bernard Pouy ou bien dans certains romans de Sébastien Gendron, d’une autre manière, mais on peut avoir des formes extrêmement sombres. Je prends souvent l’exemple de Willocks, c’est souvent du roman noir très noir, qui passe du thriller, tel « Green River », après à un versant historique avec sa série Tannhauser, à la fois il y a toujours le talent de conteur et en tant que lecteur cela ne me perturbe pas. Un autre exemple que je prends c’est Antonin Varenne, « Le Mur, le Kabyle, et le Marin » puis « Trois mille chevaux vapeur » qui passe d’une trame plutôt classique à un roman d’aventures .

 

2/ L’argumentaire éditorial assume la référence à Pennac, y en a t-il d’autres?

 

Moi je ne suis pas assez littéraire pour faire des références c’est à dire qu’en fait mes références s’arrêtent aux livres que j’ai lus, j’ai pas fait d’études littéraires, j’ai commencé à prendre conscience du champ des lectures possibles quand j’avais 18/20 ans, j’ai pas forcément baigné, bien qu’il y avait beaucoup de livres à la maison, faire des références je ne sais pas trop faire. Donc Pennac forcément car Pennac publié à la Série Noire, parce que déjanté, parce que Malaussène, le petit côté décalé. Il y a un plaisir à lire ce qu’a fait Pennac, mais j’ai lu il y a longtemps au moment de sa sortie. Le plaisir que j’ai eu à le lire c’est tout ce qui me reste, ce qui est plutôt bon signe. Je dirai tout de même que d’écrire des choses sérieuses sans se prendre au sérieux c’est JB Pouy, qui est un amoureux de la langue, que j’admire. Et la deuxième, cela fait plusieurs années que j’ai la chance de participer à un formidable festival de roman noir qui s’appelle les Nuits Noires d’Aubusson qui a lieu chaque année au mois de mai, début juin, et qui organise, il a la particularité de ne pas être tourné vers les écrivains, des rencontres avec des élèves de fin de collège, début de lycée participant tous les deux à un prix de collégiens, lycéens, et nous on les aide à débattre, à réfléchir. L’une des particularités de ce festival, c’est que le vendredi soir ils organisent la soirée de auteurs, « Les Presque Papous dans la Tête », à l’origine j’imagine que Cécile Maugis devait être fan de JB Pouy, les auteurs doivent réaliser une sorte de jeu littéraire dont on nous donne les consignes deux semaines avant, la première fois que j’ai eu ça entre les mains, j’ai botté en touche. Sans mesurer l’importance que cela avait pour l’événement et j’ai écouté la prose formidable et je me suis régalé de les écouter. Donc je me suis pris au jeu l’année suivante et surtout j’ai appris à parler en public, à dire des choses qui ne me correspondent pas, une facette de moi qui n’est pas forcément la mienne que j’ose montrer. C’est à dire faire rire les gens autour de bons mots, encaissant l’ attention à ce que l’on écrit, à la langue, etc…Ce sont des jeux littéraires assez pointus, cela semble un peu foutraque mais il y a des gens, je pense à Laurence Biberfeld, qui démontrent tout leur talent à chaque fois qu’ils se lancent. Donc j’ai osé participer à ça et cela m’a aidé, je peux faire mon métier sérieusement mais j’ai le droit de rire, de faire rire.

 

3/ Comment peut-on concilier dérision, décalage, et burlesque avec des thèmes sérieux?

 

Parler d’écriture, c’est parler d’artisanat. Surtout sur quelque chose de nouveau pour moi , il me faut une histoire, des personnages pour l’incarner et un style, c’est à dire un manière, un angle de vue, un ton pour raconter cette histoire là. Dans le cas présent, j’ai un ton différent, je vais avoir des personnages qui sont traités de manière totalement différente, on va rentrer dans des réflexions, des réactions que d’habitude je vais éluder, je vais mettre en avant plutôt le côté sympathique des personnages, donc c’est une manière de travailler complètement différente. Pour répondre à ta question franchement, j’ai du mal à prendre du recul là-dessus et à savoir comment je vais procéder, tout ce que je peux dire c’est que d’une part j’ai été soutenu par Stéphanie (Delestré, directrice de la Série Noire) qui me suit depuis le livre « Un Singe en Isère » pour le Poulpe, elle a toujours été l’une des premières lectrices de tous mes romans donc elle sait très bien ce que je fais. Quand j’ai décidé de m’engager dans cette voie là, elle m’a dit oui ça fait partie de toi, tu peux y aller. Je suis toujours attaché à ce qu’il y ait une tension narrative.

 

4/ Malgré les sourires, les rires étouffés à sa lecture, j’ai perçu le pan d’une société déprimée , de la douleur. Qu’en pensez vous?

 

C’est un roman contemporain, mes personnages sont chacun à leur manière, pour certains dans l’autodérision, en colère, vraiment en colère mais leur colère se transforme en joie de bouffer la vie et une joie de lutter. C’est à dire, l’idée c’est que la petite résistance quotidienne dans cette famille très soudée, cette famille idéale de gens qui se serrent les coudes, plus qu’une famille, une petite communauté qui sont prêts à accueillir plein de gens, il y en a d’ailleurs, ce flic nommé Personne, les petits amis, les petites copines, c’est l’idée que cette communauté est soudée dans une forme de résistance classique; La mère fait une grève de la faim. Et à la fois une résistance du pauvre, des vaincus, on sait bien que l’on ne va pas changer le monde mais une résistance par l’exemple, par la joie, par la fête, par le rire, par le plaisir, faire l’amour c’est une forme de résistance, allez contre les idées reçues c’est une forme de résistance, se questionner on a besoin de ça. C’est une famille nombreuse de six enfants mais ce n’est pas l’archétype de la famille nombreuse que l’on imagine très catholique ou très intégriste alors que là non, car on aime la vie!

 

5/Est-ce un « one Shot »?

 

Alors ce n’est pas un One Shot parce qu’il y en a un deuxième d’écrit avec les mêmes personnages. Il y en aura peut-être d’autres, je verrai comment celui-ci est reçu, si moi je continue à prendre du plaisir à en écrire un troisième. Un moment donné cela fait partie de ma progression, j’ai d’autres projets dont un roman noir sur l’industrie du tabac, pour l’instant je n’ai pas avancé. La comédie c’est aussi une manière de questionner.

 

6/ On revient, aussi, à vos racines, était-ce vital ou le lieu se prêtait au récit?

 

« La guerre des vanités » se passait à Tournon, qui n’est pas drôle, il y aussi « Luz » chez Syros qui doit se passer à 200m à vol d’oiseau où Rose vit avec sa famille et puis une novella « Gas-Oil » aux éditions In8 , ce sont des lieux qui me sont chers, que je connais bien. Le lieu est important car il n’y a pas d’individu sans culture et que la culture, encore quand on vit dans des zones rurales, la culture c’est aussi l’environnement immédiat, en l’occurrence c’est très agricole, peu industriel à l’endroit où ça se passe, un peu de tourisme dans la vallée du Rhône. Ce qui m’intéresse le plus c’est que Tournon est comme ces petites villes de province qui ont grandi, qui ont ce petit caractère universel.

 

7/ Beaucoup de références musicales et littéraires, on balaie votre univers mélodique et écrit?

 

Ce qui est sûr c’est que j’ai mis beaucoup de moi dans le personnage de Rose, en fait je suis très éclectique en littérature, peut-être un peu plus obtus dans ma culture musicale, Métal et Punk, donc Rose a beaucoup hérité de tout ça et à la fois quand on écoute du Métal, on peut être touché par des chansons que l’on renierait en public. Rose est un peu enfermé dans ces choses là, pleine d’énergie et à la fois elle peut rire et écouter d’autres choses.

 

8/ Roman récent, ou pas, qui vous a touché dernièrement.

 

« Ayacucho » de Alfredo Pita chez Métailié, journaliste péruvien, parlant les années 80, des années de terreur.

Et « My Absolut Darling » de Gabriel Tallent chez Gallmeister. A noter la très belle traduction de Laura Derajinski.

                                                           

 

9/ Un titre musical pour illustrer votre ouvrage ou l’entretien. (hors Béruriers Noirs)

 

Les Béruriers Noirs m’ont donné l’accord pour ce titre. Je les en remercie beaucoup.  

Entretien réalisé dans les locaux de Gallimard avec le concours professionnel et bienveillant de Christelle Mata, Stéphanie Delestré, ainsi que de l’équipe Folio. Je remercie l’attention portée à ce que cette entrevue se déroule dans des conditions confortables et que tout simplement elle ait lieu.

Paris le 25 Avril 2018,

Chouchou.

 

 

LA PROMESSE de Tony Cavanaugh / Sonatine.

L’an dernier est paru chez Sonatine “L’Affaire Isobel Vine”. En fait ce titre était le 3ème opus de Tony Cavanaugh, “La Promesse” étant chronologiquement son premier livre avec comme protagoniste Darian Richards.

Une jaquette orne le livre : « Le Mickael Connelly Australien ». Un pendant est donc fait entre ce personnage de Darian Richards et le personnage fétiche de Connelly. Que les choses soient claires dès le début : non Darian Richards n’est pas Harry Bosch. Ce dernier est plus fouillé et plus méticuleux que Darian Richards, mais Connelly a l’avantage d’avoir pu approfondir son héros sur un bon nombre de livres, alors que Cavanaugh commence à peine. Pour autant, le personnage n’en est pas moins intéressant.

C’est un ancien flic de Melbourne, spécialisé dans les serial killers, qui a décidé de quitter son boulot après avoir reçu une balle dans la tête. Il se retrouve dans le comté de Noosa, en Australie, avec son littoral de rêve, ses forêts naturelles, ses parcs luxuriants : c’est un lieu qui a tout d’un conte de fée.

Mais notre héros n’a rien d’un prince charmant. Il est solitaire, taciturne, tourmenté, et ne fait pas de sentiments. Il a franchi la ligne jaune depuis longtemps, pour lui pas de tergiversation, pas de simulacre de justice, il préfère la faire soi-même avec une seule sentence : la mort.

Le décor de l’histoire est donc la Sunshine Coast avec ses mangroves, ses rivières sinueuses, qui sert de terrain de jeu à un tueur : de jeunes adolescentes disparaissent depuis quelques temps, sans laisser de traces. La police du coin ne fait pas grand-chose, n’a aucune piste sérieuse, alors, l’ancien flic se sent obligé de s’investir dans cette enquête mais à sa façon. Hors de question d’apporter son aide officiellement, il va reprendre du service mais cette fois, sans avoir à se préoccuper du règlement ou à avoir des comptes à rendre, il veut apporter une réponse aux familles et rendre justice lui-même.

Il va se faire aider par Maria, une flic du coin, la petite amie de Casey, ancien truand de Melbourne, et Isosceles, geek qui reste bien sûr derrière son ordinateur et aide à distance. Maria est encore jeune dans la profession, elle n’a pas encore de lassitude et de désillusion comme Darian, mais elle est, elle aussi, tourmentée par des cauchemars récurrents. Notre ancien flic va mener son enquête avec elle, quitte à se servir d’elle, je vous l’ai dit, il ne fait pas de sentiments !

L’histoire alterne entre une narration faite par Darian et une faite par le tueur. On entre ainsi dans la tête de ce meurtrier et de ses fantasmes. Darian Richards le bouscule, le sort de sa zone de confort. Un affrontement entre les deux hommes commence alors, vous plongez ainsi dans un duel noir, sombre où une seule issue est possible. Cavanaugh se sert de ce face à face pour donner plus d’ampleur à son personnage : il confronte le mal de l’un aux tourments du second, la folie du meurtrier permet à la fois d’exacerber et de justifier les sentiments et décisions prises par Darian. Dans ce roman, Cavanaugh nous dépeint un personnage hanté par son passé, par la promesse qu’il n’a pas su tenir, retrouver vivante une jeune fille et la rendre à sa mère. Sa retraite dans ce coin paisible d’Australie est une sorte de rédemption et se voir à nouveau confronté au mal absolu, en étant persuadé d’être le seul à pouvoir le vaincre le fait replonger dans ses afflictions.

Il s’agit là d’un thriller étouffant, le scénario est bien ficelé, et notre nouveau héros est parfois aussi angoissant que ceux qu’il traque. La lecture en est facile, et vous entrez dans la peau du tueur et de son chasseur sans même vous en rendre compte, vous êtes accrochés !

Marie-Laure.

 

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