Chroniques noires et partisanes

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BEST OF 2022 de Nico Tag

Un choix parmi ce que j’ai préféré pendant cette année 2022, aucune hiérarchie si ce n’est les deux premiers qui m’ont particulièrement et profondément touché.

JE SUIS LE FILS DE MA PEINE de Thomas Sands / EquinoX / Les arènes

Je suis le fils de ma peine est un roman violent dont la lecture laisse un goût de cendres. Parmi ce qui se fait de mieux dans la littérature noire actuelle. 

LE LÂCHE de Jarred McGinnis / Métailié

Le Lâche est une histoire rude de retrouvailles forcées entre un fils et son père, qui, en plus, remet en place toutes les conneries racontées depuis trop longtemps sur les personnes handicapées. 

PROLETKULT de Wu Ming / Métailié

Proletkult est drôle, stimulant, et envoie des étoiles dans la tête des Bolchéviques. Avec la bande des Wu Ming il faut s’attendre à tout, et aussi au reste. 

L’EQUATEUR D’EINSTEIN de Liu Cixin / Actes Sud

Pour décrire Liu Cixin et son œuvre, un mot suffit : vertigineux ! Lisez ces nouvelles et les suivantes, vous verrez. 

ANARCHY IN THE U.S.E. de John King / Au Diable Vauvert

John King a l’art de transformer l’outrance en possible réalité, il sait parfaitement jusqu’où aller trop loin pour ne pas être indigeste. La preuve avec Anarchy in the USE.

INFILTRÉE de Mike Nicol / Série Noire

Un roman entre espionnage et polar, Infiltrée de Mike Nicol est bien plus furieux qu’une superproduction hollywoodienne.

TOUT SAUF HOLLYWOOD de Mark SaFranko / Médiapop Editions

Un auteur sans qui la vie serait plus triste encore qu’elle n’est en vrai. Mark SaFranko et son alter ego Max Zajack, des amis qui vous veulent du bien. 

JE CROIS QUE J’AI TUÉ MA FEMME de Frasse Mikardsson / L’Aube noire

Je crois que j’ai tué ma femme est la grande surprise de ces derniers mois. C’est brutal, ça secoue autant les tripes que les idées. 

DES ILES ET DES CHIENS de Sylvia Cagninacci / In8

Un petit roman qui dure longtemps, revoir le dos de Des îles et des des chiens sur l’étagère ravive ce que j’ai ressenti lors de ma lecture en mai dernier. 

L’ELEVAGE DU BROCHET EN BASSIN CLOS de Pierre Mikaïloff / In8

Je décerne à Pierre Mikaïloff le prix spécial de l’humour noir carnivore pour cette histoire de brochets dévoreurs de musiciens. 

***

Un choix rapide de ce que j’ai lu en dehors de Nyctalopes.

Mes coéquipiers en ont parlé cette année, Charlotte Bourlard et Emmanuel Bourdieu ont signé deux premiers romans qui doivent absolument être lus, deux courts chef-d’œuvres. L’apparence du vivant pour l’une, Je suis le dernier pour l’autre.

Un regret, La fille du diable de Jenni Fagan. Le livre que j’ai raté pour Nyctalopes (je ne l’ai pas vu sortir) et dont j’aurais aimé dire le plus grand bien tant il s’agit d’un vrai régal de peur et de suspense, avec un beau brin d’humour planqué derrière les portes d’Edimbourg.

Une mention spéciale à Marc Villard, qui sans le savoir, a passé beaucoup de temps avec moi cette année. Au moins une cinquantaine de nouvelles et novellas dont Barbès Trilogie, Raser les murs, I remember Clifford.

Je termine avec un peu de musique, It’s only rock’n’roll de Philippe Paringaux. Une anthologie de textes du rock critic par excellence, parus entre 1968 et 1973. Figurent évidemment de superbes reportages sur Otis Redding, Neil Young, les Byrds, Van Morrison, les festivals de Montreux et l’île de Wight, etc, et de nombreuses chroniques d’albums. Et puis il y a les Bricoles, textes libres, d’abord en rapport avec la musique, qui se transforment avec le temps en courtes nouvelles noires, très noires.
Paringaux c’est une indépendance d’esprit, une grande ouverture musicale, et surtout un style élégant et racé. 

Nico Tag

Clete / 2022

Une petite sélection, non pas des meilleurs romans noirs de l’année, mais de mes choix les plus judicieux dans le flot des sorties de l’année.

Moins de grands polars cette année, peu d’Américains marquants. Une année, peut-être en demi-teinte mais néanmoins une liste de dix romans impeccables qui font méchamment vibrer et qui restent en mémoire. Et si cela peut vous donner des idées pour mettre sous le sapin, cette petite prise de tête de fin d’année n’aura pas été inutile.

Par ordre de sortie dans l’année:

LA COUR DES MIRAGES de Benjamin Dierstein / EquinoX / Les Arènes

« Des impressions très dérangeantes… “le cri” de Munch dans un coin de la tête, des stridences insupportables, le sentiment que votre coeur va se briser de peine, des envies d’auto-justice, ce roman aussi exceptionnel et époustouflant de classe soit-il est fortement déconseillé aux personnes actuellement fragiles ou cherchant une histoire redonnant foi en l’humanité. »

LE BLUES DES PHALÈNES de Valentine Imhof / Rouergue Noir

 Le blues des phalènes est le grand roman « américain » de Valentine Imhof. Puisant dans l’histoire et la culture américaines, elle nous raconte avec talent et passion la destinée de quatre personnages traversant l’histoire des États-Unis au XXème siècle, au moment où le pays entame son hégémonie mondiale sur les ruines de l’Europe.

LADY CHEVY de John Woods : Terres d’Amérique/ Albin Michel

Roman se distinguant facilement de la masse,  Lady Chevy se révèlera puissant et impitoyable à tous ceux qui oseront la lecture. Il faut toujours se méfier des désespérés, ils n’ont rien à perdre.

JE SUIS LE DERNIER d’Emmanuel Bourdieu / Rivages

Je suis le dernier séduira les amoureux de polars sortant des sempiternels cadres habituels et les amateurs d’œuvres noires qui suscitent interrogation et réflexion. Un bijou.

VERS CALAIS, EN TEMPS ORDINAIRE de James Meek / Métailié

Le voyage est long mais ne souffre d’aucune faiblesse tout en prenant parfois des chemins plus tortueux ou tout simplement un peu barrés. Les comportements, les attitudes, les croyances, les superstitions, les agissements, tout est matière à étonnement…Roman exceptionnel, Vers Calais, en temps ordinaire, séduira au-delà du raisonnable, les lecteurs exigeants et tous les amoureux des belles lettres.

MÉCANIQUE MORT de Sébastien Raizer / Série Noire

Pur et dur, tout ce qu’on espère toujours en ouvrant une Série Noire.

INDÉPENDANCE de Javier Cercas / Actes Sud

Une belle maîtrise pour un grand polar.

LES CORPS SOLIDES de Joseph Incardona / Finitude

Les corps solides est un roman magnifique, plus intime et beaucoup plus éprouvant, émouvant que le précédent. On retrouve la tendresse de l’auteur pour ses personnages abîmés par la vie, mais aussi sa colère contre le libéralisme. On prend pas mal de beignes et puis on ouvre les yeux. Le combat d’une mère et la guerre d’une femme. Incardona est grand !

UN PROFOND SOMMEIL de Tiffany Quay Tyson / Sonatine

Un profond sommeil brille par son histoire douloureuse mais superbe, par son évocation d’un fleuve et par la construction brillante de Tiffany Quay Tyson. Sa plume chaleureuse et aimante bouleversera certainement plus d’un lecteur.

UNE PETITE SOCIÉTÉ de Noëlle Renaude / Rivages

Si vous voulez débuter dans le Noir, disons sociétal, il y a peut-être des couleuvres plus faciles à avaler. En fait, si vous n’êtes pas habitués à vous faire rentrer dedans, Noëlle Renaude, la diva punk du Noir, va vous plomber ce début d’automne et vous faire perdre le peu de crédit que vous accordiez encore à vos contemporains. 

***

Sont absents de cette sélection, les deux romans non noirs qui m’ont le plus retourné et qu’il m’est trop difficile d’ignorer:

LA CITÉ DES NUAGES ET DES OISEAUX d’Anthony Doerr / Terres d’Amérique / Albin Michel

C’est avant tout du Anthony Doerr, brillant, généreux, humain, tendre et inclassable comme tous les grands.

UTOPIA AVENUE de David Mitchell / L’Olivier

La tendresse de David Mitchell pour ses personnages et leur histoire souvent cabossée fait que Utopia Avenue emporte le lecteur très loin, radieux, et le laisse salement démuni et triste devant la tragédie qui va briser le rêve éveillé de ces quatre jeunes gens dans le vent.

***

Et puis un dernier salut à Mimi Parker, moitié du duo LOW, grande B.O. de mes lectures 2022 et qui nous a quittés cet automne.

See you !

Clete.

LA NOIRE ET LA SÉRIE NOIRE EN 2023 / Toutes les sorties françaises

Lundi 21 novembre à 10 heures, au 7 de la rue Gallimard à Paris, ont été présentés aux libraires parisiens, les percutants programmes de la Série Noire et de la Noire pour l’année 2023. Un bien bel endroit à l’ambiance feutrée, un haut-lieu de la littérature française.

Stéfanie Delestré et Marie Caroline Aubert, éditrices des collections étaient présentes : Stéfanie Delestré était accompagnée par tous les auteurs français qui ont dévoilé leurs nouveaux romans dans un exposé d’une dizaine de minutes chacun, l’éditrice ajoutant, par ailleurs ses propres commentaires. Marie-Caroline Aubert a introduit avec talent et humour les auteurs étrangers qui seront au catalogue, on salive déjà mais on en reparlera plus tard avec elle, elle a promis !

Concernant les auteurs français, en 2023, la SN sort l’artillerie lourde… que des quinquas expérimentés qui ont déjà montré leur valeur… Manquent peut-être quelques plumes féminines. Néanmoins, ça a méchamment de la gueule :

Thomas Cantaloube, Marin Ledun, Caryl Ferey, Antoine Chainas, DOA, Olivier Barde-Cabuçon, Jacques Moulins, Sébastien Gendron et Pierre Pelot (absent mais ayant laissé un message de présentation). 

Bien sûr, on vous reparlera de ces romans au moment de leur sortie, mais voici déjà quelques mots sur chacun d’entre eux, quelques notes griffonnées à partir des dires des auteurs. 

Par ordre de sortie dans l’année et sans commentaires partisans malgré l’envie qui tenaille.

 BOIS-AUX-RENARDS (contes, légendes et mythes) de Antoine Chainas

Roman situé dans la vallée de la Roya en 1986, aux débuts de la consommation de masse. Un couple tue des femmes pour ses loisirs mais une gamine est témoin d’un des meurtres. Un roman noir teinté de fantastique (mythes et contes). 

Par l’auteur de Empire des chimères

RÉTIAIRES de D.O.A.

Roman sur la lutte contre le trafic de stups et très proche d’un roman procédural avec une lutte entre les services de police. Roman familial, les liens du sang et les thèmes de la vengeance et de la responsabilité. 

Par l’auteur de Pukhtu.

MENACES ITALIENNES de Jacques Moulins.

A EUROPOL, un fonctionnaire cherche à faire reconnaître le terrorisme d’extrême-droite, inquiet sur ce qu’est en train de devenir l’Europe braquée sur la menace islamique, oubliant la lente et sûre montée de l’extrème droite. Dans le viseur, l’Italie.

Par l’auteur de Retour à Berlin.

HOLLYWOOD S’EN VA EN GUERRE de Olivier Barde-Cabuçon.

1941, Charles Lindbergh, l’engagement de Hollywood pour l’entrée en guerre des USA. Un hommage au cinéma noir et blanc et à Chandler avec une détective de choc Vicky Malone.

Par l’auteur de Le cercle des rêveurs éveillés.

FREE QUEENS de Marin Ledun

Roman proche des Visages écrasés sur les techniques de vente et de consommation mais dans le contexte nigérian. Par l’enquête sur l’assassinat de deux jeunes prostituées, on découvre le Nigéria et les expérimentations que peuvent se permettre les grandes firmes internationales pour vendre leurs produits, et en l’occurence ici, de la bière.

Par l’auteur de Leur âme au diable.

MAI 67 de Nicolas Cantaloube.

On retrouve les trois personnages de sa série sur les années 60 et on fait un bond de cinq ans dans le temps pour se rendre en Guadeloupe où le département d’outre mer ressemble plus à une colonie qu’à un territoire de la république. Une manifestation contre la vie chère est réprimée dans le sang.

Par l’auteur de Frakas.

OKAVANGO de Caryl Ferey

Entre Rwanda, Namibie et Angola, Caryl Ferey raconte une histoire sur une des plaies africaines : le trafic d’animaux.

Par l’auteur de Paz.

LOIN EN AMONT DU CIEL de Pierre Pelot.

L’auteur de plus de deux cents romans dont “l’été en pente douce” revient à ses premières amours, le western. 

A la fin de la guerre de sécession, quatre sœurs sont victimes d’une bande de hors-la-loi.L’une meurt et les trois autres vont arpenter l’Arkansas et le Missouri pour se venger. Roman très violent.

Par l’auteur de Les jardins d’Eden.

Chevreuil de Sébastien Gendron.

Un citoyen britannique s’installe en Charente Maritime orientale. Les relations avec les autochtones et notamment les chasseurs vont vite se détériorer.

Par l’auteur de Chez Paradis.

***

Fin de la réunion vers 13 heures.

Clete.

PS: De grands remerciements à Antoine Gallimard, Marie-Caroline Aubert, Stéfanie Delestré et Christelle Mata.

Bilan 2021 / Clete Purcell

Bon, quand on fait l’inventaire, 2021, dans la vie comme en littérature, c’était loin d’être génial même si le pire est peut-être encore à venir. Bref, au niveau polars et littérature noire de manière plus générale, de la quantité pour rattraper 2020, première année de gouvernance du COVID, mais du coup quelques foutages de gueule et certainement beaucoup de bouquins restés dans l’ombre, noyés dans la masse.

Néanmoins la qualité était parfois au rendez-vous et ces dix romans en provenance de Belgique, Irlande, Pologne, Espagne, USA, Australie et France, ces dix coups de cœur, ces bons coups de latte le démontrent haut la main. Chronologiquement…

MANGER BAMBI de Caroline De Mulder / La Noire Gallimard

 « Et petit à petit, à l’effarement et à l’irritation provoqués par les agissements barges des gamines succède une autre lecture, celle du mal être, de l’abandon, de la difficulté de la création de la personnalité quand on n’a aucun modèle autre que ceux proposés par les réseaux sociaux ou MTV, les affres et le drame des gamins abandonnés à leurs peurs. »

TRAVERSER LA NUIT de Hervé Le Corre / Rivages

“TRAVERSER LA NUIT est l’exemple du roman noir parfait ».

UNE GUERRE SANS FIN de Jean-Pierre Perrin / Rivages/ Noir

« Rejoignant parfois “Pukhtu” de DOA dans sa réflexion sur la guerre et sur les hommes et les femmes qui la vivent et la subissent, “ Une guerre sans fin” est un putain de grand roman.« 

NE ME CHERCHE PAS DEMAIN de Adrian McKinty / Actes noirs

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 9782330148607.jpg.

« Sean Duffy, un peu intello, un peu alcoolo, un peu toxico et néanmoins peu chargé des poncifs traditionnels et finalement assez irritants des policiers de papier est un personnage en tous points réussi et c’est bien volontiers qu’on le suit dans cette nouvelle enquête. »

ÉBLOUIS PAR LA NUIT de Jakub Zulczyk / Rivages

“ Éblouis par la nuit” est un roman magnifique. Du grand noir écrit intelligemment, du très lourd. Gros, gros coup de cœur.« 

TERRA ALTA de Javier Cercas / Actes Sud.

« Les habitués de Cercas seront en terrain connu avec la continuité des thèmes majeurs de son œuvre: la justice, la vengeance, le pardon, la guerre d’Espagne. On retrouve tout cela au service d’un roman noir et le résultat est très emballant. »

LE SYSTÈME de Ryan Gattis / Fayard.

« Ryan Gattis, sans aucun doute, le meilleur du polar américain actuellement. »

LA CITÉ DES MARGES de William Boyle / Gallmeister

 « William Boyle a écrit un bien beau roman, tout en empathie, respect et délicatesse. »

SARAH JANE de James Sallis / Rivages

« Toute l’oeuvre de Sallis explore le grand thème de la solitude des êtres, leur cruelle confrontation solitaire à des situations qui les dépassent. Si le propos est lourdement triste,  méchamment mélancolique, on voit néanmoins le malin plaisir que prend Sallis à nous égarer, à nous aveugler, à nous renseigner, à nous interroger, à nous faire hésiter. « 

MURMURER LE NOM DES DISPARUS de Rohan Wilson / Albin Michel

« On peut décemment évoquer Cormac McCarthy par la puissance de la plume et la description de l’inhumanité. »

Enfin hors concours, The Big Boss.

UNE CATHÉDRALE À SOI de James Lee Burke / Rivages

“Une cathédrale à soi”, tout en étant très classique des polars de Burke, ouvre vers un univers hanté, habité et montre que l’auteur peut encore beaucoup surprendre. »  

Clete.

Et puis le retour inespéré d’Arab Strap avec « As Days Get Dark », parfait reflet de l’époque.

L’ANNÉE DU MASQUE de Clete Purcell

Cette année particulièrement maussade et qui m’aura, par moments, hélas, passé l’envie de lire, a cependant très certainement durci mes choix en matière de lectures. La réalité étant souvent bien plus terrible que la grande majorité des fictions lues, le choix de dix romans marquants pour 2020, s’est avéré, maigre consolation, beaucoup plus aisé qu’à l’accoutumée. 

Cinq ricains, quatre d’expression française et un… grec sembleraient montrer que mes choix se sont portés vers les zones de confort et pourtant la petite centaine de romans initiale a rencontré la  même multitude d’univers géographiques et affectifs que tout lecteur rencontre dans son aventure romanesque.

Il y a bien sûr les romans ordinaires, mais aussi ceux qu’on ne comprend pas, ceux qui incitent à se pencher sur l’état mental de l’auteur ou à s’interroger sur la pertinence d’écrire sous coke, mais aussi les romans facebook avec des auteurs qui s’agitent quotidiennement pour nous rappeler qu’ils existent, de grands prêtres avec leurs hordes d’adorateurs et qui ont la magnifique capacité à passer de hyène à blanche colombe au moment de leurs sorties… On a tous connu aussi les romans dont on arrête la lecture à un moment pour revenir en amont car nos pensées ont vagabondé, les romans dont on admire la pugnacité de l’auteur à finir une histoire qui était sûrement une mauvaise idée au départ. Et que dire des romans qu’il vous semble avoir lu des dizaines de fois déjà, des personnages rencontrés des centaines de fois et puis tous ces romans que la quatrième de couverture rend imbuvables, toutes les couvertures répulsives,( la palme à Actes Noirs qui nous rappelle que “peu importe le flacon..”!), les novellas bâclées qui sentent le roman avorté, les recueils de nouvelles transformés en romans, les erreurs de casting, les recommandations bien déplacées et toutes ces romans dont vous ne gardez aucun souvenir une quinzaine plus tard, les romans qui puent la putasserie, l’opportunisme, les écrits dont vous n’avez pas aimé le style, l’écriture, les bouquins trop pauvres et les trop riches, les histoires que vous rejoignez au mauvais moment, ratant ainsi votre rendez-vous, les romans qui vont font passer un bon moment mais très fugitif, les bandeaux rouges à la con… Et bien sûr, chacun avec sa sensibilité, ses goûts, ses habitudes, sa générosité, sa tolérance ou son impatience…

Et puis il y a les autres romans, les bons, les grands, ceux qui vous restent en tête longtemps, qui vous ont impressionné, rendu humble, qui vous ont choqué, émerveillé, rendu malheureux comme les pierres et finalement marqué durablement. Vous savez ces journées au boulot que vous traversez, absent, avec “la soustraction des possibles” ou “les abattus » sous la main et que vous rejoignez dès que vous avez un minute, ces nuits que vous traversez en solitaire la mort dans l’âme avec les “Nickel Boys” ou en “Ohio”, ces moments terribles où “ le sang ne suffit pas” pour calmer vos “nuits rouges” maltraitées par “les dynamiteurs”, ces voyages qui vous entraînent aux confins de l’horreur avec “le plongeur ou à “Mogok”, brisant peut-être “ce lien entre nous”.

Peut-être représentatifs de cette terrible année, tous ces romans sont particulièrement noirs, de la plus sombre des nuances où la rédemption et la résilience sont absentes, où l’éclaircie est toujours de courte durée, des romans qui agressent, qui cognent, qui vous interrogent sur la nature humaine et titillent méchamment votre propre humanité, votre intimité… Aucun souvenir d’une sélection personnelle annuelle ressemblant tant à une “cour des miracles”, un tel pandemonium. Pas de réconfort à attendre des histoires mais par contre un bonheur constant à lire ces plumes toutes divines, à parcourir ces constructions malines ou réellement admirables au service de torrents de malheur, de cruauté, de courage, de misère sociale et intellectuelle.

Six confirmations et quatre premiers romans classés uniquement par ordre de sortie. Néanmoins la présence de Joseph Incardona en haut du classement reflète bien que “La soustraction des possibles” est, de loin, ce que j’ai lu de mieux, de plus puissant en 2020. J’envisage d’ailleurs de porter plainte contre l’auteur qui me maltraite à chacun de ses romans, cela doit pouvoir s’apparenter à une forme de masochisme chez moi.

LA SOUSTRACTION DES POSSIBLES de Joseph Incardona / Finitude.

« Une fois de plus, Incardona dépèce ses personnages, les met à nu dans leur apparence la plus vile, la plus sale et nul doute que chacun pourra y retrouver un aspect de sa personnalité qu’il cherche à cacher ou à ignorer. Les multiples digressions qui souvent font mouche, les remarques sur la nature humaine, sur les salauds qui nous cassent, donnent une énorme puissance à un roman particulièrement pointu dans ses descriptions et servi par une très, très belle plume imprégnée de morgue et de mépris. « 

LES ABATTUS de Noëlle Renaude / Rivages.

« Voilà un roman qui pourrait n’être que la chronique très dure d’un enfant puis d’un adulte de la fin du XXème siècle si ne s’accumulaient autour de lui, dans son sillage, des tragédies, des horreurs et des meurtres. Articulé en trois parties très inégales dans la densité: les vivants, les morts et les fantômes, le roman est un véritable polar qui se double d’une dimension sociale avec le portrait  d’une France provinciale des petites villes avec ses gueux, ses prolos et ses nantis de la bourgeoise locale, deux mondes, deux entités qui se côtoient mais ne se mélangent pas. Le style peut paraître bien quelconque, il ne l’est pas, parfaitement adapté aux tragédies qui peuplent le roman, au discours des personnages qui s’y perdent, s’y débattent avec leurs monstres intimes. » Rendre passionnantes misères sociale et intellectuelle n’est pas un mince exploit pour un premier roman.

LE SANG NE SUFFIT PAS d’Alex Taylor/ Gallmeister.

« De manière générale, Alex taylor montre les affres de la psyché humaine, les limites de l’entendement, l’animalité ordinairement cachée qui se dévoile  dans la terreur, la perte de conscience: l’homme est un loup pour l’homme. L’histoire de cette colonie dans un hiver à fendre les pierres est éprouvante mais magnifique, interroge sur les comportements, les choix, montre la barbarie à visage humain, l’aveuglement généralisé, accepté par une communauté. «  Quelle plume !

OHIO de Stephen Markley / Albin Michel.

“Ohio” est le roman de l’enclavement, de la récession, de l’isolement, du désabusement d’une jeunesse paumée, des mauvais choix, des regrets, des traumatismes adolescents qui bousillent toute une vie, des amours interdites, des passions éternelles, des addictions, de la guerre. “Ohio” est un roman éminemment politique, ça cogne dur, ça saigne, salope l’auréole de « Barack”et en même temps” Obama”, et effectue une troublante radioscopie d’une population qui va voter en masse Trump quelques années plus tard. «  Grand Prix de la littérature américaine 2020 et en cours d’adaptation par HBO. What else?

NICKEL BOYS de Colson Whitehead / Albin Michel / Terres d’Amérique.

« Il m’est impossible de comprendre et encore plus d’expliquer en quoi “Nickel Boys” est magique… Tout est fluide, brillant, les enchaînements sont parfaits, la poésie offre des moments divins, en apesanteur… Une fois la lecture commencée, toute interruption ressemble  à une trahison vis à vis d’Elwood et Turner et de leur martyre et donc on continue, noué, mal à l’aise jusqu’à un twist final génial aussi effroyable qu’inattendu. » Ce monsieur a pris la fâcheuse manie de remporter le Pulitzer chaque fois qu’il sort un roman. Nickel !

LES DYNAMITEURS de Benjamin Whitmer / Gallmeister.

« Continuant son credo d’une histoire de la violence aux USA, il creuse à nouveau et plus profondément dans le passé pour nous conter violemment le cloaque de Denver à la fin du XIXème siècle. » Dickens dopé au Tarantino.

CE LIEN ENTRE NOUS de David Joy / Sonatine.

« David Joy voulait créer un personnage ressemblant à Lester Ballard d’ “Un enfant de Dieu” de Cormac McCarthy et il l’a réussi certainement bien au delà de ses espérances tant la vengeance de Dwayne distille horreur mais aussi d’autres sentiments d’empathie bien plus troublants, créant un climat bien étouffant, imprévisible jusqu’à la dernière ligne. On est souvent secoué par les faits mais aussi par la réflexion que la prose de David impose. Il n’y pas de blanc et de noir, tout est gris, les victimes agissent comme des bourreaux tandis que les prédateurs font preuve d’une intelligence et d’une mansuétude inattendues. «  L’habitude est prise, David Joy, ce pote qu’on aime retrouver.

LES NUITS ROUGES de Sébastien Raizer / Série Noire.

« De manière plus générale et parce qu’ils ne sont pas légion, ne ratez pas le polar français de l’année. » Sébastien Raizer a arrêté d’emmerder les planètes et revient sur Terre, sur ses terres. Il n’est pas là pour plaisanter et il s’en prend à ceux qui ont flingué sa Lorraine.

LE PLONGEUR de Minos Efstathiadis / Actes noirs / Actes Sud.

« C’est tout simplement du Thomas H. Cook et ses histoires d’amour dramatiques, du Indridason de la grande époque de “la femme en vert” pour le rythme, la parole donnée aux anonymes. Il se dégage beaucoup d’émotion dans la deuxième partie, un inquiétant crescendo qui culminera en fin de roman vers l’abomination ou à la stupéfaction pour le moins ». Un final glaçant .

MOGOK d’Arnaud Salaün / Le Seuil.

« La plume de Salaün est vive, précise, souvent belle, offrant uniquement les seuls détails nécessaires mais créant d’emblée l’ambiance. Satire sociale aussi acerbe qu’inattendue, Mogok renvoie parfois vers des océans de solitude, de tristesse… » La très belle surprise de fin d’année, bretonne de surcroît, un auteur assurément à suivre.

Peut-être que ce ne sont pas les meilleurs, sûr que j’en ai oublié, certainement que je ne sais pas su saisir la beauté d’une écriture, forcément que je suis resté insensible à certains élans, évidemment que je n’ai pas su saisir la poésie ou la prouesse, sûrement, sûrement, mais ces dix romans, eux, m’ont flingué, tous, et c’était bien… A vous de voir maintenant. Je vous souhaite pareil bonheur.

Et puis relativiser, toujours bien garder en tête ce que chante si bien Mustang…

2020 : la bibliothèque au placard de Paotrsaout

D’aucuns prétendraient que nous avons eu l’occasion rêvée cette année de consacrer de longues heures aux plaisirs de la lecture, entre quatre murs. Hélas, le confinement n°1 m’a pris au dépourvu : je me suis retrouvé bien vite à piocher dans les oldies conservés chez moi ou accessibles libres de droits dans les bibliothèques numériques. Ensuite, de façon assez incroyable, j’ai eu envie de passer le maximum de temps à l’air libre : terrasse, jardin, campagne, plage, tout était bon à prendre, avant le retour au mitard vaguement annoncé. J’ai bouffé également cette année une incroyable production d’articles, analyses, tribunes, pamphlets pour rester au contact d’une réalité inédite, mettant à mal la fiction. Seul un petit nombre d’ouvrages de littérature et de littérature noire publiés dans l’année sont parvenus à vaincre autant d’adversité pour arriver jusqu’à moi. En voici une sélection par ordre chronologique de publication 

ALLEGHENY RIVER de Matthew Neil Null / Terres d’Amérique – Albin Michel.

9 short stories ancrées dans un terroir et dans l’histoire des Appalaches où règne un fragile équilibre entre hommes et Nature. Un régal d’écriture passionnée et de puissance sémantique. 

LE SANG NE SUFFIT PAS d’Alex Taylor/ Gallmeister.

Aux frontières du roman gothique et du nature writing. Un maelstrom de misère, de violence, de désespoir sans fin, de survie coûte que coûte. Eprouvant et intelligent. Très belle écriture.

CE QU’IL FAUT DE NUIT de Laurent PETITMANGIN / La manufacture de livres

Un succès de la rentrée d’automne. Mérité. Cela parle de la Lorraine, d’un milieu populaire, du veuvage, de la perte d’une mère, d’engagement politique, de choix de vie. Et de drames et de comment ils affectent l’existence de trois hommes. Terriblement juste et poignant.

OHIO de Stephen Markley / Albin Michel.

Une véritable mise à nu de l’Amérique provinciale des années Obama, qui va basculer en masse dans les bras de Trump. Enclavement, récession, désabusement d’une jeunesse paumée, mauvais choix, regrets, traumatismes adolescents qui bousillent toute une vie, amours interdites, passions éternelles, addictions, guerre : quel cocktail pour un (1er) roman très sombre et très politique. 

WALKER de Robin Robertson / Editions de l’Olivier.

Objet littéraire inhabituel, influencé dans sa forme par la poésie en prose et le cinéma et la photographie NB des années 1940. Un texte très découpé, économe en mots, mais incroyable d’intensité. 

Paotrsaout

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