Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Paotrsaout (Page 2 of 12)

L’ARMEE DES BAYOUS d’Emanuel Dadoun / Editions du Sonneur

« Né en 1969, Emanuel Dadoun vit à Paris. Après une adolescence passée dans les comics et la poésie, il mène des études de philosophie à La Sorbonne, rédige un mémoire sur l’anthropologie kantienne et court-circuite sa destinée de prof pour l’écriture. Grand amateur de Manchette et d’Edward Bunker, il est l’auteur de deux polars, Lazarus (2010) et Microphobie (2012) publiés aux éditions Sarbacane et d’un roman noir, La Machine (2019), édité à La Manufacture de Livres. Il a par ailleurs écrit un roman jeunesse, Kimpouss, publié par L’École des Loisirs. » Voilà les phrases d’une présentation officielle de l’auteur ci-présent. Oui, parfois, cela nous aide le travail préparé par d’autres (cf les 4e de couv’ largement utilisés par nos soins). Personne n’étant parfait ni exhaustif, Nyctalopes n’avait jamais eu l’occasion de parler du travail d’Emanuel Dadoun. Ceci va changer.

En pleine guerre de Sécession, un major français se voit confier une mission quasi impossible : acheminer à bord de trois bateaux à vapeur une précieuse cargaison de coton jusqu’au golfe du Mexique. À la tête d’un régiment disparate, constitué d’Américains, de Français, de Cajuns et d’Amérindiens, il va entraîner ses hommes dans une folle expédition, onirique et obstinée, au cœur des bayous labyrinthiques de Louisiane.

Comment ne pas sentir aspiré par les promesses d’un tel appât quand, comme moi, vous vous intéressez à l’histoire de l’Amérique du Nord et des Etats-Unis (parfois sous ses angles les plus méconnus ou improbables) et à son infusion dans la production romanesque ? Oui la fantaisie littéraire d’Emanuel Dadoun s’inspire de faits réels et de personnages historiques. Tandis que la France de Napoléon III profitait de la faiblesse des Etats-Unis, en proie à sa propre guerre civile, et envoyait une expédition – au final désastreuse – impérialiste au Mexique, des citoyens français décidaient de participer de leur propre chef au conflit, souvent parce qu’ils étaient des immigrants installés sur le sol américain, en voie d’assimilation. L’histoire a retenu la création de ces unités de volontaires au nord, les 53e et 55e New York (« Gardes Lafayette » et « Zouaves d’Épineuil »), a conservé par exemple le témoignage écrit du général Régis (de Keredern ! D’ascendance bretonne, gast) de Trobriand (Deux ans à la guerre du Potomac), plus tard général tunique bleue dans les Grandes Plaines. D’autres Français sont venus tout bonnement proposés leur sabre et leur culture guerrière aux acteurs du conflit : trois princes de la famille d’Orléans, le comte de Paris, le duc de Chartres et le prince de Joinville pour le Nord « libéral » et, notre personnage principal ici, un cas à part, Camille de Polignac, pour le Sud esclavagiste. Ils sont comme ça, les nobles, à la recherche d’un vent d’aventure dans leur moustache, d’une fidélité à un idéal chevaleresque, un baise-main à la dame et un regard pudique sur la société esclavagiste. Alors partons, avec Polignac et Dadoun, pour la Louisiane, sa touffeur, les méandres de ses fleuves à l’odeur de pourri.

Le décor et les circonstances de ces aventures c’est comme une serre sous plastique dont les parois retiennent et ressassent les gouttelettes de sueur, de sang projeté (parce qu’on y massacre allégrement, c’est la guerre), l’épaisseur des haleines, chargées de brandy ou d’angoisse, les brisures de rêves et d’idéaux. Mais sur l’ordure prospère une forme de beauté, une forme d’espoir. On ne sait pas si Emanuel Dadoun s’en est allé pagayer sur des bras du bayou, enveloppés de silence brumeux, de pétarades douces qui parlent de la décomposition dans les profondeurs, de hiatus dans la symphonie aviaire ou batracienne qui précèdent l’embuscade. On comprend juste, qu’avec ses mots, nous nous retrouvons avec lui, les braies trempées, les torses pelliculés de lentilles d’eau, pixels végétaux de ses descriptions, de ses ambiances, de ses scènes de violence brusque, de ses pensées qui s’échappent vers le passé ou l’avenir. C’est là sa belle réussite.

Ensuite, il faut dire la fuite inventive, l’exploration créative : à partir d’un limon historique, Emanuel Dadoun pétrit un artefact littéraire, humidifié sans doute avec ses lubies, ses projections, voire ses obsessions. Il a la délicatesse – peut-être la prudence – de nous en avertir en préface. Emanuel Dadoun a lu, il a ses références littéraires, voire mythologiques. Il a cherché avec intelligence à leur rendre hommage ou matière. Et il y aura donc quelque chose de grec et de tragique, un peu de philosophie et beaucoup de folie, un zeste aussi de Fitzcarraldo dans cette descente vers l’en-bas des fleuves qui préfèrent par endroits s’égarer plutôt que s’écouler…

Je ne dirais pas que tout est parfait dans ce texte d’un genre hybride. Mais je voudrais que soit salué le courage d’un auteur d’agripper un sujet personnel, de louvoyer entre grande et petite histoire dans un ailleurs qui paraît lointain, pourtant proche si nous le réalisons, autant que soit salué le courage d’un éditeur qui l’accompagne.

Paotrsaout


PASO POR AQUI de Eugene Manlove Rhodes / L’Ouest, le vrai / Actes Sud

Pasó por aquí

Traduction : Serge Chauvin

La collection L’Ouest, le vrai poursuit son bonhomme de chemin en publiant ce printemps un nouvel opus qui inspira le film Four Faces West / 3000 $ mort ou vif d’Alan E. Green (1948), un des rares du genre à ne pas mettre en scène un combat à l’arme de poing. L’auteur peut se targuer d’avoir été un authentique westerner et lui-même cow-boy, une expérience qui inspira son œuvre, mélange de romans et nouvelles consacrés à un Ouest déjà crépusculaire.

Ross McEwen cambriole un magasin au Nouveau-Mexique avant de s’enfuir dans les montagnes, pourchassé par Pat Garrett et sa milice. Au bord de l’épuisement, le cow-boy aperçoit un moulin à vent et une cabane isolée. Il titube vers la source d’eau et l’abri pour ensuite découvrir qu’ils sont occupés par une famille de peones atteinte de diphtérie. « Je suis là pour aider » leur dit-il. Mais l’opiniâtre shérif va bientôt découvrir que McEwen n’est pas un desperado comme les autres…

C’est la première fois que la collection publie, non pas un roman mais une novella d’une centaine de pages. On peut regretter que l’introduction et l’issue de cette cavale dans les sierras nous soient données au travers des propos de personnages secondaires, assez lointains du héros, Ross McEwen, un procédé indirect presque daté. Toutefois quand enfin, Eugene Manlove Rhodes place son fugitif au cœur du récit, il est aisé de comprendre qu’il connaît parfaitement le territoire et les mœurs des caballeros du Nouveau-Mexique. Les paysages décrits avec acuité et les mouvements pleins de ruse et de sagacité du cavalier en fuite ne peuvent se justifier que par une intimité réelle avec le sujet.

De plus, Ross McEwen campe un cow-boy peu ordinaire, prolixe et ironique, même si ses remarques s’adressent avant tout aux oreilles de son cheval. Il n’y a rien chez lui du pistolero brutal. Le hold-up qui exige sa fuite, McEwen donne l’impression de l’avoir fait comme une mauvaise blague. Il est désormais dans le pétrin et compte sur sa science des sierras pour échapper à ses poursuivants qui ne lui feront pas de cadeau. Sur son chemin, le sort d’une famille mexicaine l’émeut. Il fait tous les efforts (et par la même, compromet ses chances de fuite) pour la secourir et rameuter de l’aide extérieure. Notre desperado a en fait un grand cœur. Lui sera-t-il suffisant pour survivre ?

De sympathiques signaux de fumée montent de l’horizon : L’Ouest, le vrai est de retour. Mais le format et la nature de cette récente publication font désirer plus que tout d’autres romans aussi flamboyants, aussi épiques que ceux des premières saisons.

Paotrsaout

DANS L’ÉCHO LOINTAIN DE NOS VOIX de Brandon Hobson / Terres d’Amérique / Albin Michel.

The Removed

Traduction: Stéphane Roques

Auteur et enseignant universitaire, Brandon Hobson se réclame de la nation cherokee de l’Oklahoma. The Removed, publié en 2021, est aujourd’hui traduit dans la collection Terres d’Amérique que l’on ne présente plus. Ce roman est à ce jour la dernière publication de Brandon Hobson, remarqué auparavant pour des nouvelles et trois romans.

Il y a quinze ans, victime d’une bavure, un adolescent amérindien mourait sous les tirs d’un policier. Submergée par le chagrin, sa famille se délite. Maria, sa mère, est confrontée à la maladie d’Alzheimer dont est atteint son mari. Sonja, sa sœur, mène une vie solitaire, ponctuée de périodes d’obsessions romantiques. Quant à Edgar, le cadet, il s’est perdu dans la drogue pour atténuer son mal-être.

Alors que l’anniversaire de la mort de Ray-Ray approche, Maria se voit confier par les services sociaux la garde d’un jeune Cherokee. Wyatt, véritable tourbillon de vie et de joie, adore raconter des histoires. « Elles sont comme un médicament, sauf qu’elles n’ont pas mauvais goût » et ravivent à leur manière l’écho de la voix du fils disparu.

C’est un drame hélas trop courant pour une famille américaine, surtout quand elle appartient à une minorité, qu’ont connu Maria et Ernest Echota : perdre un enfant, victime de la violence de la police, une violence sans réelle justification. Depuis le temps a passé mais les membres de la famille ne vont pas mieux. Tristesse, mal être, déclin cognitif, solitude, addiction, il y en a pour chacun. Des chagrins personnels qui pourraient s’appuyer aussi sur un substrat traumatique historique. Il n’est pas simple d’être un Indien dans la société américaine, pour faire dans l’euphémisme. Dans les cœurs et les corps perdurent les traces d’épisodes douloureux de spoliation, de racisme, de destruction.

En cela, le destin de la nation cherokee n’a pas été épargné. Autrefois implantés dans le Sud-Est des Etats-Unis, les Cherokees ont la particularité d’avoir absorbé le choc de la rencontre avec les Blancs colonisateurs en intégrant aussi un certain nombre de leurs habitudes et pratiques : religion, exploitation agricole et propriété privée, recours à une main d’œuvre noire esclavagisée, adoption d’un syllabaire, presse en langue cherokee… C’était sans compter sans la voracité des Blancs qui voulaient leurs terres. Leur éviction et leur déportation sont décidées, sur la base d’un traité frauduleux. L’épisode reste connu comme celui de la Piste des Larmes (Trail of tears), en 1838-1839. Hommes, femmes, enfants, vieillards, conduits de force à l’ouest, de l’autre côté du Mississippi, dans les Territoires indiens, sorte de réceptacle de toutes les nations chassées de leurs terres ancestrales. Presque un quart des déportés meurt sur la route, de mauvais traitements, de malnutrition ou sous les intempéries. L’essentiel de la nation cherokee doit désormais construire son histoire dans cet endroit devenu depuis une partie de l’actuel État de l’Oklahoma.

Pour retisser la fibre d’une famille déchirée, il faut peut-être un miracle, croire aux esprits et aux histoires anciennes en tout cas. Brandon Hobson les convoque avec sensibilité pour rassembler les membres de la famille, éloignés les uns des autres par leurs épreuves. Le texte oscille constamment entre la réalité d’une famille américaine d’aujourd’hui et un monde magique, mythologique, souvent sombre. Établir leurs connections, montrer leur porosité, est une des plus belles réalisations de l’auteur.

Surmonter la perte, faire son deuil est un chemin et peut-être qu’au bout de celui-ci, les quatre Echota seront réconciliés avec eux-mêmes. Ce roman est une quête d’espoir, palpable, touchante dans ses moments les plus justes. Malheureusement, on peut regretter que le choeur de voix et de visions proposé par Brandon Hobson manque ou de finition ou d’intensité.

Paotrsaout

TOUR MORT de Stéphane Grangier / Goater noir.

Il est l’heure de s’envoyer le troisième shot de la semaine, tiré des vieux bocaux du patron dans l’objectif d’instruire – si possible – au sujet des littératures « étrangères », à savoir textes et auteurs rattachés de quelque façon à cette protubérance terrestre nommée Armorique. Si on y connaît là-bas au moins cinquante nuances de gris triste ou enchanteur, on y poursuit l’étude de gammes plus noires. Avec un peu d’avance sur le calendrier éditorial, il est l’heure de se pencher sur la dernière production du résident rennais Stéphane Grangier, déjà tagué dans ces pages pour des participations à des projets collectifs (Rennes No(ir) futur, Sandinista ! Hommage à The Clash) et pour des œuvres en solo (Fioul). Tout cela en gardant grande fidélité à un éditeur généraliste majeur de la région, Goater, qui n’a pas négligé dès ses débuts d’ouvrir une branche Goater noir. Frédéric Paulin, Marek Corbel, Marion Chemin, Nathalie Burel… y ont fait étape, juste pour dire.

Un casse qui échoue et voici quelques malfrats qui se réfugient à la maison de la poésie de Rennes. Se faisant passer pour des apprentis poètes, pourtant traqués, ils vont tout tenter pour s’échapper, prenant en otage, poètes et bénévoles, avec comme destination Belle-île, la bien nommée. Un road trip très explosif qui suinte la vie et les galères des déclassés.

Tout d’abord un peu de sémantique. Pourtant supposé familier des quais et bon cavalier des embarcations du Finistère-Sud, j’ai dû m’informer. Un tour mort, c’est une façon basique d’enrouler son bout (on ne doit pas dire corde…) autour d’un truc stable, une bitte d’amarrage si disponible. Ce serait la première étape ou manœuvre, pour nouer quelque chose de plus solide que vous choisirez dans les dictionnaires de nœuds, en fonction de la nature de votre esquif. Pour résumer, c’est fait pour accrocher, de façon provisoire.

Provisoire, c’est un mot-clé pour définir la suite en avant des aventures des personnages de Stéphane Grangier. Des braqueurs losers, plus Extrême limite que Point Break, à Rennes, un beau matin, en échec, alors en fuite et barricadés dans un premier temps dans un établissement à vocation culturelle. Il faut forcer la porte d’un léger coup de coude (l’ouverture aux publics, on sait ce que c’est) et prendre, en douceur, des otages. Cela tombe bien, voilà dans les lieux un quatuor représentatif de la nazerie de tout un milieu, dans son époque aussi naze. Nazerie à la hauteur de celles de nos cons-cons flingueurs. La première centaine des pages de Stéphane Grangier fait tout bonnement frétiller. Tout bonnement très acides, comme on aime. Après, l’acidité ne disparaît pas. Mais nous partons vers des ailleurs moins concentrés. On enfile les canaux, puis les départementales, jusqu’au trait de côte et une traversée. Le gars Grangier se réjouit des road-trips bretons. Then, Hollywood, Plomodiern, now Rennes, Belle-île. C’est très bien, cela fait découvrir notre belle région selon des itinéraires moins balisés pour le tourisme des cons. Pour n’en rien dire de plus, ça va finir dans des eaux sales, tout ça. Sales, salées et vinaigrées. Façon Grangier.

Paotrsaout

PS: l’auteur est présent ce week-end à Rue des livres à Rennes.

VIEUX KAPITEN de Danü Danquigny / Série noire / Gallimard

Qu’on se le dise, Peter Punk est de retour. Comme esquissé dans une chronique précédente début 2022, Danü Danquigny propose aujourd’hui la suite des aventures de son héros cabossé Desmund Sasse, dont le pedigree annoncerait, sans honte du paradoxe, qu’il aurait une grande expérience comme redresseur de torts dans des situations tordues (d’avance).

En Albanie, un vieil officier de la sécurité intérieure spécialisé dans les écoutes téléphoniques se lance dans une croisade personnelle contre un de ses anciens amis, aujourd’hui à la tête d’une organisation criminelle.

En France, Desmund Sasse enquête sans discrétion sur le meurtre d’un jeune type, et va bientôt devoir fuir pour sauver sa peau. Pendant ce temps-là, son amie Élise Archambault, détective privée, est embauchée par un avocat véreux pour retrouver son fils.

Des trottoirs bitumés de Morclose aux montagnes vertes de l’Épire, trois enquêtes que rien ne semble relier explorent la haine et la vengeance. Elles vont finir par entrer en collision au pied du cimetière des martyrs de Korcë, en Albanie.

Sans surprise, nous retrouvons les atavismes de Danü Danquigny. D’abord, l’ancrage dans la capitale bretonne, habillée des miteux et charbonneux treillis d’un alias, Morclose. L’auteur est sans pitié pour la décrire, en appui sur de ses clichés, et pour la peupler d’une nouvelle génération de losers et de bad guys. Un fameux quotidien régional s’interrogeait encore il y a quelques jours : « Rennes Morclose est-elle toujours la capitale des punks à chiens ? » Danü Danquigny a son mot gouailleur et documenté pour répondre. Et la mise à jour cash nettoie le cache. Le système-monde de la came et de l’argent sale ne pouvait pas continuer à épargner les agglomérations provinciales, fussent-elles réputées pour un bon vivre, pour leurs « joyeuses » soirées estudiantines, pour leur club de foot volontaire mais inconstant (« qu’est qui est rouge et noir, qui monte et qui descend ? Le Stade Rennais »). Dans ta galette-saucisse, la forme oblongue, ce n’est plus du tout certain que ce soit du chaudin bourré de cochon haché.

Alors les voilà, les petites mains, leurs contremaîtres, les soldats et les boss de la nouvelle grande distribution bretonne. Ils redessinent les dynamiques urbaines, les sociabilités, l’ambiance. Les notables véreux à la recherche d’inspiration (nasale ou patrimoniale), les entrepreneurs-gagneuses du plus vieux métier du monde qui ne cesse de se renouveler, les pantins politiques les ont bien sûr accueillis, épaulés même. C’est de la bonne merde tout ça, elle sent aussi suave partout où elle est pondue. Même dans un bon vieux nid d’aigle balkanique à deux têtes. Du coup, de l’aéroport de Morclose-Saint-Jacques, en biplan très discret, non inscrit sur les tablettes, on dessert aussi des vallées farouches, à Shqipër-ait. Et vices-vers-ça. Vous l’aurez compris, le lien franc de Danü Danquigny avec l’Albanie (déjà exprimé dans de précédentes fictions) n’est pas non plus dissimulé dans ce roman. C’est là-bas d’ailleurs que va se dénouer lé pochon d’nou (ce serait de l’albanais – incertain – de l’entour rural de Morclose).

Pour le reste, belle galerie de personnages dégondés, amochés, en course pour se retaper, se retrouver, se venger, rebondir. Un air de Chacun cherche son chas (dans sa chienne de vie). Cela cochait toutes les cases pour monter à la Série noire. D’ailleurs, c’est à la Série noire.

Parfois, un poil forcé peut-être côté héros suppliciable mais incassable. Mais c’est une question de goût personnel.

Paotrsaout

LA BAIE DES RÉVOLTÉS de Marek Corbel / Edevcom

Il n’aura échappé à personne que le blog Nyctalopes, par son ancrage, par le tropisme revendiqué de certains de ses contributors, marque des arrêts ou des jalons, régulièrement, sur la route de l’Amérique et des littératures, en péninsule armoricaine. Comme je l’avais fait auparavant, je reviens sur la production du sieur Marek Corbel, enrichie dernièrement d’un nouveau roman noir. Je m’étais personnellement chargé d’évoquer ici deux de ses précédents textes en 2017 (Auguste l’aventurier, Goater noir) et 2021 (Une compensation aux luttes, ECE-D). Tandis que nous commentons ici et là, Marek Corbel godille sûrement, sans faire naître une écume et un clapot des plus spectaculaires, pour rallier les prochains havres de son écriture.

Dans ce roman noir, véritable thriller politique et social, Marek Corbel brosse un tableau de la Bretagne bouleversée par les choix d’une classe politique indifférente et égoïste, mais une Bretagne qui se dresse, proteste et résiste. En effet : janvier 2019, trois membres du Collectif des Gilets jaunes du Finistère prennent en otages une élue, un conseiller ministériel et un notable…

Cette journée de mobilisation devient l’occasion de découvrir, non seulement les exigences singulières des prétendus forcenés, mais surtout de tenter de comprendre leurs parcours respectifs contrastés.

Dans un rebond d’Une compensation aux luttes, Marek Corbel récupère et réimplante certains des personnages rencontrés alors. Flics et magistrates, déchu(e)s ou muté(e)s, membres de la préfectorale, écartés de l’échelle d’ascension pour leur fumet anti-républicain. Le Grand Ouest comme une nouvelle Guyane, confins de relégation. Mais n’est-ce pas la France toute entière, la république toute entière, qui se transforme, en ce début 2019, en un espace de relégation pour beaucoup de ses citoyens ? Avènement d’une oligarchie, d’une ploutocratie… Il faudrait cocher la bonne case analytique. En tout cas, en réaction, advient un formidable sursaut social, les Gilets jaunes, qui agglomère déclassés en devenir ou de fait, tout un peuple divers, uni par ses frustrations politiques, démocratiques ou moins. Alors s’adjoignent à cette suite de personnages « historiques », des figures locales, sociales, qui parlent à leur manière de ce moment, disons-le, historique. Marek Corbel, en bon auteur de roman noir, de polar, fait sien ce terreau. « Le roman noir n’est pas un genre, c’est un regard », vient de dire un autre, dans une tribune nationale.

C’est sans doute là le principal intérêt du roman, faire se rapprocher dans un cadre de tension extrême, qui pourrait – non, qui va en fait – déboucher sur le drame, tous ces personnages qui, à leur échelle microscopique, personnelle, régionale, politique aussi (parce que Marek Corbel ne renonce jamais à toucher cet aspect), évoquent un moment de notre histoire commune, déjà enfuie. C’était il y a à peine cinq ans.

Pour les révoltés du Finistère et d’ailleurs.

Paotrsaout

IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE de Harry Grey / Sonatine

The Hoods

Traduction: Caroline Nicolas

Harry Grey (1901-1980) est le pseudonyme de Herschel Goldberg, auteur et citoyen américain, d’origine russe et juive. Bien sûr que le titre, juste au dessus, vous dit quelque chose car il est éponyme de l’adaptation cinématographique qu’en a fait Sergio Leone (qui signe d’ailleurs l’introduction de ce « mémoire » par une analyse très cérébrale écrite dans les années 1980) dans laquelle Robert de Niro joue le rôle de Goldberg lui-même. Harry Grey est l’auteur de deux autres textes de fiction, plus discrets, écrits aussi dans les années 1950 et publiés en VF dans la Série noire historique, Né un dimanche (The Duke) et La crème des hommes (Portrait of a mobster). Herschel Goldberg s’est largement inspiré de son expérience de gangster du Lower East Side new-yorkais pour épicer ses écrits, volontairement ou subconsciemment altérés pour faire correspondre les faits relatés avec sa vision du monde ou alors tout bonnement avec son désir de rester vivant vu certains épisodes dévoilés. The Hoods, rédigé derrière les barreaux de la prison de Sing Sing, n’avait jamais été traduit en français jusque-là.

« New York, années 1920. Noodles traîne dans le Lower East Side avec sa bande : Patsy, Cockeye, Max et Dominick. Simples gamins des rues, ils gravissent peu à peu les échelons d’une mafia qui s’organise en Syndicat du crime. Leur temps est celui de la Prohibition, de l’opium et des gangsters juifs et italiens qui s’apprêtent à refaçonner à tout jamais le visage de l’Amérique.« 

Ces cinq-là sont unis comme les doigts de la main, dès l’enfance. Tous fils d’immigrants juifs d’Europe centrale ou italiens, ils partagent le même dédain pour l’école, la même haine de leur pauvreté et la même disposition aux mauvais coups. En outre, ils ont le Lower East Side chevillé au corps. C’est leur tiékar. Ils n’ont qu’une hâte : qu’on leur signe une sorte de « bon, d’accord » pour abandonner les études (primaires) et se lancer dans les petits boulots et trafics en tout genre qui leur permettront d’avoir quelques sous en poche. Ils rêvent déjà de plus ambitieux. Leur rêve américain, c’est de croquer au gâteau, avec la bouche la plus élargie possible, et s’il y a une cerise on top, c’est encore mieux.

Le narrateur, Noodles, est l’intello de la bande, celui qu’on considère le plus fûté, le plus curieux, insatiable lecteur mais aussi esprit tourmenté. Ses méninges turbinent. Bientôt, ils ne seront plus que quatre, Dominick, l’Italien, avalera quelques grammes de plomb car la loi de la rue est impitoyable. Mais le quatuor de voyous juifs connaît la musique. Sur leur territoire, c’est eux, même, qui donnent le la. Leur irrésistible ascension commence dans l’Amérique de la prohibition. Arnaques, nettoyages, contrebande, extorsion, casses sont leur lot quotidien. Au niveau national, la mafia se structure et, plutôt que la guerre à tout prix, partage les principautés et les sources de revenus. La Coalition, comme l’on appelle, adoube sans broncher ces quatre gangsters du Lower East Side, n’hésitant pas à les mobiliser sur des gros coups le long de la côte Est. Ils sont réputés fiables et sans peur.

Le récit d’Harris Grey est la litanie des journées qui passent, copieusement arrosées de spiritueux dans les arrières-salles d’un speakeasy, de coups qui se montent, se font, des billets raflés et flambés en costards, hôtels de standing, et petites pépées bien sûr. Parfois, il faut casser quelques dents, suriner un type ou vider son chargeur dans un corps. La routine, quoi. Elle semble sans fin, parfois, dans ces 600 pages. Peut-être que la première chose à tuer, c’est le temps dans cette histoire…

Mais il arrive que les affreux aient des affres… Noodles se cherche une posture morale. Est-il du bon côté de la barrière ? Il voit le monde corrompu jusqu’à la moelle. Non, il n’est décidément pas fait pour une autre vie et il n’est pas pire que les autres, les gens dits honnêtes qui selon lui ont la même obsession : entuber. Et même si l’opium lui tord la tête, le sort de sa pauvre mère l’inquiète ou une fixation sur une unique femme l’empêche de savourer ses mille conquêtes féminines, peut-être ce qu’on se rappellera de lui, c’est son histoire. Il veut la raconter, jusqu’à la chute.

Très réaliste, le texte détaille la vie des gangsters jusqu’à la banalité. On sait ce qu’ils mangent, boivent (sans arrêt), on découvre qu’ils ont la blague lourde, par exemple. Depuis fort heureusement, des auteurs, des dialoguistes ont travaillé leurs saillies. Mais quand l’action s’emballe, on ne perd rien, tout est rapporté méthodiquement, bien sûr du point de vue pas forcément humble de Noodles.

Ne cherchez pas un grand roman, vous trouverez un témoignage dense sur le monde du crime américain, travaillé en la faveur de son narrateur (il peut après tout s’enorgueillir de ne pas avoir fini criblé de balles).

Paotrsaout

LES RÉGICIDES de Robert Harris / Belfond noir

Act of Oblivion

Traduction : Anne-Sylvie Bomassel

Les bibliothécaires ont la réputation pas toujours usurpée d’être gens bougons, revêches. Pour le commun des mortels, ils seraient obsédés par l’idée de faire régner le calme absolu dans leur zone de travail public, comportement associé à l’émission d’onomatopées et autres chuintements menaçants : chut ! Pour les connaître intiment (et ceci pourrait ne pas être désavoué par le confrère Brother Jo), ils ont leur propre sens de l’humour, leurs running gags & private jokes véniels. Ainsi, confrontés à l’habituelle question dégoulinante « Et ça, vous avez lu ? Vous avez lu ? », certains finissent par soupirer et lâcher : « Non mais je l’ai beaucoup rangé »… Et ils éclatent d’un rire intérieur nécessaire pour contrecarrer la propagation de toute onde de choc sonore dans leur zone de travail ou détendre plus encore leur pull Jacquard. Hé bien, avec le Britannique Robert Harris, ce serait de ce genre : on le range souvent (car il est emprunté souvent) et, pourtant, on ne se précipite pas dessus pour soi-même le lire. Car Robert Harris déconcerte le puriste : il est auteur de plusieurs romans ou thrillers historiques, appuyés sur les périodes de l’Empire romain, de l’affaire Dreyfus, des années 1930 et de la Deuxième guerre mondiale. C’est quoi son truc, en fait ? Cette fois-ci, il ne nous aide pas plus à le déterminer en choisissant un tout autre contexte historique dans son dernier roman, paru en novembre 2023.

1649. Une poignée d’hommes menés par Oliver Cromwell signent la condamnation à mort du roi Charles Ier. Parmi eux, les colonels Edward Whalley et William Goffe, deux républicains déterminés à faire souffler un vent nouveau sur le pays.

Onze ans plus tard, le protectorat a vécu. Alors que Charles II s’installe sur le trône, Whalley et Goffe sont piégés. Fuir ! Rejoindre le Nouveau Monde, trouver des partisans, éviter la prison et, plus que tout, échapper à Richard Nayler.

Car ce fervent royaliste s’est donné pour mission de retrouver tous les régicides pour les envoyer ad patres de la pire manière possible. Et il réserve un sort particulier à Whalley et Goffe, ceux qui l’ont incarcéré sans raison des années plus tôt. Ceux qui l’ont privé de tout ce qui comptait dans sa vie…

Je vais très vite abandonner le ton railleur qui humecte mon introduction pour vous avouer que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire cette traque implacable qui traverse les décennies (inspirée de faits réels, soit dit au passage) entre le royaume anglais et ses colonies américaines. Robert Harris nous projette dans une vibrante reconstitution historique, émaillée des détails appropriés pour insuffler une existence à un contexte politique et religieux tourmenté, à des personnages habités par des idéaux de leur temps ou des sentiments humains familiers : la vengeance, l’espoir de survivre, la nostalgie… Le tableau reconstitué est gigantesque. Le Londres des puissants et des humbles, en pleine restauration royaliste. Les peuplements de la Nouvelle-Angleterre où les puritains, favorables aux régicides, ont érigé des bastions. L’immensité et la sauvagerie entrevues d’un territoire américain où Les Européens ne sont encore que poussières. Robert Harris est sur ce plan à la hauteur de ses ambitions.

Il parvient à garder un subtil équilibre entre deux camps adverses. Nous espérons nous aussi que les régicides en fuite échapperont au triste sort qui leur est promis (d’autres comparses n’auront pas cette chance). Et nous comprenons également les attentes de l’homme de loi sur leur piste, blessé dans son âme, qui fait aussi de sa traque une affaire personnelle. Alors parfois, oui, le suspens promis perd de son intensité car les années passent et ce sont l’échec et l’oubli qui se dessinent. Mais Robert Harris a suffisamment de métier pour relancer la partie.

Un texte qui séduira les amateurs de reconstitution historique solidement documentée.

Paotrsaout

MON MEILLEUR DE … / Paotrsaout 2023

Des lectures envoûtantes cette année ? Je crois que la réponse est non. Il faut dire que j’ai plutôt joué au campagnol distrait qu’au rat de bibliothèque et fait de fréquentes incursions sur le terrain du 9e art (la BD), matière très exceptionnellement exploitée sur notre blog. Mais puisque l’heure est aux aveux, j’admets, j’avoue avoir eu quelques plaisirs avec ces titres, listés sans hiérarchie.

LA FILLE DU BATELIER d’Andy Davidson / Gallmeister

Un 2e shot percutant de l’auteur après un horror western réussi. De la violence, de la vase, des créatures maléfiques pour un avatar du Southern Gothic ultra-tendu.

LOIN EN AMONT DU CIEL de Pierre Pelot / La Noire Gallimard

Mon Frenchie du classement et pas un perdreau de l’année. Sauvage, cruel, émouvant avec des personnages féminins qui ne s’oublient pas. C’est un western, au fait. Vous lisez le best of de Paotrsaout.

LES NAUFRAGÉS DU WAGER de David Grann / Editions du Sous-Sol

L’aventure avec un grand Waaa. Ceci n’est pas une fiction littéraire. Mais bon, là on s’en fout, on est tellement emporté et abasourdi par ce récit habité par les tempêtes et les destins fous de quelques humains. Superbe.

HONDO (suivi de L’offrande de Cochise) de Louis L’Amour / « L’Ouest, le vrai » / Actes Sud

Un texte d’inspiration pulp, d’une écriture très efficace. Le plaisir aussi de voir une collection dirigée en son temps par Bertrand Tavernier continuer à galoper malgré la disparition de son vaquero. C’est encore un western, au fait. Vous lisez le best of de Paotrsaout.

LA CONTRÉE OBSCURE de David VANN / Gallmeister

Je continue à penser que ce roman, qui s’appuie sur deux récits entrecroisés, n’est pas parfaitement équilibré. Mais la plongée dans l’expédition américaine de l’Espagnol De Soto au XVIe, c’est un délire digne du Aguirre d’Herzog : bouffonesque, tragique et sanglant.

LES AFFREUX de Jedidiah AYRES / EquinoX / Les arènes

Un grand moment de détente chez les tordus des Ozarks.

SHIT ! de Jacky SCHWARTZMANN / Seuil

Un CPE du quartier Planoise à Besançon et sa voisine d’immeuble très pragmatique se retrouvent du jour au lendemain « propriétaires » d’un gros stock de shit. Que faire de toute cette came ? Féroce et jouissivement immoral.

LES CHAMPS BRISES de Ruth GILLIGAN / Seuil

Irlande, fin des années 1990, en pleine crise la vache folle. Huit bouchers itinérants perpétuent une tradition d’abattage ancestral. Mais leur avenir est menacé. Una, fille de l’un d’eux, est prête à tout pour exercer cette activité réservée à des initiés masculins… Un premier roman, une petite perle de justesse et d’étrangeté qui fait l’Irlande comme le trèfle et les ratiches de Shane Mc Gowan.

Voilà, c’est la fin. Et bientôt un autre début.

Paotrsaout

COMME SI NOUS ÉTIONS DES FANTÔMES de Philip GRAY / Sonatine

Two Storm Wood

Traduction: Elodie Leplat

Philip Gray a étudié l’histoire à l’université de Cambridge puis travaillé comme journaliste à Madrid, Rome, Lisbonne. Comme si nous étions des fantômes est son premier roman, inspiré de l’expérience de son grand-père, combattant britannique de la Première Guerre Mondiale.

Trois mois après la fin de la Première Guerre mondiale, une jeune Anglaise, Amy Vaneck, arrive à Amiens afin d’en apprendre davantage sur l’homme qu’elle aime, Edward Haslam, porté disparu dans les tranchées. Les champs de bataille de la Somme sont désormais silencieux. Ne restent sur place que quelques hommes qui se livrent à la tâche difficile de rassembler les dépouilles et d’essayer de les identifier. Parmi eux, le capitaine Mackenzie, qui se propose d’aider Amy. Mais lorsqu’on retrouve treize cadavres dissimulés dans un tunnel au fond d’une tranchée, celle où Edward a été vu pour la dernière fois, tout change. D’autant plus qu’il apparaît bien vite que leur mort n’a rien à voir avec les combats, ni avec l’armée allemande.

Que s’est-il réellement passé à Two Storm Wood, cette position du front de la Somme prise et reprise dans les dernières semaines de la Grande Guerre ? Au printemps 1919, la région dévastée est lugubre à souhait, elle pue littéralement la mort. Philip Gray ne manque pas d’inspiration pour évoquer ce décor, brouillardeux, propice à faire renaître l’illusion d’un fracas et d’une boucherie sans précédent. La boue, les ruines, des corbeaux, des coups de pioche et la rumeur d’hommes – militaires volontaires ou travailleurs forcés – qui besognent et déblaient ce qu’ils peuvent dans une tâche bien trop vaste pour eux, engagés dans une course contre la montre, avant que la pourriture, l’oubli, l’urgence d’explorer d’autres sections du front n’effacent la possibilité de donner une sépulture digne de ce nom à des soldats fauchés par la mitraille plusieurs mois auparavant.

Dans ce contexte, Amy Vaneck, jeune femme de bonne famille, se doit d’éclaircir la disparition de son amant. Ses sentiments, sa conscience l’y obligent. C’est aussi par sa faute qu’Edward Haslam s’est engagé, leur mariage semblait impossible à ses parents qui tenaient en faible estime le jeune homme orphelin et sans situation honorable. Mais au front, Edward s’est retrouvé sous la houlette d’un officier charismatique, aux méthodes atypiques mais efficaces dans leur finalité : faire saigner l’ennemi. Pour Edward comme pour son supérieur, les choses ne seraient pas bien terminées : une disparition, une blessure grave. A proximité immédiate, un horrible crime collectif a été commis. Les cadavres viennent d’être exhumés.

L’enquête d’Amy paraît au départ impossible. Femme, elle est perçue comme tout à fait déplacée, à cet endroit, à cette époque. Les civils français même ne reviennent que lentement. Presque plus rien ne tient debout. Et ceux qui sont là ne vivotent que dans la vente de vivres et de plaisirs aux soldats ou aux coolies chinois. Par chance, l’officier McKenzie va la prendre sous son aile et le mystérieux prévôt Westbrook, ancien inspecteur dans la police, l’accompagner dans sa quête. Des anciens compagnons d’armes d’Edward sont encore sur le terrain. Amy pourrait apprendre d’autres détails sur sa disparition. Par l’usage de flashbacks et de rebondissements contemporains, Philip Gray avance vers le point zéro de son thriller, affichant une parfaite maîtrise du suspens jusqu’aux toutes dernières pages de son roman. Son parcours est richement documenté sur les blessures de guerre, les troubles psychologiques et post-traumatiques des soldats, les questions raciales et sociales de l’époque mais menace à quelques occasions de s’égarer dans le boyau d’une intrigue secondaire ou de s’ensevelir dans une casemate.

Une reconstitution d’époque d’une grande authenticité et un thriller historique de belle facture qui aurait mérité de légères retailles.

Paotrsaout

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