Found Audio
Traduction: Alex Ratcharge

« Amrapali Anna Singh est une chercheuse en archivistique spécialisée dans l’analyse de documents audio. Un jour, un mystérieux messager frappe à la porte de son bureau, en Alaska. Il a traversé la planète pour lui apporter trois cassettes sur lesquelles se trouve le témoignage d’un journaliste-aventurier racontant sa recherche obsessionnelle d’une légendaire « Cité des rêves ».
Sa quête amène ce dernier des marécages de Louisiane à la ville fortifiée de Kowloon à la veille de sa destruction, en passant par les dunes de Mongolie ou un tournoi d’échecs à Istanbul. Le voyage d’une vie devenu véritable odyssée existentielle aux confins de la réalité, qui amène ce mystérieux personnage à s’interroger sur l’essence même du bonheur et de l’amour. Plus le récit avance, plus son témoignage soulève une question obsédante : qui a réalisé cet enregistrement, et dans quel but ? »
Quand on te propose un bouquin qui serait possiblement fait « pour les amateurs de Jorge Luis Borges et Mark Z. Danielewski », « un véritable Indiana Jones » mental paraît-il, tu prends, sans te poser trop de questions et, en même temps, en t’en posant trop car ta curiosité est forcément piquée. Le seul lieu, premier roman (et pour le moment unique) publié en 2017 aux Etats-Unis, paraît chez Le Gospel en France avec une intrigante et labyrinthique couverture signée Sylvain Havec.
La grande question posée dans ce livre, à laquelle est soumis le journaliste dont il est question ici est : « Êtes-vous le rêveur ou êtes-vous le rêve ? » Une seule question qui a un certain potentiel pour vous retourner le cerveau. Entre délire halluciné ou aventure fantasmagorique, on hésite, le témoignage de notre journaliste enregistré sur cassettes et retranscrit par une certaine Amrapali Anna Singh, a tout d’une vaste épopée en quête d’une mystérieuse « Cité des Rêves ». Le mystère derrière cette supposée « Cité des Rêves » appelle notre principal protagoniste, pour le meilleur et pour le pire, à dépasser ses propres limites dans l’espoir de trouver réponses à ses questions. Une histoire qui a tout d’un puzzle dont il faut trouver les pièces manquantes.
Le principal moteur de l’intrigue, celui qui peut potentiellement garder le lecteur en haleine, m’a tout de suite rappelé le phénomène de la « lostwave ». Derrière le terme de « lostwave » se cache ces chansons qui apparaissent parfois sur internet, sur lesquelles très peu d’informations existent, et qui font se déchainer les passions sur certains réseaux, menant ainsi à des enquêtes collaboratives pour déterminer les origines des dites chansons. On se laisse très facilement prendre au jeu et c’est un peu pareil avec Le seul lieu.
Il faut dire ce qui est, le roman de N.J. Campbell souffre de quelques petits défauts qui pourront frustrer certains. Commençons par le concept formel du livre initialement assez malin, la retranscription de cassettes (la cassette est à la mode cette année, souvenez-vous Diables blancs) qui nous permet d’accéder au témoignage du protagoniste principal. Un témoignage enregistré tel qu’il l’est ici, c’est très oral, mais la supposée transcription est très écrite, trop écrite pour véritablement passer pour une transcription. Néanmoins, on peut faire fi de cela et se laisser porter par l’histoire. L’autre défaut du livre est sa longueur. Celui-ci est très court, seulement 144 pages, ce qui donne malheureusement l’impression de survoler l’histoire qui aurait gagné à être plus développée pour lui donner une réelle substance. Cela va très vite. Trop expéditif pour le grand roman épique qu’il aurait pu être. Mais ce sont des défauts qui n’en font pas un mauvais livre. Le réalisme magique de N.J. Campbell demeure prenant et plus d’un se laisseront facilement convaincre. Vous vous poserez plus d’une question au fil de cette lecture, c’est sûr, mais les réponses ne seront pas évidentes à trouver.
Le seul lieu est un roman un poil trop court pour ses ambitions, mais ludique et onirique, qui est en mesure d’éveiller le goût du lecteur pour l’aventure. Si vous aimez les mystères du type insaisissables légendes urbaines et si vous appréciez vous faire des nœuds au cerveau avec vos propres rêves et aspirations, ce livre pourrait être pour vous.
Brother Jo.
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