Chroniques noires et partisanes

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CIMETIERE D’ETOILES de Richard Morgiève / Editions Joëlle Losfeld

C’était il y a deux ans exactement : la sortie du Cherokee nous enchantait, positivement, et le blog s’en faisait l’écho. Aussi quand on annonçait un sequel éditorial du roman décoré des Grand prix de Littérature policière 2019 et Prix Mystère de la Critique 2020, il y avait de quoi dérouler une langue gourmande, tel un loup de Tex Avery.

El Paso, Texas, 1963. Huit ans après la disparition du tueur en série appelé le Dindon *, les lieutenants Rollie Fletcher et Will Drake enquêtent sur la mort suspecte d’un Marine. Ce ne sont pas des modèles de vertu mais la vertu n’a jamais résolu une affaire criminelle. La ténacité, si. Plus Fletcher et Drake progressent dans la recherche de la vérité, plus cet absolu leur échappe, plus l’enquête se révèle être une hydre aux multiples visages. La mort à tous les étages: voilà ce qu’ils auront au menu et qu’ils feront passer avec des balles blindées et des amphétamines. Pas de castagnettes mais des poings américains. Comme seule loi, la loi du talion version country : pour un oeil les deux, pour une dent toute la gueule. On remplit les cimetières comme on peut et on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. En témoigne cette pluie d’étoiles mortes qui tombe du drapeau américain à la fin du livre.

* Voir Le Cherokee.  

Cimetière d’étoiles fait immédiatement retrouver la verve de Richard Morgiève, son humour noir, son sens de la formule qui claque, dans un registre burné, sans aménité particulière pour les dames, les groupes ethniques, les personnes au physique disgrâcieux… Bref, c’est un peu tout le monde qui dérouille, de façon jubilatoire. La paire de héros flicards, Rollie Fletcher et Will Drake, est gratinée, on ne sait pas s’ils sont plus « dingues que salauds. » L’un est albinos, l’autre saigne du nez. L’un décoche les citations latines, l’autre déclame les passages des Ecritures. Tous deux se défoncent la gueule et massacrent allégrement ceux qui se dressent en travers de leur chemin. 

Ainsi commence un drôle de paso doble transfrontalier, pimenté de sauce et de gnons. On retrouve du polar d’antan, du western, de la parodie historique, on violente les genres autant que les hommes : Jim Thompson, San Antonio, peut-être aussi le sens des digressions d’Un privé à Babylone. Rollie Fletcher et Will Drake se leurrent dans leur enquête et ça ne tourne pas rond dans leur tête. La rumination du passé et les toxiques. La figure du Dindon, le redoutable serial killer, clignote au bord de leur chemin puis s’éteint. Il ne fallait pas l’ignorer et nos deux compères apprendront à le regretter. Le final du roman renoue avec l’haletante traque déployée dans le Cherokee et l’électricité de son récit.

Car auparavant que s’est-il passé ? Je retiens le sentiment de traîner les pieds dans la poussière, dans une certaine confusion. Quand cela démarre-t-il ? Où va-t-on avec ces deux zigues ? Je me suis ennuyé à vrai dire, abîmé par les pouvoirs émollients de la référence, de la citation, de la liste, du gimmick dont l’auteur raffole. D’autres accueilleront avec joie et ravissement ce déchainement inventif, ce foutoir qualifié de génial. C’est un peu triste de ne pas se joindre au bouquet des critiques élogieuses mais aujourd’hui, je ne me sens pas de le faire. 

Paotrsaout

LES PIONNIERS de Ernest Haycox / « L’Ouest, le vrai » Actes Sud

The Earthbreakers

Traduction : Fabienne Duvigneau

Dans la collection « L’Ouest, le vrai », le roman posthume d’Ernest Haycox, publié en 1952, deux ans après la disparition de son auteur, se pose à part. En effet, contrairement à tous les autres titres, il n’a jamais été adapté au cinéma. Peu étonnant quand on découvre l’ampleur de cette fresque historique, aux multiples personnages et aux intrigues entrecroisées. Elle a la carrure pour s’imposer au-dehors du cadre western.

« Ils viennent du Missouri et ont tout abandonné dans l’espoir de trouver une terre à des milliers de kilomètres de leurs foyers. Ce voyage où ils affrontent les rapides, le froid, les pluies diluviennes qui vous transpercent, la faim, constitue une suite d’épreuves exténuantes que Haycox restitue avec une ampleur, un lyrisme, une vérité inégalés. Le cinéma, à de rares exceptions près, paraît timide, aseptisé, face à l’acuité d’un tel livre. Parvenus à destination, les survivants doivent construire un nouveau monde avec ses règles, ses usages et ce malgré les rivalités, les préjugés raciaux, les barrières de classes. Les Pionniers est l’un des très grands romans, sinon le plus grand, le plus lucide, sur la colonisation, l’apprentissage de la civilisation, avec les conflits que celle-ci entraîne entre une vision humaniste et les pulsions de violence, entre les intérêts particuliers et le sens de la collectivité. Peut-être le grand œuvre de Haycox, cet immense écrivain qu’admirait Ernest Hemingway, qui marie le souffle de l’épopée à la chaleur de l’intime, avec d’inoubliables personnages de femmes. À coup sûr son livre testament, et rien moins qu’un chef-d’œuvre de la littérature américaine. » 

Si jamais la collection devait se clore un jour, ceci pourrait constituer le plot ultime de l’aventure éditoriale, par son sujet même. Tandis que de nombreuses histoires nous ont fait connaître l’aventure, l’exploration, l’affrontement contre la géographie et les forces de Nature, contre les peuples natifs, les duels entre hommes aux mœurs brutales, quelque chose de l’Ouest, peut-être défini par notre propre romantisme, se fige ici : un groupe de pionniers apprend à construire et enraciner une nouvelle société. Ce qui est sauvage doit disparaître, ou moins être canalisé. Les hommes qui ont goûté à la vie violente et sans attaches de la Frontière doivent plier, se redéfinir ou mourir. Tel est le cas de Rice Burnett, de Hawn, l’homme à squaw, de l’irascible Lockyear. 

Le roman fait une large place aux questions de mœurs, de morale, de la place des femmes. Certains de ces personnages sont proprement sidérants d’audace et l’auteur nous donne toute la profondeur de leurs questionnements et états d’âme. Mais c’est plus largement le microcosme pionnier, à l’intersection d’une paire de vallées détrempées par les brouillards de l’Oregon, qui devient de portée universelle sous la plume de Haycox. Foisonnante, difficile à résumer, voilà assurément une grande œuvre, qu’il est presque douloureux de lire si on y discerne aussi le crépuscule d’un mythe, d’un genre, d’un mouvement, le western, entraîné par le sens de l’histoire vers une société établie et le monde moderne.

Paotrsaout

NITASSINAN de Julien Gravelle / éditions Wildproject

Impossible de clôturer la saison sans évoquer une dernière découverte, harponnée en librairie par hasard. Nitassinan est le premier roman de Julien Gravelle publié par Wildproject, une maison française orientée vers les « humanités écologiques » au sens large. Jurassien d’origine, Julien Gravelle s’est installé au Québec en 2006 et y exerce le métier de guide d’expédition. La parution en 2012 de la version grand format du roman (aujourd’hui épuisée) a eu apparemment peu d’échos littéraires, ou alors engourdis aujourd’hui. La version poche éditée à l’automne 2020 relancera peut-être l’intérêt pour ce texte.

« Le bois est plein de fantômes. On voit leurs ombres bossues, fatiguées par de trop longs portages, les jambes arquées par les journées de voyage en raquettes. Les gens d’avant, sentant fort la sueur, la boucane et la graisse animale. Indiens, coureurs des bois, trafiquants de peaux. Sauvages, ils l’étaient tous, même si tous n’étaient pas autochtones. Et ils étaient chez eux sur ce territoire qui eut bien des noms. Les Ilnuat l’appelaient « Nitassinan »– notre terre–, les premiers explorateurs blancs, « royaume du Saguenay », l’administration moderne, « territoires non organisés du Lac-Saint-Jean », mais pour tous, c’est le bois. »

Neuf destins, cinq siècles d’histoire : le roman d’une terre.

Il y a des 4e de couv’ qui tiennent leurs promesses, à savoir dans le cas présent, la plongée dans l’histoire, l’aventure, la découverte. Les Innus/Ilnus, historiquement appelés Montagnais par les Français qui s’aventurèrent sur leur territoire puis s’y installèrent, sont un peuple autochtone du Canada oriental. Pendant des millénaires, dispersés en clans, ils menèrent une vie nomade de chasseurs-cueilleurs entre leurs habitats d’estive et la profondeur des bois et des zones humides boréales où ils s’enfonçaient pour traquer le gros gibier lorsque l’hiver et le froid rendaient les conditions presque salubres. L’été, le bois est en effet un enfer d’insectes piqueurs et de sols spongieux. De la rive nord du Saint-Laurent, leur territoire s’étendait jusqu’aux côtes du Labrador. Il est probable que des Innus furent le premier contact de Vikings puis de pêcheurs de morue venus d’Europe à ces latitudes avant que la France ne décidât de s’implanter sur la façade nord-est de l’Amérique au XVIe siècle. 

Et c’est là que commence l’égrenage historique et narratif de Julien Gravelle. Au travers de neuf destins, neuf histoires bornées entre 1563 et 2012 (histoires que ne renierait pas, pour certaines, Jack London ou, d’autres, Rick Bass), il évoque l’univers des Ilnus, ce qu’il en perdure et ce qui s’en effrite et disparaît. En effet, la présence d’Européens est le point de départ d’une suite de bouleversements, tantôts subtils ou indirects (modifications de l’équilibre économique et politique des peuples autochtones de toute la zone géographique du Saint-Laurent et des Grands Lacs), tantôt directs parce que le nombre et l’emprise des Blancs s’accroît et écrase le mode de vie ancestral. Tant bien que mal, l’attachement au territoire, au bois, parvint à résister, certes transformé, transmis parfois à ceux des Blancs qui, fascinés par la liberté de ‘l’ensauvagement’, ne résistent pas à son appel. Il se pourrait même que Julien Gravelle y ait cédé lui aussi et qu’il ait le cœur kawish (sauvage). Principalement, le livre est la chronique, travaillée avec un grand souci documentaire, de la destruction d’un peuple, d’une culture, d’un environnement. Il s’en dégage une mélancolie globale, nuancée par la précision des descriptions du territoire et de ses habitants (animaux et humains confondus), la vivacité des aventures des personnages choisis et les bouffées d’amour mystique pour une nature puissante.

Du nature writing habité, qui inscrit sa particularité francophone dans un espace littéraire habituellement dominé par les Anglo-Saxons.

Paotrsaout

2020 : la bibliothèque au placard de Paotrsaout

D’aucuns prétendraient que nous avons eu l’occasion rêvée cette année de consacrer de longues heures aux plaisirs de la lecture, entre quatre murs. Hélas, le confinement n°1 m’a pris au dépourvu : je me suis retrouvé bien vite à piocher dans les oldies conservés chez moi ou accessibles libres de droits dans les bibliothèques numériques. Ensuite, de façon assez incroyable, j’ai eu envie de passer le maximum de temps à l’air libre : terrasse, jardin, campagne, plage, tout était bon à prendre, avant le retour au mitard vaguement annoncé. J’ai bouffé également cette année une incroyable production d’articles, analyses, tribunes, pamphlets pour rester au contact d’une réalité inédite, mettant à mal la fiction. Seul un petit nombre d’ouvrages de littérature et de littérature noire publiés dans l’année sont parvenus à vaincre autant d’adversité pour arriver jusqu’à moi. En voici une sélection par ordre chronologique de publication 

ALLEGHENY RIVER de Matthew Neil Null / Terres d’Amérique – Albin Michel.

9 short stories ancrées dans un terroir et dans l’histoire des Appalaches où règne un fragile équilibre entre hommes et Nature. Un régal d’écriture passionnée et de puissance sémantique. 

LE SANG NE SUFFIT PAS d’Alex Taylor/ Gallmeister.

Aux frontières du roman gothique et du nature writing. Un maelstrom de misère, de violence, de désespoir sans fin, de survie coûte que coûte. Eprouvant et intelligent. Très belle écriture.

CE QU’IL FAUT DE NUIT de Laurent PETITMANGIN / La manufacture de livres

Un succès de la rentrée d’automne. Mérité. Cela parle de la Lorraine, d’un milieu populaire, du veuvage, de la perte d’une mère, d’engagement politique, de choix de vie. Et de drames et de comment ils affectent l’existence de trois hommes. Terriblement juste et poignant.

OHIO de Stephen Markley / Albin Michel.

Une véritable mise à nu de l’Amérique provinciale des années Obama, qui va basculer en masse dans les bras de Trump. Enclavement, récession, désabusement d’une jeunesse paumée, mauvais choix, regrets, traumatismes adolescents qui bousillent toute une vie, amours interdites, passions éternelles, addictions, guerre : quel cocktail pour un (1er) roman très sombre et très politique. 

WALKER de Robin Robertson / Editions de l’Olivier.

Objet littéraire inhabituel, influencé dans sa forme par la poésie en prose et le cinéma et la photographie NB des années 1940. Un texte très découpé, économe en mots, mais incroyable d’intensité. 

Paotrsaout

RENNES NO(IR) FUTUR d’Isabelle Amonou, Claude Bathany, Thierry Bourcy, Nathalie Burel, Danü Danquigny, Benjamin Dierstein, Thomas Geha, Stéphane Grangier, Arnaud Ladagnous, Stéphane Miller, Frédéric Paulin, Élodie Roux-Guyomard, Christophe Sémont, Erik Wietzel / Goater Noir

En convoquant, à la fin de l’année 2019, les auteurs du collectif rennais Calibre 35 ainsi qu’en lançant un appel à textes pour sélectionner trois d’entre eux autour d’une thématique « Rennes, quel futur ? Visions de la ville en 2030 », la branche noire des éditions Goater ne pouvait pas imaginer que la réalité offrirait quelques mois plus tard le scénario catastroph(iqu)e que nous connaissons. Soudain, l’horizon et le fantasme 2030 paraissaient totalement explosés. Le futur était en avance. Bouclé ce printemps, le projet regroupe 14 nouvelles noires et/ou d’anticipation dont certaines ont pu s’appuyer sur la sidérante réalité dans laquelle nous sommes depuis entrés. Il faut bien avouer que, même sans cela, bon nombres des auteurs participants avaient projeté une vision de l’avenir assez peu éclairée par l’optimisme et les couleurs de l’arc-en-ciel, entre fin du monde et pandémie, nouvelles technologies de contrôle de la population et écologie obligatoire, entre ségrégation spatiale et confinement, entre innovation et désespérance. C’était après tout répondre à l’esprit et au cahier des charges du recueil envisagé.

Le casting a sélectionné des autrices et auteurs aguerris, pour certain(e)s déjà exposé(e)s dans les chroniques Nyctalopes à des titres divers : Claude Bathany, Nathalie Burel, Danü Danquigny, Stéphane Grangier, Frédéric Paulin dans un ordre alphabétique.  Mais la totalité des participant(e)s contribue efficacement à la palette noire (et déprimante) exposée dans le recueil, selon l’approche existentielle ou la déclinaison dystopique choisies. On espère qu’au delà du public local ou familier de la métropole bretonne, il se trouvera des lecteurs capables de décoder – pour mieux les apprécier – les projections de certains textes, férocement ironiques. Ëtre administré en 2020 par une coalition PS-écolos ne protège pas d’une dérive idéologique ou autoritaire de cette même coalition, comme l’imaginent plusieurs nouvelles. 

Comme à chaque fois qu’il s’agit de recueil de nouvelles, je me garderai de 1/ d’en résumer les histoires 2/ d’en avancer un palmarès. Les angles, nuances, sensibilités apportés par les auteurs atteindront des lecteurs amateurs de littérature noire et d’anticipation tous différents. Ce qui ne m’empêche pas de pointer un texte qui m’a fait plutôt rigoler dans le genre Mad Max zoophile à la cocasserie saignante, « Germaine Pétrograd » de Benjamin Dierstein. 

Il y a une phrase qui dit quelque chose comme « les Bretons ont toujours Roazhon ». Vu d’ici, en 2030, ce sera salement différent.

Paotrsaout

LA FUREUR DES HOMMES de Charles O. Locke / « L’Ouest, le vrai »/Actes sud

Road to Socorro (titre alternatif : The Hell Bent Kid)

Traduction : Hubert Tézenas

Au bout de sept années d’existence de la série L’Ouest, le vrai, son projet aura échappé à peu de monde : rechercher (parfois exhumer), traduire et publier les textes littéraires d’intérêt à l’origine des scénarios de films western entrés au panthéon du genre. Après les grands textes épiques, lyriques aussi, du début, la série creuse désormais dans des romans aux approches plus originales. 

Bertrand Tavernier le confesse, il n’a pas été simple de tirer de l’oubli le roman de Charles O. Locke adapté à l’écran par Henry Hathaway sous le titre de From Hell to Texas (1958) et exploité en France sous celui de La fureur des hommes. En effet, les informations sont floues sur Charles O. Locke (1895-1977), pourtant auteur de plusieurs westerns à partir des années 1950. Comment par exemple le titre original du roman, très évocateur (hell bent signifiant « totalement déterminé », « indomptable ») a pu glisser vers une plus prosaïque « route de Socorro » ?

Tot Lohman a beau savoir tirer mieux que personne, c’est un jeune homme farouchement non violent. Mais lors d’un bal, brutalement agressé par le jeune Shorty Boyd, il est contraint de se défendre et tue son adversaire. Riches éleveurs, les Boyd sont nombreux, puissants. Le patriarche, assoiffé de vengeance, ne reconnaît pas la légitime défense et le clan se lance aux trousses du jeune homme. Traqué, sans personne vers qui se tourner, Lohman prend la fuite et tente de rejoindre le Nouveau-Mexique pour y retrouver son père. Dans ce long et douloureux périple, il doit affronter une nature hostile et des poursuivants impitoyables qui l’entraînent malgré lui dans un engrenage de violence qui risque de le broyer.

Tot Lohman est un personnage atypique dans l’Ouest. Eduqué (il sait écrire et se sert plusieurs fois de la voie épistolaire pour délivrer messages ou se raconter), doté de principes moraux hérités des croyances religieuses de sa mère, pacifiste mais hélas, détenteur d’un véritable don pour le maniement de la carabine. Tot Lohman est d’abord consterné par la rage et l’acharnement dont font preuve les Boyd, le père autocrate et ses fils, pour le traquer. Ils ne sont pas du même monde : les Boyd sont de grands éleveurs sans scrupules et la force a toujours constitué pour eux un moyen de s’imposer. Lui n’est qu’un jeune cow-boy bien seul, déjà éprouvé par la vie : sa mère est morte, sa petite sœur a péri à la suite d’un raid comanche, son père est parti dans l’Etat voisin, deux de ses trois frères ont succombé sous les balles en voulant faire respecter la loi. Sous le fouet des épreuves physiques et morales, une colère formidable va s’emparer du jeune homme et ébranler ses valeurs. Doit-il se montrer aussi ou plus cruel que ceux qui le pourchassent ? Peut-il vaincre en provocant le carnage ? 

Introduit par le témoignage d’un rancher, clos par celui d’un autre, qui étaient tous deux les mieux disposés à l’égard du jeune homme, (ce qui apporte au texte des points de vue de narration peu usités ailleurs), le récit, âpre et tendu, se concentre sur la cavalcade de Tot Lohman. La nature est rude et ne pardonne pas elle non plus. Quand le jeune homme croise le chemin d’autres hommes, il doit souvent craindre la traîtrise ou déjouer une embuscade. Les Indiens rôdent et les Boyd ont une large partie de la contrée à leur pogne. Il y a des rencontres tendues. La talentueuse économie de mots de Charles O. Locke s’adapte aussi aux lignes de dialogue qui claquent par leur drôlerie ou leur acidité. Sur son chemin de croix, quelques-uns osent apporter leur aide au jeune fugitif. Pour l’esprit assiégé de Tot Lohman, c’est un répit, de l’émotion. Pourtant, il écarte aide et possibilité d’un autre destin, pour mettre fin, seul et à sa manière, au cycle de la violence. Depuis le début, le crack du fusil galopait vers la tragédie, sa conscience son plus implacable ennemi. 

Un western marquant par sa cruauté et le personnage émouvant du Hell Bent Kid.

Paotrsaout

LE PASSAGE de Elliot Ackerman / Gallmeister

Dark at the Crossing

Traduction : Janique Jouin-de Laurens

L’année dernière, les lecteurs français pouvaient découvrir Eliott Ackerman, nouveau venu sur la scène littéraire américaine, également traduit chez Gallmeister. Son roman En attendant Eden est toutefois chronologiquement plus récent que celui qui nous intéresse ici. Il ne surprendra personne qu’à nouveau, l’expérience dans le corps des US Marines de l’auteur (il y est resté 8 ans et servi plusieurs fois au Moyen-Orient) charpente une histoire qui se déroule dans une zone de conflits et réunit des personnages aux destins bouleversés par la guerre, la perte et l’exil.

Ancien interprète pour l’armée américaine en Irak, Haris Abadi a pu émigrer avec sa sœur aux États-Unis. Incapable d’y trouver sa place, il décide de se rendre en Syrie pour combattre le régime de Bachar-al-Assad aux côtés des insurgés. Mais son passeur le dépouille de son argent et de son passeport américain ; en un instant, Haris perd ainsi son statut d’Occidental protégé. Bloqué en Turquie, il erre près de la frontière où il rencontre Amir et son épouse Daphne, deux Syriens réfugiés dont la guerre a détruit la vie. Haris trouve auprès d’eux un abri et un nouveau point d’attache. Mais Haris ne se ment-il pas à lui-même ? Est-il un soldat en quête d’une cause, ou un déraciné à la recherche de son identité ?

L’action, les combats ont peu de place dans l’histoire mais la guerre est bien là, dans le paysage, dans les corps scarifiés, les esprits sans repos, dans les introspections douloureuses. La vie et la mort, le bien et le mal sont jumeaux dans ce paradoxe séculaire qu’est la guerre. Haris a gagné la nationalité américaine en servant les troupes dans son pays envahi, l’Irak. Ne sentant pas à sa place en Amérique, il a décidé de rejoindre une autre guerre. Mais si c’est finalement Daesh qui peut lui faire passer la frontière et l’enrôler, cela n’est plus si important. Daphne refuse de croire à la mort de sa fille sous les bombes et est prête à tout risquer pour le vérifier et redonner un sens à sa vie. Amir croit pouvoir aider son pays martyrisé en collaborant aux enquêtes d’ONG et d’institutions occidentales et ferme les yeux sur la réalité vénale de son travail, sans réel impact positif sur le martyre de la Syrie. David Ackerman réussit à nous rendre proches et attachants ses personnages abîmés par leurs remords et leurs trahisons. 

Plus largement, l’auteur peint un tableau évocateur de la zone grise de la frontière turco-syrienne où les réfugiés croupissent dans le dénuement à l’extérieur ou encombrent les couloirs d’hôpital, où les trafics d’hommes et de marchandises fleurissent avec la complicité de petits fonctionnaires corrompus. Il donne une dimension humaine à un drame perçu ici au travers de cartes, de lignes de front, de décomptes choquants ou abstraits. 

Une évocation de la folie et la futilité de la guerre, de vies brisées, d’habitations écrasées sous les bombes, de bonnes intentions égarées avec, au final, une amertume puissante.

Paotrsaout.

DANS LA VALLÉE DU SOLEIL de Andy Davidson / Gallmeister

In The Valley Of The Sun

Traduction : Laure Manceau

Il faudra sans doute demander si, dans l’imaginaire et l’inspiration d’Andy Davidson, le film de Kathryn Bigelow Near Dark / Les frontières de l’aube (1987) n’a pas une place. Sans véritable succès commercial à l’époque, le film a trouvé ses adeptes et fait l’objet d’une sorte de vénération. Son mélange de genres néo-western-vampiresque est singulier. Il n’y a rien de péjoratif en tout cas à tirer un lien entre le film et le premier roman inspiré d’Andy Davidson, natif et résident du Sud des Etats-Unis.

Travis Stillwell sillonne les routes brûlantes du Texas, piégeant des femmes solitaires dans l’espoir toujours déçu d’apaiser les démons de son passé. Un soir, il croise dans un bar une fille mystérieuse au teint pâle. Le lendemain, il se réveille seul et couvert de sang. Dès lors, cette inconnue aux bottes rouges revient errer à ses côtés, et son emprise dévorante s’affirme sans pitié. Épuisé, Travis se fait héberger par une jeune veuve, Annabelle Gaskin. En échange, il l’aide à remettre d’aplomb son motel décrépi, et peu à peu, il prend de l’importance dans sa vie et celle de son fils. Mais Travis lutte contre des pulsions noires puissantes, et Annabelle finit par se douter que cet étrange cow-boy n’est pas ce qu’il prétend.

On a très vite le goût de la poussière du Texas et du sang dans la bouche avec Andy Davidson. L’écriture sèche, droit au but, est très efficace et les formules font mouche. On prie pour éviter que le moindre voyage dans le Lone Star State n’ait pour conséquence une rencontre aussi funeste que celle que fait un soir Travis Stillwell. Personnage noir et rongé, meurtrier lui-même donc déjà devenu monstrueux à ses propres yeux, ce qu’il va vivre nous le fait prendre en pitié et ses efforts pour se dégager (vainement) de l’emprise cauchemardesque de Rue, le vampire succube, pour ne pas céder à sa nouvelle nature, nous tiennent en haleine. Il a trouvé refuge dans le motel tenu par une jeune mère et son fils qui, rareté, vont lui tendre la main, s’intéresser à lui et finirent par représenter une vision de ce qu’il n’a jamais eu, une famille aimante, un espoir, fragile, dans le désastre affectif de son existence. Mais tandis qu’un Texas Ranger sur sa piste meurtrière se rapproche, la tension qui déchire la conscience de Travis Stilwell, l’impérieux besoin de boire du sang pour survivre, deviennent insoutenables et mettent la vie d’Annabelle et de Sandy en terrible danger.

Western, polar, fantastique, horreur fusionnent pour revisiter un mythe bien connu, lequel baigne dans une atmosphère très palpable de South West des années 1980. Les flashbacks biographiques, les introspections psychologiques et intimes des personnages touchent au plus juste, émeuvent, et permettent d’encaisser les scènes sanglantes et brutales dans un tempo qui va en s’accélérant. Tous les personnages même les plus « mauvais » ont leurs blessures, leur part d’ombre ou ne sont totalement innocents et Andy Davidson sait habilement faire naître une empathie pour eux. C’est au final une belle réussite, un roman aussi aiguisé et menaçant que des crocs.

« Tu es à moi, maintenant, Travis. Et je suis à toi.

Elle fit courir ses doigts dans ses cheveux, et ce n’étaient pas des petits doigts moelleux, mais des doigts anguleux, flétris, durs comme du cuir séché.

Cette fois, se rappela-t-il avoir songé. Cette fois. Tout sera différent.

Et c’était vrai.

Il tremblait tellement qu’il ne pouvait pas se mettre debout.

Elle l’aida. Il sentit ses bras le soulever comme ils l’avaient déjà fait et, les yeux fermés, il se laissa guider jusqu’à la couchette. Elle le hissa sur son lit, l’aida à se déshabiller, lentement, tendrement, et les doigts qui le caressaient étaient doux et délicats tant qu’il gardait les yeux fermés. Ils s’allongèrent côte à côte dans le noir, et elle lui dit des choses, des choses qu’il avait besoin de savoir, des choses qu’il avait besoin de faire. Elle lui expliqua à quel point tout avait véritablement changé, que tout ce qui avait été perdu était retrouvé, que l’aube était un mensonge et la nuit une faveur, et tous les mots qu’elle prononça correspondaient à tout ce qu’il avait cru impossible parce ce que le monde, même sans de tels cauchemars, était déjà assez épouvantable comme ça. Avant la fin de la nuit, la créature Rue le quitta, et il resta éveillé à trembler, à calculer, à subir ces heures solitaires avec les choix qui s’offraient à lui, dont aucun, dans les jours à venir, ne ressembleraient à un choix digne de ce nom.« 

Paotrsaout.

WALKER de Robin Robertson / Editions de l’Olivier

The Long Take

Traduction : Josée Kamoun

En cette année mémorable par ces capacités asphyxiantes, on ne s’attendait pas à se retrouver le souffle court, happé par l’ouvrage de Robin Robertson. Né en 1955, poète britannique (écossais) et éditeur d’Irvine Welsh, de John Banville et James Kelman, Robin Robertson a publié en 2018 sa première œuvre de fiction, The Long Take (indéniablement inspiré par le cinéma, nous y reviendrons) en 2018 et aujourd’hui traduite en français. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un roman, dont il n’a pas la forme classique. Il ressemble plutôt à un long poème en prose ou à une succession de scènes cinématographiques, un script, sublimé par une langue merveilleuse d’épure et des éclairages NB travaillés jusque dans leur moindre grain.

« Il marche, Walker. C’est son nom et sa nature ». Jeune soldat canadien de retour des champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale, Walker s’installe à New York en 1946. Hanté par la violence des combats, il peine à trouver sa place dans une Amérique où l’argent et la corruption règnent désormais en maîtres. Il se lance alors dans une odyssée qui le conduit à San Francisco puis Los Angeles, tente de gagner sa vie en travaillant dans la presse et côtoie le monde du cinéma et du film noir qui le fascine. Mais point de salut pour cette âme perdue, condamnée à errer dans un décor qui n’est autre que le reflet de son chaos intime.

Dès les premières pages, le lecteur comprend qu’on lui propose un objet littéraire inhabituel : un plan du quartier de Bunker Hill à Los Angeles, des photos urbaines d’époque, le sentiment d’affronter un roman choral alors qu’il n’y a que les pas de Walker à suivre, de retour en Amérique, loin de sa Nouvelle-Ecosse natale, à New York tout d’abord qu’il quitte bien vite pour atteindre un autre rivage, la Cité des Anges. Mais s’insèrent dans la scansion de son errance, des souvenirs d’enfance et de jeunesse, de l’environnement et de la vie rudes des pêcheurs de Nova Scotia, d’un destin familial et sentimental abandonné, des flashbacks de la guerre, de la vie de soldat, du débarquement en Normandie avec son régiment et des inserts urbains ou urbanistiques de ce qu’on suppose être un journal intime réduit à cet angle. Walker semble ainsi avoir plusieurs voix. C’est simplement qu’il a un présent à affronter et plusieurs passés à contenir.

Et il y a l’écriture de Robin Robertson. Un texte très découpé devient, sous sa plume, incroyable de vie. La matière, la lumière s’incarnent littéralement dans les mots. Trois lignes de dialogue, la prise est faite. C’est une photographie vintage ou une scène de film noir qui s’anime sous nos yeux. Imaginez un chef opérateur doté d’une incroyable capacité d’écriture nous en livrant le détail essentiel. Il est beaucoup question de cinéma dans le texte. L’auteur visiblement apprécie, Walker lui en est fan, ils ont tous deux leurs références. A L.A, le travail de Walker dans la presse l’amène à chroniquer les films et à rencontrer, souvent au hasard des tournages dans les rues, des réalisateurs.

Walker a la conscience chargée. Nous découvrirons ce qui le hante au fil du texte et c’est rapport à la guerre, en Normandie, ce qu’il y a vu, ce qu’il y a fait. Il fuit, cherche à s’étourdir. Walker veut se prouver qu’il appartient encore au règne des hommes. Il lui faut être le plus possible ce mec bien, à la coule. Mais si ça doit virer au pétard, il est prêt et sait jouer du poing.  Il s’est donné une mission : le journalisme. Parler de ses frères d’armes, qui revenus à la vie civile, sont nombreux à basculer dans la dèche. Le pays se transforme, il est en pleine crise de parano. Comme le dit un des protagonistes, il est parti combattre un ennemi outremer et il a désormais peur d’en trouver un autre dans le cadre de sa société et il est rouge celui-là. Los Angeles se prostitue aux politiciens véreux et aux promoteurs, l’argent et le crime coulent, poisseux dans les moindres interstices. Est-ce un hasard si Walker a choisi de s’installer à Bunker Hill, quartier historique, physiquement une rare élévation de terrain dans le plat de vallée où la mégapole s’étend,  Bunker Hill qui à terme est condamnée à être arasée totalement ? En attendant, marginaux, vieillards, gens de peu continuent à y vivre ou y vivoter et Hollywood profite de l’originalité de son décor, tunnels et funiculaire, vieilles façades. Le sursis de Bunker Hill est le sursis de Walker. Avant l’anéantissement total, il doit terminer quelque chose, se mettre en règle avec lui-même et les hommes. Walker est l’homme qui doit marcher jusqu’au bout de son chemin moral.

Certainement un des textes de l’année. Qui pourrait plaire à ceux qui aiment l’Amérique en littérature, le cinéma NB des années 40 et 50 et les phrases courtes, puissantes et poétiques. J’ai dit « qui pourrait plaire » ? Mettons « qui pourrait prendre à la gorge ».

Extrait 1

Il regardait le fleuve tout le jour guettant l’instant

Où l’eau est étale

Et les bouteilles à la surface tout à fait immobiles.

La gifle des vagues sur les vagues

Comme au loin crépiteraient

Des petits calibres ou des mortiers, comme claquerait une bâche mouillée.

A un bloc de là, au crépuscule de perle, on ne sait quelle pute

Massacrée pour un dollar ; elle danse à présent

Dans l’Hudson, à plat ventre.

Extrait 2

Laissant la nuit desserrer son étreinte

il a déambulé sur la 6e, devant Cole’s,

devant la gare routière

jusqu’à gagner l’East Side

en tournant dans Maple, Winston, Pedro Crocker.

Dans tous les coins sombres, le blanc de leurs yeux ;

La main tendue, tous tant qu’ils étaient.

Les nickels et les dimes qu’il a versés

dans leurs paumes ouvertes

n’ont fait aucun bruit, fluides

comme l’eau par cette chaleur,

évaporés

le temps qu’il s’éloigne.

Des hommes assis devant leur bouteille,

qui se tournent et se retournent dans leurs guenilles, suivant des yeux

les lumières des avions au-dessus de leur tête.

Des hommes alignés avec leur barda, répandus sur le trottoir

par rangs entiers, trop de hardes sur le dos,

toutes leurs hardes sur le dos.

Ils essaient de fermer l’œil un instant avant que tout recommence.

Ils essaient de toutes leurs forces.

Aucune trace de Billy nulle part.

Extrait 3

Ils reparlent de la guerre, ça les met de bonne humeur

Les cibles atteintes de justesse, les virées de permission, 

les endroits qu’ils ont vus, les choses qu’ils ont vues – si jeunes 

« Je n’ai eu peur que beaucoup plus tard » dit Walker,

et les deux autres confirment avec force – heureusement 

parce qu’il a été choqué de se l’entendre avouer tout à trac.

« Je vais vous dire ce qui me manque, encore maintenant. »

Al regardait ses mains.

« Cette proximité, cette entraide, voyez ?

Tous dans le même bateau, à veiller les uns sur les autres –

Ils appelaient ça comment les Français ? – la camaraderie.

– Ouais j’ai pas pu dormir pendant des années.

Y avait pas de gars à côté avec leurs fusils dans les lits d’à côté. »

Paotrsaout

DANS LES BRUMES DU MATIN de Tom Bouman / Actes Noirs Actes Sud

Fateful Mornings

Traduction : Yannis Urano

Il était annoncé dès la parution du premier titre de Tom Bouman en France au début de l’année 2018 : son roman Dans la vallée décharnée (chroniqué de façon amène sur le blog à l’époque) allait connaître une suite, indépendante dans son intrigue mais se centrant sur le même personnage principal, Henry Farrell, flic de Wild Thyme, bourgade du backcountry de Pennsylvanie, aux limites nord-est de cet Etat, à la frontière avec l’Etat de New York.

L’officier Henry Farrell est chargé d’enquêter sur la disparition de Penny Pellings, une toxicomane notoire, à Wild Thyme. C’est le compagnon de la jeune femme qui a alerté la police après avoir découvert leur caravane sens dessus dessous et attendu le retour de Penny, en vain. Il a beau clamer son innocence, tout semble pourtant l’incriminer. Quelques jours plus tôt, Farrell avait en effet été appelé sur les mêmes lieux pour régler leur affaire de violence conjugale.

Au nord de la frontière pennsylvanienne, le corps d’un homme non identifié est bientôt retrouvé dans le fleuve Susquehanna.

Ces deux affaires pourraient bien être liées. Assisté du shérif et de la police du comté de New York, Farrell va devoir sortir de sa zone de confort, infiltrer la jungle urbaine, plonger dans les arcanes du trafic de drogue et arpenter à nouveau les collines du comté de Holebrook.

Les mêmes ingrédients qui avaient fait la qualité du premier titre se  retrouvent ici : minutie de l’enquête policière, patience et ténacité du policier (du chasseur presque), connaissance intime d’un territoire et de la communauté qui l’habite, proximité avec la nature. Il y a une richesse du détail qui, incontestablement, installe sur la carte géographique et sur la carte de l’imaginaire le comté de Holebrook, Pennsylvanie. Il est bon aussi que la fiction littéraire replace aussi la temporalité d’une enquête policière, qui peut parfois s’étalée comme ici sur des mois parce qu’il ne se passe rien d’autre d’intéressant ou de nouveau qui s’y rapporte. Les enquêtes menées au pas de charge et bouclées en dix épisodes tendus n’existent pas toujours. Tom Bouman peut à loisir insérer dans le fil de son roman aspects sentimentaux, familiaux, sociaux, quitte à faire au final de son polar une chronique vive de cette humanité rurale. Quitte aussi à entrelacer les fils de l’intrigue et rendre perplexe le lecteur face à son dénouement. Le style (précis) est là mais peut-être qu’une partie de la force motrice du premier opus s’est égarée dans les brumes du matin. En tout cas, le cycle continue, une troisième enquête d’Henry Farrell a été publiée aux Etats-Unis. Elle nous ouvrira à nouveau la voie des collines.

Paotrsaout

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