Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

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LES VIEILLES FILLES de Pagan Kennedy : Denoël et d’Ailleurs.

Traduction : Philippe Brossaud (Etats Unis).

Telle votre écharpe fétiche qui ne vous quitte jamais, tel un gilet, un pull, étoilé de bouloches que vous rêvez d’enfiler dès votre retour du taf sous les frimas hivernaux, votre veste de jean en lambeaux que vous rejetez de livrer au rebut, ce bouquin a une attache singulière, une aura définitive, envoûtante. Dans celui-ci deux pôles antagonistes fusionnent et leur choix de vie décrit, en quelque sorte, une liberté retrouvée, expurgée.

« Dans l’Amérique des sixties, deux sœurs d’une trentaine d’années vivent coupées du monde, seules avec leur père malade. Quand il décède, c’est la libération! Chouette, se dit Frannie, je vais pouvoir passer le reste de mes jours avec ma sœur, une vraie vie de vieilles filles, le rêve!

Extra, je vais enfin m’amuser, rire, découvrir le monde… et les hommes, pense Doris.

Les deux sœurs décident de se lancer dans un road-trip décoiffant à bord de leur Plymouth bien-aimée. » Continue reading

ENTRETIEN AVEC MARIN LEDUN.

L’auteur a une place dans le monde littéraire du noir en possédant cette volonté d’afficher les problèmes sociaux, sociétaux contemporains. Je tiens à le remercier pour sa disponibilité et sa bienveillance.

Entretien réalisé par correspondance les 5 et 6 mars 2017.

 Chouchou.

Les pictographistes.

 

/Vous faites partie d’une génération d’écrivains, de romanciers, à tendance noire tels que Pascal Dessaint, Michael Mention, Franck Bouysse, possédant une identité affirmée, des thématiques propres, peut-on dire que vos matières d’écritures électives se rangent dans une veine sociale, à l’instar de votre dernier effort en date « En Douce » alors que précédemment dans « L’Homme qui a vu l’Homme » ce critère n’était pas mis en avant? Continue reading

EN MÉMOIRE DE FRED de Clayton Lindemuth / le Seuil.

Traduction: Patrice Carrer.

 

« En mémoire de Fred » est le second roman de Clayton Lindemuth qui avait commis en 2015 le très bon « une contrée paisible et froide ». Tous les lecteurs du premier roman doivent se réjouir du retour de celui qui avait été un peu abusivement comparé à Donald Ray Pollock à l’époque et qui montre ici qu’il n’écrit pas vraiment dans la même registre et qu’il n’évolue pas non plus tout à fait dans la même division.

« Baer Crichton est un cul-terreux fruste et macho obsédé par le Bien et le Mal. Depuis que, gamin, son grand frère Larry a essayé de l’électrocuter, il reçoit une décharge chaque fois que quelqu’un lui ment. Ou alors il voit une lueur rouge dans les yeux du menteur. Un don fort utile, mais est-ce suffisant maintenant qu’il faut venger Fred ? Le pitbull, son seul ami dans les bois de Caroline du Nord où il vit pas très loin des personnages de Ron Rash, a été kidnappé. On le lui a rendu en piteux état, victime d’un des impitoyables combats de chiens clandestins qu’organise l’abominable Joe Stipe, le caïd de la région. Quand il ne soigne pas Fred devenu quasi aveugle, Baer distille une gnôle si sublime que tout le monde lui en achète, le shérif compris. Ça lui donne du courage pour mûrir son plan. Non qu’il en manque, mais, en face, l’ennemi surarmé est en nombre et la lutte semble inégale. « Œil pour œil, dent pour dent », tel est le code de l’honneur hérité des pionniers. Baer l’appliquera jusqu’au bout. Voire plus loin. » Continue reading

ATTACHEMENT FEROCE de Vivian Gornick chez Rivages

Traduction : Laetitia Devaux.

Journaliste au Village Voice, critique littéraire, figure féministe, Vivian Gornick est une icône aux Etats-Unis. Elle est surtout connue pour son travail autobiographique. Ce roman « attachement féroce », paru en 1987, lui a valu un grand succès. Il est traduit pour la première fois en France et ce récit, malgré ses trente ans, a gardé toute sa force.

« Une mère, une fille. Elles s’aiment profondément. Se haïssent éperdument. Impossible de vivre ensemble, impossible de se séparer pourtant. De ce lien unique, Vivian Gornick tire un texte bouleversant, qui va bien au-delà du récit intime. Tandis que sa mère et elle arpentent les rues de New York et leurs souvenirs, défilent des personnages, des moments de comédie, des amants, des rêves, des déceptions. Autant de portraits de femmes et de destins inoubliables, recréés par une conteuse à la lucidité tranchante, Vivian, gamine du Bronx devenue écrivain. Attachement féroce est le puissant roman d’une vie. La sienne, la nôtre. » Continue reading

SOUS LA TERRE DES MAORIS de Carl Nixon / L’Aube Noire.

Traduction :  Benoîte Dauvergne .

Le pays à la fougère argentée puise ses forces, ses légendes, sa culture dans sa mixité ethnique et culturelle. Mais le pendant de ce melting-pot ouvre à des incompréhensions pouvant déboucher sur des frictions graduelles. Le suicide d’un jeune homme débouchera sur les difficultés inhérentes au deuil mais aussi à l’opposition de croyances, à l’affrontement communautaire… Le deuil est une épine dans le pied que l’on ne peut extraire.

« Mark Saxton s’est suicidé. Il s’appelait aussi Maaka Pitama. Son père biologique, un Maori du nom de Tipene, vient voler sa dépouille afin de lui offrir des funérailles dans le respect de la tradition maorie. Sauf que c’est Box Saxton qui a élevé Mark, et il entend bien que son fils soit enterré sur les terres de sa propre famille. À travers l’affrontement terrible que vont se livrer les deux hommes, c’est un portrait sans concession de la Nouvelle-Zélande que nous propose Carl Nixon, dévoilant les tensions existantes entre les communautés du pays, l’attachement aux traditions et l’amour de la terre. » Continue reading

LA FIN DE L’HISTOIRE de Luis Sepulveda / Métailié Noir.

La littérature raconte ce que l’histoire officielle dissimule. »     Luis Sepúlveda

Juan Belmonte a déposé les armes depuis des années, il vit en Patagonie près de la mer avec sa compagne, Verónica, qui ne s’est pas encore complètement relevée des tortures qu’elle a subies sous la dictature de Pinochet. Mais les services secrets russes qui connaissent ses talents de guérillero et de sniper vont le forcer à leur prêter main forte.

À l’autre bout du monde, un groupe de cosaques nostalgiques a décidé de libérer le descendant du dernier ataman, Miguel Krassnoff. Fils des cosaques russes qui ont participé à la Deuxième Guerre mondiale dans les régiments SS, Krassnoff est devenu général de l’armée de Pinochet, avant d’être emprisonné à Santiago pour sa participation à la répression et à la torture pendant la dictature militaire. Et Belmonte a de bons motifs de haïr “le cosaque”, des motifs très personnels.

Dans ce roman écrit en 2016, nous retrouvons Juan Belmonte, le héros avec un nom de torero célèbre dont j’ai déjà parlé la semaine dernière. 22 ans après « Un nom de torero », cette « fin de l’histoire » mérite amplement son titre tant c’est l’épilogue aux combats menés par Belmonte le guerillero durant le dernier quart du XXème siècle. Continue reading

RÉCIT D’UN AVOCAT d’Antoine Brea / Le Seuil / Cadre Noir + un entretien avec Antoine Brea.

Seuil Policiers, la collection polar du Seuil fait peau neuve. Rebaptisée « Cadre Noir », elle a été brillamment repensée sur la forme mais aussi et c’est plus intéressant pour le lecteur sur le fond. Pour l’inaugurer, on n’a pas lésiné sur la qualité et arrivent donc un inédit posthume du regretté William Gay dont on vous a déjà parlé et le deuxième roman de Clayton Lindemuth dont je vous causerai prochainement mais dont je peux dire d’ores et déjà que, dans un genre un peu différent de « une contrée paisible et froide », il ravira à nouveau tous ceux qui ont aimé le premier roman. Pour ma part, je me régale avec un personnage de Baer complexe, marginal, borné et inconscient mais particulièrement attachant. Mais Lindemuth comme Gay étaient déjà dans le catalogue du Seuil et la cerise sur le gâteau et véritable innovation c’est incontestablement l’arrivée d’auteurs français de Noir dans une collection dont le manque se faisait cruellement ressentir si on excepte Romain Slocombe. Et c’est Antoine Brea qui ouvre la voie. Tout de suite, la chronique et ensuite un petit entretien avec l’auteur. Continue reading

Entretien avec Jean-Hugues Oppel pour « 19500 dollars la tonne » aux éditions de la Manufacture de Livres.

Correspondance réalisée entre les 18 et 19 Février.

les Pictographistes.

 

Ecrivain avisé de notre littérature noire française après avoir exploité une veine sociale depuis plusieurs ouvrages il se consacre à des thématiques d’ordre politique avec une clairvoyance et une acuité confondante. Merci pour sa disponibilité et l’aide précieuse de Pierre Fourniaud. Continue reading

19500 DOLLARS LA TONNE de Jean-Hughes Oppel / La Manufacture de Livres.

 

Les soubassements de nos états, de nos systèmes politiques, dans la géopolitique sont parsemés de multiples officines diverses qui lient et délient les accords inter étatiques en sous main. Cette capacité, ou plutôt cette servitude de dépendance au seul pouvoir mercantile abreuve des hommes et des femmes à des actes dénués d’une quelconque déontologie, d’un semblant d’éthique. L’interpénétration de compagnies dites « vertueuses » pour ce type ne sont donc qu’ animées par un seul et même vecteur, un seul et même barycentre, qu’est la sacro sainte thune.

« Mister K est un lanceur d’alerte qui dénonce les dérives du monde de la finance en utilisant des technologies inédites pour ne pas être arrêté par la CIA et la NSA.

Falcon, professionnel de la finance et de l’assassinat, et Lucy Chan, analyste à la CIA, sont envoyés à Londres par leurs employeurs pour déjouer les ruses de Mister K et le retrouver. » Continue reading

PETITE SŒUR LA MORT de William Gay / le Seuil / CADRE NOIR.

Traduction: Jean-Paul Gratias.

C’est avec une référence affichée à Shining de Stephen King (William Gay et celui-là se portaient une admiration réciproque) que nous est présenté Petite Soeur La Mort. Binder, l’auteur d’un premier roman, succès de librairie, a trébuché sur la production de son deuxième manuscrit. Il décide d’emménager avec sa famille dans une demeure du Tennessee, célèbre pour son histoire tourmentée : elle serait hantée par une présence maléfique. Certain d’y trouvé l’inspiration (l’endroit et son histoire le fascinent), il s’attelle à l’écriture d’un roman de commande qui doit le relancer. Bien vite, il va se rendre compte que sa décision n’est pas sans conséquence sur sa vie et celle des siens tandis quelque chose de diabolique va affirmer son emprise sur les lieux.

Par ses romans La demeure éternelle et, surtout, La mort au crépuscule, William Gay s’est fait connaître comme un nom du Southern Gothic, ce genre où la rigueur, la morale, la religion sont minées par la dégénérescence, l’esprit du mal, le surnaturel, un processus de délitement accentué par ce qui caractérise le Sud en tant que milieu : la chaleur, la torpeur, la pauvreté, tout ce qui abîme le corps et l’âme.

Le terroir du Tennessee est rendu avec densité sous la plume de William Gay, une qualité du texte qu’il faut reconnaître. Il est apprivoisé depuis peu de temps au regard de l’Histoire, auparavant les sauvages libres l’occupaient depuis des siècles. Il suffit que l’homme baisse les bras ou connaisse un mauvais coup du sort pour que la plantation ou la ferme retourne à l’état de nature. Une nature pas spécialement douce, peuplée d’insectes agressifs, d’oiseaux au cri lugubre, de serpents mortels, de végétation rétive, soumise aux orages violents ou à la merci d’un incendie d’été.

 

 Je ne sais pas si l’auteur, l’écrivain fait un bon personnage de roman. J’ai des réticences personnelles à accompagner un héros qui travaille, hésite, avance, s’enfièvre face à sa machine à écrire. Je n’aime pas retrouver une certaine idée de l’écrivain, en fait. Et je n’ai aucune jubilation à lire un metalivre. Ayons l’honnêteté d’écrire ici que ce processus, ce projet sciemment décidé par Binder et dont le contrôle va lui échapper car la personnalité de la maison va se révéler et le transformer, se met difficilement en place. Les ingrédients d’une histoire d’horreur sont là, tout autour : bruits dans la maison, spectres canin ou féminin, atmosphère pesante… Un livre qui fout la peur au ventre ? C’est déjà trop annoncé pour que cela advienne vraiment. Seules les dernières pages, l’approche du dénouement, font légèrement monter la tension. Pas d’orgie de sang ni du spectaculaire, au final, mais quelque chose de plus psychologique et de trivial presque dans la forme. Binder s’est transformé en un personnage plus noir. Il souhaite la mort de son beau-frère et laisse un serpent le mordre. Le beau-frère détestable n’en mourra même pas.Des inserts ou chapitres historiques sont glissés dans le déroulé de l’histoire fixée à l’été 1982. 1785. 1933. C’est sombre, menaçant, rythmé. L’un d’entre eux ferait même une excellente nouvelle southern gothic si elle respirait seule. Quand on retrouve Binder et son récit, quelque chose piétine ou chancelle. Le livre se boucle par une sorte de justification écrite à la première personne. William Gay semble nous parler de son intérêt pour la légende de la sorcière du Tennessee qui a défrayé la chronique jusqu’au XXe siècle et qui est à l’origine de l’histoire.

Le roman de Willian Gay est une oeuvre publiée à titre posthume, un manuscrit « ressuscité ». Si les aficionados prendront plaisir peut-être à retrouver la voix et l’imaginaire de l’auteur aimé, à discerner là un hommage, je pense que d’autres lecteurs resteront comme moi en attente d’un texte plus abouti, décalaminé et mieux construit, d’un texte à frissons qui vous fait dresser les poils sur les avant-bras ou frémir par sa cruauté. L’auteur vivant aurait-il même de la sorte laissé partir son texte pour l’imprimerie ? La question se pose. Et si l’on peut se douter un peu plus désormais que l’art d’écrire est délicat et cruel, il est à nouveau la preuve que du Scotch et des accroches marketing ne font pas un roman même si William Gay – dont le talent a été autrement apprécié – en a fourni le matériau.

Paotrsaout.

 

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