Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Chouchou (Page 18 of 19)

CONDOR de Caryl Férey / Série Noire

Dans cet opus, l’auteur nous convie et nous transporte dans  la Valle de Chile. Au-delà de ses différents périples et de l’immersion dans une culture, une Histoire, un mode de vie, Caryl Férey s’ingénie au partage de tranches d’existences passionnantes, passionnées dessinant les contours de l’héritage d’une dimension de temps, d’espace, de racines. On ploie devant l’empathie de l’écrivain face aux estampes personnifiées qui évoluent dans leur univers conquis par le maître d’œuvre.

« Condor, c’est l’histoire d’une enquête menée à tombeau ouvert dans les vastes étendues chiliennes. Une investigation qui commence dans les bas-fonds de Santiago submergés par la pauvreté et la drogue pour s’achever dans le désert minéral de l’Atacama, avec comme arrière-plan l’exploitation illégale de sites protégés… 
Condor, c’est une plongée dans l’histoire du Chili. De la dictature répressive des années 1970 au retour d’une démocratie plombée par l’héritage politique et économique de Pinochet. Les démons chiliens ne semblent pas près de quitter la scène…
Condor, c’est surtout une histoire d’amour entre Gabriela, jeune vidéaste mapuche habitée par la mystique de son peuple, et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, qui porte comme une croix d’être le fils d’une grande famille à la fortune controversée… »

Cet ouvrage nous permettra de côtoyer différents protagonistes plantant les fondations du récit:

Une jeune étudiante d’origine Mapuche désincarnée par son appétence chronique à filmer les événements de son quotidien, éprise de justice et dotée d’une conscience politique mature. (Gabriella)

Un avocat, issu de la haute bourgeoisie chilienne, investi d’une mission rédemptrice inconsciente, ou pas, et salvatrice de sa “culpabilité” en lien avec ses origines sociales. (Esteban)

Son associé perdu dans un couple adultérin et souffrant d’un complexe de personnalité face à son ami. (Edwards)

Un ancien révolutionnaire du régime dictatorial, projectionniste où ses démons, son ADN restent chevillés indéfectiblement et viscéralemnt. (Stefano)

“La vérité est une illusion dont on a oublié que c’était une illusion” Nietzsche

Au milieu du guet, de la lecture et en filigrane une césure symbolisée par un manuscrit, un moleskine, sorte de parabole de l’existence d’Esteban au cœur de le vie de sa nation, se révèlent les affres de l’histoire, de la politique, des affrontements de courants divergents d’idéaux… Ce pays scarifié par les tourments du passé, les exactions du régime de Pinochet. Ce vecteur psychanalytique révèle les stigmates, les lésions d’un traumatisme d’une population sous le joug de la dictature.

L’ensemble de la trame n’a pas l’ardeur, le flux d’une violence prononcée aperçue dans les chapitres des récits du pays du long nuage blanc ou de la nation Zulu. Caryl Férey conserve pourtant son identité propre d’auteur estampillée par sa volonté de s’approprier une zone géographique, ses repères historiques, ses rites culturels et éducatifs, les interactions sociales et sociétales. Est-ce mué par une maturité assumée ou une volonté assumée contextuelle que le contenu s’est modérément “assagi”.  Attention l’ouvrage ne fait pas preuve d’un angélisme, bien au contraire mais j’ai cette sensation qu’il s’est attaché à mettre en avant les êtres, les relations dans leurs conséquences,  leurs implications et renforce le parti pris humaniste qui sied à l’ensemble et au pays!

Ballotté par les tirs de flèches soustraites du carquois d’un Cupidon avide de souder des couples improbables et brinquebalé dans les méandres d’un delta marécageux et furieux d’une histoire marquée au fer rouge par un totem malfaisant, inique, peuplant les cauchemars de chaque Chilien en la personne d’un Pinochet immortel pour des générations multiples.

Condor possède ces vertus de dépaysement, de rappel politique et de plaisir de lecture évident. On prend son envol dès les premières lignes, on assiste en altitude aux souffrances des uns et aux paradoxes de résilience des autres lestés de la parenthèse sombre, aveuglante du renversement d’Allende.

Chouchou

SAGITTARIUS (L’alignement des équinoxes- Livre II) de Sébastien Raizer / SN

Entrons dans cette cyber société contemporaine où prévaut le conte philosophique incluant une modernité technologique et une influence prépondérante d’une psycho-criminalité. On est en proie à des réminiscences des « Racines du mal » de  Dantec et à, dans une moindre mesure, « Le travail du furet » de Jean Pierre Andrevon.

« Les neurotoxines hallucinogènes de la « Vipère » sont encore actives. Neuf mois après le suicide de ce dernier, Diane Lempereur, sa dernière élève, recrute Joana, une jeune synesthète (dont les perceptions sensorielles fusionnent). Tandis que Silver, toujours boxeuse mais nettement moins zen, est happée par le processus de la loi de l’alignement, Wolf, son coéquipier de la Brigade criminelle, cherche son chemin au milieu du chaos pour contrecarrer les plans de Diane. Entre réel et virtuel, les faux-semblants sont plus retors que jamais.”

Au sein de ce groupe de flics complémentaires, interlopes engagé dans une quête effrénée d’une neurotoxine. La liane Laotienne, le geek psychotique, le supérieur ancien commando seront épaulés par des personnages secondaires utilisés comme des outils, des vecteurs de leur objectif. Cette quête se révélera t-elle une échapatoire euristique ou un enjeu de possession des psychés dans ce monde dicté par les sens et leurs interactions…

On observe, au décours de notre lecture en filigrane , une critique sous jacente acerbe des propriétés ubiquitaires des pouvoirs du réseau informatique.

On vogue entre le réel et l’imaginaire et l’on s’échoue sur des remparts construits par l’homme pour l’homme.

La cadence littéraire de l’ouvrage reside dans la stimulation d’une macro conscience qui en retrait d’un champ lexical fourni mette à l’épreuve salutaire votre concentration, se dévoile une trame plus humaine et réaliste qu’il n’y parait. Un voile caligineux, sombre de nos sociétés actuelles s’abaisse et ouvre nos esprits à des réalités concrètes des maux de celle-ci.

Le cerveau conscient traite sept segments d’informations par seconde. L’inconscient en traite onze millions. La loi de l’alignement te donne accès à ces onze millions de segments d’onformations par seconde. Tu sentiras les ondes de l’espace lointain comme le vent qui entre par la fenêtre. Tu verras la vérité transparente de chaque être vivant. Ca c’est beaucoup moins agréable.”

Face au gouffre, un pas en avant/ face à une équation à inconnues multiples, plongez!

De son écriture stroboscopique, syncopée, Sébastien Raizer s’insinue dans notre matière blanche et relie nos dendrites synaptiques dans un assemblage pyrotechnique haut en couleurs et vecteurs d’une lecture magnétique absorbé par un dark métal, ponctuées d’un post rock.

On réside dans un paradoxe de tempo où rythme de l’histoire et rythme de lecture coalescent débouchent sur la jouissance d’avoir pénétré son monde d’écriture, d’éveil philosophique. Soumis à une épreuve profonde de concentration qui nous révèle à nos capacités cognitives et mnésiques, on l’en ressort ragaillardi d’avoir participer à cette aventure en tant que spectateur.

Chouchou.

MEFAITS D’HIVER de Philippe Georget chez Jigal

Véritable étude de mœurs sur la thématique ardue et abrasive de l’adultère. L’auteur sous couvert d’un contexte policier déplie ses compas, ses outils de géomètres pour nous faire pénétrer dans les consciences, les inconscients d’êtres humains à la rupture.

« L’hiver sera rude pour Gilles Sebag, lieutenant de police à Perpignan. Après de longs mois de doute, il découvre la terrible vérité : Claire le trompe, le monde s’écroule ! Alors qu’entre déprime, whiskies et insomnies, il tente de surmonter cette douloureuse épreuve, ses enquêtes le mènent inexorablement vers d’autres tragédies : une femme abattue dans un hôtel, un dépressif qui se jette du haut de son immeuble, un homme qui menace de faire exploser le quartier… Hasard ou loi des séries, une véritable épidémie d’adultères tournant à chaque fois au drame semble en effet s’être abattue sur la ville…”

Quand le sort s’acharne sur un homme tant dans sa vie privée que professionnelle et que celles-ci s’entremêlent, s’enmêlent on est en droit de penser que le destin est un gigolo amoral. Descente inexorable de Gilles face à un traumatisme attaquant les fondements mêmes de son ideal de vie, de famille, de couple, son exutoire naturel dans le travail se voit mué en un labyrinthe de Pan propice à une deliquescence honteuse et dépravante. Des expedients, des évitements largement employés entrainent sa derive sans pitié. Mais voilà dans un accord juxtaposé les vies de Gilles s’infléchiront…

Auteur dont la maitrise littéraire est indéniable, conservant la mainmise sur l’esprit de son lecteur en lui assénant les rhétoriques imagées, chaudes et magnétiques attendues…

Coeurs fragiles et couards, on s’entourait d’une famille croyant bâtir un continent. On s’en créait que l’illusion. Nous restions des icebergs frileusement collés les uns aux autres et, à la moindre tempête, la moindre tentative, reprenions dans l’océan glacé une perpétuelle dérive.”

On est sans conteste dans la jouissance de lecture bien qu’autour des mots se dressent le chaos des êtres, des couples, des amours perdus… Georget se sert du polar pour nous montrer une vision réaliste de notre société en mettant les mains dans le cambouis existentiel et s’affranchit des dérivatifs romanesques ampoulés… Il réussit en parralléle à édifier une équipe hétéroclite et complémentaire de flics appelant à la satiété de tourments livresques futurs !

Chouchou.

 

VIOLENCE D’ÉTAT D’André Blanc/Jigal polar.

Les odeurs du cuir des holsters, de la cordite, de l’âcreté de la « C » se mêlent, s’entremêlent dans un ballet huilé dans les catacombes, les remugles de nos politiques et les contreforts du « contre » pouvoir des services de la police judiciaire. Transporté dans cet univers manichéen, le lecteur se laisse irrémédiablement happé !

« Suite à un tragique accident survenu sur le périphérique lyonnais, le commandant Farel découvre un important stock de drogue et d’armes planqué dans un cercueil. En remontant la piste de ce qui semble être un trafic régulier, Farel fait sortir du bois une figure du grand banditisme local, un mafieux russe, des hommes de main en provenance des Balkans, une société de sécurité privée et un mystérieux Lupus… Mais au fil de l’enquête, c’est au plus haut sommet de l’État qu’apparaissent quelques personnages inattendus – officier d’état-major, flic à la retraite, énarque, directeur de cabinet – qui semblent, dans le plus grand secret, tirer les ficelles. Après avoir esquivé menaces, intimidations, attentats et autres coups bas, c’est dans un réel climat de guerre froide que Farel et son équipe vont devoir affronter cette étrange coalition ! »

Enquête de contenu plutôt classique, la création littéraire d’André Blanc se pare et se solidifie par des personnages, des personnalités fortes, de vécu complexe mais crédible. Et secondairement, ou sans nul doute, principalement de protagonistes attachants qui évoluent sur des lignes interactives balisées par le respect, la droiture, la dignité et l’attachement à des convictions et valeurs humaines.

Le contrepoint régulier du récit s’établit aussi par l’introspection et les pensées du personnage central Farel, qui mis en exergue, permet d’éclaircir le récit et de le crédibiliser. Cette technique narrative apporte pep’s et étincelle le déroulé.

La dualité et , parfois , des liens licencieux , voire contraire aux préceptes d’une démocratie républicaine nous renvoient vers des heures sombres passées et présentes de notre nation à travers ses dérives honteuses, contraires au contrat moral avec le peuple, l’électorat.

De ce souffle venteux catabatique empruntant la vallée du Rhône, tel “ Le crépuscule des Dieux” de Wagner où Siegfried mort a été placé sur un bûcher et Brunhilde se jette à cheval dans les flammes pour mourir avec lui, se dessine indéfectiblement l’esquisse Préraphaélite du couple fusionnel qui pimentera et bonifiera l’ensemble.

Ce thriller politique est bien plus qu’un “policier”, c’est aussi une lecture d’empathie pour ses personnages intangibles et profondément humains. Notre souffle de lecteur s’accroit vers la polypnée, l’identification aux désordres de vies cabossées mais fidèles à des idéaux indéfectibles.

André Blanc peut aisément se ranger dans la catégorie d’un Hugues Pagan ou autre, plus récent, Olivier Norek, l’auteur a du sens, de la hauteur littéraire, de la sincérité et le souci de son lectorat!

Chouchou.

 

 

 

 

 

 

LES PLANIFICATEURS DE Kim Un-Su/Editions de l’Aube

« Hawn-Yeong dans la contrée du tigre ! (Bienvenue) Le voyage promet des découvertes tant culturelles que littéraires… Et le sentiment prévalent au retour du périple reste plus que positif !

Derrière tous les assassinats qui ont marqué l’Histoire, il y a toujours eu des planificateurs. Ils se déplacent et agissent dans l’ombre des pouvoirs.En Corée du Sud, ­depuis l’époque de l’occupation japonaise, la bibliothèque des Chiens a été le trust le plus puissant de l’assas­sinat. Elle doit son nom étrange au fait que dans ce lieu personne ne lit, en dépit des quelque deux cent mille livres qui garnissent ses rayonnages.

Enfant abandonné, Laesaeng a été adopté par père Raton-Laveur, le directeur de ladite bibliothèque. Après la démocratisation du pays, Hanja, autre fils adoptif de père Raton-Laveur et aîné de Laesaeng, fonde une entreprise de sécurité. Avec son ­diplôme de commerce et ses méthodes expéditives, ­Hanja gagne vite des parts de marché face à une ­bibliothèque vieillissante.

La concurrence entre les deux entités mène inexorablement à la disparition de l’une d’entre elles… »

L’avant gout, le préambule de l’écrit m’a remémoré paradoxalement l’ouverture de “ La position du tireur couché” de Jean Patrick Manchette meme souci du détail, d’une description fouillée et enrobée d’une plénitude de lecture. Cette “mise en bouche”, similaire par certains points dans le fond même de l’oeuvre sus-mentionnée, nous entraine irrrémédiablment vers un jardin des délices du mot, de la phrase, de la poésie. Malgré ce style esthétique, l’auteur sait se parer des codes intangibles du roman noir et s’autoriser des entorses à son phrasé.

C’est pas parce que les WC sont sales qu’on va chier dans son pantalon”

On est dans un engrenage banal d’un “héros” banal dans une violence banale. L’organisation criminelle décrite et, en particulier, la cellule de notre personage central au sein d’une bibliothèque illumine l’ensemble de metaphores directes et indirectes; “Si tu lis des livres ta vie sera pleine de peurs et de honte”.

L’écriture poétique, les fragances des cerisiers fleurs, la delicatesse de l’Asie du Sud-Est, le respect du mot, de la phrase contrebalancent avec justesse et harmonie un “conte” sans pitié et mortifère. Cette simili-banalité confère au tout une alacrité de lecture qui par son cadre m’a rappelé, aussi, mes lectures du Sinologue Simon Leys dans “L’ange et le cachalot” ou autre “Le bonheur des petits poisons”.

Cette lecture, enrichissante, outre m’avoir permis de découvrir un monde , m’aura, par la même, permis la découverte d’une littérature noire armée de circonvolutions imagées et étincelantes.

Combat d’un homme pris dans une gangue qui philosophiquement et humainement s’ouvre à une justice, pour se désolidariser d’un système ancestral hors les lois, hors le respect à autrui!

Chouchou.

 

TRAIT BLEU de Jacques Bablon/Jigal

Le trait, c’est le symbole de la trajectoire d’une Chevrolet sur une route rapide. Le trait, c’est aussi le symbole de la trajectoire d’une vie moins linéaire que la parabole motorisée…

Ça ressemble à l’Amérique, là où les vivants barbotent dans les grands lacs et les morts dans des baignoires remplies d’acide… »« Tout a commencé quand on a retrouvé le corps de Julian McBridge au fond de l’étang que les Jones avaient fait assécher pour compter les carpes. Ils auraient plutôt eu l’idée de repeindre leur porte de grange ou de s’enfiler en buvant des Budweiser et c’était bon pour moi. McBridge n’était pas venu ici faire trempette, ça faisait deux ans que je l’avais balancé là par une nuit sans lune avec un couteau de chasse planté dans le bide. 835 carpes et 1 restant de McBridge. Les Jones avaient un cadavre sur les bras, ils ont commencé à se poser les questions qui vont avec… »

D’ une écriture racée, directe et viscérale, Jacques Bablon nous emporte dans ce road trip sans but évident. Au fil de l’écrit les portes s’ouvrent, la trame prend sens .

Sur un point de départ “banal” d’une incarcération pour crime, le protagoniste central entrevoit une lumière. Sa souffrance, son nœud gordien ajusté à son enfance , sa filiation génère une boule enchevêtrée de haine, de rancœur, de froideur. Progressivement celui-ci se meut en une chrysalide douée de sentiments, de contradictions qui sauront le mener à la félicité.

L’utilisation de la narration à la première personne recentre la trame sur l’épicentre d’une histoire de vie d’un personnage qui se pose des questions, cherchant des réponses à des zones d’ombre.

Le mystère de la filiation, les risques de l’impulsivité sont traqués, déjoués, et joueront paradoxalement un rôle rédempteur. La lecture de Bablon est un combat sur un ring sans cordes ni arbitre , notre ressenti est un assentiment sincère à ses estafilades prosaïques. On en ressort ragaillardi d’une alacrité romanesque directe et emplie de références américaines et françaises évidentes.

La chance est une déesse qui se lasse d’habiter constamment auprès des mêmes….

 

Chouchou.

 

 

 

PLATEAU de Franck Bouysse/la manufacture de livres

Sans ambages et sans emprunter des sentes non balisées cet écrit m’a enthousiasmé !  Tant par son style que par ses thématiques, l’auteur a su tisser un canevas juste et tout simplement littéraire.

« Plateau, c’est un hameau en Haute-Corrèze où réside un couple de vieux paysans, Virgile et Judith.Judith est maintenant atteinte d’Alzheimer, elle oublie tout sauf une chose : elle a mal vécu l’absence d’enfant dans le foyer.Le couple a élevé Georges, ce neveu dont les parents sont morts d’un accident de voiture alors qu’il avait cinq ans.Maintenant Georges vit dans une caravane face à la maison de Virgile et Judith.Alors lorsqu’une jeune femme rencontrée sur internet, emménage chez Georges, lorsqu’un ancien boxeur, Karl, tiraillé entre ses pulsions sexuelles et sa croyance en Dieu vient s’installer dans une maison du hameau et qu’un mystérieux chasseur sans visage rôde alentour, Plateau prend des allures de village où toutes les passions se déchaînent.”

On aborde cet oeuvre dans le creuset du tourment de personnages perclus de secrets, de non-dits et de passés lourds à soutenir.

On les déteste, on les conspue, on les méprise, on les comprend avec une empathie certaine… La gravitation de ces êtres n’a rien de naturelle elles se renvoient dos à dos à leurs tourments respectifs où manquent cruellement écoute et  dialogues. Le cadre de vie, les caractères inhérents à ses landes rugueuses voire inhospitalières fondent ces symptômes et le déroulement de cette fuite en avant.

J’y ai distingué des bribes, des tournures me faisant évoquer des textes d’Antoine Blondin, “Un balcon en forêt” de Julien Gracq. Mais nullement notre esprit et l’auteur convergent vers “Une humeur vagabonde” ou “Quat’ saisons”. La rudesse, la masse des souffrances conjuguées confère à l’écrit une trame concrète de roman noir. L’auteur a conquis mon esprit par son champ lexical, l’univers et l’ambiance dépeints. Ce retour aux sources concerne la plupart car on a tous en nous cette part terrienne, un caractère taiseux refoulé ou exacerbé… Ma plongée dans cette nature hostile et ces hommes lardés de rancœurs, de noirceur, de déviances  m’a paradoxalement transporté vers des souvenirs enfouis dans mon cerveau reptilien. Transporté aussi et, surtout, par ce lyrisme imparable gainé d’une poésie naturaliste. Franck Bouysse est de la trempe de tout ces auteurs nord américains du nature writing. Ébloui par cette prose sombre mes pensées ont vagabondé inéluctablement vers ces contrées rugueuses mais où regorgent des trésors écologiques et sensoriels.

La trace de ce bouquin me laissera comme des lacérations du mûrier ronce à la conquête du graal de baies convoitées pour me laisser une saveur complexe d’onctuosité, de rugosité, d’acidité et de  plaisir sucré.

Il en vient à considérer que tout homme est fait pour aller au devant du mystère , que l’immobilité ne vaut rien, qu’elle ne sert qu’à assouvir les pulsions de vie. Paradigme universel du vecteur de la destinée…

Chouchou.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IL RESTE LA POUSSIERE de Sandrine Collette chez Denoël Sueurs froides.

 

« Patagonie. Dans la steppe balayée de vents glacés, un tout petit garçon est poursuivi par trois cavaliers. Rattrapé, lancé de l’un à l’autre dans une course folle, il est jeté dans un buisson d’épineux.
Cet enfant, c’est Rafael, et les bourreaux sont ses frères aînés. Leur mère ne dit rien, murée dans un silence hostile depuis cette terrible nuit où leur ivrogne de père l’a frappée une fois de trop. Elle mène ses fils et son élevage d’une main inflexible, écrasant ses garçons de son indifférence. Alors, incroyablement seul, Rafael se réfugie auprès de son cheval et de son chien.
Dans ce monde qui meurt, où les petits élevages sont remplacés par d’immenses domaines, l’espoir semble hors de portée. Et pourtant, un jour, quelque chose va changer. Rafael parviendra-t-il à desserrer l’étau de terreur et de violence qui l’enchaîne à cette famille? »

Chronique familiale où une fratrie de quatre frères s’entredéchirent. Les ainés gemellaires, suivis d’un cadet benêt et passif, sont les despotes du benjamin Rafael. L’escienda entourée de Black Angus et de moutons merinos est dirigée d’une main ferme par une mère isolée. Ce matriarcat initialement sous une figure de demiurge s’avèrera d’une toute aute nature…Le personnage épicentrique de Rafael ne consent plus à conserver un role subalterne, de bouc émissaire des diktats familiaux.

Un virage s’opère sur un coup du sort, comme une quinte flush dans la mauvaise main….Transportées dans cette trame grégaire, les problématiques relationnelles mis en avant dans ce cadre évoluant au XIXème siècle, expriment le lien mère-fils jonché de frustrations, de non-dits.

On tourne ces pages rêches, rustres, revêches, abrasives s’insinuent alors des callosités à nos pulpes digitales et ceint d’un foulard sur les naseaux tendant à restreindre l’instillation poussiéreuse de la steppe de Patagonie rugueuse et inamicale.

Chouchou.

SUBURRA de C. Bonini et G. De Cataldo Métailié Noir

Traduction Serge Quadruppani

« Rome, de nos jours : rescapé de la bande qui avait régné sur la ville dans les années 70-80 et dont l’histoire a été contée dans Romanzo Criminale, Samouraï, ex-leader fasciste devenu gangster, est sur le point de réaliser le couronnement de sa carrière criminelle : piloter en sous-main un gigantesque projet immobilier prévoyant la bétonisation du territoire, du bord de mer jusqu’à la capitale. Pour cela, il lui faut maintenir à tout prix la paix entre les différentes mafias qu’il fédère : les Calabrais, les Napolitains, les Gitans… Il s’appuie aussi sur les réseaux de Malgradi, politicien priapique et véreux. Mais une nuit de débauche tourne mal, et Malgradi ayant demandé à un dealeur de le débarrasser du corps d’une putain, le dealeur essaie de le faire chanter. Numéro Huit, brute cocaïnomane, chef de clan, vient au secours du député… Ces meurtres vont déclencher des réactions en chaîne d’autant plus dangereuses pour le grand projet de Samouraï que ce dernier voit se dresser contre lui un ex-disciple, le lieutenant-colonel Marco Malatesta, désormais à la tête d’une unité d’élite de carabiniers. Mais Samouraï dispose de nombreux alliés dans les allées du pouvoir, de monseigneur Mariano Tempesta, évêque affairiste gay, à Morgana, tueuse déjantée et sexy, en passant par Liberati, journaliste corrompu, et Terenzi, carabinier ripou. En face, Marco aura à ses côtés Michelangelo, procureur pianiste de jazz, et trois femmes, la belle Alba, collègue et ex-petite amie, Alice, son nouvel amour, blogueuse altermondialiste, et Sabrina, ex-pute, incarnation du bon sens populaire au pays de la gauche-caviar médiatique. Des salons chics du centre de la ville antique aux gigantesques night-clubs de la périphérie où l’on mange, danse, se drogue, tue et se prostitue avec une monstrueuse vitalité, De Cataldo et Bonini poursuivent la saga des coulisses criminelles de la capitale italienne. »

 

De ce quartier pauvre et malfamé de la ville antique des liaisons dangereuses, paradoxales se tissent au gré de magnétismes contraires aux lois de l’attractivité.

Ecrit à quatre mains, l’alternance de dialogues et de descriptions plus contextuelles et narratives confère à celui-ci un tempo sustento.

On est dans la démonstration des facultés exigibles pour être à la tête de la pyramide. Les descriptions humaines des différents protagonistes dans l’échelle hiérarchique dessinent une esquissse bigarrée et judicieuse des organisations mafieuses.

Dans cet étalage graduel des rôles invoqués, la compréhension de l’architecture et des rouages des pouvoirs parrallèles s’éclairent avec minutie de par l’expertise liée à ses auteurs.

Le sommet s’acquiert par l’empirisme, la « sagesse », l’intellectualisation du monde environnant. Samourai par ses rites, ses manies, son image incarne ses valeurs, les respecte et les « magnifie ». L’interpénétration des milieux politiques, judiciaires, activistes et mafieux dresse irrémédiablement les maux, les métastases de nos sociétés contemporaines.

Suburra image éternelle d’une ville incurable. Demeure d’une plèbe violente et desespérée qui des siècles auparavant s’était faite bourgeoise et qui occupait le centre géographique exact de la ville. Parce qu’elle en était et en restait le cœur. Suburra, l’origine d’une contagion millénaire, d’une mutation génétique irréversible nous prend par la main dans les méandres de la pieuvre et ses ventouses…

Même la philosophie est violence, souffrance. Car il n’est pas possible de penser décemment sans se faire mal. Vous vous ferez peut-être mal mais avec esthétisme.

Chouchou

 

 

CORROSION de Jon Bassoff / Gallmeister

« Un vétéran d’Irak au visage mutilé tombe en panne au milieu de nulle part et se dirige droit vers le premier bar. Peu après, un homme entre avec une femme, puis la passe à tabac. L’ancien soldat défiguré s’interpose, et ils repartent ensemble, elle et lui. C’était son idée, à elle. Comme de confier ensuite au vétéran le montant de l’assurance-vie de son mari qui la bat. Ce qu’elle n’avait pas réalisé, c’était qu’à partir de là, elle était déjà morte. »

Corrosion:Des phénomènes de corrosion peuvent sérieusement nuire à la bonne santé, soit par allergie et/ou pénétration transcutanée de métaux toxiques.
Bouquin en 4 parties.

La première, un homme rencontre une femme accompagnée d’un époux violent confrontation âpre et destructrice ou le chemin vers le néant.

Seconde partie distincte où un ado exprime un amour par un vecteur lytique et immature au sein d’une famille dysfonctionnelle.

Troisième chapitre, amalgame des 2 premiers en une vision schizophrène où les deux protagonistes masculins sont face à leurs victimes féminines « expiatoire ».

Enfin l’écrit se conclut par une parabole œcuménique où pointe le désir d’une rédemption bien mal acquise.

Corrosion pourra être une oeuvre créant le dissensus mais force est d’avouer que celui-ci ne me laisse pas indifférent par son écriture à poigne, sa description de cette saloperie de monde putride, avarié, putrescent qui allume notre capteur inconscient aux légendes du Roi jaune… En pleine apnée d’aspirine je me rue vers des liquides anti oxydant pour ressortir indemne de cette lecture abrasive, galvanique qui montre et démontre les faces sombres de l’humain.

Chouchou.

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