Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Chouchou (Page 19 of 19)

PUKHTU PRIMO de DOA/Série noire

« Le terme pukhtu renvoie aux valeurs fondamentales du peuple pachtoune, l’honneur personnel – ghairat – et celui des siens, de sa tribu – izzat. Dire d’un homme qu’il n’a pas de pukhtu est une injure mortelle. Pukhtu est l’histoire d’un père qui, comme tous les pères, craint de se voir privé de ses enfants par la folie de son époque. Non, plutôt d’une jeune femme que le remords et la culpabilité abîment. Ou peut-être d’un fils, éloigné de sa famille par la force du destin. À moins qu’il ne s’agisse de celle d’un homme cherchant à redonner un sens à sa vie. Elle se passe en Asie centrale, en Afrique, en Amérique du Nord, en Europe et raconte des guerres ouvertes et sanglantes, des conflits plus secrets, contre la terreur, le trafic de drogue, et des combats intimes, avec soi-même, pour rester debout et survivre. C’est une histoire de maintenant, à l’ombre du monde et pourtant terriblement dans le monde. Elle met en scène des citoyens clandestins. »

Quasi inclassable, cet écrit pourrait avoir des affiliations avec « Je suis Pilgrim » mais, car il y a un mais, l’auteur a enfanté un docu-fiction d’une rigueur, de détails techniques et narratifs exacerbés. Le résultat présente et exploite des thématiques lourdes et complexes que sont la géopolitique, les conflits armés modernes, les arcanes des politiques dévoyés sans se départir d’une peinture réaliste et impressionniste des personnages prépondérants au récit. L’entrée, l’immersion dans cette brique n’est pas initialement chose aisée mais en appui de glossaires, de cartes, de listes détaillées des personnages, le lecteur se fondera dans l’univers voulu de DOA. Un écrit magistral de part sa singularité et l’exigence qualitative de son géniteur. Un pari osé réussi!

Chouchou.

 

 

 

 

 

A MAINS NUES de Paola Barbato/Denoël

 

 

« Il a seize ans, une gueule d’ange, un avenir tout tracé. Un jour, il se rend compte qu’il peut tuer sans le moindre scrupule. Un monde nouveau s’offre à lui…

Davide a eu une enfance choyée et sans histoires. Un soir, lors d’une fête, il est kidnappé et enfermé à l’arrière d’un camion. Tapi dans le noir, un inconnu lui saute dessus et tente de le massacrer. Terrorisé, Davide agit par réflexe et tue son adversaire. Il est alors conduit dans une cave, où il rejoint d’autres prisonniers. Comme lui, ils sont là pour s’entraîner à combattre et intégrer un jour l’élite des tueurs. Abasourdi, Davide comprend que son seul moyen de survie est de tuer. Il remporte chacun de ses combats. Un jour il décide de s’enfuir, mais l’organisation ne l’entend pas de cette oreille…
Naît-on assassin? C’est la question que se pose Davide tout au long du roman lorsqu’il découvre qu’il peut tuer avec ses poings sans le moindre scrupule.

C’est la question que se pose Davide tout au long du roman lorsqu’il découvre qu’il peut tuer avec ses poings sans le moindre scrupule. »

Si l’auteure s’ingénie à tremper sa plume dans le fiel ses esquisses pugilistiques létales ne cherchent pas à nous rebuter. Elle nous laisse maîtres de nos émotions, de nos images sans inférer sur nos esprits.

Cette qualité nous invitant à diriger notre lecture en disposant d’anfractuosités, de pitons pour assurer nos appuis. La navigation dans cet écrit limpide nous réconforte à cette littérature noire qui ne se veut ni moralisatrice ni interventionniste. On peut alors classer Barbato dans le camp des Behavioriste.

Le bouquin scindé en trois volets nous projette violemment dans la destinée et la furie d’un ange vengeur, où la filation forcée de Davide et Minuto sert d’alibi à une quête euristique d’identité tapie dans un subconscient .

Ecrit vénéneux, lourd par son fond, mais un réel plaisir littéraire. Attention à ne pas mettre dans tout les métacarpes !

Chouchou.

 

 

ROCK de Delacorta chez Fayard noir. (1981)

Sur un riff de guitare implacablement balancé par Sitting Bull Plastic paraît Lola Black. La star n°1 du heavy métal. Silhouette nerveuse, féline, électrifiée qui erre dans la nuit percée d’incandescences. Assassinée, enlevée, retirée du monde pour communier avec le grand esprit de la forêt? Nul ne le sait

Alba et Serge Gorodish suivent sa trace, d’autant plus qu’il y a du fric à toucher : 1 million de dollars…

Entre néo-polar et hard boiled, l’auteur nous transporte sur un ciment basique connu mais solide. L’ambiance générale et son style nous rappelle ses comparses de l’époque, Manchette, Fajardie et consorts. Son intrigue à la recherche de la diva du métal, façon Nina Hagen, direct et sans ambages démontre aussi que l’auteur possédait cette science de l’écriture tout terrain!

 

Petit éclairage sur l’auteur:

Daniel Odier, né le 17 mai 1945 à Genève en Suisse, est un écrivain, poète, romancier et essayiste suisse, également promoteur du shivaïsme cachemirien. Il a aussi publié des romans policiers sous son patronyme et sous le pseudonyme Delacorta.Odier fait des études aux Beaux-Arts de Rome, mais il abandonne la peinture pour l’écriture. Il devient en 1979 professeur de littérature comparée à l’Université de Tulsa, en Oklahoma. Il entreprend très tôt de nombreux voyages en Amérique du Sud, en Asie, et surtout en Himalaya, qui lui inspirent ses essais et poèmes.

Chouchou

 

Une CONTREE PAISIBLE ET FROIDE de Clayton Lindemuth/Le Seuil.

« Hiver 1972. Bittersmith, bled perdu du Wyoming.Burt Haudesert gît dans sa grange, la gorge transpercée par une fourche.Pour le shérif, un seul coupable possible : Gale G’Wain, garçon de ferme orphelin venu d’ailleurs.Pour preuve, il a pris la fuite avec la fille de la victime, celle qui a de curieuses visions quand quelqu’un va mourir.Le shérif n’a que 24 heures pour les rattraper : demain, il sera à la retraite.Aussi mène-t-il la chasse au couple avec une férocité redoublée et l’aide d’une milice, la Loge, alors que la tempête de neige menace.Mais il apparaît vite que l’esprit de justice n’est pas le seul motif qui l’anime…Dans un décor hostile et lumineux, seuls le fracas des armes et les cris de haine des hommes troublent le silence.La traque prend une dimension poignante au fur et à mesure que l’insoupçonnable vérité se dessine. »

Entre tableau figuratif et réaliste, sans les couleurs. Cette dualité entre le blanc du manteau neigeux et le noir d’une journée tragique enfante un récit poignant qui nous confronte aux fils de vies souillés par l’oubli, l’indifférence, l’immoralité. D’une écriture racée directe mais où un lyrisme pointe, Lindemuth saisit les profils d’êtres meurtris, de despote sans foi ni loi. Comme une fourche propulsée en plein cœur, vivre est une chute horizontale…

Chouchou.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

…ET JUSTICE POUR TOUS de Michaël Mention /Rivages Noir.

 

 

Le superintendant Mark Burstyn, exclu de la police après l’affaire de l’éventreur du Yorkshire, est aujourd’hui un homme âgé, exilé à Paris.

Hanté par son passé, il a sombré dans l’alcoolisme.

Seule lueur dans sa vie brisée, sa filleule Amy, la fille de son ancien collègue Clarence Cooper.

À Wakefield, ce dernier se retrouve chargé d’une enquête sur l’orphelinat St Ann’s : des adultes affirment avoir été victimes de viols dans leur enfance.

C’est le moment où Mark se décide à regagner le Yorkshire.

Un retour qui va l’entraîner dans une croisade implacable.

Catafalque impérial pour la clôture de cette trilogie marquante! L’auteur a réussi par une apothéose cadencée, couverte d’un voile fuligineux des âmes et des consciences une fusion de son histoire et de l’Histoire. Ponctués de gestes d’amour horrifiques, de déshérences, de décrépitudes des âmes humaines nous lecteurs sommes aspirés dans ce gouffre artésien d’où l’on ressort ébaubi par une jubilation non feinte d’avoir « participé » à cette aventure dantesque. La fin d’une trilogie, qui plus est réussie, n’est pas simple pour son lecteur et ne l’est forcément pas pour son géniteur….

 

Chouchou.

LA CHAMBRE BLANCHE de Martyn Waites/Rivages thriller.

Newcastle, 1946.

Traumatisé de guerre, Jack fait la connaissance de Dan Smith, leader travailliste qui va changer sa vie, et de Ralph, un entrepreneur dans le bâtiment, qui l’engage.Avec la conquête de la mairie par Dan, la ville semble sur le point d’expérimenter l’utopie socialiste : destruction des taudis, édification de vastes cités abordables et futuristes pour loger tout le monde, modernisme.

Mais l’idéal socialiste n’empêche pas la corruption, surtout dans le bâtiment. C’est… l’huile qui graisse les rouages. Il n’empêche pas non plus que se perpétuent des fléaux sociaux tels que l’exclusion, l’exploitation ou le gangstérisme.

Brian, petit truand abject, entend justement profiter de la transformation de Newcastle pour atteindre la respectabilité.Sur sa route, il trouve Ralph et Jack, ainsi que Monica, une ancienne petite amie qu’il avait mise sur le trottoir.Mais partout où il passe, Brian sème la désolation…

Le noir ne se départ pas du noir, la violence ne se départ pas de la violence… On suit les parcours intriqués, entremêlés, entrecroisés de personnages tourmentés, meurtris voire pathologiques dans une fresque à la Pollock révélatrice des affres d’une vie et de sa genèse. Ebouriffé par la capacité suggestive de l’auteur qui « magnifie » cette noirceur en respectant un tempo, consistant du début jusqu’à son terme, on ressort de cette lecture blessé et groggy par moments. Malgré ce déchainements d’horreurs réalistes le dernier mot est ESPOIR. Martyn Waites est un maitre!
N.B.: Pollock le peintre.

Probablement mon polar de l’année voire de ma décade.Un bouquin c’est une alchimie de temps,d’état d’esprit,de sensations.La synthèse débouche parfois sur une étincelle,une détonation sans coup férir.

Chouchou.

 

COMMENT J’ AI TROUVÉ UN BOULOT de Jim Nisbet/ Rivages noir

« Curly, musicien de bas étage, au crâne tatoué d’une pieuvre, gagne sa croûte de son mieux dans les troquets de San Francisco. Ivy est un ancien musicien camé jusqu’aux yeux, à l’encyclopédique savoir en matière de psychotropes. Leur copine Lavina, fourgueuse de came et, à l’occasion, recouvreuse de dettes impayées, doit aller récupérer du matériel de musique acheté à crédit par un certain Stefan Stepnowski. Mais ce dernier s’est envolé – qu’importe, ils se lancent à sa recherche. Lorsqu’ils se retrouvent, en pleine nuit dans un entrepôt désert, Stepnowski baigne dans son sang et… on lui a piqué ses chaussures. De fil en aiguille, ce trio baroque se retrouve sur la piste d’un tueur aussi brillant qu’insoupçonnable. »

Une lente descente inexorable rythmée par un atavisme de l’addiction et les pertes engendrées de repères, de morale et de racines. Le sordide se marie avec la paupérisation des marginaux éternellement confrontés aux faux-semblants et autres utopies. Bouleversant, poignant, viscéral, brut et dégoulinant d’humeur putride!  Bref du Nisbet…

Chouchou.

 

 

 

DAWA de Julien Suaudeau chez Robert Laffont

Chouchou est un peu partout sur le net dès que ça cause polar ou zik. On lui donne l’occasion de s’exprimer à propos d’un roman brûlant d’actualité.

D’une myriade de cercles entrecroisés se fonde un récit épais, manichéen mais sensible. Dans cette composition florale parsemée de pétales létales, l’auteur nous livre une passionnante étude sociologique romancée, certes, mais empreint d’une vision objective et précurseur des événements que l’on connait. La gangrène des êtres et le sadisme anonyme des institutions, les fureurs et les emportements, les soubresauts et les fièvres de ce monde voué à la fin au grand vide n’est que le songe falot dans la tête d’un infortuné, qui ne portait plus les hommes dans son coeur après les avoir trop aimés. Un livre à lire mais surtout une matière à réflexion…

Chouchou.

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