Chroniques noires et partisanes

Auteur/autrice : clete (Page 39 of 162)

Clete / 2022

Une petite sélection, non pas des meilleurs romans noirs de l’année, mais de mes choix les plus judicieux dans le flot des sorties de l’année.

Moins de grands polars cette année, peu d’Américains marquants. Une année, peut-être en demi-teinte mais néanmoins une liste de dix romans impeccables qui font méchamment vibrer et qui restent en mémoire. Et si cela peut vous donner des idées pour mettre sous le sapin, cette petite prise de tête de fin d’année n’aura pas été inutile.

Par ordre de sortie dans l’année:

LA COUR DES MIRAGES de Benjamin Dierstein / EquinoX / Les Arènes

« Des impressions très dérangeantes… “le cri” de Munch dans un coin de la tête, des stridences insupportables, le sentiment que votre coeur va se briser de peine, des envies d’auto-justice, ce roman aussi exceptionnel et époustouflant de classe soit-il est fortement déconseillé aux personnes actuellement fragiles ou cherchant une histoire redonnant foi en l’humanité. »

LE BLUES DES PHALÈNES de Valentine Imhof / Rouergue Noir

 Le blues des phalènes est le grand roman « américain » de Valentine Imhof. Puisant dans l’histoire et la culture américaines, elle nous raconte avec talent et passion la destinée de quatre personnages traversant l’histoire des États-Unis au XXème siècle, au moment où le pays entame son hégémonie mondiale sur les ruines de l’Europe.

LADY CHEVY de John Woods : Terres d’Amérique/ Albin Michel

Roman se distinguant facilement de la masse,  Lady Chevy se révèlera puissant et impitoyable à tous ceux qui oseront la lecture. Il faut toujours se méfier des désespérés, ils n’ont rien à perdre.

JE SUIS LE DERNIER d’Emmanuel Bourdieu / Rivages

Je suis le dernier séduira les amoureux de polars sortant des sempiternels cadres habituels et les amateurs d’œuvres noires qui suscitent interrogation et réflexion. Un bijou.

VERS CALAIS, EN TEMPS ORDINAIRE de James Meek / Métailié

Le voyage est long mais ne souffre d’aucune faiblesse tout en prenant parfois des chemins plus tortueux ou tout simplement un peu barrés. Les comportements, les attitudes, les croyances, les superstitions, les agissements, tout est matière à étonnement…Roman exceptionnel, Vers Calais, en temps ordinaire, séduira au-delà du raisonnable, les lecteurs exigeants et tous les amoureux des belles lettres.

MÉCANIQUE MORT de Sébastien Raizer / Série Noire

Pur et dur, tout ce qu’on espère toujours en ouvrant une Série Noire.

INDÉPENDANCE de Javier Cercas / Actes Sud

Une belle maîtrise pour un grand polar.

LES CORPS SOLIDES de Joseph Incardona / Finitude

Les corps solides est un roman magnifique, plus intime et beaucoup plus éprouvant, émouvant que le précédent. On retrouve la tendresse de l’auteur pour ses personnages abîmés par la vie, mais aussi sa colère contre le libéralisme. On prend pas mal de beignes et puis on ouvre les yeux. Le combat d’une mère et la guerre d’une femme. Incardona est grand !

UN PROFOND SOMMEIL de Tiffany Quay Tyson / Sonatine

Un profond sommeil brille par son histoire douloureuse mais superbe, par son évocation d’un fleuve et par la construction brillante de Tiffany Quay Tyson. Sa plume chaleureuse et aimante bouleversera certainement plus d’un lecteur.

UNE PETITE SOCIÉTÉ de Noëlle Renaude / Rivages

Si vous voulez débuter dans le Noir, disons sociétal, il y a peut-être des couleuvres plus faciles à avaler. En fait, si vous n’êtes pas habitués à vous faire rentrer dedans, Noëlle Renaude, la diva punk du Noir, va vous plomber ce début d’automne et vous faire perdre le peu de crédit que vous accordiez encore à vos contemporains. 

***

Sont absents de cette sélection, les deux romans non noirs qui m’ont le plus retourné et qu’il m’est trop difficile d’ignorer:

LA CITÉ DES NUAGES ET DES OISEAUX d’Anthony Doerr / Terres d’Amérique / Albin Michel

C’est avant tout du Anthony Doerr, brillant, généreux, humain, tendre et inclassable comme tous les grands.

UTOPIA AVENUE de David Mitchell / L’Olivier

La tendresse de David Mitchell pour ses personnages et leur histoire souvent cabossée fait que Utopia Avenue emporte le lecteur très loin, radieux, et le laisse salement démuni et triste devant la tragédie qui va briser le rêve éveillé de ces quatre jeunes gens dans le vent.

***

Et puis un dernier salut à Mimi Parker, moitié du duo LOW, grande B.O. de mes lectures 2022 et qui nous a quittés cet automne.

See you !

Clete.

POUR TOUT BAGAGE de Patrick Pécherot / La Noire Gallimard

Petit à petit, Patrick Pécherot remonte le temps. On l’avait quitté avec un splendide Hevel qui nous racontait la guerre d’Algérie depuis un village du Jura. Mais on lui doit aussi la mémoire des anonymes sous la Commune, pendant la première guerre mondiale. Patrick Pécherot est un grand auteur de noir et c’est toujours un réel plaisir de l’accompagner dans ses histoires douloureuses mais si bien éclairées par la poésie de ses mots. Pécherot n’a pas son pareil pour créer le cadre historique parfait pour nous immerger dans l’intrigue. 

“1974, cinq lycéens, la tête pleine de rêves fumeux, abattent par erreur un passant alors qu’ils pensaient agir comme leurs « héros », les membres d’un groupe anar qui venait d’enlever un banquier espagnol à Paris.

Lorsque, quarante-cinq ans plus tard, l’un d’eux commence à recevoir anonymement le récit de leur histoire, il part à la recherche de ses anciens camarades.”

Pour tout bagage s’inscrit sur deux époques: 1974 qui raconte la genèse de l’engagement politique de pacotille des cinq lycéens qui allaient changer le monde et tous les évènements qui allaient mener à la tragédie et notre époque où, après s’être perdus de vue suite au drame, un des cinq recherche les autres. Depuis Une plaie ouverte, on sait l’amour des images de Pécherot et il choisit des photos, des instantanés jaunis, craquelés par le temps pour raconter l’histoire des cinq amis. Cela donne une patte de douce nostalgie, des vieilleries parfois depuis longtemps obsolètes mais dont le rappel éclaire toute une époque qu’on reconnaît et rétablit les connexions avec une époque. Beaucoup de succulentes madeleines de Proust pour les lecteurs qui ont vécu les années 70. Pour les autres, ce sera moins évident. Et peut-être que parfois l’accumulation de détails pour atteindre l’authenticité donne une impression de catalogue bien trop fourni. Et du coup, ce souci du moindre détail peut basculer dans le gros cliché. Non, monsieur Pécherot, dans les années 70, en Bretagne, les grands-parents ne nourrissaient pas leurs petits enfants à la  galette saucisse et au kouign amann ou alors les miens n’avaient pas de cœur. Ça, c’est pour les touristes en marinière, bottes Aigle et ciré jaune…

Dans ses recherches de ses compagnons, le narrateur parcourt notre époque mais d’une manière désenchantée particulièrement plombante. Les romans de Pécherot sont graves mais aussi très beaux, entretenant un beau regard sur les plus humbles, le peuple. On y lit aussi bien sûr parfois le désenchantement et la tristesse emplit souvent les pages. Mais là, j’ai détesté le narrateur, un petit con devenu un vieux con. Pendant tout le roman, il faut supporter son cynisme, son absence de remords. Pour tout bagage évoque les combats, des luttes, des contestations des années 70 jusqu’aux gilets jaunes et les zadistes. Patrick Pécherot a un belle histoire de militant syndical et on ne peut décemment lui imputer une quelconque animosité contre les mouvements d’expression populaire et on a du mal à comprendre cette narration, salissant tout y compris des combats actuels que certains trouvent légitimes ou dictés par l’urgence.

Bref, comme les personnages, peut-être victime d’un certain désenchantement.

Clete.

JE CROIS QUE J’AI TUÉ MA FEMME de Frasse Mikardsson / L’Aube noire

 — On n’aura jamais fini à midi, se plaint David.

 — Je n’ai jamais eu l’intention de finir aussi tôt », constata Sara en soutenant son regard. Elle se souvint en prononçant ces paroles de ce que lui avait dit Bettina à ses débuts. Ce jour-là, sa consœur avait érigé l’exigence de minutie en principe de vie ou de mort :

 « Si nous ne voulons pas aller systématiquement au fond des choses, si nous ne voulons pas nous dépasser à chaque fois, si nous ne voulons pas comprendre aussi loin que possible, il ne nous reste plus qu’à poser le scalpel, nous allonger par terre et mourir. »

 Bettina hocha la tête dans sa direction en signe d’approbation. S’ensuivit la litanie de la description des lésions. 

Je crois que j’ai tué ma femme débute par un avertissement de l’auteur. Tout ce qu’on va lire s’est réellement passé, il faut bien l’assimiler et le garder en tête, à défaut de le comprendre. Tout ce qu’on trouve dans le livre est public ; précisons également que l’affaire est close et que tout ce que l’auteur a modifié, dont les noms et prénoms des personnages, est spécifié. Frasse Mikardsson est médecin légiste, c’est lui qui a autopsié la victime, la femme du titre, Fatiha.

Avant même de tourner les pages les questions affluent. Va-t-on lire un rapport de police ? Est-ce bien un roman comme indiqué sur la page de titre ? N’y a-t-il pas une part de voyeurisme dans ce que l’on va lire ? Etc.
Cet avertissement et la citation qui le précède, sont importants à plus d’un titre. Ils posent donc des questions sur la forme du roman, mais aussi sur le modèle de société que l’on souhaite, sur les limites du multiculturalisme et de la tolérance au nom d’us et coutumes aberrants, et pas uniquement en Suède. Fatiha, est originaire de la partie turque du Kurdistan, le meurtrier, Ohran son mari, aussi. Il est question d’honneur et de honte dans ce meurtre. Fatiha est morte pour avoir montré ses épaules lors d’un mariage.

La protection accordée aux femmes face aux hommes violents est aussi, bien évidemment, au cœur du livre.

« On est bientôt arrivés, mais je ne trouve pas le numéro 66, s’inquiéta le chauffeur, scrutant les alentours par la vitre.

 — Il suffit de repérer les voitures de police », lui lança Sara amusée.

 Il se retourna vers elle, interloqué.

 « C’est moi qu’ils attendent » fut l’explication.

 Le chauffeur trouva ça drôle :

 « Nooooooon ! » s’exclama-t-il incrédule, persuadé que Sara la charriait. 

 Il fallut attendre qu’elle soit accueillie par le policier de faction pour qu’il la prenne au sérieux.

Sara Israelsson est l’interne en médecine légale d’astreinte ce soir-là à Stockholm. La séquence qui précède son arrivée est une rare trace d’humour. Elle arrive dans l’appartement, la description de la scène de crime est très nette, froide, judiciaire. En plus de tuer Fatiha de très nombreux coups de couteaux, Ohran l’a mutilée. Il venait de sortir de prison après une condamnation pour violence envers Fatiha.
De la même façon, quand Sara pratiquera l’autopsie et rendra ses conclusions, nous serons à ses côtés. C’est instructif, si tant est que l’on a envie d’en connaître plus sur la médecine légale.
L’enquête de Victoria Holmqvist est elle aussi scrupuleusement décrite, avec les différents rapports d’expertise, les interrogatoires de l’accusé et de l’entourage du couple. 

Les propos sont souvent techniques mais absolument pas dénués d’émotions, d’humanité. 

L’auteur ne veut rien passer sous silence, rien oublier, pas pour nous infliger un peu plus d’horreur ou d’hémoglobine, non, plutôt pour rendre un dernier hommage à Fatiha.

Bien que suédois, Frasse Mikardsson écrit en français, tout en conservant des caractéristiques de sa langue d’origine comme le tutoiement généralisé, ce qui est perturbant lorsqu’il s’adresse directement à nous.
L’écriture n’est pas classique, ce n’est pas qu’une suite de phrases, de paragraphes. Le récit est truffé de retranscriptions d’appels téléphoniques, de sms, d’auditions, de rapports, etc, qui sont comme des haltes nécessaires dans ce roman constamment dans l’action.
À chaque chapitre, l’auteur contextualise ce qui va suivre en indiquant très précisément les lieux, dates et horaires. C’est utile car les allers-retours sont incessants entre le soir du crime au 66 chemin du bonheur à Märsta, et ce qui s’est passé auparavant ; ce qui a mené à la première condamnation et ce qui a suivi la libération du meurtrier. Comme pour rappeler que ce meurtre est vrai, que Fatiha a bien été tuée par son mari.

Voilà un roman procédural qui remue violemment les tripes, qui bouscule les idées et donne à réfléchir. C’est bien là sa grande réussite.

NicoTag

IOCHKA de Cristian Fulas / La peuplade

Ioska

Traduction:  F. et J.-L. Courriol

Au cœur d’une vallée sauvage des Carpates, Iochka fabrique du charbon de bois. Quasi centenaire, il aime se taire, boire sec et dévaler ivre les routes sinueuses des montagnes au volant de sa vieille Trabant bleue. Mais le plus souvent, il demeure assis sur le banc cloué à l’extérieur de sa petite maison, se remémorant son existence hors norme. La guerre, les camps soviétiques, Ceaușescu, puis la camaraderie du chantier quand il est affecté à la construction d’une voie ferrée qui ne mène nulle part. Là, loin du tumulte de l’Histoire, il expérimente l’harmonie sexuelle auprès d’Ilona, l’amour lumineux de sa vie, et partage l’amitié indéfectible du contremaître, du docteur et du pope, tous trois aussi alcooliques et excentriques que lui. Avec eux, il approche le secret du temps et du bonheur.

Qu’il est parfois bon de changer d’horizon, de se repaitre d’autre chose que de littérature américaine. Direction les Carpates, cette fois-ci, destination que je peux qualifier d’exotique quant à mes lectures habituelles. D’emblée séduit par la couverture, ce visage barbu au regard intense et aux traits creusés, avec ce noir et blanc très léché, ainsi que par le résumé assez cocasse, Iochka du Roumain Cristian Fulaş s’annonçait sous les meilleurs auspices.

Iochka est épais. Un petit pavé qui pèse son poids dans la main. Plus de 550 pages. Il est facile d’avoir une petite appréhension car, 550 pages, ça peut être long. Sauf que la langue est relativement légère. C’est une évidence. Mais si la langue est légère, car il y a un mais, Cristian Fulaş est très prolixe et parfois le point se fait attendre. Certaines phrases font plus d’une page et il n’aime pas beaucoup les sauts de ligne. La conséquence de cela, c’est un manque de respiration dans le texte qui fatigue un poil. Je dois reconnaître que j’ai peiné un peu sur la longueur. La beauté du propos est évidente mais est écrasée, voire étouffée, par la quantité. Un peu de concision et d’élagage eurent été salutaires.

Pour ce qui est de l’histoire, une fois passée la barrière de la quantité, elle s’avère belle et touchante. Il y a d’abord une sacrée galerie de personnages bigarrés. Une petite bande ne lésinant pas sur la picole, ou le sexe, voire les deux, et avec des personnalités très affirmées. Au centre de ce petit groupe, il y a Iochka dont on va remonter le cours de sa vie tel une rivière. Un taiseux imposant et paisible, qui aspire à une vie simple et tranquille, après quelques tourments. Cette vie tranquille il va la mener, le plus simplement possible, dans une vallée paumée, éloignée des affres du monde, qui évolue à peine et ne change que très lentement. Mais elle change. Nos personnages ont tous un petit grain – voire un gros – de folie et une forme de sagesse toute singulière. On assiste à de cocasses et absurdes scènes, et à d’autres plus tristes. Il y a une constante mélancolie qui habite cette vallée, néanmoins tous, à leur façon, se maintiennent à flot les uns et les autres. Le temps passe, lentement, mais assurément. Iochka demeure, comme éternel, le pilier et phare de cette vallée. Et nous, lecteurs, nous attachons.

Iochka n’est ni noir, ni blanc. Iochka est gris lumineux. Un roman d’une poésie simple et brute, à mon goût trop bavard, certes, alors même que le silence est omniprésent, mais paisible et plutôt juste. Le livre de Cristian Fulaş séduira celles et ceux en quête d’un refuge, qui apprécient laisser le temps au temps et qui recherchent une lecture amène mais franche. Il y a beaucoup de vérité dans ces (trop) longues phrases pleines de chair et d’émotions.

Brother Jo.

LA NOIRE ET LA SÉRIE NOIRE EN 2023 / Toutes les sorties françaises

Lundi 21 novembre à 10 heures, au 7 de la rue Gallimard à Paris, ont été présentés aux libraires parisiens, les percutants programmes de la Série Noire et de la Noire pour l’année 2023. Un bien bel endroit à l’ambiance feutrée, un haut-lieu de la littérature française.

Stéfanie Delestré et Marie Caroline Aubert, éditrices des collections étaient présentes : Stéfanie Delestré était accompagnée par tous les auteurs français qui ont dévoilé leurs nouveaux romans dans un exposé d’une dizaine de minutes chacun, l’éditrice ajoutant, par ailleurs ses propres commentaires. Marie-Caroline Aubert a introduit avec talent et humour les auteurs étrangers qui seront au catalogue, on salive déjà mais on en reparlera plus tard avec elle, elle a promis !

Concernant les auteurs français, en 2023, la SN sort l’artillerie lourde… que des quinquas expérimentés qui ont déjà montré leur valeur… Manquent peut-être quelques plumes féminines. Néanmoins, ça a méchamment de la gueule :

Thomas Cantaloube, Marin Ledun, Caryl Ferey, Antoine Chainas, DOA, Olivier Barde-Cabuçon, Jacques Moulins, Sébastien Gendron et Pierre Pelot (absent mais ayant laissé un message de présentation). 

Bien sûr, on vous reparlera de ces romans au moment de leur sortie, mais voici déjà quelques mots sur chacun d’entre eux, quelques notes griffonnées à partir des dires des auteurs. 

Par ordre de sortie dans l’année et sans commentaires partisans malgré l’envie qui tenaille.

 BOIS-AUX-RENARDS (contes, légendes et mythes) de Antoine Chainas

Roman situé dans la vallée de la Roya en 1986, aux débuts de la consommation de masse. Un couple tue des femmes pour ses loisirs mais une gamine est témoin d’un des meurtres. Un roman noir teinté de fantastique (mythes et contes). 

Par l’auteur de Empire des chimères

RÉTIAIRES de D.O.A.

Roman sur la lutte contre le trafic de stups et très proche d’un roman procédural avec une lutte entre les services de police. Roman familial, les liens du sang et les thèmes de la vengeance et de la responsabilité. 

Par l’auteur de Pukhtu.

MENACES ITALIENNES de Jacques Moulins.

A EUROPOL, un fonctionnaire cherche à faire reconnaître le terrorisme d’extrême-droite, inquiet sur ce qu’est en train de devenir l’Europe braquée sur la menace islamique, oubliant la lente et sûre montée de l’extrème droite. Dans le viseur, l’Italie.

Par l’auteur de Retour à Berlin.

HOLLYWOOD S’EN VA EN GUERRE de Olivier Barde-Cabuçon.

1941, Charles Lindbergh, l’engagement de Hollywood pour l’entrée en guerre des USA. Un hommage au cinéma noir et blanc et à Chandler avec une détective de choc Vicky Malone.

Par l’auteur de Le cercle des rêveurs éveillés.

FREE QUEENS de Marin Ledun

Roman proche des Visages écrasés sur les techniques de vente et de consommation mais dans le contexte nigérian. Par l’enquête sur l’assassinat de deux jeunes prostituées, on découvre le Nigéria et les expérimentations que peuvent se permettre les grandes firmes internationales pour vendre leurs produits, et en l’occurence ici, de la bière.

Par l’auteur de Leur âme au diable.

MAI 67 de Nicolas Cantaloube.

On retrouve les trois personnages de sa série sur les années 60 et on fait un bond de cinq ans dans le temps pour se rendre en Guadeloupe où le département d’outre mer ressemble plus à une colonie qu’à un territoire de la république. Une manifestation contre la vie chère est réprimée dans le sang.

Par l’auteur de Frakas.

OKAVANGO de Caryl Ferey

Entre Rwanda, Namibie et Angola, Caryl Ferey raconte une histoire sur une des plaies africaines : le trafic d’animaux.

Par l’auteur de Paz.

LOIN EN AMONT DU CIEL de Pierre Pelot.

L’auteur de plus de deux cents romans dont “l’été en pente douce” revient à ses premières amours, le western. 

A la fin de la guerre de sécession, quatre sœurs sont victimes d’une bande de hors-la-loi.L’une meurt et les trois autres vont arpenter l’Arkansas et le Missouri pour se venger. Roman très violent.

Par l’auteur de Les jardins d’Eden.

Chevreuil de Sébastien Gendron.

Un citoyen britannique s’installe en Charente Maritime orientale. Les relations avec les autochtones et notamment les chasseurs vont vite se détériorer.

Par l’auteur de Chez Paradis.

***

Fin de la réunion vers 13 heures.

Clete.

PS: De grands remerciements à Antoine Gallimard, Marie-Caroline Aubert, Stéfanie Delestré et Christelle Mata.

OÙ REPOSENT NOS OMBRES de Sébastien Vidal / Le mot et le reste

 Sébastien Vidal remonte le temps jusqu’en juillet 1987. Une fille et trois gars d’une quinzaine d’années sont en vacances dans leur village corrézien, passent leur temps devant la télé, à la piscine et surtout dans les bois. C’est en se perdant qu’ils trouvent leur paradis au creux de la forêt, le Puy perdu, proche de la cabane du marginal local, l’Indien, René, sorti d’un roman de Mark Twain ou de Daniel Defoe. Tout semble bien se passer, l’écriture s’étale avec lenteur sur une cinquantaine de pages, pourtant l’auteur sème des inquiétudes, de petits signaux.

D’un coup, on change de rythme, de région ; Jacques et Antonio, deux braqueurs, un meurtrier.
Il n’y croit pas, ça y est, ils ont basculé de l’autre côté. Ils ont tranché net dans le quotidien et la routine. Désormais ce sera ça leur vie, pas d’horaires, pas de boulot merdique payé trois fois rien, pas de contremaître sur le dos, plus de fins de mois difficiles, plus de chômage, ils viennent de se mettre à leur compte.

Ils se trouvent dans la banlieue sud de Paris, à Palaiseau. Ils s’éloignent de l’épicentre, ils veulent se terrer, laisser passer l’orage. Plus les kilomètres défilent, plus les deux hommes redescendent sur terre. Un braquage c’est déjà quelque chose, mais tuer un homme ça n’a rien à voir.

Voici donc deux petites frappes qui viennent de rater leur premier gros coup. Ces deux trafiquants de cigarettes et d’autoradios jouent trop vite trop fort dans la cour des grands et se perdent sur les routes de l’Essonne, en enfilant les conneries comme des perles. Deux tocards coincés dans une cavale qui se poursuit à huis-clos dans des Renault volées.
D’une ambiance cousine des romans et récits de Pierre Bergounioux, on arrive chez le patron, Jean-Patrick Manchette, cité à plusieurs reprises dans le livre mais évident dès l’apparition de Jacques et Antonio.

À partir de là, l’auteur déroule de courts chapitres, tantôt au cœur de la Corrèze de René et des adolescents avec leurs interrogations et leurs douleurs, tantôt pendant la dérive meurtrière des truands abonnés aux vieilles Série Noire de Burnett à Bialot, transformés en ennemis publics N°1.
Chapitres dans lesquels le paysage et la nature sont omniprésents, partout des arbres, des feuilles, de l’eau, des ciels, des ronciers, de l’eau encore ; dans ces passages, Sébastien Vidal peint plus qu’il n’écrit, il donne à voir plus qu’à lire. Il joue également avec la nostalgie mais sans en abuser, son écriture se détache assez rapidement des clichés estampillés années 80 tout en accrochant à son récit de nombreuses références, avec un goût affirmé pour la variété française.

Jacques a ressassé tout un tas de pensées mortifères. Il a sondé en lui et n’a rien trouvé qui soit capable de l’apaiser. Il est là, au bout de la nuit, avec une énorme boule au ventre, un volcan d’acide qui le dévore avec une extrême lenteur. À l’extérieur, il sait qu’il y a le ciel, mais lui se sent étouffé par une voûte lourde et basse qui le comprime, pris au piège de son corps et de la société, il a des envies de meurtres et de violence. Il a envie que quelqu’un débarque à la cabane et les découvre, ça lui donnerait une excuse pour tuer. Et puis à quoi bon des excuses, pas besoin d’excuses. Jacques se lève, mâchoires serrées, le visage est placide, mais son regard halluciné fait peur. Il plaque sa main sur son ventre pour vérifier la présence du pistolet et sort. La lumière qui descend sur lui est douce et colorée. Une lumière d’été chaude qui donne envie de s’y tremper. Les arbres qui cerclent la clairière se dressent et pointent les nuées de leurs corps droits et décidés. Ils bordent le ciel de leurs houppes et le bleu intense de la voûte apparaît comme un lac à l’envers, sans aucun reflet, sans ride, infiniment profond.

Si l’on comprend rapidement qu’à l’issue de  Où reposent nos ombres ces deux histoires vont tragiquement se mêler et laisseront d’amers souvenirs, il faut reconnaître que l’auteur possède un bon tour de main pour nous mener patiemment au bout de ses presque quatre cents pages, sans jamais tomber dans le sensationnalisme. Notamment en donnant naissance à des personnages réalistes et subtils, avec une mention spéciale pour René et Jacques ; ces deux-là sont bien singuliers, des caractères forgés dans la souffrance, reçue comme donnée, tous deux rejetés par la vie, avec en commun un sens très développé de l’injustice. 

NicoTag

LA BAIGNOIRE DE STALINE de Renaud S. Lyautey / Seuil

Deuxième polar au Seuil pour Renaud Lyautey mais aussi le dernier puisqu’il est mort au printemps dernier, bien avant la sortie de son roman. Ce diplomate français avait été en poste comme ambassadeur en Géorgie et il a fait de ce pays mal connu le théâtre de son histoire.

“Tbilissi, capitale de la Géorgie, terre natale de Staline. Un ressortissant français est retrouvé mort dans des conditions suspectes à l’hôtel Marriott. Avant qu’un scandale n’éclate, René Turpin, à l’ambassade, est mandaté pour assister les inspecteurs locaux. L’enquête les mènera sur les traces du dictateur et d’une immense ville balnéaire abandonnée…”

D’emblée, si vous cherchez un polar d’investigation ou un thriller, il vaudra mieux oublier ce roman. Ressemblant un petit peu plus à un polar que Les saisons inversés, son précédent polar, on est quand même assez loin de ce qu’on pourrait s’attendre à la lecture du résumé de l’éditeur. Certes, Lyautey utilise la trame du polar, il mène une investigation qui ressemble plus quand même à une déambulation dans le pays pour ce diplomate chargé de l’enquête et son partenaire flic géorgien qui aurait une reconversion assurée au guide du Routard vu sa connaissance pointue de son pays. Mais, ils ne coinceront jamais le tueur malgré l’identification des commanditaires et coupables.

Le rythme du récit s’avère lent, un peu à l’image des romans d’espionnage dont il est plus proche. Outre une découverte “touristique” du pays, Lyautey s’intéresse aux spectres de l’ère soviétique souvent encore très, trop, visibles et montre comment les Russes sont toujours très, trop présents. L’actualité est sur l’Ukraine en ce moment et on a tendance à oublier que la Géorgie, ancienne république soviétique elle-aussi, a été envahie la première en 2008 et que 20% de son territoire est toujours entre les mains crochues des Russes. Poutine invoqua à l’époque les mêmes motifs et utilisa les mêmes techniques de guerre qu’en Ukraine…

Enfin, tous ceux qui se souviennent de l’histoire des “Cinq de Cambridge”, groupe d’étudiants britanniques qui devinrent agents soviétiques durant les années 60 et firent beaucoup de mal aux services de sa Majesté, liront de belles pages sur le plus célèbre d’entre eux Kim Philby et sur ses désillusions lorsqu’il rejoignit le paradis communiste.

Roman intelligent assurément mais qui aurait plus sa place en littérature blanche, l’aspect policier étant juste un moyen de créer un poil de suspense pour un roman qui vaut pour sa vision géopolitique de ce coin du globe particulièrement agité actuellement.

Clete

RIEN A FOOT / Collectif / Au mot près

 On s’emmerde. Mais on s’emmerde ! Match nul. Zéro. Zéro. Zéro de chez zéro. I’m a poor lonesome corner : vous connaissez la chanson. Même pas un gusse venu poser un ballon sous mon petit étendard. Encore moins de danse du ventre et de contorsions limite obscènes autour de mon érectile petit membre de diamètre risible.

 Poteau de corner en Régional 3, Ligue Normandie, tout riquiqui sous la pluie battante d’un dimanche d’octobre au beau milieu du Cotentin, spectateur passif d’un match engourdi, nul donc. Et c’est comme ça quasiment chaque semaine. Sérieusement vous trouvez que c’est une vie ?  (Jean-Luc Manet)

 Commencer un livre et une chronique comme ça c’est pas mal non ? D’autant plus c’est totalement faux, rien de plus éloigné que l’ennui des onze nouvelles de ce  Rien à foot .
On cause, et on va causer dans les prochaines semaines, de plus de plus de foot. Nous aussi, chez Nyctalopes on aime le ballon rond. Mais ici, pas de stars rémunérées à coups de millions, ni de stades construits avec le sang d’ouvriers parqués loin de chez eux. Non, Rien à foot  rassemble une équipe mixte, sacrée avancée, de joueuses et de joueurs du stylo, des touches de la machine à écrire, du clavier de PC.

Dans les cages et en pole position, Jean-Luc Manet déjà auteur de Trottoirs ou de Aux fils du calvaire. En quelques pages drôles et loufoques il nous conte l’histoire d’un vieux poteau sur qui les joueurs viennent se soulager. Lui-même se soulage d’ailleurs et c’est bien fait, sur la tête d’un joueur allemand dont on ne prononce jamais le nom, auteur d’un véritable attentat lors d’un célèbre France-Allemagne.
Dans ce petit recueil, le temps s’écoule aussi vite que la balle circule.

Jack Lamache nous transporte à Berlin en 1936. Il y invente un Allemagne-France. Problème pour les nazis, il y a dans l’équipe française trois joueurs juifs et un joueur noir. Les allemands ne peuvent pas perdre, et feront tout pour.

Jean-Noël Levavasseur, habitué des recueils collectifs, nous présente Alexandre, jeune agent qui s’apprête à signer son premier contrat. Le hasard, en l’occurrence Marius, ne fait pas forcément bien les choses et le samedi du chasseur de têtes tourne au vinaigre.

Le ballon est transmis au numéro 7.
Trop de précipitation pourrait m’amener à l’erreur. Rater mon coup ou, plus grave, me faire prendre. L’idée de devoir expliquer à des policiers mes motivations me faisait froid dans le dos. Ils devaient être eux aussi en train de regarder le match et leur dire que je ne supportais plus le soutien indéfectible et grotesquement sonore de mon épouse à une équipe de branleurs en short ne jouerait pas en ma faveur. (Julien Taillard)

Une coupe du monde c’est une nouvelle télé dans la vie de Sabine et son mari. Cette vingtaine de pages écrites par Julien Traillard nous renvoie en 1998 et nous fait vivre l’enfer de cet énorme raout footballistique retransmis dans le salon d’un allergique au foot, et par la même occasion instille un peu de sauvagerie dans le livre.

La Moldavie et la Transnistrie sécessionniste affleurent régulièrement dans l’actualité ces derniers mois. C’est ce petit bout d’Europe qu’a choisi Véronique Rey pour situer le meurtre d’un jeune joueur, Ismaël Diop. On y suit l’inspecteur Jouve tentant de trouver un début d’enquête dans cette trentaine de pages trempées dans la géopolitique contemporaine et les trafics divers. Pas étonnant que l’autrice évolue avec le numéro 9, son histoire est percutante, il serait dommage de passer à côté de « Carton noir ».

Impossible de parler de chaque membre de l’équipe, on peut dire que le ballon avance vite et bien, genre une touche de balle. Chacun y va de son histoire, on croisera Batman chez Frédéric Prilleux, on ira à Doha avec Sylvaine Reyre et à Boiscourt grâce à Grégory Laignel, quant au sélectionneur et numéro 10 de l’équipe de Rien à foot , Michaël Herpin, il invite notre Marseillaise dans un match opposant l’Italie à l’Angleterre. Et on fera même le ménage chez Jack Narval !

Laissons le mot de la fin au numéro 4, Christian Robin : Heureusement, le grand Benoît a rétabli l’équilibre en faisant sauter la rotule de l’ailier gauche des gars d’en face, comme ça c’était équitable, neuf contre neuf.

NicoTag

 Plusieurs joueurs de foot célèbres ont tenté leur chance devant un micro, mais on n’est pas obligé de s’infliger un tel calvaire.

Les Mares-Noires de Jonathan Gaudet / Belfond Noir

Ce roman du Québécois Jonathan Gaudet a déjà connu une première vie en 2016 au Canada sous le titre La piscine. On doit à Belfond son arrivée en France cette année sous le titre Les mares-noires qui est le lieu où se déroule l’intrigue, très au nord du Québec, très loin de la cabane de Line Renaud.

“Sous la douce lumière d’un matin d’été aux Mares-Noires, au beau milieu du Québec, une femme berce son bébé près d’une fenêtre, en fixant le coyote qui s’approche trop près de leur petite maison. Soudain, à la radio, un flash spécial : une explosion est survenue à la centrale nucléaire. Un bâtiment est en flammes, sept employés sont coincés à l’intérieur. Parmi eux, le mari de cette femme. Le cri qu’elle pousse alors ébranle toute la forêt. Les autorités se veulent rassurantes, mais la femme sait que le pire va arriver. Qu’il est trop tard.

Treize ans ont passé, la femme a refait sa vie et son bébé est devenue une adolescente rebelle. Si le drame qui les a touchées semble derrière elles, les fantômes ne sont pas loin. Encombrée de tensions, de silences, d’indicibles secrets, leur relation est une bombe à retardement aussi imprévisible que menaçante…”

Alors, en novembre, après avoir beaucoup lu et chroniqué durant l’année, l’ennui commence un peu à gagner. Tant de polars se ressemblent qu’on en vient à apprécier ceux qui sont le moins frappés de clichés. Combien abordant encore une fois des sujets déjà maintes fois traités élégamment ou maltraités avec une certaine obstination maladive ou aveugle et qu’on met de côté pour un après qui ne viendra peut-être pas. En cette fin d’année où on a de plus en plus de mal à trouver son bonheur et je ne parle bien sûr que de moi, où la lassitude vous envahit… quand un roman sort vraiment du lot, vous procure un bonheur d’histoire noire, un truc à vous flinguer une fois l’histoire terminée, vous n’allez pas niaiser, cacher votre bonheur. Les Mares-Noires est un superbe roman, violent, dur, mauvais, méchant et qui vous plombe bien tant tout est possible à chaque page. La douleur se vit avec les personnages, un peu comme chez Incardona. Ça vous parle peut-être un peu plus maintenant ?

Ce terrible accident et ses conséquences pour les familles des victimes dans une centrale nucléaire d’une province du Québec qui n’en compte plus en activité dans la réalité, sera la base du roman jusqu’à la moitié de son développement, la plus paisible finalement. On voit les dysfonctionnements de la nouvelle cellule familiale douze ou treize ans après le deuil. L’écriture parfaitement clinique de l’auteur contribue à créer une atmosphère très pesante, étouffante. La mère et la fille ont déjà suffisamment morflé…Et puis donc vers la moitié, on se prend en pleine face un truc qu’on n’aurait mais alors jamais imaginé. Naît instantanément un terrible effroi chez le lecteur qui voit le drame à venir ainsi que tous les terribles possibles envisageables. Dès le début, on sait qu’il y a eu une tragédie, que quelqu’un a péri.

Si la lecture de ce roman s’avère très flippante, on le doit aussi aux choix d’écriture de l’auteur très valides pour le coup. Plusieurs chapitres sont des immenses tableaux magnifiques et perturbants. Gaudet envisage le très vaste et ensuite ajuste sa focale vers le détail. D’abord la nature immense et les descriptions sont souvent très belles puis les animaux et surtout un coyote qui a abandonné sa horde et vous comprendrez pourquoi sa présence est importante, puis il met le focus sur les constructions humaines où évoluent l’homme, la femme et l’enfant qui seront finalement identifiés comme David, Catherine et Émilie. Les zones floues dans et entre les différentes expositions offertes au lecteur l’obligent à une vigilance et une prudence extrême pour “cette chronique d’une mort annoncée”.

Le final sera doublement au niveau de l’ensemble, lui donnant définitivement le statut de grand roman noir. Vous savez, ce genre de roman où vous êtes définitivement plombé par la fin où vous restez un temps scotché parce que c’est un peu dur à avaler puis à digérer tant de noirceur…quand vous trouvez la fin vraiment dégueulasse, injuste, cruelle… ce genre de roman.

Clete.

NOUS N’ALLONS PAS NOUS RÉVEILLER de Heine Bakkeid / EquinoX / Les Arènes

Traduction: Céline Romand-Monnier

Après Tu me manqueras demain et Rendez-vous au paradis, voici la troisième aventure de l’ex-flic norvégien très cabossé Thordkild Aske. L’auteur, Heine Bakkeid, a réussi lors de ses premières livraisons à m’accrocher sérieusement à un héros scandinave, moi qui ne suis pas le meilleur client pour les polars dits nordiques. Un toxico du Daily Mail, dans un délire de drogué, a déclaré un jour que “Stephen King s’est trouvé un héritier norvégien”. Rien à voir avec l’empereur du Vermont pourtant mais bien sûr l’édition internationale s’est jetée sur cette connerie de stagiaire troisième pour la mettre en exergue en couverture, sur le bandeau ou en quatrième de couverture. Faut bien vendre et tous les arguments sont bons y compris les plus fallacieux.

Heine Bakkeid écrit juste des bons polars, plutôt intelligents, aux enquêtes très, très fouillées, aux dénouements surprenants. Ils sont matière à réflexion sur des thèmes très actuels, l’éco terrorisme dans celui ci. C’est déjà bien non ?  Alors, évidemment si vous prenez le train en marche, il vous manquera quelque chose pour comprendre quelques gags récurrents ou clins d’oeil de l’auteur à ses “fidèles” mais rien de bien rédhibitoire pour suivre le calvaire de Thodkilld qui définit ainsi son récent parcours:

“J’ai fait trois ans et demi de prison après avoir conduit une femme à la mort en étant sous GHB. J’ai été radié des cadres de l’Inspection générale de la police et j’ai une lésion cérébrale à l’amygdale suite à une tentative de suicide.” Pas vraiment réjouissant comme tableau mais bien sûr erroné et incomplet (cf Tu me manqueras demain).

Et puis la Norvège, ça change un peu de l’Islande. Un pays de 350 000 habitants et de 350 000 écrivains. “Travaille bien à l’école mon enfant, plus tard, tu raconteras des histoires tristes aux Français, ils sont très friands de notre monde désolé…” Je n’en peux plus des -Son et des -Dottir. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si, à l’image de son illustre compatriote Jo Nesbo, Heine Bakkeid n’avait pas décidé de faire voyager son héros et ses tourments…, oh le c..!!! en Islande.

“L’ex-flic Thorkild Aske est de retour à Stavanger, sur le droit chemin de la réinsertion professionnelle. Sa consommation de médicaments est sous contrôle, un brillant avenir de fabricant de chandelles se profile à l’horizon.

Mais c’est sans compter cette urgence qui l’envoie en Islande avec sa sœur Liz. Après vingt-cinq ans, il revoit son père, Úlfur, un vétéran de la lutte environnementale, qui vient d’être écroué pour meurtre.” 

Et l’Islande, à la recherche de l’innocence de leur père, Thordkild et Liz vont l’arpenter en long en large, surtout les coins les plus inhumains, là où l’île est battue par les embruns, les vents, la pluie, la neige et autres précipitation non réellement définies. C’est une redécouverte d’un territoire qu’ils ont quitté il y a plus de vingt-cinq ans en fuyant avec leur mère ce père et mari toxique. Thordkild et Liz n’ont aucun doute quant au fait que leur père soit un beau salaud mais de là à tuer sa jeune compagne d’une vingtaine de balais…

A cette intrigue familiale se greffent de manière plus générale les problèmes environnementaux liés à une sur industrialisation de l’île  ainsi que l’histoire d’un milieu écolo en Islande qui n’a nul besoin de Sandrine Rousseau pour s’entre-tuer. Du danger et beaucoup d’incertitudes pour l’infortuné Thordkill, et Wikileaks et le FBI dans les parages pour corser l’affaire…

Encore une fois, un polar très malin au suspense parfaitement entretenu.

Clete

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