J’ai laissé le borgne en vie car on a besoin d’histoires pour vivre, n’est-ce pas, prêtre ? Inquisiteur. Je ne sais pas comment t’appeler.
Mais ce n’était pas tes hommes. Bien. Tu n’as donc pas de chant mortuaire à entonner devant leurs veuves.
Tu es venu pour une histoire, or je suis d’humeur à parler, donc les dieux nous sourient à tous les deux.
Il y avait dans la Cité mauve un marchand qui disait avoir perdu sa femme. Elle avait disparu avec cinq bagues en or, dix et deux paires de boucles d’oreilles, vingt et deux bracelets, et dix et neuf chaînes de cheville.
Les premières pages de Léopard noir, loup rouge sont une véritable définition de la violence. Mains coupées, têtes écrasées, nuques brisées, membres tranchés, cœurs perforés, j’en passe. Le Pisteur hésite peu, même pas à laisser pour mort son propre père. Il a quelque chose du super-héros, du chevalier légendaire, du génie malfaisant. Vif, rapide, musclé, puissant, souple, redoutablement intelligent. Et ce n’est que la première trentaine de pages sur les sept cents du livre. C’est un roman dont on part à la conquête, qui se mérite, comme une face nord en alpinisme. Dès le début, il faut bien avoir à l’esprit que l’on a rien à quoi se raccrocher, toutes nos références familières sont restées à la porte de Léopard noir, loup rouge, premier volume de la trilogie L’étoile sombre. Ou alors il faudrait en citer trop, d’Homère à Lovecraft, de l’Ancien Testament aux Monty Python, de Chrétien de Troyes aux Marvels, de Rahan à Jerome Bosch, et beaucoup, beaucoup d’autres. Mais avant tout, c’est un livre autonome et singulier, une création ex nihilo, radicale.
Le Pisteur, personnage principal, est en quête, et vraisemblablement en fuite, il cherche l’héritier d’un royaume tout en se découvrant une identité inattendue. Il traverse des lieux plus ou moins magiques, ensorcelés, avec des démons, des animaux extraordinaires, d’illustres chefs de tribus. C’est une véritable épopée où les phrases tournent sur elles-mêmes, s’entremêlent comme les lianes d’une jungle. C’est une lecture attentive, concentrée, qui nécessite du temps, beaucoup de temps.
Je croyais qu’on cherchait une clairière, mais on s’est enfoncés dans la brousse. Des branches se retiraient et revenaient me frapper en plein visage, des lianes s’enroulaient autour de mes jambes et me tiraient vers le bas, des arbres se penchaient pour me regarder et chaque trait de leur écorce était une grimace désapprobatrice. Puis Kava a commencé à parler aux feuilles. Et à jurer. Le garçon-clair-de-lune était devenu fou.
La lecture est parfois si touffue que naît l’impression de se débattre avec les mots, les pages ; la progression est lente, ténue, rude. D’autant plus que nous courons de mythes en rituels, de meurtres en cérémonies, au gré des embûches et des haltes du Pisteur, on se perd dans les nombreuses histoires qu’il sème autour de lui. Le fil conducteur se cache assez souvent pour ressurgir quelques paragraphes plus loin parmi les cadavres.
Embarquer dans ce roman c’est être secoué dès le début, attrapé au cou par une écriture étoffée et volubile, aussi rythmée qu’un cheval lancé au galop poursuivi par un lion. Tout défile à une vitesse époustouflante, si vite qu’il faut parfois relire le passage avant de reprendre.
C’est un roman où le décor, le contexte, les mythes, appelez ça comme vous voulez, sont aussi importants que les faits et gestes des personnages. Ces mythes sont le moteur de Léopard noir, louprouge. Peut-être qu’une personne plus versée dans les mythologies africaines pourraient y trouver d’autres qualités, d’autres chemins. J’ai accueilli ces mythologies comme un charme qui accentue le plaisir de lecture.
Mais, c’est avant tout une littérature née dans les replis de l’imaginaire de Marlon James, une profondeur que peu d’auteurs ou d’artistes peuvent atteindre. L’illustration de couverture (qui continue sur le dos puis sur la quatrième) du Vénezuélien Pablo Gerardo Camacho, propre à illustrer nos phobies et nos peurs abyssales, est en parfaite adéquation avec les chimères du roman.
Bi oju ri enu a pamo (La bouche n’a pas à dire tout ce que les yeux voient). Cette phrase en yoruba est placée en exergue de la première partie. Est-ce à dire qu’il ne raconte pas tout ? Quant à moi j’ai lu, et relu de nombreux passages, mais je ne suis pas sûr d’avoir tout vu. Le roman est si dense qu’il mérite très certainement plusieurs lectures avant de se déployer entièrement, comme souvent avec les récits épiques ; ma chronique ne fait probablement qu’effleurer Léopard noir, loup rouge.
« Je nique les dieux, car à présent j’ai le sentiment que je peux glisser sur l’air » ai-je dit tout haut.
La cygne noire raconte la jeune vie de Suzanne Schubert. Dominique Chevallier commence d’abord par sa naissance, pas celle du premier jour de sa vie, plutôt celle qui va forger son insondable caractère. Pour cela, il faut tout d’abord passer par le père de Suzanne.
Pierre est un sale type, tyrannique, acariâtre. Tétraplégique après un accident de voiture, il se déteste autant qu’il déteste les autres, dont ses enfants. C’est un concentré d’aigreur qui ne veut pas qu’on l’aime, ni qu’on le déteste. Un invivable donc. Sa vie de grand bourgeois parisien et d’universitaire respecté est passée au rouleau compresseur.
Il est si exigeant avec Suzanne sa fille, qu’un désir de vengeance naît en elle. Un désir mortifère qui va commencer à se manifester, à se matérialiser quelques années plus tard, au moment du bac. Elle devient aussi dure que lui, blindée sous une carapace d’acier, capable de détruire tout ce qu’elle aime pour paraître plus forte. Surtout, Suzanne a honte de son père, une honte qui grossit comme une tumeur.
Il faut dépasser les cinquante premières pages, parfois utilement agaçantes, pour que ce premier et court roman nous fasse entrer de plain pied dans le cerveau déterminé de Suzanne. C’est alors qu’elle prend le livre à bras-le-corps.
Quand Suzanne Schubert sort du TD de sociologie politique ce jour-là, quand elle arrive en bas de l’escalier, entourée comme souvent d’une petite cour de quelques étudiants, le passé surgit. Elle avait pourtant décidé qu’il n’avait pas existé. Et c’est la même décharge électrique au bas du dos, cette douleur apparue lorsqu’elle avait massé pour la première fois les jambes de son père.
Il est là. Dans le hall. En fauteuil roulant. Il l’attend.
Un cygne noir est un événement hautement improbable aux conséquences démesurées. J’ai cru apercevoir cet oiseau rare à plusieurs reprises. Et pourtant quand je l’ai reconnue, LA cygne noire était minuscule, presque insignifiante, de ces choses rares auxquelles plus personne ne fait attention. Il faut peu pour imaginer un élan se briser. Mais c’est mal connaître Suzanne, cette parente éloignée du jeune Rastignac, elle va alors se révéler à elle-même d’abord, puis aux autres, qui en subiront les conséquences.
Avec La cygne noire Dominique Chevallier portraiture un être perfusé à la vengeance, rempli de cynisme, dont le mépris pour les autres n’a d’égal que son orgueil. Il profite de l’occasion pour brosser un tableau peu reluisant de la vie à l’Assemblée nationale en particulier et du milieu politique en général.
Jean de La Ville de Mirmont n’a publié qu’un seul roman, à compte d’auteur, avant de mourir à vingt-sept ans sur le front en 1914. Un seul roman qui n’a jamais fait l’actualité ni jadis ni maintenant sauf pour les rares initiés, les rares élus qui, par hasard ou par le bouche à oreille ont pu lire Les dimanches de Jean Dézert, toujours édité par la collection “La petite Vermillon”.
Les éditions Finitude nous offrent ainsi un petit bonheur à partager avec ce grand format joliment illustré par Christian Cailleaux avec des images qui rappellent parfois Tardi mais en tendres gris colorés, la vraie couleur de l’histoire. On n’est pas dans le Noir, juste à la limite, mais attention à cette histoire paraissant si naïve.
Jean Dézert est un homme jeune qui n’a pu être mobilisé en 1914 à cause de son extrême maigreur. Il vit une existence simple, banale, monotone toute la semaine. Il quitte son appartement au plafond bas tous les matins pour aller travailler dans un ministère où il occupe un poste subalterne.
Son travail n’occupe guère sa pensée. Il s’agit de compléter des imprimés, de communiquer ou de transmettre, selon le cas, des pièces à d’autres services. Et puis il ne faut pas oublier la différence qui existe entre la formule “faire connaître” et celle “faire savoir”.
Ses soirées, ses nuits comme son cœur sont solitaires aussi. On ne sait si on doit s’attrister ou si finalement cette vie répétitive lui convient tellement il est prompt à toujours se mettre en retrait. En fait, et cela nous est révélé rapidement, Jean Dézert ne vit que pour les dimanches.
“Le dimanche, c’est toute la vie de Jean Dézert. Il apprécie ce jour que si peu de personnes comprennent. Il ne se fatigue point de parcourir et d’errer le long des grands boulevards.”
On le suit ainsi dans ses déambulations à travers le Paris d’antan, les quartiers fréquentés, les lieux plus secrets, le faste et le discret, tout lui plaît et l’auteur, par sa plume qui n’a l’air de rien pourtant, nous fait partager cet émerveillement de Jean Dézert devant le lumières de la ville.
Et puis arrive Elvire, une toute jeune femme, et Jean Dézert voit poindre puis éclore un sentiment amoureux mais n’est-ce pas trop pour lui ? Cette relation ne va-t-elle pas gâcher une vie si bien rangée, ordonnée ? Jean Dézert peut-il atteindre le bonheur d’une vie de couple ou va-t-il tout droit à la catastrophe, le drame ? L’amour a ses mystères et les femmes bien plus encore…
À l’heure du casse-tête des étrennes, voici un court roman à glisser sous le sapin. Tout y est charmant, simple, joli. La belle désuétude de la plume est enivrante et on se régale de pépites de phrases où évoluent des passés du subjonctif, un lexique devenu obsolète, une grammaire exécutée dans les règles de l’art, au service d’une histoire touchante.
En refermant le livre, s’immisce une certaine tristesse en s’interrogeant sur la part autobiographique du roman. Jean de la Ville de Mirmont était aussi employé d’une grande administration, avait été réformé pour maigreur en 1914 mais avait réussi à être incorporé finalement en septembre pour périr au front deux mois plus tard, laissant encore plus seul l’infortuné Jean Dézert.
Lionel Lagarde avait deux L, comme un oiseau de proie. C’est ainsi qu’il se présentait aux inconnus. De quoi atteindre le ciel en un rien de temps. Il visait la fonction suprême. Élu du peuple. Maire de Montclame, le village qui l’avait vu prendre son envol. Son physique d’enfant mal proportionné tenait plus du handicap que de la simple imperfection. Dégarni avant l’heure, il portait sa casquette de chasse en tous lieux, par tous temps. Il compensait son absence de charisme par une sorte d’agressivité préventive. La peur, entretenue grâce à une perfusion télévisuelle constante, orientait chacune de ses décisions. La peur de l’autre. La peur de manquer. La peur de l’abandon. De la maladie. De la mort. Du mauvais sort. Du mauvais coup.
Après un chapitre inaugural qui ballotte entre gravité et mauvaise blague Yvan Robin nous emmène passer une nuit à Montcalme, village sans charme du Sud-Ouest. Lagarde et quelques autres mecs du cru forment le Comité de vigilance citoyenne, le fusil de chasse en bandoulière ; une bande de médiocres pieds-nickelés sans humour fantasmant à plein tube sur la violence, l’émigration, les impôts, etc. Lagarde est marié à Blanche, on se demande comment d’ailleurs car c’est un vrai connard de collection qui ne mérite pas une once d’affection. La vie de Blanche est réglée par son mari, elle est comme anesthésiée, tout son emploi du temps est immuablement prévu par son mari du réveil au coucher. L’emprise est complète. Parallèlement à l’excursion des branques locaux, on suit Blanche chez elle dans les tâches ménagères et maternelles, elle se prépare à en finir. Ce qu’on sentait venir insidieusement depuis le début est soudainement chamboulé au travers de quelques phrases et le roman prend une toute autre allure. La violence attrape le La fauve, le rythme s’accélère brutalement, les coups tombent comme à Gravelotte.
Un second coup de feu retentit, alors qu’elle venait de franchir le grillage de la propriété, en s’entaillant l’intérieur de la cuisse. Elle courait dans le champ labouré, en se tordant les chevilles. Elle chutait, pleurait, se relevait pour chuter de nouveau une dizaine de mètres plus loin. L’air faisait du feu dans ses bronches. Elle n’était qu’un amas de nerfs, de colère, de douleur. Barbouillée de sang, qui poissait dans son cou et son décolleté. Qui traçait des fleuves et des affluents sur ses jambes.
L’écriture est extrêmement précise et nerveuse, chaque mot paraît méticuleusement choisi. C’est d’autant plus perturbant dans les scènes les plus féroces. Ça peut aussi servir quelques traits d’humour, l’utilisation de noms de marques connues, agaçante au début, se transforme rapidement en outil pour ridiculiser les personnages qui le méritent. L’auteur cherche dans La fauve à venger les femmes que des hommes ont soumises, violentées, assassinées. Peu d’hommes ont grâce à ses yeux, ils ne le méritent pas ; les trois femmes du livre les ont subis, à divers degrés.
Tout comme avec Après nous le délugel’an dernier, Yvan Robin s’empare d’un sujet qui est tristement d’actualité et le fait exploser dans ce court roman.
Un deuxième roman verra le jour en 2022 et ce sera « Une petite société », aussi épatant que le précédent et qui nous intéresse au premier plan. Au début, quand Louise apparaît très longuement, on se demande un instant si on est toujours sur la même histoire tant on part déjà loin à la périphérie. Quelle est l’origine de cette histoire et son axe central, la maison ou Louise ? Avez-vous eu recours à un plan ou êtes-vous partie tête baissée faire leur fête à vos contemporains à partir d’un personnage ou d’un lieu ?
Je ne fais jamais de plan. Le plan voudrait dire qu’on a tout ébauché et qu’il ‘y a plus qu’à remplir. Je sais que certains écrivains travaillent comme ça. Moi pas. L’axe central c’est, je dirais, l’entre-deux pôles. La distance entre la maison Windsor et l’usine O’Connor. Le va et vient que cette disposition impose et où vont s’engouffrer les autres. Une seule pénètrera dans les deux pôles, Michèle Carton. La première apparition de Louise, oui, est très longue, démesurée par rapport aux autres chapitres. J’ai tenté de tronçonner l’épisode, de l’éparpiller, sachant qu’il y avait un déséquilibre entre l’amorce ( fugue de Tom dans le passé ) et l’entame ( épisode Louise qui couvre 27 ans) avant qu’on arrive au présent du récit, la garde à vue de Tom, qui est elle-même l’épilogue des trois chapitres qui suivent. Tout, on va dire, est anormal, dans ce démarrage. Les actions inversées, les temporalités brouillées, les durées inégales. Mais Louise devait rester telle qu’elle était venue. Un bout de roman dans le roman, une séquence, un plan large, (je ne pensais pas, alors, qu’elle reviendrait de manière chronique, comme un scotch dont on ne peut pas se débarrasser façon Haddock). S’il y a plan il se crée au sein de l’écriture, il s’élabore selon des logiques de rythme mais aussi de principes de brouillages narratifs et de répétitions ( dans ce roman une action est vue décrite sous différents angles) . En fil rouge, pour s’y retrouver, des clés, des détails, des repères. Si je ne fais pas de plan je ne pars pas non plus tête baissée. Jamais. Le travail d’écriture est un lieu d’une extrême froideur. C’est, pas marrant, rude, tout étant remis sans cesse en question. J’écris six ou sept heures par jour, pas pour noircir des pages. Chaque jour je relis depuis le début, réécris ce qui est déjà écrit. Reprendre, c’est la partie la plus « plaisante » ( si le mot convient à ce boulot) de l’écriture. Inventer, laisser venir, continuer, c’est ce qu’il y a de pire.
Dans Les abattus, vous dézinguiez une famille bien craignos et dans Une petite société vous flinguez avec beaucoup de justesse les Français moyens. Quelle est votre méthode pour trouver ces petits détails dans nos habitudes, dans nos comportements qui nous accusent, qui nous montrent du doigt, pour révéler notre côté moche ?
Français moyens ? Il y a tout ce qu’on veut dans cette société. Des aristos des grands bourgeois des petits bourgeois des fonctionnaires des employés des cadres riches et des cadres moyens et des commerçants. Ce n’est pas la classe sociale à laquelle ils appartiennent ou dont ils sont issus qui les détermine encore que. Si Michèle Carton et Phil Bullock sont, à l’aune de leurs impeccables familles, des ratés, ils obéissent encore aux lois du milieu qui les a vu naître. Il n’y a, en tout cas, à aucun moment, de rapport de classes (même quand Louise louche du côté des Windsor) et encore moins de lutte de classes. Tout ce petit monde, le nôtre apparemment, mal apparié, est fait de glorioles et de faiblesses, de travers, et c’est vrai que les travers m’intéressent plus que les gloires qui sont admirables quand elles sont paradoxales. Alors comment je fais ? je ne sais pas. J’ai l’œil à ça, l’oreille à ça, tout ce qui détonne me réjouit, leurs failles me rendent les humains un peu plus aimables. Flaubert m’a appris à regarder le détail. Godard à faire le pas de côté qui permet de voir ce qu’on ne verrait pas, frontalement ( Louise). Mais est-ce que ce petit monde est si moche que ça ? Je ne le pense pas. S’il y a lutte, c’est pour voir un peu plus haut que son bout de trottoir, sortir de son coma.
On dit que les auteurs mettent une part d’eux, plus ou moins conséquente, dans leurs personnages. Ne seriez-vous pas un peu Louise sur les bords à imaginer des vies, des travers chez les inconnus que vous croisez ? De manière générale, aimez-vous vos personnages malgré ce que vous leur infligez ?
Évidemment. Je ne suis pas madame Bovary ( la revoilà), je ne suis pas Louise, mais j’ai, comme je viens de le dire, l’œil acerbe et aiguisé. Ayant vécu avec un peintre je me suis aperçue très vite que nous n’avions pas le même rapport visuel au monde. Le sien était rétinien. Le mien bizarrement incapable de capter l’image globale ( d’abord il n’y a que les mots écrits qui m’attirent dans le paysage, sans mots, le monde me serait incompréhensible) mais les détails. Ce qui nous rapprochait c’était ça, qu’on voyait d’un seul coup d’œil et en même temps, le truc qui cloche, et qui nous réjouissait. J’adore deviner parfois ce que font dans la vie les gens qui passent. C’est sûr que je me plante à 100% mais c’est assez jubilatoire. Écouter aussi en douce les conversations. Ce qui ne veut pas dire que je m’en sers après coup . Mais ce qui définit une personne, souvent, ce n’est pas son appareillage psychologico-social, mais la manière dont elle avance et trébuche, la manière qu’elle a de tourner ses phrases. Au théâtre, c’est l’oralité qui prédomine. Ce qui ne veut pas dire, émission verbale. C’est plus que ça. C’est moins ce que je dis que comme je le dis qui va créer un corps donc une action une interaction une scène et une situation et tout au bout un personnage. Encore une fois, je pars à l’envers. Ce n’est pas le personnage qui se crée d’abord, mais sa parole qui constitue un corps puis un personnage qui arrive en fin de course précédé de ses manies, de ses élans et surtout pas de son discours. Le roman n’échappe pas à ce principe que je me suis donné.
Et si j’aime mes personnages ? je n’ai ni à les aimer ni à ne pas les aimer. Je n’ai aucun rapport d’intimité avec eux. Je ne suis pas eux ils ne sont pas moi. Je peux les balayer d’un clic, pas parce que je ne les aime pas, mais parce qu’ils n’ont plus rien à faire dans mes pages. Si le vigile de l’usine et son chien sont là, sans histoire personnelle, c’est qu’ils sont techniquement parlant le repère O’Connor, mais aussi tout panneau indicateur qu’ils soient seront les seuls qui verront la fin de l’histoire. D’autres bénéficient d’extensions ( comme le couple Mona et Stan, leurs amis Morris et la babysitter autrichienne), on ne les reverra pas, mais ils sont les déclencheurs d’un drame qui propulse un des personnages récurrents dans le coma ( autre vie, autre fiction, autre énigme. Il y a à ce propos dans ce livre une chose dont personne ne parle, ce sont les accidents surnaturels qui s’y produisent. Un monde bis. Un monde irréel dans le monde réel. Des soupapes ou des bouches d’aération nécessaires chargées de le vider de sa noirceur ou de le mettre de temps en temps hors sol ).
Je suis étonnée qu’on me dise qu’on a été très attaché au narrateur des Abattus, qui est pour moi le personnage en creux, la silhouette absente, celui à qui il est dur voire impossible de s’identifier. Il faut croire que finalement les personnages échappent à leur destinée de figurants ou de figures non mimétiques pour rejoindre le camp des personnages bon teints. Certains me reprochent un certain cynisme, je me tiens juste à très grande distance, dans l’écriture, de tout ce qui mène au pathos. Et c’est presque mécanique chez moi, quand ça va bien, ça casse, quelquefois c’est une décision, quelquefois un accident d’écriture. Un grand pan ôté qui fait s’aboucher deux fragments qui n’avaient à voir ensemble et qui crée du trouble . Et de la vie aussi. Ecrire c’est ça : moins accumuler qu’ enlever, sacrifier surtout ce qui me semblait bien écrit. Il n’y a pas que les personnages que je maltraite.
Dans Une petite société, on a souvent l’impression d’être avec vous, dans ce génial fatras d’existences bancales. Par certains « emballements » stylistiques, on peut même penser que vous avez pris beaucoup de plaisir. L’acte d’écrire repose t-il chez vous selon un cérémonial bien établi de lieu, de moments dans la journée, de périodes, d’environnement ?
Du plaisir, non. L’écriture n’étant surtout pas un lieu de plaisir. Mais attention, pas de souffrance non plus. C’est juste froid. Le plaisir viendrait à la toute fin, à la relecture, une fois que c’est fait, et que je peux me dire, j’ai pas mal travaillé. Depuis que j’ai commencé à écrire ( une quarantaine d’années maintenant) mes rituels ont peu changé. J’écris tous les jours ( avec des interruptions temporaires, trois ans par exemple, après la mort de ma mère), dans des lieux fixes. En journée. Sur machines à écrire puis Mac, ce qui refroidit pas mal la relation intime qu’on a à l’écriture. Jamais sur papier. Sans notes, pas de carnet avec gribouillages, pas de journal intime. Chez moi exclusivement (les résidences me cassent les pieds et me sont impossibles). Pas dans les trains les avions sur la plage aux terrasses de café. Si en allant faire le marché une phrase sublime me viste, tant mieux, j’essaie de la garder, si en revenant du marché la phrase sublime s’est évaporée, tant pis ou tant mieux, vu que je me méfie du sublime de l’inspiration et de l’inspiration tout court. J’aime bien les bruits familiers de la vie. Quand j’écris. Pas d’enfermement. J’ai chats et chien, donc ça passe et ça vit. Des voisins bruyants. Des voitures ou rien, trois environnements distincts vu que la vie a pu faire que j’aie trois maisons ( donc plus vraiment de raison). Longtemps je n’ai pu écrire qu’à Paris, dans l’atelier de peintre de mon mari. Puis dans mon salon. Lieu de vie. Depuis le Covid et les confinements, réfugiée dans l’Oise, maison de mes parents morts, j’écris de 8 heures à 14 ou 15 heures, sans discontinuer. Et trimballe mon Macbook dans les trois lieux. Chaque lieu ayant sa place définie. Oise, ma chambre( ou le jardin). Paris, mon salon. Loir et Cher, mon canapé devant la cheminée ( ou dehors). J’ai eu un bureau, une chambre de bonne parisienne, deux ans, qui ne m’a servi à rien.
Certains auteurs parlent d’un réel besoin vital d’écrire. En êtes vous ? Curieusement, écrire du Noir, ne serait-il pas pour vous une sorte de défoulement ou de défouloir tant on lit une frénésie très contagieuse chez vous ?
Oui c’est vrai, ce besoin vital d’écrire. Pourquoi est-ce qu’on écrit ? Qu’on s’y remet sans cesse une fois qu’on a fini ? D’où nous vient cette nécessité ? On peut trouver des réponses, qui seraient toutes suspectes. Pourquoi devient-on écrivain ? ou peintre ? ou banquier ? Depuis plus de trente ans j’écris un texte que j’ai nommé provisoirement Enquête et qui cherche d’où m’est venu ce besoin subit, inaltérable d’écrire, sur une plage bretonne en 1977. J’ai des pistes qui valent ce qu’elles valent, mais surtout cette enquête en cours me permet aussi de me situer entre deux voies : ce que je sais et que j’ai vécu ( la vérité ou la mémoire dont je témoigne) , et ce qu’on m’a dit et que je n’ai pas vécu ( le ouï-dire et la rumeur) -résonance évidente avec Une petite société– J’ai choisi la voie du milieu, celle de l’erreur, de la fiction, du mensonge, ce que je ne sais pas mais dont je ferai un réel sonore et vibrant.
Quant au défouloir, non . Écrire c’est tout le contraire du défouloir . Et le Noir n’a rien changé à ma façon d’aborder la fiction, le monde, nous, l’ écrit. J’aborde chaque ouvrage avec la même précision grammaticale et sonore, les mêmes questions et soucis et désir liés plus à la forme qu’au genre mais surtout, depuis le début et en tout, à l’élaboration d’une matière vivante, physique, et qui, je l’espère, respire.
Je m’attache pour le dire vite plus à la ponctuation et à sa désorganisation, à l’ordre et au choix des mots ( leur sonorité), qu’à l’histoire qui se fabrique un peu, du coup, toute seule, et tout ça avec mes doigts (vu que j’écris avec mes doigts) et mes yeux qui sont à peu près aussi mes oreilles.
Quelle serait la B.O idéale pour Une petite société ?
Oh là, aucune idée. Pour Les Abattus, mis en lecture par moi à Théâtre Ouvert avec deux acteurs fétiches, Nicolas Maury et Christophe Brault, j’avais mis bout à bout en continu des BO de films noirs et pas noirs. Pour Une petite société, Lou Reed ? It’s a perfect day ? City life de Steve Reich ?
Et, évidemment la question que j’ai oublié de vous poser…
Qui serait votre auteur Noir préféré ?
Ellroy, qui transgresse et grandement la sphère noire.
Entretien réalisé en octobre 2022 par échange de mails. Un grand merci à Noëlle Renaude pour sa disponibilité et l’intelligence de ses propos.
“Les contreforts du Vercors, abreuvés de soleil et de vent. Une grave lésion cérébrale pousse le capitaine Paul Brunel à retourner sur ses terres natales, racines d’une enfance heureuse. Mais la nature majestueuse cache une ruralité en souffrance. Un paysage de fermes dévastées, des femmes et des hommes acculés jusqu’au point de rupture, l’esprit gangrené par la peur du chaos…
La découverte du corps d’un jeune agriculteur, attaché à des barbelés, fait sortir du bois des criminels déjantés et des complotistes désaxés. Et au milieu, l’ami d’enfance de Paul et sa femme, Elsa, le premier amour du capitaine. Tout autour, la furie des rivières d’eaux vives et le silence des montagnes.”
Le “rural noir “ en écho à l’identique ricain est une forme de noir qui fonctionne bien chez nous. Attention, pour un réussi, combien écrits par des gens qui connaissent de la campagne que ce qu’ils en voient en promenade le weekend ou en séjour sur leurs terres natales prenant parfois l’apparence d’un éden que seul l’auteur est capable de voir, surprenant voire navrant les lecteurs qui vivent la ruralité quotidiennement.
C’est donc un chemin bien risqué qu’emprunte pour son premier roman Alain Choquart. Le nom, si vous êtes un tant soit peu cinéphile, doit éveiller quelque chose en vous puisque le monsieur a une grande carrière de chef op avec notamment dix films avec Bertrand Tavernier puis de réalisateur au cinéma avec Lady Grey et à la tv.
Alors, quand on lit le résumé de l’éditeur, on se dit que ce bouquin sur un flic cabossé qui revient sur ses terres natales et retrouve amis d’enfance et premières amours dans un cadre naturel indompté et inchangé mais dont le peuplement a beaucoup évolué et pas en bien, on l’a déjà lu souvent. Quand se greffe très rapidement un trafic de came d’origine balkanique avec certainement de la violence à venir presto, on a un peu peur d’être saisi d’une très prévisible et encombrante paramnésie. D’accord, Choquart ne fait pas dans l’original et nul ne le lui demande par ailleurs.
Cependant ce roman possède quelques atouts solides. Tout d’abord la plume, dans les descriptions est souvent très juste, donnant de belles images du Vercors, ses reliefs, sa flore et sa faune avec un petit abus sur les oiseaux à des moments parfois incongrus, un peu comme chez Sallis.
Ensuite, le rythme proposé est celui d’un bon thriller, bien cadencé, avec des scènes d’action parfois assez éprouvantes, des rebondissements crédibles, une dramatisation très au point. Ensuite, on ne peut nier un réel talent pour proposer des scènes très cinématographiques (normal direz-vous), qui marquent par leur décorum très élaboré pour inspirer, visualiser une horreur bien présente pendant tout le roman.
Enfin, Alain Choquart prend bien soin de l’humain, racontant les difficultés de vivre en zone isolée de nos jours, des choix difficiles à faire pour tenir, des franchissements de ligne dangereux.
Bref, très classique, ce premier roman d’Alain Choquart se distingue néanmoins par un rythme tendu qui s’avère entraînant et on espère une suite qui gommera sûrement certains clichés initiaux. C’est tout le mal qu’on souhaite à Cette terre que je croyais mienne, bien mal aidée dès le départ par une couverture, dirons-nous, peu engageante.
Berlin, été 1932. Les nazis sont aux portes du pouvoir, les SA installent un climat de terreur dans la population allemande, les persécutions contre les juifs et les batailles rangées avec les communistes sont quotidiennes, les assassinats politiques sont si nombreux, que la presse n’a plus le temps de suivre. Comme si ça ne suffisait pas, des assassins terrorisent les Berlinois.
On entrevoyait dans l’ombre des silhouettes souvent à moitié nues au seuil des bordels, on saisissait des rires, des plaintes et des cris de peur ou de plaisir, parfois l’écho de détonations, suivi de temps en temps par des coups de sifflet. Berlin semblait vibrer dans la torpeur estivale comme un paysage tremble dans une vapeur d’incendie. Et ces brefs voyages en voiture, qui leur faisaient fendre sans encombre cette épaisse atmosphère de menace permanente, étaient les seuls moments où la tension qui régnait dans la métropole prenait quelque chose de grisant, presque vertigineux. Le goût du danger. L’excitation d’y échapper par la vitesse. La présence de Willy tenant fermement le volant, les yeux fixés aussi loin que possible pour déceler d’éventuels barrages installés par les schupos ou par les SA afin de coincer des communistes, des juifs ou des miliciens des partis centristes et sociaux-démocrates.
Elle regretterait Willy, lorsqu’elle aurait quitté Berlin et l’Allemagne.
La jeune et bien prude Adele termine les corrections du Sozialistische Arbeiter Zeitung pour lequel elle travaille avant d’être raccompagnée chez elle par Willy, jeune sourd-muet soigneur au zoo de Tiergarten. Arrivés au 7 Parochialstrasse, devant l’horlogerie paternelle, ils découvrent une indescriptible scène de bagarre mêlant SA, policiers, voisins et gangsters locaux. Son père, ancien combattant et juif, vient d’être arrêté pour le meurtre plus ou moins rituel d’un jeune SS. Et on lui en colle un paquet d’autres sur le dos avant même qu’il ait repris sa respiration. Entre en scène la savoureuse Frau Kolt, logeuse d’Adele et de son père, boxeuse, boiteuse, lesbienne et rompue aux arts divinatoires, ancienne légende du Berlin nocturne et détective à ses heures. C’est dans son appartement digne du cabinet de curiosités qu’Adele trouve refuge, les nazis berlinois rêvant de la pendre.
On va suivre ce curieux couple enquêter dans les sphères berlinoises, où la droite nationaliste catholique, les anciens malfrats rhabillés en guignols SS ou SA, la vieille police prussienne de l’Alex, les milieux ésotériques adeptes de vieilles légendes, les amateurs d’histoires macabres et de magie noire se mélangent selon les intérêts croisés des uns et des autres.
Après une poursuite dans la ville, Nicolas Texier, insére à son histoire une dimension plus fantastique. Que dissimule la sombre demeure de Frau Kolt ? Qui est donc l’invisible Lotte von Sommer ? Et l’alchimiste Sandor Hrabal, surgissant d’un lointain passé ? Quel être se terrait aux côtés d’Adele et Willy alors qu’ils se cachaient dans les loges du Kleines Theater ?
Le vieux bâtiment à colombages du 7 Parochialstrasse est rempli de grimoires, de passages secrets, de bruits de pas, de gémissements, de voix, de pleurs, qui remettent en mémoire le « Malpertuis » de Jean Ray. Ses locataires sont tous plus ou moins détraqués, possédés. Que se passe t-il dans cette vieille bicoque ? Quelle est l’influence de ces vieux murs humides sur les habitants ?
« Enfin bref, j’ai su que la sortie de ce tunnel de longs jours vides et de nuits désolées, dont je tentais de m’extraire en risquant ma mâchoire sur les rings, que cette sortie était en vue, et brillait d’une si jolie lumière ! Et Lotte, de son côté, s’est tout de suite persuadée qu’au 7 résidait la preuve. La solution, tu comprends ? »
Avec L’ombre à Berlin , Nicolas Texier livre un bel hommage à la littérature populaire : aventures, amour, magie, enquête, mystères, aucun genre n’est oublié. Il nous fait également le portrait d’une ville prise dans une histoire tempétueuse en la parcourant de long en large à pied, en métro ou en voiture ; on passe ainsi par des lieux bien connus, l’Alex où siège la police, Unter Den Linden, ou d’autres plus originaux, le cimetière des suicidés de Grunewald-Forst, une crypte dédiée à Wotan.
Pour ajouter encore un peu de plaisir à la lecture du roman, l’éditeur a eu la bonne idée d’ajouter en guise d’apéritif quelques pages d’illustrations couleurs pleine page de Melchior Ascaride qui signe aussi la couverture.
L’écriture plutôt classique est mise au service d’une histoire bien ficelée, avec des personnages attachants, et d’autres franchement repoussants. Voici un roman sans temps mort, dont le rythme jamais ne s’essouffle, qui reprend quelques codes feuilletonesques et n’a aucune difficulté à provoquer de nombreux rebondissements ou à susciter l’effroi, que ce soit en vendant son âme ou tirant à coup de pistolet-mitrailleur.
Il faut déposer un peu de rationalité au vestiaire, se laisser prendre au jeu des âmes fuyantes et des fantômes, du légendaire commerce avec le diable, des vieilles mythologies germaniques et des nazis attifés en sorciers. Tout cela est bien dosé par l’auteur, et le texte ne se transforme pas en fourre-tout illisible. Finalement, les fantômes du texte sont un peu comme les nôtres, ceux que l’on a perdus et que l’on choisit de garder près de soi.
La disparition de Bertrand Tavernier le 25 mars 2021 semblait annoncer la fin de la collection L’ouest, le vrai chez Actes Sud. Il en était le directeur passionné, apôtre de la réhabilitation du western littéraire. C’est donc une joie de découvrir que Bertrand Tavernier a eu le temps de transmettre le flambeau. Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière de Lyon, cadre ainsi la publication de ce texte inédit de William Riley Burnett (auteur phare de la collection L’Ouest, chroniqué déjà par Nyctalopes) en rédigeant la postface de L’escadron noir.
Grâce à son oncle, le jeune Johnny Seton va pouvoir entrer dans le cabinet de l’influent avocat Jim Wade. A la clé une situation, et la respectabilité aux yeux des McCloud, dont il convoite la fille, Mary. Mais c’est sans compter sur Polk Cantrell. Redouté dans plus de six comtés, l’homme, qui se cache des Missouriens depuis qu’il a tiré sur un shérif pro-esclavagiste, est venu se réfugier à Pleasant Hill, Ohio. Le cœur de Mary ne tarde pas à balancer, déclenchant l’engrenage d’un duel sans merci.
Que ceux qui ont déjà regardé le western de Walsh (avec John Wayne, Claire Trevor, Walter Pidgeon et Roy Rogers) ne s’attendent pas à retrouver une histoire semblable dans le roman de Burnett. Le scénario a pris beaucoup de liberté par rapport à son socle d’origine. Pour un résultat mitigé car le film ne figure pas au firmament de l’œuvre de Walsh. Mais le scénario n’est pas seul en cause.
Quand Burnett écrit L’escadron noir en 1938, il est en pleine maîtrise de son style, une prose sèche et pourtant généreuse en informations, qu’il a exercé dans le genre policier. Car Burnett est avant tout un romancier de la pègre et des trafics, expert des personnages à plusieurs facettes. C’est ce que nous découvrons avec John Seton, Mary et Polk Cantrell, engagés très vite dans un classique triangle amoureux dans une tranquille ville de l’Ohio du milieu du XIXe siècle. Le premier est un peu naïf, la deuxième versatile, le troisième dégage une aura trouble. La fille de bonne famille se fait la belle avec le bad boy et John Seton a un gros chagrin d’amour. On pourrait résumer ainsi le premier quart du roman et se dire qu’on attendait autre chose qu’une western romance.
Mais Burnett a planté les graines d’un drame sanglant en rattachant son roman aux troubles années 1850. La question esclavagiste divise en effet l’Amérique jusque dans son expansion vers l’ouest. Les nouveaux territoires (Kansas, Nebraska) doivent-ils se rapprocher des législations sudistes ou les rejeter ? Sur le terrain, pros et antis se disputent, se battent, s’assassinent. Les organisation ou milices Red Legs, Jayhawkers, Bushwackers lancent des raids contre leurs adversaires, brûlent leurs propriétés, pendent ou flinguent à tout va. C’est une véritable guerre civile. Le célèbre John Brown lui-même y participe. Elle perdurera dans la région pendant le conflit officiel de la Guerre de Sécession et explosera en massacres de sinistre mémoire. Pour Burnett, il n’y a pas matière à philosopher. Cet arrière-fond historique apporte une dynamique à son récit très local, influence ses personnages et, bien sûr, alimente le caractère dramatique des événements vécus à hauteur d’homme.
N’ayant pas renoncé à Mary, John Seton s’installe dans le Kansas, dans la même ville que les nouveaux mariés. L’affrontement avec Polk Cantrell est inévitable. Il s’aggrave du désaveu électoral qui est infligé à l’ambitieux Cantrell. Vexé, celui-ci rallie les Bushwackers pour se venger de la communauté dont Seton devient un membre honorable. Tandis qu’il essaie de séduire Mary, toujours sceptique sur son caractère, Seton s’étoffe physiquement et moralement dans sa nouvelle vie. Il paraît toujours un cran au-dessous de son rival, retors et rancunier, pistolero sans scrupules. Dans le grand final d’une chevauchée sanglante, emblématique des troubles de cette époque, leur rivalité devra se régler une fois pour toute. Pour le vainqueur, peut-être, une Mary séduite.
Un western aux approches sentimentales et psychologiques (avec un héros un peu barbant) qui libère finalement l’intensité et la brutalité de son genre.
Noëlle Renaude est venue récemment au Noir. La dramaturge reconnue a tout explosé, fusillé en l’espace de deux romans: « Les abattus » en 2020 puis « Une petite société » cette année. Comme à chaque fois qu’un roman nous a séduits particulièrement, on a tenté de joindre la dame… qui s’est gentiment prêtée à l’exercice de l’entretien par mail. Nous vous proposons ce passionnant moment récent en deux parties, une première sur son impressionnant parcours littéraire avant Rivages et une très belle suite le weekend prochain.
Avec “Une petite société” et “Les abattus”, vous avez fait une entrée très remarquée dans l’univers du Noir français. Votre distinction de Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres obtenue en 2021, indique que vous avez une très longue carrière littéraire, mais pouvons-nous savoir, au préalable, un tout peu plus sur la femme Noëlle Renaude ?
La femme est née au milieu (pile ) du vingtième siècle, quelques heures avant Noël, ce qui n’aurait eu, disaient mes parents, aucune incidence sur mon prénom choisi au hasard du calendrier. J’ai un frère, trois ans de plus que moi, qui est à l’école des Métiers d’Art ( qui n’existe plus, devenue le Musée Picasso) et m’initie au jazz. Parisienne j’ai vécu et vis à Paris. Bac en 68. Histoire de l’Art à Paris X Nanterre. Puis Langues O ( langue et littérature japonaises). Je rencontre à l’âge de 22 ans celui avec qui je vais vivre jusqu’à son suicide en 2013, Pierre-Marie Ziegler, peintre. Nous avons un fils, Julien Ziegler, peintre. J’aime Paris mais surtout la campagne. Vacances d’été en Normandie, plages du débarquement, côté paternel et Vexin côté maternel. Normands pur souche depuis le XVème siècle, et donc sans doute au-delà des ténèbres administratives. Je me sens plus rurale que citadine. On m’a appris à marcher, à arpenter, à faire front, à faire confiance à mes pieds, à dire non, je fais de la gym, je fais du vélo depuis toujours, je dors bien, j’adore le bon air et les vaches, ce qui semble suspect aux adorateurs d’oreille coupée. Je surmonte, je crois, les épreuves, les deuils surtout, comme on me l’a montré. Continuer vaille que vaille. Et j’écris. Entre Paris au pied de Montmartre, bord d’Oise ( maison de mes parents), Loir-et-Cher ( ancienne ferme très symbolique achetée en 92 par mon mari et moi au cœur des champs).
Cette distinction de commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres récompense une vie dans la littérature mais dans un cadre que l’on connaît beaucoup moins chez Nyctalopes et peut-être, sûrement, qu’il serait mieux que vous nous parliez vous-même de votre carrière de dramaturge ?
Dès que j’ai commencé à écrire j’ai écrit du, pour le théâtre, sans savoir ce que c’était. J’y allais depuis l’âge de 12 ans, Jean Vilar et TNP. Mais ça ne me disait pas, cette fréquentation des théâtres, comment ça fonctionne. J’ai trouvé dans cette énigme une matière réfractaire qui m’a jetée dans l’écriture. Dédaignant tous les modèles, j’ai rassemblé cinéma, poésie, roman et le trou béant de la scène pour en faire pendant trente ans un chantier permanent de questions dramaturgiques, de démontage dramaturgique, de nettoyage radical des conventions. Ne pas obéir à la règle n’a pas été un choix de rébellion débile mais une nécessité vitale pour essayer de voir jusqu’où ça fera encore et toujours du théâtre. L’écriture a tout fait, tout malmené, tout manipulé, tout déglingué. Et ça m’a valu cette médaille de Commandeur des Arts et Lettres, que je partage, dans mon domaine, avec trois morts, Pagnol, Obaldia et Vinaver. Je dois dire que je n’en suis pas revenue et n’en reviens toujours pas. Il faut croire donc que dans l’ombre des ministères et des cabinets et de l’institution certains veilleurs ont vu la taupe que je suis, d’une certaine façon, avancer sans aucun compromis. Je sors tout de même à heures fixes pour voir à quoi ça ressemble là-haut. Il faut dire aussi qu’à la sortie de mes études inachevées ( pour cause de béatitude amoureuse et pétards) j’ai écrit des articles sérieux et théoriques sur l’art contemporain , puis sur le théâtre, dans des revues sérieuses et théoriques. J’avais, quand je me suis lancée dans le théâtre, des outils de réflexion que j’ai mixés à Bonne Soirée, dans la foulée, ce qui a créé une sorte de singularité qu’on me reconnaît, et qui pour résumer serait : mettre ensemble ce qui ne va surtout pas ensemble.
Bien sûr, c’est une question toute simple, bateau, mais quand et pourquoi avez-vous commencé à écrire ?
J’ai vingt-sept ans. Cela fait cinq ans que je vis avec un peintre, qui a le même âge que moi. J’ai lu Proust, tout, plusieurs fois. Je ne sais pas encore ce que je veux faire. On m’a dit, tu as le droit de te tromper. Je fais des petits boulots. Je donne des cours de français à des diplomates japonais. Je traduis une nouvelle de Oé Kenzaburo. Je ne sais pas écrire. Ça se voit. J’aurais dû faire lettres mais je ne veux pas être prof. Bref au retour de vacances en Bretagne, à regarder la mer, à ressasser Proust, à regarder mon peintre peindre et à tenter de peindre moi aussi, j’achète un cahier, un crayon et une gomme et je me jette dans des « régurgitations proustiennes », puis des nouvelles, un début de roman, c’est mauvais, un ami comédien a une idée, un monologue, je me dis, ça doit être facile ça un monologue, et j’entre dans la matière réfractaire, la parole dans un corps sur une scène, qui me résiste, mais c’est moi surtout qui résiste. J’abandonne la voie royale du roman. Je me contenterai pendant trente ans de la marche juste en dessous. Puis arrive Bonne Soirée. Petit boulot comme un autre. On me donne des romans, polars et sentimentaux , à condenser. Les réduire, tous à 40 ( polars) ou 120 ( sentimentaux ) pages.
Quand je vous ai rencontrée brièvement à “Noir sur la ville” l’an dernier, vous m’aviez dit que vous ne saviez pas ce que c’était que le Noir, et on sait tous les deux que c’est faux, pourriez-vous nous raconter cette drôle d’expérience avec le magazine Bonne Soirée ?
C’est vrai, je ne savais pas ce que c’était que le roman noir, en tout cas qu’il y avait une différence entre policier et noir. Bonne Soirée m’a ouvert une drôle de porte. Privée de mes diplomates et de mes cours, je passe l’examen de correcteur ( décerné exclusivement par CGT du Livre à la Bourse du travail, pas une blague), j’envoie des lettres à différents éditeurs pour trouver du boulot, ( qui me refusent ou ne répondent pas) dont une aux éditions Dupuis à Bruxelles, éditeur de BD mais aussi, et je l’ignore, du magazine Bonne Soirée, revue de lecture de divertissement. On me répond et on m’offre de faire ce « digest » de romans déjà publiés. Je fais ça pendant quelques années. A force de cisailler du sentimental à la pelle pour BS d’un côté, de fournir des articles théoriques d’un autre et de patauger au centre dans mon écriture personnelle ( dix ans d’apprentissage), je rassemble les termes de la parenthèses et je suis en 87, publiée par Théâtre Ouvert ( temple de l’écriture dramatique contemporaine ) puis par mon éditeur historique Théâtrales ( autre temple de l’écriture contemporaine) tout de suite après. Juste à ce moment, Bonne Soirée me propose, ( vous gagnerez un peu plus) de ne plus condenser de romans mais d’en écrire. Ce que je vais faire de 87 à 97, à raison d’un ou de deux romans par mois tapés sur machine mécanique, donc pas de repentirs, de corrections, trop de papier à ne pas gaspiller, on y va d’un seul jet, sentimental et polar, deux jours maximum. J’en ai écrit près d’une centaine. Sous une dizaine de pseudos. Les polars étaient plus courts. Il fallait être efficace. On ne me demandait pas non plus de renouveler le genre mais j’ai tenté de le faire, avec mes moyens. Que l’intrigue flanche, pas grave, l’écriture compense et assume. C’est là, je crois, que j’ai véritablement appris à écrire, à faire des choix, à comprendre que les intrigues valent moins que les phrases et leurs mouvements. Ces romans « alimentaires » je les ai écrits avec la même visée que le reste, ne pas donner de la soupe à ceux ou celles qui les liront, ne pas obéir au dogme de la fin heureuse, ne pas présumer de ce que voudraient les lecteurs, même chose pour les spectateurs, je ne leur donne pas ce que j’estime qu’ils veulent, je ne vais pas vers eux, c’est à eux de venir vers moi, s’ils y viennent tant mieux, sinon tant pis. C’est une règle que j’ai appliquée pour tout. Faire passer l’écriture avant tout le reste. Parce que pour le reste, au fond, je le voyais bien avec Bonne Soirée, toutes les intrigues se valent. Ne les distingue que l’écriture qui les malmène ou les sublime. Un dessin de Sempé génial montre un pauvre auteur qui a apporté à un éditeur son énorme manuscrit, l’éditeur rigole, vous croyez que j’ai le temps de lire ça ? élaguez et revenez. Le type revient, il en reste la moitié, même chose, pas le temps, élaguez, et ça dure et ça dure, le pauvre type revient avec une feuille, l’éditeur lui dit, pas le temps dites-moi de quoi il s’agit, et l’auteur dit, voilà c’est une femme qui s’ennuie. Ah non madame Bovary on a déjà.
Venons-en à vos deux romans chez Rivages, quelle est l’origine de ce projet ? Qu’est-ce qui vous a fait entrer dans le Noir ?
C’est tout simple. Valentin Baillehache, éditeur chez Rivages Noir, veut renouveler son panel d’auteurs noirs. Encore étudiant en Lettres à la Sorbonne il a fait un stage aux éditions Théâtrales puis la vie passe. En 2018, il me contacte, me demande si ça m’intéresse d’écrire un roman noir pour Rivages, il me dit qu’il m’a lue à 20 ans et n’a rien compris. Je saute sur l’offre, sur la commande. J’en ai marre du théâtre. Mes derniers textes ont tout l’air de romans, de récits, même s’ils sont cisaillés d’oralité, et toujours publiés et destinés à la scène. Mais fidèle et loyale je m’entête à dire, je ne vais pas basculer dans le roman puisque mon théâtre c’est du roman. Valentin me précise, un roman noir, pas un polar. Je me balade sur Google. J’apprends que le roman noir c’est social, que le polar c’est une enquête, que Zola pourrait être le premier auteur noir. Et j’attaque Les Abattus, sans savoir comment m’y prendre, un peu comme je l’ai fait pour le théâtre. Or j’ai, quand même, de la bouteille. Côté écriture. Histoire de me rassurer je décide de partir de zéro : je suis né etc etc et d’aller ainsi de cahots en traits sociaux tout au long de la vie de ce narrateur sans nom, comme le monologue théâtral d’un type qui raconte sa vie de sa naissance à sa mort. Et inévitablement, ça m’a vite cassé les pieds, le narrateur, je n’en pouvais plus, donc je casse le récit, fais disparaître le bonhomme, et reprends les rênes du récit, sans qu’on s’aperçoive tout de suite de la supercherie, c’est comme ça que j’avance, jamais en lignes droites, je n’arrive pas à les tenir. En randonnée, à la montagne, c’est la même chose, je dévie sans cesse pour explorer d’autres pistes. En écrivant Les Abattus, j’étais cernée par la commande Noir. M’en suis débrouillée avec la panoplie du Noir et du polar : du social, des drames, des meurtres, des flics, de la noirceur. Aucun texte précédent, destiné au théâtre, n’a de toutes façons échappé à la noirceur. C’est comme un tic chez moi. Je suis incapable de pousser les choses dans un sens d’optimisme général ou de rédemption finale. Pas de morale. Pas de jugement. Un regard de biais. Et de la vaillance, parce qu’il en faut. C’est passé, avec Valentin, après quelques heurts de passage sur des questions de ponctuation, de phrasé, d’oralité planquée. Rien sur l’intrigue et ses développements. On se frite plus sur l’écriture et ses dispositifs Au moment des corrections, je m’aperçois que mon éditeur récalcitrant ( un peu seulement parce que je peux lui dire merci) est devenu plus renaudien que moi.
Récidive en 2020. Un deuxième livre sera le bienvenu. Je me sens déjà un peu plus détachée du genre. Je m’en fous, en réalité, du genre, je n’ai toujours fait que ça, me foutre des genres.
James Keene avait tout pour réussir. Fils d’une famille influente de la banlieue de Chicago, star de l’équipe de football, fêtard invétéré aux revenus confortables, sa trajectoire semble auréolée de succès. Mais en 1996, ce joli mensonge s’écroule : James est jugé pour trafic de drogue et condamné à dix ans de prison. Le FBI lui propose alors un deal complètement fou : sa peine sera annulée s’il aide les fédéraux à piéger un serial killer, Larry Hall. Soupçonné d’une vingtaine d’assassinats, le tueur a été inculpé pour un seul d’entre eux lors d’un procès qui risque fort d’être révisé en appel. Et son intelligence est redoutable. La mission de James ? Amener Larry Hall à se confesser pour le faire tomber, définitivement.
Encore du true crime, toujours du true crime. Cette insatiable curiosité qui nous pousse à fouiner dans le sordide. Mais pourquoi ? Mieux vaut ne pas répondre à cette question. On en redemande. J’en redemande. Ce Black Bird, publié chez Sonatine, m’a fait envie, surtout après la claque que fut le American Predatorde Maureen Callahan, également paru chez Sonatine l’année dernière. Et puis Black Bird c’est aussi une série télévisée sortie cette année, avec Ray Liotta dans ce qui sera l’un de ses derniers rôles. Dennis Lehane, qu’on ne présente plus, figure aussi au générique. Pas vu. Pas encore. Mais ce sera fait. Un jour. En attendant, revenons en au livre.
Il y a deux histoires dans Black Bird. On peut même dire trois. Mais on s’attend à n’en lire qu’une. C’est avant tout un bouquin autour de Larry Hall, le tueur, qu’on attend. Que j’attendais. Sauf qu’il y a aussi celle de James Keene. James Keene qui est supposé, en quelque sorte, nous mener à l’histoire de Larry Hall mais qui nous raconte surtout la sienne. Keene a un égo un peu imposant. Il aime se mettre en avant. Il est un ancien trafiquant de drogue qui trouve moult prétextes pour se dédouaner de ses crimes passés. Un bon sportif. Un beau gosse. Un bagarreur redoutable. Un fils trop attentionné. Ok. Soit. Je ne suis pas certain que cela nous intéresse vraiment et c’est beaucoup de pages qui y sont consacrées. Il est aussi bon dans le relationnel, ce qui lui vaudra ce deal, cette mission. Un autre prétexte pour nous parler de lui. A cela s’ajoute une troisième histoire, si l’on veut. Ou plutôt une large part de contexte, sur le système carcéral et judiciaire américain, ainsi que sur les tueurs en série en général, et bien entendu sur l’enquête. Tout ça dans un bouquin pas bien long. Vous faites donc erreur si vous vous attendez à un bouquin essentiellement centré autour de Larry Hall. Et je pense que nos auteurs, aussi, ont fait erreur.
A la multiplicité des récits, s’ajoute la multiplicité des points de vue. Nos auteurs sont supposément deux : Hillel Levin et James Keene. On présume que James Keene a surtout écrit sur ce qui le concerne directement. Si tel est le cas, cela veut dire que Keene écrit sur lui à la troisième personne du singulier. Si tel n’est pas le cas, quel a vraiment été le rôle de Keene dans la conception de ce livre ? Ça non plus, ça n’est pas clair. On s’y perd un peu. Il faut en convenir, l’ensemble est un peu confus et désorganisé. Néanmoins, malgré ces quelques critiques, Black Bird forme un tout qui n’est pas inintéressant et qui reste prenant. Sa force est son intrigue. Ce deal confié à Keene. Le lecteur demeure dans l’attente de savoir si celui-ci va réussir, ce qui suffit à parcourir ces pages avec intérêt.
Résumons. James Keene est un personnage un peu trop envahissant mais avec lequel il faut composer dans ce récit. On s’en accommode, tant bien que mal. Larry Hall est un tueur que l’on soupçonne du meurtre d’une cinquantaine de femmes et qui à ce jour en a reconnu 39. Un bon candidat pour n’importe quel type de livre. Mélangez tout cela et vous avez tous les ingrédients d’un bouquin qu’on lira de toute façon jusqu’à la fin. Juste pour savoir. Est-ce un livre dont on se souviendra ? Pas vraiment. Black Bird est prometteur mais maladroit. Il aurait pu être mauvais, mais il aurait aussi pu être bon. J’en garde une impression mitigée mais pas déplaisante. Les amateurs de true crime y trouveront certainement leur compte. Les pinailleurs, tels que moi, peut-être moins.
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