En le suivant depuis son arrivée dans les librairies françaises, on pensait, vraiment à tort, connaître, au moins en partie, l’univers de Donal Ryan. Des histoires simples de gens ordinaires comme Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe dans la difficulté ou déjà dans la marge, sans misérabilisme, avec beaucoup de respect, d’une compassion jamais surjouée avec une faculté impressionnante à conter d’une manière somme toute très banale, pudiquement mais souvent assassine pour le lecteur.
On attendait, on espérait fortement Strange Flowers, son roman sorti en Irlande en 2020 voire le dernier de 2022 The Queen of Dirt Island et puis finalement on découvre Soleil oblique et autres histoires irlandaises daté de 2015, un recueil de vingt nouvelles n’excédant que très rarement la dizaine de pages. Alors on connaît le couplet sur les lecteurs français qui goûtent peu la nouvelle mais je sais très bien que tous ceux qui ont un jour pénétré l’univers de Donal Ryan y retourneront les yeux fermés.
Si on s’arrête sur le titre, Soleil oblique est la dernière histoire du recueil, découvrez l’émotion et l’horreur qui s’en dégagent pour savoir si vous serez capables d’appréhender la peine en totalité. Et autres histoires irlandaises semble très réducteur car on est très loin du microcosme irlandais et d’une celtitude fantasmée très barbante et autres biniouseries très à la mode par chez nous, c’est beaucoup plus universel. Les gens que raconte Donal Ryan, on les croise tous les jours aussi ici, on tourne juste un peu la tête pour ne pas savoir, pour ne pas voir mais ils sont présents parmi nous. Ryan nous montre leurs failles, leurs malheurs, leur déchéance, leurs regrets, leur noyade, leur ignominie, leur cruauté aussi, rien n’est épargné, rien n’est faussé, aucun manichéisme juste la manifestation du malheur, quel qu’il soit, subi ou volontaire, parfois, mais juste parfois, atténué par un trait d’humour prouvant une fois de plus, s’il le fallait, la noblesse de l’auteur, le respect pour ces êtres et ses lecteurs.
Méfiez-vous de la couverture très belle mais qui vous donne une idée bien fausse de la réalité du bouquin.
Ces vingt nouvelles sont toutes écrites, sauf une, à la première personne, créant rapidement une promiscuité avec les personnages, une intimité avec leur mouise ou leurs dérives qui pourra s’avérer très douloureuse voire gênante quand vous comprendrez, par petites touches, la réalité des êtres pas tous recommandables. Elles se déroulent principalement en Irlande mais on voyage aussi vers le drame syrien comme dans Par une mer basse et tranquilleet même jusqu’à Kinshasa.
Alors, toutes ne vous émouvront pas de la même façon, selon votre humeur, votre vie, votre histoire mais sûr que certaines vous seront très douloureuses. Il est vraisemblablement très difficile de les lire à la suite, l’émotion vous étreint trop durablement et de manière, ma foi, souvent insupportable. J’ai été obligé de prendre un autre ouvrage pour me changer les idées. J’ai été plombé par Soleil oblique, détruit par un tout petit passage vraiment anecdotique dans Le peloton, choqué par Nephtys et l’alouette, horrifié par Départ en retraite, gêné par La passion, ému aux larmes par Bleu roi, ébloui par Grace…
“Le monde est rempli de mots que personne n’a envie d’entendre.”
Donal Ryan les dit avec talent et c’est aussi douloureux que frappant et imparable.
Les exégètes et les lecteurs qui le suivent depuis longtemps savent que dans l’oeuvre fabuleuse de Pierre Pelot, le western tient une place tout à fait particulière. C’est même le genre de prédilection de ses débuts littéraires. Entre 1966 et 1982, Pierre Pelot a écrit pas loin de 40 textes se rattachant au western, notamment une conséquente série avec un personnage principal, Dylan Starck, un métis franco-indien né dans le Sud des Etats-Unis. 2023 nous apprend qu’il n’avait pas tout à fait renoncé à ses premières inspirations.
La fin de la guerre de Sécession vient tout juste d’être signée. Une bande de pillards commandés par Captain Sangre de Cristo et une sorcière sanguinaire surnommée Mother débarquent dans la vallée d’Ozark, en Arkansas. Ils s’installent dans la ferme des McEwen, massacrant les parents et la plus jeune des quatre filles de la famille, avant de poursuivre leur chevauchée meurtrière.Les trois soeurs survivantes n’auront de cesse de traquer cette horde pour se venger. Par monts et par vaux, au hasard de la reconstruction du Sud, elles vont finir par former une bande de femmes hors la loi à la recherche de ceux – tous ceux – qui ont détruit leur vie…
En fin connaisseur des Etats-Unis, Pierre Pelot a choisi une bonne tourbe historique comme le terrain de son roman. Dans la région des Ozarks, Arkansas, la guerre de Sécession ne s’est jamais incarnée en batailles rangées ou boucheries à grande échelle. Pour ainsi dire, la contrée a même été épargnée par les bandes de franc-tireurs et de soudards antagonistes, Jaywalkers, Bushwackers ou Red Legs, qui ont éreinté le Missouri et le Kansas voisins, au nord, par leurs actions de guérilla et leurs raids sanglants dirigés principalement vers les civils supposés être du mauvais bord. Et puis un jour, qui devrait être celui de la paix à peine signée, tout change. Une bande de massacreurs aux bords de la folie passe par la propriété de la famille McEwen pour égorger, violer, piller et incendier. La vie des trois filles McEwen survivantes bascule dans un noir cauchemar. La défaite véritable, ce serait d’accepter leur sort injuste. S’il leur reste quelque chose à vivre, puisque plus rien ne fait sens, ce sera la vengeance.
Pierre Pelot est un horticulteur. Il sait faire éclore avec constance les plus belles fleurs de son écriture dans ses descriptions ou ses scènes d’action, très vives, avec un registre qui peut passer du cru au presque précieux par moment. Il n’y a pas de roses sans la caresse d’une épine. Les pétales sont ici d’un rouge puissant. Le roman déchaîne une violence échevelée, qui laisse pantois. Ça mitraille, ça sabre, ça égorge, ça éventre sur un rythme enlevé. Et cela n’est pas l’apanage unique des hommes. Les femmes y ont leur part. Leur innocence, leur jeunesse, leurs espérances bafouées, les sœur McEwen, Enéa en cavalière de tête, vont se montrer sans concession. Leur adversaire est d’envergure inhabituelle. C’est l’époque des hommes pour lesquels le meurtre est aussi banal et quotidien que de chier dans les bois. Mais ils sont assortis là d’une illuminée adepte du sacrifice humain.
Les sœurs McEwen vont constituer en chemin un escadron femelle déterminé en incorporant dans leurs rangs des putains malmenées par la colonne des pillards. C’est aussi un aspect fort de ce roman, une révolte de femmes contre un destin tragique, contre un statut d’humiliée. Des femmes vont prendre leur vie entre leurs mains et laver leurs humiliations dans le sang. Bien que hors-la-loi, elles vont redonner une âme et une dignité à toute une communauté martyrisée par la guerre et la folie des hommes.
A la différence de leurs adversaires maléfiques, elles cherchent ainsi une paix de l’esprit et un rééquilibrage de leur monde sens dessus dessous. Et après ? Elles ne veulent pas y penser. Les rêves d’amour, de mariage, de vie familiale heureuse d’Enéa sont peut-être définitivement morts avec la lame de sabre qui lui est entrée dans la joue et l’image imprimée sur sa rétine de ses proches suppliciés. La guerre qui s’achèvait, c’était la promesse du retour de l’être aimé, le fils des voisins Starck. Leur vie ne sera plus jamais la même.
Pierre Pelot avait bien entendu toute la légitimité et toutes les munitions pour s’aventurer (à nouveau) sur les territoires du Old West. Loin en amont du ciel rejoint sans conteste les étoiles du western littéraire de fabrique européenne. Elles ne sont pas si nombreuses. Nous avions – chaudement – chroniqué le dyptique de l’Irlandais Sebastian Barry dans nos colonnes. En voici une autre.
Sauvage, cruel, émouvant. Et une magnifique cavalière sur le dos de La Noire.
Décidément, l’Italie noire a le vent en poupe. Après les excellents Péché mortel de Carlo Lucarelli et Ce n’est que le début de Valerio Varesi, voire l’exposition de la littérature transalpine sous les feux de la rampe du tout récent Festival du livre deParis, c’est au tour de Corrado Fortuna d’immiscer son Dernier loup dans le sillage d’un filon dont les gemmes séduisent. Déjà responsable d’un Un giorno sarai un posto bellissimo en 2014, passé sous les radars français, le Sicilien repart aujourd’hui sur les sentiers escarpés de ses terres natales. Acteur (brièvement aperçu jusque dans les ruelles du To Rome With Love de Woody Allen), réalisateur de clips et documentaires, il sera cette fois spectateur et auteur d’un huis clos étouffant au cœur du massif des Madonie, sous l’ombre du Pizzo Carbonara, point culminant du nord de l’île.
Piano Battaglia, minuscule village incrusté dans la roche et l’omerta : Tancredi Pisciotta, natif du coin et lecteur assidu de Jean-Claude Izzo, compte bien s’y oublier un temps, pour fuir la camurrìa, en VF « pour fuir les emmerdes du quotidien », ce qui traduit en truismes siciliens n’est pas dénué d’inhérents problèmes. À deux heures de route chaotique de Palerme, Tancre’, comme l’appelait Ruggero, son petit frère disparu, retrouve cet oxygène dont son statut de critique musical et citadin l’a exclu.
Mais la soixante-quinzième brebis d’Amir, berger sympathiquement intégré mais néanmoins ex-naufragé médusé et repêché au large de Lampedusa, n’est pas rentrée. Amir ne rentrera pas non plus. Et le brouillard s’incruste sur les côteaux comme sur les profils de quelques personnages guère moins flous, dont la belle et mutique Angela, son père Piero, l’aubergiste un peu ours, Gaetano, le grand-père et père des deux précédents. Et puis il y a aussi l’ombre d’Adelmo, l’autre grand-père, celui de Tancredi, parti depuis belle lurette mais laissant à la postérité son prestige de tueur du dernier loup de l’île, quarante ans auparavant. Ajoutez Mimmo, le vieil Abele, puis l’inspectrice Gaia Di Bello, venue démailler l’écheveau, et le casting serré est complet.
Alors, c’est quoi cette histoire d’une possible résurgence du canis lupus sur les hauteurs ? Conte, mythe ou légende ? D’autant que l’humain et ses travers s’invitent en filigrane pour une sorte d’allégorie entre le loup des bois et ses homologues bipèdes, bien plus néfastes. Forcément, de ce soupçon de fable exsude le souvenir de l’époustouflant Bois-aux-renards d’Antoine Chainas, paru aux premières heures de l’année. Le dernier loup n’en a certes que les frondaisons et les racines sylvestres, mais une jolie structure entre présent et flashbacks, ainsi qu’une écriture souple et intense, parsemée de belles tournures et d’adroits coups de crocs, lui confère haut la main un honorable rang de lecture conseillée. « L’homme est un loup pour l’homme » écrivait Thomas Hobbes il y a des lunes (Du citoyen, 1641). Et Corrado Fortuna nous confirme que ce prédateur-là n’est pas en voie d’extinction.
Il y a deux ans dans Une guerre sans finl’ex grand reporter Jean-Pierre Perrin nous délivrait un très beau roman, que nous qualifierons ici très sommairement et injustement, de guerre…L’histoire se situait dans une Syrie ensanglantée et montrait comment des hommes affrontent l’innommable, ce qui les fait tenir, comment on peut être plus fort que le cauchemar dans lequel on se noie et tous ces petits riens qui permettent d’entretenir la flamme de la vie.
Cette année avec Le tournoi des ombres, l’auteur nous introduit dans un autre pandemonium, l’Afghanistan quand les Ricains se carapatent laissant le pays entre les mains sanguinolentes des sinistres Talibans. Perrin reprend un schéma qui de prime abord peut sembler identique à son précédent roman mais qui est en fait une nouvelle variation, une nouvelle danse avec le diable pour trois personnages animés par des sentiments forts, plus forts que la vie, plus forts que la mort.
“Une romancière à succès, Judith, convainc un ancien commando, Charles, de l’accompagner dans l’Afghanistan en guerre pour se documenter sur Alexandre le Grand. Mais Judith a une motivation secrète : venger son ancien compagnon, flic de l’antiterrorisme, qui s’est suicidé après la tuerie de Toulouse, en 2012. Charles, quant à lui, a également des comptes à régler avec un criminel de guerre russe qui vit dans la région. En parallèle, un étudiant illuminé part à la recherche, en plein pays taliban, du manuscrit perdu d’un grand poète afghan.”
Si, en Syrie, les damnés se battaient pour tenir, un morceau des Stones, tel un mantra, devenant la seule défense face à la souffrance, à la folie, ici c’est leur Highway to Hell qui est raconté…
Comment la vie peut n’avoir plus beaucoup d’importance face à la volonté, la détermination, le but ultime.
Comment l’amour d’un poète disparu depuis des siècles vous guide aveuglément dans une quête impossible et folle.
Comment la mémoire de l’être aimé disparu à cause d’un enculé tueur d’enfants vous fait réclamer le sang des ordures complices.
Comment le besoin de rédemption peut vous faire devenir un chasseur impitoyable…
Le tournoi des ombres est juste, érudit, un témoignage touchant d’une belle humanité qu’on sent page après page dans la plume de Jean-Pierre Perrin, un roman d’une grande noblesse.
Ça démarre par une couverture qui attire l’œil, une quatrième qui interpelle, ça se poursuit par un clic compulsif et l’arrivée par la poste d’un bouquin, énorme, compact, massif, de premier abord assez indigeste. Un achat sur un coup de tête sans s’interroger sur l’auteur, sans avoir la moindre idée du style de ce monsieur László Krasznahorkai pour finalement se rendre compte un peu tardivement que l’histoire se situe en Hongrie, un territoire très à l’est des rives de la Vilaine, synonyme de terra incognita pour moi. Voilà, voilà.
Pour ce qui concerne l’auteur, faisons confiance à Cambourakis, l’éditeur.
“László Krasznahorkai, né à Gyula, en 1954, est l’un des écrivains hongrois contemporains les plus importants, auteur d’une dizaine de romans, nouvelles et essais. Il a également collaboré avec le cinéaste hongrois Béla Tarr, pour lequel il a adapté certains de ses romans (Le Tango de Satan ; Les Harmonies Werckmeister), mais aussi rédigé des scénarios originaux (Le Cheval de Turin). Son œuvre a été primée dans son pays et à l’étranger : en 2004, il obtient le prix Kossuth, la plus haute distinction littéraire en Hongrie et en 2015, le Man Booker International Prize.”
C’est déjà beaucoup plus parlant pour vous, non ? Un peu de courage, bienvenue en terre inconnue !
“Sentant approcher la fin de sa vie et désireux de retrouver son amour d’adolescence, le baron Béla Wenckheim, qui a passé l’essentiel de son existence en Argentine, décide de rejoindre sa ville natale, en Hongrie. Ce voyage lui permet en outre de fuir les nombreuses dettes qu’il a contractées dans les casinos de Buenos Aires. Mais son retour sème la confusion, car nombreux sont ceux qui nourrissent de grandes attentes quant à sa capacité à sauver la ville de la faillite, le considérant comme un riche bienfaiteur…”
Gyula, à la frontière avec la Roumanie attend donc son sauveur, son mécène, son pigeon…Plus personne ne se souvient de lui, parti en Argentine plus de quarante ans plus tôt mais quand même un baron richissime qui rentre au bercail, c’est une aubaine. Oui mais, tout le monde l’ignore, il n’a plus un sou vaillant et vient juste là pour finir sa vie, incognito, dans le décor fantôme de son enfance. Et bien sûr, pour ce qui est d’une arrivée discrète, il ne va pas être déçu. Toute la ville, les autorités, les notables, les curieux, les magouilleurs, les filous, des bikers en pétrolettes bêtes et méchants, tout le monde est au garde à vous sur le quai, y compris son amour de jeunesse qui ne souvient pas vraiment de lui, mais pas grave, un baron, ce n’est pas rien. Tous font des plans sur cette comète en provenance d’Argentine. Après la cacophonie de l’arrivée, chacun tente de séduire le tonton d’Amérique…latine. Mais bien vite, devant l’apathie du revenant bien désorienté par ces marques d’affection et d’intérêt, s’installera le doute mais aussi une accumulation de méprises, d’incompréhensions très jubilatoires, de quiproquos, parce que Krasznahorkai n’ira pas avec le dos de la cuillère pour se foutre de ses compatriotes. En fait, personne ne semble aller bien dans sa tête dans cette ville, et on déboule très vite dans du burlesque particulièrement barré, du grand n’importe quoi, un goulash épicé à la weed.
Furieux est le vocable qui vient d’emblée à l’esprit quand on repense à ce qu’on a vécu, subi pendant plus de 500 pages complètement folles où l’auteur qui brocarde les habitants de sa ville natale se fout aussi carrément du lecteur. Tout est écrit en style indirect et on passe fréquemment du coq à l’âne, d’un personnage à l’autre avec comme seule séparation un simple passage à la ligne. Pas de respirations, pas de paragraphes, un flux ininterrompu, des phrases fiévreuses, marathoniennes de plusieurs pages, des répétitions élevées au rang de figure de style, des passages qui commencent par un “il” qui reste très indéterminé parfois pendant de longues pages, la narration détaillée des conséquences d’un événement inconnu du lecteur et dont on lui relatera la genèse que bien plus tard, quand on aura le temps. C’est souvent hallucinant, sans temps morts, mais par contre si vous arrivez à entrer dans l’histoire (il faudra compter quelques pages pour s’habituer à la logorrhée), difficile de quitter cette démence. Alors ne vous inquiétez pas trop, certains passages sont difficiles à comprendre, d’autres complètement illisibles : une page entièrement en latin, une dizaine d’autres dont j’ai renoncé à comprendre le sens comme la pertinence, des propos savants et des moments très perchés comme un échange sur les mérites comparés du Dante de “la divine comédie” et Dante le footballeur brésilien, à l’époque pensionnaire du Bayern de Munich…
Bien sûr, tout le monde ne va pas accrocher parce que la lecture n’est pas toujours aisée. Je me suis souvent frotté les yeux, sidéré, et je suis donc allé voir ce qu’en pensaient les critiques de magazines nobles. J’y ai lu des propos de critiques littéraires qui en plus avaient des compétences en géopolitique en voyant dans ce roman un terrible exemple de la déliquescence de la Hongrie. Ils font bien de le rappeler, on a parfois trop tendance à oublier les temps heureux du communisme sous le joug du grand frère soviétique. C’est vrai que des trains en retard, une zone géographique qui se désertifie, des services publics fantômes, des maires corrompus, des flics ripoux, des migrants encombrants, il n’y a qu’en Hongrie qu’on voit ça…
Évidemment, derrière la farce, la bouffonnerie, la connerie ambiante très prégnante, se glisse le drame de la vieillesse, des lieux chers à l’enfance qui ont disparu, des souvenirs qui s’effacent, des regrets, des occasions ratées, de la vacuité de l’existence et on peut passer très rapidement du rire à l’émotion, à pire quand se déclenche la violence et c’est très fort ce que réalise là l’auteur, passant son temps à vous bousculer et à dézinguer ses compatriotes. Entre autres amabilités :
“…mais ne me permet pas de trouver la clé d’accès au Hongrois, puisque, si tous les défauts de la terre sont présents chez lui, ils y sont décuplés, et non seulement ils sont présents, mais chacun d’eux pris séparément, définit l’essence du Hongrois, si tu penses envieux, alors tu peux dire Hongrois, si tu penses: hypocrite, alors tu peux dire Hongrois, si tu penses : agressivité refoulée, qui se manifeste soit par l’arrogance soit par une servilité mielleuse, là, tu approches vraiment du Hongrois, mais tu seras encore plus près, tu saisiras encore mieux le Hongrois au vol si tu dis tout simplement que le Hongrois est une tête de con, avec cette formule, tu frappes en plein dans le mille…”
Virtuose et méchamment foutraque, à hurler de rire et terriblement triste, Le baron Wenckheim est de retour est un roman génial et je vous souhaite l’immense bonheur qui fut le mien à le lire.
Clete.
PS: La musique d’accueil à la gare interprétée par un chœur et accompagnée en impro par les klaxons de bikers. Un tout léger manque de synchronisation entre les deux parties nuira quelque peu à la portée émotionnelle désirée.
Thomas Mullen a acquis une certaine reconnaissance chez les amateurs de polars avec sa trilogie Darktown racontant l’histoire des premiers flics noirs dans le Deep South à Atlanta et dont Sony Pictures a acquis les droits pour une série. Comme l’auteur originaire de Rhode Island et vivant à Atlanta n’en était pas à son coup d’essai, le succès de la trilogie et l’actualité mondiale des dernières années ont incité Rivages à sortir ce grand et beau roman sur un pan de l’histoire américaine qu’est La dernière ville sur Terre.
“1918, État de Washington. Au cœur des forêts du Nord-Ouest Pacifique se trouve une ville industrielle appelée Commonwealth, conçue comme un refuge pour les travailleurs et les syndicalistes.
Pour Philip Worthy, le fils adoptif du fondateur de la scierie, c’est le seul endroit au monde où il peut compter sur une famille aimante. Et pourtant, les idéaux qui définissent cet avant-poste sont menacés de toutes parts. Le président Wilson a fait entrer son pays dans la Première Guerre mondiale et, avec la peur des espions, la loyauté de tous les Américains est remise en question.
Mais une autre menace s’est abattue sur la région : la grippe espagnole. Lorsque les habitants de Commonwealth votent en faveur d’une quarantaine, des gardes sont postés sur l’unique route menant à la ville. Philip Worthy aura la malchance d’être en service lorsqu’un soldat se présentera pour demander l’asile.”
Certains lecteurs, ayant associé le nom de Mullen à des polars, seront certainement un peu désarçonnés par ce roman, le premier de l’auteur. On n’est plus dans le procédural, l’investigation sous relents de racisme. Néanmoins, le volet social et politique présent dans la trilogie est ici à son zénith. Pour cette communauté au fond des bois, c’est l’heure des choix : s’isoler pour se sauver ou continuer à vivre dans la peur de la contagion. La pandémie de grippe espagnole fera beaucoup plus de victimes que la première guerre mondiale. Il est évident que la tragédie du COVID vient de suite à l’esprit et ne nous lâche plus pendant 500 pages. Nous voyons ici, sur ce petit territoire qui décide de vivre en autarcie, tous les comportements, toutes les réactions, toutes les interrogations, tout le complotisme, tous les mensonges, toutes les oppositions, toutes les fuites, toute la panique que nous avons vécus il y a peu, tout sauf les vaccins et l’action étatique. C’est impressionnant, troublant. Parallèlement, Mullen montre les mouvements sociaux notamment celui des suffragettes, la répression dans le sang des mouvements syndicaux, les modèles de société qui éclosent en balbutiant, la relation au travail. Surtout apparaît cette forte opposition populaire somme toute très légitime, gommée de l’histoire officielle, à l’idée d’aller se faire massacrer dans les tranchées françaises pour que les financiers ricains récupèrent leurs avoirs européens.
On ne peut s’empêcher de penser à deux autres grands romans du catalogue Rivages dans un registre très proche : Nous ne sommes rien, soyons tout du regretté Valerio Evangelisti et le magnifique Un pays à l’aube de Dennis Lehane à une époque où il n’écrivait pas encore des bouquins ressemblant trop à des scénars prêts à l’emploi.
Par la petite lorgnette de l’histoire tragique de la communauté de Commonwealth, ce sont toutes les pièces du puzzle américain qui apparaissent et se mettent en place. L’aube d’un pays peuplé de parias, d’exclus, de maudits, d’aventuriers et qui, dans la souffrance, dans les épreuves, dans la violence et sur les cendres d’une Europe bouffie de suffisance qui s’entretue, va devenir le pays le plus puissant du monde.
« Ansel Packer attend la mort, après avoir lui-même tué. Dans douze heures, il sera exécuté dans une prison américaine. Ansel ne veut pas mourir. Il veut être écouté, admiré, compris. À son monologue obsessionnel depuis sa cellule se superposent les récits de trois femmes : Lavender, sa mère, Hazel, la sœur jumelle de son épouse, et Saffy, l’enquêtrice, qu’il avait croisée plus jeune en foyer d’accueil. Alors que l’heure de l’exécution se rapproche, les destins des trois femmes se nouent à la manière d’une tragédie, laissant place à des questions d’une cruelle actualité. Qu’est-ce que cette fascination du tueur en série dit d’une société qui oublie ses victimes ?«
Agente littéraire devenue autrice avec un premier roman, Dans la neige publié en 2018 chez Sonatine, Danya Kukafka revient avec Une exécution, son deuxième roman, publié cette fois chez Buchet-Chastel. Passé à côté de son premier, j’ai cru comprendre que celui-ci rencontrait un franc succès outre-atlantique. Curieux, les critiques étant assez dithyrambiques, j’ai décidé de vérifier par moi même de quoi il en retourne.
Les romans et autres true crime sur les tueurs en série ne manquent pas. Ils sont même légion et un très large lectorat en est friand. Il existe une réelle fascination pour les tueurs en série. Avec Une exécution, Danya Kukafka a décidé de prendre le contre-pied de cette fascination populaire. S’il est bien question d’un tueur, Ansel Packer, et de son histoire, l’autrice fait le choix de donner ici une place importante et légitime aux femmes, celles ayant influencé sa vie ainsi qu’à ses victimes. Pour ce faire, elle donne voix à de multiples narratrices, en plus du tueur, pour étoffer son récit et mettre en lumière celles qui, le plus souvent, tendent à disparaître dans l’ombre des tueurs dont l’on fait des célébrités. Une démarche on ne peut plus pertinente. Mais, car il y a un mais, ces différents personnages restent à mon sens un peu creux, voire stéréotypés, ne permettant pas de ressentir de véritables émotions à leur égard.
Si le procédé d’avoir plusieurs narrateurs, ainsi que d’alterner entre présent et passé, aurait pu donner quelque chose de confus, il n’en est rien. Sur ce point, Danya Kukafka fait preuve d’une belle fluidité. Sa plume se veut assez lyrique, insufflant une sorte de poésie contemplative au texte, qui selon les goûts pourra s’avérer poignante ou, comme je l’ai ressenti, parfois un peu « too much ». L’épure m’aurait semblé plus à-propos dans la démarche globale. Pour autant, on ne pourrait certainement pas dire qu’elle ne sait pas écrire. L’impression sera clairement différente en fonction des sensibilités des un(e)s et des autres.
Alors que l’on attend avec Ansel Parker ce qui devrait être son inéluctable destin, c’est-à-dire la peine de mort (le livre débute douze heures avant), Danya Kukafka nous amène à nous poser toutes sortes de questions sur différentes problématiques. Il y a d’abord celle de la « glorification » des tueurs en série dont les Etats-Unis ne manquent pas, ainsi que la légitimité de la peine de mort, la question de la rédemption, la place que l’on donne aux femmes dans le récit de ces prédateurs dont elles sont bien souvent les premières victimes, ou encore le système judiciaire qui multiple les échecs. Il y a là matière à débattre. On peut dire que c’est l’une des forces du livre.
Une exécution est un roman intelligent par son approche singulière d’un sujet récurrent. Il suscite des questions pertinentes et revêt une dimension féministe importante. S’il m’a paru inégal dans l’écriture et le traitement des personnages, peinant à franchement me convaincre, il a bien ce qu’il faut pour trouver son public. Un petit vent de fraîcheur sur le thriller.
Doug Johnstone est un auteur écossais basé à Edimbourg fort d’une œuvre conséquente de treize romans dans son pays et que nous découvrons aujourd’hui en France avec Breakers daté de 2019.
“Tyler est un adolescent débrouillard qui vit avec sa petite sœur dans l’un des quartiers les plus malfamés d’Édimbourg. Sa mère est une junkie et son grand frère, aussi brutal que toxique, l’oblige à participer au cambriolage des maisons huppées de la ville. Au cours d’un vol, une femme est laissée pour morte, mais Tyler apprendra très vite à qui elle était mariée…”
Tyler est l’exemple type du bon môme né dans la mauvaise famille. Il est continuellement harcelé par son demi-frère, une ordure toxico particulièrement dépravée. Sa demi-sœur, mis à part la violence est de la même engeance, la pire d’un quartier délabré de la capitale écossaise. Qu’à cela ne tienne, Tyler fait contre mauvaise fortune bon coeur. Il tente de tenir à flot une mère alcoolo et toxico ne vivant que pour la dose ou la bouteille qui lui permettront de partir égoïstement dans des paradis artificiels. Mais il y a aussi Bean, sa petite sœur, adorable petite boule de tendresse qu’il tente de protéger de la laideur du monde, sa seule raison de ne pas fuir avec d’autres horizons forcément plus accueillants.
“Il fallait à peine dix minutes en voiture pour passer des quartiers les plus déshérités d’Edimbourg aux résidences des millionnaires.” Le terrain de chasse est donc très proche et le frère de Tyler peut ainsi pratiquer de pitoyables cambriolages, lui assurant l’argent nécessaire pour se farcir les narines de cocaïne. C’est aussi l’occasion d’extérioriser cette violence jusqu’au jour où ça dérape, le barbare poignardant la femme d’un des caïds de la ville.
Le roman qui avait mis un peu de temps à montrer le caniveau dans lequel se débat Tyler s’accélère et devient méchamment flippant, la tension rendue terrible par les agissements incontrôlables du frangin abruti qui met la vie de toute la famille en danger. L’histoire devient violente, effrénée et parfois apte à vous briser le cœur. On reprochera éventuellement à Doug Johnstone d’en faire beaucoup dans le pathos, dans la narration d’un univers noiricissime, mais on tient avant tout un bon roman noir, solide, dur et en même temps très émouvant, touchant.
« La notion de « Zone tendue » qualifie les agglomérations où le marché immobilier souffre d’un grave déséquilibre entre l’offre et la demande de logement. La Loi ALUR (Loi n°2014-366 du 24 mars 2014 pour l’Accès au Logement et à un Urbanisme Rénové) censée s’opposer à ce déséquilibre ne s’applique pas aux territoires fortement impactés par le tourisme saisonnier. »
Être autochtone et trouver un logement à l’année sur un littoral squatté en pointillé par les estivants : l’équation n’est pas simple à résoudre. Avec une pensée, là, pour les amis finistériens confrontés à l’épineux problème. Lui-même Breton de cœur et d’adoption, c’est à Douarnenez que Gérard Alle pose cette fois le doigt là où ça fait mal. Dans la cité sardinière d’Iroise comme ailleurs, le moindre immeuble avec vue sur mer et dividendes à venir attire les convoitises et sourires faux-derches des Stéphane Plaza locaux. Ici, le vautour a la tronche de Kersauzon et se prénomme André. Pour le (sale) coup, c’est au nid délabré de Lola, pipelette au look de zadiste en cale sèche, et Alex, jeune type un tantinet simplet et entravé par une mère haut perchée, que le rapace s’attaque. L’une est intérimaire à la conserverie de poisson, l’autre s’ignore en Monsieur Jourdain du slam inné. Quand arrivent les courriers synonymes d’expulsion, les trois locataires, moineaux aussi déplumés que démunis, serrent les ailes. La mère (surnommée Tit’Annick, c’est dire l’étendue du naufrage) tangue un peu mais se rallie à l’active résistance soudaine de son fils et de Lola. La fronde est en marche. Les voisins s’en mêlent, le quartier s’en mêle. Même la presse vient en soutien aux insurgés. Même André se prend un méchant coup de blues et voit ses convictions professionnelles s’effriter comme les murs du vieux bâtiment convoité. Mais un contrat reste un contrat et le dépeçage des bords de mer continuera, avec ou sans Lola, avec ou sans Alex.
Les mots lestes (qui molestent finement aussi) de Gérard Alle, conjugués à ceux qui dansent et pétillent dans la tête d’Alex, rythment les 90 pages de ce court roman allègre autant qu’ébouriffé. À la bonne franquette, pour ainsi dire, l’auteur des mémorables Il faut buter les patates et Babel Ouest (aux éditions Baleine au début du siècle), réussit avec cette intrusion en Zone tendue un autre de ces sprints sympathiques et humanistes à porter au crédit de la collection Polaroid, cette série de novellas initiée par Marc Villard pour les éditions In8. Trugarez ! Certes. Mais, de toute façon, on ne peut que faire confiance à un mec qui cite sans ciller Billy Bullock And The Broken Teeth, l’héroïque combo du punk’n’roll penn-sardin…
Parfois, toujours, rétorqueront certains, il vaut mieux s’effacer devant les propos de l’auteur:
“Écrire ce livre ne m’a pas coûté. Cela a été un processus organique, comme vomir. Cela ne m’a pas coûté, ce qui ne veut pas dire que j’y ai pris plaisir, mais je suis content de l’avoir fait.
Dans les pages qui viennent vous trouverez une histoire centrale reliée à d’autres histoires secondaires. Toutes sont affligeantes dans les grandes lignes : j’en ai connu le fond. Le récit central va plus loin, il va au bout de l’échec, il s’enfonce de tout son poids aussi profond que possible, et est sans aucun doute susceptible de descendre plus bas que le niveau atteint par les lettres que je forme.
Il y a dans ce livre des vies qui se déroulent dans des profondeurs auxquelles on a du mal à croire qu’il est possible de s’habituer. J’ai moi-même du mal à y croire alors que je l’ai écrit pendant un an. Il n’y a pas de héros véritables ni de victimes revendiquées ; ce n’est pas une réalité à l’élégance “noire”, avec des bienfaiteurs à la morale douteuse, qui ont de la classe et du mystère, imparfaits et attirants ; il y a de la déformation, de la sauvagerie et de la cruauté.
Mais il n’y a pas non plus de méchants sans nuances. De fait, il n’y a pas de méchants, et pas de bons non plus, ni d’antipodes saillants. Il y a un autre monde avec d’autres règles, avec d’autres limites, et avec des principes, des certitudes, des haines et des amours qui ne correspondent pas aux canons acceptés par ceux d’entre nous qui acceptent les choses et les publient sur Internet, qui font des discours et donnent des conférences, qui boivent des verres à New York comme à Medellín…”
Ce propos qui cogne est le préambule de Les morts et le journaliste. Il est l’œuvre d’Oscar Martinez journaliste d’investigation et écrivain salvadorien qui travaille pour elfaro.net, journal en ligne spécialisé sur les sujets de violence, migration et crime organisé. Ses articles et enquêtes sont fréquemment relayés par El pais et le New York Times. On lui doit également El Niño de Hollywood, lecture affolante qui raconte la Mara Salvatrucha 13, gang de gamins crevant la dalle créé à L.A. dans les années 80 dont les membres les plus dangereux avaient été rapatriés par Reagan au Salvador au début des années 90 et qui est devenu un véritable fléau sur tout le continent américain avec des ramifications un peu partout dans le monde.
“C’est une mafia, oui, mais c’est toujours une mafia de pauvres. Le secret c’est que leur rêve n’est pas de devenir riche, mais d’être quelqu’un. Quelqu’un de différent de ce qu’ils étaient. Parce certains d’entre eux, comme Miguel Angel, étaient pauvres depuis toujours, mais aussi humiliés, frères de gamines violées, fils de parents alcooliques, nomades. Ils étaient le rebut. Personne dans cette vie ne veut être Miguel Angel Tobar.” extrait de El Niño de Hollywood.
Les morts et le journaliste s’intéresse à l’autre versant de la violence, celle qui est légitime , l’œuvre de la police salvadorienne dans “des affrontements” que Martinez traduit par des “massacres”. Il raconte avec une sincérité touchante ce qu’il a vu, ce qu’il a vécu, ce qu’il a subi, sa colère, sa rage, ses peurs, sa tristesse, ses regrets, ses larmes. Le Salvador est un des endroits les plus dangereux de la planète et pour beaucoup de mômes nés au mauvais endroit un seul choix: tuer ou être tué…Et Oscar Martinez est au milieu de la boucherie.
L’ouvrage est très douloureux et pourtant c’est une œuvre importante sur le journalisme, son éthique, la recherche de témoignages, la diffusion ou non d’informations très compromettantes pour les émetteurs. Parsement son discours d’anecdotes stupéfiantes, l’auteur se concentre surtout sur l’histoire de Rudi et de ses frères et sœurs qui ont accepté de témoigner. Rudi a quatorze, quinze ans ou seize ans, personne,lui compris, ne sait vraiment. Sa mère a eu quatorze enfants de douze pères différents… C’est un mara, un “bambilla” comme préfère le nommer Martinez, il est déjà impliqué dans sept meurtres et il est le seul témoin d’un massacre orchestré par la police qui veut donc sa peau. Il va tout raconter à Oscar Martinez tout en restant caché dans une auge à cochons pendant des mois.
“Si ce dimanche 16 avril 2017 au soir je ne m’étais pas pointé dans le village de Santa Teresa, peut-être que Herber n’aurait pas été assassiné à coups de machette au visage; peut-être que Wito n’aurait pas été décapité; peut-être que Jessica n’aurait pas été obligée de fuir. Rudi, lui, je crois qu’on l’aurait tué de toute façon”.
Plongez dans la souffrance et la douleur, Oscar Martinez vous attend au fond. Les cojones de ce monsieur, chapeau !
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