Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Chroniques (page 3 of 86)

LA FRONTIÈRE de Don Winslow / Harper Collins .

The Border.

Traduction: Jean Esch.

“Art Keller, ancien agent de la DEA, est recruté par le sénateur républicain O’Brien pour participer à une opération officieuse au Guatemala : aider le cartel de Sinaloa, dont la mainmise sur le Mexique assure un semblant de stabilité à la région, à se débarrasser d’une organisation rivale sanguinaire, Los Zetas. La rencontre organisée entre les dirigeants des deux cartels tourne au bain de sang : les trafiquants s’entretuent et le parrain de Sinaloa disparaît. Keller retourne alors au Mexique, où il retrouve la femme qu’il aime, Marisol. Maire d’une petite ville, celle-ci résiste vaillamment aux cartels, malgré la tentative d’assassinat qui l’a laissée infirme quelques années plus tôt. Quand O’Brien propose à Keller de prendre la tête de la DEA, il y voit l’occasion de lutter contre les organisations qui sèment la mort en Amérique. Il accepte.”

Les décharges du Guatemala, les pêcheurs du Costa Rica, le Guerrero et le Sinaloa au Mexique, Mexico, Juarez, Tijuana, Acapulco mais aussi Vegas, la Californie, Washington, New York avec Inwood et Washington Heights au nord de Manhattan et Staten Island, les prisons américaines, les centres de rétention… la zone de guerre s’est étendue.

Don Winslow a déclaré que tout ce qui était raconté dans cette trilogie, inaugurée en 2005 avec “la griffe du chien”, poursuivie en 2016 avec “Cartel” et qui connaît son dénouement  cette année, s’est réellement passé et que parfois il a lui-même préféré édulcorer les faits. C’est un monde effroyable que nous montre, nous décrit, nous explique, nous raconte Don Winslow pour la troisième fois et peut-être de manière encore plus aboutie que précédemment.

“La frontière” chère à Trump, démarre au début des années 2010 et se termine au moment de l’élection du promoteur à la Maison Blanche. Il y a deux Winslow, celui qui a écrit et continue encore à produire des polars globalement honnêtes et parfois même d’un goût douteux comme “Savages” et sa suite et… le grand Don auteur de cette exceptionnelle trilogie sur cette guerre contre le trafic des narcotiques: la marijuana, la meth, la cocaïne autrefois, l’héroïne et le fentanyl maintenant.

Une fois de plus, c’est du très, très haut niveau. Il faut parfois s’accrocher, rester bien concentré, le théâtre des conflits s’ est étendu, leur nombre méchamment aussi. Au cours de ces huit cents pages, fleurit un nombre impressionnant d’intrigues qui se recoupent, s’éloignent pour se retrouver en mode sanglant et éprouvant y compris pour un vieux guerrier comme Art Keller, toujours aussi cow-boy et franc-tireur malgré sa promotion à la tête de la DEA.

Nul besoin de lire les deux premiers pour attaquer “la frontière” tout en considérant néanmoins que vous vous privez de deux énormes monuments. “La frontière” lance une nouvelle histoire, une nouvelle apocalypse qui démarre par une guerre entre “los hijos”, héritiers des chefs narcos se disputant l’empire, le territoire, la thune, la came, les femmes…Keller, lui, a compris qu’il ne pourra jamais venir à bout du trafic à partir du Mexique et va s’attaquer ainsi au financement, à l’argent qui circule, à la came qui débarque aux USA, à l’ennemi intérieur.

Don Winslow dévoile toute la constellation narcos, les gamins qui crèvent d’overdose, les nanas en manque qui se vendent, les maras, les sicarios, les victimes de la terreur, les dispensaires, les massacres, la barbarie, la misère, les ateliers de fabrication du poison, les trains de l’horreur pour monter vers la frontière américaine, les territoires, mais aussi les financiers véreux, les banquiers ripoux, le blanchiment des montagnes de narcodollars, les trahisons, les politiques américains et mexicains unis par l’argent sale, les flics corrompus, la géopolitique régionale, l’économie du trafic… 

La route vers “la frontière” est longue, difficile, complexe, noyée de sang et de larmes, pavée d’horreur et de mort: huit cents pages sidérantes, époustouflantes au bout de l’enfer.

Drogue dure !

Wollanup.

PS: Et une petite chansonnette à la gloire de Juan Alberto Ortiz Lopez, alias “Juan Chamale”, un gros narco.



L’ ECHO DU TEMPS de Kevin Powers / Delcourt.

A shout in the ruins.

Traduction: Carole d’Yvoire.

« Nurse donna naissance à George dans une tente d’amputation de l’hôpital de Chimborazo au deuxième jour d’avril 1863. Elle se tordait de douleur depuis la veille au soir et les chirurgiens l’avaient laissée gémir sur le sol couvert de sang, tandis qu’ils poursuivaient leurs opérations. Le crissement de la scie sur les os. Une sonde, un doigt ou une paire de pinces fouillant dans les chairs déchirées du bras ou de la jambe d’un jeune homme, à la recherche d’une balle Minié, la plaie aussi béante que l’entrée d’une mine. Les voix calmes mais fermes des médecins et soignants échangeant instructions et confirmations. Un membre jeté sur le plancher avec un bruit sourd et une petite éclaboussure de sang. Et Nurse, dans un coin de la tente, ignorée alors qu’elle se balançait, pliée en deux, d’avant en arrière, à intervalles de plus en plus rapprochés, tel un métronome déréglé. »

Son premier roman, Yellow Birds révélait déjà un véritable talent d’écriture : il conquiert le public américain ainsi que le public français. Vétéran de la guerre d’Irak, à l’instar d’un Phil Klay ou, plus récemment, de l’ovni Nico Walker, Kevin Powers s’emploie à revivre les horreurs du conflit armé en les restituant à l’écrit. Acte cathartique ? peut-être un peu mais pas uniquement puisque le titre publié par les éditions Delcourt cet automne, L’écho du temps, revient sur le sujet de la violence humaine, à une autre époque, lors d’une autre guerre.

Deux temporalités se font face : le passé, deuxième moitié du XIXe siècle et son écho en plein milieu des années 50 : nous sommes en Virginie et assistons d’un côté à une naissance, de l’autre à un départ.

Kevin Powers se fout du suspense : sa structure narrative n’en dépend pas, elle est, au contraire, semblable à un chemin – deux en l’occurrence, le passé et le présent – sur lequel il vous accompagne en vous faisant signe de temps en temps pour vous éviter de vous prendre les pieds dans une branche.

La Virginie, terre sudiste, est toujours marquée par la ségrégation lorsque George, « dans les quantre-vingt-dix ans environ » prend la décision de quitter Richmond et le quartier où il vit depuis des années, quartier voué à la démolition pour laisser la place à la Route Une. Il sait que la fin est proche et aimerait savoir d’où il vient ; tout ce qu’il en sait se résume à un petit mot écrit à la hâte : « Prenez soin de moi. Je vous appartiens maintenant. » accroché à ses vêtements lorsqu’il avait été retrouvé, en Caroline du Nord, petit garçon de trois ans.

Powers joue avec les flashbacks et les digressions sans que jamais cela ne nuise à l’homogénéité du récit : bien au contraire, la force du texte s’amplifie au fur et à mesure que les pièces du puzzle se mettent en place. Les personnages aussi prennent de plus en plus d’épaisseur, jusqu’à déborder des pages du livre : le sens du détail de Powers, les descriptions approfondies – qu’il s’agisse de paysages ou d’état d’âmes – son incroyable sensibilité font mouche.

Les racines de l’histoire, en pleine guerre de Sécession dont la Virginie refuse d’admettre la défaite se trouvent sur la plantation d’un français, Levallois. Homme d’affaires, homme de pouvoir, il tire les ficelles de plusieurs destins, des Noirs, des Blancs. Parmi les Noirs, un couple, Nurse et Rawls, parmi les Blancs, le propriétaire voisin, Bob Reid et sa fille, Emily. La guerre et ses conséquences en face.

L’écho du temps raisonnera dans votre tête longtemps après l’avoir refermé. Il raconte avec beaucoup de douceur l’horreur humaine. Traversé de temps à autre par un éclair de lumière (grâce surtout à des personnages secondaires dont le poids est aussi important que celui des personnages principaux), par des moments de grâce (comme celui où George rencontre les parents de son ancien collègue tué dans un accident de travail ou l’histoire d’amour de Lottie et Billy), le roman de Kevin Powers questionne la nature humaine.

Puissant, dérangeant parfois, extrêmement beau.

Monica.


LAISSE LE MONDE TOMBER de Jacques Olivier Bosco / Pulp Editions.

Pour son nouveau roman, Jacques Olivier Bosco nous plonge dans une banlieue parisienne, bien glauque, bien noire, où peu d’espoir est permis. Pas d’horizon pour ses habitants, ni visuel, ils sont entourés de barres d’immeuble avec un ciel bas, ni dans leur vie. Pour eux, pas de rêves de vie meilleure, autre part, dans un monde plus bleu.

On suit Jef et Hélène, deux flics de quartier malmenés par la vie, qui vont devoir faire face à une enquête encore plus cruelle que leur environnement. Un gamin, puis une femme sont retrouvés morts, bouffés et tués par un chien, un monstre de férocité. L’autopsie révèlera que leurs visages ont été pelés. Cet animal n’agit donc pas seul, il a un maître qui tue les habitants de cette banlieue, dans une barbarie inhumaine.

JOB nous plonge dans cet univers sans nous laisser la moindre espérance. Une telle noirceur entoure chaque personnage, une telle haine contre le monde,  qu’il arrive à nous faire tomber toujours plus profond dans le précipice. Chacun voudrait trouver la rédemption, parfois dans l’amour mais comment trouver cette étincelle dans un tel contexte. Les habitants ont la haine, les flics sont seuls et démunis.

« Je croyais qu’être flic c’était quelque chose, être crainte tout du moins aimée, respectée. Reconnue. (…) il n’y avait que des insultes, du rejet, de la haine, des crachats à longueur de journée. Du mépris, ils étaient la lie de la lie dans ce lieu banni, la banlieue. »

On pourra regretter une violence parfois dans la surenchère sur la première partie du bouquin, mais qui se rattrape par davantage de profondeur dans la seconde. Cette deuxième partie permet d’intensifier les personnages, de mieux comprendre d’où vient cette profusion de rage. Le dénouement de l’enquête arrive un peu vite mais pour mieux s’axer sur la conclusion de l’histoire de ses protagonistes. Aucun n’est épargné, pas de gentils et de méchants, mais plutôt des personnalités qui trouvent dans la brutalité, dans la sauvagerie, le seul moyen de faire face aux horreurs qu’ils ont subies.

Aucun répit ne nous est donné dans ce roman, véritable « roman noir » dans sa  définition même, les amateurs apprécieront.

Marie-Laure.


LES AMAZONES de Jim Fergus / Le Cherche Midi.

Strongheart

Traduction: Jean-Luc Piningre

Lorsque les Mille femmes blanches ont débarqué en France, il y a maintenant vingt ans, impossible d’envisager une suite à ce roman qui a tant fasciné les lecteurs français : le personnage principal meurt à la fin du récit. Et pourtant, en 2016, après avoir écrit d’autres romans, Jim Fergus revient en territoire Cheyenne en nous délivrant La Vengeance des Mères : le pas avait été franchi.

Ce qui au départ devait être un roman indépendant est devenu une trilogie bouclée cet automne par le dernier opus, Les Amazones.

Ce dernier ouvrage cache pas mal de surprises alors je ne vais pas rentrer dans les détails, il faudra que vous découvriez par vous-mêmes ! Ce que je peux faire en revanche, c’est vous dire pourquoi il faut lire, offrir, vous offrir les romans de Jim Fergus.

Son intérêt et la passion pour la culture des Indiens d’Amérique sont nés à l’époque de l’adolescence, lorsqu’il passe des mois à voyager avec son père à travers l’Amérique et découvre avec stupéfaction les réserves d’Indiens. La conquête des Blancs et ses conséquences sur les peuples autochtones n’étaient pas enseignées à l’école, aussi le jeune Fergus s’imaginait-il des tribus vivant toujours en liberté et chassant le bison. Que nenni. La réalité des choses le frappe et reste pour lui un sujet brûlant dont il finit par s’emparer en commençant à écrire.

Malgré les nombreuses légendes, l’échange des mille femmes blanches contre mille chevaux n’a jamais existé. Par contre cette intrigue permet à Fergus de faire un gros état des lieux sur la situation des femmes en cette fin de XIXe siècle aux Etats Unis : à certains égards la parole d’une femme valait autant que celle d’un Indien ou d’un Noir aux yeux de la « bonne société blanche ». Romans féministes, certes, les récits de Fergus parlent aussi d’esclavage – à travers le personnage de Phemie, « Black White Woman » – ou d’homosexualité (Hélèn et Lady Ann). Il n’y a aucun tabou et si son talent de conteur est capable d’embarquer même le lecteur le plus réfractaire, les valeurs humanistes que ses récits transportent font de lui l’une des voix les plus importantes de la littérature américaine.

Pas de tabou non plus quant à l’image des Indiens : loin de Fergus la volonté d’en parler comme d’un peuple uni, soudé et homogène. Cette vision idéaliste (et assez touristique) des choses ne correspond pas à la réalité historique. En évitant l’image d’Epinal du « bon sauvage », Jim Fergus montre qu’il a été journaliste avant d’être écrivain et prouve par la même que la fiction, aussi romanesque soit-elle, ne doit pas faire fi des faits – surtout lorsqu’il s’agit d’un contexte et un sujet aussi délicats.

Pour finir, avec Les Amazones la boucle est véritablement bouclée : le personnage de Molly Standing Bear est le prétexte pour faire un point sur la situation des Indiens d’Amérique aujourd’hui. Dramatique dites-vous ? A ce sujet l’article de Fergus paru dans l’avant-dernier numéro de la revue America est assez révélateur (comme par ailleurs ce numéro dans son intégralité).

Avec Les Amazones Jim Fergus prouve que les suites ne sont pas nécessairement « moins bonnes », en ce qui me concerne je crois, au contraire, que c’est mon préféré. A cause de Molly Standing Bear. Lisez, vous verrez !

Monica.

LE FROID d’Andreï Guelassimov / Actes Sud.

Traduction: Polina Petrouchina

Quand Filipov est réveillé par une jeune femme qu’il n’arrive pas à relier à sa propre histoire sur le divan du vestibule d’un appartement moscovite qui lui est totalement inconnu, sa gueule de bois se réveille et parvient très rapidement au niveau de l’excitation d’une happy hour dans un bar d’alcoolos. Quand cette même jeune femme le secoue pour lui dire qu’il va rater son avion pour se rendre dans le nord, la rave hallucinée qui se déroule sous son crâne ne lui permet pas de se rappeler pourquoi il doit se rendre en Sibérie dans sa ville natale. Filipov est un metteur en scène de théâtre et de cinéma connu internationalement maintenant et sa carrière a vraiment décollé quand il s’est adjoint comme scénographe un ami d’enfance. Petit à petit, dans l’avion, en revenant à la vie à coups de grappa, il comprend la raison de sa venue. Un théâtre parisien lui a proposé la mise en scène d’une pièce et il a dit oui abandonnant ainsi son ami dont les Français n’avaient pas besoin. Il vient donc expliquer la chose et pense que l’autre comprendra qu’il ne pouvait pas dire non  vu que cela ouvrait peut-être la porte de théâtres new-yorkais. Il pense que son ami le comprendra, que ce retour dans une contrée qui l’a vu grandir sera difficile certes, empreint de nostalgie et rempli de souvenirs brumeux car bien souvent alcoolisés mais sera couronné de succès dans cette région post-apocalyptique avant la moindre apocalypse connue. Celle-ci viendra très vite et on ne pourra pas néanmoins en imputer la responsabilité à un Filipov qui se lie avec sa voisine dans l’avion entre deux évanouissements. Il ne souffre pourtant pas de solitude parce que le démon du vide a fait irruption comme à chaque fois qu’il a un petit peu trop franchi la ligne. Ce démon est son petit gremlin, son petit korrigan, son petit poulpikan perso qui se paie sa tronche chaque fois qu’il est dans l’impossibilité de contrecarrer ses railleries. In vino veritas? Peut-être. La descente de l’avion et l’annonce par le pilote d’une température au sol de -40 participe très activement au “réveil” de Filipov, subitement conscient que ses vêtements de début d’automne moscovite ne feront pas l’affaire… au sol justement. Ce dernier est au départ, juste une sensation, car il est quinze heures trente, il fait déjà nuit noire et le brouillard est à couper au couteau, pas chassé par un vent, ben, sibérien. 

Ainsi démarre le “zapoï “dans le grand nord de Filipov qui en deux jours se prendra des murges mémorables dont il ne gardera aucun souvenir et connaîtra un nombre important d’absences dans une ambiance borderline dont le point d’orgue sera la panne de la centrale locale coupant électricité et chauffage dans toute la ville. Les différentes rencontres improbables et la panique collective engendrée par la panne ne toucheront que modérément un Filipov toujours entre deux boutanches, ignorant les signaux qui lui signalent une cata majeure à venir. Pas mal de lumières sont éteintes chez Filipov qui ne voit pas la situation de la ville, les drames qui s’y jouent quand lui ne pense qu’à sauver un chien qui n’a rien demandé et qui s’interroge sur sa possible paternité de la demoiselle qu’il convoite.

A lire ce roman, on en arrive à se demander si Bukowski ou même Crews n’auraient pas vécu dans la région. Comme les deux auteurs ricains, Guelassimov n’hésite pas à se salir les mains, à plonger dans le marigot, à évoluer dans le caniveau. On sent le vécu et sous couvert de grosse farce éthylique, il raconte la Sibérie de l’ère soviétique, la situation actuelle de ce no man’s land terrible pour l’homme où les larmes, le malheur ne sont jamais très loin. On est bien dans du noir au plus profond de la nuit sibérienne… Dépaysant, surprenant.

Humour froid !

Wollanup.


PEQUENOTS de Harry Crews / Finitude

Blood and Grits

Traduction : Nicolas Richard

Jusqu’ici, les chroniques écrites par Harry Crews pour le compte de Playboy et Esquire au milieu des années 197, en pleine vogue du genre redneck,  étaient soit méconnues des lecteurs français, soit inaccessibles car non traduites (à l’exception de Descente à Valdez, Allia, 2016).  C’est en tant qu’auteur à succès à la patte bien affirmée qu’il est envoyé aux quatre coins du pays pour en ramener un reportage ou mandaté pour raconter une aventure ou un souvenir de son Sud natal. Il y a ceci de certain avec Harry Crews : autant qu’un aimant attire la limaille de fer, il attire les freaks, les barjos, les personnages hors-normes ou révèle la part étrange de ceux qui, même s’ils affichent le succès, n’en possèdent pas moins des particularités physiques ou morales qui les font sortir de l’ordinaire. Harry a sa manière bien à lui de faire le boulot, il paie de sa personne. Il n’est jamais avare d’une bière, d’un verre de vodka, d’un joint, d’un faux pas, d’une gueule de bois ou d’écorchures. Voilà l’auteur, la boîte crânienne embrouillée et le corps douloureux, hanté par son passé de pauvre plouc de Bacon County, Géorgie, et par ses expériences humaines, sociales, sexuelles, face à des situations et des personnages de la vie réelle, dont beaucoup de Grits. Il semblerait qu’Harry Crews ait inventé, en tout cas, popularisé l’expression qui désigne un méchant péquenot du Sud, cradingue. Grits, à l’origine, c’est le gruau de maïs traditionnel qui se mange chaud et qui pourrait empâter la diction de ses consommateurs habituels.

Le recueil a été pensé comme un tout par Harry Crews. Il anticipe son autobiographie, Des mules et des hommes. Il est tout aussi brutal, choquant, férocement drôle et attendrissant. Il dresse un portrait noir et grotesque d’une Amérique tiraillée entre violence et respectabilité. Si j’étais bonimenteur à l’entrée d’un cirque miteux, d’une foire (aux serpents) ou bien encore d’un blog « noir et partisan », j’annoncerais dans un même souffle des péquenauds en pagaille, une éléphante exécutée par pendaison, un marchand de bottes de chasse au succès phénoménal, des filles obèses, des touristes imbéciles, un ancien du Vit Nam suicidaire, un jockey dans la dernière ligne droite, Cody, Jimbo et un poisson de 10, 12 ou 14 livres – allez savoir, Charles Bronson lui-même, une buse à queue rousse, des bagnoles cabossées, des forains retords, un arroseur de muguet, des chasseurs de renard, des routiers militants, et même des tueurs de masse, oui messieurs-dames. Cette simple énumération devrait mettre l’eau à la bouche. Quand on sait en plus que cette farandole d’histoires est saupoudrée des fulgurances de l’auteur, on ne résiste pas : « Jake avait l’air vraiment fou, ou je suppose que fou n’est pas le bon mot, majestueux, plutôt. » « Deux heures plus tard, un professeur d’université que je connais, tellement intello qu’il refuse de manger des oignons, a soupiré en regardant par la fenêtre de son bureau et a dit tristement : – Il doit bien avoir quelque chose qui cloche chez moi, j’adore Charles Bronson. » « Un des inconvénients de la randonnée dans le parc national de la Shenandoah, c’est les noms des campements. On dirait qu’ils ont tous été inventés par un créatif défoncé de Los Angeles. »

C’est également un autoportrait qui se dessine au fil des pages. Même dans le rôle d’un envoyé spécial (d’un genre quand même spécial), dans la peau d’un auteur reconnu, Harry Crews ne parvient jamais oublier ses racines misérables, son histoire de cul-terreux et les accidents de son parcours. Piètre interviewer, il s’épanche. Cette maladresse lui permet bien souvent de briser la glace et de se sentir proche de son interlocuteur, surtout si celui-ci a goûté au dur de la vie.

Histoires réelles ou assaisonnées par l’auteur, on se fout finalement de le savoir, on ingère la noirceur, l’alcool, les torgnoles, le gruau de la bêtise dans lequel craquent des graviers de diamant. Et on se régale. Il y a dans ce livre, une putain de phrase, une phrase qui fout les poils. Elle dit : « Nous faisons tous partie, nous tous, de la tribu sauvage des avaleurs de foutaises. » Si vous n’y compreniez rien, je serais bien triste pour vous. Non, en fait, je vous suggérerais de ne pas lire Harry Crews et d’abandonner l’idée même de lire de bonnes histoires. 

Paotrsaout


LONDON CALLING / 19+1 histoires rock et noires / Buchet Chastel.

Mouloud Akkouche, José-Louis Bocquet, Thierry Crifo, Caryl ferey, Thierry Gatinet, Jean-Noël Levavasseur, Michel Leydier, Jean-Luc Manet, Olivier Mau, Pierre Mikaïloff, Max Obione, Jean-Hugues Oppel, Jean-Bernard Pouy, Frédéric Prilleux, Sylvie Rouch, Annelise Roux, Christian Roux, Jan Thirion, Marc Villard + 1 nouvelle de Jean-Philippe Blondel.

Ouvrage dirigé par Jean-Noël Levavasseur.

Sorti il y a dix ans, “London Calling” recueil de nouvelles rendant hommage au troisième album du groupe The Clash, a fait peau neuve au niveau du format et entame donc une nouvelle carrière dans les librairies. On me l’avait offert il  y a dix ans et je me suis replongé dans ces nouvelles avec un œil nouveau car certains signataires qui m’étaient totalement inconnus à l’époque le sont beaucoup moins aujourd’hui. Il y a même un Nyctalope…

Mes intimes savent l’importance pour moi de ce groupe et de cet album. Au fil des années, je l’ai eu plusieurs fois en vinyle, plusieurs fois en K7, une multitude de fois en CD, en affiche, encadré trônant dans le salon, sur un tee shirt. On a tous un album qui compte plus que les autres. LONDON CALLING, c’est mon album blanc, mon Ziggy Stardust, mon Exile on Main Street, mon Physical Graffiti, mon Born to Run, mon Drums and Wires regroupés sur deux galettes noires, mon bien musical le plus précieux.

L’énorme déflagration du premier album, couplé avec la furie du premier Sex Pistols avait donné le “la” de la “révolte” d’une multitude d’ados boutonneux rebelles un peu partout dans le monde occidental en 76. Enfin des mecs qui semblaient tout juste sortis de l’adolescence, qui savaient à peine jouer et qui nous ressemblaient, tellement loin des stars friquées de l’époque, qui cognaient, qui rentraient dedans. La suite fut plus chaotique, le gros dawa chez les Pistols et un deuxième album en 77 pour les Clash, avec un trop gros son trop ricain orchestré par un Sandy Pearlman qui œuvrait habituellement pour le hard rock (talentueux) du Blue Oyster Cult. Le soufflé était retombé et je n’étais absolument pas préparé à ce grand coup de rangers dans les gencives en 79 avec London Calling. 

Ce recueil est un hommage au meilleur disque de rock de tous les temps, eh ouais! Préfacé par notre tonton du rock à tous Antoine De caunes et illustré par le trait cultissime de Serge Clerc, le recueil est un produit de luxe, précieux, le cadeau idéal pour tous les amateurs de rock … d’un certain âge. En effet, même si certains ne veulent pas le comprendre, la musique de Clash est datée maintenant. Quarante ans ont coulé sous les ponts de la Tamise depuis et certaines mélodies ne sont plus aussi frappantes qu’à l’époque mais la fibre, la morgue rock n’ roll, le “combat rock” est bien là, moins que chez Jam mais avec en plus un petit côté poseur, frime minimale, animal toujours aussi stupéfiant. Et surtout, cet album c’est le symbole, le marqueur de vies personnelles, quarante ans d’histoire, d’histoires.

“London Calling” est considéré comme un manifeste social dénonçant l’Angleterre de l’époque et le groupe, pour arriver à ses fins, utilise le rock, la pop, le punk, le reggae, le rockabilly, la funk, le rythm and blues pour dénoncer tous les maux de la perfide Albion et les souffrances de son peuple et surtout de sa jeunesse. Il est donc tout à fait naturel que la fine fleur de la littérature noire française se soit engagée pour écrire ces nouvelles dans un cadre français tout aussi légitime car la souffrance et la lutte n’ont pas de frontières.

Je ne mettrai aucune nouvelle en avant car ce serait faire offense aux autres, le taf a été réellement bien fait. Certains ont choisi d’évoquer le tissu social, d’autres les galères, d’autres la révolte (qui n’a pas d’âge ni de frontières) quand d’autres se sont appliqués à raviver le mythe. Mes histoires personnelles intérieures avec certaines chansons de l’album sont très riches, heureuses ou douloureuses d’ailleurs et de lire la vision de LONDON CALLING de certains “papys” du rock présents est réconfortante, un bien beau symbole de ralliement à une réalité, à un moment de l’histoire du rock que l’on a eu une putain de chance de vivre en direct à la fin des années 70. Lisez le recueil, magnifique madeleine de Proust, offrez-le, vous ferez des heureux.

Rock on !

Wollanup.




CHAMBRE 413 de Joseph Knox / Le masque.

The Smiling Man

Traduction: Fabienne Gondrand

Nous retrouvons Joseph Knox, après son premier roman Sirènes, paru en 2018 au Masque. J’avais beaucoup aimé ce livre très noir qui nous plongeait au cœur de la vie nocturne de Manchester.

C’est donc avec beaucoup d’attentes que j’ai retrouvé notre jeune flic Aidan Waits, que nous avions laissé après sa descente aux enfers. 

Il  a intégré la patrouille de nuit avec pour partenaire Sully Sutcliffe, sachant qu’ils se détestent profondément. Mais voilà, avec son passé, Aidan n’a pas le choix, beaucoup voudraient le voir disparaître, ou tout du moins qu’il ne fasse plus partie de la police, qu’il finisse de sombrer dans la drogue, l’alcool, et qu’il ne côtoie le monde de la nuit que de l’autre côté de la barrière : avec les criminels, dealers et autres truands de la ville de Manchester.

Lors d’une patrouille ils sont appelés pour une effraction dans un hôtel fermé. Arrivé sur place, ils découvrent un homme mort avec un sourire sur le visage. Aucun élément sur le cadavre ne permet de l’identifier. 

Commence alors une enquête sur ce meurtre mais celle-ci est entrecroisée avec d’autres affaires qui occupent notre duo. L’articulation de ces recherches est parfois complexe, nous obligeant à rester concentré sur notre lecture, à ne pas perdre le fil.

Aidan Waits est toujours aussi torturé, imprudent, taciturne et seul. Il a réussi à sauvegarder son emploi mais à quel prix. Tous lui tournent le dos, il n’a pas d’amis, ses collègues le méprise, il est totalement isolé dans son boulot et dans sa vie. Sa seule rédemption, aider les démunis, résoudre ses enquêtes quitte à utiliser les règles de la rue, et à se comporter comme le pire des affranchis.

« Parfois on déjoue tout attente, parfois on devient ce que les autres pensent de nous.» 

Sinistre, noir mais compensé par un humour acéré, présent à chaque page, ce deuxième opus des aventures d’Aidan Waits a répondu à toutes mes attentes. On se replonge avec délice dans ce monde lugubre, plein de manipulations ou aucun espoir n’est permis. 

Joseph Knox réussit avec brio ce deuxième opus des enquêtes d’Aidan Waits, et nous promet ainsi un nouveau personnage récurrent à suivre sans aucune restriction.

Marie-Laure.


LA MEUTE de Thomas Bronnec / EquinoX / Les Arènes.

On avait beaucoup aimé “Les initiés” et “En pays conquis” et c’est avec un plaisir non feint que l’on retrouve Thomas Bronnec qui a changé d’éditeur mais dont le talent reste intact pour le plaisir des amateurs d’une littérature qui cogne, sans compromission, là où ça fait mal, un peu comme Dominique Manotti ou DOA. On est ici dans le Noir mais très loin du polar, c’est peu démonstratif mais très explosif, dangereux.

Les Initiés, parus en 2015, illustraient le pouvoir de la finance et son impact sur la vie politique. En pays conquis, paru en 2017, trois mois avant l’élection présidentielle, mettait en scène le pouvoir de l’ombre, celui des conseillers qui gravitent autour des hommes et des femmes politiques, jusqu’à faire basculer le destin d’un pays. La meute s’attache à évoquer la relation de fascination et de haine entre le pouvoir politique et le pouvoir médiatique, dans un société transformée par les réseaux sociaux et les mouvements #MeeToo et #BalanceTonPorc.” déclare Thomas Bronnec dans une note de lecture. On est donc sûr maintenant que le Brestois s’attache bien à une uchronie politique de longue haleine, roman après roman. Il serait vain d’espérer y rencontrer Macron ou les membres de l’actuel gouvernement. On n’est pas dans le racolage ici, d’autres ne se sont pas gênés… Chaque roman de Thomas Bronnec analyse, ausculte, dissèque, un aspect méconnu de la vie politique française en partant d’une situation fictive créée par l’auteur: la finance puis les conseillers dans les deux premiers romans et le pouvoir médiatique, entre autres, avec “la meute”, roman de grande portée.

“Un vieux président défait qui n’arrive pas à décrocher et prépare son retour à l’occasion des prochaines élections : François Gabory. Face à lui, Claire Bontems, une jeune ambitieuse qui, profitant du vide politique dans une France qui a voté pour la sortie de l’Union européenne, tente de faire main basse sur la gauche radicale en passant par-dessus les appareils politiques, aidée par Catherine Lengrand, la soeur de François Gabory.”

François Gabory et Claire Bontemps sont les deux visages opposés d’une gauche qui tente de prendre le pouvoir. D’un côté le vieux socialiste qui s’est facilement accommodé du libéralisme, vieux baron, ancien président, suzerain d’un monde où le droit de cuissage était légitimé, sorti gagnant  du parcours ad hoc: sciences po plus ENA, légitimé par ses pairs… De l’autre, une quadra, éclose loin du sérail, apôtre d’une gauche dure égalitaire, loin des appareils des partis. “Elle est excellente parce qu’elle est divertissante. C’est une héroïne de la téléréalité. Elle en a la blondeur et le QI, elle en a le physique et le parler. elle est en phase avec l’époque.” Deux visions de la politique vont s’affronter, deux façons de vivre, de penser, deux mondes: les salons cossus de Gabory et les réseaux sociaux de Bontemps. Dès le début de l’affrontement entre les deux candidats, l’auteur s’attache à montrer le microcosme de chacun, les sentiments, les hésitations et les certitudes, les alliés politiques, les journalistes inféodés ou ralliés, le grand cirque à venir est finement préparé.

 Et puis ça tombe… La rumeur naît, insignifiante, inaudible au départ et puis de plus en plus accessible par les réseaux sociaux. Personne ne croit à son pouvoir ravageur, à sa crédibilité et pourtant…elle va mettre le feu. La rumeur comme instrument politique majeur, dans la réalité aussi, il va falloir s’y faire. L’instrumentalisation des médias, l’influence des électeurs, les fake news, des techniques qui ont, semble-t-il, été déjà testées pour l’élection de Trump et pour le référendum du brexit sont ici évoquées, montrées, expliquées dans une fiction qui fait froid dans le dos,miroir horrible de notre réalité. “Les réseaux sociaux ont fait changer ces rumeurs de dimensions. Avant, elles finissaient par s’envoler et se perdre dans le temps qui passe. Maintenant, le fait de les voir écrites, ou pire de voir des images qui semblent les confirmer, le fait qu’elles puissent se diffuser aussi largement et aussi facilement, tout cela ne laisse aucune chance à la victime. Qu’elle garde le silence ou qu’elle démente, ça ne change pas grand chose.

Un peu comme dans l’air de “la calunnia”  du divin Rossini, le roman progresse sous la forme d’un magistral crescendo mariant à la perfection le public et l’intime. Mais cet hallali, cette curée, ce deguello ne sauraient suffire pour présenter le roman. La mère, la groupie, la candidate, l’épouse, la soeur, l’amie, la conseillère, la technocrate, la journaliste autant de femmes racontées et qui seront les réels dangereux détonateurs d’une intrigue très, très pointue.

Puissant, militant et important.

Wollanup.

PS: entretien avec l’auteur en cours de réalisation.


LE FRACAS D’UNE VAGUE de Mark SaFranko / Kicking Records

Pour les aficionados de Mark SaFranko, ces derniers mois ont marqué le retour de l’auteur américain en version française. Les éditeurs La dragonne et Inculte ont en effet publié (ou republié) trois romans, dûment chroniqués par Nyctalopes.  L’inventaire serait toutefois incomplet si nous n’y ajoutions pas Le fracas d’une vague, une compilation littéraire de nouvelles et poèmes en prose, suivis d’un entretien récent avec l’auteur. Il est vrai que Kicking Records est plus connu sans doute comme un label dédié au rock version bruitiste ou rageuse.  Il publie toutefois quelques ouvrages (monographies, BD, recueils) non sans rapport avec le rock version bruitiste ou rageuse. Mark SaFranko est lui-même chanteur et compositeur.

Le fracas d’une vague se compose principalement de 6 nouvelles inédites (qui « font partie des toutes meilleures que j’ai écrites » déclare l’auteur) et de 12 poèmes en prose et est illustré par des linogravures du plus bel effet de Delphine Bucher, révélatrices du spleen américain provincial qui imprègne les textes. Pour le dire autrement, on a eu des bouquins plus mal fagotés en main.

Dans ce pays où il a bourlingué du nord au sud et d’est en ouest (et cela se sent), Mark SaFranko nous transporte dans les endroits les plus mornes et les communautés les plus bornées, à l’écart des grandes cités et des grandes circulations. Même si le cadre naturel force aux lisières sa beauté et sa sauvagerie, c’est des tourments des humains dont Mark SaFranko fait son miel sombre. Un homme, une femme. Ils sont rencontrés, ils se quittent. Ils doivent s’oublier. Et ça fait mal, longtemps après encore. Ou bien ils se rencontrent et il ne vaudrait mieux pas. Mais que voulez-vous faire contre le chagrin, l’ennui ou la tentation ? Pour Mark SaFranko, les élans du désir et les relations sentimentales semblent immanquablement marqués du sceau de l’erreur,  de l’affliction et de l’échec. C’est affirmé et répété au fil de ces 6 pièces de blues mélancolique, parachevé par L’homme de la chambre 24. Une femme abandonnée, qui se sent en plein déclin, (« Un exil. Elle approchait de la cinquantaine – un chiffre impensable – comme dans la gueule d’un animal sauvage. ») noue une irrépressible relation charnelle avec un client de son motel, malgré l’aspect dangereux du quidam. La plus belle et la plus dure des nouvelles du recueil à mon sens. Pas de côté dans cet ensemble, la nouvelle Maudit Refrain ravira les adeptes du genre musical. Elle revisite avec un comique féroce le personnage de l’ancien musico, méchant loser, incapable de passer à la postérité ni même de se faire reconnaître au présent comme méchant tout court.

L’ouvrage propose aussi pour la première fois un aperçu de la poésie de Mark SaFranko, « décomplexée, fulgurante et sans fioritures. » Les 12 poèmes, dans l’immédiateté, racontent l’homme « rempli » du besoin d’écrire, les obstacles qu’il rencontre, les déceptions qu’il lui faut avaler. L’entretien en long qui suit nous fait connaître un peu mieux si c’était nécessaire l’auteur, son parcours et les liens tissés avec la France, attestés aussi avec la publication du Fracas d’une vague qui a bénéficié de son implication sincère.

Sans fracas, du beau, du bon SaFranko, habillé en tuxedo par Kicking.

Paotrsaout


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