Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Chouchou (Page 16 of 19)

GRAVESEND de William Boyle / Rivages noir

Traduit par Simon Baril

La vie peut-être morne, elle peut-être capiteuse dans ce morceau de Brooklyn et le passé se conjugue au présent…

« Gravesend, une enclave italienne au sud de Brooklyn.

Conway y vit avec son père et, depuis seize ans, il pleure son frère Duncan, renversé par une voiture alors qu’il tentait d’échapper à Ray Boy Calabrese et à sa bande de petites frappes.

Depuis seize ans, Conway attend que Ray Boy sorte de prison afin de lui infliger la seule condamnation valable à ses yeux : la peine de mort.

Mais la vengeance ne prendra pas le tour attendu et, dans ce quartier hanté par la mélancolie et les fantômes, la colère, la frustration et les regrets vont faire leur oeuvre au noir…

Désir, fantasme, désespérance et noirceur sont les maîtres mots de ce roman à la profonde humanité. »

William Boyle est originaire du quartier où il situe son histoire. Se réclamant d’auteurs tels que Larry Brown, Charles Willeford ou Harry Crews il s’est vite imprégné de l’écriture au contact de l’essayiste de la pègre américaine Philip Carlo.

Cette « Little italy » coincée entre Bay Parkway, l’Avenue P, Ocean Parkway et la Belt Parkway possède un accès au littoral. Un retour sur les lieux de son enfance d’une pseudo starlette, ayant tenté l‘aventure dans la ville des Anges, va bouleverser quelque peu un équilibre précaire d’une communauté sclérosée par l’hypocrisie, les faux-semblants, des petites vies étriquées. Les personnages restent habités par les rancœurs et ne savent pas exprimer leurs sentiments. L’impression laissée par le tableau dépeint par l’auteur réside dans des êtres profondément ancrés, lestés par leurs passés. Ils n’entrevoient pas d’avenir ou celui-ci passera par le chaos et la destruction d’utopies vaines.

Sur un rythme « mid-tempo » Boyle nous assène une prose, une écriture qui cerne avec justesse ses protagonistes, esquisse une réalité pieuse parasitée par un environnement poisseux, déprimant.

On accède volontiers à son talent dans l’envergure humaine et psychologique mais on aurait aimer que la cadence se brise, évolue vers une trame moins linéaire, moins « attendue ».

La gravitation de Conway dans son monde clos, son histoire centripète aboutit à une inexorable fuite en avant et met à jour un manque de courage devant des chimères inextinguibles.

Le passé doit rester derrière soi, avec soi, mais derrière soi. Le présent se doit d’être une rampe de lancement pour une vie faite de projets et de constructions pérennes. Boyle aime à nous décrire son anti-thèse !

Noir qui aurait mérité une mélodie plus progressive pour une écriture possédant les atouts du genre.

Chouchou.

 

 

SIX JOURS de Ryan Gattis / Fayard.

Traduit par Nicolas Richard

 

Plongée en apnée dans le quartier de Lynwood aux confluences des émeutes de Los Angeles de 1992  suite au tabassage en règle de Rodney King.

Ryan Gattis est un romancier américain qui vit à Los Angeles. Cofondateur de la société d’édition Black Hill Press, il est également intervenant à la Chapman University de Californie du Sud et membre du collectif d’arts urbains UGLAR.

 « 29 avril – 4 mai 1992.

Pendant six jours, l’acquittement des policiers coupables d’avoir passé à tabac Rodney King met Los Angeles à feu et à sang.

Pendant six jours, dix-sept personnes sont prises dans le chaos.

Pendant six jours, Los Angeles a montré au monde ce qui se passe quand les lois n’ont plus cours.

Le premier jour des émeutes, en plein territoire revendiqué par un gang, le massacre d’un innocent, Ernesto Vera, déclenche une succession d’événements qui vont traverser la ville.

Dans les rues de Lynwood, un quartier éloigné du foyer central des émeutes, qui attirent toutes les forces de police et les caméras de télévision, les tensions s’exacerbent.

Les membres de gangs chicanos profitent de la désertion des représentants de l’ordre pour piller, vandaliser et régler leurs comptes.

Au cœur de ce théâtre de guerre urbaine se croisent sapeurs pompiers, infirmières, ambulanciers et graffeurs, autant de personnages dont la vie est bouleversée par ces journées de confusion et de chaos. »

 Réponse comme un écho des émeutes de Watts du 11 au 17 Aout 1965, la ville des anges s’embrase durant six jours d’un déferlement de violences, d’une implosion de haine. On suit les pérégrinations dans ce cataclysme de différents protagonistes issus de ce quartier où la règle, la loi restent dictées par les gangs.

Projeté de manière abrupte dans ce chaos le lecteur est happé, calotté, déstabilisé dans ce monde désincarné. L’auteur allie qualité d’écriture et analyse sociologique dans ce véritable roman noir avec une puissance inouïe. On perçoit, au fil des pages, des bribes d’explications, d’analyse, de cet embrasement incontrôlé et les acteurs face à ce déchaînement de violences restent aux yeux de l’écrivain et à mes yeux des êtres humains dans leur côté sombre en conservant concrètement les faiblesses, les failles, les fêlures de tout à chacun.

Ryan Gattis a magistralement accouché d’une œuvre écrite parfaitement scénarisée et l’on est ébloui par sa capacité à traduire, de cet environnement, les aspects d’une société en déperdition où les mots construction, émancipation, culture et cadre politique ne conservent plus de sens.

Coup de poing au plexus solaire où, étouffé par le récit, sa lecture est une vraie bénédiction pour le lecteur de noir.

Comme un symbole et pour clore cette chronique, mon illustration musicale vous présente un  enfant de South Central, admirable saxophoniste, chantre de la création, s’étant nourri d’une myriade d’influences Jazz, Soul, Hip-hop, Rock. Son triple album « Epic » est une tuerie de conception musicale. Et KAmasi porte le mot Espoir en bandoulière et prouve qu’il est présent dans toutes les têtes et qu’il peut éclore à tout moment , dans n’importe quel contexte !

Chouchou.

 

 

 

 

 

 

 

HOSTIS CORPUS de Christophe Reydi-Gramond/ Editions Black Piranha

Deux trames distinctes constituent le point de départ de l’histoire qui mêlera donc l’empire russe aux us occultes de la cité du Vatican.

« Rome, 2000. À la veille du jubilé, un vent de panique souffle sur le Vatican : le Saint Suaire a disparu. Pour le retrouver, le commissaire Rocci, va devoir entamer une partie dangereuse dont il ignore toutes les règles.Lorsque le linceul du Christ disparaît mystérieusement à la veille du jubilé de l’an 2000, les dernières pièces de la partie d’échec engagée au Kremlin un demi-siècle plus tôt sortent de l’ombre pour le dernier combat. Le Maître joue seul. Il affronte le commissaire Rocci et son adjointe Ornella, mais aussi l’abbé Dumoulin au passé trouble. Sans oublier la moitié des membres du Vatican. »

Cette enquête capitale dans l’univers de la caste catholique révélera et pointera sa lumière sur les conciles sombres, les affrontements internes d’une société religieuse cachée derrière les étoffes pourpres et parées des robes de bures opaques.

Il existe des personnages dont l’histoire, les chemins qui les ont menés à Rome n’ont aucun rapport avec la route 66 mais bien plus aux lacets empruntés pour la montée du Galibier ou autres Ventoux. Derrière les façades fastueuses et resplendissantes du Saint Siège les fondations, la structure, se craquellent au moindre frémissement tellurique. Les confrontations religieuses / civiles accouchent  de situations alliant frictions et crissements.

Sous l’égide du thriller, l’auteur nous plonge donc dans ces mondes disparates, opposés et contribue à amplifier nos doutes, notre questionnement légitime sur l’organisation et les rouages de l’Église. Il a su retranscrire dans cette atmosphère la part de doute, la part de mystère en y incluant des personnages idoines à la recherche de la, de cette vérité !

Plaisir réel de lecture mais plaisir tronqué par un rythme biaisé et un postulat de base élimé par des acteurs de cette fresque qui, à mes yeux,  n’ont pas été suffisamment fouillés et développés. La thématique du « sacerdoce » propre au milieu n’est déjà pas prompte à l’acmé me concernant, le potentiel du livre y était mais n’a pas abouti au sommet papal.

Mi-figue, mi-raisin.

Chouchou.

LA DISPARITION DU CŒUR DES SYMBOLES de Miguel Miranda / l’Aube noire

Traduit du portugais par Michel Pranville.

 

Agrémentés de pastel de nata et de vins cuits de la péninsule Lusitanienne, on entre dans cette enquête où édiles politiques et gratin de la société locale se croisent et s’entrecroisent.

« Une délégation d’Amérique latine vient à ­Porto pour commémorer la mémoire du roi Dom Pedro IV.Leurs hôtes sont les chefs de quatre grandes familles portugaises. Pendant la cérémonie, au moment même où l’on découvre que la relique du roi – son cœur contenu dans une urne – a disparu, l’architecte Jorge Vinagre, organiste, s’écroule sur son clavier.Les membres de la délégation et la maîtresse du ­défunt engagent le détective privé Mário França pour retrouver qui la relique, qui l’assassin de Vinagre… »

Rapidement, la plume de l’auteur accroche le lecteur. Sur un rythme cohérent, il sublime une ville, des personnages, une histoire. Tissant un aréopage d’acteurs tournant autour de ce détective rocambolesque, le contexte s’anoblit, se magnifie par des alternances de fragrances, de cartes postales, de musiques variées.

Sous couvert d’un style virevoltant, coloré, l’hydre formée en périphérie de l’enquêteur Mario França nous dresse une liste bigarrée, interlope, de partenaires complémentaires de part leur personnalité et leurs expertises individuelles.

De cette écriture on extrait un jus rubis sucré à souhait et gouleyant pour étancher notre soif littéraire ; « Le soleil couchant dissout les couleurs dans des tons ocres, le soleil se vide dans les anfractuosités des maisons, le ciel se dissipe, ceint par des nuages en sang. Tandis  que la nuit tombe, la ville revêt son habit de soirée, une longue robe de lumière scintillantes. »

L’auteur nous présente sa faculté faconde à alterner le burlesque et l’estampe pointilliste. On jouit de cette lecture engageante, affriolante, où le « prétexte » de l’enquête nous mène dans cette cité entre Histoire et télescopage d’êtres attachants bien que pas tous recommandables…

Contraste saisissant entre le rustique et l’érudit, Miranda nous offre un plateau  dégustation livresque d’équilibre et de plaisir, ponctué, teinté d’une bande originale hétéroclite !

Chouchou.

Egalement chez Claude:

 

http://www.action-suspense.com/2016/06/miguel-miranda-la-disparition-du-coeur-des-symboles-l-aube-noire-2016.html

 

 

 

 

DEBORDEMENTS de Olivier Villepreux,Samy Mouhoubi et Frédéric Bernard / Anamosa.

« Le football n’est pas toujours cette fête que l’on voudrait qu’il soit. 13 destins sombres d’acteurs de ce sport révèlent les excès et la schizophrénie d’un milieu où ambitions, politique et argent font très mauvais ménage. Sport populaire, le football est traité ici comme chambre d’écho de l’Histoire ou de faits de société. De la collaboration aux crimes de guerre en passant par la corruption ou la dépression, le football a le don de mettre en évidence les maux du XXe et du XXIe siècle. Le livre, à travers le destin de 13 joueurs ou dirigeants dépassés, ou dévorés, par leur ambition, révèle l’envers du décor du sport-roi qui fait rêver les enfants de tous les continents. Dans ces chroniques inédites et nourries des affaires les plus récentes, deux plumes du journalisme de sport et de société et un fin connaisseur du football s’attachent à décrypter les excès de ce sport, excès profondément liés aux époques et sociétés dépeintes ici. Loin du plaisir du seul jeu, le football donne le vertige comme milieu propice aux débordements humains et aux pertes de repères. »

Le football aussi aimé que haï, source de bonheur comme de tant de désillusions comme on peut le constater si amèrement en ce moment par le comportement de barbares dans les tribunes des stades comme dans les rues de nos villes, une internationale de la connerie quand ils sont bourrés ou le reflet des plus vils nationalismes quand leur violence est travaillée pour faire mal ou diffuser des idées puantes. Le foot qu’il est de si bon ton de démolir pour certaines pseudo élites intellectuelles alors qu’il peut offrir des moments d’extase, faisant rêver les gamins s’imaginant devenir Messi, provoquant des larmes de bonheur chez certaines personnes sensibles comme leurs parents, créant des « conflits » dans certaines familles. Le foot, nouvel opium des peuples mais aussi une passion universelle, le sport le plus populaire de la planète avec tous les excès de la médiatisation moderne, le dopage, le fric, les magouilles, les manœuvres politiques cachées, ces « stars » pourries gâtées au QI faiblissime que les médias font dieux, ouais le foot qui fait vendre du shampooing ou des voitures. Le foot, de toutes les manières, phénomène culturel étouffant mais aussi parfois rassurant (se sentir avec les autres en tribune à la Beaujoire à pousser, chanter) qu’on ne peut ignorer et qu’il est nécessaire d’analyser, de comprendre d’un point de vue sociologique avant de le résumer à 22 gars en short qui se battent pour un ballon et de devenir aussi abrutis que certains tarés dans les stades.

Les ouvrages de passionnés et de fins connaisseurs pour le grand public parlant intelligemment et de manière docte sur le football sont rares. Et après un très bon « Les émeutes raciales de Chicago de 1919 », les éditions Anamosa, vraiment dans le coup dans la très bonne vulgarisation de réalités sociales, nous offre ce « Débordements » qui montre certains aspects sombres du football à travers l’histoire. Démarrant de manière héroïque en 1938 avec l’histoire de Matthias Sindelar l’Autrichien qui a su narguer les nazis, le livre nous conte des histoires tristement authentiques où le foot est toujours en mauvaise compagnie: tristes pratiquants, supporters lamentables, magouilleurs militaires, politiques ou vulgaires escrocs.

Il est certain que ce triste tableau que couvrent ces beaucoup trop courtes 260 pages ravira tous les détracteurs de sport mais il comblera tous les lecteurs intelligents soucieux de comprendre ce phénomène de société qui a depuis longtemps quitté l’ enceinte des stades pour servir souvent les intérêts les plus vils ou perturber les plus fragiles ou les plus navrants des pratiquants: l’histoire de Tony Adams capitaine alcoolique du club d’Arsenal, par exemple, est particulièrement poignante. Notons aussi pour tous les amoureux de ce sport le fantastique et jouissif chapitre sur le couple infernal Jean Pierre Bernès Bernard Tapie montrant que l’histoire du match truqué OM/VA n’est que la partie visible de l’iceberg des magouilles du duo.

Tous les chapitres taclent dur, souvent au niveau du genou, et je ne saurais terminer sans rendre hommage aux trois auteurs passionnés Olivier Villepreux, Sami Mouhoubi et Frédéric Bernard pour leur beau travail de dénonciation de certains des aspects obscurs du monde du football, hélas triste reflet de notre réalité moderne.

Mais n’oubliez pas non plus ou découvrez les beaux moments que peuvent déclencher le football et seulement le football: lisez « une saison de Vérone » de Tim parks, « carton rouge » de Nick Hornby, », « la peine capitale » de Santiago Roncagliolo, « 44 jours » de David Peace, « jeudi noir » de Michaël Mention… Regardez le Barça de Guardiola, l’Ajax Amsterdam de Johan Cruyff, le Brésil de 1970, le FC Nantes de Denoueix, les dribbles de Garrincha (grand absent de l’ouvrage), la classe de Van Basten et de Zidane, le kop d’Anfield et les matchs des débutants avec le ballon qui leur arrive au genou.

Brillamment important.

Le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités” Albert Camus.

Wollanup.

« Who is that screming in Lunar Park?

If they make Tony Adams captain

We could all go screaming in Lunar Park. »

Joe Strummer.

LES MORTES-EAUX de Andrew Michael Hurley / Denoël (effroi).

Traduction:Santiago Artozqui

Sur cet isthme de la côte du Lancashire, une famille pieuse s ‘approprie une propriété dans un objectif de guérison d’un de leur fils. Ce « chemin de croix » s’ avèrera parsemé de chausse trappes, de réactions autochtones muées par le rejet et la méfiance.

« Angleterre, années soixante-dix. Comme tous les ans au moment des vacances de Pâques, la famille Smith part en pèlerinage avec quelques membres de sa paroisse. Ils se rendent dans une vieille bâtisse sinistre en bord de mer, sous la houlette d’un prêtre, le père Wilfred. Les Smith, des gens très pieux, espèrent en venant là obtenir la guérison de leur aîné, Andrew, déficient mental. Andrew, lui, part explorer les environs du sanctuaire avec son jeune frère. Au cours de leurs escapades, ils font la connaissance des villageois, qui ne cachent pas leur hostilité à l’égard des pèlerins et semblent se livrer à d’obscures activités nocturnes, sortes de rites païens censés guérir les malades.
Andrew Michael Hurley dresse une galerie de portraits tous aussi étranges et effrayants les uns que les autres, mélangeant de sinistres autochtones et des pèlerins aussi perturbés que perturbants, et signe ici un roman obsédant et ambigu. »

Sortez missel, chapelet, pour vous absoudre de vos actions pécheresses car le décorum eucharistique est planté dans son exhaustivité. Cet ouvrage m’a permis de faire la part des choses en terme de littérature. On peut le prendre sous deux prismes : le premier sous l’angle strictement rhétorique et force de constater que l’on prend une véritable leçon d’écriture. Elle est travaillée, raffinée au sens noble du terme, évocatrice, avec cette sensation limpide que le courant des mots est naturel, spontané. Dans la tourmente familiale l’on s’extasie face à la faculté aisée à nous exposer ce tableau figuratif qui tend à l’impressionnisme pour certains passages. La grisaille quasi-perpétuelle dépeint un florilège de personnages richement décrits, où leurs psychés sondées forment une farandole d’ex-voto gothiques. Plongé dans ces convictions religieuses indéfectibles nos sentiments de lectures débouchent sur un trouble noir et gris.

En effet le second prisme de ma lecture est dans la thématique, la trame suivie par l’auteur. La navigation constante dans ces sentiments, cette architecture œcuménique m’a paru leste, pesante où à de rares moments je n’ai tressailli, sursauté, ressenti une tension dans le genre étiqueté.

L’auteur réside dans la région décrite dans l’ouvrage où il enseigne la littérature et son roman sera adapté au cinéma par Danny Boyle.

Au moment de refermer ce livre je me suis avoué avoir pris une  véritable leçon d’écriture et pris un réel plaisir en ce sens mais je concède n’être pas mué par une alacrité de lecture face au fond, au rythme, aux sujets abordés par ce conte folklorique.

Chouchou.

 

 

 

 

 

 

 

 

LE BON CAMP d’Eric Guillon / La Manufacture de Livres.

Entrez dans cette période de notre histoire dualiste où le manichéisme est comme une roulette russe. Duel des pôles géographiques de l’hexagone, duel des hommes qui s’affrontent au péril de leurs idéaux, de leurs valeurs cardinales d’existences. La morale de l’époque n’est pas aussi binaire que l’on pourrait croire et les brouillards entre les différents camps peuvent être denses….

« En sang, enfermé dans une cave où il a été passé à tabac, conscient qu’il va bientôt mourir, un homme, Joseph, se souvient de sa vie…

Ancien combattant des Brigades Internationales devenu contrebandier, militant communiste, Joseph va connaître pendant la guerre la clandestinité. Puis, fréquente la pègre et fait la connaissance de Lise, prostituée dont le mac est incarcéré. Arrêté pour détention d’armes et soupçonné appartenir à la résistance, il est incarcéré. Il s’évade avec Antoine et fait connaissance d’Abel Danos et de la bande de Bony Lafont. Antoine réussit à le planquer à la Libération. Jo va participer en marge aux opérations de la désormais fameuse bande des Tractions Avant.. Puis, briseur de grèves au sein de la bande Guérini et Cie, il passe aux premiers braquages. Mais recherché par la police et ses anciens amis communistes ; il est contraint de se réfugier en Algérie avec l’aide d’Antoine qui lui confie la gestion d’une maison close. Pendant l’insurrection algérienne, Joseph participe aux trafics et faux trafic d’armes menés par la DST pour le compte du FLN….

Qui sont ceux qui l’ont enfermé et qui s’apprêtent à le tuer ? Tantôt résistant, tantôt avec les collabos, tantôt avec les flics, tantôt chez les voyous, est ce qu’il a encore choisi le bon camp ? »

L’auteur spécialiste, historien du Milieu Français et qui a publié en 2006 Abel Danos, Entre Résistance et Gestapo, tend à montrer ou démontrer par cet œuvre romanesque que la frontière, la couleur pouvaient se confondre entre ces deux entités. Son récit qui met en avant ce Jo balancé dans les cordes de sa conscience, brinquebalé dans les circonvolutions de son inconscient, nous éclaire au briquet tempête des turpitudes, des questionnements de l’époque.

Entre ciel et terre, entre acide et sucré, silence et fureur, son parcours emprunte des directions, parfois confuses, dont les vecteurs illustrés sont bien l’amitié, les espoirs déçus, les phantasmes d’un futur idéalisé. Par le truchement de flash-back rétrospectifs, Jo nous convie dans son voyage truffé d’opération coup de poing, de prise de positions politiques et au gré des attirances et autres hormones vers des relations amoureuses jouant différentes partitions.

Sans loi mais avec foi Jo trace sa route et se remémore ses années de funambule jonglant avec le feu.

Historique et illustratif l’ouvrage nous berce de ces illusions que l’on pensait évanouies… !

Chouchou.

 

D’ OMBRES ET DE FLAMMES de Pierric Guittaut /Série Noire.

Dans cet ouvrage l’auteur s’attache et nous convie à suivre le retour aux sources d’un être hanté par son passé, son héritage et ses souvenirs. La confrontation rude réservera néanmoins des virages émotionnels, des coups de volant, des changements de cap violents pour certains, surprenants pour d’autres…

« Le major de gendarmerie Remangeon, «le fils du sorcier», est de retour en Sologne. La région de son enfance, pauvre et marquée du sceau de la superstition, s’est muée en source de revenus non négligeables grâce à la chasse, principale activité des propriétaires terriens. C’est aussi là qu’il y a dix ans a disparu Élise, son épouse, que personne n’a jamais revue.
Dès son arrivée, des cervidés sont braconnés sur le domaine d’un commerçant aisé, et l’élevage de faisans de son amie d’enfance périclite de façon irrationnelle… Puis il aperçoit Élise, sans pouvoir l’approcher… Afin d’éclaircir tous ces mystères, le gendarme va devoir accepter son héritage, et maîtriser enfin ce sang noir qui bouillonne en lui. »

 

L’auteur originaire de Seine et Marne et Berrichon d’adoption présente deux passions la lecture et la chasse. De cette synthétique présentation, on ne peut que mieux comprendre la substance du récit et ses ramifications.

Le major Fabrice Remangeon se voit, après une bavure « contrôlée » voire « morale », désavoué par sa hiérarchie… Dans leur infinie bonté, germe l’idée saugrenue, vicieuse de le renvoyer dans son pays natal. On pourrait alors penser que cela ne sera pas vécu comme une brimade. « Reconquérir » sa vie d’ antan est un challenge excitant forçant à une alacrité naturelle. Tout le contraire s’affiche à ses yeux, à son esprit, car les boulets essaimés par son père, en particulier, et les stigmates de son propre vécu sur ces terres ne sont que meurtrissures, aigreurs et héritages lourds à assumer. Mué par aucune volonté de reconstruction et de rédemption, le personnage épicentrique se fourvoie initialement dans un sabotage calculé. Mais voilà, le sang, sa lignée, ses réminiscences lui assènent des piqûres de rappel comme autant de signes de prodrome du désordre psychique et surnaturel tatoué dans sa carte génétique.

La spirale irrémédiable arc-boute dans un maelstrom confondant les rites des panseurs, des rebouteux, les activités de la chasse et ses dérives, son amour passé et perdu,… Cette plongée, accompagnée de personnages centripètes au totem Remangeon, s’exécute en apnée et foule les paliers de décompression.

Par son écriture précise et directe, sa lecture fluide, crescendo affannato, projette les mandrins à notre générateur émotionnel. L’on se complaît naturellement et insidieusement à faire abstraction du côté surnaturel pour ne garder que la sève du discours voulu par son géniteur.

Entre oxymore et litote, le titre même du manuscrit embrase nos sens pour mieux éclairer notre propre pudibonderie.

Apre, rêche, sans concessions, retour aux sources alliant souffrances, noirceur et éclaircie !

Chouchou.

 

 

 

 

 

 

 

EASY MONEY de David Simon / Editions Inculte.

Traduction:Jérôme Schmidt

On replonge volontiers dans l’univers riche et prenant de la série culte The Wire (Sur Ecoute) pour suivre, en particulier, le parcours de Melvin Williams « Little Melvin ».

« Baltimore, 1985. La ville, déjà ravagée par la misère sociale et la corruption politique, est devenue la plaque tournante du commerce de l’ héroïne de la côte Est américaine. Dans les rues de Baltimore Ouest, un nom est sur toutes les lèvres : Melvin Williams, dit « Little Melvin ». son ombre dégingandée plane sur toute la ville, tandis que policiers et juges tentent à tout prix de coincer celui qui est soupçonné d’être le parrain de la ville et le plus gros importateur de poudre blanche de l’époque. Un jeune journalistique du Baltimore Sun, David Simon, passera plus de trois ans à interviewer Little Melvin, depuis sa cellule de prison ou après sa sortie. »

L’auteur, né en 1960, est un écrivain, journaliste et scénariste américain de séries télévisées. Il est le créateur de la série HBO The Wire, sur laquelle il est crédité en tant que producteur exécutif et scénariste principal pour les cinq saisons. En 2010, il a entamé une nouvelle série, Treme, et a signé en 2015 une fiction politique, Show me a hero.

Speedball, Brown sugar, Sister morphine, horse, Black Tar, nourrir le singe, chasser le dragon, autant de termes, d’expressions, du monde interlope et dispendieux que génère le trafic de la poudre blanche dans la périphérie de New York. Ce commerce génère alors son flot d’accointances policières, politiques, judiciaires au vu de la manne financière créée.

L’épicentre du court récit nous révèle un personnage au sang froid, doté d’une intelligence remarquable capable de la mise en place d’un système rôdé, partitionné, pyramidal, qui lui permettra de le diriger d’une main de maître malgré quelques « déboires » judiciaires édulcorés face aux actes implicites et imputables de son « commerce ».

On y retrouve, avec une délectation non feinte, des personnages de cette série refusant le dualisme, nomiste, dépeignant ce Baltimore symptomatique des politiques concourants à la déliquescence des quartiers, des laisser pour compte. Dans ce documentaire réaliste quasi littéraire, s’entrecroisent les acteurs de l’exploration de la vie urbaine sous un prisme quasi-littéraire.

Par ce document précieux et dense, Simon réussit à capter, à interpeller, appelle au questionnement sociétal et nous assène de nouveau une série de coup au corps ponctuée de jams, de crochets et d’uppercuts nous laissant pantois. Le noble art n’en est plus un quand il est pratiqué par des disciples sans foi ni loi.

Éclairant, violent sur plusieurs dimensions, essentiel dans son envergure d’investigation !

Chouchou.

N.B. : vous pourrez donc y retrouver pour les inconditionnels de la série les Barksdales, « proposition Joe », en filigrane « Bunk » Moreland (Wendell Price), les « D », « Stringer » Bell (Idriss Elba), « Prez » Pryzbylewski, et, pour la petite histoire, le personnage central de ce récit jouait le rôle du diacre dans l’adaptation télévisuelle.

 

 

 

 

MOURIR EN AOÛT de Jean-Baptiste Ferrero / Editions du 38.

Soyez les bienvenu(e)s dans la société MC4. Non, non, ce n’est surement pas un succédané du groupe hard rock de Détroit  mais bien une galerie des « damnés du pompier » pendant Glam Rock  Gary Glitter…

« À Paris au mois d’août, on s’ennuie sérieusement.

Le meilleur remède contre l’ennui, c’est LES ennuis. Et les ennuis, Thomas Fiera les attire à un point qui n’est pas raisonnable. Ancien universitaire en rupture de ban qui suite à un drame personnel est devenu enquêteur privé, Fiera promène son spleen et son humour caustique dans le monde des entreprises sur lequel il jette un regard sceptique et blasé.

Recruté par le PDG de la société MC4 pour traquer un corbeau, un sale petit délateur sournois qui le met en cause auprès des médias, Fiera, flanqué d’une équipe d’aventuriers aussi improbables que dangereux, se retrouve embarqué dans un merdier infernal où il doit se farcir de faux druides, de vrais fachos et d’authentiques tarés en tous genres.

Lui et ses quatre amis provoquent une forte augmentation de l’activité des pompes funèbres qui ne doit pas grand-chose à la canicule.

Y’a pas à dire : Paris au mois d’août, c’est mortel ! »

Embarqué dans un groupe de cinq « Fiera Bras » où se côtoient allègrement des compétences, des personnalités disparates mais bien imbriquées dans un catalogue de valeurs et de lignes de conduites sécantes. On nous brinquebale avec saveur, titillant nos papilles gustatives dans un bric à brac interlope tendance fricassée de phalanges, saupoudré d’un zeste de siffleur du grill costal…

 

La bande à F. se voit profiler à leurs pupilles mydriatiques les atermoiements d’un groupuscule licencieux adepte des pratiques réprouvées par la morale et la bienséance politico-éthique. Ajoutée au tableau une idylle naissante de notre protagoniste principal lui ouvrant l’aptitude , rêvée par chacun, de voltiger, de planer dans une hébétude toute juvénile. Dotés pour la plupart de psychologie abrasive voire inexpugnable dans cette volonté commune d’aller au bout du bout, on s’enflamme à l’idée que seule la résolution de leur mission corbac portera à l’acmé.

J’y ai, personnellement, retrouvé des accointances jubilatoires à des textes de Prudon tel « Nadine Mouque » ou des similitudes à certains écrits de Jean Bernard Pouy.

La danse des mots, entre gigue, fox trot ou autres jerks, frétille sous notre lecture et nous botte le cul, la substance blanche envoie des impulsions anarchiques neuronales par le chatouillis des dendrites atteintes des folklores de la Saint Guy. Bien plus que par la rhétorique, sa sémantique, l’ouvrage se singularise d’une profonde candeur, d’un ping-pong alerte sans la naïveté basique mais tout au contraire d’un déroulé sulfureux, gratte cul du cynorhodon.

L’Alphonse Boudard n’aurait pas renié cette verve, ce conte vert et imagé d’une sensiblerie bien masquée mais bien là !

Vivifiant, dépaysant par son stylo, évasion garantie… Une bonne benzo sans prescription, ni effets délétères !

Chouchou.

 

 

 

 

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