Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Chouchou (Page 13 of 19)

HOTEL ANGLETERRE de Marie Bennett/ éditions Denoël.

Traduction: Maja Thrane et Thibaud Defever

La séparation d’un couple engendrée par la folie des hommes et leurs pulsions irrépressibles belliqueuses engendrera des destins opposés sous l’empreinte de l’isolement, du manque et de tentures qui s’ouvrent sur des sentiments inconnus, révélateurs.

« Suède, hiver 1940. Georg est appelé sous les drapeaux. Exposée à des températures extrêmes, mal équipée, sous-alimentée, son unité se trouve à la merci d’officiers incompétents qui exposent les soldats à des risques inutiles et n’hésitent pas à leur infliger châtiments et humiliations. Lorsque cinq recrues meurent, c’est la mutinerie, et Georg est envoyé en camp de travail.

De son côté, Kerstin, la femme de Georg, survit comme elle peut à Malmö. Les années passent, et avec elles l’espoir de revoir un jour son époux. Mais une rencontre bouleverse sa vie, celle de Viola, femme riche, belle et cultivée dont Kerstin tombe éperdument amoureuse. C’est le début d’une liaison d’autant plus passionnée qu’elle est interdite. Pourtant, aveuglée par la jalousie, Kerstin détruit ce bonheur fugace.

Le soir de Noël 1943, les deux époux se retrouvent enfin. Pourront-ils reprendre le cours de leur existence après avoir traversé autant d’épreuves

Un superbe roman sur l’amour, la trahison et les remords. »

Le départ de Georg, dans ce contexte de conflit mondial, semble au départ temporaire et l’espoir de retour rapide reste présent dans les esprits du couple. Les conditions rudes sous le joug d’un despote à galons entrainera une prise de conscience brutale des condisciples de Georg et compliquera son retour. Le couple en souffre, le couple s’étiole, le coulpe s’éloigne, et Viola constituera l’image du fruit défendu aux yeux de Kerstin mais aussi la béquille morale afin d’affronter l’isolement, la grisaille d’un pays en conflit.

Le retour de l’époux apparaît alors comme une épreuve dans ce hiatus de vie de couple. Georg n’a plus le cuir bistre d’antan, il a laissé son insouciance, sa légèreté dans les plaines enneigées du nord. Les stigmates aussi bien sur son enveloppe charnelle que dans les tréfonds de son être amplifient les écueils aux retrouvailles, à l’évidente fusion des époux. Kerstin de son côté traine  le lest de son aventure réprouvée par la société moribonde de l’époque. Les herses de la bien pensance et de la morale sclérosée édifient les murailles autour d’une femme isolée de son époux puis isolée dans cette société, dans sa famille.

L’ouvrage décrit de manière fine et délicate les affres d’un tel contexte et prend le recul nécessaire afin de s’abstenir de tout jugement, de toute velléité d’admonestation. L’auteur réussit le pari de l’empathie pour ses personnages cardinaux et régénère la réflexion quant aux diktats des moralisateurs prompts à l’objurgation.

Thématiques modernes sur une période de nuées et de brouillards !

Chouchou.

BEST OF 2016, VOL 1 // CHOUCHOU.

Premier des trois Best of 2016 de Nyctalopes. com. Comme nous n’avons pas lu les mêmes romans, comme nous n’avons pas travaillé avec les mêmes éditeurs, nous devrions vous offrir un beau panel de la littérature noire et polars qui devrait bien couvrir ce qui s’est écrit de bien dans le genre cette année, enfin, à notre avis.Il y aura certainement des doublons, la preuve par le premier roman cité par Chouchou… une évidence.Surprise, ne figure pas  » ce rugby que j’aime  » de Bernard Laporte.

 

 

  • DOA : « Pukhtu-Secundo »/ Série Noire

Pour la parfaite clôture d’un cycle dans une œuvre humaniste où émotions et politique s’imbriquent, s’entremêlent, se côtoient… Ouvrage majeur d’une littérature exigeante !

  • Anne Bourrel : « L’invention de la neige »/ La Manufacture de Livres

Froid et grisaille enveloppent notre esprit dans un récit bouleversant d’authenticité où racine conserve un sens concret et fort.

  • Fred et Nath Gevart : « Cavalier Seul »/ La Manufacture de Livres

Thématique rare dans le noir et l’assemblage de sentiments contradictoires donne un ton racé, dense et percutant !

  • Wendell Pierce : « Le Vent dans les roseaux »/ éditions du sous sol

Je connaissais l’acteur, dorénavant je connais mieux l’écrivain et surtout l’homme. Coup de cœur où Espoir est un mot qui résonne !

  • De Cataldo-Bonini : « Rome Brûle »/ Métaillié

Suite somptueuse à Suburra. Les auteurs dissèquent les relations ambiguës entre politique et milieu dans une cohérente mise en perspective.

  • Craig Clevenger : « Le Contorsionniste »/ Le Nouvel Attila

Œuvre transcendante où style et forme originales s’ arc-boutent sur un texte jubilatoire.

  • Miguel Miranda : « La disparition du cœur des symboles »/ L’Aube Noire

Enquête lusitanienne rafraîchissante sous une plume affirmée et raffinée !

  • Kim Un-Su : « Les Planificateurs »/ L’Aube Noire

 

Roman à facettes où le charme asiatique agit autant dans l’écriture que dans l’histoire proposée.

  • Franck Bouysse : « Plateau »/ Territori

Le jeu des mots, allié à un fond puisant dans le tréfonds des âmes, bouleverse !

Don Carpenter : « Un dernier verre au bar sans nom »/ Cambourakis

Objet livresque de haute tenue dans sa dimension littéraire où l’écriture est un personnage à part entière.

***

Alors première compilation de mes ouvrages électifs pour cette année 2016, première année complète pour ce site nyctalopes au sein d’un trio qui a appris à se connaître dans ses lectures et ses personnalités complémentaires. Des chroniqueurs « guests » de renom qui ont assaisonné nos menus constituant indéniablement notre nourriture spirituelle, au même titre que la zik’ pignon intangible de nos avis sur les ouvrages choisis. On tente , on essaie de conserver notre propre intransigeance dans une éthique, une déontologie dans cette position , « on the edge », de lecteur-chroniqueur que je découvre où je tente d’évoluer. Je cherche, nous cherchons d’ouvrir notre horizon éditorial avec les maisons d’éditions qui veulent jouer le jeu avec plus ou moins de réussites. J’en profite donc pour remercier celles avec qui j’ai noué des échanges fructueux, collatéraux, dans cet esprit constructif recherché. Et puis j’espère étendre ce champ des possibles. Belle année littéraire mais ce qui a le plus compté à mes yeux en tant qu’être humain se sont bien ces rencontres et en particulier avec Racoon et Clete. Merci pour l’opportunité que vous m’avez offerte. Je n’ai pas lu nécessairement l’ensemble des ouvrages constituant pour beaucoup les incontournables de cette année mais j’ai apprécié la découverte de romans hors les sentiers battus.

Mon habillage musical représente aussi le reflet de mon année dans la notion de découverte, de qualité et symbolisant un brin mon état d’esprit en écrivant ces lignes et de manière générale sur le titre choisi.

Chouchou.

 

BIENVENUE A COTTON’S WARWICK de Michael Mention/ éditions Flammarion / Ombres Noires

Plongez en apnée dans une zone reculée, inamicale, du pays continent ! La dépravation inéluctable et brutale d’un îlot de congénères aux prises à une mystérieuse aberration, une damnation sans issue, débouchera sur un jeu de mikado hémorragique où le moindre relâchement, la moindre hésitation seront synonymes d’anéantissement au propre comme au figuré.

« Ici, il n’y a rien. Excepté quelques fantômes à la peau rougie de terre, reclus dans le trou du cul de l’Australie. Perdus au fin fond du Northern, ce néant où la bière est une religion et où les médecins se déplacent en avion. »

Australie, Territoire du Nord.

Dans l’Outback, on ne vit plus depuis longtemps, on survit.

Seize hommes et une femme, totalement isolés, passent leurs journées entre ennui, alcool et chasse.

Routine mortifère sous l’autorité de Quinn, Ranger véreux.

Tandis que sévit une canicule sans précédent, des morts suspectes ébranlent le village, réveillant les rancoeurs et les frustrations.

Désormais la peur est partout, donnant à ce qui reste de vie le goût fielleux de la sueur, de la folie et du sang.

Vous n’oublierez jamais Cotton’s Warwick. »

 

Cette communauté, inhospitalière de par sa géographie, composée d’un groupe numériquement proche d’une équipe de rugby sans la totalité de ses remplaçants, est dirigée par un matamore arguant de son emprise par la justice expéditive, l’édiction de règles autocratiques et la mise en place d’un trafic licencieux. Le semblant de village tourne autour de préoccupations et d’occupations binaires. Dans cette ode à la divination « glut », la vie dans ce trou du cul du monde s’articule sur des pivots rimant avec poivrots et bas du plafond. La zizanie, l’éclatement de cet équilibre précaire vont brutalement prendre la forme d’un éboulement d’un jeu de dominos mortifère.

Les fondations de l’ouvrage m’ont fait penser, par certains de ces aspects, instinctivement, comme le ressaut de souvenirs enfouis, au film de Christian de Chalonge MALEVIL. Dans sa dramaturgie, dans l’isolement d’êtres aux prises avec des démons, avec leurs démons, l’on est aspiré dans un gouffre noir dont on ne voit pas le fond.

C’est comme une peau sans l’épiderme, ça suinte, ça douille, c’est poreux, pas de barrières contre la vermine et la désolation. Une brûlure corps entier faisant hurler de douleur, scalps d’esprits en déroute, à la dérive, voués à l’abandon, à la vacation de la décence, au refus inconscient d’une dignité.

Dans ce cauchemar livresque, on s’agite en tout sens, on sue abondamment, notre subconscient n’est pas épargné et la violence crescendo abolit notre sens rationnel mais l’on sait que l’on va se réveiller…. La chute vertigineuse du pas dans le vide coupera cette horreur et l’on pourra se désaltérer d’une large rasade d’eau fraîche. Et bien NON, il n’y rien d’onirique on est dans une réalité crue et effroyable.

A ne pas mettre dans toutes les mains, M. Mention s’ouvre sur un autre pan de sa littérature en paraphant comme il se doit cet opus d’un habillage musical aux petits oignons soit complètement en lien avec le contexte soit en complet décalage pour renforcer le malaise.

Suffocant à plus d’un titre !

Chouchou.

 

 

CLASSE DANGEREUSE de Patrick de Lassagne/ La Manufacture de Livres.

Dans le sillage de quatre potos de la banlieue Sud de Paris, on navigue entre Rock vintage et opération la débrouille où la rue est un art de vivre…

« Banlieue Sud, Eric, Nono, Bûche et Catman rêvent aux exploits de Mesrine et de Besse dans cette France de la fin des années Giscard, cette France qui “a peur” .

Avec ses potes, c’est les virées sur les Bleues aux moteurs kités, les Derbis qui s’arrachent sur le bitume de Rungis ou de Gentilly. Entre les sorties à la Foire de Trône qui virent souvent à la baston avec les teddy boys, rockers, fifties, cats,et autres Hell’s Angels, les vols et les cambriolages, la bande se prend à imaginer des exploits plus costauds. Mais avant de devenir des hommes, des vrais, il faut en passer par les bagarres avec les bandes rivales, avec l’apprentissage de la vie, et de la mort. Certains devront remiser les santiags et les blousons et mener la vie des “boulots”. D’autres prendront le chemin qui mène directement en Centrale ou au cimetière de Gentilly. »

Lisser la calotte au Pento, nippé comme de bien entendu du Perfecto, à lacets signe hiérarchique, ajusté ou chouravé, en callotant des quilles de Valstar au bouchon rouge direct la consigne, décalaminer les pots Polini des meules au carbu gonflé, avoir comme religion le Rock, le vrai de Gene Vincent et consorts. Se frictionner dans d’homériques bastons où généralement le surnom de tribu correspond aux attributs dans cet exercice démonstratif d’une virilité incontournable. La traversée de ces villes dortoirs du Sud de la capitale reste aussi le prétexte à l’histoire d’une bande d’amis qui sont unis   par des valeurs simples mais rigides.

La fusion réussie entre Boudard et Margerin s’exprime dans ce ton, ce phrasé des années 80, avec une verdure de termes propre à l’époque et au milieu. Les cités ouvrières sont le terreau d’une culture marginale qui bien souvent sont précurseurs d’une culture recherchée par les amateurs de frissons, de nouveautés, de souffle revigorant. L’histoire de buddies, pour certains, de lascars, pour d’autres, est bien finalement l’histoire de quatre amis qui traverseront les affres d’une vie amendés du corset d’une société moribonde.

Emporté par la verve, on plonge dans une époque, avec une certaine nostalgie, et l’on se remémore des tranches d’existence gravées dans nos consciences. Parfait sous titres à l’ouvrage photographique de Yan Morvan « Les Blousons Noirs ».

La jeunesse d’hier est la jeunesse d’ aujourd’hui…

Chouchou.

 

LE DIABLE TOUT LE TEMPS de Donald Ray Pollock / Albin Michel.

Traduction: Christophe Mercier

 

La littérature noire s’édifie sur des mots lourds de sens, sur des tranches de vie symptomatiques d’une époque, d’une culture. Cet ouvrage en est un archétype avec son lot de réalisme cru, de trajet d’existence jonché de chausse trappe, de gouffre moral.

« De l’Ohio à la Virginie Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s’entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l’enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d’horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s’il ne doit rien épargner à son fils Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu’il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé. »

ohio

Ce roman rural se fonde dans une description, sans fard ni cotillons, de personnages guidés, dans leur vie, par l’imbrication indissociable d’une culture, d’une éducation et soutenu par leur propre récit familial. Tous ont tatoué dans leur âme la parabole du rite. Arvin par la figure tutélaire de son père marque sa destinée et ancre ses choix, son parcours dans l’absence de renoncement, le choix du moment opportun.

Carl et Sandy guidés eux par des déviances psychopathologiques sont aussi soumis aux rituels. Créant les atmosphères propices à leurs bassesses, leurs méfaits, ils cristallisent les rancœurs et le dédain. Leur soif de liberté couplée à cet inflexible désir de réaliser leurs pulsions enfante, malgré nous,  une empathie distordue.

Au même titre, le duo formé par cet handicapé et ce prêcheur pensant être investi d’une volonté divine nous montre le versant pervers et amoral de cette culture voûtée sous le poids de la religion comme pilier de la nation. Leurs rituels, disparates, sont mués par leur croyance semblant sincère mais qui rapidement s’infléchira sur un projet pervers et dépourvu d’honnêteté, de partage concret avec autrui.

La cohérence de l’ensemble ne verse pas, à mon sens, dans la caricature mais bien dans une peinture froide, crue, sombre d’une société gouvernée par la perte de bon sens, de libre arbitre, de réflexion individuelle au sein de la communauté. Le tableau affiné nous inflige une vision de celle-ci, réservant peu de couleurs et de nuances, à l’échiquier de tracés existentielles semblant déboucher inexorablement vers une voie sans issue. Le réalisme brut peut être leste à concéder mais il est bien le reflet sans concessions d’une Amérique aux prises avec ses démons.

Objet littéraire percutant et intransigeant.

Sensationnel !

Chouchou.

 

 

MOURIR AU PRINTEMPS de Ralf Rothmann / Denoël

Traduction: Laurence Courtois.

Il n’est aucune beauté qui n’est sa tâche noire. Même le coquelicot. Au cœur porte la sienne, que chacun peut voir.

Au cœur de l’Allemagne nazie, le tracé parsemé d’écueils, d’aiguillons d’un jeune provincial enrôlé dans la Waffen-SS, entrouvre un cas de conscience douloureux.

« Allemagne, 1945. Alors que la défaite allemande semble imminente, Walter et Fiete, deux amis de dix-sept ans, se retrouvent enrôlés de force par les SS et envoyés en Hongrie. Le premier est affecté au ravitaillement, mais le second, moins chanceux, est envoyé directement sur le front.

Walter, qui a sauvé la vie du fils d’un général, se voit accorder quelques jours de permission afin de retrouver la tombe de son père. À son retour, il apprend que Fiete, arrêté après une tentative de désertion, vient d’être condamné à mort. Et son officier supérieur, qui trouve là un plaisir sadique, lui confie la terrible tâche d’exécuter son meilleur ami… »

Ralf Rothmann est né en 1953, vit à Berlin. Son travail a obtenu de nombreuses récompenses, dont le prix Hans Fallada et le prix Friedrich Hölderlin.

De cette période sombre et tourmentée, Walter contraint à son engagement dans ce corps noir va vivre la débandade d’une bien cruelle manière.

L’auteur, par un récit tel un plan séquence, nous porte dans ce déluge de désolations, d’effritement d’un empire moribond et converge notre esprit vers la question cruciale que l’on pourrait légitimement tous se poser. Qu’aurais-je fait en pareil contexte ?

Ses descriptions de la nature, des hommes, confèrent à l’ensemble, paradoxalement, un ton chaud révélant des êtres perdant la maitrise. Il y a ceux qui conservent un cap, d’autres qui le perdent. Certains prennent conscience de la folie pathétique de l’homme à la moustache carrée et puis une frange le reçoit de plein fouet aveuglée par une propagande huilée jusqu’au tréfonds des derniers souffles de ce Grossdeutches Reich. Un peuple, un empire, un Guide vacille mais le château de cartes draine encore des réflexes primaires, voire primates.

L’exercice littéraire est là et bien là. Personnellement j’y ai plus retrouvé du Thomas Mann dans cette faculté descriptive naturaliste et qui parfois donne des sensations à l’opposé du contexte décrit.

L’ émotion d’un drame de guerre portée par une écriture enveloppante et imagée.

Chouchou.

 

 

TROUPE 52 de Nick Cutter / Denoël

Traduction:Eric Fontaine.

Ce qui aurait du être un séjour régénérateur, d’une concorde collective, pour un jeune groupe  de scouts animé par le chef, médecin de son état, enfantera, de ce lieu de villégiature isolé, d’un drame humain engendré par la folie de ses condisciples et leur viles motivations.

« Une fois par an, le chef scout Tim Riggs emmène un groupe d’adolescents sur Falstaff Island, en pleine nature canadienne, pour trois jours de camping. Et rien de tel qu’une bonne histoire de fantômes et le crépitement d’un feu de joie pour faire le bonheur de la joyeuse troupe. Mais lorsqu’un individu émacié, qui semble tout droit sorti d’un film d’horreur, débarque sur leur camp, réclamant de la nourriture, le séjour vire au cauchemar. L’homme n’a pas seulement faim. Il est malade. Un malade comme ils n’en ont jamais vu… et dangereux avec ça.
Coupée du reste du monde, la troupe va devoir affronter une situation bien plus terrible que toutes les histoires inventées autour du feu. Pour survivre, ils devront combattre leurs peurs, les éléments, et se confronter à leur pire ennemi, eux-mêmes. »

L’auteur s’est affublé d’un pseudonyme pour se permettre des libertés de tons, d’exploitation de sujets portant à la peur extrême, une certaine répugnance de scènes décrites. Se réclamant de Stephen King, Craig Davidson, puisque c’est de lui que l’on parle, nous transporte dans un récit glauque jouant sur des changements de rythme narratifs, insérant des verbatim de procès verbaux ou d’articles de presse suggérant une volonté tacite de perturber son lectorat et d’y insuffler des brèches de suspens telles des raptus rhétoriques.

L’île maudite, car nous pouvons la qualifier par cet épithète, se matérialise par un « simple individu » semblant échoué dans ce lieu inhabité, et ne représentant pas une destination élective pour le farniente, les découvertes purement touristiques. En occultant ce « détail » la bande formée par ces ados aux profils de personnalités disparates exprime une réelle excitation pour cette escapade synonyme d’aventure et d’une certaine liberté. Mais voilà l’aventure va se muer en de douloureuses confrontations, l ‘empirisme forcé d’une crise extrême. Chacun montrera des facettes affirmées ou drapées d’un voile caligineux sur les profondes aspirations en lien avec leurs histoires de vie propre, leurs éducations, leurs cultures, ainsi que leurs facultés intellectuelles intrinsèques. L’affrontement d’ egos couplé à une situation portant atteinte à leur intégrité d’existence, physique et invariablement psychique,  dresse le tableau sombre d’esprits sombres cherchant à lutter pour sauver leur peau.

Je ne suis pas un « King-ien » mais Cutter/ Davidson réussit à aimanter la soif d’avancer dans ce récit enduit d’une couche fibrineuse où le fait de la cureter nous révèle des tissus nécrosés. L’horreur brute à son comble éclaire la farouche folie humaine qui délestée de code moral, déontologique et éthique est capable des pires ignominies.

Petit aparté scientifique, l’agent pathogène décrit dans l’ouvrage n’a pas cette capacité létale et invasive tel que décrite. (hormis si effectivement des expérimentations tentnte des mutations et ceci n’est que prospective…) Elle reste virulente en pouvant tout de même aboutir à des lésions médullaire dans des cas traités au cours de mon exercice.

Littéraire et suintant la face sombre inhumaine de l’humain !

Chouchou.

INFLAMMATION d’Eric Maneval / La Manufacture de Livres Collection Territori

La tectonique des plaques caractérise l’ensemble des mouvements des plaques plus ou moins rigides constituant la lithosphère terrestre. S’impliquent des mouvements de convection et des points de divergence. L’analogie face au déroulé du récit haletant d’Eric Maneval m’apparaissait comme autant de frictions, de doutes quant à la rencontre d’individus ayant un lien ténu pour certains et fort pour d’autres. Mais les surprises, les inflexions brutales, les découvertes insensées seront de mise dans un tourbillon d’où la lutte reste vaine….

« Je leur dirai que leur maman est partie et qu’elle a eu un accident. Voilà ce qui s’est passé, les enfants. Maman a eu un accident et elle est tombée dans la rivière. C’est la pure vérité. Elle est partie, et surtout ne me demandez pas pourquoi. Ne me demandez jamais pourquoi, parce que je n’en sais rien et ça me rend fou.

Liz disparaît un soir d’orage violent. Jean a tout juste le temps de la voir prendre le volant et s’enfuir sous les trombes d’eau.

Dans le courant de la nuit, une fois la ligne téléphonique rétablie, la voix de Liz hurlera dans un message : « Pardon, Jean ! Pardon ! »

Toutes les questions qui se mettront à hanter Jean à partir de cette nuit-là ne le mèneront qu’à l’angoisse et au doute, car on ne sait jamais si ce que l’on voit, d’autres le voient aussi. Et s’ils le voient, on n’est jamais certain qu’ils l’interprètent de la même façon que nous. Nous écoutons ce qu’ils en disent et nous continuons de croire ce que l’on a vu, mais qu’en est-il au juste ? On ne sait pas. Il en va ainsi des paysages, des choses et des êtres. Parfois des êtres qui nous entourent. Parfois de ceux qu’on aime plus que tout au monde depuis des années. »

Eric Maneval bouquiniste, guitariste et veilleur de nuit vivant à Marseille a reçu le Prix du polar lycéen d’Aubusson pour son roman Retour à la Nuit.

En entrant de plein pied dans le drame qui se joue, le lecteur est pris aux jugulaires et l’impression, sans emprunter d’antichambre, est nettement renforcée par le flou, par l’absence de repères géographiques et de détails rassurants autour d’un contexte encore indéfini. Un père de famille, heureux par bien des aspects, voit son épouse disparaître et rapidement conserve ce pressentiment que celle-ci ne reviendra pas. Il doit alors affronter des écueils multiples. L’angoisse de la perte, son repositionnement à l’intérieur de son foyer semble des passages obligés. Mais viennent se greffer des difficultés supplémentaires lestes ouvrant des portes vers l’inconnu. L’effet domino de découvertes effroyables, paradoxalement, galvanise le chef de famille.

Le récit magnifiquement construit, nous ballotte, nous essouffle, nous instille doute et questionnement dans un dédale dont on ose imaginer une issue favorable. Collé à la peine, notre empathie face à la dureté des événements et des rebondissements implose nos pulsations cardiaques, hypersécrète une sueur rance, des reflux gastriques amers. On est désarçonné mais notre propension de lecteur de roman noir se trouve comblée par ce sens narratif, la faculté de construction d’un récit étouffant sous l’égide d’une plume racée.

Terrifiant et troublant…

Chouchou.

P.S : choix de couverture musicale, non pas pour le titre, mais bien par l’atmosphère distillée par le titre choisi.

Dead on Arrival, 9 Novembre 2016

Le temps maussade et plutôt frais aux alentours de 18h30 ne devait pas porter à une certaine allégresse. Je me trouvais dans le quartier des éditeurs à quelques encablures de la rue du Bac. Mais voilà, un événement motivant m’attendait en ce jeudi soir. En effet les éditions Gallimard et la Série Noire nous accueillaient en petit comité, sous l’égide de Babélio, pour une rencontre excitante, débordant du simple cadre de la lecture puisque nous allions, j’allais rencontrer le géniteur de l’œuvre magistrale PUKHTU.

Un peu tendu en pareille circonstance d’assister, de participer à un tel échange avec ce littérateur qui m’a tellement transporté dans ce qui représente l’une de mes nourritures spirituelles incontournables. Je dois préciser que mon adhésion au travail du sieur ne se limite pas à ce dernier ; j’ai aussi vibré sur « La Ligne de Sang » qui avait reçu un accueil mitigé et bien sûr le socle du dernier en date « Citoyens Clandestins » et « Le Serpent aux mille coupures ».

Questions/réponses sur une durée de 45’ une heure nous exposant la genèse dudit écrit et l’homme n’est pas avare dans ses explications. Je pourrais dire qu’au delà de ma réceptivité de son travail d’écrivain j’ai découvert un être humain, de manière partielle, à l’écoute, sensible aux avis de son lectorat, ouvert à la critique constructive sous couvert d’un ensemble didactique. En nous révélant ses méthodes d’élaboration de son œuvre maîtresse, en précisant certaines anecdotes ponctuant l’avancée de celle-ci,il témoignait de sa volonté sincère et respectueuse d’une relation tournée vers autrui. Cela a amplifié mon ressenti face à une concrète humanité manifestée pour son amour de ses personnages.

L’homme, et concomitamment l’auteur, fait montre d’une réelle propension à la prise de risque, c’est son adrénaline, probablement sa raison de vivre, son combat, ses challenges. On le perçoit structuré, s’affranchissant du superflu, s’amendant du sensationnalisme pour le sensationnalisme en cherchant à décrire des réalités crues sans guirlandes et trompettes.

Ce fut, donc, sous les ors et lambris du cadre imposant des éditions Gallimard tout sauf une soirée maussade mais bien la découverte derrière le rideau d’un condisciple, n’aimant pas les représentations imagées, qui préfère la ligne droite tout en étant capable de tracer des voies d’emprunts parallèle à sa ligne de conduite.

Rencontre riche et humaine !

Chouchou.

LA LETTRE ET LE PEIGNE de Nils Barellon / Jigal.

Genèse d’un retour vers les racines. Embarqué dans un voyage dans le temps sur la trace de reliques pour fanatiques extrêmes, on suit un homme à qui se révèle, outre son passé, des valeurs intrinsèques léguées par ses aïeux.

« Avril 1945. Anna Schmidt erre dans les rues dévastées de Berlin à la recherche d’un abri

Janvier 1953. Elle confie à son cousin Heinrich une mystérieuse lettre qu’elle lui demande de remettre à son fils Josef si un jour celui-ci se sentait en danger et venait la réclamer.

Septembre 2012. La capitaine Hoffer enquête sur l’assassinat d’un gardien du musée d’Histoire de Berlin. Le mobile du crime semble être le vol d’un peigne tristement célèbre… Quelques mois plus tard, Jacob Schmidt est sauvagement agressé en sortant d’un club. En déposant plainte, il croise la capitaine Hoffer, très intriguée par son histoire. Depuis, Jacob se sent traqué. Et le souvenir de cette lettre dont Josef, son père, lui avait parlé lui revient en mémoire… De Francfort à Paris en passant par Berlin, il décide alors de tenter l’impossible pour la retrouver… »

Quand les maux transmettent comme un type de bénédiction spirituelle mais surtout ouvrent un pan complet de son histoire et ce qui constitue un destin issu d’un fil d’existence mué, tatoué par les racines du mal.

Le style de Barrellon fortement ancré dans l’Histoire, en particulier celle de l’Allemagne et ses cicatrices du national-socialisme, fait preuve d’altruisme en occultant les règles manichéennes en pareilles circonstances. Face aux entreprises licencieuses de révisionnisme, l’affliction du passé perdu, l’auteur donne un sens concret à la quête constructive de Jacob. Par-delà l’influence prépondérante de l’Histoire, on découvre son histoire, cadencé par un destin familial érigé comme une fatalité mais qui s’en amende en prouvant que les vertus de renoncement et d’adaptation ne sont pas de vains mots.

Si la trame s’extraie des thèmes dualistes, Jacob reste bien un opposant dans ce duel d’entités et de motivations antagonistes. Sans toutefois faire montre d’un rythme « punchy » , on est irrémédiablement happé par la saveur, par le discours sous-jacent du récit nous immergeant dans cette salvatrice lecture.

Force des racines qui se rappellent un jour ou l’autre à notre conscience !

Chouchou.

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