Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Marie-Laure (Page 6 of 7)

COLÈRE BLANCHE de Cilla et Rolf Börjlind / Le Seuil.

La Suède. Un pays parfois considéré comme l’un des plus tolérants au monde. L’un des plus accueillants. L’un des plus ouverts à l’autre. Mais, même en Suède, se pourrait-il que le racisme ait pris racines ?

Le pays est confronté à une montée de la xénophobie importante, avec des crimes et des discours haineux à l’encontre des minorités. Ce fait n’est pas seulement un sujet de roman, il s’agit d’une réelle préoccupation soulignée par le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale qui a publié plusieurs rapports à ce sujet.

Les auteurs ont choisi ce contexte comme trame de fond, deux enfants sont retrouvés morts, assassinés, un dans le jardin de sa grand-mère et l’autre sur le chemin de l’école. Le point commun entre les deux : ils sont tous deux adoptés, et ne sont ni blancs ni blonds.

L’histoire tourne autour de trois personnages principaux : Olivia Ronning, Mette Olsater, et Tom Stilton. Olivia est une jeune enquêtrice qui se retrouve en Scanie, ou sa condition de jeune femme n’est pas un atout. Elle doit enquêter sur le premier meurtre.

Mette Olsater, son mentor, est une enquêtrice basée à Stockholm et qui aide Olivia à prendre son envol, elle est chargée du second meurtre.

Tom Stilton, lui, est un ancien flic qui a travaillé avec Olivia et Mette, ex SDF, qui décide de reprendre un cold case. Mette va l’aider en lui donnant accès au dossier.

Bien sûr les trois enquêtes vont converger vers un même suspect, il s’agit dans les trois cas de crimes perpétrés avant tout contre les immigrés. Crimes encore plus ignobles lorsqu’il s’agit d’enfants.

Le sujet de départ était pour le moins intéressant mais pas suffisamment approfondi, le thème est utilisé de façon superficielle. Les personnages restent plats, sans attrait, les auteurs tentent de montrer leurs côtés sombres mais cela n’est pas suffisamment fouillé, on ne fait que survoler leurs caractères et leurs faiblesses. Le dénouement arrive avec précipitation, du coup il nous laisse sur notre faim, plusieurs fils tendus le long du roman restent en suspens. Un dernier épilogue, à la toute fin du livre m’a laissé totalement perplexe, me donnant une impression de fin bâclée et déplacée.

Décevant mais je vous laisse juger par vous-même…

Marie-Laure.

SI VULNERABLE de Simo Hiltunen / Fleuve.

Traduction: Anne Colin Du Terrail.

“Si Vulnérable”. Il s’agit de la vulnérabilité des enfants, que nous conditionnons, formatons, en fonction de l’éducation qu’on leur apporte et des valeurs qu’on leur inculque. Nos enfants sont des éponges, des éponges à apprentissage qui s’instruisent dans notre ombre, autant par nos gestes que par nos mots. Ils apprennent et parfois nous imitent pour le meilleur comme pour le pire. Mais, du coup, si la violence et la cruauté étaient elles aussi deux valeurs qui se transmettaient de père en fils ? Si un enfant grandit dans un environnement oppressant, devient-il obligatoirement un être dont la brutalité caractérisera l’essentiel de sa vie d’adulte ?

Il s’agit là des principales questions que se pose, et nous pose l’auteur Simo Hiltunen dans son roman “Si vulnérable”.

Pour tenter d’apporter une réponse il prend comme exemple l’histoire d’un tueur en série qui pratique les meurtres de familles entières en les déguisant en familicides.

Lauri Kivi, célèbre et brillant journaliste judiciaire dans un grand quotidien finlandais s’intéresse à ces drames et décide d’enquêter. Il découvre peu à peu un mode opératoire qui le conduit à penser qu’il s’agit en fait de meurtres commis par un tiers, et le mène sur les traces du tueur.

Sur toute la première partie du livre, en fait les ¾ du roman, on suit donc Lauri qui s’interroge sur la violence de ces meurtres, ce qui a comme un effet miroir avec lui-même.

Il est né et a été élevé dans une maison où le père était très violent. Il insufflait de la peur dans la famille afin d’exercer le pouvoir et une forme de domination. La mère et les deux enfants subissaient de la maltraitance, de la douleur physique, ils étaient humiliés. Il découvre, à l’occasion d’une visite à son père, que ce dernier a souffert lui-même de violence de la part de son propre père. Ce contexte a-t-il décidé du fait que Lauri devrait subir les mêmes souffrances? Cette violence est née des vexations, de la peur, du harcèlement, devenu adulte il a fait également subir cette domination afin d’asseoir son pouvoir et acquérir un sentiment de puissance.

Pour autant, toute personne maltraitée dans son enfance devient-elle un sociopathe ? Le meurtrier est-il un enfant qui a connu les coups et les humiliations ? Sur la dernière partie du livre, Lauri se rapproche dangereusement du bourreau. Ce dernier, se retrouve dans notre chroniqueur judiciaire, comme un double, pour lui il s’agit de son semblable. Il doit laisser sa rage s’exprimer et non la laisser enchaînée. Elle doit le libérer des contraintes, lui permettre de s’épanouir, d’acquérir enfin le pouvoir dont chacun d’entre eux a été privé durant sa jeunesse.

La démonstration est faite, la fureur est un sentiment qui naît dans l’enfance, alimentée par les sévices subis, et une fois devenu adulte, libre d’agir à sa guise, il faut faire partager l’expérience de la peur, non plus en la subissant et en étant celui qui la ressent mais plutôt en étant le tortionnaire, en se sentant tout puissant face à la peur de ses victimes.

Lauri Kivi refuse cette part de lui-même : « en chacun de nous vit deux loups : le loup blanc qui essaie de conduire vers le bonheur et le loup noir qui encourage à mal agir. Lequel des deux gagne ? Celui que tu nourris ». Pour lui, il faut au contraire de la détermination, de l’intelligence et de la volonté pour se détacher des modèles de son enfance et vivre à sa façon. Subir des sévices n’est pas une fatalité et ne doit en aucune façon conditionner notre vie d’adulte. Il faut savoir faire face, être plus fort encore et lutter contre ces sentiments de rage et ne pas les laisser prendre le dessus.

Ce roman, tiré de faits réels, est un véritable roman noir, une étude sociologique et psychologique du mal. Simo Hiltunen prend le temps de creuser ses personnages, aucun n’est vraiment secondaire, tous prennent part à l’intrigue et apportent une pierre à la démonstration faite par l’auteur. C’est un roman qui prend son temps, pour autant nous n’avons pas le sentiment de longueur, tout est à sa place. La tension est présente tout du long et seule la conclusion nous permet de souffler.

Il s’agit du premier roman de Simo Hiltunen, et nul doute qu’il s’agit d’un nouvel auteur à suivre.

Marie-Laure.

 

LA PROMESSE de Tony Cavanaugh / Sonatine.

L’an dernier est paru chez Sonatine “L’Affaire Isobel Vine”. En fait ce titre était le 3ème opus de Tony Cavanaugh, “La Promesse” étant chronologiquement son premier livre avec comme protagoniste Darian Richards.

Une jaquette orne le livre : « Le Mickael Connelly Australien ». Un pendant est donc fait entre ce personnage de Darian Richards et le personnage fétiche de Connelly. Que les choses soient claires dès le début : non Darian Richards n’est pas Harry Bosch. Ce dernier est plus fouillé et plus méticuleux que Darian Richards, mais Connelly a l’avantage d’avoir pu approfondir son héros sur un bon nombre de livres, alors que Cavanaugh commence à peine. Pour autant, le personnage n’en est pas moins intéressant.

C’est un ancien flic de Melbourne, spécialisé dans les serial killers, qui a décidé de quitter son boulot après avoir reçu une balle dans la tête. Il se retrouve dans le comté de Noosa, en Australie, avec son littoral de rêve, ses forêts naturelles, ses parcs luxuriants : c’est un lieu qui a tout d’un conte de fée.

Mais notre héros n’a rien d’un prince charmant. Il est solitaire, taciturne, tourmenté, et ne fait pas de sentiments. Il a franchi la ligne jaune depuis longtemps, pour lui pas de tergiversation, pas de simulacre de justice, il préfère la faire soi-même avec une seule sentence : la mort.

Le décor de l’histoire est donc la Sunshine Coast avec ses mangroves, ses rivières sinueuses, qui sert de terrain de jeu à un tueur : de jeunes adolescentes disparaissent depuis quelques temps, sans laisser de traces. La police du coin ne fait pas grand-chose, n’a aucune piste sérieuse, alors, l’ancien flic se sent obligé de s’investir dans cette enquête mais à sa façon. Hors de question d’apporter son aide officiellement, il va reprendre du service mais cette fois, sans avoir à se préoccuper du règlement ou à avoir des comptes à rendre, il veut apporter une réponse aux familles et rendre justice lui-même.

Il va se faire aider par Maria, une flic du coin, la petite amie de Casey, ancien truand de Melbourne, et Isosceles, geek qui reste bien sûr derrière son ordinateur et aide à distance. Maria est encore jeune dans la profession, elle n’a pas encore de lassitude et de désillusion comme Darian, mais elle est, elle aussi, tourmentée par des cauchemars récurrents. Notre ancien flic va mener son enquête avec elle, quitte à se servir d’elle, je vous l’ai dit, il ne fait pas de sentiments !

L’histoire alterne entre une narration faite par Darian et une faite par le tueur. On entre ainsi dans la tête de ce meurtrier et de ses fantasmes. Darian Richards le bouscule, le sort de sa zone de confort. Un affrontement entre les deux hommes commence alors, vous plongez ainsi dans un duel noir, sombre où une seule issue est possible. Cavanaugh se sert de ce face à face pour donner plus d’ampleur à son personnage : il confronte le mal de l’un aux tourments du second, la folie du meurtrier permet à la fois d’exacerber et de justifier les sentiments et décisions prises par Darian. Dans ce roman, Cavanaugh nous dépeint un personnage hanté par son passé, par la promesse qu’il n’a pas su tenir, retrouver vivante une jeune fille et la rendre à sa mère. Sa retraite dans ce coin paisible d’Australie est une sorte de rédemption et se voir à nouveau confronté au mal absolu, en étant persuadé d’être le seul à pouvoir le vaincre le fait replonger dans ses afflictions.

Il s’agit là d’un thriller étouffant, le scénario est bien ficelé, et notre nouveau héros est parfois aussi angoissant que ceux qu’il traque. La lecture en est facile, et vous entrez dans la peau du tueur et de son chasseur sans même vous en rendre compte, vous êtes accrochés !

Marie-Laure.

 

JURONG ISLAND de Thierry Berlanda / Editions du Rocher.

Ce livre est une suite de Naija. Je n’ai pas lu ce tome avant d’attaquer Jurong Island, j’ai donc été un peu perdue sur la première partie du roman. Mais cela passe très vite, on est emporté dans l’histoire, et même si il y a de fréquentes références au tome précédent, cela ne gêne en rien la lecture et la compréhension de ce livre. Cela donne juste envie de se plonger dans Naija afin de retrouver les personnages et mieux comprendre leurs interactions.

Justine Barcella, est un membre du commando Titan, qui vit une « retraite paisible » dans un coin perdu de Toscane. Elle est très belle, grande, rousse et a un caractère de « marteau piqueur ». L’ex patron des services secrets, le Général Obernai, la fait sortir de sa tanière pour une mission : déjouer un complot mondial visant à prendre le pouvoir et mettre à genoux tous les Etats.C’est alors une course contre la montre qui s’engage afin d’arrêter le projet fou Atropos mis en œuvre par le groupe Lamar : le hacking de toute l’architecture opérationnelle des pays (transport, énergie…). Pour cela, Justine doit entrer dans le data center qui récupère et exploite toutes les données, basé sur l’île de Jurong Island à Singapour.

Il s’agit d’un véritable roman d’anticipation, où les systèmes informatiques sont capables de s’auto alimenter, et de détruire toute forme de libre arbitre : « les gens ne veulent plus être heureux, ils veulent être tranquilles ».

L’écriture est incisive, percutante, rapide, ce qui donne du corps à l’atmosphère anxiogène et à notre servitude envers les systèmes d’informations.

En contrepoids à ce contexte très impersonnel du Big Data, nous avons des personnages principaux et secondaires riches et fouillés. Certains sont froids, acerbes, bruts, d’autres plus ronds, plus humains en quelque sorte, ce qui permet d’apporter une touche d’humanité à ce roman très sombre et violent.

L’intrigue, bien que complexe, nous emporte dans un avenir inquiétant mais plausible, elle nous permet de nous interroger sur notre rapport aux technologies, qu’est-ce qui doit primer, l’intérêt collectif ou individuel ?

Il y aura sans nul doute une suite à ce roman, dans laquelle je me plongerai avec plaisir. Dans l’immédiat, je vais me ruer sur le premier volume afin de mieux appréhender certains traits de caractères des personnages découverts dans ce roman.

Marie-Laure.

LE NEUVIÈME NAUFRAGÉ de Philip Le Roy / Editions du Rocher.

Neuf trentenaires formant un groupe d’amis sur Facebook décident de partir faire une croisière en méditerranée. Ils ne se sont jamais rencontrés mais partagent des centres d’intérêt comme la voile, les voyages. Malheureusement, les vacances de rêves vont vite se transformer en cauchemar.

Les relations entre les 9 occupants du bateau ne sont pas toujours au beau fixe, l’un des membres du groupe, Dorian, sème la zizanie, alors que c’est le seul vraiment capable de manœuvrer le voilier. Une nuit, le bateau fait naufrage sur une petite île déserte. Un des passagers manque à l’appel, il s’agit évidemment de Dorian.

Interpol envoie sur place Eva Velasquez, brillante criminologue, afin d’interroger les rescapés. Elle doit faire équipe avec la police espagnole déjà sur place. S’ouvre alors une course contre la montre : la tempête menace, il faut évacuer l’île, mais Eva refuse, elle veut rester dans cet environnement afin de garder les passagers sous pression et qu’ils parlent enfin.

Que s’est-il passé sur ce bateau et sur l’île pour qu’ils ne se retrouvent qu’à 8 ? Ont-ils tué Dorian, ou celui-ci s’est-il noyé ? Qui sont les victimes, qui sont les bourreaux ? S’agit-il d’une histoire de vengeance ?

Eva va interroger les 8 personnages tour à tour, le roman alternant les témoignages de ce qu’il s’est passé sur le bateau et sur l’île, et des passages actuels avec les interrogatoires. Avec ses questions, Eva va réussir à établir les traits de caractères de chaque protagoniste, elle essaie ainsi de comprendre ce qui leur est arrivé. Dorian est au centre de toutes les questions et de toutes les récriminations des 8 amis survivants. Nous nous retrouvons dans un huis-clos où l’histoire se déroule sur les pages à la faveur des déclarations des rescapés.

Comme nous le décrit l’auteur au cours du roman, l’histoire est construite sous forme de Mindfuck : il s’agit d’induire en erreur : « qualifie une œuvre dont la narration complexe et ponctuée de coups de théâtre, mène à un dénouement improbable voire contradictoire avec l’histoire. Pourtant il se révèlera parfaitement logique à la lueur des indices qu’on n’a pas su voir ».

L’écriture est sans fioriture, décrivant les scènes d’interrogatoires et le déroulement des faits. Il en ressort une impression de sécheresse dans le ton et dans la narration. On lit l’histoire, on émet des hypothèses et on a envie de savoir ce qu’il s’est réellement passé mais on se s’attache pas aux personnages, ni même à Eva. Les indices distillés au fil du roman nous permettent, non pas de deviner l’intégralité de la conclusion, mais au moins de nous en approcher.

Il s’agit là d’un roman plaisant, mais qui ne reste pas longtemps dans nos têtes après l’avoir fermé. Une construction à la Usual Suspects mais qui manque un peu de caractère pour en faire une grande histoire.

Marie-Laure.

MANGE TES MORTS de Jack Heath / Super 8.

Traduction: Charles Bonnot.

Jack Heath est un auteur australien de livres pour enfants. Avec ce premier roman, il change complètement de public : ce livre n’est pas du tout pour les enfants !

L’histoire est celle de Timothy Blake, Timmy le Zarbi comme il était surnommé en centre d’accueil, durant son enfance. Et zarbi, il l’est sans aucun doute. Il travaille en free-lance pour le FBI contre une rétribution assez spéciale : on le paye en lui donnant des condamnés à mort, lors de l’exécution. Que fait-il de ces corps me direz-vous, mais voyons il les mange bien sûr !!

Mais le responsable de l’antenne du FBI qui l’emploie, ayant bien conscience de la nature de notre homme, ne le lâche pas, il le fait travailler en équipe avec un vrai agent du FBI qui ne connaît rien du deal entre les deux hommes.

Nous le suivons donc dans une enquête sur la disparition d’un jeune garçon de 14 ans. Ce kidnapping donnant lieu à une demande de rançon.

Timothy Blake n’est pas seulement carnivore, il a un don particulier, il est très observateur. Tout comme Sherlock Holmes, un petit détail sans importance et il en déduit toute votre vie. Et cette qualité est très appréciable dans une enquête. De plus, n’étant pas un agent, il ne se préoccupe pas trop des règles à suivre pour mener son investigation. S’il lui faut rentrer par effraction dans une maison, droguer un témoin potentiel, il ne se gêne pas.

Nous suivons donc ce personnage tout du long, entre son histoire personnelle et l’enquête qu’il mène. Et nous sommes happés par les deux ! Nous frémissons d’horreur, de dégoût,  de curiosité, de crainte. Et on rit ! Beaucoup. On se laisse emporter par l’histoire, sans savoir où elle va nous mener, le personnage principal étant assez imprévisible et saugrenu. Certes, ce n’est pas un gentil garçon, il n’a pas d’amis, il est menteur, il vole, il tue, mais qu’est-ce qu’il nous fait rire.

Vous l’aurez compris, ce livre nous fait frissonner d’horreur mais on passe un réel bon moment. L’écriture étant rapide et fluide, la lecture est très facile, l’histoire captivante et le héros tellement farfelu que l’on ne peut que se précipiter sur ces pages pour savoir comment cela va finir.

Une très bonne lecture !

Marie-Laure.

LE DIABLE REBAT LES CARTES de Ian Rankin / Le Masque.

Traduction: Freddy Michalski.

On retrouve avec plaisir Ian Rankin et son personnage Rebus. Ce dernier est toujours à la retraite, mais peut-on vraiment parler de retraite avec Rebus ? Dans ce nouveau roman, il s’intéresse au meurtre d’une femme de la haute société dans les années 70. Cette dernière est tuée dans un hôtel qui est occupé par son amant une gloire du rock, son groupe et ses amis. Les soupçons vont naturellement vers le mari, un riche banquier d’Edimbourg, mais le meurtre reste irrésolu.

Bien sûr, on retrouve également dans ce livre les protagonistes habituels : Siobban Clarke et Malcom Fox. Ces deux-là sont obligés de coopérer dans une enquête et laisser leur rancune de côté : Darryl Christie s’est fait tabasser devant chez lui. Les suspects ne manquent évidemment pas, vu le nombre d’ennemis qu’il a pu se faire. Le premier d’entre eux est bien évidemment Cafferty qui ne veut pas abandonner son territoire à ce jeune prétendant.

L’enquête les menant naturellement vers Cafferty, Siobban fait appel à Rebus pour lui venir en aide. Ces deux instructions conduites de front, vont amener Rebus une fois de plus des bas-fonds d’Edimbourg aux salons de la bourgeoisie, montrant avec tout le talent de Ian Rankin, que ces derniers sont tout aussi violents, noirs, et pourris.

Dans cet opus, Rebus montre des signes évidents de fatigue : il essaie de se sevrer de l’alcool et de la cigarette, son corps à bout des excès, donne une tout autre dimension au roman. Nous sommes confrontés à la maladie, on s’inquiète pour ce personnage auquel on s’est vraiment attaché au fil de nos lectures. Mais son mordant est pour l’heure toujours là, sa soif de justice, son indocilité et son humour très cynique.

On pourrait avoir peur que le roman sombre dans l’habitude et les facilités, mais Ian Rankin ne s’essouffle pas, il arrive mieux que jamais à nous captiver, à faire ressortir le meilleur et le pire de ses personnages, il s’agit vraiment d’un excellent cru.

Pour les amateurs ou pour les nouveaux lecteurs de Ian Rankin, je ne peux que vous conseiller d’approfondir votre connaissance d’Edimbourg et de Rebus avec la lecture de « The beat Goes on », recueil de nouvelles consacrées à ce personnage de flic alcoolique, irascible, amateur de rock, têtu mais au combien attachant et extrêmement perspicace dans ses enquêtes. Le recueil comporte 31 nouvelles, de la jeunesse de ce personnage à son arrivée à la retraite, 31 nouvelles qui nous permettent de mieux le connaître, le comprendre et bien sûr de s’y attacher. Pour ma part, contrat entièrement rempli.

Marie-Laure.

TOUTE LA VÉRITÉ de Karen Cleveland / Robert Laffont / La bête noire.

Traduction: Johan-Frédérik HEL-GUEDJ 

Les 80 premières pages sont assez prometteuses. Il s’agit d’une histoire d’espionnage, Vivian travaille à la CIA, dans la division contre-espionnage russe. Elle a en charge de débusquer des agents dormants sur le territoire américain. Dans ses recherches, elle tombe sur les photos d’une cellule de 5 agents, parmi eux, une photo de son mari. Elle rentre alors chez elle et lui demande depuis quand il est un espion russe. Pas de tergiversation, ce dernier lui avoue sa double vie tout de suite. Tout bascule alors : qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faux ? 10 ans de sa vie reposent sur un mensonge, que doit-elle faire pour sauver ce qu’il reste, ses enfants ?

Malheureusement, je n’ai pas trouvé que la suite du livre était à la hauteur de ces premières pages. Le rythme est très lent, avec beaucoup de répétitions, faites sans nul doute pour faire monter le suspens, mais je suis restée assez en retrait, et du coup, ces longueurs m’ont essoufflée. Aucune véritable surprise dans la suite du roman, dans les interrogations de l’héroïne, ses prises de décisions, le dénouement final, on attend un retournement, mais qui n’arrive jamais, on reste sur sa faim. Karen Cleveland reste dans la facilité de l’intrigue, elle offre aux lecteurs une histoire peu plausible et connue d’avance.

De plus, l’auteur tombe facilement dans des caricatures : les américains sont droits, honnêtes, pleins de bons sentiments, alors que les Russes ont tous les défauts possibles : ils sont menteurs, manipulateurs, et ne s’arrêtent devant rien pour arriver à leurs fins, même s’en prendre à des enfants.

Il s’agit d’un premier roman pour Karen Cleveland qui a passé huit ans à la CIA comme analyste. On peut donc penser que “Toute la vérité” souffre de ce manque d’expérience dans l’écriture. Nous ne pouvons qu’espérer qu’elle soit plus audacieuse pour les prochains.

Marie-Laure.

COUPABLE de Jacques-Olivier Bosco / La bête noire / Robert Laffont.

 

Avant toute chose, ne lisez pas la 4ème de couverture, qui dévoile, je trouve, un peu trop des imbrications de l’enquête. Le premier plaisir que j’ai trouvé dans ce livre est de me laisser mener par Jacques Olivier Bosco dans les méandres de l’histoire et dans la chronologie souhaitée par l’auteur, sans être polluée par des informations déjà apportées par le résumé. Pour ceux qui ont aimé le premier opus, Brutale, on retrouve ici notre héroïne Lise Lartéguy, flic ultra speed, en proie à ses démons, qui tente de se maîtriser et d’avoir une vie « normale ». Mais une personne qui est incapable de faire face à ses ténèbres est-elle capable d’avoir une vie sociale et humaine acceptable dans notre société ? Ce tome est l’occasion pour Jacques Olivier Bosco d’approfondir son personnage, et ainsi de nous en apprendre un peu plus sur Lise et sur les raisons de son comportement ultra violent. Cela nous permet de nous attacher un peu plus à elle et de tenter de la comprendre.

La base de l’histoire est liée à un de ses proches, son parrain et directeur de la PJ, qui est retrouvé assassiné dans une rue de Paris, l’équipe de Lise étant chargée de l’enquête. Que s’est-il passé ? Lise est-elle directement impliquée, son animalité a-t-elle pris le dessus, et l’a-t-elle poussée à agir indépendamment de sa volonté ?

On a l’impression de voir se dérouler devant nos yeux un bon film d’actions à l’ancienne, avec ses scènes bien violentes, ses cascades à la Belmondo, imprimé dans un contexte plus français qu’américain, et une atmosphère bien contemporaine.

Le récit est entrecoupé de flashback sur la jeunesse de Lise, l’évolution de son mal être durant l’adolescence, et sa façon de gérer ses comportements ultra violents dans sa vie de tous les jours. Nous en apprenons également davantage sur la vie de ses parents à cette époque, de leur relation de couple et dans leur façon de soutenir, canaliser leur fille ou au contraire accentuer ses dérives. Ces retours en arrière cassent le rythme du livre, ce qui le rend moins précipité que Brutale. Cela permet de reprendre son souffle dans le récit. L’écriture est fluide, rapide et simple, qui colle parfaitement à la personnalité de l’héroïne et au tempo imposé dans le livre. Vous commencez, vous ne vous arrêtez pas, vous cherchez vous-même à comprendre pourquoi, à résoudre l’enquête et à connaître l’origine du mal de Lise au fil des indices distillés dans l’histoire.

Ce livre est la suite logique du premier volume  où apparaît Lise, nul doute que si vous avez apprécié Brutale, vous aimerez Coupable, et vous aurez envie de retrouver à nouveau ce personnage atypique, violent, et pour autant extrêmement féminin. Oui elle est flic, agressive, elle n’a peur de rien, mais elle est quand même très féminine et très sexy, à l’image d’une Nikita ou de Black Mamba dans Kill Bill. N’hésitez plus !

Marie-Laure.

SATANAS de Mario Mendoza / Asphalte.

Traduction: Cyril Gay.

Mario Mendoza a rencontré Campo Elias Delgado à l’université de lettres de Bogota. Ce dernier est venu vers lui afin d’obtenir de la documentation sur le thème de son travail de recherche : le double dans la personnalité.

Dans Satanas, Mendoza reprend ce thème pour raconter de façon romancée les derniers mois de l’assassin du Pozzetto.

L’histoire tourne autour de quatre personnages : Maria, jeune orpheline qui pour se sortir de l’extrême  pauvreté dans laquelle elle vit, accepte d’aider deux jeunes hommes à dépouiller des bourgeois de Bogota ; Andres, peintre renommé, expert en portrait, qui se met à peindre de façon prophétique les maladies de ses modèles ; Ernesto, prêtre aimé et reconnu de son quartier, qui souffre de la perte de sa foi ; Campo Elias, vétéran du Vietnam, professeur particulier d’anglais, qui ne supporte pas son retour à la vie civile.

Les histoires de ces personnages s’entrecoupent, avec un fil conducteur : leur vie à Bogota. Ils vivent  dans la misère ou bien, la côtoie de près, ils sont victimes d’injustices, leur statut social ne leur permet pas de se sortir de leur quartier, de leur milieu, ils sont seuls. Ce livre montre la difficulté de chacun pour survivre dans une ville qui ne leur apporte plus rien : pas de travail, pas de véritables amis, pas d’éducation, et une extrême violence. Ils mènent tous une vie en façade mais ils sont habités par un double, « une combinaison de deux identités (…), des jumeaux bipolaires ».

Chaque personne a plusieurs identités en elle-même, qui luttent pour prendre l’ascendant. Souvent, elles ne sont que deux : une représentant le bien, la personnalité que l’on montre en premier, que l’on essaie de faire ressortir, la seconde représentant le mal, notre côté obscur.

Tout le monde doit faire face quand ce côté malsain fait irruption et essaie de prendre toute la place en écrasant la première identité. Certains essaient de rebondir, de changer de vie. Le lien avec la religion catholique est le fil conducteur du livre au travers de l’histoire de l’ange déchu : doit-on assister au triomphe de Satan quand « l’angoisse et la désolation auront raison de tout espoir ». Mais certains ne veulent pas sombrer dans la barbarie, ils luttent pour reprendre pied, en espérant que cela ne soit pas trop tard. D’autres, à l’instar de Campo Elias, ne peuvent plus rien faire, cette part d’ombre a pris trop de place dans leur vie, le destin en a décidé autrement. Le destin ? Oui il est plus facile de se convaincre que cette face abjecte de notre personnalité qui prend le dessus n’est pas de notre ressort, il s’agit plus certainement d’une puissance supérieure qui nous dicte ce que l’on doit faire, même si c’est une monstruosité.

Le roman est court, bien écrit, il monte crescendo jusqu’au dénouement final. Quand on sait que ce livre est tiré d’une histoire vraie, ce que j’ai découvert à la fin du livre, tout en devient glaçant. Mais ne passez pas à côté, la dualité entre le bien et le mal est très bien démontrée et fait tout l’intérêt de ce livre.

Marie-Laure.

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