Chroniques noires et partisanes

Étiquette : série noire (Page 10 of 13)

MAUVAISE PRISE de Eoin Colfer / Série Noire.

Traduction: Sébastien Raizer.

Eoin Colfer, l’auteur irlandais vedette internationale de la littérature pour jeunesse, quand il a envie de se défouler, de quitter les aventures d’ Artémis Fowl, il crée le clone adulte de son anti-héros pour enfants et il lui invente des aventures chaudes, hautes en couleur dans le New Jersey et à New York dans le milieu des gangsters.

« L’ancien militaire Daniel McEvoy s’apprête à quitter le monde sans foi ni loi de la pègre du New Jersey pour se concentrer sur sa nouvelle vie de patron de club. Mais lorsqu’il se retrouve au fond de l’Hudson, enfermé dans un taxi de la mort, après avoir été kidnappé par deux flics qui comptaient faire de lui le héros d’un snuff-movie, il comprend qu’il n’en a pas fini avec les manigances et les vengeances des barons du crime de Cloisters.

Si Dan veut survivre, il devra échapper à des malfrats qui se trouvent des deux côtés de la loi, et retrouver sa tante qui lui avait jadis tout appris sur l’art de caresser les filles. »

Un auteur qui cite Elmore Leonard dès la première phrase du roman mérite bien sûr tout mon respect mais, en même temps, se met une putain de pression. Suite de « Prise Directe » à la Série Noire » en 2012, « Mauvaise Prise » ne nécessite pas d’avoir lu le premier pour l’apprécier et le comprendre. Concentré sur 36 heures et 300 pages, « mauvaise prise », en ces lendemains d’élections, peut s’avérer un excellent roman à la gueule de bois électorale que certains doivent ressentir de manière plus ou moins aiguë.

Ne prônant aucune autre intention que de vous divertir par une action et un humour débridés de tous les instants, le roman part comme un missile et ne faiblit jamais même si la répétition de certaines situations peut amener à penser que le roman s’arrête juste avant que ne gagne une certaine monotonie. Mais ce n’est pas le cas, Daniel, homme sympathique mais héros pathétique se retrouve attaché et en string rose dès les premières pages et ce n’est que le début de l’hystérie car les barges et les connards merveilleux qui peuplent ce roman déjanté vont faire de leur mieux pour lui pourrir la vie. Vous pouvez ajouter par ailleurs des considérations particulièrement vachardes sur les Irlandais et la religion bien disséminés dans les quelques moment de calme.

« Si j’avais été joseph le charpentier et que la vierge Marie soit rentrée à la maison en m’expliquand qu’elle avait été fécondée par le Saint- Esprit, alors le christianisme aurait connu un destin très différent. »

« Putains de farfadets, de Riverdance, de chaumières, foutaises, connerie d ‘Homme tranquille ».

Pas de message derrière une toute petite intrigue néanmoins amplement suffisante pour servir de grands moments de bouffonneries bien noires et souvent irrésistibles.

Explosif.

Wollanup.

EN LETTRES DE FEU, LES BRILLANTS III de Marcus Sakey / Série Noire.

Traduction: Sébastien Reizer.

On ne pourra pas dire que l’on était pas prévenu : tout est dans le titre. Marcus Sakey pour clore sa trilogie des Brillants ne fait pas dans la dentelle mais plutôt dans le macramé.

Il faudra au lecteur quelques jours pour se remettre de cette plongée psychotique dans l’horreur d’une guerre civile d’un nouvel age, celui des Brillants face aux Normaux, c’est à dire nous.

Vers la fin du 20 ième siècle, une partie infime de la population, 1% pour être précis, s’est en effet vue doter par la nature de nouvelles facultés cognitives la propulsant du stade d’Homo Sapiens à quelque chose de nouveau et de supérieur : l’état de Brillant. Ces prédispositions natales se situent à mi-chemin entre le génie pur et les prouesses de certains autistes, débarrassés pour la plupart de leur handicap social et profitant donc pleinement de leur incroyables pouvoirs.

Ces enfants surdoués ont grandi et leurs capacités ont profondément modifié le monde tel que nous le connaissons. La technologie ne cesse de faire des bonds en avant, le système financier s’est effondré… Une dichotomie profonde s’est finalement installée, car c’est une nation dans la nation qui a vu le jour. Un peuple pour l’instant sous contrôle étatique, mais pour combien de temps ?

Marcus Sakey avait fait preuve d’un brio incroyable dans son premier volet, jetant le lecteur dans un tourbillon extrêmement efficace d’intrigues et de scènes d’actions explosives dignes du meilleur blockbuster américain. Il a décidé par le suite de prendre quelque peu le lecteur à contre-pied dans un deuxième volume au tempo plus pesant, plus chaotique. Le glissement vers le coté obscur est annoncé, soutenu par une tonalité générale anxiogène où flirtent allègrement humour noir, décadence morale et survivalisme obsédant.

C’est cette veine qu’il continue d’exploiter dans ce troisième volet, sauf que le virage entrepris précédemment dans un grincement d’essieu se transforme ici en une vertigineuse descente vers l’enfer !

On y retrouve avec plaisir les principaux protagonistes de cette partie d’échecs aux nombreux volte-faces et rebondissements : l’agent Nick Cooper sauveur du monde, Erik Epstein le fondateur de la Nouvelle Canaan, John Smith le rebelle visionnaire maitre de stratégie, Shannon la brillante qui se décale ainsi que Soren le psychopathe au temps ralenti. Une mosaïque de protagonistes épaulés par de nouveaux personnages aux motivations troubles, orchestrant d’un chœur asynchrone un dénouement sauvage et pyrotechnique.

Marcus Sakey signe ce dernier épisode de la trilogie des Brillants en digne fils d’une Amérique traumatisée par le terrorisme et les bouleversements géopolitiques actuels. Une Amérique binaire et bipolaire en proie au doute, une super puissance qui voit ses fondamentaux balayés par la dégénérescence du tissu social et la décrédibilisation des pouvoirs publics. Les réflexions politiques et sociétales de l’auteur sur le terrorisme, la sphère complotiste ou le racisme servent de toile de fond à cette saga incendiaire et mutante, inscrite au tison d’un nouveau millénaire sur le fil du rasoir. On la sirote comme un cocktail Molotov lâché à la face d’un monde devenu dément.

Les Brillants tome 1 et 2 sont réédités chez Folio Policier.

Wangobi.

HAUTE VOLTIGE d’Ingrid Astier à la Série Noire

C’est le troisième roman d’Ingrid Astier à la Série Noire. Les deux premiers « quai des enfers » et « angle mort » font partie d’une trilogie et concernent la brigade fluviale, ils présentent Paris vu de la Seine. Ici c’est vu des toits qu’on appréhende Paris avec Ranko, un monte-en-l’air de génie. Ingrid Astier avait, selon ses dires, prévu un petit roman : elle s’est laissée entraîner par son sujet, par ses personnages et, pour notre plus grand bonheur, nous offre un pavé de quelques six cents pages où le souffle de l’aventure s’engouffre dans un polar noir.

«Combien d’apocalypses peut-on porter en soi?

Aux abords de Paris, le convoi d’un riche Saoudien file dans la nuit. Survient une attaque sans précédent, digne des plus belles équipes. «Du grand albatros» pour le commandant Suarez et ses hommes de la brigade de répression du banditisme, stupéfaits par l’envergure de l’affaire. De quoi les détourner un temps de leur obsession du Gecko – une légende vivante qui se promène sur les toits de Paris, l’or aux doigts, comme si c’était chez lui, du dôme de l’Institut de France à l’église Saint-Eustache…

Derrière l’attaque sanglante, quel cerveau se cache?

Le butin le plus précieux du convoi n’est pourtant ni l’argent ni les diamants.

Mais une femme, Ylana, aussi belle qu’égarée.

Ranko est un solitaire endurci, à l’incroyable volonté. Mais aussi un homme à vif, atteint par l’histoire de l’ex-Yougoslavie.

L’attaque du convoi les réunit. Le destin de Ranko vient irrémédiablement de tourner.

Son oncle, Astrakan, scelle ce destin en lui offrant un jeu d’échecs. Le jeu de Svetozar Gligoric, le grand maître qui taillait ses pièces dans des bouchons de vin. Et lui demande de se battre – à la boxe et aux échecs, pour infiltrer le monde de l’art et dérober ses plus belles œuvres à Enki Bilal, le célèbre artiste.

La guerre et l’amour planent comme des vautours. »

Ingrid Astier nous présente toute une galerie de beaux personnages romanesques, romantiques avec leur part d’ombre, leurs failles, leurs angoisses, leurs secrets aussi. Ils ont tous une quête qu’ils poursuivent avec passion. Astrakan, chef d’une mafia violente qui ne se salit plus les mains mais collectionne avec ferveur, Ylana belle et mystérieuse, fan d’Enki Bilal au point de s’en inspirer pour sa coiffure, Suarez le flic à la brigade de répression des vols par effraction, mêlé au drame de façon personnelle, obsédé par le Gecko qui lui échappe sans cesse.

Et Ranko, bien sûr ! Traumatisé par la guerre en ex-Yougoslavie, il ne supporte plus la compagnie des humains et ne se sent libre que sur les toits. Il est devenu un cambrioleur de génie, réussissant ses coups dans les appartements les plus inaccessibles sans la moindre violence. Il s’est spécialisé dans les œuvres d’art car la beauté le fascine, le plaisir qu’il ressent à leur contact serait gâché par la propriété. Un personnage hors norme, captivant.

Ingrid Astier alterne les points de vue, construit son roman en suivant les uns et les autres. Elle nous fait rentrer dans leur intimité et les rend si humains, si attachants qu’on tremble pour le dénouement de cette enquête. On sait dès le début qu’il y aura forcément un perdant, comme aux échecs. On assiste au combat, subjugué. On n’est pas loin de la tragédie où chacun se précipite inexorablement vers son destin.

Les actions s’enchaînent : attaque de convoi, règlements de compte sanglants, filatures, cambriolages… on est bien dans un polar avec des nombreuses péripéties explosives qui dynamisent le roman. On est également dans l’univers noir et glauque des trafiquants, qui s’ils sont des esthètes quand ils trafiquent de l’art, n’en sont pas moins des chefs de gang violents.

Ingrid Astier réussit à tisser cette aventure époustouflante à des faits réels. Elle brode à partir d’un fait divers, d’un combat de chess boxing auquel elle a assisté… s’est documenté ou a carrément plongé dans l’univers de l’escalade, des échecs (on a même une vraie partie détaillée à la fin du livre, on est dans l’histoire), de la boxe…  On croise des personnages réels : Simon Nogeira, un freerunner, Scorpène, un joueur d’échecs et le plus connu : Enki Bilal, dont Ranko va dérober des toiles…

Chessboxers with dark horse- Enki Bilal

On découvre (enfin moi !) le chessboxing, un sport inventé par Enki Bilal qui marie la boxe et les échecs dans la recherche d’un équilibre parfait entre le corps et l’esprit, un sport fait pour Ranko, véritable ascète qui s’entraîne sans répit pour pouvoir s’élever au-dessus des hommes. Cette connaissance, cet ancrage dans la réalité donne au roman une force et une profondeur incroyables.

Un grand roman qui unit magnifiquement aventure et polar !

Raccoon

LEON, ZACK tome II de Mons Kallentoft et Markus Lutteman, Série Noire, Gallimard

Traduction : Hélène Hervieu.

Mons Kallentoft et Markus Lutteman ont repris la plume à quatre mains pour le deuxième tome des aventures de Zack Herry, inspirées par les travaux d’Hercule. S’ils pensaient au départ écrire une série de douze livres, ils n’écriront selon leurs dires qu’une trilogie. Dommage…  ils ont le droit de changer d’avis, car ce deuxième opus vaut le premier, que j’avais déjà beaucoup aimé… Si ça vous intéresse : Zack tome I car il vaut peut-être mieux avoir lu le premier… Continue reading

EN PAYS CONQUIS de Thomas Bronnec / SN

Au préalable, il me semble raisonnable de penser et de dire que les quelques lignes que je vais produire pour vous inciter à lire ce roman sont parfaitement superflues. Si l’auteur dans l’entretien  n’a pas réussi à vous convaincre, je me vois mal faire mieux.

« La République est paralysée. L’Élysée est à gauche mais l’Assemblée à droite. Très à droite : impossible pour Hélène Cassard, nommée à Matignon, de gouverner sans le soutien des députés du Rassemblement national, le parti extrémiste. Dans un paysage politique en pleine déliquescence, les convictions sont mises à l’épreuve du pouvoir et les hommes de l’ombre s’agitent autour d’un enjeu de taille : l’appartenance de la France à l’Europe.
L’un d’eux, François Belmont, ambitionne de faire éclater les vieux clivages. Rien ne semble résister au grand argentier de la campagne d’Hélène Cassard. À moins que la mort de Christian Dumas, président de la Commission des comptes de campagne, chargé de veiller sur la légalité du financement de la vie politique, ne vienne compromettre ses plans? »
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Entretien Thomas Bronnec / « EN PAYS CONQUIS » / Série Noire Gallimard.

La Série Noire l’annonce comme le roman noir de la présidentielle. Après « Les initiés » sorti en janvier 2015, Thomas Bronnec revient avec les sales combines des politiques, avec toujours l’empreinte des énarques présents dans le premier volet. Ce coup-ci, ils sont conseillers des hommes politiques dans une période d’élection présidentielle et de législatives et manœuvrent…L’auteur a eu la gentillesse de répondre à des questions qui certainement vont aideront à mieux comprendre les enjeux cruciaux.

  • Vous en êtes à votre troisième roman, quand l’envie d’écrire vous est-elle venue ?

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CONCOURS Nyctalopes 1 an!

 

Une petite question par jour pour gagner une Série Noire de l’année, une sélection des cinq romans que j’ai préférés dans la collection culte pour célébrer Noël et fêter un peu avec vous notre premier anniversaire.

La SN, bien sûr, parce que je suis fan depuis toujours même si, et je l’ai écrit, je n’ai pas tout aimé cette année mais aussi parce que leur service presse très pro a tout de suite répondu présent. Y verront du copinage tous ceux qui vivent de la malveillance, les autres peuvent jouer. Si jamais vous gagnez un bouquin que vous avez déjà lu, il y aura sûrement moyen de vous en filer un autre de l’année 2016.

Donc, je mets une question (de très dur à simple) sur le roman du jour ou son auteur vers midi et vous y répondez sur la page fb parce que c’est plus rapide… le gagnant me met son adresse et le bouquin part.

Et si vous « likez » pour l’occasion, la page fb si ce n’est déjà fait, c’est bien.

Wollanup.

 

 

PLANETE VIDE de Clément Milian / Série Noire Gallimard

Clément Milian est un jeune auteur français, « Planète vide » est son premier roman.

«Patrice Gbemba, dit Papa, était né sur Terre, mais il s’y sentait étranger. Au ciel bleu pollué de la ville, il préférait les étoiles. Aux voitures, il préférait les fusées. Aux hommes enfin, qu’il appelait les autres, il préférait les bêtes.

Depuis tout enfant, timide, il avait souffert des groupes. Il en avait tant souffert, même, qu’il se sentait maudit.

Papa ne croyait pourtant pas aux malédictions. Il ne croyait pas au destin.

Il ne pouvait se douter qu’un jour prochain, il tuerait.»

Jeune garçon décalé, Papa est harcelé au collège. Il tient le coup grâce à son livre sur les étoiles, par lequel il s’évade, préférant vivre loin des autres qui le persécutent. Il voudrait se rendre invisible, mais cette attitude de fuite attise la fureur des caïds de l’école et décuple leur violence. La cible est sans défense, ils peuvent s’en donner à cœur joie sans risque ! Papa terrorisé est incapable d’en parler à sa mère qui vit seule et a du mal à joindre les deux bouts : il ne veut pas lui causer de soucis supplémentaires. On ressent l’implacable violence du harcèlement au collège où la tolérance n’est pas la vertu principale, la différence mal vécue et l’instinct grégaire à son plus haut niveau.

Un jour pourtant Papa a un geste de défense ou plutôt de désespoir et son persécuteur se fait écraser par une voiture, il ne voit alors pas d’autre solution que de fuir, pour de bon cette fois. Il se retrouve à errer dans Paris. Ce court roman, Clément Milian le construit par petites touches, à la manière d’un impressionniste : phrases courtes, chapitres courts. Il crée une ambiance onirique qui correspond à la manière dont Papa, gamin paumé et attachant comprend le monde.

Au cours de son errance dans Paris, Papa observe les êtres humains qui lui semblent si étranges. Seul, désespéré, il n’est pas loin de renoncer à tout. Dans les recoins sombres où il se cache, il fait forcément des rencontres bizarres qui tour à tour l’effrayent ou le subjuguent et finalement apprend à relever la tête : une étincelle d’espoir dans un monde franchement noir, pas vraiment réaliste mais qui colle avec l’ambiance poétique du livre.

Un roman initiatique comme un conte, un univers bien particulier.

Raccoon.

L ‘ORDRE DES CHOSES de Frank Wheeler Jr /Série Noire.

Traduction: Sébastien Raizer.

« Earl Haack Junior a été élevé pour devenir un Machiavel armé d’un flingue et portant une étoile… Son père, shérif dans une petite ville du Nebraska située sur l’autoroute de la drogue arrivant du Mexique – la fameuse Interstate 80 –, lui a très tôt enseigné sa façon particulièrement radicale et expéditive de maintenir l’ordre des choses.
Lorsqu’après un passage par les Stups de Denver (où il perd définitivement ses illusions) il revient prendre la succession de son père, il sait déjà qu’on ne vainc pas le chaos. Tout au plus, on peut tenter de faire jeu égal – un jeu sans règles ni limites. Puisque la drogue et son commerce sont une donnée indépassable (surtout dans une société capitaliste marquée par la loi de l’offre et de la demande), la priorité principale de Haack sera donc de mettre sur pied un réseau de distribution composé de personnes qui lui sont redevables… Son père avait raison : l’ordre passe avant tout, et il exige son tribut de sang. »

Ah, le tribut du sang, pour sûr que vous en aurez pour votre argent. Pas de problème pour la quantité avec aussi une très belle diversité d’œuvres : pendaisons, tabassages à mort, meurtres divers poignard, flingue, feu, destop, noyades, étouffements… avec moult interrogatoires propices à des déclenchements assez sévères de violence physique et bien sûr aussi psychique.

Earl apprend très vite et montre très rapidement de grandes qualités dans l’exécution des basses œuvres au service de la municipalité qui lui a accordé sa confiance pour succéder à son père. Beaucoup de talent dans son rôle de baron naissant de la drogue. Ben oui, il n’est sheriff que sur le papier, en fait. L’ ordre tel qu’on l’imagine en ouvrant le bouquin, il s’en fout grave. Moralité zéro, un putain de sociopathe avec une étoile et c’est peut-être pour cela que le dossier presse parle de Jim Thomson   mais oubliez, Thompson, on  en est très loin de l’auteur de « the killer inside me »

Le roman se lit très bien avec son rythme trépidant et ses multiples scènes violentes et vraiment, il faut reconnaître un talent dans l’écriture. Plusieurs chapitres contiennent des histoires entremêlées et c’est judicieusement mis en place et mené, indéniablement une belle plume et si vous aimez le genre grosses tueries avec flingues et une bonne dose de sadisme, un honnête suspens, vous ne regretterez pas le plaisir brut offert par ce roman.

Après, quand on y réfléchit, quand on revoit les propos tenus par les personnages principaux, leurs agissements, on se dit que ce n’est vraiment pas joli, joli, ce coin d’Amérique et si la réalité est telle, ah ouais, c’est moche. Mais ce n’est pas le premier à nous proposer son petit coin bouseux pour nous le transformer en empire de la drogue et d’habitude j’adhère parce qu’il y a toujours un personnage qui nous sauve de la nausée mais ici rien ni personne. Franchement un shériff narco qui passe son temps à creuser des trous pour enterrer ses victimes en nous vantant le vigilantisme,se comportant comme un VRP de la NRA, il m’en faut un peu plus pour commencer à créer un semblant de lien.

Néanmoins louons Aurélien Masson le directeur de la collection pour ses qualités de visionnaire en nous sortant le premier polar ricain de l’ère Trump avec « l’ordre des choses » et quand vous aurez lu l’intégralité de cet ordre narré dans le roman, vous rigolerez un peu moins de l’horizon international qui nous est promis dans un proche avenir. Gaussons-nous un peu des Ricains qui ont élu un tel président, n’oubliant pas qu’on ne flambe pas tellement non plus et qu’on pourrait avoir le droit à la même killing joke en mai prochain. Bref et c’est peut-être dû au « traumatisme » 8 novembre mais ce genre de roman fait un peu froid dans le dos par les idées colportées très en vogue aux USA mais aussi dans nos contrées.

S’il voulait montrer des pourris xénophobes, des sheriffs criminels, des élus corrompus, des lois bafouées, du vigilantisme institutionnalisé, des hommes de loi hors la loi, du trafic de dope, des femmes traîtresses, des valeurs grandiloquentes de la famille, un Noël clicheton, des meurtres, des disparitions, des incendies, des démembrements, des tueries, il est certain que Frank Wheeler Jr a réussi son pari haut la main. Il est juste dommage que rien dans le roman ne vienne contrecarrer cette vision déplorable de ce petit coin d’Amérique. Alors je sais bien que de telles contrées existent et que leurs habitants ont beaucoup contribué à l’élection de Trump mais quel étalage de pub pour les armes, l’auto-justice, l’extermination des nuisibles, les morts nécessaires, les valeurs familiales puantes tout au long de l’histoire et aucun discours, aucun acte qui s’oppose. Moralité plus que douteuse.

Trépidant et atterrant.

Wollanup.

LE VOLEUR QUI COMPTAIT LES CUILLÈRES de Lawrence Block à la Série Noire

Traduction : Mona de Pracontal.

Lawrence Block fait partie des grands écrivains américains, il a écrit plus d’une cinquantaine de romans dont bien sûr la série des Matt Scudder, des polars bien noirs. La série des aventures de Bernie Rhodenbarr, libraire-cambrioleur a un ton beaucoup plus léger et plus drôle. Bernie est l’équivalent de Dortmunder chez Westlake en plus joyeux et moins poissard ! Aux Etats-Unis, tous les romans de la série commencent par « the  buglar », ce qui n’avait pas été respecté en France jusqu’à présent, cet épisode date de 2013.

« À l’heure du numérique, difficile de gagner sa vie avec une modeste boutique de livres anciens et d’occasion sur la 11e Rue Est de New York… Heureusement, Bernie Rhodenbarr a d’autres atouts dans sa manche. Cambrioleur chevronné, on fait souvent plus volontiers appel à lui pour ses talents de crocheteur de serrures que pour ceux de bouquiniste. Mais lorsque «M. Smith», un mystérieux collectionneur, lui propose une petite fortune pour plusieurs vols (incluant aussi bien le manuscrit de L’Étrange Histoire de Benjamin Button de F. Scott Fitzgerald que d’inestimables cuillères en argent), Bernie ignore dans quelle histoire improbable il met les pieds.

Car, pendant ce temps, une riche vieille dame a été retrouvée morte à son domicile, apparemment terrassée par une attaque lors d’un cambriolage qui aurait mal tourné. Toutefois les raisons de son décès ne sont pas si évidentes, et l’expertise de Bernie est également requise par son meilleur ennemi, le policier Ray Kirschmann, afin de l’aider dans son enquête…

Voleur rémunéré et détective amateur, notre (anti-)héros trouve en outre des messages rageurs sur la porte de la librairie qu’il est bien obligé de délaisser… Y aurait-il encore des gens qui lisent? »

Bernie Rhodenbarr est un de ces personnages que j’adore retrouver : sympathique, séduisant, plein d’esprit… Très cultivé, il aime la vie et tous ses plaisirs, les livres bien sûr mais pas seulement ! Et sa liberté de ton, de parole, sa liberté tout court en fait… est souvent réjouissante. Les autres personnages aussi sont attachants : Carolyn, sa meilleure amie toiletteuse de chiens lesbienne, Ray son meilleur ennemi, flic un peu crétin dont l’honnêteté est discutable et même Raffles, son chat qui sait se servir des toilettes…

On se retrouve toujours à New York (avec ou sans trait d’union, vous le saurez en lisant le livre), les bars, les brownstones, les escaliers de secours… c’est un bonheur de retrouver cette ville si particulière, une ville-monde où tout est possible, le meilleur comme le pire. Bernie Rhodenbarr fait partie du meilleur ! C’est un observateur lucide et amusé de ses contemporains et s’il ne vieillit pas vraiment, le monde autour de lui change et il commente, car c’est à lui que Lawrence Block donne la parole. Il n’a pas la langue dans sa poche et n’hésite pas à s’adresser au lecteur, à faire des digressions pleines d’humour tout en préservant son intimité avec des astérisques, à l’ancienne.

Souvent, Bernie est obligé de s’improviser enquêteur pour s’innocenter lui-même. Ici ce n’est pas le cas, c’est Ray qui l’appelle à la rescousse pour résoudre une enquête sur un meurtre alors que lui vaque à d’autres choses, beaucoup moins légales avec un collectionneur fou de « buttons » sous toutes leurs formes, de Benjamin Button aux simples boutons en passant par les badges/boutons des campagnes présidentielles. Le grand talent de conteur de Block entre alors en jeu : il sait mener et mêler les intrigues, maintenir le suspense. Les nouveaux personnages qui apparaissent sont tous hauts en couleur : un riche agoraphobe, des jeunes femmes délurées appréciant Bernie qui le leur rend bien, une serveuse de restaurant taïwanaise à l’anglais approximatif…. et les dialogues sont savoureux.

Si Bernie ne respecte pas forcément la loi, il respecte toujours la vie. Ce n’est pas forcément le cas  de la justice qui a parfois des incohérences, des méandres que savent suivre certains coupables, souvent des riches, pour s’en tirer. On retrouve tout de même un peu de noir, l’univers de Block. Mais Bernie est loin d’être naïf, et, à l’occasion, se sert de ses talents, avec ou sans la bénédiction de Ray, pour que des crimes ne restent pas impunis et c’est plutôt jouissif !

Les enquêtes de Bernie se terminent toujours sur la même scène finale où il réunit les suspects et démasque le coupable en hommage à Nero Wolfe le « détective en fauteuil » de Red Stout, mais ce n’est pas la seule référence que Block nous offre : les histoires de Bernie Rhodenbarr sont toujours truffées de clins d’œil à des livres, des auteurs, il n’est pas libraire pour rien ! On les repère quand elles concernent un auteur qu’on connaît et cela ajoute encore à la connivence qu’on a avec Bernie et au plaisir de la lecture.

Bon, vous avez compris que je suis fan !

Un plaisir de lecture familier mais toujours renouvelé et qui donne la patate ! Que demander de plus ?

Raccoon

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