Antonin Varenne a toujours raconté avec bonheur l’aventure, la passion, le don de soi, l’héroïsme, la quête ultime… Et ce qui a toujours fait la beauté de ses romans se retrouve ici dans Les fils de l’aigle, belle rencontre entre Arthur Bowman de Trois mille chevaux vapeur et Simon de La piste du vieil homme.

Antonin Varenne a vécu quelque temps aux USA et forcément, ça déteint toujours un peu. En conséquence, il emprunte parfois le thème anglo-saxon par excellence : la recherche de rédemption par la résilience. Les fils de l’aigle, ce sont deux mômes américains lambdas, en 1970, embauchés sur un cargo convoyant un chargement de bombes au napalm pour l’armée américaine engluée au Vietnam. Ne voulant pas être complices du massacre, les deux jeunes se mutinent contre un équipage de 40 hommes et décident que leur cargaison n’ira jamais répandre encore plus le sang des innocents.

« Ce roman s’inspire de l’histoire d’Alvin Glatskowski et Clyde McKay. De ce qui a été dit et écrit de faux à leur sujet, comme de ce qui est vrai. » exprime Antonin Varenne en préambule. On ne sait pas ce qui a pu marquer à ce point l’auteur dans cette histoire tombée dans l’oubli en France, mais cela a dû être un gros choc. Il a fouillé les archives américaines, s’est servi du seul ouvrage américain racontant l’affaire pour écrire « un roman pour réconcilier le vrai et le faux ». Les fils de l’aigle est certainement son roman le plus grave et en même temps le plus lumineux en montrant que l’espoir subsistera tant qu’existeront des doux dingues comme Glatkowski et McKay.

Dans Il faut sauver le soldat Ryan Spielberg avait su montrer sans fard les horreurs de la guerre et Varenne, pareillement, nous retourne, nous fout en l’air dès le départ avec deux histoires à vous fendre le cœur sur des victimes directes et indirectes de la guerre. L’auteur se défend de délivrer un quelconque message dans ses écrits… Néanmoins, la puissance et la dureté du début du roman vous figent, vous introduisent à une idée du pacifisme qui ne saurait être uniquement que des mots. En fait, en citant Mark Twain, « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »

Antonin Varenne vous proposera, vous imposera une réflexion, vous obligera à fouiller votre conscience. Qu’auriez-vous fait à la place de Glatkowski et McKay ? Les auriez-vous aidés dans leur projet fou ? Les auriez-vous ramenés à la raison ? Auriez-vous eu cette part d’humanité précieuse et rare, cette noblesse d’âme ?

Alors chacun appréciera l’histoire à sa manière, sera envouté, surpris ou trouvera que le projet était stupide car voué à l’échec dès le départ, mais nul ne restera insensible à sa lecture. « On sait jamais jusqu’où une histoire va voyager ». Embarquez avec Antonin Varenne, écoutez le vous conter cette histoire du fond d’un bar, dans les vertiges de l’alcool. Le voyage est terrible, cruel mais d’une grande beauté. Un roman important qui vous hantera ou plutôt qui vous accompagnera, qui vous guidera peut-être même…

Clete.

Du même auteur: ÉQUATEUR, LA TOILE DU MONDE, Quand ANTONIN VARENNE parle de DOA., L’ Artiste, DERNIER TOUR LANCÉ.