Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Wollanup (page 1 of 41)

LE COEUR DE L’ANGLETERRE de Jonathan Coe / Gallimard.

Middle England

Traduction: Josée Kamoun

Quand on a eu la chance de faire la merveilleuse rencontre avec l’auteur anglais Jonathan Coe avec “Testament à l’anglaise”, il  y a très longtemps, le nom reste gravé dans sa mémoire de lecteur et chaque nouvelle sortie du quinqua de Birmingham est en soi un petit événement.

“Comment en est-on arrivé là? C’est la question que se pose Jonathan Coe dans ce roman brillant qui chronique avec une ironie mordante l’histoire politique de l’Angleterre des années 2010. Du premier gouvernement de coalition en Grande-Bretagne aux émeutes de Londres en 2011, de la fièvre joyeuse et collective des jeux Olympiques de 2012 au couperet du référendum sur le Brexit, Le cœur de l’Angleterre explore avec humour et mélancolie les désillusions publiques et privées d’une nation en crise. 

Dans cette période trouble où les destins individuels et collectifs basculent, les membres de la famille Trotter reprennent du service. Benjamin a maintenant cinquante ans et s’engage dans une improbable carrière littéraire, sa sœur Lois voit ses anciens démons revenir la hanter, son vieux père Colin n’aspire qu’à voter en faveur d’une sortie de l’Europe et sa nièce Sophie se demande si le Brexit est une cause valable de divorce.”

La quatrième de couverture de l’éditeur le dit, c’est indéniable, mais cela ne m’a pas sauté aux yeux de suite… “Le coeur de l’Angleterre” est le troisième volume de la saga de la famille Tropper entamée avec le génial “Bienvenue au club” sorti en France en 2003 et racontant de manière virtuose et souvent très drôle les années 70 d’une bande d’ados et de leurs familles. Suivra en 2006, “le cercle fermé” où Coe racontera la destinée de ses personnages, vingt ans après, pendant les années Blair avec toujours ce mélange de causticité et d’émotion, de la très belle ouvrage…Enfin, treize ans après, “Le coeur de l’Angleterre”, troisième volet commençant en 2010 pour se terminer en 2018 avec toujours Benjamin, Doug dans la cinquantaine plus ou moins réussie, plus ou moins épanouie. 

Comme dans les deux premiers romans, beaucoup de personnages, importants et annexes, beaucoup de situations et surtout la perfide Albion, véritable héroïne, qui dans ces années 2010 mérite bien son surnom. La politique, les émeutes à Londres, la mort d’Amy Winehouse, les JO de Londres, le Brexit, tout cela dans la lorgnette des personnages, les conséquences sur leur vie, sur leurs relations. Une fois de plus, Coe démontre son immense talent d’écrivain, ce ton souvent malicieux mais aussi empreint de tendresse. 

Mais il y a quand même certaines réserves et elles ne sont pas minces. Si le nombril de l’Angleterre vous indiffère, passez votre chemin. De plus, s’il est tout à fait possible de lire ce troisième volume sans connaître les deux précédents, vous ratez quand même beaucoup de la finesse du roman et ne comprenez pas forcément les réactions des personnages, l’évolution de leur mentalité. Enfin, même en ayant lu les deux premiers romans, le temps écoulé depuis “le cercle fermé”, treize ans… c’est beaucoup pour la mémoire d’un lecteur. Chanceux seront les néophytes qui auront tout à gagner à lire le géantissime “testament à l’anglaise” en premier avant de se lancer dans cette trilogie du “ cercle” dont la fin est peut-être un peu en deçà de qu’elle a déjà offert. Néanmoins un auteur qui cite le groupe XTC au détour d’une page est toujours digne d’intérêt et forcément éminemment respectable.

Wollanup

ICI N’EST PLUS ICI de Tommy Orange / Albin Michel / Terres d’Amérique.

There there.

Traduction: Stéphane Rocques.

“Ici n’est plus ici”, rappel d’une citation de Gertrude Stein à propos d’ Oackland “ the there of her childhood, the there there, was gone, there was no there there anymore.” est le premier roman d’un jeune auteur américain d’origine cheyenne ayant grandi à Oackland en Californie. Tommy Orange est diplômé d’un MFA en écriture créative de l’Institute of American Indian Arts, où il a eu comme professeurs Sherman Alexie et Joseph Boyden, auteurs de sang indien eux aussi, faut-il le rappeler, et cite également Louise Erdrich qui a tant fait, elle aussi, pour la connaissance et la reconnaissance de la communauté amérindienne.Ce roman a eu un énorme succès aux Etats Unis, y a été plusieurs fois récompensé. David Joy, l’auteur de “ Là où les lumières se perdent” le met en tête de ses lectures de 2018 avec “l’arbre monde” de Richard Powers, ce qui éveille forcément une énorme curiosité.

« Il y avait une tête d’Indien, la tête d’un Indien, le dessin de la tête d’un Indien aux longs cheveux parés d’une coiffe de plumes d’aigle, dessinée par un artiste anonyme en 1939 et diffusée jusqu’à la fin des années soixante-dix sur tous les écrans de télé américaine une fois les programmes terminés. »

Dans un prologue particulièrement percutant racontant la grande Histoire de la rencontre entre populations indiennes et Européens, Tommy Orange annonce la couleur et on comprend très vite que la lecture sera éprouvante. Lors d’un entracte, lui aussi très dur, il enfoncera le clou. Se concentrant sur Oakland qu’il connaît bien, l’auteur met en scène douze personnes, douze histoires actuelles en explorant les drames et les douleurs subis dès la plus tendre enfance quand ce n’est pas in utero. Tout est grande souffrance et les personnages, Indiens ou quarterons et octavons, vivent les mêmes affres que les autres exclus du rêve blanc américain mais avec un sentiment peut-être plus profond d’abandon et de déracinement. Alcoolisme, toxicomanies, violences faites aux femmes et brutalités multiples, dépressions majuscules, solitude, suicide, le calvaire est long et terrible. 

On pourrait penser au début qu’il s’agit que d’une suite de nouvelles montrant l’état de délabrement d’une société bafouée, d’une culture piétinée, de racines arrachées mais il s’agit d’un vrai roman. Toutes ces personnes vont se retrouver dans la dernière partie lors du grand pow-wow d’Oakland que chacun rejoindra avec des désirs, des besoins, des envies, des intentions bien différentes. 

“Ici n’est plus ici” est un roman choc, une oeuvre importante, un “must read” même si le nombre important de voix et certains personnages trop sommairement effleurés rendent parfois malaisée la lecture. Néanmoins, la dernière partie, pourtant si dramatique, élève le roman au rang des inoubliables. Par sa poésie du désespoir, sa promesse d’espoir, cette illusion de rédemption le final d’ “Ici n’est plus ici” vous emporte, vous élève, vous fait planer bien au-dessus de l’horreur.

Must read.

Wollanup.

We are the tribe that they cannot see
We live on an industrial reservation
We are the Halluci Nation
We have been called the Indians
We have been called Native American
We have been called hostile
We have been called Pagan
We have been called militant
We have been called many names
We are the Halluci Nation
We are the human beings
The callers of names cannot see us but we can see them


BLEU BLANC BRAHMS de Youssef Abbas / Editions Chambon.

11 septembre 2001, 21 juillet 1969, quand on a vécu ces dates, on se souvient exactement de ce que l’on faisait ce jour-là et avec qui on était.

12 juillet 1998, même si ce n’était pas un petit pas pour l’homme et encore moins pour l’humanité, même si cela n’a pas flingué la skyline de NY, même si c’était juste un événement français avant tout et même si ce n’était que du foot, 22 mecs en train de se disputer une sphère en cuir au nom de la “patrie”, quelle fête ce fut! On a vécu la même chose l’an dernier mais ce n’était pas en France d’une part et d’autre part Benalla a vite éteint les lampions et calmé les pétards. En 1998, pour la première fois, tu peux le croire ça? la France devenait championne du monde de football, au cœur de l’été, deux jours avant la fête nationale en mettant une grosse claque aux meilleurs footballeurs du monde, deux grands coups de boule de Zidane (une spécialité du meilleur joueur du monde qui sera moins probante 8 ans plus tard) et une chevauchée fantastique de Petit pour parachever la mise à mort des Brésiliens… des gamins, des adultes en train de chialer de bonheur devant leur poste, le visage peint, les cheveux teints en blond. La France chavire, “blacks, blancs, beurs”, on est tous Français tout d’un coup, pas pour longtemps, juste un coup de médias, une aubaine pour Chirac.

Ce premier roman de Youssef Abbas, qui avait quinze ans à l’époque ,commence à 17H30 le 12 juillet et se termine un peu avant 23 heures au moment de l’explosion de joie, des millions de fous furieux ivres de bonheur, du même bonheur, au même moment… mais si le match sert de toile de fond, on retrouve d’ailleurs certains commentaires devenus légendaires de Thierry Rolland et Jean Michel Larqué qui commentaient le match ce soir-là, l’histoire se situe bien ailleurs. Pendant que la France et une partie du monde suit le match, s’enflamme, d’autres vivent autre chose, des événements plus tristes voire dramatiques pendant ce fil conducteur de deux heures. 

Dans une ville anonyme du Centre, dans une vieille HLM comme les chantait Renaud, Youssef Abbas va nous conter la soirée de trois résidents. Hakim, le petit beur vient d’avoir son bac et rêve de fac et surtout de liberté loin de sa cité. Ce 12 juillet, “Pour la première fois de sa vie, il se sentait français”, la première partie lui est consacrée et le ton donne à penser que le roman va jouer la carte de la comédie tant Hakim est déjà dans le match, trois heures avant le début comme tout passionné de ces grands rendez-vous cathodiques. Il part en vrille et en ville pour suivre le match avec Yannick, son ami, son frère, son voisin et compagnon d’infortune de cité oubliée, excentrée, lui même cinglé de foot mais également amoureux de Marianne, chez qui ils vont taper l’incruste, se retrouvant, hélas, au milieu des amis de la belle, la bourgeoisie locale. 

Le ton change dans cette partie dévolue à l’histoire de Yannick, le propos va s’avérer rapidement plus mélancolique, Yannick comprenant que Karim et lui ne sont pas tout à fait à leur place au milieu des jeunes bien propres sur eux, aux pulls posés avec recherche sur les épaules. Étonnamment et très intelligemment, le roman fait connaître un ascenseur émotionnel infernal exactement à l’opposé du déroulement du match. La France gagne, les deux garçons perdent. A la liesse générale s’oppose leur mélancolie, leur malaise grandissant, sans grande gravité pour Hakim, beaucoup plus désolant pour Yannick. Mais ce n’est que le début, on va aller beaucoup plus loin dans le scénario de fête raté, dans la glaciation d’une soirée brûlante.

Guy, proche de la trentaine vit lui aussi dans le même bâtiment, il suit le match le son coupé en écoutant Brahms et en revivant son enfance, sa jeunesse, ses erreurs, ses regrets, vomissant celui qu’il est devenu, sa lâcheté, sa vie de merde. Les trois vont se rencontrer au coup de sifflet final.

“Bleu blanc Brahms” est un très, très bon roman à lire d’une traite, poignant, éprouvant, d’une noirceur et d’une intelligence comme on les aime chez Nyctalopes. Youssef Abbas, un nom à retenir et un roman parfait pour lancer la saison.

Wollanup.


UN DERNIER POUR LA ROUTE (DU ROCK).

Et on tourne la page!

La route du Rock sans pluie, ce n’est pas la Route du Rock. Et en ce vendredi 16, dès qu’Andy Shauf, le génial et discret leader de Foxwarren a commencé à jouer de sa guitare, le crachin que le vent laissait présager est entré en scène lui aussi.Ceci dit, cette ambiance convenait bien à la folk intimiste et orfèvre du groupe californien auteur d’un très beau set devant une assistance limitée mais vite conquise.

Andy Shauf de FOXWARREN pendant les balances.

WHITE FENCE devant un public arrivant au compte-gouttes leur a succédé avec un groupe très pro, un show mêlant ces multiples influences du garage au psychédélisme en passant par les seventies.

Plus de monde à l’arrivée des Néerlandais de ALTIN GUN et leurs compositions ottomanes. La Turquie actuelle d’Erdogan ne me fait pas rêver, sous la pluie encore moins, et puis ensuite très perplexe quand autour de moi, on parle de psychédélisme sixties génial quand je n’entends que du folklore turc, bien sympathique ma foi mais du folklore. Beaucoup ont dansé, et c’est très bien que l’ambiance soit festive, ceci dit, passé une certaine heure, certains se déhanchent sur n’importe quoi. Motocultor, festival métal, propose bien Alan Stivell et Henri Dès ce week-end. Qu’importe le bourbon pourvu qu’on ait l’ivresse. 

Suite au désistement de BEIRUT, certains ont dû annuler le rendez-vous. Moins de monde que pour Tame Impala mais néanmoins une grosse assemblée de fans pour HOT CHIP, belle machine à danser mais pas vraiment rock, parfois ressemblant (aïe) à Culture Club. A noter, néanmoins, une reprise de “Sabotage” des Beastie Boys aussi inattendue que réussie et propice à la sortie de la somnolence.

Finalement, ce n’est qu’à partir de 23H10 que la Route du Rock a vraiment mérité son nom en ce vendredi. CROWS, dont je n’attendais pas grand chose, a balancé un set parfait, urgent, noir dans l’exacte même veine que BLACK REBEL MOTORCYCLE en 2002. Une guitare, une basse, une batterie, un chanteur explosif et c’est parti, un pur moment de rock n’ roll et une très belle découverte de l’année, tout comme BLACK MIDI.

CROWS pendant les balances.

Et pour le reste, pas vu, juste constaté que le DJ set de 2 Many DJ’s, toujours prompts à vous bouger a quand même un peu vieilli et souffre beaucoup de la comparaison avec des Ricains comme GIRL TALK pour ne citer que lui.

Alors, évidemment, tout cela est très subjectif… Je tiens néanmoins à remercier Camille et Justine du service presse/ communication pour leur professionnalisme au service d’amateurs permettant la découverte de l’envers du décor. D’une manière générale, artistes, techniciens, bénévoles, public, j’ai trouvé que ce festival était de belle tenue, superbement organisé, géré et sans réels débordement si habituels dans ce genre de grand barouf.

Un grand bravo à François Floret.

En causant de rock, on a perdu plusieurs abonnés de la newsletter, finalement pas très patients et à qui je dis donc adieu sans aucun regret. On n’a rien à vendre, on tente juste de partager nos passions.

Retour vers la littérature noire, la rentrée est, pour le moment, assez quelconque.

Le dernier Nesbo est en ligne.

Wollanup

PS: Photos avec mon vieil Iphone.

A 17 heures, la ROUTE DU ROCK c’est bien.




LE COUTEAU de Jo Nesbo / Série Noire.

KNIV

Traduction: Céline Romand-Monnier.

« Harry Hole a réintégré la police criminelle d’Oslo, mais il doit se contenter des cold cases alors qu’il rêve de remettre sous les verrous Svein Finne, ce violeur en série qu’il avait arrêté il y a une dizaine d’années et qui vient d’être libéré. 
Outrepassant les ordres de sa supérieure hiérarchique, Harry traque cet homme qui l’obsède. Mais un matin, après une soirée bien trop arrosée, Harry se réveille sans le moindre souvenir de la veille, les mains couvertes du sang d’un autre. « 

Panique dans les “allroms” de Norvège et les chaumières françaises. Harry Hole est de retour pour souffler un vent méchamment glacial en plein cœur de l’été. Je ne suis pas le plus grand fan du toxico Hole qui visiblement à l’approche de la cinquantaine n’apprend toujours pas de ses erreurs. Le petit génie de l’investigation ivre, le marathonien forcené de l’enquête bourré reprend du service. Après un coma éthylique qui lui laisse un immense trou noir concernant les douze dernières heures de sa vie où il s’est comporté comme le pire des abrutis, un cassos puissance dix, l’homme est capable de se taper 45 minutes de footing pour vérifier l’alibi d’un joggeur. Ah, cela commence très mal! Ou Nesbo n’a jamais connu la gueule de bois ou il nous prend pour des truffes. Bref, on se croirait dans un épisode de la série Sherlock, sympa mais pas réellement crédible.

Nesbo est un grand pro du polar, du thriller, ses intrigues sont superbement étalonnées, pas une page ennuyeuse, du plaisir brut, immédiat pas forcément dans la durée. Il sait jouer avec et sur les récepteurs des lecteurs. Comme dans “la soif”, nous avons affaire à un serial killer qui s’attaque aux femmes, une figure du mal parfaitement effrayante si on entre dans le jeu de l’auteur. Super Hole, saoul comme un Polonais, cavalier blanc blindé comme un destroyer, va s’occuper de l’affaire en loucedé. Harry Hole et sa prédisposition manifeste pour l’auto justice, ses addictions, ses frasques, sa dépression de malade alcoolique qui ne veut pas se soigner, son auto apitoiement, peuvent lasser, ont fini par me saouler. Harry Hole m’est particulièrement antipathique.

Les premières dizaines de pages, je l’ai déjà évoqué, nous prennent un peu pour des neuneus mais nous promettent néanmoins une ambiance bien inconfortable qui passionne tant de lecteurs de par le monde. La couverture (criarde un peu non?) m’a immédiatement fait penser à Dario Argento, maître du film d’horreur ou du grand guignol gore, au choix selon affinités, et le roman s’en approche un peu par moments avec cette symbolique du couteau ainsi que sa terrible réalité.

Les fans vont adorer. La quatrième de couverture reste très évasive et pour cause…

Les aficionados vont se prendre un méchant sale coup dans la tronche autour de la page 60. Perso, vous avez dû le comprendre, je m’en fous un peu de Hole, de son foie, de son suicide en bouteilles mais j’imagine très bien l’état d’hébétement qui serait le mien s’il arrivait pareille expérience à Dave Robicheaux de Burke. Un vrai coup bas qu’il vous envoie Jo Nesbo, combien il vous sera difficile de vous relever et je pèse mes mots. Prévoyez ensuite une longue traversée solitaire aux côtés d’un Harry Hole en mode guerre.

Un roman maîtrisé, bien huilé, qui ravira les inconditionnels et qui, sûrement, ne laissera indifférent aucun amateur de thrillers.

Wollanup.


La journée du 15 août à La Route du Rock. Propos partisans.

Jeudi à La route du Rock, beaucoup de monde, beaucoup de bottes et de cirés mais pas de pluie malgré un ciel menaçant, très menaçant. Ne soyez pas trop affamés par contre, il y a vraiment la queue même aux gaufres.

POND, c’était surement très bien mais les embouteillages, les files d’attente à l’entrée ont fait que… juste entendu, rien vu. FONTAINES D.C. ensuite a fait un show honnête, du rock, du vrai, rien d’extraordinaire non plus. 

IDLES a, par contre, comme lors de leur premier passage il y a deux ans, mis le feu au fort en empruntant à leur répertoire de deux albums. Slams dans la foule sans guitare et avec guitare. Les mecs sont furieux, un petit côté Gogol Bordello dans le ton comme dans le délire mais humains, sans frime, juste pour l’amour du rock!

IDLES

Il y a toujours des concerts pour nostalgiques à la Route du Rock et cette année n’a pas fait exception avec Stereolab. Adulés par la critique dans les années 90 le groupe n’a jamais connu réellement le succès public. Pour autant, leur set n’avait absolument pas l’allure d’une réunion d’anciens combattants et il y a eu vraiment fusion avec un public plus ancien pendant que les keupons reprenaient des forces à la buvette.

Le set tout à fait honorable de Stereolab n’était pas terminé que déjà la grosse foule s’était préparée sur l’autre scène pour Tame Impala. Le risque avec ce genre de groupes aux albums hyper soignés, à la musique très travaillée, c’est qu’ils n’arrivent pas à reproduire pareille orfèvrerie sur scène. MGMT, lors de son passage à la Route du Rock hiver avait quitté la scène moins d’une minute après avoir débuté pour redémarrer un peu après à cause d’un plantage. Mais là, chapeau. Un son de grande qualité et un public conquis d’emblée puisqu’ils débutent malicieusement avec « Let it happen » assortis de canons à confettis au milieu du morceau. Les canons à confettis seront utilisés trois fois, le public est en extase mais évidemment ce serait un peu cheap pour une enceinte qui a déjà vu à l’oeuvre les fondus des Flaming Lips. Par la suite images psychédéliques, effets de lumière, fumées et lasers impressionnants quoique beaucoup plus rasants qu’ à Glastonbury, images live et enregistrées de Kevin Parker… Il y a eu rappel, prévu bien sûr, mais une prestation lumineuse de plus de un heure vingt au total. Chez Tame Impala, chacun est à son poste mais derrière car plein centre et devant c’est Kevin Parker qui, sans effets très « spéciaux », tout en retenue a su conquérir son monde, s’exprimant en français dès qu’il le pouvait. Alors, c’est vrai, on sent que c’est hyper rodé mais quel spectacle. Bravo Tame Impala !

TAME IMPALA

Avec BLACK MIDI, un nouveau changement d’ambiance. C’est assez bizarre sur scène, les petits jeunes rentrent dedans mais leur musique déjà assez imprévisible sur l’album peut être parfois aussi désarmante live. On ne sait pas trop si le bordel ambiant par moments est totalement maîtrisé mais il y a de la folie, une énergie très destructive et nul doute qu’on réentendra bientôt parler de ces quatre lascars s’ils arrivent à tenir la route car leurs rythmes, leur manière de se vider sur scène et de maltraiter leurs instruments doivent laisser des traces.

BLACK MIDI

JON HOPKINS a enchaîné dans la foulée. Visuellement, c’est magnifique, musicalement c’est tout bonnement de la techno. Peut-être qu’au bord d’une piscine à Ibiza avec un cocktail… à Saint Malo, à un heure du mat et 15 petits degrés, ça le fait nettement moins.

Ça continue aujourd’hui, il ne pleuvra peut-être pas beaucoup.

Wollanup.

Crédit photos: Nicolas Joubard.

VENDREDI A LA ROUTE DU ROCK

Vendredi, la tête d’affiche de la journée, c’était BEIRUT mais laryngite aigüe, la moitié des dates de sa tournée sont annulées et bim, plus de BEIRUT remplacé par 2 Many DJ’s. Ah sûr, ce n’est pas la même chose, pas le même créneau musical. Remplacer la musique de voleurs de poules de Zach Condon par un DJ set, les fans du Ricain ne vont pas y trouver leur compte. Ceci dit les Belges sont très doués pour mettre le feu avec leurs enchaînements, leurs samples allant du funk le plus pur aux Strokes le plus dur. Evidemment, on sera très loin des sonorités balkaniques prévues initialement et qui étaient le moteur musical du early Beirut.

Dommage, parce qu’auparavant seront montés sur scène Altin Gün qui malgré son nom n’est pas turc mais néerlandais. Ce collectif, déjà apprécié lors de son passage aux Trans de Rennes, revient donc dans le coin avec sa collection de morceaux issus de standards anatoliens et d’adaptations de chansons traditionnelles turques. Sur galette, je suis loin d’être fan mais certains groupes méritent d’être vus. Et puis un vent du Bosphore sur Saint Malo, c’est original. Avec Beirut, on aurait eu une vraie soirée orientale. Passé la Loire, c’est l’Orient pour les Bretons. A regarder avec un kebab ou des cigarettes qui font rire peut-être.

FOXWARREN, le nouveau groupe d’Andy Shauf, magicien folk canadien ouvre le bal vendredi. Sur la platine, c’est la bande son idéale des weekends cocoon, des petits moments cools un peu comme Kevin Morby mais sur scène qu’est-ce que cela peut donner? Pour un peu qu’il crachine, la mélancolie des petites perles du groupe risque de flinguer le public dès le début de la journée. 

WHITE FENCE réveillera peut-être l’enceinte mais ça dépend. Tim Presley, le leader du groupe est un ami de TY Segall avec qui il a collaboré de manière explosive à de multiples reprises mais qui a aussi un autre côté plus posé tourné vers les années 60: Syd Barett, Doors, guitares Kinks. Quelle sera l’option choisie par le groupe vendredi? Le dernier album sorti cette année est un très joli produit vintage. Voilà, FOXWARREN comme WHITE FENCE sont des groupes qui produisent une musique de qualité mais qui peut, peut-être mieux, passer dans des salles que sur des grandes scènes à ciel ouvert.


Du bruit, de la fureur, CROWS qui débarque de Londres peut-être dans le même avion que HOT CHIP, va vous en offrir. Ya du cuir, des grosses guitares, un chanteur habité, ça sonne comme un peu comme les Cramps qui auraient eu envie de bourriner. Ne pas tomber en extase trop près des enceintes.

Auparavant, à 22heures, HOT CHIP, parfaite symbiose entre le rock et l’électro et qui symbolisera parfaitement sur scène la volonté des organisateurs du festival, va vous entraîner, vous faire danser qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il grêle, qu’il tonne et sur des textes pourtant souvent sombres. A ne pas rater!

Et pour terminer la soirée, tard dans la nuit, CRACK CLOUD et PAULA TEMPLE. Je ne vais pas tenter de vous faire envie, ce n’est pas mon monde musical et si vous aimez l’électro et la techno vous savez bien mieux que moi si leur présence peut être considérée comme un événement.

Pour se rendre au festival depuis saint Malo, il existe des bus, il faut juste se montrer un peu patient à certaines heures. Il y a aussi le camping sur place si vous avez envie d’une expérience de ZAD de trois jours. Si vous prenez la voiture, le mieux c’est de vous grouper et d’embarquer avec vous le pote qui n’aura pas besoin d’un petos pour apprécier Tame Impala et pas plus envie de deux litres de bière avant d’aller à la guerre avec Idles. Nos amis de la gendarmerie sont présents à la sortie et organisent “l’after” en vous faisant souffler dans le biniou, en vous curant un reste de galette saucisse resté coincé dans la joue ou en regardant si vous n’avez pas une poussière au fond de l’oeil. Et n’essayez pas de jouer les plus malins en prenant les petites routes, ils ne sont pas cons, ils connaissent beaucoup mieux que vous la région et les plans foireux à deux balles de fin de soirée, ça rate toujours.

See you!

Wollanup.

PS: Ce soir Sharon Van Etten à la salle “la nouvelle vague” à Saint Malo.

A LA ROUTE DU ROCK JEUDI/15.

Right time, right place !

Un festival, on y va pour les artistes qu’on aime bien sûr et il y a aussi la joie de la découverte. Certains artistes électro de fin de soirée me sont complètement étrangers et je me garderai bien de les recommander ou de les condamner.Je me contenterai d’argumenter brièvement sur les concerts que je ne veux pas rater.

L’an dernier, il y avait eu plusieurs grosses têtes d’affiche.Cette année, la prog est à nouveau exceptionnelle mais sans vraiment de gros noms si on excepte TAME IMPALA, beau coup de l’année. Après deux albums résolument psychédéliques, les Australiens se sont tournés en 2015 vers une version plus accessible, plus mainstream. Leur prestation à Glastonbury en juin était très impressionnante avec multiples jeux de lumière assez hallucinatoires et lasers puissants et furieux. Cela donnait peut-être une impression d’hyper professionnalisme, de sérieux, de maîtrise d’un très gros son. Manquait peut-être d’un peu de vie, Kevin Parker semblait jouer une indolence travaillée. Mais assurément, on aura le droit à du gros spectacle, le groupe termine sa tournée européenne et part pour NY, les deux dates du Madison Square garden sont sold out. Foule de Barbies au premier rang. 


Dans le package Tame Impala doit être imposé aussi POND, leurs potes. Kevin Parker a souvent joué de la batterie avec eux. C’est le même genre de musique mais plus intime. Ils auront le redoutable privilège de débuter la journée de jeudi. Ce n’est pas gagné. J’ai déjà vu Okkervil River s’y planter et le grand Stephen Malkmus s’y sentir bien seul.

Ce même jeudi, avant les Australiens nous découvrirons FONTAINES D.C., coqueluche irlandaise du moment avec chanteur à tambourin pour faire sixties. C’est rugueux, moins méchant que leurs compatriotes de Girl Band mais c’est du rock n’roll, c’est certain. 

Néanmoins, ils vont devoir assurer gravement parce qu’ils précèdent IDLES à qui ils s’apparentent musicalement mais qui, eux, mouillent le marcel, donnent tout pour le meilleur comme pour le pire. C’est brûlant, animal. Shame avait allumé la scène des remparts l’an dernier. IDLES va faire vaciller la structure cette année, 100% testostérone, show sauvage, chaussures de protection à prévoir dans le sac.


Toujours jeudi, la sensation de l’année en provenance de Londres, BLACK MIDI. Dans 5 ans, vous pourrez vous vanter de les avoir vus à leurs débuts. Difficile de définir leur musique, post rock, post punk, expérimental, original mais aussi pour oreilles endurcies, entraînées.Ya du Slint, du Suuns, du Sonic Youth, d’autres choses, BLACK MIDI quoi.

Wollanup.

NYCTALOPES à Saint Malo !

Littérature et musique font bon ménage, beau mélange, nul besoin de vous convaincre… et rock (dans son appellation la plus large) et littérature noire sont souvent en parfaite harmonie. 

Tout le monde à Nyctalopes aime aussi le rock et la réunion ne s’est pas faite uniquement sur un même goût pour une certaine littérature noire. Chouchou est un amateur d’indé éclairé et éclairant avec quelques faiblesses minimes, qui n’en n’a pas, comme Dire Straits, Paotrsaout est surtout punk mais sans chien, Bison d’Or possède le don très rare de comprendre la musique de Swans, Monica doit être secrètement amoureuse de Billy Corgan des Smashing Pumpkins, Raccoon ne jure que par M. Ward, JLM a beaucoup couvert et vécu le rock français pendant plusieurs décennies, BST a longtemps marié the Clash et Wagner, Marie-Laure…

Les premiers romans chroniqués fin août le confirment, faisant tous la part belle ou ou tout au moins honnête à la zik.

Dans LE COEUR DE L’ANGLETERRE de Jonathan Coe chez Gallimard, Benjamin a du XTC dans son Ipod. Harry Hole, si bourré que cela en devient très relou dans LE COUTEAU de Jo Nesbo à la Série Noire, se paie le hard rock bourrin de Deep Purple et défonce un bistrotier qui met du David Gray. A Tribe Called Red incante ICI N’EST PLUS ICI de Tommy Orange Chez Albin Michel. MON TERRITOIRE de Tess Sharpe chez Sonatine sonne comme du Murder By Death. Et dans BLEU BLANC BRAHMS, l’excellent premier roman de Youssef Abbas aux éditions Jacqueline Chambon, Leonard Cohen magnifie la mélancolie, le spleen d’ados. Ce sera d’ailleurs un immense plaisir d’entamer cette nouvelle saison le 21 août avec ce bouquin qui est vraiment dans l’esprit de la littérature qu’on aime tous ici et qu’on a envie de partager avec les potes…

Mais avant cela, l’occasion d’une accréditation faisant le larron, Nyctalopes sera présent à la Route du Rock  du 14 au 17. J’ai vécu ce festival pour la première fois en 1996. Cette année-là, en trois accords Placebo avait enflammé le fort, Weezer avait tout défoncé avec son cultissime album bleu et le chanteur de Fun Loving Criminals s’était enfilé une bouteille de Jack Daniels le temps d’un set magnifique de 45 minutes. Depuis, beaucoup d’éditions et des concerts inoubliables, Death In Vegas en 2000, Les Avalanches en 2001, Interpol en 2002, Sonic Youth en 2005, The Smashing Pumpkins en 2007, The Kills en 2009, The Walkmen en 2012, The Districts en 2015, The Black Angels et The Brian Jonestown Massacre l’an dernier…

En fait, c’est de Saint Malo que souffle le courant indé en France. Comparez avec ce que propose la concurrence fin août à Paris… La Route du Rock vous entraîne sur les chemins tortueux et inconnus de l’indie la plus pointue comme sur les voies célestes des artistes proches des dieux. 

Donc, cette semaine, vont arriver quelques petits papiers présentant la programmation, les immanquables de manière très subjective, les concerts, l’ambiance générale, l’espace VIP… pour vous donner envie de venir si vous mourez d’ennui en vacances chez belle-maman ou si vous avez enfin décidé de ne pas mourir totalement idiot.

Si vous n’êtes pas intéressés, on se retrouve le 21. Profitez bien de vos vacances. On relance le bouzin !
Wollanup.


Bonnes Vacances !

On revient vers le 22 août, profitez bien !

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