Chroniques noires et partisanes

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LE DESERT OU LA MER d’Ahmed Tiab / l’Aube noire

Ahmed Tiab, né à Oran, ville de son héros le commissaire Kémal Fadil, vit en France depuis les années 90. Deuxième opus de la série, après « le Français de Roseville », « Le désert ou la mer » se situe chronologiquement avant puisque c’est dans cette enquête que le commissaire va rencontrer Fatou réfugiée nigérienne.

« De jeunes gens miséreux dans les rues de Niamey. Des cadavres de migrants africains échoués sur les plages d’une Oran devenue tombeau des désespérés. Ahmed Tiab s’interroge : comment les premiers deviennent-ils les seconds  ?

L’enquête mènera le commissaire Kémal Fadil au cœur d’une organisation de trafic d’êtres humains entre Maghreb et Europe.

Sa route croisera l’histoire de son propre pays, toujours en proie à ses vieux démons, et celle d’une jeune femme, qui a laissé le sien – le Niger – derrière elle.

Lui essaie de démanteler une filière mortifère, avec l’aide de ses collègues marseillais. Elle se bat pour survivre et fuit une existence sans avenir. »

Ahmed Tiab construit son roman avec deux récits qu’il intercale intelligemment : l’enquête de Kémal Fadil sur un trafic d’êtres humains après la découverte de plusieurs cadavres de Noirs sur des plages algériennes et le départ du Niger de deux jeunes gens fuyant la misère et une vie sans espoir. Les chapitres des deux parties  sont datés et les dates se rapprochent inexorablement et dès le début, on sait que les deux histoires vont se télescoper tragiquement.

Ali, enfant des rues, étrange tueur au cœur tendre accompagne dans sa fuite Fatou à laquelle il s’est rapidement attaché et qui, elle, fuit un oncle qui ne pense qu’à la violer comme il l’a déjà fait à sa propre fille, la réduisant à la prostitution. En chemin, le groupe de réfugiés s’étoffe et l’histoire de chaque nouvel arrivant élargit la palette des horreurs qui poussent à l’exil : la misère et toute la violence qui l’accompagne, la guerre, l’intégrisme. Chacun est jeté sur les routes par une histoire violente et désespérée qui interpelle fortement en donnant une vie, un destin à quelques-uns de ces morts qui jonchent les plages et ne sont juste qu’un nombre aux infos du soir. Comme dans la vraie vie, tous ne finiront pas le voyage…

Par le biais de Fatou, Ahmed Tiab évoque également le sort des femmes dans les sociétés africaines, sociétés archaïques où elles ne sont bien souvent que des esclaves, des monnaies d’échange ou des utérus chargé de procréer (des fils de préférence).

Le commissaire Fadil, dans son enquête, évolue lui dans la société algérienne actuelle qui hésite encore devant la démocratie, les militaires y sont très puissants, la corruption fait rage, les trafics pullulent, les réfugiés ne sont pas les bienvenus et les intégristes sont loin d’être éradiqués. Ahmed Tiab rappelle l’histoire récente de l’Algérie, la guerre civile contre les islamistes, les régions reculées où ils sévissent encore.

Dans ce polar, Ahmed Tiab réussit à évoquer tout ça sans négliger l’enquête où on retrouve avec plaisir le commissaire bien sûr, mais aussi sa mère Lela et son acolyte Moss, personnages attachants et hauts en couleur.

Un bon polar intelligent, une série à suivre donc…

Raccoon

 

RETOUR A CAYRO de Dorothy Allison chez Belfond

Traduction : Michèle Valencia.

Dorothy Allison est une écrivaine américaine aux écrits variés : essais, poésies, nouvelles, roman. Son premier roman autobiographique « l’histoire de Bone » sur son enfance dans une famille pauvre du Sud où elle a été maltraitée et violée par un beau-père violent l’a fait connaître. « Retour à Cayro » est son deuxième roman, il a été publié en 1998 et Belfond le réédite cette année, remettant ainsi cette œuvre puissante et émouvante en lumière.

« Delia Byrd a fui un mari violent et dangereux pour suivre Randall Pritchard et son groupe de rock, abandonnant du même coup ses deux petites filles, Amanda et Dede. Dix ans ont passé, mais ni le succès, ni les frissons de la scène, ni la naissance de Cissy, sa troisième fille, n’ont réussi à guérir ses blessures ou à apaiser sa culpabilité. L’alcool l’a presque détruite et l’amour l’a déçue une seconde fois. Quand Randall meurt dans un accident de moto, Delia décide de quitter la Californie et de rentrer chez elle, en Géorgie. Sa vieille voiture chargée de tout ce qu’elle possède, une Cissy murée dans un silence hostile à l’arrière, elle traverse d’une traite le pays, persuadée que son salut passe par un retour à Cayro, sa ville natale. Récupérer ses filles deviendra son obsession, plus forte que la haine que lui voue Cissy, que la rancoeur de Dede et d’Amanda, que la dureté des habitants de Cayro, des gens du Sud… »

Dorothy Allison nous livre des portraits magnifiques de femmes qui luttent pour vivre ce qu’elles jugent juste, malgré la culpabilité, la pression des préjugés, de la religion chez les pauvres blancs de ce sud puritain où elles sont les victimes faciles car souvent résignées et sans voix de la violence. Delia d’abord, personnage central, qui a tout perdu pour avoir voulu sauver sa peau, mais aussi ses filles Cissy, Amanda et Dede qu’on suit sur une dizaine d’années dans une grande fresque familiale, même si la famille est bien déglinguée. Chacune réagit à la souffrance différemment mais à chaque fois Dorothy Allison fait mouche et les personnages sonnent juste : jamais monolithiques, si elles sont fortes, ces femmes ne sont pas sans peur et sans reproche, elles dégringolent parfois dans l’alcool, la drogue, la dépression, la religion…

Le malheur, la souffrance sont très présents chez tous les personnages, victimes et coupables, aggravés par la rigidité morale de cette société et la pauvreté ambiante. Pas d’angélisme, un être blessé peut être violent, dangereux, méchant et les filles de Delia n’échappent pas à cette règle. Bref elles sont humaines, imparfaites et leur combat n’en est que plus beau et plus émouvant !

Dorothy Allison raconte dans un style puissant, rageur, drôle parfois mais jamais larmoyant le combat de Delia pour rompre le cycle infernal de reproduction du malheur. Elle suit l’évolution de Delia et de chacune de ses filles tour à tour avec quelques retours en arrière dans la narration qui surprennent parfois mais ces éclairages multiples donnent finalement une grande profondeur à l’ensemble du roman. Ce livre est un hymne au pardon, à la rédemption, à la résilience.

Il y a de beaux passages sur la musique, passion de Delia qui l’a absorbée lorsqu’elle s’est enfuie mais n’a pu apaiser sa culpabilité vis-à-vis de ses filles et à laquelle elle renonce pour se consacrer à elles. Dorothy Allison réussit également une peinture vivante d’une petite ville du Sud :  elle décrit brillamment le sud profond et on y est, on ressent tout : la chaleur écrasante, abrutissante dans les mobil-homes, la fraîcheur qui ne vient qu’avec la nuit, la pesanteur des regards, des jugements…

Très fort !

Raccoon

CHER MONSIEUR M de Herman Koch chez Belfond

Traduction : Isabelle Rosselin.

Herman Koch est très connu aux Pays-Bas, acteur et réalisateur d’émissions de télévision, éditorialiste dans le journal de Volkskrant et bien sûr écrivain. Son livre « le dîner » a connu un immense succès international, c’est un des livres néerlandais les plus traduits, et il a été adapté plusieurs fois au cinéma. Ce roman est son troisième traduit en français.

« Herman a un passe-temps : il écrit des lettres. Pas n’importe lesquelles, des lettres de menace à son voisin, monsieur M., auteur de best-sellers internationaux.

Des lettres qu’il n’envoie pas mais dans lesquelles il fait part de sa fascination mêlée de dégoût pour ce romancier, gloire passée des librairies, vieux beau fortuné, à l’épouse trop jeune, trop belle.

Ce cher monsieur M. avec lequel Herman joue les gentils voisins, en attendant son heure.

Car Herman le sait, le succès de monsieur M. est bâti sur un mensonge. La vérité, lui seul la connaît. Et aujourd’hui, il est bien décidé à se venger. »

Le livre commence bien : les lettres d’Herman sont franchement inquiétantes. Ce voisin qui guette, qui traque tel un chasseur à l’affût… on craint le pire pour Monsieur M. l’écrivain, mais surtout pour sa jeune épouse et leur fillette, le suspense monte. Puis Herman Koch change d’approche, il suit l’écrivain vieillissant et fait de nombreux retours dans le passé où on découvre peu à peu le fameux voisin alors adolescent, le drame qui a marqué sa vie et que l’écrivain a utilisé pour écrire son meilleur livre. Se posent alors beaucoup de questions sur la création littéraire, la fiction et la réalité, le droit qu’a un auteur de l’utiliser, de la modifier…

Herman Koch dresse en plus un portrait assez grinçant du monde littéraire : les auteurs, les éditeurs, les séances de lecture, de dédicaces, les bibliothécaires, les profs… tout le monde en prend pour son grade. Aucun des personnages n’est sympathique, mais ce n’est pas forcément gênant dans un livre de vengeance où tout le monde a quelque chose à se reprocher, ça va avec le ton du bouquin. C’est parfois drôle, dans le genre caricatural et provoquant.

Mais cela ne rentre pas vraiment en résonnance avec la partie thriller, ça l’alourdit. Herman Koch fait un mélange des genres qui ne prend pas, brouille les pistes et l’intérêt décline. On a le fin mot de l’histoire principale, bien sûr, mais on reste sur sa faim.

Décevant. Si on veut découvrir cet écrivain, mieux vaut se tourner vers « le dîner ».

Raccoon

LA MARCHE DU MORT Lonesome Dove : les origines, de Larry McMurtry chez Gallmeister

Traduction : Laura Derajinski.

 

Originaire du Texas où il vit actuellement, Larry McMurtry est un grand écrivain américain qui a écrit plus de 40 livres, romans et essais. Il participe également à la rédaction de scénarii pour le cinéma et a obtenu un oscar pour celui de « Le secret de Brokeback mountain ». Il a obtenu le prix Pulitzer en 1986 pour « Lonesome Dove » et en a écrit deux prequels ensuite.  « La marche du mort » est le premier des deux, celui où on assiste à la rencontre entre les deux héros, Woodrow Call et Augustus McCrae, à peine sortis de l’adolescence. Le deuxième « Comanche moon » ainsi que la suite « Streets of Laredo » sont encore inédits en France. Espérons que leurs traductions soient dans les projets de Gallmeister…

« Aux confins d’un Texas encore sauvage, les jeunes Augustus McCrae et Woodrow Call viennent de s’engager pour faire régner un semblant d’ordre dans ce pays en devenir. Sous-équipés, piètrement entraînés et mal dirigés, ils s’apprêtent à traverser une série d’expéditions et d’aventures plus dangereuses les unes que les autres. Tour à tour poursuivis par des Indiens, l’armée mexicaine ou des ours, ils devront se battre au milieu d’une nature hostile. Heureusement que les femmes sont là pour les laisser rêver à des jours meilleurs. »

Augustus McCrae et Woodrow Call donc : ils sont tout jeunes, dix-huit ans à peine et s’ils sont carrément différents l’un de l’autre, Gus écervelé, ne pensant qu’aux putains, Call plus sérieux, plus rigide mais pouvant exploser gravement si on lui cherche des noises, leur amitié va devenir leur point d’ancrage. Ils cherchent tous deux l’aventure avec une solde à la clé et s’engagent dans les Texas rangers, pleins de rêves de bravoure et de gloire. Ce roman est celui de leur initiation à la dure vie de cow-boys.

C’est donc un western en bonne et due forme : les paysages grandioses de l’Ouest américain, les Indiens, les poursuites, les batailles…  Les Texas rangers partent d’abord pour établir une route sûre pour les diligences en territoire indien puis pour conquérir Santa Fe. Cette deuxième expédition représente la majeure partie du bouquin et s’inspire d’une expédition réelle qui eut lieu en 1841 et se termina par un désastre, elle s’en inspire seulement car c’est bien d’un roman qu’il s’agit ici.

Chariot retrouvé au fond d’un lac desséché.

Un roman bien noir, on est loin des clichés des westerns classiques avec de vaillants héros sans peur et sans reproche. Ces rangers sont de pauvres types qui n’ont rien, ni ici ni ailleurs, plus ou moins sympathiques, abrutis, cruels…. Ils sont recrutés en trois secondes, équipés à la va vite et pas formés du tout. La troupe des Texas rangers se compose de toute une série de personnages hétéroclites hauts en couleurs que Larry McMurtry nous décrit avec humour parfois car certains sont vraiment gratinés, mais toujours avec humanité. Loin d’être héroïques, ils tremblent  de peur, de froid, de faim, pètent les plombs, affrontent le danger parce qu’ils n’ont pas le choix et y survivent rarement.  Ce groupe est accompagné par Matilda, personnage magnifique de putain au grand cœur qui finit par prendre sous son aile les deux « jeunes chiots » Gus et Call.

Larry McMurtry s’intéresse à beaucoup de personnages, certains meurent au bout de quelques pages, d’autres tiennent un peu plus longtemps, mais il fait ainsi ressentir au lecteur les pertes, les deuils et l’angoisse de cette troupe qui va s’amenuisant. Car les expéditions sont des catastrophes prévisibles, menées par des chefs auto-proclamés, incompétents mais assez brutaux pour s’imposer comme chefs (plus chefs de gangs que chefs militaires). Et bien sûr ils sont en territoire inconnu, contrairement aux Indiens qui savent survivre dans ces déserts et tendent des pièges dans lesquels nos pauvres rangers pas trop futés se précipitent. Larry McMurtry, lui, connaît bien le Texas et il décrit magnifiquement ces terres sauvages et les dangers rencontrés : les éléments qui se déchainent, les animaux féroces…

Un western violent et sanglant et il n’y a pas que pour la troupe que la violence règne !  Larry McMurtry nous raconte une épopée peu glorieuse de la conquête de l’Ouest, un assaut par une bande de bras cassés qui nous rappelle que ces pionniers étaient des misérables, affamés et crasseux.

Un grand roman !

Raccoon

AMERICAN GIRL de Jessica Knoll chez Actes Sud

Traduction : Hubert Malfray.

« American girl » est le premier roman de Jessica Knoll, rédactrice en chef à Cosmopolitan. Il a connu un grand succès aux Etats-Unis et va être adapté au cinéma.

« Sur le point d’épouser celui que n’importe quel magazine féminin désignerait comme l’homme idéal, Ani, jeune et jolie journaliste, est tenaillée par le doute. Obsédée par son image, elle peaufine compulsivement les moindres détails de sa vie glamour pour incarner aux yeux de tous l’héroïne infaillible qu’elle rêve de devenir. Celle dont la réussite, incontestable, laissera tout le monde sur le carreau. Derrière ce besoin éperdu d’invulnérabilité, derrière ce désir implacable d’être la New-Yorkaise branchée sous tous rapports, un terrible saccage intime, qu’elle refoule depuis l’adolescence. Et une lutte de tous les instants – contre ses souvenirs, contre le regard des autres, contre d’insoutenables accusations, contre la réputation qui lui colle à la peau depuis que sa vie a basculé dans la terreur. Une terreur entière, souveraine. Plus forte que la honte, que le désir de vengeance, que la souffrance – plus forte que tout. »

Dès la première page, on sent que quelque chose ne va pas chez Ani qui, examinant un couteau de cuisine sur sa liste de mariage, pense à le tester en l’enfonçant dans l’estomac de son fiancé. Puis on la suit dans sa vie de new-yorkaise branchée et elle parait assez agaçante, fashion victim dévouée aux apparences dont le but ultime est d’éblouir, d’en mettre plein la vue, écartant ses rivales sans états d’âme au boulot, partout… une vraie peste de chick lit.

Puis les flash-backs commencent, on entre dans l’intimité d’Ani, la narratrice, et sa vulnérabilité apparaît, sa terreur face au regard des autres, des souffrances qu’ils peuvent infliger. Sa quête de perfection, son besoin d’éblouir ne sont qu’une carapace qu’elle s’est forgée pour se protéger. Mais sous cette carapace, elle est loin d’avoir la paix, elle n’a pas toujours été l’éblouissante Ani…

Ani est une pure construction, même ce prénom n’est pas le sien… Peu à peu, par le jeu des flash-backs Jessica Knoll dévoile l’histoire de TifAni, ado ordinaire, virée pour une bêtise de son lycée catho qui veut absolument s’intégrer dans sa nouvelle école, un lycée prestigieux où les gosses des généreux donateurs peuvent faire preuve de cruauté et jouir d’une certaine impunité. Une histoire sombre et violente qu’on ne peut oublier par la simple volonté d’ « aller de l’avant », une histoire de viol, une histoire où la double peine s’applique : la victime devient la salope, et subit d’autres humiliations en prime…

Les personnages d’ados, bourreaux comme victimes et les personnages d’adultes, tous sonnent justes, terriblement justes. Le viol, la dévastation qu’il provoque sont évoqués avec une vérité étonnante qu’on comprend en se renseignant sur la vie de l’auteur : Jessica Knoll a vécu ce traumatisme, elle s’est inspirée de son histoire pour écrire celle d’Ani. Elle n’a réussi à en parler qu’après l’écriture de son livre, bien des années après les faits, cela en dit long sur la difficulté de rompre le silence qui entoure le viol, mais également sur le pouvoir des mots dans la résilience.

Pour le reste des événements du livre, car il y a encore plus d’horreurs dans le parcours d’Ani, Jessica Knoll s’est documentée, elle est journaliste et cela reste crédible. Elle construit son histoire brillamment, mêlant les vies de ces personnages dans le passé et les résonances de leurs actes dans le présent avec une grande habileté.

Un bon roman, âpre, qui se lit d’une traite.

Raccoon

ROUTE 40 de Romain Slocombe chez Belfond

Romain Slocombe, auteur de romans noirs, réalisateur, illustrateur, photographe…  réunit dans « route 40 » cinq nouvelles qu’il a écrites entre 1980 et 2005. Deux d’entre elles n’étaient pas des nouvelles  à l’origine : « fantôme du passé » était une pièce radiophonique et « weekend à Tokyo », un scénario. Romain Slocombe les a toutes révisées et retravaillées avant cette édition.

 « Quel est le point commun entre un shérif posté dans le désert de Mojave, une hippie qui sillonne les routes californiennes en stop, une musicienne suicidaire égarée dans une petite station des Alpes, et une vieille touriste à Paris désireuse de renouer avec son passé ?

Le Japon, leur pays de naissance ou d’origine et inspiration éternelle de Romain Slocombe, qui ajoute à la liste de ses talents celui d’auteur incomparable de nouvelles.»

Le Japon comme fil conducteur, donc, ce pays qui fascine Romain Slocombe et qu’il connaît bien, il y a situé plusieurs de ses romans. Ce fil est parfois évident comme dans «fantôme du passé » qui évoque un pan de l’histoire d’après-guerre au Japon, parfois ténu, juste dans l’origine des personnages, en particulier pour celles qui se passent aux Etats-Unis, « June’s highway » et « route 40 ». On retrouve également dans ces nouvelles notre lot de femmes blessées, bandées ou non, autre obsession de Slocombe.

L’univers de ces histoires est un univers noir et trouble où les apparences sont trompeuses, les victimes, les coupables, les gentils, les méchants ne sont pas forcément ceux qu’on  croit. Romain Slocombe, nous entraîne rapidement dans l’ambiance de chaque nouvelle, toujours noire mais avec parfois une note d’humour, une certaine ironie.

Dans un style épuré, il dévoile en même temps l’action et les personnages et avec un grand talent nous captive et nous surprend. On s’attache vite à ses personnages souvent désespérés, seuls, en quête d’amour qui affrontent la vie et ses cruautés d’une manière différente allant de la résignation à la violence.

Cinq très belles nouvelles qui se dévorent en un rien de temps, on en aurait voulu plus !

Raccoon

TREIZE MARCHES de Kazuaki Takano aux Presses de la Cité

Traduction : Jean-Baptiste Flamin.

Kazuaki Takano est un écrivain et scénariste japonais. Il a travaillé pour le cinéma et la télévision. « Treize marches » est son premier roman publié en 2001 qui a eu un grand succès au Japon et a gagné le prix Edogawa Ranpo. Il a été adapté au cinéma en 2003 par Masahiko Nagasawa (si quelqu’un sait où trouver ce film, je suis preneuse…)

« Avant que la corde ne se tende

Ryô Kihara, trente-deux ans, est condamné à la peine capitale. Il a déjà passé sept ans dans le couloir de la mort sans connaître la date de son exécution, comme le veut la loi japonaise. Bien qu’amnésique au moment du procès, il a reconnu sa culpabilité. Un matin, il entend les gardes venir chercher son voisin de cellule pour l’exécuter. Traumatisé par les hurlements, Kihara a soudain des flashes, comme si son amnésie se dissipait : il se revoit en train de gravir un escalier, dix ans plus tôt. Il décide d’écrire à son avocat.

Jun’ichi Mikami, vingt-sept ans, a été incarcéré deux ans pour homicide involontaire. Remis en liberté conditionnelle, il croise celui qui était son gardien de prison, Shôji Nangô, qui s’occupe aussi de la réinsertion des anciens détenus. Ce dernier lui propose de l’aider à prouver l’innocence d’un certain Ryô Kihara. Voyant un moyen de se racheter aux yeux de la société, Jun’ichi accepte… »

« Treize marches », l’autre nom de la potence, le nombre de marches pour aller à la mort… Ce n’était pas forcément le nombre de marches des gibets au Japon qui, vu les problèmes survenant au moment de monter ces marches, a désormais adopté la pendaison souterraine où le condamné tombe d’une trappe jusqu’au sous-sol.

Une salle d’exécution au Japon.

Treize, c’est aussi le nombre de démarches administratives et de signatures à obtenir, de la sentence à l’exécution. Au moment où commence le bouquin, cinq marches ont été gravies, cinq étapes franchies avant la pendaison de Ryô Kihara. Parallèlement à l’enquête, on suit le cheminement de l’ordre d’exécution qui doit finalement parvenir au ministre de la justice, rappel angoissant au fil du récit que le temps est compté…

Jun’ichi Mikami et Shôji Nangô ne sont pas enquêteurs de formation mais tous deux se lancent à corps perdu dans cette enquête qui les touche profondément. Ils ont tous deux un vécu personnel, intime avec le crime, le châtiment. Ils veulent autant sauver le condamné à mort que le mystérieux commanditaire mais ils y mettent également tout leur espoir de rédemption. Ce sont des personnages torturés et magnifiques dont l’auteur dévoilera peu à peu les parts d’ombres et les secrets. Kazuaki Takano mène brillamment son récit : les personnages, leur histoire s’entremêlent, se font écho et entretiennent le suspense jusqu’au bout.

On est plongé dans le système judiciaire japonais où le repentir semble jouer un rôle énorme : à sa sortie de prison, Jun’ichi doit aller présenter ses excuses aux parents de sa victime. Mais Kazuaki Takano va bien au-delà de la simple description d’un système, en dévoilant les souffrances de chacun :  victime, bourreau, meurtrier face à l’horreur du crime, à son irréversibilité, au trou béant que nul ne peut combler chez les proches, au désir très humain de vengeance, au pardon beaucoup moins naturel, aux remords dont l’intensité et la sincérité ne peuvent ramener les victimes. Il soulève des questions universelles sur la Justice qui oscille toujours entre justice rétributive où le châtiment est une sorte de vengeance et justice réhabilitative où le but est d’éduquer le criminel afin d’éliminer la menace qu’il représente. Et c’est passionnant, passionnant et tragique car elle ne peut convenir à tous, victimes, bourreaux, meurtriers qui sont des êtres brisés, désespérés donc parfois dangereux.

Quant à l’enquête, elle est magistralement menée ! Kazuaki Takano sait jouer avec le lecteur, les indices, les révélations arrivent au compte-gouttes dans cette course contre la montre contre la mort et on est tenu en haleine jusqu’à la conclusion à la fois inattendue et logique.

Un excellent roman, sombre et brillant.

Raccoon

LES MILICES DU KALAHARI de Karin Brynard au Seuil policiers

Traduction : Estelle Roudet.

Karin Brynard est une auteure d’Afrique du Sud, elle a grandi dans une petite ville de la Province du Cap Nord où se déroule le bouquin. Elle a été traductrice et journaliste politique. Ce livre, de 2009, est son premier publié en France. Il a reçu le « debut prize for creative writing » de l’université de Johannesburg.

« À la lisière du Kalahari, dans la province du Cap-Nord, les meurtres de fermiers blancs sont si fréquents que des milices d’autodéfense se sont constituées pour protéger les survivants contre la violence des Noirs, déterminés à récupérer les terres qu’on promet en vain de leur restituer. Aussi, quand Freddie, célèbre artiste peintre, et la petite fille métisse qu’elle a adoptée sont découvertes, la gorge tranchée, dans leur ferme reculée, les soupçons se portent aussitôt sur le contremaître, un bushman mystérieux et étonnamment sophistiqué. Mais il ne faut pas négliger la sœur de la victime, Sara. Elles n’étaient pas en très bons termes… Personne ne semble disposé à aider l’inspecteur Beeslaar, venu de la ville et peu au fait des coutumes locales, dans son enquête qui se complique à vue d’œil. »

On est loin de l’univers des grandes villes sud-africaines qu’on est plus habitué à côtoyer dans les polars et l’inspecteur Beeslaar qui va devoir enquêter sur ce meurtre est dans le même cas. Il se retrouve à ce poste après un drame qui a stoppé sa carrière à Johannesburg mais a du mal à s’habituer à sa nouvelle vie : la chaleur, le veld et les mœurs de ses habitants … même les araignées ! Tout lui est étranger.

Dans cette petite ville, la police manque cruellement de moyens : Beeslaar n’a que deux adjoints sous ses ordres, des débutants qui connaissent le secteur mais pas la manière de mener une enquête pour homicide et seulement deux véhicules pour sécuriser un secteur où les fermes se trouvent à des kilomètres les unes des autres, où le réseau de téléphone ne passe qu’à certains endroits de routes qui ne sont bien souvent que des pistes défoncées.

Et la violence est là ! Des vols de bétail dans les fermes, des meurtres dans une ferme, il n’en faut pas plus pour ranimer des antagonismes et des réflexes datant de l’apartheid… La grande majorité des fermiers sont blancs et s’ils n’ont plus le pouvoir politique, ils ont encore le pouvoir économique. Ils s’y accrochent et sont prêts à en découdre d’autant que les extrémistes instrumentalisent la peur chez les fermiers et créent des milices qui peuvent faire régner la terreur, rendre une justice expéditive et violente ou même organiser des soulèvements contre ce gouvernement dont ils se sentent les victimes.

Voilà l’ambiance dans laquelle on embarque aux côtés de Karin Brynard, les attaques et meurtres de fermiers existent réellement en Afrique du Sud, certains prennent sans doute à la lettre la chanson « kill the boer, kill the farmer » qui date de la lutte anti-apartheid. Selon les sources que l’on peut consulter, la couleur de la peau des victimes est ou n’est pas la raison de ces meurtres. La majeure partie des terres appartiennent aux Blancs et s’il y a des velléités de réforme agraire dans ce pays, elle est difficile à mettre en œuvre, les revendications territoriales doivent être justifiées et acceptées, les ex-propriétaires doivent être indemnisés et certaines expériences se sont soldées par des échecs, les nouveaux propriétaires n’étant pas assez formés.

On comprend combien tout est compliqué dans ce pays où le taux de criminalité est l’un des plus forts au monde. La fin de l’apartheid n’a éradiqué ni la misère ni la violence. Karin Brynard connaît bien la vie et l’histoire de ces petites villes rurales du Cap Nord, elle y a grandi. L’enquête de Beeslaar va l’amener à se plonger dans l’histoire des différentes communautés du veld avec des mœurs et des croyances différentes : les Bushmen quasiment disparus, les Griquas un peuple de métis qui s’appelaient eux-mêmes « les Basterds », les Boers… Tous coexistent sans se mélanger, sans se comprendre, dans la peur, réelle ou fantasmée. Mais il devra également se pencher sur les intérêts des uns et des autres dans cette région agricole qui se tourne peu à peu vers le tourisme.

Les personnages sont tous vraisemblables, ce sont des humains avec des contradictions, des parts d’ombre, des secrets plus ou moins avouables. Dans l’ambiance bien particulière de cette région, où la violence est ordinaire, ils sont soumis aux mêmes passions que partout dans le monde : amour, jalousie, vengeance, avidité…  Karin Brynard réussit à créer de beaux personnages, certains hauts en couleurs, beaucoup très sombres et elle mène à bien cette intrigue complexe de belle façon dans un contexte très documenté où on reconnaît la patte de la journaliste.

Un très bon polar où la violence se déchaine dans la chaleur du veld.

Raccoon

TOUT N’EST PAS PERDU de Wendy Walker chez Sonatine

Traduction : Fabrice Pointeau.

Wendy Walker était une avocate spécialisée dans le droit de la famille dans le Connecticut. Elle a commencé à écrire quand elle a arrêté de travailler pour élever ses enfants. « Tout n’est pas perdu » est son premier roman publié en France, avant même sa sortie aux Etats-Unis en juillet prochain où il est très attendu et devrait faire un carton (les droits cinématographiques du roman ont déjà été achetés par l’équipe de production de « Gone girl » de David Fincher).

« Alan Forrester est thérapeute dans la petite ville cossue de Fairview, Connecticut. Il reçoit en consultation une jeune fille, Jenny Kramer, quinze ans, qui présente des troubles inquiétants. Celle-ci a reçu un traitement post-traumatique afin d’effacer le souvenir d’une abominable agression dont elle a été victime quelques mois plus tôt. Mais si son esprit l’a oubliée, sa mémoire émotionnelle est bel et bien marquée. Bientôt tous les acteurs de ce drame se succèdent dans le cabinet d’Alan, tous lui confient leurs pensées les plus intimes, laissent tomber leur masque en faisant apparaître les fissures et les secrets de cette petite ville aux apparences si tranquilles. Parmi eux, Charlotte, la mère de Jenny, et Tom, son père, obsédé par la volonté de retrouver le mystérieux agresseur. »

C’est à entrer dans une histoire à multiples tiroirs que Wendy Walker nous convie : l’histoire de Jenny bien sûr dont le traitement n’a effacé que les souvenirs du viol, mais pas la mémoire émotionnelle. Wendy Walker précise en fin d’ouvrage que des scientifiques ont déjà réussi à altérer des souvenirs factuels et à atténuer leurs impacts grâce à des médicaments et que si ce traitement n’existe pas encore réellement c’est bien dans cette direction que se dirigent les recherches dans le domaine des sciences de la mémoire notamment en vue de soigner les soldats atteints du syndrome de stress post-traumatique. Le personnage de Jenny sonne juste et parvient à nous faire ressentir aussi bien l’abomination du viol et ses conséquences sur la victime, abîmée à vie, que l’angoisse et la détresse d’avoir perdu la mémoire. De plus, Jenny ne peut aider la police puisqu’on lui a fait oublier le viol.

Puis l’histoire des parents, détruits eux aussi par le drame que vit leur fille mais chez qui il résonne différemment, ouvrant entre eux des brèches risquant de faire voler leur couple en éclats. Les non-dits, les secrets dont ils s’accommodaient vont être révélés.

Et l’histoire de la vie dans cette petite ville du Connecticut où l’anonymat n’est pas possible, où tout le monde se connaît, vit tranquille car chacun gère avec grand soin sa réputation… Nul ne peut ni ne veut envisager que le coupable soit du coin : la police se rue sur toutes les pistes venant de l’extérieur et traine des pieds sur les pistes internes à la ville. Mais les apparences sont bien sûr trompeuses… D’autres personnages apparaissent alors : un ex-soldat traité de la même manière que Jenny, d’autres jeunes présents à la fête où Jenny a été violée, le patron du père…

Enfin il y a le psychiatre qui vit lui aussi dans cette petite ville avec sa famille. Spécialiste de la thérapie post-traumatique, le seul à vrai dire à Fairview, et il s’occupe de tous les personnages. C’est lui le narrateur, et c’est par sa voix que Wendy Walker va tisser son récit. Une voix très sûre d’elle, froidement professionnelle au début mais qui va parfois se troubler, lui aussi est humain. Le psy nous raconte la thérapie de Jenny : opposé à l’utilisation des médicaments qui enlèvent les souvenirs, il veut lui redonner la mémoire et l’accès à la résilience. Il participe également à l’enquête puisque les souvenirs retrouvés pourraient aider les policiers. Tous, vus par le psy sont dépouillés de leur carapace avec défauts, vices, blessures et failles et donc terriblement humains et vulnérables.

Par lui, elle mêle les histoires, les pensées de chaque personnage, elle entremêle les vies de tous, met à jour des liens qui tour à tour éclairent puis obscurcissent l’histoire. On pense avoir compris, on se sent drôlement intelligent puis elle démolit tout : Wendy Walker se joue de nous avec une très grande habileté. Elle nous mène par le bout du nez, nous fait douter de tout avec un grand talent : une pro du suspense !

Un très bon thriller psychologique, qui nous tient en haleine tout en ayant une grande justesse et une grande humanité.

Raccoon

 

LA DERNIERE NUIT A TREMORE BEACH de Mikel Santiago chez Actes Sud

Traduction : Delphine Valentin.

Mikel Santiago est né et vit actuellement au pays basque mais il a longtemps vécu au Pays Bas et en Irlande où se passe « La dernière nuit à Tremore Beach », son premier roman.

« Clenhburran : cent cinquante âmes en hiver, ses routes sinueuses entre vallons verdoyants et récifs escarpés, ses tourbières et ses fleurs sauvages. C’est en Irlande, dans ce hameau du comté de Donegal, que le célèbre compositeur Peter Harper est venu trouver refuge dans une maison isolée sur la plage. Pour s’accommoder d’un divorce orageux et renouer avec la musique.

Au retour d’un dîner chez des amis par une nuit de tempête, il tente de dégager la branche d’un vieil orme qui lui barre le chemin, quand il est frappé par un éclair d’une rare violence. S’ensuit une migraine chronique qu’aucun traitement ne parvient à apaiser, suivie, quelques jours plus tard, par de récurrents cauchemars sanglants où peu à peu apparaissent ses voisins et ses propres enfants, qu’il attend pour les vacances. Ces rêves semblent l’avertir d’un danger imminent auquel personne n’est disposé à croire. Saisi d’une angoisse vertigineuse lorsqu’il constate que jour après jour des pans entiers de ses visions nocturnes s’incarnent dans la vie réelle, il doit lutter seul contre la menace qui désormais enserre les siens.

Dans ces paysages irlandais aussi grandioses qu’inhospitaliers, c’est la part d’ombre de chaque personnage qui se dévoile, tous rattrapés par ce qu’ils sont ici venus fuir. »

Peter Harper, en pleine dépression, en panne d’inspiration espère retrouver un peu d’équilibre dans cette maison isolée au fin fond du Donegal : un couple de voisins à une centaine de mètres, le plus proche village bien loin, la mer en face avec les tempêtes et les orages qui se déchainent brutalement et violemment…

Dans cette petite communauté, l’isolement resserre les liens et on s’intéresse aux nouveaux venus. Mikel Santiago nous décrit cette vie de petit village de manière très réaliste, la curiosité des indigènes, les liens qui se tissent entre nouveaux venus : les voisins les plus proches, une jeune femme Judie qui ne laisse pas Peter indifférent.  Les personnages sont bien campés, crédibles, attachants. On soupçonne chez tous des secrets mais c’est bien ordinaire, on a tous des secrets, des zones d’ombres qu’on ne livre pas facilement.

Tous les ingrédients classiques du thriller sont mis en place et Mikel Santiago les utilise avec brio. La solitude des lieux, la violence des éléments… il sait créer une atmosphère inquiétante où la tension va monter, forcément.

Mikel Santiago introduit une petite dose de fantastique ou de paranormal comme Stephen King (on le surnomme d’ailleurs le « Stephen King espagnol »). Après avoir été foudroyé, Peter Harper a des visions d’horreur, des rêves éveillés hyper réalistes qu’il pense prémonitoires. Un don de vision hérité de sa mère ! J’avoue que j’ai du mal à adhérer au fantastique, mais là, Mikel Santiago s’en sert vraiment bien : Peter tente de rationnaliser, il cherche des explications médicales, psychologiques et comme c’est lui le narrateur, on suit tous ses efforts pour comprendre ce qui lui arrive. On ne sait plus, comme lui, ce qui relève des hallucinations, de la réalité… On perd pied avec lui : ses visions sont peut-être juste l’expression de son inconscient ?  Peut-être est-il lui-même le danger ? On en vient à douter de sa santé mentale, de tout, de tous…

Bref, on est happé par cette histoire et Mikel Santiago nous trimballe à son gré et avec un grand talent jusqu’au dénouement.

Pour un premier roman, c’est une réussite, un très bon thriller.

Raccoon

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