Chroniques noires et partisanes

LE DESERT OU LA MER d’Ahmed Tiab / l’Aube noire

Ahmed Tiab, né à Oran, ville de son héros le commissaire Kémal Fadil, vit en France depuis les années 90. Deuxième opus de la série, après « le Français de Roseville », « Le désert ou la mer » se situe chronologiquement avant puisque c’est dans cette enquête que le commissaire va rencontrer Fatou réfugiée nigérienne.

« De jeunes gens miséreux dans les rues de Niamey. Des cadavres de migrants africains échoués sur les plages d’une Oran devenue tombeau des désespérés. Ahmed Tiab s’interroge : comment les premiers deviennent-ils les seconds  ?

L’enquête mènera le commissaire Kémal Fadil au cœur d’une organisation de trafic d’êtres humains entre Maghreb et Europe.

Sa route croisera l’histoire de son propre pays, toujours en proie à ses vieux démons, et celle d’une jeune femme, qui a laissé le sien – le Niger – derrière elle.

Lui essaie de démanteler une filière mortifère, avec l’aide de ses collègues marseillais. Elle se bat pour survivre et fuit une existence sans avenir. »

Ahmed Tiab construit son roman avec deux récits qu’il intercale intelligemment : l’enquête de Kémal Fadil sur un trafic d’êtres humains après la découverte de plusieurs cadavres de Noirs sur des plages algériennes et le départ du Niger de deux jeunes gens fuyant la misère et une vie sans espoir. Les chapitres des deux parties  sont datés et les dates se rapprochent inexorablement et dès le début, on sait que les deux histoires vont se télescoper tragiquement.

Ali, enfant des rues, étrange tueur au cœur tendre accompagne dans sa fuite Fatou à laquelle il s’est rapidement attaché et qui, elle, fuit un oncle qui ne pense qu’à la violer comme il l’a déjà fait à sa propre fille, la réduisant à la prostitution. En chemin, le groupe de réfugiés s’étoffe et l’histoire de chaque nouvel arrivant élargit la palette des horreurs qui poussent à l’exil : la misère et toute la violence qui l’accompagne, la guerre, l’intégrisme. Chacun est jeté sur les routes par une histoire violente et désespérée qui interpelle fortement en donnant une vie, un destin à quelques-uns de ces morts qui jonchent les plages et ne sont juste qu’un nombre aux infos du soir. Comme dans la vraie vie, tous ne finiront pas le voyage…

Par le biais de Fatou, Ahmed Tiab évoque également le sort des femmes dans les sociétés africaines, sociétés archaïques où elles ne sont bien souvent que des esclaves, des monnaies d’échange ou des utérus chargé de procréer (des fils de préférence).

Le commissaire Fadil, dans son enquête, évolue lui dans la société algérienne actuelle qui hésite encore devant la démocratie, les militaires y sont très puissants, la corruption fait rage, les trafics pullulent, les réfugiés ne sont pas les bienvenus et les intégristes sont loin d’être éradiqués. Ahmed Tiab rappelle l’histoire récente de l’Algérie, la guerre civile contre les islamistes, les régions reculées où ils sévissent encore.

Dans ce polar, Ahmed Tiab réussit à évoquer tout ça sans négliger l’enquête où on retrouve avec plaisir le commissaire bien sûr, mais aussi sa mère Lela et son acolyte Moss, personnages attachants et hauts en couleur.

Un bon polar intelligent, une série à suivre donc…

Raccoon

 

2 Comments

  1. Claude Le Nocher

    Excellents, les deux premiers romans d’Ahmed Tiab !
    Amitiés.

    • clete

      Oui, j’ai vu que tu avais apprécié aussi.
      Amitiés.
      W.

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