Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Chroniques (Page 32 of 160)

TROP LOIN DE DIEU de Kim Zupan / Gallmeister

The Butcher Saint

Traduction: François Happe

Hickney vit dans le Montana, où il sillonne les routes de campagne et ramasse les cadavres d’animaux tués par des voitures. Un travail fatigant, répétitif mais nécessaire. La vie de Hickney est rude, et le Montana en hiver l’est encore plus. Tant pis pour le froid, tant pis pour la solitude : sa vie est là. Lorsqu’un inconnu étrangement civilisé vient s’installer à proximité dans un ranch à l’abandon et qu’il rémunère Hickney pour lui rendre service, son horizon semble enfin s’éclaircir. Mais cet homme n’est pas seul, et ses compagnons semblent nettement plus inquiétants. Un jour, Hickney découvre un corps en bord de route. Cette fois, il ne s’agit pas d’un animal. Et les “invités” de son nouvel ami commencent à faire parler d’eux. 

Quasiment dix ans après la sortie de son premier roman chez Gallmeister, l’américain Kim Zupan fait son retour, toujours chez Gallmeister, avecTrop loin de Dieu. En terme de productivité, on a vu mieux, mais c’est le résultat qui compte, non ? Qu’il prenne tout le temps qu’il veut, car rares sont les livres aussi forts et maîtrisés. On attendra le temps qu’il faudra si c’est pour être ainsi régalé. Si son premier roman m’est encore inconnu, celui-ci me suffit pour pouvoir affirmer que l’on a là un grand, très grand écrivain.

Bienvenue dans le Montana. Fait-il bon vivre dans le Montana ? Apparemment, pas tellement. Le décor que plante Kim Zupan, avec ce qu’il faut de lenteur et minutie, est aussi fascinant qu’incroyablement dur. Vaste, sauvage et avec des saisons aux températures éprouvantes, la nature met ici les hommes à rude épreuve. Et notre héros Hickney, ou plus exactement anti-héros, connaît bien ces paysages qu’il parcourt constamment au volant de son vieux pick-up, cela afin de remplir la tâche pour laquelle on le paye (mal), celle de dégager les routes des cadavres d’animaux. Un job peu gratifiant, dont personne ne rêve, et qui fait une bien morne routine sur un territoire où le temps semble figé. Mais ainsi va la vie d’Hickney qui se terre dans un motel miteux. Un homme sans réelles  ambitions qui porte le poids d’un lourd passé, marqué notamment par un tragique accident dans lequel son ami Jimmy perdra ses jambes et dont il s’est donné pour mission de s’occuper, partageant ainsi un quotidien misérable fait d’alcoolisme, de misère et de solitude. 

L’équilibre de ce microcosme dépeint par Kim Zupan, fragile mais mélancoliquement tranquille, va se voir petit à petit perturbé par un groupe d’hommes, peu sympathiques et aux idéaux nauséabonds, venus dans ce « nul part » parfaitement isolé pour y répandre un insidieux poison. Approché par leur meneur pour se voir proposer un petit boulot supplémentaire – il lui suffit simplement de prendre les cadavres d’animaux les moins abîmés parmi ses trouvailles habituelles et les déposer à un endroit donné – Hickney voit là, naïvement, l’opportunité de financer un maigre rêve qui finira par virer au cauchemar. C’est progressivement que s’installe alors une tension au dénouement fatalement tragique et violent.

Trop loin de Dieu est un brillant mais douloureux roman noir sur les petites gens d’une Amérique profonde en proie à ses démons. Kim Zupan déploie toute une galerie de personnages usés, enchaînés à leur quotidien et qui semblent oubliés de tous, sur lesquels il porte néanmoins un regard plein d’humanité, dans un livre d’une grande beauté et saisissant de justesse.

Brother Jo.

LE MUR de Marianne Peyronnet / Editions relatives

On suit Marianne Peyronnet depuis longtemps. Ses chroniques sur son blog Black roses for me, ses entretiens pour le magazine New Noise réunies dans Bruit noir comme dans ses débuts de romancière avec Vergne Kevin. Très éloigné de son premier opus, Le mur voit Marianne Peyronnet se lancer dans la très à la mode dystopie, loin des territoires connus de Nyctalopes…

« Nous sommes l’utopie. Chacun une cellule du corps parfait de la Matrie. Chacun utile à son bon fonctionnement, indispensable par notre nombre et notre dévouement. Chacun à notre place, œuvrons à l’équilibre. Nous sommes l’écologie. Nous sommes la nature. Nous n’abusons pas de ses richesses. Nous sommes la sobriété. Notre vie ne compte que comme partie du tout. Nous en faisons don à l’ensemble, de notre premier cri à notre dernier soupir. »

Le jeune soldat au service de la Matrie répondant au nom d’Alb 3, troisième fils d’Alba Irina Viga Luane, est très fier de se voir affecté au Mur en tant que sentinelle. Il défendra le territoire des Matrides contre les assauts des Bêtes.

Avec soulagement, le futur imaginé est aisément assimilable. Une société qui se veut égalitaire mais n’est rien d’autre que totalitaire, fonctionnant sur l’instauration d’un climat de peur dans les populations afin de mieux les soumettre sous une bannière matriarcale. On est à peine dans la SF, on peut aisément imaginer la symbolique sous-jacente.

Alb3 est l’exemple type d’éducation, d’embrigadement, d’asservissement, d’endoctrinement parfaitement réussis. Il connaît son rôle, qu’il va remplir du mieux qu’il pourra en combattant les Bêtes. “Allons zenfants de la Matrie !” Mais l’apprentissage sera long. Pour ce jeune naïf de 16 ans, après l’excitation des débuts viendront les temps des interrogations, des questions, du doute, des révélations, de l’insoumission et de la rébellion. Le rythme de la première partie peut avantageusement suggérer Le désert des Tartares de Dino Buzzati.

La vérité qui un jour va s’offrir aux yeux d’Alb3 sera le fruit d’une rencontre et Marianne Peyronnet nous offre ici une belle variante de Les animaux dénaturés de Vercors, lançant un sujet de réflexion qu’on aurait aimé encore plus développé. Ces 200 pages s’avèrent finalement bien trop courtes, on aurait aimé lire encore… l’apparition de la tendresse, de l’amour, cette belle humanité qui se dégageait du roman et qui, joliment, explosait à la fin… On espère une suite rapide.

Rock on Marianne !

Clete.

MOUREZ JEUNESSES de Christian Casoni / Le mot et le reste

Le commandant Victor Maniabosco a été mis à pied. Alors que l’IGPN enquête sur sa pomme, il croit trouver le salut en réactivant une affaire vieille de vingt ans. Tous les voyants sont au rouge mais cette fois, il pense que c’est la bonne et se lance sur la piste d’un tueur bestial. Si cette enquête reposait sur le modèle classique : un crime, un tueur, un flic, un indice, on continuerait d’être cartésien pénard, mais rien n’est jamais simple avec “Bosco”. L’un des chemins qui mènent à cette kermesse sanglante part d’Ouidah, la ville du Bénin où le vaudou serait né. Derrière le vaudou il y a tous ces aventuriers qui ferment l’arrière-ban de la décadence coloniale, derrière le tueur, un marionnettiste, derrière le marionnettiste, le détournement de fonds du siècle, perpétré jadis dans les coulisses d’une révolution. Maniabosco n’y peut rien, c’est son destin, dès qu’il met le nez dehors il est éclaboussé par les cadavres, coursé par tous les chiens de l’enfer, et il en fait profiter les autres.

J’avais déjà repéré Christian Casoni à la sortie de son premier livre, Juke : 110 portraits de bluesman, que je n’ai finalement jamais lu. J’ai également été tenté par le suivant, Sa majesté Clodomir, son premier roman, que je n’ai bien évidemment toujours pas lu. Et puis est arrivée l’annonce du suivant, Mourez jeunesses publié chez Le Mot et le Reste, qui m’a tout de suite fait de l’oeil. J’aurais très bien pu continuer sur ma lancée et ne pas le lire non plus, histoire d’être cohérent dans ma démarche. Un énième auteur que je n’aurais creusé qu’à sa mort, un prétexte qui tombe toujours bien. Mais la cohérence et moi… Et puis, il y a cette bien belle couverture, noire comme il faut, avec ce vautour inamical qui accroche l’oeil. On va voir si j’ai eu le nez fin.

Avec son deuxième roman, comme le premier, c’est du polar que nous propose Christian Casoni. Et les deux sont liés par un même personnage, le commandant de police Victor Maniabosco. Et pour du polar, c’est du polar bien dans les codes du genre. Dans un certain sens, une recette éculée, dans un autre, suffit d’un rien pour qu’il y ait le truc en plus. Et les codes du genre, le plus souvent, de prime abord, ça m’emmerde un peu. Je dois néanmoins reconnaître que ça ne m’empêche pas pour autant de vivre des lectures agréables. Je me dis juste, parfois, que l’originalité manque dans la démarche. Bref, tout ça pour dire que, dans les grandes lignes, Mourez jeunesse ne révolutionne pas le genre. Une enquête, plusieurs, des morts, en pagaille, un flic, pas tout à fait dans les clous sans être franchement marteau non plus, et j’en passe. Je ne vais pas vous faire la liste. Vous voyez où je veux en venir. Mais l’auteur sait tirer son épingle du jeu et avec une certaine classe.

Les forces de Christian Casoni, et donc du livre, sont au nombre de deux. Déjà, il y a son sens du détail, sa grande minutie pour dépeindre une toile de fond parfaitement crédible. Ici, bien que l’on soit essentiellement en France, c’est le Bénin, son histoire, ses rites vaudou et plus encore. Casoni connaît son affaire. On a des couches et des sous-couches. Il a potassé, c’est évident, et c’est tout en son honneur. Mais sa plus grande force, et pas des moindres, c’est sa plume. Une écriture que j’ai presque envie de dire « à l’ancienne ». Les dialogues sont très forts, les répliques percutantes. Ça fuse. C’est sec. Monsieur a du talent, ça ne déconne pas. Enfin si, beaucoup. L’humour ne manque jamais. Comme cela a déjà été dit à son sujet, il y a du Audiard, du Chabrol aussi, on y pense beaucoup. Qui plus est, le texte, dans ses images comme dans ses répliques, est cinématographique à souhait. Un raconteur d’histoire qui a l’art et la manière.

Christian Casoni signe un polar assurément bien ficelé au héros attachant. C’est excellemment bien écrit, riche en matière et répliques ciselées qui surinent. Foncièrement drôle sans oublier d’être noir. Les amateurs seront ravis, les autres aussi. A quand le film ?

Brother Jo.

LES FANTÔMES NE PLEURENT PAS d’Ane Riel / Seuil

Traduction: Terje Sinding

“Alma vit seule. Elle ne sort plus. Son mari est mort, leur fille a été tuée par un chauffard à l’âge de six ans. Elle se débrouille malgré son grand âge et sa mémoire qui lui échappe. Les jours s’écoulent tout doucement.

Jusqu’à ce qu’elle aperçoive un petit garçon et son chien par la fenêtre. Elle guette leur passage : quelque chose à attendre. Puis son envie de les inviter supplante sa peur du monde extérieur. Le petit garçon finit par entrer et une douce amitié se noue entre ces deux êtres esseulés.

Ces visites quotidiennes stimulent les souvenirs d’Alma : la plage avec sa petite fille, une soirée dansante avec son mari, l’accident qui rendit ce dernier irascible, le mauvais tour qu’elle lui a joué au point de le faire sortir de ses gonds. Leur ultime altercation.”

On avait tant aimé Résine, le premier roman d’Ane Riel, qu’il était absolument impossible de ne pas retourner avec elle au fin fond du Danemark.

On trouvera ici pas mal de similitudes avec le précédent roman dans la thématique mais en beaucoup plus soft: l’isolement, la folie, la peur du dehors et des autres, une tragédie familiale, mais tout cela est traité avec beaucoup de tendresse, de finesse et subtilement éclairé par les facéties d’une très vieille dame indigne.

Un vrai petit bonheur que ce roman qui traite le drame de la vieillesse, le grand âge avec beaucoup de délicatesse, d’empathie, de détails provoquant souvent une grosse émotion mais aussi beaucoup de sourires. Il est difficile de ne pas être conquis par Alma qui, pourtant, a commis le pire comme on l’apprendra peu à peu. Et, malgré tout, on espère quelques lendemains heureux pour elle.

Une histoire noire banale et en même temps horrible, une héroïne touchante à la toute fin de son chemin… un roman très classe dans sa simplicité, sa justesse, sa tendresse.

Clete.

LES JALOUX de James Lee Burke / Rivages

The Jealous Kind

Traduction: Christophe Mercier

Et voilà le Burke de l’année. On peut parfois s’interroger sur la longévité de l’auteur et la régularité de sa production, l’homme fêtera son 87ème anniversaire en décembre. On a ici un élément de réponse avec les remerciements de fin où il évoque l’aide de sa fille Pamala  dans l’écriture de ce roman. 

Alors, la mauvaise nouvelle pour commencer: ce n’est pas un Robicheaux ! Mais peut-être, je dis bien peut-être que ce n’est finalement pas un mal tant les derniers semblaient montrer un certain essoufflement dans la saga de “Belle Mèche”. Des intrigues repiquées sur les précédentes, une façon assez dérangeante de faire tourner très vieux con réac notre brave Dave Robicheaux. Malgré le plaisir jamais égalé de lire de nouvelles aventures en provenance du bayou, c’était quand même peut-être moins bon qu’auparavant et on pouvait avoir tendance à rester ébloui par les souvenirs de temps meilleurs. D’ailleurs, on n’est pas près de retrouver notre justicier de New-Iberia et son pote Clete Purcel avant longtemps, si on le revoit un jour, vu qu’il n’apparaît pas dans les trois dernières sorties américaines depuis 2021.

Lu un peu partout  dans la présentation du roman aux USA comme en France, Les jaloux, fait partie de la saga de la famille Holland, commencée en 1971 avec Déposer glaive et bouclier avec Hackberry Holland que l’on retrouve en 2017 dans Dieux de la pluie puis dans La Fête des fous. On a aussi rencontré Billy Bob Holland, avocat texan, au fil des quatre histoires sorties dans les années 2000. Citons aussi Weldon Holland, le personnage principal de Wayfaring Stranger pour l’instant inédit en France et Aaron Holland Broussard qui nous intéresse aujourd’hui. Ils sont tous les quatre les petits-fils d’un autre Hackberry Holland,Texas Ranger, découvert il y a quelques années dans un très baroque La Maison du soleil levant. Alors tout cela semble bien compliqué à suivre et finalement n’est pas  très utile car tous ces romans peuvent se lire comme des “one shot” pour les fans de Burke et les autres, au gré des préférences personnelles, avec un large éventail allant du pur western à des histoires texanes beaucoup plus contemporaines. La Louisiane où sont situées beaucoup d’histoires de Robicheaux lui est chère, mais, il est avant tout texan et la famille Holland “sévit” presque exclusivement dans le “Lone Star State”. Si vous voulez vraiment lire les différentes sagas dans l’ordre chronologique, le site de l’auteur vous aidera à vous y retrouver à travers un arbre généalogique de la famille Holland.

“1952, Houston, Texas. La vie s’écoule au rythme des fifties, dans une ambiance insouciante. C’est l’époque des grosses cylindrées, des juke-box, des drive-in, des amours sur les banquettes arrière, et surtout, c’est le boom du pétrole. Comme tous les jeunes gens de son âge, Aaron Holland Broussard emprunte la voiture de son père pour aller se promener au bord de la mer à Galveston. C’est là que son destin bascule. Il surprend une violente dispute entre une jeune fille nommée Valérie Epstein et son « boyfriend », Grady Harrelson. Il s’en mêle et, dans le même moment, tombe éperdument amoureux de Valérie. Il ne sait pas qu’il vient de se mettre à dos la riche et puissante famille Harrelson. Dans ce coin de l’Amérique, les familles bien nées et les mafieux ont tissé des liens contre nature et il ne fait pas bon se mettre en travers de leur chemin, Aaron l’apprendra à ses dépens.”

Les jaloux est avant tout un roman d’apprentissage où le jeune Aaron est confronté à un monde adulte bien plus violent qu’il ne le pensait. Il prend conscience de l’alcoolisme de son père, du trouble bipolaire de sa mère, de la violence des profs, de la couardise des flics, du combat que peut être la vie si l’on n’est pas bien né. Nombre de convictions, de croyances sont ébranlées, des statues déboulonnées…

Les jaloux est aussi un superbe roman noir comme seul James Lee Burke sait les écrire. On y retrouve bien sûr la lutte du bien contre le mal : des nantis qui écrasent les humbles, les pauvres, les émigrés, associés comme toujours avec les mafieux de la pire espèce. Burke sait créer une angoisse par les situations mais aussi par des silences. Beaucoup de personnages sont très troublants, équivoques, et comme Aaron, le lecteur sent le danger mais ne sait pas sous quelles formes le tourment et l’horreur vont apparaître ni qui ils vont toucher. 

Dans ce roman génialement bercé par de nombreux morceaux de jazz, de blues et de country, la zik de Hank Williams ou de Albert Ammons, c’est l’Amérique d’un certain âge d’or du cinéma qui nous est contée, jeunes filles en jupes à fleurs, pantalons “drapes”, drive-in, grosses cylindrées, “greasers”, crans d’arrêt…Et puis franchement Aaron et son pote “catastrophique” Saber, sont très proches du duo Robicheaux / Purcel. Comme toujours chez l’auteur, le final, c’est du pur western. L’épilogue est très beau, déchirant, à vous faire chialer.

Mais ce n’est pas tout… Aux USA sont déjà sortis Another Kind of Eden et Every Cloak Rolled in Blood qui poursuivent l’histoire de Aaron Broussard Holland, devenu adulte.

Enfin, et pour tous les fans de l’auteur, il faut savoir que, comme son héros, Burke a eu seize ans en 1952 à Houston. Deux fois dans le roman, Aaron exprime le souhait de devenir écrivain un jour. Des éléments qui permettent de penser, et les deux romans encore inédits ne le démentent pas, bien au contraire, que le vieux Jim a écrit peut-être là ses histoires les plus autobiographiques, souvent très touchantes.

“Quand j’entends parler de guerres, ou de rumeurs de guerres, et que je suis las des côtés destructeurs de mes semblables, je pense à Valerie Epstein assise à côté de moi dans ma  bagnole le dernier jour de l’été 1952, tous deux dévalant dans un grondement le boulevard de Galveston Island, le soleil comme une boule fondue plongeant dans le golfe, les vagues d’un vert ardoise ourlées d’écume avant d’exploser sur la plage en une brume iridescente. Les étoiles étaient déjà apparues, le drive-in où nous nous étions rencontrés enveloppé de néons jaunes et rouges, les voitures garées sous la canopée brillant à la lumière comme un sucre d’orge. Quand elle se rapprocha de moi et appuya sa tête contre mon épaule, ses mains serrant mon bras, je sus que nous ne mourions ni l’un ni l’autre, que la vie était une chanson…”

Certes ce n’est pas du Robicheaux mais c’est un putain de bon roman.

James Lee Burke, à jamais le meilleur !

Clete.

BLACK MESA d’Ophélie Roque / Robert Laffont

On ne va pas prétendre le contraire : Nyctalopes s’intéresse aux westerns (littéraires), qu’ils proviennent d’outre-Atlantique ou, plus rarement, de la vieille Europe et de France. C’est avec un sacré combo qu’Ophélie Roque déboule sur le terrain : un premier roman et un western. Dans l’abondante production française, c’est un cas rare. Ophélie Roque a un temps œuvré au sein des maisons de vente et des musées avant de devenir professeure de français en banlieue parisienne.

À peine le père enjambait-il le seuil que le fils, fébrilement, annonçait qu’il avait acheté une terre – à Black Mesa, Arizona – qu’il comptait fichtrement la rejoindre au plus tôt, et que si le vieux voulait pas crever, il avait tout intérêt à le suivre.
« C’est comme si c’te chienne de vie avait décidé à ma place. »
Il fallut un certain temps avant que le père ne réagisse. Titubant légèrement à travers la pièce, il s’approcha de son fils et – pour la toute dernière fois – lui mit une raclée. Les coups s’arrêtèrent aussi soudainement qu’ils avaient commencé. Le souffle court, le vieux s’adossa au chambranle incertain de la cheminée, avant d’annoncer – l’air las – qu’il partirait aussi.
« D’toute façon, y a plus rien pour nous, ici ! »

Mais la terre – là-bas, à l’Ouest – voudrait-elle bien d’eux ?

1887. Ron et Franck, père et fils, vivotent dans la métropole gluante de Chicago. Leur relation repose sur le non-dit, l’affrontement, la brutalité. Sur l’impulsion du fils, qui se porte acquéreur d’une parcelle de terre dans le lointain Territoire de l’Arizona, ils cèdent à l’appel de l’Ouest comme des milliers d’autres. Le chemin pour y parvenir est semé d’embûches. Arrivés sur place usés jusqu’à la fibre, ils découvrent que la terre promise est un territoire ingrat et hostile où survivent d’autres pauvres hères.

Le premier roman d’Ophélie Roque a quelques faiblesses ou maladresses (une géographie continentale parfois mystérieuse, des dialogues en langue parlée dont la répétition dessert à la longue) et on peut être un peu frustré parfois d’un manque d’épaisseur, de détails dans les descriptions. Toutefois, Ophélie Roque fait montre d’un certain sens de la formule qui vient moucheter son texte. Surtout, après la ville et le voyage vers l’Ouest vient l’installation et la vie à Black Mesa, âpre. Le dialogue reste difficile entre le père et le fils et c’est l’environnement qui va marquer son emprise sur le corps et les esprits : face aux épreuves, leur caractère va « parler » face à la désillusion et au rêve éventé. Et puis un beau jour le voisinage s’étoffe. Se pourrait-il que Black Mesa engendre autre chose que des fruits péniblement récoltés ? La réponse sera apportée par le désert dans un dernier rebond dramatique, comme une sorte de morale à l’histoire de ces anonymes qui ont voulu dompter la sierra.

Un western quelque peu brinquebalant dans ses débuts mais qui va ensuite prendre toute sa dimension dramatique. Une très honorable première chevauchée sur les territoires du genre.

Paotrsaout

LETTRE SUR L’HISTOIRE DE JOAN ANDERSON de Neal Cassady / Séguier

The Joan Anderson Letter

Traduction:  Pierre Guglielmina

« Le plus grand morceau de prose que j’avais jamais vu » : telle est la réaction de Jack Kerouac lorsqu’il reçoit, un matin de décembre 1950, une longue missive fiévreuse qu’il s’empresse de baptiser Lettre sur l’histoire de Joan Anderson. Une poignée de pages éblouissantes signées Neal Cassady, son « frère de sang », celui dont il fera, sous le nom de Dean Moriarty, le héros flamboyant de Sur la route. Seize mille mots libres et cadencés comme une improvisation de jazz, tapés en rafales à la machine. De l’aveu même de Kerouac, ils inspireront le style spontané de son célèbre roman… Mais qui est Joan Anderson, dont le souvenir hante cette confession ? Une jeune femme à la beauté incandescente que Cassady a rencontrée par un hiver glacial, dans les rues de Denver. La lettre conte leur histoire d’amour, récit tour à tour drôle et poignant, où le sexe, l’alcool et la mort qui rôde auront tous leur rôle à jouer…

Je pense qu’il n’est plus nécessaire de présenter le mouvement littéraire américain dit de la « Beat Generation » dont la renommée internationale n’est plus à faire. Des auteurs tels que Jack Kerouac, William Burroughs ou Allen Ginsberg sont souvent des noms familiers pour les amateurs de littérature, même pour ceux qui ne les ont jamais lus. Mais pour ceux qui ont lu ces écrivains, j’en connais personnellement (pas moi!) qui n’en pensent de loin pas que du bien. Si Sur la route de Kerouac est un livre culte, j’ai déjà entendu dire que ça n’est qu’un torchon sans le moindre intérêt littéraire. Médisants ! On ne vous en veut pas (enfin, peut-être un peu…). En revanche, pour ce qui est des fans et des curieux, et même plus spécifiquement de Sur la route et de l’œuvre de Kerouac en général, Lettre sur l’histoire de Joan Anderson signé Neal Cassady et publié chez Séguier, pourrait bien mériter votre attention.

Pour la première fois traduite en français, cette Lettre sur l’histoire de Joan Anderson écrite par celui qui sera la muse de Jack Kerouac, Neal Cassady (alias Dean Moriarty dans Sur la route), fut égarée durant des décennies. Finalement retrouvée et publiée, comme l’a toujours souhaité Kerouac, elle est désormais une pierre de plus à ajouter à l’édifice mythique de la Beat Generation. Pas un roman mais pas loin d’être une nouvelle, son style, sa prose ardente et emportée en font une œuvre épistolaire percutante. Qu’elle fut un déclencheur, une profonde inspiration pour Jack Kerouac, n’a rien d’étonnant. Neal Cassady, alors tout juste âgé de 23 ans, fait preuve ici d’un réel talent d’écriture même si parfois un poil chaotique dans la construction. C’est vivant et c’est ce qui fait la différence.

En ce qui concerne le fond, l’histoire, on peut dire que les péripéties ne manquent pas. La relation amoureuse qu’il dépeint, ses différentes aventures et mésaventures, font de ce court livre un page-turner. Une vie qui est apparemment celle d’un homme d’action. Reste à savoir ce qui est vrai ou faux. Neal Cassady faisant preuve parfois d’une telle insolence et arrogance, on peut le soupçonner de mentir, ne serait-ce qu’un peu. Je ne m’étalerai pas sur sa vision des femmes, quand même bien machiste, qui pourrait en irriter quelques-un(e)s.

Dans l’optique de développer le contexte autour de cette lettre, un avant-propos de Pierre Guglielmina (le traducteur) et une présentation, chronologie et bibliographie de A. Robert Lee (professeur de littérature américaine) viennent compléter le livre. Le plus intéressant étant probablement d’avoir proposé, en plus du reste, la lettre en anglais dans sa version dactylographiée. Ainsi, les plus rétifs à la traduction pourront aussi se faire plaisir.

Lettre sur l’histoire de Joan Anderson est un document passionnant, pour la plume plus peut-être que le contenu du texte, qui ravira les amateurs de la Beat Generation ou ne serait-ce que les fans de Jack Kerouac. Ça se lit d’une traite et donne envie de se replonger dans les plus grands livres de ce mouvement dont l’empreinte est encore bien réelle aujourd’hui.

Brother Jo.

CE QUI VIT LA NUIT de Grace Krilanovich / Editions Le Gospel

The Orange Eats Creeps 

Traduction: Janique Jouin-de Laurens

Elle a 17 ans, sort à peine de l’adolescence et pourtant elle est déjà en rupture totale avec le monde qui l’entoure et la violente. Fuyant sa famille d’accueil, elle part à la recherche de Kim, une sœur adoptive adorée qui a pris la route un peu avant elle. En chemin, elle tombe sur une bande d’enfants perdus, junkies violents devenus vampires qui dérivent de concerts en hold-up, de parkings de supermarchés en gares routières. Sur les routes crasseuses de l’Oregon, cette riot grrrl d’un genre un peu particulier commence à entendre une voix, celle d’une pionnière morte de froid des siècles auparavant, qui se mêlent à celles de toutes les laissées-pour-compte de la société américaine.

Publié il y a déjà 13 ans aux Etats-Unis, Ce qui vit la nuit est le premier roman de Grace Krilanovich et son unique à ce jour. C’est également le premier roman publié par la maison d’édition Le Gospel qui fut d’abord un fanzine avec la musique comme fil rouge. Je vais être clair d’emblée, pour une première fois, Le Gospel a fait fort, très fort, en faisant le choix de publier ce livre qui n’est rien de moins qu’un incroyable OLNI (Objet littéraire non identifié).

Je pourrais tenter de vous pitcher l’histoire de Ce qui vit la nuit au-delà du résumé mais ce serait relativement vain. C’est l’un de ces rares livres qui nous fait reconsidérer ce qu’est supposé être un roman. L’histoire est-elle essentielle ? Est-elle même nécessaire ? Ici l’expérience littéraire dépasse l’histoire, elle la transcende même. Grace Krilanovich propose une autre littérature, totalement singulière, qui nous retourne le cerveau et les tripes avec. 

Instantanément, aux premières lignes du texte, le lecteur est emporté par un flux quasi continu, un tourbillon progressif, de mots. On se sent aspiré par un trou noir. L’héroïne est cramée et sa perception du monde est dingue. Elle embarque dans une errance, à la recherche d’une sœur adoptive peut-être réelle ou pas, qui l’amène à côtoyer de supposés vampires. Ces vampires n’ont rien des personnages romantiques dépeints par Anne Rice ou des esthètes sophistiqués de Jim Jarmusch dans Only lovers left alive. Ce sont des hobos, des punks, des junkies, tout aussi erratiques et allumés que notre adolescente en déroute. L’atmosphère, gothique et poisseuse, se colle à notre imaginaire telle du goudron dans des poumons. Sur quelques dizaines de pages notre compréhension de l’histoire n’est pas encore mis trop à mal. Il y a des repères, une logique, avant que l’auteure ne s’affranchisse définitivement d’une narration standard pour nous plonger dans une sorte d’état hypnagogique. Ce sont des images puissantes et troublantes qui s’enchainent, déployées dans une prose hallucinée, enveloppante et étrangement poétique.

Cette écriture si particulière, Grace Krilanovich n’a pas lésiné sur les expérimentations diverses pour y parvenir. Elle met notamment à l’œuvre la fameuse technique du cut-up développée par Brion Gysin et utilisée par William S. Burroughs. Elle déclare également avoir pratiqué des séances de voodoo, de divination ou de méditation Holosync pour se plonger dans une sorte de transe, ainsi que de s’être essayée à des exercices d’écriture issus de l’Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo). Un exemple parmi d’autres de la beauté qui se dégage ainsi du texte : « Mes cheveux tournoyaient dans l’émulsion suprême de rêves plongés dans les ombres et le rêve s’est arrêté – les ombres se sont arrêtées – et le ciel a cessé d’exister. Et j’étais seule avec les viscères, seule avec l’évasion que j’avais dévorée dans la racine de la fleur ; je me suis crachée dans la mer. » L’effet est fascinant et complètement dingue.

Mettez Louis-Ferdinand Céline, Williams S. Burroughs, Charles Baudelaire, GG Allin et Charles Burns dans une pièce, filez leur un bon stock de buvards de LSD et psilocybes, demandez leur d’imaginer une histoire de vampires dans les décors de Twin Peaks (le Nord-Ouest Pacifique), et le résultat devrait se rapprocher de ce qu’a réalisé Grace Krilanovich avec Ce qui vit la nuit. Un roman fou, sale et obsédant. On a là un souffle de liberté salvateur qui explose les codes et délie l’imagination. Incontournable !

Brother Jo

FEEDBACK de Jakub Zulczyk / Rivages

Traduction: Kamil Barbarski et Erik Veaux

“Marcin Kania, star du rock polonais tombée dans l’alcoolisme, est surtout connu pour avoir composé un tube rebelle et ironique, “Je t’aime comme la Russie”. A plus de cinquante ans, père de deux enfants et marié à une femme qui ne supporte plus ses agressions et ses infidélités, il aurait sans doute complètement sombré sans ses droits d’auteur et sa réputation de légende. Mais lorsque son ancien producteur lui propose d’investir dans une affaire juteuse, Marcin est bien loin de se douter de l’enfer qui l’attend. Son fils disparaît, et c’est le début d’une plongée dans le monde mafieux de l’immobilier post-communiste.”

On avait découvert Jakub Zulczyk en 2021 avec Éblouis par la nuit, plongée terrible dans le Varsovie de la nuit, un monde gothique et psychédélique noir sous le signe des addictions les plus diverses et les plus mortifères. Le roman était douloureux, ressemblant aux pires histoires de Brett Easton Ellis. Les mafieux polonais étaient déjà de la partie et en apparence, on se dit que l’on a affaire ici à une sorte de bis repetita

En fait, c’est bien pire, plus dégueulasse, plus glauque, dans les sales effluves de l’alcool. On suit Marcin Kania à la recherche de son fils. On est dans sa tête pendant plus de cinq cents pages parsemées de sang, de vomi, de sperme et de larmes, beaucoup de larmes. C’est un roman très éprouvant, rien à se raccrocher surtout pas à Marcin Kania, lamentable clown au cerveau crâmé par la gnole et semant le malheur et la désolation autour de lui.

On n’est pas dans un polar même si on y croise plusieurs fois un flic, lui aussi très imbibé. On découvre les pratiques mafieuses, mais avec la perte de son entendement et noyé dans des litres de vodka, Marcin n’est pas de taille à lutter D’ailleurs, peut-on croire les délires d’un mec bourré ? Peut-on faire confiance à un mec qui picole? Peut-on croire à ses promesses? Peut-on supporter longtemps son auto apitoiement et ses pleurnicheries? Jusqu’ où peut-on aller dans la compassion ? Toutes celles et tous ceux qui ont vécu le drame de l’alcoolisme de manière directe ou indirecte retrouveront dans ce cloaque des moments douloureux de leur vie. Jackub Zulczyk montre cet enfer sans fard, salement mais aussi très, très justement. Le cauchemar de l’alcoolique mais surtout celui des proches…

A la fin du roman, on se sent crade, souillé, bousillé par tant d’outrances. On aura trouvé pas mal de redites, les mêmes causes et invariablement  toujours les mêmes effets, mais c’est aussi ça, la réalité d’une vie dégueulasse que certains choisissent et qu’ils imposent à ceux qu’ils disent aimer. On quitte les banlieues blafardes de Varsovie avec un sale goût et le sentiment que Jakub Zulcyzk a visé très juste, trop juste, on suppute quelque chose. Et puis on lit ses remerciements et on comprend : “Je remercie Marysia et Mariusz, mes thérapeutes, qui m’ont amené sur la voie de la sobriété. Je ne veux pas penser à ce qu’il en serait aujourd’hui sans vous”. 

Clete

PS: série Netflix à l’automne.

DEUX NUITS A LISBONNE de Chris Pavone / Série Noire

Two Nights in Lisbon

Traduction: Karine Lalechère

Chris Pavone, auteur et éditeur américain, fait son entrée à la Série noire avec ce roman. On l’avait découvert en France avec “Les expats” sorti au début des années 2010. On entre dans la saison des gros romans des beaux jours ou de plage, ceci dit sans connotation négative ou élitiste, et la SN n’est pas en reste. Vous n’ignorez pas non plus que les thrillers ne sont pas le principal carburant de Nyctalopes et vous serez pertinents en prenant encore plus que d’habitude mon modeste avis avec des pincettes.

“Ariel et John, récemment mariés, sont à Lisbonne pour le week-end. Dès le premier matin, John disparaît. Ariel le cherche sans relâche, à l’hôtel, à l’hôpital, elle se rend au commissariat et à l’ambassade des États-Unis. Partout, on l’accueille avec réticence et suspicion. Il faut dire qu’Ariel n’a rien d’une fille fiable ; son récit est fluctuant et lacunaire. Et elle ne semble pas connaître si bien que ça ce mari beaucoup plus jeune qu’elle.Or John a été kidnappé et, à la veille de la fête nationale américaine, les ravisseurs réclament une rançon de trois millions de dollars dont Ariel n’a pas le premier cent. À moins de solliciter celui qui…”

Alors que dire ? Il est situé à Lisbonne mais vous pouvez aussi imaginer à la place Berlin, Prague ou n’importe quelle capitale d’ Europe occidentale avec les barrières de la langue, de culture et de lois pour les Américains et son antenne de la CIA. Bien que ce ne soit pas le sujet, il est très difficile de se rendre compte qu’on est dans la capitale portugaise et vous n’apprendrez pas grand chose sur la cité et les Lisboètes à part qu’on peut s’y camer en toute légalité et qu’on y mange une sorte de ragoût…

Par ailleurs, “Deux nuits” semble indiquer un temps assez court, synonyme de roman speedé et ce n’est vraiment pas le cas avec tous les flashbacks new-yorkais sur la vie d’Ariel. Si le début est très réussi, ensuite, ça se traîne et parfois, on a l’impression que c’est plutôt “deux ans à Lisbonne”, enfin… soyons juste, uniquement dans la première partie du roman. La seconde moitié s’avère beaucoup plus passionnante aussi il est bon de persévérer, d’ailleurs l’ennui ne nous accompagne jamais.

La multitude de personnages, certains accentués alors qu’ils sont très accessoires, permet de multiplier les sources de danger mais ralentit un peu l’intrigue et tous ces retours sur la vie d’avant de l’héroïne finissent par lasser. Sinon, Chris Pavone maîtrise très bien les codes du thriller et la fin s’avère très surprenante même si certains twists seront peut-être des flops pour les plus habitués du genre. Ariel a eu beaucoup de malheurs  avec la gente masculine dans sa vie et a appris à se défendre, cela ne garantit pas forcément une empathie débordante de la part du lecteur, à voir…Néanmoins, avec des thèmes comme les « fake news », un virage très prononcé vers le politique, les violences faites aux femmes, Deux nuits à Lisbonne est un bon témoin d’une certaine Amérique d’aujourd’hui. 

Bref, un très honnête thriller mais qui aura peut-être un tout petit peu de mal à pleinement convaincre les plus exigeants.

Clete.

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