Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Brother Jo (Page 9 of 13)

LE PRÉSAGE de Peter Farris / Gallmeister

The Bone Omen

Traduction: Anatole Pons-Reumaux

Cynthia Bivins rend souvent visite à son père, Toxey, dans une maison de retraite de Géorgie. Un jour, alors que l’Amérique est tombée sous la coupe d’un homme politique violent et sans scrupules, le vieil homme décide qu’il est temps de partager son secret.

L’histoire commence des décennies plus tôt. Tout juste sorti de l’adolescence, Toxey se rêve photographe ; d’ailleurs, ses clichés se vendent déjà à l’épicerie locale. Un jour, une jeune femme est retrouvée morte dans la réserve naturelle voisine, la Lokutta. Elle était enceinte, mais il n’y a aucune trace de l’enfant. L’affaire ne plaît pas du tout à l’héritier de la riche famille Reese, qui possède tous les bois jusqu’à la Lokutta. Elder Reese, qui a bien des choses à cacher, joue gros, car il s’est lancé en politique et se voit déjà sénateur. Quand Toxey s’aventure dans la réserve pour y prendre des photos, il s’expose à la colère du clan. 

Il m’aura fallu du temps pour lire enfin un livre de Peter Farris, que je connais vaguement comme l’un des chanteurs du groupe Cable, mais dont on m’a dit du bien en tant qu’écrivain. Vieux motard que jamais, non ? J’ai donc troqué le lapin de Chung Bora pour le cerf de Peter Farris. Le présage est son quatrième roman chez Gallmeister et pour l’instant non publié aux Etats-Unis. 

Avec certains livres, on peut déterminer dès les premières pages qu’on ne le lâchera pas – et ce sans le moindre effort – avant d’en voir la fin. Juste une impression, qui ne fait pas dire que le livre est excessivement bon, mais qu’il aura au moins le mérite d’être fluide et limpide. Le présage est de ceux-là. 

On embarque dans l’état de Géorgie, aux Etats-Unis, où la vie d’un certain Toxey s’apprête à être bouleversée par une tragédie et où il ne fait peut-être pas si bon vivre. Un événement qui ne sera que les prémices d’un basculement à venir du pays dans une dérive politique fasciste et autoritaire, avec l’avènement d’un politicien corrompu (Elder Reese) qui n’est pas sans rappeler d’autres personnages biens réels, et dont la trajectoire à de quoi faire frémir. En toile de fond on peut également percevoir un certain chaos du même ordre dans d’autres parties du globe. Disons ce qui est, le monde dépeint ici par Farris n’est pas bien jouasse, et ce sans être très éloigné de celui d’aujourd’hui dans lequel nous vivons. Il y a quelque chose de pourri dans l’air, c’est évident, et il n’y qu’à observer les cerfs du coin qui n’ont pas la grande forme…

Le présage a ses faiblesses. L’histoire est attendue, prévisible, et laisse plus ou moins une impression de déjà lu, néanmoins parfaitement dans l’air du temps. On comprend vite où Peter Farris veut nous emmener et il ne nous réserve pas de réelles surprises. Il suit un chemin bien balisé. Pour ce qui est des personnages, ils n’échappent pas toujours aux clichés du genre, tout en restant crédibles. Mais ce n’est pas aussi vilain qu’il n’y paraît. Ces défauts pourraient potentiellement nuire à la qualité du livre si Farris ne maîtrisait pas si bien son récit. La véritable force de son roman réside dans sa construction efficace, et particulièrement dynamique, qui le rend aussi solide que cohérent. 

Peter Farris signe avec Le présage un roman complètement dans l’actualité et dont le savoir-faire ne manquera pas de remporter la faveur des lecteurs. Les amateurs du genre seront certainement comblés. Pour du noir, c’est noir, et sans beaucoup d’espoir même si pas totalement désespéré non plus. Mais il faut reconnaître qu’après la pluie, vient quand même souvent la pluie…

Brother Jo.

PS: LE DIABLE EN PERSONNE, DERNIER APPEL POUR LES VIVANTS, LES MANGEURS d’ARGILE .

LAPIN MAUDIT de Chung Bora / Matin Calme

Jeojutokki 

Traduction: Han Yumi et Hervé Péjaudier

Entre Eraserhead de David Lynch, Carrie de Stephen King et Les Revenants de Laura Kasischke, elle est la nouvelle voix du réalisme magique. Ses héros, baroques et tragiques, errent en quête de vengeance, de rédemption ou d’amour tel un reflet onirique de nos propres existences, portés par un imaginaire sans limites.

On ne le dit que trop peu, on ne parle pas assez de l’exercice de la nouvelle, à qui on semble préférer celui du roman. Pourtant, les deux se valent. Un texte de qualité restera toujours un texte de qualité, qu’importe son format. Non ? J’énonce là ce qui me semble être une évidence. J’espère que ça l’est. Mais dans le doute, je me permets. Tout ça pour en venir à Lapin maudit, recueil de nouvelles de la coréenne Chung Bora publié chez Matin Calme, dont on dit qu’il est un phénomène mondial et sur lequel on appose d’impressionnantes références. Une chose est certaine, il est difficile d’oublier cette couverture une fois qu’on l’a vu, mais qu’en est-il du contenu ?

Dix nouvelles composent ce recueil. Pour ceux qui pourraient craindre de manquer de matière à lire,  cela tient quand même sur 283 pages. Il y a donc de quoi se mettre sous la dent. Mais la sobriété et la concision de la plume font que vous en verrez le bout assez rapidement. Si vous deviez buter sur quelque chose durant votre lecture, ce serait probablement plus sur l’univers de Chung Bora qui peut ne pas plaire. Mais parait-il que ça plait. Quoi qu’il en soit, il faut être en mesure d’apprécier la dimension magique/fantastique de ces textes et cela n’est pas donné à tout le monde. Si vous cherchez du pur réalisme, Lapin maudit n’est probablement pas pour vous. Pour autant, toutes les nouvelles ne sont pas aussi excentriques que cela puisse paraître, même s’il y a toujours quelque chose de cet ordre dans ces textes.

Au fil de ces pages, vous découvrirez un lapin maudit qui causera bien des misères à une famille, un « enfant », fruit de déjections, qui prend forme dans la cuvette des toilettes, une victime d’un accident de voiture qui sombre progressivement, une femme qui tombe enceinte de façon inexpliquée mais dont on dit que la vie de son bébé dépendra de sa capacité à lui trouver un père pour sa naissance, une autre trop amoureuse d’un androïde qui le lui rendra brutalement, un renard puis un enfant qui saigne de l’or et qui fera la fortune et l’infortune de son père, un garçon maltraité par une créature dont il s’échappera pour finir maltraité par les hommes, un couple qui devient propriétaire d’un bâtiment dans lequel il emménage et autour duquel il va se passer beaucoup de choses étrange, et j’en passe… On navigue constamment entre contes étranges et écrits un peu ou franchement teintés de surnaturel, mâtinés d’un peu de romantisme, de science-fiction, d’horreur ou de magie, le tout souvent assez noir. Un mélange qui a de quoi surprendre.

Lapin maudit ne sera peut être pas de tous les goûts, mais il demeure une curiosité intrigante qui peut autant séduire des amateurs, qu’étonner positivement des lecteurs qui n’ont pas l’habitude de ce type de lectures. Dans tous les cas, l’imaginaire foisonnant de Chung Bora ne devrait pas vous laisser indifférent. A vous de juger si le livre méritait ou non de finir dans les finalistes du Booker Prize en 2022.

Brother Jo.

VENGERESSES de Peggy-Loup Garbal / Philippe Rey

Mireille et Marie ont vécu silencieuses de longues années, à porter seules, ensemble, leur anormalité. Pour ces soeurs jumelles autistes, les coups ont été encaissés très tôt : la mort du père, l’alcoolisme de la mère, une société violente et déshumanisante. Ballottées d’une famille d’accueil à l’autre, meurtries par des blessures profondes, celles que l’on disaient douces, calmes et timides, décident, à la suite d’un énième renvoi chez leur mère, de se faire justice elles-mêmes.

C’est le début d’un périple qui les mène du nord au sud de la France, à la reconquête de la place qui leur revient. Furies assoiffées de vengeance, les deux soeurs traquent un à un leurs anciens tortionnaires, infligent rigoureusement leurs châtiments, sans exception. Et, lorsqu’elles arriveront enfin face au dernier des coupables – le plus surprenant –, iront-elles jusqu’au bout de leur plan ?

Cela faisait un petit moment que je n’étais plus allé regarder ce qui faisait du côté de chez Philippe Rey. Enfin, ça n’est pas tout à fait exact, disons plutôt que ça fait un petit moment que je n’ai rien vu de chez Philippe Rey qu’il me semblait pertinent d’évoquer sur Nyctalopes. La dernière fois, ce fut Une déchirure dans le ciel de Jeanine Cummins. Cette fois-ci c’est Vengeresses, le premier roman de Peggy-Loup Garbal, sur lequel j’ai jeté mon dévolu. 

Premier constat, le livre ne pèse pas lourd. 126 pages seulement ! C’est court. Très court. Mais est-ce trop court ? Pas ici. Enfin pas vraiment. D’un côté, c’est un peu trop expéditif par moments, mais d’un autre, ça fuse comme il faut pour être percutant. L’écriture de l’autrice se veut directe, sans détour, une façon d’aller droit au but sans prendre le risque de s’éparpiller. Mais les sujets sont néanmoins nombreux : les relations familiales, la gémellité, l’autisme, la différence au sein de la société, la maltraitance, la vengeance et j’en passe. Peggy-Loup Garbal reste parfois trop en surface mais ouvre la porte à la réflexion. Elle allume la mèche et donne matière à débattre. 

Avec Vengeresses je ne peux m’empêcher de penser à ce genre cinématographique assez controversé dit du « rape en revenge ». Pour les novices en la matière, ce sont généralement des films qui reposent sur une histoire de viol(s) suivi d’une vengeance brutale et punitive. C’est un peu  le fil conducteur du livre. Comme qui dirait, pas le temps de niaiser ici. Nos deux jumelles ont la ferme intention d’en finir avec ceux qui leur ont fait du mal au cours de leur vie, une vie qui se dévoile par bribes, au fur et à mesure que l’on fait route vers ce qui devrait être le grand final de cette petite expédition. Mais comme le livre se lit très rapidement, je ne peux trop en dire, au risque de vous divulgâcher l’intrigue.

Pour une première, Peggy-Loup Garbal ne prend pas de pincettes en écrivant Vengeresses et c’est franchement appréciable. Un roman tout en tension, aussi lapidaire qu’ardent. On n’a pas le temps de s’ennuyer, ni de jouer la fine bouche.. Un début encourageant. On attend de lire la suite.

Brother Jo.

LES SILENCES de Luca Brunoni / Finitude

SILENZI

Traduction: Joseph Incardona

« Se taire, ne jamais se mêler des affaires des autres, voilà la règle qui prime dans ce village au cœur des montagnes, et permet à chacun de cultiver consciencieusement son lot de rancœurs et de préjugés. Quand Emil a disparu, personne n’a rien dit, bien sûr, les langues sont restées liées. Et quand l’orpheline, la jeune Ida, a été placée chez les Hauser, on se doutait bien que la vie serait difficile pour elle.

En butte à la haine de la fermière et aux regards libidineux de son mari, la jeune fille ne peut compter que sur son amitié clandestine avec Noah, un adolescent qui rêve d’ailleurs. Il réussit à la convaincre qu’elle aussi a droit à sa part de bonheur, mais il est trop tard. Ils ne parviendront, bien malgré eux, qu’à déclencher malheurs et drames, à faire remonter à la surface toute la boue de secrets et de non-dits du village.« 

Luca Brunoni, écrivain et professeur de droit suisse, arrive en France chez Finitude avec Les Silences, son deuxième roman mais son premier traduit en français. Si Luca Brunoni est apparemment parfaitement francophone, c’est en italien qu’il écrit, sa langue maternelle, et c’est l’écrivain Joseph Incardona qui s’est chargé de la traduction. 

On nous le spécifie dès le début du livre, l’auteur s’inspire ici d’une page pas très glorieuse de l’histoire helvétique. Il apparaît qu’entre le XIXe siècle et 1960, de nombreux enfants orphelins ou de familles difficiles, furent placés dans des institutions ou dans des familles, notamment paysannes, où ils furent une main d’oeuvre très largement exploitée, pour ne pas dire réduits à l’esclavage. Le contexte donné, on se doute déjà que l’ambiance du roman ne s’annonce pas bien joyeuse.

Les silences est découpé en deux parties. La première est consacrée à Ida, l’orpheline de 13 ans, et à son arrivée puis son quotidien au sein de la famille Hauser et dans le village. On découvre petit à petit différents personnages par le prisme de l’orpheline, ainsi que tout ce qu’elle doit subir. Pour ce qui est de la deuxième partie, celle-ci revient sur le même laps de temps mais du point de vue du village et ses habitants. Le procédé a le mérite d’être un minimum original et permet ainsi de poser dans un premier temps les différents éléments de l’intrigue, tout en gardant une part de mystère, puisque c’est seulement dans la deuxième partie que se dévoile plus en détails tout ce petit monde – et ses secrets – qui gravite autour de notre orpheline.

Le style de Luca Brunoni qui se veut assez concis, même lapidaire, est fait de phrases courtes et épurées. On n’est clairement pas dans de grandes envolées lyriques. Bien que pour ma part ce soit une démarche que j’ai tendance à trouver efficace et intéressante en général, ici j’ai néanmoins l’impression que c’est parfois un peu trop sommaire, voire scolaire. Nul doute que des moins tatillons que moi serons aisément plus convaincus, les pages s’avalant rapidement et agréablement. L’atmosphère est dickensienne et définitivement noire, de quoi contenter les amateurs du genre qui n’ont pas pour habitude de faire dans le jovial.

Les silences de Luca Brunoni est un roman de campagne bien noir et austère dans lequel tous les personnages ont leur part d’ombre. On est assez loin d’une certaine image lissée de la Suisse avec ses paysages bucoliques de carte postale. Un livre qui a un potentiel pour trouver son public et une nouvelle voix de la littérature helvète qui n’a probablement pas encore écrit son dernier mot. 

Brother Jo.

NEIN, NEIN, NEIN ! La dépression, les tourments de l’âme et la Shoah en autocar de Jerry Stahl / Rivages

Nein, Nein, Nein!: One Man’s Tale of Depression, Psychic Torment, and a Bus Tour of the Holocaust

En septembre 2016, l’inénarrable Jerry Stahl touche le fond. Son éternelle dépression est au plus haut, sa carrière et sa vie personnelle, au plus bas. Découvrant grâce à son improbable alerte Google « Holocauste » que des voyagistes proposent des circuits sur les hauts lieux de la tragédie, il décide de s’inscrire. Puisqu’il ne peut soigner son mal de vivre, il ira le nourrir en compagnie de ces « touristes des camps de la mort », qui viennent consommer frites et sensations fortes au snack-bar d’Auschwitz, comme dans un parc d’attractions.

Jerry Stahl, un nom que je connaissais de loin mais que j’étais loin de connaître. Jamais lu, même si j’ai un doute là-dessus (il était édité fut un temps chez 13e Note), et vite fait vu (Inland Empire). Quoi qu’il en soit, dès que je suis tombé sur le titre de son nouveau livre Nein, Nein, Nein ! La dépression, les tourments de l’âme et la Shoah en autocar, j’ai su qu’il fallait que je le lise, sans savoir le moins du monde à quoi m’attendre. Avec un tel titre, franchement, ça se tente les yeux fermés (mais ouverts, c’est tout de même plus pratique).

Alors en plein divorce qui n’est pas son premier, Jerry Stahl, ancien toxico consommateur d’héroïne dont le père s’est suicidé au monoxyde de carbone, scénariste qui se traîne quelques petites casseroles artistiques (par exemple la série Alf), dépressif chronique, en pleine phase de conception d’une série inspirée de son histoire de couple – et ce à la demande de producteurs d’ABC – décide soudainement de partir en voyage organisé pour visiter les camps de la mort. Un plan on ne peut plus adéquat pour se changer les idées ! Ça vaut bien une petite cure thermale, non ?

Direction les camps avec Jerry Stahl pour guide et interprète. Tout en nous dévoilant des bouts de sa vie, notre narrateur va se voir confronté à ses congénères touristes, la réalité même de ce voyage organisé, mais aussi celle des camps de la morts, tels qu’existants à l’époque et tels qu’ils sont visitables aujourd’hui. De façon plus générale, c’est un peu Stahl face au reste du monde, à un instant donné de sa vie et dans des conditions un poil singulières. Si on accroche à la personnalité du bonhomme, on se laisse facilement embarquer dans son improbable expédition. 

Dans l’écriture règne une dynamique assez chaotique, Stahl passant d’un sujet à un autre et digressant régulièrement entre parenthèses. Une façon de faire qui ne fait qu’ajouter à sa liberté de ton. Souvent cynique, critique autant à son égard qu’à l’égard des autres, il ne se prive de rien (vraiment rien) et ce pour notre plus grand plaisir. Enchaînant les situations gênantes voire franchement grotesques, tout est prétexte à écrire tout et rien sur mille et un sujets. Tout en mettant en exergue la gravité de l’Histoire qui défile sous ses yeux, il étale non sans gêne certaines futilités de sa propre vie ou aberrations du monde d’aujourd’hui. Trump en prend pour son grade, l’Amérique de Trump même, autant que le racisme ordinaire, la bêtise humaine, les comportements des uns et des autres autour de lui, mais sans jamais oublier ses propres conneries. 

On rigole franchement. On savoure même. Il fallait oser (ou pas?) s’inscrire, en pleine excursion, sur le site internet alt.com pour se renseigner sur les éventuelles déviances sexuelles existantes aux abords d’Auschwitz (un chapitre dont le titre vaut déjà son pesant de cacahuètes : Brève digression (je vous présente le « vagin youpin »)). J’étais également ravi d’apprendre qu’Ilsa, la louve des SS fut tourné dans les décors de la série Papa Schultz, avec tout l’explicatif autour des faits historiques derrière ce film et de l’importance qu’il occupe dans la carrière de l’actrice principale, ainsi que dans l’imaginaire de Jerry Stahl lui-même. J’en passe et des meilleures. Il fait feu de tout bois.

Que je vous rassure quand même, les réflexions intelligentes et sensées ne manquent pas non plus. L’anecdotique se mélange toujours à des réflexions plus larges. Le cocktail est assez explosif mais pas sans fondements. On retrouve ici un esprit digne d’un Hunter S. Thompson, en un peu moins cramé quand même, mais tout aussi réjouissant et fantasque. 

Amateurs d’humour non filtré (ce qui tend à manquer par les temps qui courent), ou simples curieux d’approcher l’Histoire sous un angle (clairement) différent, ce Nein, Nein, Nein ! La dépression, les tourments de l’âme et la Shoah en autocar ne devrait pas vous laisser insensible. Une parenthèse (toujours ces parenthèses!) bienvenue de franche rigolade, de traits d’esprits douteux et un bain d’Histoire – au regard du monde tel qu’il est aujourd’hui – nécessaire pour rafraîchir un peu les mémoires. Aussi jouissif qu’impertinent ! Une lecture de premier Shoah.

Brother Jo.

CLIENT MYSTÈRE de Mathieu Lauverjat / Scribes / Gallimard

Alors qu’il pédale comme un dératé dans les rues de Lille pour livrer toujours plus de repas chauds, le narrateur de Client mystère est percuté par une voiture. S’il sort de l’accident sain et sauf (avec un bras mal en point), il se retrouve néanmoins « indisponibilisé » par les algorithmes de l’application pour laquelle il travaillait. Et donc, sans ressources.

C’est alors qu’il entend parler d’un métier curieux : les « clients mystères », des particuliers mandatés par les entreprises pour jouer aux clients afin d’évaluer les performances des employés à leur insu. Notre héros devient donc l’un de ces hommes invisibles à la solde du management contemporain.

En 2022, Gallimard inaugurait sa nouvelle collection Scribes avec une première publication, le roman Au moins nous aurons vu la nuit d’Alexandre Valassidis, qui fut une belle surprise. Pour la deuxième publication sous Scribes, Client mystère le premier roman de Mathieu Lauverjat, c’est encore une nouvelle voix tout à fait singulière qui s’offre à nous. 

Notre narrateur est livreur à vélo. Son travail est ce qu’il est mais semble plus ou moins lui convenir. Qui plus est, il est efficace dans ce qu’il fait et l’application dont il se sert en tient compte.  Il fuse et enchaîne les livraisons. Puis c’est l’accident. Tout s’arrête brutalement. C’est l’opportunité  qu’il fallait pour tenter autre chose. Changement d’application. Travail ubérisé toujours. Il est envoyé d’un endroit à un autre où, pour de petites sommes, il est missionné pour contrôler discrètement la qualité des services ou des produits proposés. Parfois il doit aller jusqu’à se mettre en scène, jouer un personnage, poser des questions. Il suit les consignes et remplit les questionnaires de satisfaction. Il repère et, le cas échéant, signale. Il fonce comme lorsqu’il était livreur, enquille les missions pour rentrer de la caillasse, au point d’utiliser simultanément plusieurs applications. Il gravit les échelons de l’algorithme et se voit assez vite proposer des missions plus poussées, au niveau national, pour enfin rejoindre une équipe façon start-up sur la recommandation de sa nouvelle manageuse qui a suivi son évolution avec attention sur les applications. Enfin une opportunité de s’élever, voire de faire carrière. En somme est venue l’heure d’être reconnu pour ses efforts. Puis il rencontre l’amour. Les étoiles s’alignent. Une livreuse sur laquelle il avait déjà flashé et qui elle aussi est à un tournant professionnel de sa vie. Mais la réalité va finir par le rattraper. Il y a d’abord un drame dans son ancien milieu professionnel, celui de la livraison à vélo. Puis un signalement opéré au cours d’une de ses enquêtes mystères aura des conséquences tragiques. La machine s’enraye. Consommation massive de médicaments pour s’anesthésier et faire face. Une mission va tourner au désastre et l’amener à commettre l’irréparable. C’est la descente aux enfers. Le désenchantement poussé à son paroxysme. Bienvenue dans le monde moderne. 

Avec une plume fournie et dense, très percutante dans le choix des mots, arrivant à basculer avec aisance d’un style plus romanesque mais jamais boursouflé, à une littérature plus grise qui se veut le reflet du vocabulaire abscons et aliénant dont le narrateur est abreuvé dans son milieu professionnel,  Mathieu Lauverjat propose un portrait incisif du monde du travail ubérisé. Non seulement il est indéniable que Mathieu Lauverjat sait écrire, avec une voix qui lui est propre, mais il a également une parfaite maîtrise et connaissance de son sujet. Précision chirurgicale dans le propos comme dans la forme. Ce qu’il faut de satire. Redoutable sur toute la ligne. 
Scribes est définitivement une collection à suivre, sa pertinence ne fait pour l’instant aucun doute.  Client mystère est un premier roman qui a tous les atouts pour faire parler de lui, comprenez par là un sujet totalement dans l’air du temps et une écriture qui s’imprime avec force dans le cerveau du lecteur. Un livre autant taillé pour le pur plaisir de la lecture que pour éveiller les consciences.

Brother Jo.

VALENTINA de Christophe Siébert / Au diable vauvert

Mertvecgorod, tournant de l’an 2000.

Pour fuir une misère à laquelle ils sont socialement prédestinés, cinq ados noient leur lucidité dans toutes les drogues possibles et une bande-son pop, punk et indus russe des années 1980-90, romantique et rebelle.

Mais l’assassinat de leur voisine Valentina, vieux travesti à la vie mystérieuse, va révéler une ombre bien plus dangereuse que leur petite délinquance ordinaire.

Un roman qui me paraissait plein de promesses que ce Valentina (sous titré Un demi siècle de merde) de Christophe Siébert publié chez au Diable Vauvert. Non pas que je connaisse l’auteur et son oeuvre, récompensé du prix Sade (une petite pensée au passage pour la dernière lauréate Charlotte Bourlard appréciée chez Nyctalopes) pour son roman Métaphysique de la viande, mais ce que j’ai pu apprendre après recherches ne manquait pas d’arguments pour me convaincre de lire Valentina. C’est donc pour moi une découverte. En tant qu’objet, le livre est soigné, très beau. Et l’éditeur fait référence à Blade Runner, parle de « postsoviétisme apocalyptique et décadent », en bref ce qu’il faut pour me parler. Le résumé, lui, se veut un peu cliché. Pour autant, l’un dans l’autre, je reste curieux. Ai-je bien fait ?

On le comprend vite, ce n’est pas la belle vie pour nos cinq ados. Une petite bande paumée dans un monde à la dérive où la misère est leur quotidien. Ça se drogue, ça écoute de la musique, ça fait la teuf et ça n’a que peu de perspectives d’avenir. Et puis il y a ce meurtre qui arrive et qui ne les laisse pas indifférents, tout particulièrement Klara, 15 ans, l’ado la plus présente dans le roman, qui a la bonne idée d’aller visiter les lieux du crime peu de temps après que le corps de la victime ne soit enlevé. Mauvaise idée. Elle laisse des traces. Il y a une enquête. Le flic qui enquête, Tomas, bien plus âgé qu’elle, n’est pas très clair non plus et a un passif amoureux avec Klara. Dès lors Klara se retrouve prise dans un étau, perturbée par ses sentiments et la tournure que prennent les évènements. Une intrigue un peu simpliste, que rien n’arrive à rendre très passionnante, ni convaincante. 

Il faut dire ce qui est, les personnages sont si caricaturaux et l’histoire si prévisible, que j’ai peiné à lui trouver une quelconque légitimité. L’écriture, si néanmoins très fluide, ne se prive d’aucun cliché. Elle se veut rock’n’roll, provocante et j’en passe, mais c’est si poussif et artificiel, qu’on peine à croire que le livre est écrit par un auteur adulte ou pour un lectorat adulte. S’il est certes question d’adolescents, j’ai surtout eu l’impression de lire un roman pour adolescents écrit par un adolescent. Était-ce le but ? Si tel était le but, on peut excuser bien des choses, voire même plus largement comprendre, mais en tant que roman adulte, c’est bien trop léger et peu crédible. Les références musicales s’enchainent, tout comme les références franchement naïves aux drogues, ou le vocabulaire gentiment et surtout gratuitement vulgaire. Plutôt que d’enrichir le texte, tout cela semble combler une sorte de vide et il ne reste que peu de choses à quoi se raccrocher. Bien heureusement, c’est un roman facile à lire, sur lequel on ne bute pas, ce qui sauve un peu l’expérience de lecture mais ne suffit pas. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir eu envie d’aimer.

Plutôt qu’un mauvais livre, Valentina est avant tout une occasion manquée. A qui est-il supposé s’adresser ? Si celui-ci avait été vendu comme une roman noir à destination des ados, voire des jeunes adultes à la fibre romantique et rebelle, j’aurais pu lui trouver des arguments positifs mais, en l’état, c’est bel et bien une vive déception. Je n’ai pas été embarqué une seule seconde et définitivement pas convaincu par cette écriture trop légère dans le propos et trop lourde dans la forme. Qui de l’auteur ou de moi devrait retourner prendre de la drogue ? Je ne saurais dire, même si j’ai mon idée sur la question. Quitte à me shooter à la littérature, va falloir que je choisisse un peu mieux mes produits.

Brother Jo.

L’ANTRE de Brian Evenson / Quidam

The Warren

Traduction : Stéphane Vanderhaeghe

L’antre, un lieu sous terre où il se réveille. Dehors, l’air est irrespirable. Pourtant, il va devoir sortir. Sa survie semble être à ce prix. Mais qui est-il ? Est-il aussi seul qu’il le pense ? Et d’où lui viennent les souvenirs qui le hantent ? Le terminal qu’il interroge possède peut-être quelques-unes des réponses aux questions qu’il se pose. Mais le terminal a aussi une question à lui poser : qu’entend-il par ce mot de personne ?

Avec Immobilité chez Rivages, L’Antre est est le deuxième roman de Brian Evenson publié en ce début d’année 2023, mais cette fois-ci chez Quidam. Pas convaincu par le trop inconsistant Immobilité, j’appréhendais un peu la lecture de L’Antre, craignant une nouvelle déception. Les choix de Quidam n’étant généralement pas anodins, je nourrissais néanmoins un petit espoir de vivre une lecture un peu plus originale. 

Tout d’abord, il faut noter qu’il y a une connexion évidente entre Immobilité et L’Antre. Il est intéressant de lire les deux coup sur coup. Dans les deux ouvrages il est question de cryogénisation, d’un personnage principal confus, plein de doutes et en recherche d’identité, ainsi que d’un monde extérieur devenu dangereux pour l’être humain ou autre bipède de cet ordre. Pour autant, L’Antre est plus court (seulement 110 pages) et l’expérience de lecture toute autre. Mais l’un pourrait, dans une certaine mesure, être la suite de l’autre. Ou bien est-ce juste le fruit de mon imagination ? Quoi qu’il en soit, cette novella de Brian Evenson me paraît définitivement plus intéressante, car plus riche et mieux aboutie. 

L’Antre joue avec nos nerfs. Tortueux, voire franchement labyrinthique, la confusion toujours plus intense et chaotique à laquelle est en proie notre héros, gagne également le lecteur tant elle est efficacement mise en forme. On se sent rapidement pris dans une spirale infernale et un poil anxiogène. X perd pied, ne sachant pas ou plus ce qui il est, et ce qu’il est, en constant dialogue avec lui-même et une machine, il perd ses repères et nous avec. Mais qui est X, à la fin ? Schizophrénique ! Il y a de quoi se sentir tout autant piégé que captivé.

Brian Evenson a une complète maîtrise de son texte et l’exercice, somme toute assez habile, est bel et bien concluant. Difficile de rester indifférent. Que vous aimiez ou non la science-fiction, si tant est que vous appréciez les expériences littéraires singulières, pour ne pas dire aliénantes, L’Antre est pour vous. Aussi court soit-il, ce livre n’est ni expéditif, ni incomplet. Il est intelligemment dosé et tient le lecteur en haleine. Contrairement à Immobilité, L’Antre sort du lot et s’impose comme une curiosité notable. Si vous ne craignez pas de secouer un peu votre cerveau, vous pourriez bien être surpris. 

Brother Jo.

IMMOBILITÉ de Brian Evenson / Rivages

Immobility

Traduction: Jonathan Baillehache

Lorsque vous ouvrez les yeux, vous ne savez plus qui vous êtes ni d’où vous venez. Vous savez que le monde a changé, qu’une catastrophe a détruit tout ce qui existait, et que vous êtes paralysé à partir de la taille. Un individu prétendant être votre ami vous dit que vos services sont requis. Vous voici donc transporté à travers un paysage de ruines, sur le dos de deux hommes en combinaison de protection, vers quelque chose que vous ne comprenez pas et qui pourrait bien finir par vous tuer. Bienvenue dans la vie de Josef Horkaï.

Rien de moins que deux livres de Brian Evenson publiés en France en janvier 2023 et chez deux éditeurs différents. Pour moi qui n’a jamais lu Brian Evenson, et que l’on m’avait déjà par ailleurs plus ou moins bien vendu, c’est une bonne occasion pour le découvrir. Et comme on dirait chez les amateurs de tartes flambées, l’occasion fait le lardon ! Voilà. Ça c’est fait… Maintenant, passons aux choses sérieuses. Des deux ouvrages de l’auteur que sont Immobilité (Rivages) et L’Antre (Quidam), je me suis d’abord attaqué à Immobilité et sa couverture que je trouve assez fascinante. Mais le contenu l’est-il autant ?

On m’a décrit Evenson comme pas bien joyeux, dans ses textes j’entends, du genre à ne pas trop voir la vie en rose. En amateur de littérature égayante, c’est un bon argument pour me pousser à la lecture d’un auteur. Je reconnais qu’ici l’argument est amplement confirmé. Malheureusement, cela ne peut toujours suffire à faire un bon livre. Immobilité peine à me convaincre.

Difficile de trouver un véritable intérêt à cette randonnée post-apocalyptique à dos d’hommes. L’histoire, peu palpitante et relativement prévisible, manque de substance. Il ne se passe pas grand-chose et l’atmosphère de fin du monde est somme toute assez convenue. Ou juste pas assez développée. Ou bien vue et revue ? Si la promenade n’est pas désagréable, dans le sens ou la lecture est facile et rapide, elle ne m’a pas laissé de trace particulière. 

Notre héros, Josef Horkaï, est perclus de doutes tout au long de son aventure. Après avoir été apparemment sorti d’une longue stase, sa mémoire lui fait défaut, ainsi que ses jambes. Envoyé aussitôt en mission – la mission étant de partir du point A, pour aller au point B chercher quelque chose dont il ne sait rien ou peu, et le ramener au point A, aidé par deux « mules » – il se questionne sur tout. Mais disons ce qui est, notre héros est surtout très naïf et ses réflexions lassent assez rapidement. Le résumé dit juste, Josef Horkaï ne comprend pas et c’est bien dommage, on aimerait bien le secouer un petit peu. Je ne vais pas vous divulgâcher le déroulé, sinon vous n’aurez vraiment pas grand-chose à vous mettre sous la dent, mais le fond n’a rien d’une surprise : la vraie catastrophe c’est l’Homme. 

Pas la randonnée la plus passionnante que j’ai connue. Dommage. Les sujets à creuser ne manquaient pas. L’intrigue aurait mérité d’être plus élaborée et la plume un peu plus vive. On est loin du roman qui fera date dans l’univers de la science-fiction post-apocalyptique. Cela reste une petite lecture qui aura peut-être son charme pour certaines et certains, mais assez anecdotique à mon sens. L’Antre, publié chez Quidam, sera-t-il plus concluant ? Réponse après lecture.

Brother Jo.

LA MONTAGNE INVERSÉE, UNE EXPÉDITION DANS LES MÉANDRES DU FANTASME de Romain Lescurieux et Antonin Vabre / Marchialy

2012 : la fin du monde aura lieu le 21 décembre selon le calendrier maya. Une rumeur dit que le pic de Bugarach, dans l’Aude, sera épargné. Un emballement médiatique, peut-être plus ridicule que la ferveur millénariste, est déclenché. Les deux auteurs, alors jeunes journalistes, se retrouvent au sommet de la montagne le jour J.

2022 : dix ans plus tard, ayant survécu à l’apocalypse, les auteurs reviennent sur place. Ils prennent le temps de rencontrer les habitants, de remonter le fil de la rumeur. En s’engouffrant au cœur de la montagne dans une expédition plus que risquée, ils partent à la recherche des mystères de la région.

Que faisiez-vous pour la fin du monde ? Celle de 2012, j’entends. Où étiez-vous ? J’imagine que vous ne vous en souvenez plus. Moi non plus. Mais il me reste quelques souvenirs de tout le marasme autour de Bugarach. Deux pour être exact. Tout d’abord, le pic de Bugarach qui rappelait étrangement « La tour du diable » que l’on voit dans Rencontre du troisième type, mais aussi un illuminé bien perché qui aura beaucoup fait rire, j’ai nommé Sylvain Durif, le joueur de flûte de pan qui se faisait appeler « Le Christ cosmique » et se répandait en discours hallucinés et hallucinants. La triste star de ce délire médiatisé. Depuis, internet aidant, on en a vu défiler d’autres du même acabit, et l’ère du complotisme à outrance dans laquelle nous vivons est un terreau fertile. En prenant pour exemple le 21 décembre 2012 à Bugarach, les journalistes Romain Lescurieux et Antonin Vabre tentent de comprendre, avec La montagne inversée : une expédition dans les méandres du fantasme, tous les tenants et aboutissants de ce non-évènement ultra médiatisé. Comme on dit, il n’y pas de fumée sans feu. Ou bien ?

Si l’idée peut prêter à sourire, ce livre est une enquête tout à fait sérieuse, faite autant de recherches que de rencontres inopinées. Ici se télescopent histoire, légendes, ésotérisme, faits réels ou imaginés, traitement médiatique et discours de tous types, des plus pragmatiques et scientifiques, aux plus décalés, voire invraisemblables. En prenant comme fil conducteur une expédition spéléologique au coeur même de la montagne, nos deux journalistes progressent en parallèle, lentement mais surement, dans leur exploration de cette toute petite commune qu’est Bugarach, ses habitants passés et présents, son histoire et ses alentours. De boyaux en catastrophes naturelles, de concrétions en vies soi-disant extraterrestres ou intraterrestres, galerie après galerie et années après années, ce sont diverses strates de Bugarach et son pic qui se dévoilent à nous. 

Et au final, quel est le résultat de cette enquête ? Sont-ils tous fous à Bugarach ? Est-ce que l’on y trouve une concentration anormale de faits paranormaux ? Mais qu’est-ce qu’une concentration anormale de faits paranormaux ? Est-ce un lieu si unique qu’il devait indubitablement devenir un jour le centre de toutes les attentions ? Est-ce qu’E.T téléphonerait plus facilement à la maison depuis le haut du pic ? L’intérieur de la montagne est-il un garage à ovnis ? Tant de questions dont je ne vous dévoilerai pas précisément les réponses. Vous allez devoir lire pour savoir ! Ce que je peux vous dire, c’est que vous allez être déçus. Non, je déconne ! Enfin, pas complètement… Il y a une large part de démystification dans ce livre, n’en déplaise à ceux qui s’imaginaient trouver là un livre qui laisse toute sa place à l’imagination, mais l’intérêt se trouve ailleurs. On découvre ici plein de petites histoires, individuelles et collectives, parfois communes, parfois plus singulières, avec ce qu’elles peuvent comporter de poésie, de passion, d’humanité et d’absurdité. L’ordinaire d’un lieu un peu isolé, comme on en trouve plein en France et ailleurs, qui un jour bascula dans l’extraordinaire, pour finalement revenir à ce qu’il a toujours été. Deux phrases extraites du livre me  semblent assez représentatives du fond de celui-ci : « Les humains sont comme ils sont et non comme ils devraient être. Les montagnes aussi. »

En conclusion, La montagne inversée : une expédition dans les méandres du fantasme est une enquête rondement menée, qui tente de mener intelligemment le lecteur vers les faits, la réalité tangible, en tenant compte des idées et des fantasmes des uns et des autres. D’une sorte de folie ambiante, nous revenons progressivement au concret : l’humain et la nature. A l’image de l’expédition spéléologique de nos deux journalistes, on s’enfonce petit à petit dans l’obscurité pour revenir vers la lumière. A l’évidence, de cette fin du monde, il n’y avait pas de quoi en faire toute une montagne, juste un bon livre.

Brother Jo.

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