Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Brother Jo (Page 8 of 13)

PLEXIGLAS d’Antoine Philias / Asphalte

Cholet, Maine-et-Loire. Elliot, bientôt trente ans, revient chercher du travail dans la ville de son enfance et s’installe en périphérie, dans la maison vide de son grand-père. Lulu, bientôt soixante ans, est employée de caisse chez Carrefour. Ils vont se lier d’amitié.

La rentrée littéraire se passe aussi du côté de chez Asphalte. Entre autres sorties, voici Plexiglas, le nouveau roman de l’écrivain Antoine Philias, à qui l’on doit déjà Home Sweet Home (2019, L’école des loisirs) coécrit avec Alice Zeniter, ainsi que Stéréo publié en 2021 (Les équateurs).

Bienvenue à Cholet, ville comme il y en a tant en France, avec sa zone commerciale et ses gens qui la font vivre. Nous sommes en 2020, une année qui débute de façon plus ou moins ordinaire mais qui sera finalement bien singulière avec l’arrivée de la Covid. C’est dans ce contexte qu’une amitié nouvelle bourgeonne entre deux êtres. Il y a tout d’abord Elliot, blessé sur une manifestation contre la réforme des retraites, qui revient en terre natale, au chômage, homosexuel en quête de sa future moitié mais pour l’instant très seul, hantant la maison vide de son grand-père au crépuscule de sa vie. Et il y a Lulu, caissière chez Carrefour, dont le mari n’est plus de ce monde et dont le fils a quitté le nid familial pour gagner Paris, qui tente tant bien que mal de rester alerte aux maux qui traversent notre société, et qui se retrouve en première ligne au travail alors que le monde se confine. Elle aussi est en proie à une certaine solitude mais garde le cap.

Sur une durée d’un an, rythmée par les discours de Macron et les opérations commerciales de Carrefour, on assiste au rapprochement de Lulu et Elliot dans un monde qui ne tourne plus rond et auquel ils ne pourront malheureusement rien changer. Autour d’eux gravite tout un microcosme fait, pour beaucoup, de petites gens avec leurs galères et leurs opinions qui évoluent tous dans la même société consumériste. Une galerie de personnages, de travailleuses et travailleurs généralement au bas de l’échelle sociale, qui cumulent désillusions et déceptions dans un marasme politique, local comme national, où se révèlent des idées et idéaux contrastés. 

Dans une intimité bienveillante et réaliste, avec tendresse et non sans humour, Antoine Philias nous raconte la France du quotidien, du point de vue de ceux que l’on oublie souvent. Ici point de grande histoire, d’intrigue folle ou que sais-je, mais un instantané de notre monde qui brille avant tout par sa véracité. On voit défiler les absurdités du quotidien autant que les moments plus lumineux.

Ecrit dans une langue très orale, sur un ton un poil caustique, Plexiglas est un roman honnête et concret. Antoine Philias nous immerge avec justesse dans la réalité des classes populaires françaises. Un peu comme si Gustave Kervern et Benoît Delépine avaient fait un livre plutôt qu’un film.  

Brother Jo.

ANNA PARTOUT de Chloé Ronsin Le Mat / Scribes Gallimard

Alors qu’il arrive au seuil de la trentaine, un ex-adolescent des années 2000 est insatisfait de sa vie terne : il s’ennuie dans son travail de téléconseiller, fréquente une femme qu’il a connue lors d’un Erasmus en Angleterre avant de s’en désintéresser et vit dans un sentiment croissant de flottement et d’irréalité.
Son seul exutoire : la fascination qu’exerce sur lui Anna, sa demi-sœur d’une famille recomposée. Il sent partout sa présence et éprouve le besoin toujours plus vif de renouer avec elle. Un jour, il trouve un moyen de la surveiller en permanence ; son obsession prend alors le pas sur tous les aspects de son quotidien – au risque de mettre au jour ses zones d’ombre.

Ce qu’il y a de positif avec la collection Scribes de chez Gallimard, c’est que l’on va véritablement de surprise en surprise. Et je ne parle pas de bons romans qui s’inscrivent parfaitement dans un genre ou dans un autre, mais de réelles surprises à la marge des genres codifiés. Des premiers romans et des nouvelles voix qui empruntent, pour le moment, des chemins un peu à l’écart des grands boulevards. Anna partout est le sixième roman publié chez Scribes et le premier pour l’autrice Chloé Ronsin Le Mat.

Le résumé est un peu vague. Il ne nous dit pas vraiment à quoi l’on peut s’attendre en lisant ce livre. Je ne parle pas de l’histoire en elle-même mais du type de livre auquel on va avoir à faire. Est-ce un roman noir ? Un thriller ? Ou tout autre chose ? J’avais un doute avant lecture et ce doute a longtemps persisté au fil des pages. Je n’arrivais pas à saisir exactement où l’autrice souhaitait emmener le lecteur, ni même ses personnages et plus spécifiquement le narrateur. J’ai fini par me dire, durant un moment, que peut-être était-ce là un roman qui passait simplement à côté de ce qu’il aurait pu être. Bien évidemment, je me suis fourvoyé, car j’attendais quelque chose d’Anna partout qui n’est pas ce que Chloé Ronsin Le Mat a souhaité en faire, à juste titre, plutôt que de me laisser porter. 

On est rapidement au fait de l’obsession de notre narrateur pour sa demi-sœur Anna. Mais celle-ci se veut dans un premier temps assez diffuse, pour petit à petit s’amplifier. On ne comprend pas exactement le pourquoi du comment de cette obsession. C’est d’abord une petite flamme qui finit par devenir un feu dévorant. Quel est le déclencheur ? La raison précise ? Des questions restent en suspens. Il nous manque des éléments pour voir le tableau dans son ensemble. La raison à cela ? L’histoire nous est racontée par le premier concerné, « l’obsédé », « le coupable », « le responsable », qui se livre par bribes selon son propre point de vue qui n’est pas sans déni. Notre perception des faits s’en trouve ainsi biaisée. Puis la réalité finit par rattraper notre narrateur et c’est seulement là que l’on prend pleinement conscience de l’ampleur de la chose. Il nous faut connecter les points et rassembler les pièces, mais pour cela il faut accepter qu’en tant que lecteur nous ne sommes pas ici dans une position habituelle. C’est là toute l’astuce et l’intelligence du livre de Chloé Ronsin Le Mat.

Ecrit d’une plume très ronde, d’une fausse simplicité mais d’une réelle maîtrise, on découvre avec Anna partout une voix affirmée. Un roman incontestablement ancré dans son temps, de par son contexte et les thématiques qui le traversent. Il nous plonge habilement dans la psyché d’un homme insidieusement toxique et fatalement dangereux. Une fois de plus, Scribes régale.

Brother Jo.

TROP LOIN DE DIEU de Kim Zupan / Gallmeister

The Butcher Saint

Traduction: François Happe

Hickney vit dans le Montana, où il sillonne les routes de campagne et ramasse les cadavres d’animaux tués par des voitures. Un travail fatigant, répétitif mais nécessaire. La vie de Hickney est rude, et le Montana en hiver l’est encore plus. Tant pis pour le froid, tant pis pour la solitude : sa vie est là. Lorsqu’un inconnu étrangement civilisé vient s’installer à proximité dans un ranch à l’abandon et qu’il rémunère Hickney pour lui rendre service, son horizon semble enfin s’éclaircir. Mais cet homme n’est pas seul, et ses compagnons semblent nettement plus inquiétants. Un jour, Hickney découvre un corps en bord de route. Cette fois, il ne s’agit pas d’un animal. Et les “invités” de son nouvel ami commencent à faire parler d’eux. 

Quasiment dix ans après la sortie de son premier roman chez Gallmeister, l’américain Kim Zupan fait son retour, toujours chez Gallmeister, avecTrop loin de Dieu. En terme de productivité, on a vu mieux, mais c’est le résultat qui compte, non ? Qu’il prenne tout le temps qu’il veut, car rares sont les livres aussi forts et maîtrisés. On attendra le temps qu’il faudra si c’est pour être ainsi régalé. Si son premier roman m’est encore inconnu, celui-ci me suffit pour pouvoir affirmer que l’on a là un grand, très grand écrivain.

Bienvenue dans le Montana. Fait-il bon vivre dans le Montana ? Apparemment, pas tellement. Le décor que plante Kim Zupan, avec ce qu’il faut de lenteur et minutie, est aussi fascinant qu’incroyablement dur. Vaste, sauvage et avec des saisons aux températures éprouvantes, la nature met ici les hommes à rude épreuve. Et notre héros Hickney, ou plus exactement anti-héros, connaît bien ces paysages qu’il parcourt constamment au volant de son vieux pick-up, cela afin de remplir la tâche pour laquelle on le paye (mal), celle de dégager les routes des cadavres d’animaux. Un job peu gratifiant, dont personne ne rêve, et qui fait une bien morne routine sur un territoire où le temps semble figé. Mais ainsi va la vie d’Hickney qui se terre dans un motel miteux. Un homme sans réelles  ambitions qui porte le poids d’un lourd passé, marqué notamment par un tragique accident dans lequel son ami Jimmy perdra ses jambes et dont il s’est donné pour mission de s’occuper, partageant ainsi un quotidien misérable fait d’alcoolisme, de misère et de solitude. 

L’équilibre de ce microcosme dépeint par Kim Zupan, fragile mais mélancoliquement tranquille, va se voir petit à petit perturbé par un groupe d’hommes, peu sympathiques et aux idéaux nauséabonds, venus dans ce « nul part » parfaitement isolé pour y répandre un insidieux poison. Approché par leur meneur pour se voir proposer un petit boulot supplémentaire – il lui suffit simplement de prendre les cadavres d’animaux les moins abîmés parmi ses trouvailles habituelles et les déposer à un endroit donné – Hickney voit là, naïvement, l’opportunité de financer un maigre rêve qui finira par virer au cauchemar. C’est progressivement que s’installe alors une tension au dénouement fatalement tragique et violent.

Trop loin de Dieu est un brillant mais douloureux roman noir sur les petites gens d’une Amérique profonde en proie à ses démons. Kim Zupan déploie toute une galerie de personnages usés, enchaînés à leur quotidien et qui semblent oubliés de tous, sur lesquels il porte néanmoins un regard plein d’humanité, dans un livre d’une grande beauté et saisissant de justesse.

Brother Jo.

MOUREZ JEUNESSES de Christian Casoni / Le mot et le reste

Le commandant Victor Maniabosco a été mis à pied. Alors que l’IGPN enquête sur sa pomme, il croit trouver le salut en réactivant une affaire vieille de vingt ans. Tous les voyants sont au rouge mais cette fois, il pense que c’est la bonne et se lance sur la piste d’un tueur bestial. Si cette enquête reposait sur le modèle classique : un crime, un tueur, un flic, un indice, on continuerait d’être cartésien pénard, mais rien n’est jamais simple avec “Bosco”. L’un des chemins qui mènent à cette kermesse sanglante part d’Ouidah, la ville du Bénin où le vaudou serait né. Derrière le vaudou il y a tous ces aventuriers qui ferment l’arrière-ban de la décadence coloniale, derrière le tueur, un marionnettiste, derrière le marionnettiste, le détournement de fonds du siècle, perpétré jadis dans les coulisses d’une révolution. Maniabosco n’y peut rien, c’est son destin, dès qu’il met le nez dehors il est éclaboussé par les cadavres, coursé par tous les chiens de l’enfer, et il en fait profiter les autres.

J’avais déjà repéré Christian Casoni à la sortie de son premier livre, Juke : 110 portraits de bluesman, que je n’ai finalement jamais lu. J’ai également été tenté par le suivant, Sa majesté Clodomir, son premier roman, que je n’ai bien évidemment toujours pas lu. Et puis est arrivée l’annonce du suivant, Mourez jeunesses publié chez Le Mot et le Reste, qui m’a tout de suite fait de l’oeil. J’aurais très bien pu continuer sur ma lancée et ne pas le lire non plus, histoire d’être cohérent dans ma démarche. Un énième auteur que je n’aurais creusé qu’à sa mort, un prétexte qui tombe toujours bien. Mais la cohérence et moi… Et puis, il y a cette bien belle couverture, noire comme il faut, avec ce vautour inamical qui accroche l’oeil. On va voir si j’ai eu le nez fin.

Avec son deuxième roman, comme le premier, c’est du polar que nous propose Christian Casoni. Et les deux sont liés par un même personnage, le commandant de police Victor Maniabosco. Et pour du polar, c’est du polar bien dans les codes du genre. Dans un certain sens, une recette éculée, dans un autre, suffit d’un rien pour qu’il y ait le truc en plus. Et les codes du genre, le plus souvent, de prime abord, ça m’emmerde un peu. Je dois néanmoins reconnaître que ça ne m’empêche pas pour autant de vivre des lectures agréables. Je me dis juste, parfois, que l’originalité manque dans la démarche. Bref, tout ça pour dire que, dans les grandes lignes, Mourez jeunesse ne révolutionne pas le genre. Une enquête, plusieurs, des morts, en pagaille, un flic, pas tout à fait dans les clous sans être franchement marteau non plus, et j’en passe. Je ne vais pas vous faire la liste. Vous voyez où je veux en venir. Mais l’auteur sait tirer son épingle du jeu et avec une certaine classe.

Les forces de Christian Casoni, et donc du livre, sont au nombre de deux. Déjà, il y a son sens du détail, sa grande minutie pour dépeindre une toile de fond parfaitement crédible. Ici, bien que l’on soit essentiellement en France, c’est le Bénin, son histoire, ses rites vaudou et plus encore. Casoni connaît son affaire. On a des couches et des sous-couches. Il a potassé, c’est évident, et c’est tout en son honneur. Mais sa plus grande force, et pas des moindres, c’est sa plume. Une écriture que j’ai presque envie de dire « à l’ancienne ». Les dialogues sont très forts, les répliques percutantes. Ça fuse. C’est sec. Monsieur a du talent, ça ne déconne pas. Enfin si, beaucoup. L’humour ne manque jamais. Comme cela a déjà été dit à son sujet, il y a du Audiard, du Chabrol aussi, on y pense beaucoup. Qui plus est, le texte, dans ses images comme dans ses répliques, est cinématographique à souhait. Un raconteur d’histoire qui a l’art et la manière.

Christian Casoni signe un polar assurément bien ficelé au héros attachant. C’est excellemment bien écrit, riche en matière et répliques ciselées qui surinent. Foncièrement drôle sans oublier d’être noir. Les amateurs seront ravis, les autres aussi. A quand le film ?

Brother Jo.

LETTRE SUR L’HISTOIRE DE JOAN ANDERSON de Neal Cassady / Séguier

The Joan Anderson Letter

Traduction:  Pierre Guglielmina

« Le plus grand morceau de prose que j’avais jamais vu » : telle est la réaction de Jack Kerouac lorsqu’il reçoit, un matin de décembre 1950, une longue missive fiévreuse qu’il s’empresse de baptiser Lettre sur l’histoire de Joan Anderson. Une poignée de pages éblouissantes signées Neal Cassady, son « frère de sang », celui dont il fera, sous le nom de Dean Moriarty, le héros flamboyant de Sur la route. Seize mille mots libres et cadencés comme une improvisation de jazz, tapés en rafales à la machine. De l’aveu même de Kerouac, ils inspireront le style spontané de son célèbre roman… Mais qui est Joan Anderson, dont le souvenir hante cette confession ? Une jeune femme à la beauté incandescente que Cassady a rencontrée par un hiver glacial, dans les rues de Denver. La lettre conte leur histoire d’amour, récit tour à tour drôle et poignant, où le sexe, l’alcool et la mort qui rôde auront tous leur rôle à jouer…

Je pense qu’il n’est plus nécessaire de présenter le mouvement littéraire américain dit de la « Beat Generation » dont la renommée internationale n’est plus à faire. Des auteurs tels que Jack Kerouac, William Burroughs ou Allen Ginsberg sont souvent des noms familiers pour les amateurs de littérature, même pour ceux qui ne les ont jamais lus. Mais pour ceux qui ont lu ces écrivains, j’en connais personnellement (pas moi!) qui n’en pensent de loin pas que du bien. Si Sur la route de Kerouac est un livre culte, j’ai déjà entendu dire que ça n’est qu’un torchon sans le moindre intérêt littéraire. Médisants ! On ne vous en veut pas (enfin, peut-être un peu…). En revanche, pour ce qui est des fans et des curieux, et même plus spécifiquement de Sur la route et de l’œuvre de Kerouac en général, Lettre sur l’histoire de Joan Anderson signé Neal Cassady et publié chez Séguier, pourrait bien mériter votre attention.

Pour la première fois traduite en français, cette Lettre sur l’histoire de Joan Anderson écrite par celui qui sera la muse de Jack Kerouac, Neal Cassady (alias Dean Moriarty dans Sur la route), fut égarée durant des décennies. Finalement retrouvée et publiée, comme l’a toujours souhaité Kerouac, elle est désormais une pierre de plus à ajouter à l’édifice mythique de la Beat Generation. Pas un roman mais pas loin d’être une nouvelle, son style, sa prose ardente et emportée en font une œuvre épistolaire percutante. Qu’elle fut un déclencheur, une profonde inspiration pour Jack Kerouac, n’a rien d’étonnant. Neal Cassady, alors tout juste âgé de 23 ans, fait preuve ici d’un réel talent d’écriture même si parfois un poil chaotique dans la construction. C’est vivant et c’est ce qui fait la différence.

En ce qui concerne le fond, l’histoire, on peut dire que les péripéties ne manquent pas. La relation amoureuse qu’il dépeint, ses différentes aventures et mésaventures, font de ce court livre un page-turner. Une vie qui est apparemment celle d’un homme d’action. Reste à savoir ce qui est vrai ou faux. Neal Cassady faisant preuve parfois d’une telle insolence et arrogance, on peut le soupçonner de mentir, ne serait-ce qu’un peu. Je ne m’étalerai pas sur sa vision des femmes, quand même bien machiste, qui pourrait en irriter quelques-un(e)s.

Dans l’optique de développer le contexte autour de cette lettre, un avant-propos de Pierre Guglielmina (le traducteur) et une présentation, chronologie et bibliographie de A. Robert Lee (professeur de littérature américaine) viennent compléter le livre. Le plus intéressant étant probablement d’avoir proposé, en plus du reste, la lettre en anglais dans sa version dactylographiée. Ainsi, les plus rétifs à la traduction pourront aussi se faire plaisir.

Lettre sur l’histoire de Joan Anderson est un document passionnant, pour la plume plus peut-être que le contenu du texte, qui ravira les amateurs de la Beat Generation ou ne serait-ce que les fans de Jack Kerouac. Ça se lit d’une traite et donne envie de se replonger dans les plus grands livres de ce mouvement dont l’empreinte est encore bien réelle aujourd’hui.

Brother Jo.

CE QUI VIT LA NUIT de Grace Krilanovich / Editions Le Gospel

The Orange Eats Creeps 

Traduction: Janique Jouin-de Laurens

Elle a 17 ans, sort à peine de l’adolescence et pourtant elle est déjà en rupture totale avec le monde qui l’entoure et la violente. Fuyant sa famille d’accueil, elle part à la recherche de Kim, une sœur adoptive adorée qui a pris la route un peu avant elle. En chemin, elle tombe sur une bande d’enfants perdus, junkies violents devenus vampires qui dérivent de concerts en hold-up, de parkings de supermarchés en gares routières. Sur les routes crasseuses de l’Oregon, cette riot grrrl d’un genre un peu particulier commence à entendre une voix, celle d’une pionnière morte de froid des siècles auparavant, qui se mêlent à celles de toutes les laissées-pour-compte de la société américaine.

Publié il y a déjà 13 ans aux Etats-Unis, Ce qui vit la nuit est le premier roman de Grace Krilanovich et son unique à ce jour. C’est également le premier roman publié par la maison d’édition Le Gospel qui fut d’abord un fanzine avec la musique comme fil rouge. Je vais être clair d’emblée, pour une première fois, Le Gospel a fait fort, très fort, en faisant le choix de publier ce livre qui n’est rien de moins qu’un incroyable OLNI (Objet littéraire non identifié).

Je pourrais tenter de vous pitcher l’histoire de Ce qui vit la nuit au-delà du résumé mais ce serait relativement vain. C’est l’un de ces rares livres qui nous fait reconsidérer ce qu’est supposé être un roman. L’histoire est-elle essentielle ? Est-elle même nécessaire ? Ici l’expérience littéraire dépasse l’histoire, elle la transcende même. Grace Krilanovich propose une autre littérature, totalement singulière, qui nous retourne le cerveau et les tripes avec. 

Instantanément, aux premières lignes du texte, le lecteur est emporté par un flux quasi continu, un tourbillon progressif, de mots. On se sent aspiré par un trou noir. L’héroïne est cramée et sa perception du monde est dingue. Elle embarque dans une errance, à la recherche d’une sœur adoptive peut-être réelle ou pas, qui l’amène à côtoyer de supposés vampires. Ces vampires n’ont rien des personnages romantiques dépeints par Anne Rice ou des esthètes sophistiqués de Jim Jarmusch dans Only lovers left alive. Ce sont des hobos, des punks, des junkies, tout aussi erratiques et allumés que notre adolescente en déroute. L’atmosphère, gothique et poisseuse, se colle à notre imaginaire telle du goudron dans des poumons. Sur quelques dizaines de pages notre compréhension de l’histoire n’est pas encore mis trop à mal. Il y a des repères, une logique, avant que l’auteure ne s’affranchisse définitivement d’une narration standard pour nous plonger dans une sorte d’état hypnagogique. Ce sont des images puissantes et troublantes qui s’enchainent, déployées dans une prose hallucinée, enveloppante et étrangement poétique.

Cette écriture si particulière, Grace Krilanovich n’a pas lésiné sur les expérimentations diverses pour y parvenir. Elle met notamment à l’œuvre la fameuse technique du cut-up développée par Brion Gysin et utilisée par William S. Burroughs. Elle déclare également avoir pratiqué des séances de voodoo, de divination ou de méditation Holosync pour se plonger dans une sorte de transe, ainsi que de s’être essayée à des exercices d’écriture issus de l’Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo). Un exemple parmi d’autres de la beauté qui se dégage ainsi du texte : « Mes cheveux tournoyaient dans l’émulsion suprême de rêves plongés dans les ombres et le rêve s’est arrêté – les ombres se sont arrêtées – et le ciel a cessé d’exister. Et j’étais seule avec les viscères, seule avec l’évasion que j’avais dévorée dans la racine de la fleur ; je me suis crachée dans la mer. » L’effet est fascinant et complètement dingue.

Mettez Louis-Ferdinand Céline, Williams S. Burroughs, Charles Baudelaire, GG Allin et Charles Burns dans une pièce, filez leur un bon stock de buvards de LSD et psilocybes, demandez leur d’imaginer une histoire de vampires dans les décors de Twin Peaks (le Nord-Ouest Pacifique), et le résultat devrait se rapprocher de ce qu’a réalisé Grace Krilanovich avec Ce qui vit la nuit. Un roman fou, sale et obsédant. On a là un souffle de liberté salvateur qui explose les codes et délie l’imagination. Incontournable !

Brother Jo

LE PLUS GROS JEU d’Al Alvarez / Métailié

The Biggest Game in Town

Traduction: Jérôme Schmidt

Envoyé du New Yorker, le poète Al Alvarez se rend à Las Vegas pour faire un reportage sur le Championnat mondial de poker de 1981. Las Vegas est alors l’une des villes les plus extravagantes des États-Unis, une ville qui n’a qu’une promesse : votre vie peut changer d’une seconde à l’autre… si vous avez de la chance. Des millions de gens venus du monde entier jouent aux tables de poker, mais une poignée à peine se risque aux plus grosses tables. Les fortunes changent de main, le poker devient alors un sport extrême. Les joueurs sont tout autant aveuglés par le romantisme des grandes pertes que des grandes victoires, ou, comme l’explique l’un d’entre eux : « Notre poker est un art, les autres se contentent de tirer sur une cible mais nous, notre cible est vivante, et elle riposte. »

Qu’on se le dise, le poker ne me passionne pas le moins du monde. Je n’ai jamais éprouvé une once d’intérêt pour ce jeu. C’est bien là ce qui m’a poussé à lire Le plus gros jeu, deuxième livre du défunt écrivain Al Alvarez publié chez Métailié. Je n’étais pas exactement curieux d’en apprendre plus sur le poker, mais de savoir si l’auteur était en mesure de capter mon attention tout un livre durant sur le sujet.

Avant même le poker et ses joueurs, il y a le décor qu’Al Alvarez plante à merveille, comprenez la ville de Las Vegas, son climat, ses casinos, et ses différentes facettes, de la plus clinquante à la plus obscure : « Les casinos trônent sur la terre brûlante comme des jouets extravagants échoués sur la plage, leurs enseignes clignotant, nous faisant de l’oeil, s’emberlificotant, étincelant follement, comme s’ils vivaient leur chant du cygne, avant que la batterie s’épuise. » Les quelques descriptions nous transportent instantanément sur place et permettent au lecteur de se projeter là où il n’ira peut-être jamais. Bien que l’on connaisse tous Las Vegas, au minimum par le prisme du cinéma, le dépaysement est assuré. Une destination qui n’est pas sans conséquences pour beaucoup de ceux qui s’y risquent : « Tous les pigeons du monde entier viennent à Vegas dans l’espoir que leur chance tourne, mais un perdant reste un perdant, où qu’il aille, et ils finissent tous par sombrer dans le désespoir. D’où les agressions, d’où la violence, d’où les vols. »

A Las Vegas, les jeux se trouvent en pagaille. Parmi ces jeux, aux dires de ses pratiquants et d’Al Alvarez, il y a le poker qui est résolument à part, notamment du fait des impressionnantes sommes d’argent qui sont investies dans les parties. Certains s’autorisent à jouer sans compter, rendant les enjeux des parties colossaux et inconcevables pour le commun des mortels : « Le caractère banal et imperturbable de cette élite qui bouge de grosses sommes d’argent à table est au-delà de toute compréhension pour le joueur ordinaire. Il n’est pas uniquement question de talent et de niveau de jeu, mais aussi d’une tout autre réalité des choses. » La compétition est rude, et les joueurs s’impliquent des heures durant, avec des méthodes différentes et un savoir faire technique qui impressionne : « Pour la plupart des plus grands joueurs professionnels, le poker est devenu un substitut au sport – une activité qu’ils adoptent lorsque leur avantage physique s’est émoussé, mais qui demande la même concentration, le même talent et la même endurance, un exutoire à la compétitivité qui bouillonne en eux. »

L’une des grandes forces de l’auteur est d’arriver, en plus de la ville et du jeu, à saisir la diversité des profils des différents joueurs dont il est question au fil des pages. Il rend parfaitement compte des parcours de vie des uns et des autres, et de leur état d’esprit face au jeu en général, mais aussi dans le cadre des grandes compétitions qu’ils disputent. A cela s’ajoute la dimension intemporelle du récit, alors même que nous sommes au début des années 1980, mais peut-être cela est-il dû à Las Vegas où le temps semble s’arrêter. Quoi qu’il en soit, la beauté de la plume d’Al Alvarez et la justesse de son regard insufflent une véritable beauté à une chronique qui aurait tout aussi bien pu être purement clinique et technique.

Al Alvarez nous offre une plongée réaliste et immersive dans l’univers du poker au coeur même de Las Vegas. Le plus gros jeu est un livre fascinant et passionnant. Ecrit d’une main de maître, il a tous les atouts pour satisfaire bien plus que les amateurs de poker.

Brother Jo.

L’HOMME APPRIVOISÉ de Horacio Castellanos Moya / Métailié

El hombre amansado

Traduction:  René Solis

La vie d’Erasmo Aragón change soudainement quand il est faussement accusé d’abus sexuel. Il perd son travail dans une université américaine et ne peut plus renouveler son permis de séjour. Après une crise nerveuse il rencontre Josefin, une infirmière suédoise, à laquelle il s’accroche désespérément. Afin d’oublier son passé, ils démarreront une nouvelle vie ensemble à Stockholm, mais les fantômes latino-américains, la monotonie, la dépendance et les anxiolytiques feront ressurgir la paranoïa…

L’écrivain salvadorien Horacio Castellanos Moya n’en est de loin pas à son premier roman. Déjà chroniqué et apprécié chez Nyctalopes avec Moronga, L’homme apprivoisé qui sort chez Métailié est au moins son treizième livre publié en France. Un auteur confirmé donc, mais une découverte pour moi et certainement pour d’autres.

Une citation extraite de L’Apocalypse de Jean, ainsi qu’une d’Arthur Schopenhauer en guise d’introduction, on peut dire que le ton est donné. Les 126 pages qui composent ce court roman ne seront probablement pas une ode à la joie. Mais qui va s’en plaindre ? Et puis, je peux me tromper, on n’est jamais à l’abri d’une fausse piste. 

Une certitude néanmoins. En quelques pages la plume d’Horacio Castellanos Moya fait mouche. Il a un réel talent d’écriture. On sent l’expérience. Les phrases sont précisément ciselées. On se coule dans le texte sans difficulté et avec un plaisir certain. Il a un ton, un sens du dynamisme et une musicalité bien à lui. Nul doute qu’il pourrait écrire sur ce qu’il veut qu’il embarquerait toujours le lecteur. N’est-ce pas là l’apanage des bons auteurs ?

Erasmo Aragón, le héros de L’homme apprivoisé déjà présent dans plusieurs romans de l’auteur, on s’y attache autant qu’il nous irrite. Ici tout du moins. On a là un homme déraciné, apathique, clairement perdu, parfois drôle et parfois plus perturbant car très parano. Tout ou presque devient suspicieux avec lui, ce qui peut prêter à sourire autant qu’à angoisser. Les médicaments tempèrent ses crises mais il est dans une constante lutte avec lui-même. Bien évidemment, son histoire avec Josefin, l’infirmière qui l’a pris en affection et le porte vers d’autres horizons, va lui apporter confort et réconfort un temps, jusqu’à ce que la spirale infernale qui semble l’étouffer prenne à nouveau le dessus par la force des choses. 

Grâce à l’habileté de Horacio Castellanos Moya, ce qui se passe dans la tête de Erasmo Aragón devient « contagieux », et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, on se retrouve à la fin du livre, aussi égaré que Erasmo, mais conscient de la chance que l’on a de ne pas être à sa place. Une place que lui même est bien incapable de trouver. 

L’homme apprivoisé de Horacio Castellanos Moya est un trop court mais très bon roman. La fin est un peu abrupte tant le livre est bon, frustrante même, car il y avait matière à aller un peu plus loin dans l’histoire, mais ce qui nous est donné à lire est déjà, en soit, un régal. Un ravissement de tous les instants.

Brother Jo.

UNE EXÉCUTION de Danya Kufafka / Buchet Chastel

 Notes on an Execution

Traduction: Isabelle Maillet

« Ansel Packer attend la mort, après avoir lui-même tué. Dans douze heures, il sera exécuté dans une prison américaine. Ansel ne veut pas mourir. Il veut être écouté, admiré, compris. À son monologue obsessionnel depuis sa cellule se superposent les récits de trois femmes : Lavender, sa mère, Hazel, la sœur jumelle de son épouse, et Saffy, l’enquêtrice, qu’il avait croisée plus jeune en foyer d’accueil. Alors que l’heure de l’exécution se rapproche, les destins des trois femmes se nouent à la manière d’une tragédie, laissant place à des questions d’une cruelle actualité. Qu’est-ce que cette fascination du tueur en série dit d’une société qui oublie ses victimes ?« 

Agente littéraire devenue autrice avec un premier roman, Dans la neige publié en 2018 chez Sonatine, Danya Kukafka revient avec Une exécution, son deuxième roman, publié cette fois chez Buchet-Chastel. Passé à côté de son premier, j’ai cru comprendre que celui-ci rencontrait un franc succès outre-atlantique. Curieux, les critiques étant assez dithyrambiques, j’ai décidé de vérifier par moi même de quoi il en retourne.

Les romans et autres true crime sur les tueurs en série ne manquent pas. Ils sont même légion et un très large lectorat en est friand. Il existe une réelle fascination pour les tueurs en série. Avec Une exécution, Danya Kukafka a décidé de prendre le contre-pied de cette fascination populaire. S’il est bien question d’un tueur, Ansel Packer, et de son histoire, l’autrice fait le choix de donner ici une place importante et légitime aux femmes, celles ayant influencé sa vie ainsi qu’à ses victimes. Pour ce faire, elle donne voix à de multiples narratrices, en plus du tueur, pour étoffer son récit et mettre en lumière celles qui, le plus souvent, tendent à disparaître dans l’ombre des tueurs dont l’on fait des célébrités. Une démarche on ne peut plus pertinente. Mais, car il y a un mais, ces différents personnages restent à mon sens un peu creux, voire stéréotypés, ne permettant pas de ressentir de véritables émotions à leur égard. 

Si le procédé d’avoir plusieurs narrateurs, ainsi que d’alterner entre présent et passé, aurait pu donner quelque chose de confus, il n’en est rien. Sur ce point, Danya Kukafka fait preuve d’une belle fluidité. Sa plume se veut assez lyrique, insufflant une sorte de poésie contemplative au texte, qui selon les goûts pourra s’avérer poignante ou, comme je l’ai ressenti, parfois un peu « too much ». L’épure m’aurait semblé plus à-propos dans la démarche globale. Pour autant, on ne pourrait certainement pas dire qu’elle ne sait pas écrire. L’impression sera clairement différente en fonction des sensibilités des un(e)s et des autres.

Alors que l’on attend avec Ansel Parker ce qui devrait être son inéluctable destin, c’est-à-dire la peine de mort (le livre débute douze heures avant), Danya Kukafka nous amène à nous poser toutes sortes de questions sur différentes problématiques. Il y a d’abord celle de la « glorification » des tueurs en série dont les Etats-Unis ne manquent pas, ainsi que la légitimité de la peine de mort, la  question de la rédemption, la place que l’on donne aux femmes dans le récit de ces prédateurs dont elles sont bien souvent les premières victimes, ou encore le système judiciaire qui multiple les échecs. Il y a là matière à débattre. On peut dire que c’est l’une des forces du livre.

Une exécution est un roman intelligent par son approche singulière d’un sujet récurrent. Il suscite des questions pertinentes et revêt une dimension féministe importante. S’il m’a paru inégal dans l’écriture et le traitement des personnages, peinant à franchement me convaincre, il a bien ce qu’il faut pour trouver son public. Un petit vent de fraîcheur sur le thriller. 

Brother Jo.

BLACK FLIES de Shannon Burke / Sonatine

Black Flies

Traduction:  Diniz Galhos

Lorsqu’il devient ambulancier dans l’un des quartiers les plus difficiles de New York, Ollie Cross entre dans un enfer quotidien fait de scènes de crime, de blessures par balles et de crises de manque. Alors que ses collègues répondent à cette misère omniprésente par le cynisme, Ollie commet une erreur fatale : tenter d’aider les victimes auxquelles il a affaire. C’est le début d’une spirale infernale qui le conduira à un geste aux conséquences tragiques.

Publié initialement sous le titre 911, chez Sonatine en 2014, le roman de Shannon Burke se voit réédité sous le titre Black Flies, toujours chez Sonatine, celui-ci faisant l’objet d’une adaptation cinématographique par Jean-Stéphane Sauvaire mais dont la date de sortie n’est pas encore précisée.  Quelqu’un m’a soufflé qu’il fallait que je lise ce livre. Je ne me suis pas fait prier ! Une découverte au-delà de toutes les attentes que je pouvais en avoir. 

Dès la lecture du prologue, dès même les premières lignes de ce prologue, j’ai pressenti que j’allais me prendre une bonne claque dans la tronche et je ne m’y suis pas trompé. On est immédiatement happé dans une spirale infernale, celle de Ollie Cross, jeune aspirant médecin au début des années 1990, qui peine à passer le concours et décide de devenir ambulancier dans le quartier de Harlem, à New-York, en vue d’acquérir de l’expérience pour réaliser son rêve. Encore relativement « innocent », il va être confronté à une violente réalité dont il ne sortira pas indemne. Il intègre une équipe d’ambulanciers chevronnés aux personnalités singulières, qui chacun à leur façon, en adoptant parfois des comportements assez dingues, tentent de faire face à la brutalité de leur quotidien : « Le sordide incessant et l’horreur banale du boulot nous procuraient le sentiment étrange d’être à l’aise dans ces circonstances, détachés, et même de nous sentir bien dans le monde parallèle des urgences médicales, des blessures graves et des morts subites. »

La plume de Shannon Burke est sèche, voire âpre, donnant un ton plus juste et fort encore à l’histoire. Il nous tient en apnée, avec un tel sens du rythme que cela fait l’effet d’un shoot d’adrénaline. A la virgule près, il fait preuve d’une maitrise folle. 200 pages d’une cadence infernale. Ça secoue et c’est peu de le dire. Il inscrit dans notre cerveau avec une force inouïe des images d’une dureté incroyable. Ça en devient hypnotique et franchement hallucinant. Il nous fait tutoyer la mort à quasiment toutes les pages tout en disant bien des choses sur la vie. Aussi extrême que jubilatoire. Shannon Burke était lui même ambulancier et chaque ligne semble respirer le vécu, bien que l’on soit dans une fiction. Mais ne dit-on pas parfois que la fiction est le meilleur moyen de raconter la vérité ?

Black Flies est un roman d’une noirceur abyssale au style implacable. Une intense plongée dans les bas-fonds de la vie. Une lecture terrassante dont on ressort méchamment sonné. N’ayons pas peur des mots, nous avons là une fulgurance littéraire. Un coup de maître !

Brother Jo.

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