Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Brother Jo (Page 10 of 13)

Bilan 2022 / Brother Jo

Une fois encore, ça n’est pas le choix qui manque et la qualité non plus. Des claques, des révélations, des livres un peu perturbants, d’autres franchement passionnants, des rattrapages essentiels, des révélations… Ma sélection eut été plus courte s’il s’agissait de ne mettre en avant que les chefs-d’oeuvres ou les livres inoubliables, c’est certain, mais j’ai préféré une sélection diversifiée et que j’estime qualitative. C’est mon premier bilan pour Nyctalopes et c’est un plaisir de pouvoir contribuer à faire connaitre tant de bons – voire d’excellents – livres. 

Sans ordre particulier :

LA VILLE NOUS APPARTIENT de Justin Fenton / Sonatine

Une claque dantesque qui laisse pantois.

ORDURE de Eugene Marten / Quidam Editeur

Un feel-sick book de premier ordre. Une claque mise avec une main pleine de merde. Que du bonheur ! 

LES VAGABONDS DE LA FAIM de Tom Kromer / Christian Bourgois Editeur

On y lit dans ce roman des choses difficilement oubliables, de celles qui vous écrasent, qui vous broient.

L’APPARENCE DU VIVANT de Charlotte Bourlard / Editions Inculte

« L’apparence du vivant » est singulier et maîtrisé. Ça se lit aisément et son univers laisse des traces. Mais une question demeure à la lecture de ces pages : ce livre est-il l’œuvre d’un esprit franchement dérangé ou d’une personne tout à fait saine d’esprit ?

LE FAUSSAIRE DE SALT LAKE CITY de Simon Worrall / Marchialy

Le livre de Simon Worrall est aussi riche en rebondissements qu’en enseignements. Haletant et captivant, l’un des incontournables de cette année 2022.

LIEUTENANT VERSIGA de Raphaël Malkin / Marchialy

Avec le lieutenant Versiga, Raphaël Malkin a trouvé le candidat idéal à qui consacrer un livre. 

L’AUTRE FEMME de Mercedes Rosende / Quidam

« L’Autre Femme » est un roman simple mais adroit, noir et mordant, aussi pertinent qu’impertinent.

LE CHEWING-GUM DE NINA SIMONE de Warren Ellis / La table ronde

L’expérience est unique, et le livre écrit avec passion et sincérité, est aussi drôle que poétique. L’œuvre d’un doux rêveur qui n’a toujours pas fini de rêver. 

FARIBOLES de Dimitri Rouchon-Borie / Le tripode

Il écrit avec justesse et bon sens. On rit mais on se questionne. On avale les pages trop rapidement mais on se dit que l’on s’y replongerait bien plusieurs fois. Il sait faire et tout le bien que j’ai entendu de l’auteur se vérifie ici. 

AU MOINS NOUS AURONS VU LA NUIT d’Alexandre Valassidis / Scribes / Gallimard

Un beau roman à l’atmosphère crépusculaire et poétique qui saura séduire les plus curieux. 

***

Dans les tristes nouvelles de 2022, il y a eu le décès de Mark Lanegan, le 22 février dernier. Un dernier adieu s’impose à cet artiste majeur, tout particulièrement important pour moi. Une voix que l’on n’oubliera pas. Voici donc une reprise peu connue mais sublime, du Blues run the game de Jackson C. Frank, par Mark Lanegan et les Soulsavers.

Brother Jo.

Jean-Marie Massou / Collectif / Knock Outsider, La Belle Brute et Art et marges musée.

Depuis 1973, Jean-Marie Massou vit isolé en pleine forêt dans le Lot. Un territoire qu’il arpente et redessine à sa façon, creusant d’innombrables galeries souterraines, déterrant des pierres gigantesques qu’il déplace, qu’il érige, qu’il aligne, qu’il amoncelle ou qu’il grave. Quand il ne remue pas ciel et terre, il dessine et enregistre sur des centaines de cassettes ses complaintes, ses histoires, ses rêves, ses discours sur la fin du monde, la catastrophe écologique ou la venue des extraterrestres. Jean-Marie Massou est mort le 28 mai 2020, à l’âge de 70 ans. Il nous laisse aujourd’hui une création brute et totale, des sons, des mots, des questionnements, des traces, que ce livre tente de réunir et d’interroger même si son univers reste et restera insaisissable. 

J’ai décidé, pour une fois, avec l’aval du taulier, de m’écarter des sentiers habituellement battus par Nyctalopes. Il me tenait à cœur de dire quelques mots sur un livre, dans l’espoir de vous faire découvrir un personnage véritablement hors normes, un artiste puissant, un fou éclairé, j’ai nommé Jean-Marie Massou. Un ouvrage collectif édité par Knock Outsider, La Belle Brute et Art et marges musée, à l’occasion d’une exposition consacrée à Jean-Marie Massou et débutée le 23 novembre 2022 au Art et marges musée de Bruxelles. 

C’est en 2016 que j’ai découvert Jean-Marie Massou, grâce à La Belle Brute, qui éditait alors Sodorome, le premier enregistrement de Jean-Marie Massou pressé sur vinyle. Une incroyable découverte, aussi fascinante que déconcertante. J’ai ensuite approfondi avec Le plein pays, le documentaire d’Antoine Boutet (en interview dans le livre), à côté duquel j’étais passé lors de sa sortie en 2009. Depuis lors, je n’ai cessé de prêcher pour la paroisse de Massou et de vanter ses talents. Un artiste entièrement dévoué à son œuvre, celle d’une vie, et à son message : « sauver notre planète surpeuplée et polluée » en cessant toute procréation. On adopte ensuite les orphelins et on prend soin des derniers nés. Une fois que l’on sera moins nombreux, devenus « qu’une petite tribu de scientifiques ne procréant pas », peut-être alors les extraterrestres nous apporteront-ils l’éternité et feront de notre monde, un monde meilleur. Mais, pour en arriver là, il faudra d’abord se débarrasser des maternités et des cimetières, « ces sinistres lieux de boucherie ». C’est seulement après cela que nous pourrons vivre entourés  de « papillons géants aux couleurs éclatantes, de beaux oiseaux, de fleurs géantes et parfumées », créés en laboratoire. Je résume. Mais vous avez déjà là matière à penser.

La vastitude et la singularité de l’œuvre de Massou, le particularisme de son message et sa personnalité hors normes, sont autant d’éléments qui rendent peu évidente l’approche et la connaissance de son univers. Avec l’ouvrage Jean-Marie Massou, nous n’avons pas là un livre exhaustif sur la vie et l’œuvre de Massou, mais une excellente porte d’entrée. Entre témoignages, archives, photos et illustrations diverses, il y a déjà là beaucoup de clés pour appréhender ce qu’a été et ce qu’a réalisé Jean-Marie Massou. Qui plus est, tout est parfaitement mis en page, ce qui ne gâche rien au plaisir. 

A l’occasion de la sortie du livre, une cassette inédite de Jean-Marie Massou et limitée à 100 exemplaires est publiée, avec la possibilité de la commander en physique avec le livre, ou seule en numérique. Dans l’oeuvre de Massou figurent notamment des centaines et centaines d’heures d’enregistrement sur cassette, ayant pris pour habitude de s’enregistrer, parlant ou chantant, sur des fonds sonores de musiques ou de films existants. Cette cassette est une autobiographie, Massou racontant sa propre histoire avec une musique qui tourne en fond sonore. Comme toujours avec Massou, il peut falloir plusieurs écoutes pour arriver à se faire à sa façon bien particulière de parler, et ainsi pleinement saisir ce qu’il dit. Une autre constante avec Massou, c’est que, derrière son flow de paroles assez hypnotique, il sait être aussi touchant et drôle, que étrangement poétique.

Livre protéiformes pour découvrir ou naviguer dans la dense production d’un artiste aux multiples langages et modes d’expression, à l’esprit illuminé et à la personnalité surprenante, ce Jean-Marie Massou est avant tout un bel hommage à Massou lui-même, réalisé par des passionnés avec prévenance et respect. A lire et à partager. Je répète : à lire et à partager. Et comme Massou quand il parle, je répète plutôt deux fois qu’une : à lire et à partager.

Brother Jo.

https://labellebrute.bandcamp.com/track/b-08-ne-temmerde-pas

IOCHKA de Cristian Fulas / La peuplade

Ioska

Traduction:  F. et J.-L. Courriol

Au cœur d’une vallée sauvage des Carpates, Iochka fabrique du charbon de bois. Quasi centenaire, il aime se taire, boire sec et dévaler ivre les routes sinueuses des montagnes au volant de sa vieille Trabant bleue. Mais le plus souvent, il demeure assis sur le banc cloué à l’extérieur de sa petite maison, se remémorant son existence hors norme. La guerre, les camps soviétiques, Ceaușescu, puis la camaraderie du chantier quand il est affecté à la construction d’une voie ferrée qui ne mène nulle part. Là, loin du tumulte de l’Histoire, il expérimente l’harmonie sexuelle auprès d’Ilona, l’amour lumineux de sa vie, et partage l’amitié indéfectible du contremaître, du docteur et du pope, tous trois aussi alcooliques et excentriques que lui. Avec eux, il approche le secret du temps et du bonheur.

Qu’il est parfois bon de changer d’horizon, de se repaitre d’autre chose que de littérature américaine. Direction les Carpates, cette fois-ci, destination que je peux qualifier d’exotique quant à mes lectures habituelles. D’emblée séduit par la couverture, ce visage barbu au regard intense et aux traits creusés, avec ce noir et blanc très léché, ainsi que par le résumé assez cocasse, Iochka du Roumain Cristian Fulaş s’annonçait sous les meilleurs auspices.

Iochka est épais. Un petit pavé qui pèse son poids dans la main. Plus de 550 pages. Il est facile d’avoir une petite appréhension car, 550 pages, ça peut être long. Sauf que la langue est relativement légère. C’est une évidence. Mais si la langue est légère, car il y a un mais, Cristian Fulaş est très prolixe et parfois le point se fait attendre. Certaines phrases font plus d’une page et il n’aime pas beaucoup les sauts de ligne. La conséquence de cela, c’est un manque de respiration dans le texte qui fatigue un poil. Je dois reconnaître que j’ai peiné un peu sur la longueur. La beauté du propos est évidente mais est écrasée, voire étouffée, par la quantité. Un peu de concision et d’élagage eurent été salutaires.

Pour ce qui est de l’histoire, une fois passée la barrière de la quantité, elle s’avère belle et touchante. Il y a d’abord une sacrée galerie de personnages bigarrés. Une petite bande ne lésinant pas sur la picole, ou le sexe, voire les deux, et avec des personnalités très affirmées. Au centre de ce petit groupe, il y a Iochka dont on va remonter le cours de sa vie tel une rivière. Un taiseux imposant et paisible, qui aspire à une vie simple et tranquille, après quelques tourments. Cette vie tranquille il va la mener, le plus simplement possible, dans une vallée paumée, éloignée des affres du monde, qui évolue à peine et ne change que très lentement. Mais elle change. Nos personnages ont tous un petit grain – voire un gros – de folie et une forme de sagesse toute singulière. On assiste à de cocasses et absurdes scènes, et à d’autres plus tristes. Il y a une constante mélancolie qui habite cette vallée, néanmoins tous, à leur façon, se maintiennent à flot les uns et les autres. Le temps passe, lentement, mais assurément. Iochka demeure, comme éternel, le pilier et phare de cette vallée. Et nous, lecteurs, nous attachons.

Iochka n’est ni noir, ni blanc. Iochka est gris lumineux. Un roman d’une poésie simple et brute, à mon goût trop bavard, certes, alors même que le silence est omniprésent, mais paisible et plutôt juste. Le livre de Cristian Fulaş séduira celles et ceux en quête d’un refuge, qui apprécient laisser le temps au temps et qui recherchent une lecture amène mais franche. Il y a beaucoup de vérité dans ces (trop) longues phrases pleines de chair et d’émotions.

Brother Jo.

BLACK BIRD de James Keene et Hillel Levin / Sonatine

In with the Devil

Traduction : Fabrice Pointeau

James Keene avait tout pour réussir. Fils d’une famille influente de la banlieue de Chicago, star de l’équipe de football, fêtard invétéré aux revenus confortables, sa trajectoire semble auréolée de succès. Mais en 1996, ce joli mensonge s’écroule : James est jugé pour trafic de drogue et condamné à dix ans de prison. Le FBI lui propose alors un deal complètement fou : sa peine sera annulée s’il aide les fédéraux à piéger un serial killer, Larry Hall. Soupçonné d’une vingtaine d’assassinats, le tueur a été inculpé pour un seul d’entre eux lors d’un procès qui risque fort d’être révisé en appel. Et son intelligence est redoutable. La mission de James ? Amener Larry Hall à se confesser pour le faire tomber, définitivement.

Encore du true crime, toujours du true crime. Cette insatiable curiosité qui nous pousse à fouiner dans le sordide. Mais pourquoi ? Mieux vaut ne pas répondre à cette question. On en redemande. J’en redemande. Ce Black Bird, publié chez Sonatine, m’a fait envie, surtout après la claque que fut le American Predator de Maureen Callahan, également paru chez Sonatine l’année dernière. Et puis Black Bird c’est aussi une série télévisée sortie cette année, avec Ray Liotta dans ce qui sera l’un de ses derniers rôles. Dennis Lehane, qu’on ne présente plus, figure aussi au générique. Pas vu. Pas encore. Mais ce sera fait. Un jour. En attendant, revenons en au livre.

Il y a deux histoires dans Black Bird. On peut même dire trois. Mais on s’attend à n’en lire qu’une. C’est avant tout un bouquin autour de Larry Hall, le tueur, qu’on attend. Que j’attendais. Sauf qu’il y a aussi celle de James Keene. James Keene qui est supposé, en quelque sorte, nous mener à l’histoire de Larry Hall mais qui nous raconte surtout la sienne. Keene a un égo un peu imposant. Il aime se mettre en avant. Il est un ancien trafiquant de drogue qui trouve moult prétextes pour se dédouaner de ses crimes passés. Un bon sportif. Un beau gosse. Un bagarreur redoutable. Un fils trop attentionné. Ok. Soit. Je ne suis pas certain que cela nous intéresse vraiment et c’est beaucoup de pages qui y sont consacrées. Il est aussi bon dans le relationnel, ce qui lui vaudra ce deal, cette mission. Un autre prétexte pour nous parler de lui. A cela s’ajoute une troisième histoire, si l’on veut. Ou plutôt une large part de contexte, sur le système carcéral et judiciaire américain, ainsi que sur les tueurs en série en général, et bien entendu sur l’enquête. Tout ça dans un bouquin pas bien long. Vous faites donc erreur si vous vous attendez à un bouquin essentiellement centré autour de Larry Hall. Et je pense que nos auteurs, aussi, ont fait erreur. 

A la multiplicité des récits, s’ajoute la multiplicité des points de vue. Nos auteurs sont supposément deux : Hillel Levin et James Keene. On présume que James Keene a surtout écrit sur ce qui le concerne directement. Si tel est le cas, cela veut dire que Keene écrit sur lui à la troisième personne du singulier. Si tel n’est pas le cas, quel a vraiment été le rôle de Keene dans la conception de ce livre ? Ça non plus, ça n’est pas clair. On s’y perd un peu. Il faut en convenir, l’ensemble est un peu confus et désorganisé. Néanmoins, malgré ces quelques critiques, Black Bird forme un tout qui n’est pas inintéressant et qui reste prenant. Sa force est son intrigue. Ce deal confié à Keene. Le lecteur demeure dans l’attente de savoir si celui-ci va réussir, ce qui suffit à parcourir ces pages avec intérêt. 

Résumons. James Keene est un personnage un peu trop envahissant mais avec lequel il faut composer dans ce récit. On s’en accommode, tant bien que mal. Larry Hall est un tueur que l’on soupçonne du meurtre d’une cinquantaine de femmes et qui à ce jour en a reconnu 39. Un bon candidat pour n’importe quel type de livre. Mélangez tout cela et vous avez tous les ingrédients d’un bouquin qu’on lira de toute façon jusqu’à la fin. Juste pour savoir. Est-ce un livre dont on se souviendra ? Pas vraiment. Black Bird est prometteur mais maladroit. Il aurait pu être mauvais, mais il aurait aussi pu être bon. J’en garde une impression mitigée mais pas déplaisante. Les amateurs de true crime y trouveront certainement leur compte. Les pinailleurs, tels que moi, peut-être moins.

Brother Jo. 

LE CHEWING-GUM DE NINA SIMONE de Warren Ellis / La table ronde

 Nina Simone’s Gum

Traduction : Nathalie Peronny

« Le 1er juillet 1999, Dr Nina Simone a donné un concert exceptionnel au Meltdown Festival, dirigé cette année-là par Nick Cave. Après le spectacle, Warren Ellis, subjugué, s’est hissé sur scène, a décollé le chewing-gum resté sur le piano de Nina Simone et l’a embarqué dans la serviette de l’artiste qu’il a rangée dans un sac Tower Records.

Vingt ans plus tard, lorsque Nick Cave lui demande de participer à son exposition « Stranger than Kindness » à Copenhague, Warren Ellis a l’idée de sublimer, reproduire et détourner ce totem qui ne l’a pas quitté.

Ensemble, ils décident que le chewing-gum sera exposé dans une vitrine, telle une relique. Mais, craignant qu’il ne s’abîme ou se perde, Ellis en fait réaliser des moulages en argent et en or, déclenchant une série d’événements qui le ramènent au temps de son enfance et à son rapport aux objets trouvés.« 

Voici un livre que j’appréhendais. Pourquoi ? Je m’explique. Enfin, je ne devrais sans doute pas. Certains vont probablement m’en vouloir d’écrire ce que je vais écrire. Je vous vois venir, vous les fans de Nick Cave qui voyez des chefs-d’oeuvres dans absolument toute sa discographie, qui buvez ses paroles telles des ouailles face à un pasteur évangélique, qui ne jurez plus que par Warren Ellis, vous allez me traiter d’hérétique. Crier au scandale. Mais je n’en ai cure ! Je le dis tout haut, mais peiné, les derniers Bad Seeds – et tout particulièrement Ghosteen – sont d’une insupportable pauvreté, et toutes les dernières bandes-sons signées Cave et Ellis sont tout aussi peu inspirées (comment oublier l’affligeant titre final de La Panthère des Neiges ?). Et que dire des actuelles attitudes et postures de Nick Cave ? Peut-être vaut-il mieux que je ne dise rien. Non. Vraiment. Je fais partie de ceux (car je ne suis pas tout seul) qui, bien que fan, arrivent à saturation et risquent bien, un jour, peut-être, de tomber en désamour. Et voilà maintenant que Warren Ellis publie un livre ! Autant dire que je n’en attendais pas grand-chose, les deux ne cessant plus de me décevoir. Mais je reste curieux ! Ai-je bien fait ?

A ce stade, me lisez-vous toujours ? J’espère. Ne comptez pas sur moi pour me faire pardonner en récitant dix Ave Nick Cave ! Cela dit, j’ai du bien à dire de notre barbu violoniste. Si, si, vous allez voir. Son livre est une belle et très improbable surprise. Si il lui a été initialement proposé d’écrire ses mémoires, Warren Ellis a préféré faire quelque chose de plus singulier. Il évoque bien son parcours à travers ces pages et ce qu’il nous en raconte est plus passionnant qu’il ne semble le penser. De vraies mémoires auraient été tout à fait pertinentes mais Le chewing-gum de Nina Simone à déjà de quoi régaler le lecteur. 

En passant sa vie à bourlinguer et à se trimballer avec bien des attachés-cases et autres valises, Warren a accumulé quantité de petits objets, des souvenirs, parfois oubliés ici ou là et retrouvés bien plus tard, ou d’autres toujours près de lui. A travers ces objets c’est une partie de sa vie d’artiste, de sa personnalité, qu’il nous raconte, mais aussi les liens que les gens développent avec toutes sortes d’artefacts. Une sorte de fétichisme un peu naïf, parfois même un peu risible quand on ne pratique pas soi-même, mais toujours touchant et assez évocateur. Un fétichisme poussé à son paroxysme avec ce chewing-gum de Nina Simone qui, 20 ans plus tard, de souvenir intime devient une sorte de relique sacrée révélée au monde. Tout le parcours qui mènera à cela, assez délirant, s’avère  jubilatoire. Au texte s’ajoute une belle quantité de photos qui donnent une dimension supplémentaire à cette histoire insolite et, il faut le dire, absurde. 

Je ne m’attendais certainement pas à prendre autant de plaisir à lire Le chewing-gum de Nina Simone. Que l’on soit un amateur de Warren Ellis ou pas, que l’on aime la musique ou pas, que l’on connaisse Nina Simone ou pas, on peut apprécier ce bouquin. L’expérience est unique, et le livre écrit avec passion et sincérité, est aussi drôle que poétique. L’œuvre d’un doux rêveur qui n’a toujours pas fini de rêver. Une bouffée d’air frais dans le marasme de l’actualité. Une déclaration d’amour à toutes les personnes qui nous inspirent.

Brother Jo.

LE FAUSSAIRE DE SALT LAKE CITY de Simon Worrall / Marchialy

The poet and the murderer. A true story of literary crime and the art of forgery

Traduction: Nathalie Peronny

« Comment devient-on un faussaire ? L’enfance de Mark Hofmann a été rythmée par les rites et les textes mormons, une religion à laquelle on le sommait de croire sans poser de questions. C’est adolescent, alors qu’il a accès à des livres critiques sur son Église, que sa foi se fissure. Mais Mark se reprend vite : se sentant trompé, il devient usurpateur. Il commence à forger de faux documents, d’abord pour tromper les hauts dirigeants de l’Église mormone, puis, enhardi par son succès, il compose de faux poèmes d’Emily Dickinson. Devenu une figure incontournable sur le marché des manuscrits et des imprimés rares, le sympathique faussaire, pris au piège de sa propre folie, finit par commettre l’irréparable.« 

L’histoire de Mark Hofmann a tout d’une excellente fiction mais, comme nous le garantit toujours Marchialy, elle n’en est absolument pas une. Le faussaire de Salt Lake City: meurtres et manigances chez les mormons est le fruit d’un méticuleux et solide travail journalistique de la part de Simon Worrall qui, en Mark Hofmann, a trouvé un  fascinant sujet qui dépasse l’entendement. Si vous êtes du genre à faire facilement confiance aux personnes que vous rencontrez dans la vie, ou qui vous entourent au quotidien, vous risquez fort de remettre cette confiance en question après la lecture de ce livre.

Tout commence ici avec un certain Daniel Lombardo qui souhaite acquérir un document, qu’il estime précieux, pour la bibliothèque qui l’emploie. Il nourrit l’espoir de mettre la main, lors d’une future vente aux enchères, sur le manuscrit d’un poème inédit signé de la main d’Emily Dickinson. Selon lui une véritable aubaine pour la ville d’Amherst, où se situe sa bibliothèque, et où naquit et vécut la poétesse Emily Dickinson. Pour cela, il lui faut réunir une somme non négligeable. Une tâche qu’il accomplira sans trop de difficulté, sa démarche suscitant un intérêt certain de la part de quelques généreux donateurs. Malheureusement pour lui, dès l’acquisition du dit document, son engouement initial laissera rapidement place à un sérieux doute quant à l’authenticité de ce poème. Aurait-il fait l’acquisition d’un faux document ?

Dans Le faussaire de Salt Lake City, la mésaventure de Daniel Lombardo n’est qu’un point de départ, un prétexte, pour dévoiler aux lectrices et lecteurs l’oeuvre d’une vie, celle de Mark Hofmann, un faussaire aussi brillant que machiavélique, qui aura berné un nombre incroyable de personnes et d’institutions. Élevé dans le mormonisme, une religion qui n’est qu’une vaste fumisterie (Pléonasme ?), il dédiera sa vie à couillonner, avec un certain génie, cette Eglise pour laquelle il a nourri un mépris somme toute compréhensible. Il s’évertuera à créer quantités de documents qu’il arrivera à faire authentifier comme étant de réels reliques et à les vendre à d’importantes sommes. Ces reliques, souvent compromettantes pour l’Église mormone car mettant en exergue les nombreuses failles de cette religion bien américaine, feront sa notoriété. L’ironie, dans cette histoire, étant certainement que la première source d’inspiration de Mark Hofmann s’avère être Joseph Smith, le fondateur et premier prophète de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, qui aura lui aussi réussi à manipuler un beau paquet de monde pour arriver à ses fins.

Non content de se payer la tête du mormonisme, Mark Hofmann imitera également la voix par l’écriture d’autres personnalités majeures de l’Histoire américaine. Au fil des années, il développera de redoutables techniques pour faire passer ses documents pour vrais, tout en ne cessant jamais de se cultiver pour avoir une maîtrise totale des univers dont il devait s’imprégner pour assurer son succès. Il saura également apparaître aux yeux des gens comme un passionné et connaisseur respectable sous tous rapports. Comme être humain et comme faussaire, il s’est joué d’absolument tout le monde ou presque. Mais, trop gourmand, il finira par s’empêtrer dans ses propres manigances, allant même jusqu’à se transformer en meurtrier pour tenter de s’en sortir.

Le faussaire de Salt Lake City est une enquête jouissive et passionnante, toujours claire malgré sa complexité. Tout y est parfaitement étayé et documenté. On découvre non seulement un personnage unique en son genre, usurpateur de renom, mais également un univers qui nous est pour beaucoup étranger. Le livre de Simon Worrall est aussi riche en rebondissements qu’en enseignements. Haletant et captivant, l’un des incontournables de cette année 2022.

Brother Jo.

LA PARADE DES IMBÉCILES de Davis Grubb / Sonatine

Fool’s Parade

Traduction : Nadège Dulot

1935, Virginie-Occidentale. Après avoir passé quarante-sept ans derrière les barreaux, Mattie Appleyard franchit les portes de la prison de Glory en homme libre. À ses côtés, deux autres ex-prisonniers, le doux rêveur Billy Lee Cottrill et le jeune orphelin Johnny Jesus. Dans la poche de Mattie, un joli chèque à encaisser, des indemnités de l’État qui vont permettre aux trois compères de réaliser leurs rêves. Mais une ombre de mauvais augure plane sur eux, celle du terrifiant Doc Council. Gardien de prison, celui-ci est en effet prêt à tout pour éliminer ces « mauvaises graines » et mettre la main sur leur argent. Et tout le monde sait que Doc Council n’a aucune limite.

C’est à Davis Grubb, auteur du roman La nuit du chasseur dont l’adaptation cinématographique est aujourd’hui culte, que l’on doit La Parade des imbéciles (lui aussi adapté au cinéma) qui vient de paraître chez Sonatine. Publié en 1969 aux Etats-Unis, c’est seulement maintenant qu’il arrive chez nous. Comme on dit habituellement, mieux vaut tard que jamais.

Si l’histoire n’a rien de très original, La Parade des imbéciles est un livre qui commence fort, très fort. On est tout de suite saisi par la redoutable efficacité de l’écriture et la solidité du récit généreux  en actions et rebondissements. Le rythme est lui aussi sans failles. Vraiment. C’est assez impressionnant de maîtrise. A cela s’ajoute le décor prenant de la grande dépression et des personnages riches. Bel équilibre également entre violence noire et humour. La traduction minutieuse de Nadège Dulot parfait ce bel ouvrage. On se régael. Il paraît assez incompréhensible que ce roman n’ait jamais été édité auparavant en France. Pour autant, il y a un mais.

La Parade des imbéciles est divisé en deux parties. La première, Brelan de rois, est exactement comme décrite précédemment. Conquis immédiatement, voire même soufflé, je ne pouvais attendre que le meilleur de La rose des marais, deuxième et dernière partie du livre. La moindre faiblesse me paraissait totalement exclue. J’ai néanmoins, dans une moindre mesure, assez vite déchanté. Dans la deuxième partie, on est contraint de subir un sentimentalisme bien mièvre et naïf. Aussi, l’histoire devient de moins en moins crédible dans son déroulé et perd sa saveur initiale. Tout cela nous conduit à une fin malheureusement trop simpliste et grossière. Quel dommage ! La première partie est tellement percutante ! Mais si la faiblesse de la deuxième partie est évidente, le plaisir que j’ai eu à lire l’ensemble est bien réel et demeure, malgré tout, jusqu’à la dernière page. 

On a là un roman qui démarre sur les chapeaux de roues mais qui s’enlise en cours de route. Alors non, ça n’est pas si dramatique, mais très frustrant. Davis Grubb sait écrire, ce qui fait de ce livre une bonne lecture très appréciable en l’état, mais inégale. La Parades des imbéciles avait le potentiel pour être un grand roman mais s’avère, au final, surtout un bon divertissement. 

Brother Jo

LE TEMPS EST LA PLUS GRANDE DISTANCE de Larry Fondation / 10/18

Time Is The Longest Distance

Traduction : Romain Guillou

Étudiant brillant, Lawrence préparait une thèse sur les écrivains Nathaniel Hawthorne et Nathanael West quand il a perdu pied. Dépression, dégringolade, pour échouer sur les trottoirs de Los Angeles. Entre démence et lucidité, Lawrence survit dans un monde cabossé. Hanté par son passé et ses lectures, il confond les opérations de police de la ville et les procès des sorcières de Salem, ressasse ses vieux cours de biologie et tâche tant bien que mal de se raccrocher au peu qui lui reste : ses rassurantes superstitions, les corbeaux qu’il côtoie, et Bekah. 

Ce n’est que tout récemment que le nom de Larry Fondation a été porté à ma connaissance et ma curiosité fut immédiatement piquée au vif. Avec la récente réédition au format Poche, chez 10/18, de son roman Le temps est la plus grande distance, mon prétexte pour découvrir son œuvre fut tout trouvé. 

Une lecture bien singulière que ce livre. J’aime les lectures singulières même si elles sont imparfaites ou difficiles. Il faut des lectures singulières. Elles ont le pouvoir d’élargir notre horizon littéraire, de nous rappeler qu’il y a tout un monde à l’écart de la norme. Ce sont les livres dont je me souviens le mieux, qui me posent question, sur lesquels parfois je bute ou dont je ne sais que penser. En parler, en revanche, n’est pas forcément évident. 

Que dire de Le temps est la plus grande distance ? C’est un roman sombre et chaotique. Un livre court mais qui marque par son âpreté. Une plongée assez radicale dans les bas-fonds de Los Angeles par lesquels Lawrence, personnage principal, est aspiré et dévoré. Une perte de repères tant pour Lawrence que pour le lecteur. Point de lumière ici, que des ombres dans l’obscurité. Une réalité brutale mais confuse. 

Mais au-delà de l’histoire, il y a cette plume, cette écriture si particulière. Une dimension poétique très prédominante. Des passages entiers en vers et de très courts chapitres (si tant est que l’on puisse parler de chapitres) se présentant comme des bribes de pensées égarées. Certains parlent de puzzle et il y a de ça. Il nous faut tenter d’emboîter les pièces les unes dans les autres. Un exercice pas évident mais prenant. J’ai néanmoins l’impression que, comme souvent pour ne pas dire toujours, la poésie souffre ici de la traduction (à l’image d’un Bukowski par exemple). Il est aisé, je pense, de se faire une fausse impression du roman en français. A lire, peut-être, plutôt dans sa langue d’origine pour en saisir toute la puissance.

Le temps est la plus grande distance ne plaira pas à tout le monde. C’est une certitude. C’est un roman exigeant, non pas par sa taille, mais par ce qu’il dit et la façon dont il le fait. Ne vous y trompez pas, c’est même au-delà du roman. Attendez-vous plus à un poème tortueux, urbain et noir de crasse. Larry Fondation nous embarque là où personne ne souhaite finir.

Brother Jo.

LES SABLES de Basile Galais / Actes Sud.

C’est une cité portuaire, verre et béton sur sable, qui se dresse contre un ciel-champ de bataille. Un enfant se volatilise, la ville est amputée d’un morceau de terre mais ne s’en souvient pas. Une « fake news » tourne en boucle sur tous les écrans, la mort d’un guide spirituel, quelque part au fond d’un désert, secoue des mondes lointains, retentit jusqu’au plus proche. L’information attaque la réalité et le vertige saisit chacun différemment, interrogeant la mémoire, la vérité, l’avenir. Dans la tempête, quelques silhouettes se détachent, nous ouvrant le chemin vers une histoire de disparition et d’oubli.

Publié chez Actes Sud, Les sables, le premier roman de Basile Galais a ce quelque chose d’intriguant, cette aura magnétique qui pousse à la lecture. Ce que l’on en sait – c’est à dire pas grand-chose de concret – est assez mystérieux. J’en espérais le mieux en craignant quand même un peu le pire. Au final, il n’est pas si évident de se prononcer dessus.

Le Havre, ville portuaire grise, massive et bétonnée (pour ce que j’en sais), par laquelle est passée un temps l’auteur Basile Galais, apparaît comme un élément clé dans l’écriture de ce roman. La cité portuaire qui sert ici de décor à l’histoire, qui en est même l’un des personnages principaux, pourrait bien être une sorte de double fantomatique du Havre. On ne sait pas précisément où on est mais nous y sommes plongés de façon éminemment immersive. Les sables est sensoriel et surtout visuel. C’est un état entre rêve et réalité. Une atmosphère enveloppante et nébuleuse. Une expérience littéraire plus qu’un roman conventionnel. 

La Cité est perturbée pas une actualité qui passe en boucle, la mort d’un guide, la mort « du » guide.   Nos quelques personnages réagissent tous à leur façon à cette information. Sans pour autant savoir de quel guide il est vraiment question, sans se sentir initialement véritablement concernés par cette information, ils perdent néanmoins leurs repères. Ils affrontent des émotions diverses et puissantes. C’est un étrange bouleversement. 

Tout au long du roman, je me suis demandé où Basile Galais souhaitait emmener ses lecteurs. J’attendais la concrétisation d’une intrigue, d’une histoire, mais tout est trouble jusqu’à la fin, au point de nourrir une certaine frustration. Les différentes trajectoires des personnages ne constituent pas un récit concret. Elles font partie de ce tout inexplicable. Il n’est pas difficile de se laisser absorber par la dimension esthétique et poétique du livre – qui est clairement son point fort – mais une impression d’inachevé demeure. Plus exactement, même si j’ai suivi le mouvement sans déplaisir, je n’ai pas tout à fait saisi la finalité du livre. Mais peut-être est-ce juste moi qui est en cause ?

Les sables, qui lorgne du côté de la science-fiction, est pour celles et ceux qui veulent s’immerger dans une œuvre littéraire singulière à la dimension esthétique puissante. Il ne faut pas craindre de voir l’intrigue vous échapper pour apprécier les qualités du livre. Ce n’est pas à proprement dit un roman complexe, mais juste insaisissable, car comme il est dit dans celui-ci : « Il y a des choses qui nous dépassent, il faut l’accepter. » 

Brother Jo.

AU MOINS NOUS AURONS VU LA NUIT d’Alexandre Valassidis / Scribes / Gallimard

Dans une ville où règnent la langueur et l’ennui, où des immeubles sombres barrent l’horizon, un jeune homme, Dylan, disparaît dans des circonstances propres à susciter toutes les interrogations. S’agit-il d’une fuite, d’une fugue, d’un meurtre ? Pour combler cette absence, le narrateur retrace ce qu’il sait de Dylan, approfondit son mystère, raconte les heures qu’ils ont passées tous les deux à errer au cœur de la nuit et qui ont peu à peu scellé leur amitié. Ces nuits à ne rien se dire, à observer. Jusqu’au jour où les deux jeunes hommes se surprennent à faire un détour dans leur itinéraire…

Les premières fois c’est plein de mystère. C’est réjouissant. Gallimard nous en propose deux d’un coup avec le roman Au moins nous aurons vu la nuit. Ce roman, c’est le premier de l’auteur belge Alexandre Valassidis, jusqu’alors poète publié sous le pseudonyme de Louis Adran. C’est aussi la toute première publication éditée sous ce nouvel label nommé Scribes et dirigé par Clément Ribes. Scribes serait voué à mettre en lumière des voix singulières qui n’hésitent pas à sortir des sentiers battus. Ces deux premières fois s’annonçaient donc prometteuses. 

Tout commence avec la disparition d’un certain Dylan, qu’a fréquenté le narrateur. Une disparition qui se veut mystérieuse et sur laquelle le narrateur émet des hypothèses, voire en défait. Cette disparition est un point de départ pour découvrir Dylan par le prisme du lien qui le lie à notre narrateur. En découvrant petit à petit ce lien ce sont les trajectoires de l’un et de l’autre qui se révèlent à nous. L’évolution de ces trajectoires nous embarque vers ce qui pourrait bien expliquer cette disparition, ou pas. Et puis il y a cette ambiance nocturne et magnétique, immersive, qui capte notre attention jusqu’aux derniers mots. Un récit très court mais prenant.

Dès les premières lignes de Au moins nous aurons vu la nuit, l’écriture d’Alexandre Valassidis fait mouche. Elle est très simple, sans superflu. Les phrases sont courtes, les chapitres aussi. Tout est fluide. Il y a une réelle musique dans l’écriture. Ça respire. Le texte est rythmé de telle façon qu’on peut aisément le lire, jusqu’à sa conclusion, sans interruption. C’est un style d’écriture assez délicat qui donne une dimension poétique au roman, qui le rend également vivant, entraînant. Il a fait le choix de l’épure et de la simplicité. Il maîtrise. Il sait faire. C’est un plaisir à lire.

Au moins nous aurons vu la nuit c’est donc deux premières fois dont les promesses sont tenues. Clément Ribes, via Scribes, nous propose un livre atypique et Alexandre Valassidis s’inscrit d’emblée comme une voix qu’on a envie de suivre. Pari gagné. Un beau roman à l’atmosphère crépusculaire et poétique qui saura séduire les plus curieux. 

Brother Jo.

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