
Bergerac, Aurillac, Muzillac, Jonzac… des noms aux sonorités qui fleurent bon la France des campagnes plutôt vers la façade atlantique et le Sud-ouest. Des communes assoupies, une vie au ralenti, paisible ou ennuyeuse selon les avis, des terrasses de café sur des places ombragées, des gens qui se connaissent un peu tous flinguant l’anonymat certes mais procurant parfois un sentiment protecteur par l’appartenance à une communauté qui fonctionne au rythme des horaires des boutiques et des troquets. Rien de plus erroné comme va nous le monter Yvan Robin que nous suivons depuis quelques années déjà et qui propose un court récit, une novella nommée sobrement et sombrement Bagarre.
Originaire de la ville, Yvan Robin a fouillé dans les archives communales et dans la mémoire des témoins pour nous raconter la baston du siècle à Jonzac, « paisible » commune de moins de 4000 habitants, son château et son bar « Le canotier » où se pratiquent des joutes de karaoké le samedi soir. Mais en ce samedi 2 octobre 1999, tout va partir en « distribil » et le bar « branchouille » de Jonzac va devenir le furieux théâtre d’une version charentaise de Fort Alamo.
Yvan Robin nous raconte la soirée, se concentrant sur l’évènement, à l’os, se protégeant d’une quelconque partialité. Le récit est tendu et si on ne connait pas l’événement, on peut s’inquiéter sur le devenir de certains innocents piégés dans ce déferlement de violence. On est à une époque où les réseaux sociaux n’existent pas et donc le récit n’a pas été pollué par de multiples versions aussi farfelues et faussées que complotistes.
Pour aider à une plus fine compréhension, Yvan Robin raconte aussi l’avant regrettable et l’après lamentable menant finalement les deux clans à une parfaite égalité dans la connerie. Bien sûr, durant ce « Blitz » jonzacais que d’aucuns prévoyaient, il y aura bien du sang, de la sueur et des larmes noyés dans des relents d’alcool et de testotérone, parfaitement guidés par une évidente connerie, une xénophobie flagrante et magnifiés par l’alcool.
L’actualité de ces derniers mois avec ces drames lors d’affrontements entre bandes dans des soirées rurales indique qu’une forme de violence gagne la campagne jusqu’alors protégée et cet intéressant instantané d’une fin de siècle à Jonzac montre que ce n’est pas un phénomène aussi récent qu’on veut bien nous le répéter. Un jour en France !
Clete.
Du même auteur chez Nyctalopes:
HERVÉ LE CORRE, MÉLANCOLIE RÉVOLUTIONNAIRE, LA FAUVE, APRÈS NOUS LE DÉLUGE, L’ APPÉTIT DE LA DESTRUCTION.
Sur un mode beaucoup plus léger, on pourra aussi écouter une version finistérienne épique, légendaire de bagarres dans les bars et ailleurs… La légende des frères Guillevic ! Personnes sensibles s’abstenir.
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