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Chroniques noires et partisanes

LA DISPARITION D’ADELE BEDEAU de Graeme Macrae Burnet / Sonatine.

Traduction: Julie Sibony.

C’est un duel, une confrontation, un face à face. Deux hommes sont en opposition, l’un flic de son état, l’autre témoin dans une affaire de disparition. Une jeune femme s’est volatilisée et cet inquiétant contexte ravivera un passé où les damiers noirs sont masqués par une mémoire défaillante. Les deux protagonistes rétablissent leur passé et éclaircissent leurs zones d’ombres. C’est de cette petite ville de province, à la confluence de la zone frontalière franco-germanique-suisse alémanique, que les scories spécifiques de cette petite communauté prennent une ampleur et une couleur traduisant, en quelque sorte, une part de désœuvrement social, des idées préconçues sur autrui et sur ailleurs.

«Manfred Baumann est un solitaire. Timide, inadapté, secret, il passe ses soirées à boire seul, en observant Adèle Bedeau, la jolie serveuse du bar de cette petite ville alsacienne très ordinaire.Georges Gorski est un policier qui se confond avec la grisaille de la ville. S’il a eu de l’ambition, celle-ci s’est envolée il y a bien longtemps. Peut-être le jour où il a échoué à résoudre une de ses toutes premières enquêtes criminelles, qui depuis ne cesse de l’obséder.Lorsque Adèle disparaît, Baumann devient le principal suspect de Gorski. Un étrange jeu se met alors en place entre les deux hommes. »

L’auteur écossais est déjà coupable de « L’accusé du Ross-Shire« , sélectionné pour le Booker Prize.

On aborde un récit classique sur un habillage un brin suranné. Alors oui, initialement mon ressenti n’est pas surpris, il n’est pas bouleversé, mais, et c’est c’est probablement son habillage, insidieusement le jeu prend de la consistance, de la matière, une matière nous réservant des inflexions stupéfiantes et conquérant notre appétence tout au long de l’avancée du roman. Les personnages caractérisés, malgré leurs opacités passées et présentes, se développent et harponnent notre curiosité dans ce siphon de profondes détresses, de cicatrices qui ne referment pas.

En créant des profils qui ne se mettent pas à nu qui détournent une vérité, la vérité, l’auteur sème le trouble. Il est patent et sans y paraître on se pose des interrogations entre les lignes. Ce roman pourrait avoir plusieurs lectures. Et ce qui nous est présenté là reste aussi la résultante de petites pierres qui jonchent des parcours de vies. Au lieu d’être linéaire, le fil de l’ouvrage bifurque et s’autorise des flash-back noircissant l’ensemble. Des gens simples, dans une bourgade terne, dans une vie méthodique, réglée, au centre d’un drame plus complexe qu’il n’y parait. Après on peut se demander s’il y a réellement un « mystère » ou est-ce l’affluent d’une construction psychologique perturbée….

Quoi qu’il en soit l’écrivain a su parfaitement cadrer son roman et lui a insufflé un souffle percutant dans un emballage qui aurait pu paraître insipide ou vieillot. On est bien là dans un roman noir où l’on se délecte à tourner les pages, tentant de rétablir une vérité.

Surprenant!

Chouchou

 

 

2 Comments

  1. Tout à fait d’accord avec toi! C’est un roman surprenant et non par son sujet mais par son traitement. J’ai adoré cette ambiance vintage et la psychologie des personnages ! Moi qui ne lis jamais de polar, j’ai adoré !

  2. En effet ce « simili-classisme » donne un ton et une couleur qui sied au propos. Comme précisé ce petit côté suranné colle aussi au lieu et aux personnages. Lecture, somme toute, surprenante dans ce roman noir qui gratte les différences faces des protagonistes. Réussi!

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