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Chroniques noires et partisanes

CHAT SAUVAGE EN CHUTE LIBRE de Mudrooroo / Asphalte.

Cette version de Chat sauvage en chute libre est une réédition du roman de Mudrooroo paru en 1965, puis en 2010 aux éditions Asphalte.

Australie, dans les années 1960. Le narrateur, jeune métis aborigène, sort d’un court séjour en prison suite à un cambriolage. Livré à lui-même, il erre entre les bars jazz, où il risque de retrouver ses mauvaises fréquentations, et les plages où flâne la jeunesse dorée locale. Il se heurte de nouveau aux multiples barrières entre lui et les blancs, lui et les Aborigènes, lui et une société dans laquelle il ne trouve pas ses repères. Dans une librairie, il tombe sur un exemplaire d’En attendant Godot de Samuel Beckett, qui lui fera l’effet d’un électrochoc…

Parcours initiatique entre spleen urbain et retour à la brutalité du bush, Chat sauvage en chute libre est un roman politique, mais aussi l’histoire d’une rédemption.

Chat sauvage en chute libre est une œuvre poétique. Grâce à sa plume habile, Mudrooroo nous emmène dans une déambulation urbaine où notre imagination se confond avec la réalité. Nous avons l’impression d’être l’ombre du narrateur, de le suivre partout.

En seulement quelques descriptions, Mudrooroo nous plonge au beau milieu du bush ou encore des cambriolages et des nuits au bar.

L’auteur nous emmène errer dans une ville d’Australie en compagnie d’un jeune métis aborigène.  

Il serait bien dommage de réduire ce roman au seul mot poétique. Car c’est avant tout une œuvre politique, un état des lieux de la société australienne dans les années 60 et de l’intégration des aborigènes.

Une œuvre courte en 3 parties, qui à elles seules en disent beaucoup : Liberté retrouvée – Dehors – Retour à la case départ.

En plus de ça, l’écriture semble automatique, que le narrateur fait table rase sans peser ses mots. Bref, il nous balance tout à la figure : ses ressentis, ses états d’âme, …

Nous sommes en présence d’un jeune métis aborigène résigné. Un jeune homme qui semble résigné depuis son enfance. Aller en prison, presque un paradis ou non, selon son humeur.

Un jeune homme qui se retrouve dans une société qui ne fournit aucun effort pour l’aider à s’intégrer et semble même vouloir l’en empêcher. Une société autoritaire et qui détient, bien évidemment, la solution pour éduquer ces gens (aujourd’hui encore, certaines toilettes publiques sont interdites aux aborigènes). En vain. Elle ne fait que de les marginaliser, et eux en font tout autant, refusant de s’adapter – le choc des cultures. Alors ce jeune aborigène, jamais nommé et vêtu de noir pour donner un sens à ses origines, se retrouve face à un dilemme : retourner au Milk Bar avec son gang ou tenter de rejoindre le monde des blancs, de fréquenter la classe moyenne et aisée. Ces même blancs aux discours qui se veulent en faveur des droit de l’homme et qui pourtant n’essayent pas de comprendre les aborigènes. Le narrateur affiche beaucoup de mépris pour eux.

Et tout autant de mépris pour les siens.

Alors, sa destinée est toute tracée : lorsque la prison lui pend au nez, fatalement, il fera tout pour y retourner. On a d’ailleurs l’impression qu’il y a quelque chose d’automatique. Que la prison est l’unique solution pour s’en sortir.

Il serait terrible de réduire cet aborigène uniquement au mot : délinquant. Délinquant certes, mais intelligent. Il est conscient de sa situation, de ses actes. De ne pas avancer, d’être un de ces personnage d’En attendant Godot.

Attendre, oui, mais quoi ?

Comment écrire une chronique à la hauteur de ce roman noir ? On ne peut que vous conseiller de vous jeter dessus. Chat sauvage en chute libre est une œuvre majeure !

Merci aux éditions Asphalte et Mudrooroo.

4 Comments

  1. Midnigt oil, pourquoi pas… C’est ma jeunesse…
    Ils passent dans les bars jazz ?
    Bon ok, je ne connais pas le jazz du bush 😀

    Je l’avais vu passer ce roman-là… ET tout de suite, il m’avait interpellé. Sa noirceur, le jazz, le bush australien, les kangourous (bon y’a peut-être pas beaucoup de kangourous qui rentrent dans les bars jazz). Un roman bien noir, me semble-t-il, mais qui m’irait comme un gant (de boxe au cas où je croise un kangourou qui veut boire ma bière au comptoir d’un bar jazz)

    • clete

      31 janvier 2017 at 16:25

      Je ne pense pas que Midnight Oil joue effectivement dans les boîtes jazz mais ils ont bcp oeuvré pour la reconnaissance des droits des Aborigènes et notamment dans ce morceau très emblématique.Le jazzz australien, par ailleurs, connais pas.Merci pour ton passage.Je suis ton blog depuis longtemps.

      • Peter Garrett s’est reconverti en politique. pour la bonne cause, celle des aborigènes, celle de l’enfance, celle de son pays. Un militant qui a effectivement beaucoup oeuvré pour l’écologie et les droits humains.

        Mais ce Diesel and Dust, seul album que je connais véritablement de Midnight Oil, a cette douce rage qui m’a tant plu à son époque. Et s’il m’arrive encore – occasionnellement de l’écouter – j’y prends toujours autant plaisir.

        • clete

          1 février 2017 at 11:48

          pareil pour moi.J’ai eu la chance de les voir sur scène en 1985 et cela fut un grand moment.

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