Chroniques noires et partisanes

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LA LOI DES LIGNES de Hye-Young Pyun / Rivages

Traduction: Lim Yeong-hee avec la collaboration de Catherine Biros

Méchamment impressionné par La nuit du hibou de Hye-Young Pyun, je n’ai pas résisté très longtemps à la tentation de retourner dans les mondes bizarres de l’auteure coréenne qui sera certainement, sans augurer de l’avenir, ma plus belle découverte de l’année. Profitant de sa sortie en poche ce mois-ci, voici donc le douloureux La loi des lignes daté de 2015 et sorti en France l’année dernière.

“Lorsque sa demi-sœur est retrouvée noyée dans une rivière, Ki-jeong part à la recherche de réponses. Pendant ce temps, Sae-oh, qui n’a pas quitté sa maison depuis des années de peur d’être rattrapée par son passé, découvre que son père a été tué dans une explosion de gaz. La police est impatiente de résoudre ces deux affaires de suicides vraisemblablement justifiés par des dettes insurmontables.”

Changement d’univers, la forêt, décor de La nuit du hibou, cède sa place à la ville, sûrement aussi oppressante pour les deux héroïnes de ce roman infiniment triste. Quand on envisage la Corée du Sud par rapport à sa sœur ennemie du Nord, on imagine parfois une démocratie à l’occidentale, bercée par le libéralisme. Elle l’est visiblement mais subit les affres du capitalisme à sa manière, encore plus durement que chez nous, semble-t-il. La société coréenne semble très marquée par une soumission du peuple à la nation et au pouvoir. Mais individuellement aussi, selon son âge, sa condition : un total assujettissement de l’enfant à ses parents, de l’élève à son professeur, de l’employé à son chef, des jeunes aux aînés. La rébellion ou juste son envie sont  sévèrement sanctionnées, parfois physiquement et toujours en cherchant à humilier durablement. 

L’histoire, sans être particulièrement explosive, est une nouvelle fois très prenante. La plume de Hye-Young Pyun étant en somme très commune, il y a forcément chez elle autre chose, un talent, qui fait qu’une fois lancé, il est difficile de s’en détacher. Bien sûr, il y a la quête des deux jeunes femmes mais c’est, je pense, surtout ce climat de frayeur inspiré par chaque nouvelle page, chaque nouvelle incursion vers la vérité qui interpelle et parfois saisit d’effroi.

On ne nage pas dans le bonheur dans ce roman, vous verrez. On y retrouve par contre, avec plaisir, le talent déjà repéré dans la description des tourments humains. L’auteure rappelle en cela une nouvelle fois James Sallis et sa sollicitude pour les humbles. Par ailleurs, les deux auteurs usent avec bonheur de la fantaisie de laisser des blancs dans l’histoire, provoquant des questions, notamment sur la réelle fin des deux victimes : suicide, accident ou meurtre ?

Roman sur la perte et sur le libéralisme, formidable machine à broyer les humains, La loi des lignes séduira tous les amateurs de romans noirs durement politiques.

Clete

RIEN QUE LE NOIR de William McIlvanney et Ian Rankin / Rivages

The Dark Remains

Traduction: Fabienne Duvigneau

William McIlvanney, auteur et poète écossais nous a quittés en 2005. L’écrivain glaswégien est surtout et peut-être exclusivement connu en France pour sa trilogie polar Laidlaw racontant les enquêtes d’un flic à Glasgow et devenue culte pour beaucoup de ses nombreux lecteurs de par le monde. A la mort de l’auteur, il a été retrouvé un manuscrit inachevé, une sorte de première enquête, un prequel… de la carrière de l’inspecteur Jack Laidlaw. On aurait pu penser que Liam McIlvanney, son fils, également auteur d’excellents polars comme Le quaker centrés sur Glasgow à la même époque chez Métailié reprendrait le flambeau mais délaissant pour un temps Edimboug et troquant le costume de Rébus pour celui de Laidlaw, c’est Ian Rankin qui s’y est collé.

Et avant d’en parler un peu plus précisément, il faut reconnaître que l’association des deux noms McIllvanney/ Rankin, sur la couverture d’un Rivages, ça claque, ça fait méchamment envie…

Glasgow, octobre 1972. Lorsqu’un cadavre en costume est découvert dans une ruelle sombre à l’arrière du pub Le Parlour, Il est aussitôt identifié : Bobby Carter, l’avocat qui mettait ses talents au service de la pègre. Enfin, de l’un de ses chefs, Cam Colvin. De l’avis général, ce qui est arrivé à Bobby Carter n’a rien de surprenant.

Le jeune policier Jack Laidlaw est lui aussi précédé d’une solide réputation. Il a tendance à travailler en solitaire et à se moquer de la hiérarchie. Mais il a un sixième sens pour interpréter les signes que les autres ne voient pas. La police doit trouver rapidement qui a tué Bobby Carter car les différents gangs de la ville sont prêts à s’entretuer.

Dès les premières pages, c’est un vrai plaisir de retrouver le vieux pote Laidlaw, déjà très insubordonné, philosophe, souvent éclairé par une intuition fugitive mais tenace, dans une plongée périlleuse dans les profondeurs de Glasgow au début des années 70, arpentant les rues de la ville, pénétrant les pubs borgnes, explorant les quartiers sensibles. Laidlaw doit s’opposer à sa hiérarchie et tout faire pour éviter une guerre des clans ( passage obligatoire que de parler de clans dans un roman écossais, viendra sûrement aussi une citation contenant du tartan, voire d’autres sur le single malt ou la guerre Celtic / Rangers). On est dans un roman d’investigation mené minutieusement tout en faisant néanmoins grimper la tension, nous laissant parfois bien dubitatifs devant les agissements, les pensées des différents chefs de gangs et leurs bras armés aussi primaires et imprévisibles que dangereux. Les diverses déambulations du flic borné nous proposent un kaléidoscope passionnant de la ville et de ses mentalités, nous égarant, nous éloignant de manière très malveillante du but.

Est ce que c’est parce que ma lecture de la trilogie Laidlaw est somme toute très ancienne ou parce que les romans de Rankin m’ont souvent séduit mais je n’ai vu aucune différence entre l’œuvre originale et ce “rajout” de 2021. On parle parfois abusivement de quintessence du noir mais Rien que le noir en est certainement pour les histoires de gangsters.

Vintage à souhait, un vrai bonheur pour tous les fans du parrain du « Tartan Noir », de l’impeccable Jack Laidlaw et pour tous les amateurs de noir pur et dur et à conseiller vivement à tous ceux qui s’enflamment de manière parfois bien exagérée devant les romans d’Alan Parks, dans les pas de William Mc Illvanney, c’est certain, mais encore loin derrière.

Pépite !

Clete.

BOBBY MARS FOREVER de Alan Parks / Rivages

Bobby Mars Will Live Forever

Traduction: Olivier Deparis

“Nous sommes toujours à Glasgow en 1973. En ce mois de juillet, Bobby March, héros local qui a réussi dans la musique, est retrouvé mort d’une overdose dans une chambre d’hôtel. Parallèlement, la jeune Alice Kelly, adolescente solitaire, a disparu. Autre disparition inquiétante, celle de la nièce du chef de McCoy qui avait de mauvaises fréquentations. McCoy est chargé d’enquêter.”

Lors de ses débuts, il y a quelques années, le Glaswégien Alan Parks, né à quelques miles de là, a décidé de se lancer dans l’histoire criminelle de sa ville en douze opus comme les mois de l’année. Le projet prend forme puisqu’après Janvier noir et L’enfant de février, deux solides réussites, débarque Bobby Mars Forever qui se déroule toujours en 73, mais en juillet.

Alors, pour les assidus de l’épopée et j’en suis, nul doute que c’est un plaisir de retrouver Harry McCoy, flic évoluant dans le milieu de la pègre et les bas-fonds de la cité écossaise où il a beaucoup d’amis très chers. On retrouve avec une certaine volupté ce cocktail détonant de gangs, came et rock qui était déjà la charpente des précédents ouvrages.

Néanmoins, est-ce de la lassitude devant un personnage qui n’évolue plus vraiment, qui s’assagit côté bibine et weed ou alors un certain ennui devant des situations déjà lues précédemment : histoires de cul sans lendemain, duels à l’arme blanche… Contrairement aux avis lus çà et là, je serai moins enthousiaste devant ce troisième volet pourtant souvent vanté comme meilleur que les précédents, peut-être en écho aveugle d’une citation du Times de la quatrième de couverture

L’intrigue est moins fluide et nettement moins prenante que d’habitude. McCoy court trop de lièvres à la fois avec des histoires qui se ressemblent trop, deux disparitions d’ados n’ayant aucun rapport dans la même histoire, deux cas d’addictions aux drogues dures dont une absolument pas crédible. On suit donc un peu démuni un McCoy dans ses déambulations, dans ses rencontres, en ayant souvent l’obligation de se concentrer pour comprendre sur laquelle des trois histoires en cours, il mène ses investigations. 

Par ailleurs, Alan Parks, a voulu y ajouter des éléments de culture rock en contant la triste fin d’un guitariste imaginaire Bobby Mars qui aurait dû devenir une légende et aurait même entrevu une carrière au sein des Rolling Stones. Cette histoire est tellement classique, banalement rabâchée pour ceux qui goûtent un tant soit peu le »Great Rockn’Roll Swindle “ des années 70 qu’elle n’apporte pas grand-chose à la connaissance des maux qui brûlent les ailes et le cerveau des rock stars. Loser pitoyable, ce malheureux Bobby Mars, déjà trentenaire, n’aura même pas la chance de faire partie avec Jim Morrison, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Brian Jones, Kurt Cobain ou Amy Whitehouse du “Forever 27 club” des artistes disparus à l’âge de 27 ans.

Bref, ce roman, s’il reste prenant et solide, n’est pas à tomber non plus, même s’il conservera sans doute un grand pouvoir de séduction pour les nouveaux lecteurs de l’auteur. On a pu lire que Alan Parks marchait dans les pas de William Mcilvanney dont le héros Laidlaw explorait aussi les bas-fonds de Glasgow à la même époque. Souhaitons-lui donc beaucoup de chance et de travail pour arriver à l’atteindre…

Déception… vivement le mois d’avril de McCoy.

Clete.

PS: Signalons une très pertinente couverture signée Raymond Depardon.

DEUX CENTS NOIRS NUS DANS LA CAVE de Elie Robert Nicoud / Rivages

Atlanta, City Auditorium, le 26 octobre 1970. Toutes les télés du monde sont là pour couvrir le combat du retour de Mohamed Ali opposé à Jerry Quarry. Ali cherche alors à transformer son adversaire en bras armé de la nation blanche qui oppresse la communauté noire du pays depuis des siècles. Acoquiné à l’époque avec l’organisation peu recommandable de Nation of Islam, Ali veut faire de son combat en terres du KKK le symbole de la force d’un “black power” dont se fout complètement Quarry surnommé “l’Irlandais” mais dont les liens avec la verte Eirin sont tout aussi lointains que les liens avec l’Afrique de son adversaire. À l’époque, la boxe est un sport roi et toute l’intelligentsia afro-américaine est au bord du ring y compris la veuve du révérend King, un peu perdue dans l’arène. Se sont aussi déplacées les mafias noires de New-York et Chicago, heureuses de faire bling-bling sur le bord du ring en mondovision, en pleine euphorie de la blacksploitation mais aussi de pouvoir montrer leur thune dans la soirée privée de jeux illégaux qui se tient après la rencontre.

Le titre du roman interpelle d’emblée et la lecture des premières pages séduit même si vous n’appréciez pas la boxe. Bien sûr, le combat est raconté par un Elie Robert-Nicoud, passionné par l’art pugilistique depuis toujours, mais ce sont coulisses de l’événement, humaines, médiatiques, politiques et idéologique qui guident la narration. L’Amérique aime à créer des mythes : Marylin Monroe, Presley, James Dean et bien sûr Mohamed Ali. On façonne ainsi des icônes que l’on refourgue au monde entier comme des exemples du rêve américain, comme des consommables à ingurgiter au même titre que les MacDo et le Coca. C’est toute l’imagerie de l’époque que l’on retrouve sous la plume très sympathique d’un auteur au ton délicieusement moqueur qui n’hésite pas à montrer l’envers du décor et à déboulonner plusieurs fois l’icône, héros du ring mais aussi roi de l’entourloupe et de esbroufe.

Dans cette première partie, à l’image d’un Nick Tosches avec Sonny Liston dans “Night train” ou Mailer dans “le combat du siècle”, Elie Robert-Nicoud raconte avec passion l’événement, célèbre le champion tout en montrant beaucoup d’empathie pour ces perdants magnifiques dont Quarry est le représentant ce soir-là. Il harmonise parfaitement les reprises sur le ring et des éclairages sur une Amérique profondément raciste, dans un Sud qui a vu naître le KKK. Dès le départ, il y a un ton complice qui emporte tout et cela même si la boxe n’est pas votre tasse de thé.

Le titre “Deux Cents Noirs nus dans la cave” alerte d’emblée, et prend tout son sens dans une deuxième partie où l’auteur peut ouvertement se gausser tant l’histoire, vraie, qui va suivre est tout simplement ahurissante. On quitte Tosches et Mailer pour rejoindre les univers de Donald Westlake… Des types ont l’idée folle de détrousser les deux cents invités de la soirée privée de jeux illégaux en marge du combat de boxe. Ils vont les dépouiller, les foutre à poil et les entasser dans une cave. L’opération totalement folle est une réussite mais se posent les questions suivantes : les voleurs savaient-ils qui étaient leurs victimes ou s’en sont-ils rendu compte en cours d’opération ? On imagine John Dortmunder le héros poissard de Donald Westlake apercevant la grosse erreur de casting en cours d’opération… Ils sont en train de braquer les parrains de la mafia noire de NY ainsi que leurs plus dangereux porte-flingues, exécutants zélés des plus basses œuvres. La suite est moins drôle, le mafieux étant très susceptible, l’humiliation doit être lavée dans le sang et rapidement, à la mesure de l’outrage, de l’humiliation. Une chasse à l’homme s’engage où on élimine à tout va sans avoir réellement les preuves de la culpabilité. En fait, on ne retrouvera pas les vrais responsables et l’auteur nous fait part de ses hypothèses, de ses interrogations.

Elie Robert-Nicoud est un auteur de polars connu sous le patronyme de Louis Sanders et édité chez Rivages Noir. On le retrouve aussi à la traduction de “L’un des nôtres” de Larry Watson qui sort ces temps-ci chez Gallmeister. A-t-il choisi d’utiliser sa véritable identité pour raconter des histoires qui lui sont plus personnelles comme “Irremplaçables” chez Stock où il raconte ses parents ? Des histoires ancrées en lui depuis toujours comme la boxe et l’univers du polar ?

Quelque part, Robert-Nicoud se livre aussi ici intimement, contant avec passion et amour son univers de la boxe. Tout le long de ce précieux ouvrage, on a l’impression qu’il est à nos côtés, nous contant ce monde disparu, cœur de ses rêveries d’enfant avec une tendresse, une empathie et une bonne dose de raillerie parfaitement maîtrisée et souvent enchanteresse.

Deux Cents Noirs nus dans la cave « vole comme le papillon, pique comme l’abeille », un très joli swing.

Clete

JE SUIS LE DERNIER d’Emmanuel Bourdieu / Rivages

Tout d’abord, bien sûr, le nom de l’auteur titillera de nombreux lecteurs. Emmanuel Bourdieu est bien le fils de Pierre dont on célèbre en ce moment le vingtième anniversaire de la mort. Mais ses parcours accomplis de cinéaste, grand prix de la Critique au Festival de Cannes en 2006 pour “les amitiés maléfiques », de scénariste pour Desplechin, de dramaturge et philosophe prouvent qu’il a su faire son propre chemin, créer une pensée personnelle qui ne doit rien à un quelconque héritage familial si ce n’est l’influence plus ou moins conséquente d’un père sur un fils. Emmanuel Bourdieu pointera d’ailleurs ce poids familial, ce patriarcat des campagnes dans la seconde partie du roman. Pour clore ce sujet qui n’en est pas un, supputons que l’essai paternel “le bal des célibataires” qui l’a déjà inspiré pour son premier long métrage “ Vert paradis” ait pu trotter dans la tête d’ Emmanuel Bourdieu pendant l’écriture.

Charles Blancard, paysan, propriétaire de la ferme familiale, dernier de sa lignée est accusé d’avoir tué, dépecé et éparpillé dans la montagne dans des sacs poubelle de trente litres une joggeuse. Il a reconnu une part de responsabilité, très fluctuante, et a déjà donné six versions différentes sur sa participation à l’acte barbare. 

Madeleine Verdun, experte psychiatre auprès des tribunaux, fragile, sortant de dépression et dégoûtée par son boulot, doit traiter le dossier par le biais de trois rencontres avec Blancard. A l’issue de ces entretiens, elle devra rédiger un rapport visant à déterminer devant le Cour si l’homme est atteint d’une maladie mentale ou de troubles de la personnalité nécessitant l’internement dans une unité de soins ou s’il doit être considéré comme sain d’esprit et donc jugé et emprisonné.

“L’hermine et la toge, la grande tartuferie et tout le vide terrifiant qu’il y a derrière, l’envers misérablement humain de la Loi, les coulisses dérisoires de l’Audience, c’est d’avoir vu ça que je me suis effondrée.”

Madeleine s’y colle néanmoins, comprend très vite l’immensité de la tache, l’épreuve qu’elle va subir. De fait, Blancard lui propose une septième version de la tragédie, tranquille, accommodant, arrangeant, se défendant par l’amnésie quand il est confondu par les preuves, les évidences. Trois entretiens, trois fiascos…

“_ Dans votre tête, oui, on aura compris ! Permettez-moi de remarquer néanmoins que, dans votre tête, comme par hasard, il ne se passe que des choses qui arrangent vos affaires. Le meurtre, c’est pas vous, le transport, c’est pas vous, la découpe, c’est pas vous. Vraiment, c’est étonnant, comme tout tourne en votre faveur, non ?”

Mais, interpellée par une phrase “je suis le dernier”, elle va aller fouiller dans l’histoire familiale de Blancard…

La première réussite de ce grand polar tient avant tout dans le choix de nous immerger dans le cerveau de Madeleine Verdun “misérablement humain” lui aussi . D’emblée, on est donc confronté au grand mystère Blancard, taré définitif, grave malade ou habile dissimulateur ? On partage l’énervement, l’irritation, le désespoir, l’incompréhension, la colère, les hésitations de la praticienne. On se prend Blancard de plein fouet, entre colère, stupéfaction et hébétement.

Ensuite, et je tiens vraiment à le dire tout en vous souhaitant pareil bonheur, tout est parfait dans ce roman… des premiers mots à la terrible dernière phrase. Le ton est toujours juste, l’économie de mots, le schéma narratif, interdisent l’égarement, la dispersion du lecteur. L’auteur profite de l’intrigue, parfaitement conclue en finesse, pour aborder clairement ou de manière moins visible les thèmes de la ruralité, de l’héritage culturel et familial, de l’isolement, de la justice, de la psychiatrie, des limites du diagnostic de l’âme humaine. C’est brillant, j’ai adoré. On retrouve la même puissance narrative pour décrire, sans pathos exagéré, la misère ordinaire que dans “Les abattus » de Noëlle Renaude, dramaturge elle aussi, chez Rivages également, décidément…

Roman amené certainement à devenir un classique, “Je suis le dernier” séduira les amoureux de polars sortant des sempiternels cadres habituels et les amateurs d’œuvres noires qui suscitent interrogation et réflexion.

Un bijou.

Clete.

LA MORT SUR SES ÉPAULES de Jordan Farmer / Rivages.

The Pallbearer

Traduction: Simon Baril

Jordan Farmer entame sa carrière littéraire par un rural noir, sous genre du polar, apprécié en France et racontant de sales histoires souvent à base de trafic de dope situées principalement dans le Midwest, les régions appalachiennnes et toutes les coins perdus des USA. Du white trash avec moult fusillades et actes barbares orchestrés par des rednecks au cerveau plus ou moins cramé mais aussi des histoires poignantes sur les paumés, les déshérités, les marginaux racontées avec talent par des auteurs comme Woodrell, Larry Brown ou Chris Offut.

Mais le talent est rare et si beaucoup s’y essayent, peu arrivent à sortir leur œuvre d’un médiocre décor en carton où la misère et la dope justifient tous les ignominies. Et donc, “La mort sur ses épaules” est-il un plus pour le genre ou finalement rien qu’un de plus?

“A Lynch, en Virginie occidentale, les gens qui n’ont pas déserté la petite ville vivent dans la pauvreté, voire le dénuement. Il y a peu d’emplois et toute la communauté est sous la coupe de Ferris Gilbert, le cruel patriarche d’une famille de criminels, qui fait régner la terreur.

Lorsque Jason Felts, travailleur social qui a la particularité d’être nain, est chargé d’assister l’un des frères Gilbert, détenu à la maison de redressement pour possession de stupéfiants, Ferris y voit l’occasion de faire passer en fraude un dangereux colis à son jeune frère. Ferris Gilbert menace aussi Terry Blankenship, un jeune homme pauvre qui a fui la maison familiale pour vivre dans les bois avec le garçon dont il est amoureux.”

Les Appalaches, un méchant dealer, des gosses abandonnés qui tombent dans la délinquance, de la dope, un gentil qui se met dans la merde pour une histoire de cul. Dès le départ, beaucoup des invariants des histoires sous ces horizons maudits. La bande son ne variera pas de la country triste.

Alors, ensuite, l’histoire n’est ni meilleure ni pire qu’une autre mais ne se distingue pas non plus par une réelle originalité et un rythme intéressant. On souffre rapidement d’une méconnaissance des sentiments et des pensées des personnages mis à part Jason mieux éclairé. Du coup, on lit cette histoire franchement de l’extérieur et les événements tragiques qui se succèdent n’émeuvent pas outre mesure. Les décisions, les choix sont parfois surprenants, tous les personnages semblant trop dans la résignation, l’abdication.

On peut s’interroger aussi sur la nécessité d’amener les thèmes non essentiels à l’histoire de l’homosexualité et du handicap pour ne pas les exploiter ensuite si ce n’est pour ajouter du pathos et de la marginalité pourtant déjà très soulignés. 

L’éditeur cite Woodrell et Offutt. C’est de bonne guerre mais ne vous laissez pas abuser. Évoquons peut-être les univers de David Joy mais sans encore la belle maîtrise de l’auteur de la Caroline du Nord voisine. J’aurais donc tendance à dire un rural noir de plus mais aussi néanmoins un nom à retenir.

Clete.

MON FRÈRE ROBERT JOHNSON de Annye C. Anderson / Rivages Rouge.

Brother Robert: Growing Up with Robert Johnson

Traduction: Nicolas Guichard

Annye C. Anderson, demi-sœur de Robert Johnson, a côtoyé le bluesman pendant de nombreuses années, durant sa jeunesse. Elle en livre, tout au long des pages de cet ouvrage, un portrait intime absolument inédit, truffé d’anecdotes et de détails sur sa famille, sur ses nombreuses influences, ses goûts culinaires ou vestimentaires, et bien sûr ses performances musicales, dans la région du Delta, et surtout du côté de Memphis, la ville où il habitait.

Beaucoup de monde connaît Robert Johnson. Sa musique tout du moins. Pour le reste, de l’être humain derrière la musique on ne connaît que le mythe et les légendes propagées au fil des années. Parfois même, on est familier du mythe sans jamais en avoir entendu la musique. Il serait celui qui a  pactisé avec le Diable pour acquérir son incroyable talent de guitariste. Une histoire sans cesse ressassée. Une histoire parfaitement vendeuse. A cela s’ajoute une mort dont on ne connaît pas les détails, à 27 ans en plus… Vous voyez où je veux en venir ?

De prime abord, quand j’ai entendu parler du bouquin, cela m’a tout de suite intrigué tout en me laissant imaginer le pire. Qu’un membre de la famille de Robert Johnson décide de raconter son histoire plus de 80 ans après sa mort, une demi-sœur qui plus est et âgée de 93 ans (12 ans à la mort de Robert Johnson), il y a de quoi avoir quelques doutes quant à la légitimité de la démarche. 

Le récit d’Annye C. Anderson est divisé en deux parties. Dans la première, elle nous raconte essentiellement son enfance durant laquelle elle côtoiera son demi-frère Robert Johnson, qu’elle n’hésite pas à appeler « brother ». C’est par le prisme de son enfance à elle qu’elle nous présente Robert. Sa mémoire est solide. Ses souvenirs ne manquent pas. Si ce sont parfois des souvenirs d’enfants qui peuvent paraître anecdotiques, ils contribuent à contextualiser la vie telle qu’elle était à cette époque : pauvre ou très modeste, tirant sa plus grande force de la famille ainsi que de la communauté environnante et toujours conditionnée par le comportement des blancs à l’égard des noirs. Tel que le souligne Annye C. Anderson : « Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, il n’y a qu’une seule et même région et il s’agit du Sud. ». Durant les douze premières années de sa vie, Robert Johnson est pour elle un frère sans histoires, apprécié et attentionné, bon musicien, qui bourlingue de temps en temps mais retrouve toujours le chemin du foyer familial. Un être humain bien plus simple que le mythe que l’on a fait de lui. Il n’est alors pas une star. Le fait d’avoir gravé sur disque quelques chansons semble ne rien bouleverser de son vivant. Si des détails manquent parfois, car Annye C. Anderson n’hésite pas à souligner qu’elle ne le tenait pas en laisse, rien ne permet de douter de l’exactitude de son propos.

La deuxième partie débute bien après la mort de Robert Johnson. Comme beaucoup de bluesmen noirs américains de cette époque, leur musique à parfois voyagé à leur insu et à celle de leurs proches. L’explosion du blues en Angleterre dans les années 1960 aura contribué à faire connaître quantité de bluesmen américains, qui mettront du temps à le découvrir et qui parfois, pour diverses raisons, ne toucheront pas du tout, ou qu’en partie, ce qui leur était dû financièrement parlant. 

C’est à partir de là que fut vraiment vendu au Diable l’âme de Robert Johnson. Des blancs, peu scrupuleux et bien au fait de cette situation, décidèrent alors d’exploiter tout ce qui était exploitable de la part de ces bluesmen ou de leurs proches, voire de s’improviser ayant-droits en soumettant leurs victimes à des procédures légales trop lourdes financièrement ou encore en les perdant carrément dans des rouages parfois complexes à comprendre quand on n’est pas du métier, bien entendu avec l’appui d’une « justice » favorisant rarement les noirs. Annye C. Anderson sera contrainte de dédier le reste de sa vie à récupérer ce qui était dû à sa famille, avec une détermination sans faille, mais en vain. Pour citer à nouveau ses propos : « Mais il y en a d’autres et il y en aura toujours : des Blancs qui ne nous connaissent pas et pensent qu’on leur appartient. »

Ce que permet Mon frère Robert Johnson : dans l’intimité de la légende du blues, c’est de démythifier le musicien et de l’ancrer dans le réel, ainsi que d’honorer sa mémoire, avant que plus aucun de ses contemporains ne soit en capacité de le faire. Il n’est pas ici question de journalisme de précision que l’on explore en quête de mille et un détails, mais d’un court récit, pertinent, imparfait, mais bel et bien légitime. 

Brother Jo.

UNE CATHÉDRALE À SOI de James Lee Burke / Rivages.

A Private Cathedral

Traduction: Christophe Mercier.

“À l’instar des Capulet et des Montaigu dans Roméo et Juliette, les familles Shondell et Balangie se haïssent depuis toujours. Deux familles mafieuses au sein desquelles le mal rôde. Seuls leurs enfants, Johnny Shondell et Isolde Balangie échappent à ce climat délétère : ils sont jeunes et beaux, il joue de la musique, elle chante comme un ange et… ils s’aiment. jjMais telle une malédiction venue d’un autre âge, Isolde est « promise » à l’onde de Johnny qui veut en faire son esclave sexuelle. Dave Robicheaux, lui-même en perdition à la suite du décès de ses deux premières femmes, se mêle de cette affaire et se rapproche de la famille d’Isolde, à ses risques et périls. Secondé par son fidèle et incontrôlable ami Clete Purcel, il va plonger dans un monde d’horreur littéralement moyenâgeux.”

Je ne vais pas revenir longtemps sur les outrances qu’avait fait subir à Dave Robicheaux son créateur l’exceptionnel et unique James Lee Burke dans la précédente aventure de Belle Mèche “New Iberia Blues”. Il en avait fait un surhomme toujours apte à en découdre avec les pires saloperies de Louisiane, mais aussi un grand séducteur de jeunes femmes tombant en pâmoison devant un vieil homme plus âgé qu’elles d’un bon demi-siècle. Le lecteur occasionnel, ignorant l’âge du héros, proche des quatre-vingts ans, n’y avait sans doute rien trouvé à redire, mais les fidèles s’en offusquèrent certainement. Certains de ces reproches ont dû arriver aux oreilles du grand écrivain car pour cette 23ème aventure, il a décidé de rajeunir Robicheaux d’une vingtaine d’années, le renvoyant à l’époque de la mort de Bootsie, sa troisième et la plus charismatique de ses épouses, terrassée par un lupus. Du coup, ce roman se situe à l’époque du grandiose “Dernier Tramway pour les Champs-Élysées” sans en avoir tout le charme néanmoins. On peut s’interroger sur ce choix.

Ce qui change avant tout est, il me semble, que dans ce prequel l’accent est plus mis sur une histoire du genre hardboiled comme le premier “la pluie de néon” dont les excès pouvaient s’expliquer par l’état alcoolique de Robicheaux à l’époque. Ici, il ne picole pas et heureusement dans un sens car l’aventure le met dans un sale état proche de celui qui était le sien dans “Dans la brume électrique avec les soldats confédérés”. Il souffre de visions et il ne peut être aidé par son pote Cletus Purcel souffrant des mêmes maux.

Visiblement Burke a envie et c’est bien son droit à 84 ans d’écrire des romans avec une base de bastons, de flingues, de bibines et de belles femmes mystérieuses et comme il a rajeuni ses deux vieux cowboys, il ne s’en prive pas. D’habitude, dans le schéma classique, dès que Robicheaux est ennuyé par des mafieux ou leurs nervis malades, il reste relativement calme et c’est Clete Purcel, électron très, très libre qui va jouer les justiciers et fout la merde mais au bout de 100 ou 150 pages quand même… Dans ce nouvel opus, dès la page 36, Clete Purcel a déjà défoncé deux nuisibles remodelant la plastique faciale de l’un avec l’aide de la céramique de la cuvette des chiottes. Du coup, on est dans le marigot, dans les eaux troubles du bayou rapidement et pour 400 pages puant le soufre.

Pareillement, Burke a tendance à vouloir faire de Robicheaux un tombeur sur le tard. Elles tombent toutes sous son charme, il résiste le bougre et puis il succombe à chaque coup. En fait, dans ses dernières aventures Robicheaux ne fait plus totalement preuve de discernement. Ici, il a une liaison avec la femme d’un mafieux puis comme si cela n’était pas suffisant pour faire parler la poudre et les emmerdements XXL, il séduit ensuite une des maîtresses de ce dernier vu que l’épouse a éconduit sa demande en mariage. Les habitués de la saga Robicheaux diront qu’il a bien raison d’en profiter finalement, vu que dans quelques années Burke lui fera épouser une religieuse… qu’il ne gardera pas longtemps non plus.

“Une cathédrale à soi”, tout en étant très classique des polars de Burke, ouvre vers un univers hanté, habité et montre que l’auteur peut encore beaucoup surprendre.  

D’accord, on sait qu’on n’a pas trop à trembler pour les deux compères puisque vingt ans plus tard ils continuer à cogner sur les pourris de Louisiane, à rouler la bière à la main dans une Caddy rose en chemise à fleurs pour Purcel et à se prendre la tête sur la nature humaine tout en draguant à la sortie des lycées pour Robicheaux (je plaisante). Ceci dit, on tremble néanmoins pour certains personnages découverts dans cette histoire. Ensuite, il y a une dimension carrément gothique avec des visions de bateaux aux voiles noires emportant les morts, complétées par un tueur qui semble traverser les époques depuis les Borgia en passant par Mussolini. J’ai conscience que certains doivent se dire que le vieil écrivain perd un peu la boule mais les visions étaient déjà présentes dans “la brume électrique”. Mais, cette fois, le ton est beaucoup plus sombre, onirique, bien flippant par moments, on connaît le talent de Burke.

Les néophytes découvriront un polar très bien écrit aux personnages au caractère bien trempé, une intrigue qui tient en haleine sans temps mort et une plume réellement divine. On pourra regretter un certain manque de belles descriptions coutumières des écrits du grand écrivain du Sud. Le parti pris originel d’écrire une histoire qui dépote n’a néanmoins pas occulté de longs et beaux passages sur la condition humaine et sur la mort qui hante de plus en plus les romans de Burke.

Les fans de Robicheaux retrouveront tout ce qui fait qu’un Burke passe avant tout le reste: bouquins, loisirs, travail, famille et amis. Belle Mèche est en très, peut être trop, grande forme. Le duo fonctionne parfaitement et les dialogues défoncent comme les poings d’un Clete Purcel en colère. On retrouve Tripod, on croise Alafair étudiante, Helen Soileau devient la chef de Robicheaux et bien sûr on découvre de nouveaux mafieux bien puants. L’environnement est très musical, blues et country en belle harmonie avec l’histoire. Et même si la fin laisse planer des zones d’ombre et semble appeler une suite, on passe une fois encore un grand moment à New Iberia.

Clete

LA FILLE AUX PAPILLONS de Rene Denfeld / Rivages.

The Butterfly Girl

Traduction:Pierre Bondil.

“La fille aux papillons” est la suite de “Trouver l’enfant” paru en 2019. On y retrouve la même enquêtrice Naomi, spécialisée dans les recherches d’enfants disparus. Elle peut se lire indépendamment du premier mais il serait dommage de ne pas doubler le plaisir.

“En enquêtant sur la disparition de sa sœur, Naomi, « la femme qui retrouvait les enfants », croise le chemin d’une fille des rues de Portland nommée Celia. Naomi tente de faire reconnaître le viol dont a été victime Celia et remonte la trace d’une série de meurtres de jeunes filles.”

Changement de décor dans ce deuxième roman de la série puisque nous quittons un théâtre de forêts bouffeuses d’enfants pour gagner l’enfer des villes pour les gosses des rues en ban de famille. Ici, comme dans le premier opus, Rene Denfeld aborde le thème de la violence faite aux enfants. D’ailleurs les deux romans développent tellement d’empathie pour les victimes adolescentes que parfois, le personnage de Naomi pourtant complexe et passionnant, en vient à s’effacer.

Si Rene Denfeld fait bien vivre et ressentir la souffrance humaine par une mise en scène dramatique efficace, elle s’attache par ailleurs à mettre en avant la suprématie de la littérature, ultime et magnifique rempart contre la barbarie. Dans “ Trouver l’enfant”, Madison échappait à son bourreau grâce à l’univers des contes. Dans celui-ci Celia s’échappe de son enfer grâce à la bibliothèque municipale où elle retrouve son livre fétiche sur les papillons. 

Roman profondément américain, “La fille aux papillons” explore intelligemment l’un des thèmes favoris outre Atlantique, celui de la résilience. Celle des enquêteurs ou celle des victimes, qu’importe, dans les deux cas, l’auteur nous immerge douloureusement et totalement dans la vie et les pensées des protagonistes. 

Roman recommandable par les portraits touchants et même bouleversants parfois, qui sentent l’authentique, le macadam qui fait mal, la rue comme une jungle où il faut tenter de survivre à l’âge où on doit normalement fréquenter les cours de récréation. N’oublions pas que Rene Denfeld sait de quoi elle parle. L’auteur ayant elle-même vécu dans la rue à l’adolescence, on peut raisonnablement penser que ce livre est beaucoup plus intime, plus personnel pour elle. Sa résilience ?

Dérangeant et bouleversant.

Clete.

PROTOCOLE GOUVERNANTE de Guillaume Lavenant / Rivages.

Une jeune femme sonne à la porte d’une maison dans une banlieue pavillonnaire coquette et tranquille. Le couple aisé qui l’accueille lui donne quelques recommandations concernant leur fille Elena, dont elle aura la charge. La gouvernante sourit, pose les mains bien à plat sur ses genoux, module sa voix, les met à l’aise… En suivant à la lettre le protocole imaginé par l’étrange Lewis, elle saura se rendre indispensable. Elle deviendra la confidente et l’objet de tous les désirs enfouis par cette famille en apparence idéale.”

En apparence, tel qu’on le lit sur la quatrième de couverture, ce premier roman de Guillaume Lavenant, pourrait être un polar psychologique, une espèce de huis clos avec tout le soufre d’ordinaire déversé dans ces relations employés/employeurs dans le monde de la bourgeoisie. Le cinéma comme la littérature ont souvent illustré ses relations d’un homme et de sa gouvernante, sa femme de chambre, sa jeune fille au pair… De fait, à ce niveau-là, au début du roman, pas de surprise, on est dans ce type de romans où une inconnue va phagocyter une famille bourgeoise quelconque, se rendre indispensable au père, à la mère et à leur fille tout en repoussant les avances d’un ado sous le charme ou hanté par des images pornographiques cheap de soubrette soumise. 

Mais ce qui étonne, désarçonne dès le départ, est le ton employé sous forme de protocole de conseils et de recommandations données à la jeune fille et écrites au futur et à la deuxième personne du pluriel, le vous de politesse qui accompagnera tous les développements. L’histoire, par sa forme, est déjà originale et va aussi  le devenir par son développement malin, insidieux. On saisit que la jeune femme a des desseins peu recommandables mais on ne comprend pas réellement le plan.

Très vite, on verra que l’oeuvre en gestation a une portée bien plus universelle, est un des petits actes d’une action très coordonnée de très grande envergure, planifiée selon un protocole ambitieux. Polar psychologique, dystopie, conte cruel, “Protocole Gouvernante” est tout ça mais aussi pas réellement ça. A vous de découvrir, de vous faire bluffer par le talent d’un auteur dont on entendra sûrement reparler.

Percutant !

Clete.

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