Chroniques noires et partisanes

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UN MOMENT DE DOUTE de Jim Nisbet / Editions Abstractions

A Moment of Doubt

Traduction: Jean-Yves Cotté

Jim Nisbet, auteur bien noir disparu en 2022, dont on m’a vanté les mérites mais que je n’avais pas encore pris le temps de lire, fait un retour posthume. Ce sont les éditions Abstractions qui publient Un moment de doute, roman initialement publié outre-atlantique en 2010, quand bien même en France l’auteur semblait lié à l’éditeur Rivages. 

Est-ce pour moi une bonne idée de découvrir Jim Nisbet en commençant pas sa dernière publication ? Ce n’est pas certain. Un moment de doute n’est peut-être pas la porte d’entrée la plus facile pour s’initier à son travail.

Un moment de doute nous plonge dans le San Francisco des années 80 aux côtés d’un écrivain de romans policiers. Celui-ci est en pleine écriture de son nouveau roman mettant en scène le détective Martin Windrow, un nom familiers des habitués de Jim Nisbet. Notre narrateur a une relation particulière à la technologie, l’amenant même à pirater la base de données d’un éditeur pour manigancer toutes sortes de choses, mais aussi avec sa logeuse, dont il doit certes payer le loyer, mais aussi satisfaire l’appétit sexuel. Il perd petit à petit les pédales en écrivant son livre et se ressource dans un cinéma porno.

Dans ce roman de Jim Nisbet, la frontière entre réalité et fiction est poreuse, pour son narrateur, autant que pour Jim Nisbet lui-même. Peut-être plus qu’un roman, parlons plutôt de méta-roman. Un moment de doute est surtout une réflexion alambiquée sur l’écriture, et plus spécifiquement sur l’écriture de romans policiers, tortueusement écrit et avec beaucoup de noirceur, mais non sans humour. Pour ma part, le propos ne m’a pas toujours paru évident à saisir, et le fait de ne pas connaître l’oeuvre de Jim Nisbet y est certainement pour beaucoup, mais la dimension exagérément lubrique du livre et le langage informatique utilisés à outrance, aussi. Ici, Nisbet a un peu la main lourde à mon sens, et cela peut sembler relativement gratuit.

Il m’est difficile d’exprimer un avis clair sur Un moment de doute, ce qui arrive mais est toujours frustrant. Ce n’est, pour ma part, ni un bon, ni un mauvais roman, mais avant tout une curiosité littéraire qui aura certainement un intérêt plus affirmé pour les amateurs de Jim Nisbet, mais dont les qualités d’écriture qui sont indéniables, pourront aussi séduire les plus aventureux. Pas le livre le plus évident à sortir pour un éditeur, ni le plus évident à aborder en tant que lecteur, mais peut-être est-ce bel et bien là sa force.

Brother Jo.

DES LARMES DE CROCODILE de Mercedes Rosende / Quidam

Miserere de los cocodrilos

Traduction :  Marianne Millon

En proie à une boulimie depuis l’enfance, célibataire et prête à tout pour sortir des clous d’une vie solitaire, où son unique plaisir est d’épier ses voisins, Úrsula López accepte de s’allier avec Germán, un détenu qui sort de prison avec une commande de l’avocat véreux Antinucci : le braquage d’un transport de fonds blindé.

Plongeant dans la délinquance avec gourmandise, Úrsula tisse sa toile et s’affirme, car « Dieu vomit les tièdes ». Reste cependant à affronter Antinucci et son tueur psychopathe… 

Si vous aviez apprécié l’impertinent et mordant L’Autre femme, de la juriste Mercedes Rosende, publié en 2022 chez Quidam – mais est-ce seulement possible de ne pas l’apprécier ? – vous ne pourrez que vous régaler avec sa suite, Des larmes de crocodile, une fois de plus chez Quidam.

On reprend là où on s’est arrêté dans L’Autre femme et on retrouve notre improbable anti-héro  Úrsula López qui, de plus en plus, me fait un peu penser au personnage de Ignatius J. Reilly dans La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole. Toujours à Montevideo, la capitale uruguayenne, nous plongeons à nouveau dans une atmosphère très cinématographique façon Fargo (le froid et la neige en moins), le film culte des frères Coen, avec une pointe de Tarantino. L’ambiance ainsi posée, vous pouvez d’ores et déjà présumer que vous allez vous régaler et vous avez tout à fait raison. 

Après un kidnapping hasardeux dans L’Autre femme, c’est ici le braquage d’un fourgon blindé qui s’annonce. Úrsula López, qui demeure acerbe et vengeresse, reste conditionnée par son obésité et ne s’est pas encore défaite de l’influence foncièrement négative de son défunt père, avec qui elle entretien toujours des conversations bien que celui-ci soit mort. Autour d’elle, une belle galerie de personnages très contrastés et, en toile de fond, la corruption policière. Il n’y a pas vraiment de bons et de méchants dans l’histoire. Il y en a de plus vilains que d’autres, mais nul n’est parfaitement clair. Les personnages sont tous un minimum ambigus. La cadence, elle, est efficace car combines et rebondissements s’enchainent. 

Elle refuse de sortir du sommeil, d’abandonner le confort du lit, de quitter la brume, la léthargie, la somnolence, refuse, résiste, mais la rage l’écrase, le rugissement de la colère lui transperce le crâne, perfore, explose, merde, elle ouvre les yeux avec fureur, putain, tend l’oreille, et ressent fortement les engueulades, le tambourinement strident et pénétrant, la haine persistante dans sa tête.

On se délecte à nouveau du style d’écriture stimulant, aussi fin que corrosif, de Mercedes Rosende. Elle a l’art de ciseler avec intelligence et minutie la psychologie de ses personnages. Sa plume, si personnelle et singulière, nous tient en haleine sans difficulté aucune. Le travail de traduction de  Marianne Millon y est pour beaucoup et mérite donc d’être, une fois de plus, salué. 

Elle avait envie de rentrer chez elle, mais pas dans sa maison, pas dans un endroit vide où il n’y aurait jamais personne d’autre qu’elle-même. Alors, c’est quoi la maison, le lieu où l’on est né ? Ou cet endroit où l’on ne peut s’empêcher de retourner même si l’air y est irrespirable et qu’il n’y a pas d’avenir ? Peut-être est-ce justement l’endroit où l’on sait se rendre par coeur, même si une chose sombre et irréversible vous attend, même si c’est pour faire naufrage dans une solitude grise.

Elle marchait, traversait les rues, sentait tomber une bruine, il n’y avait plus de monde, juste une ville vieille et silencieuse.

Depuis lors, les jours se sont déchainés comme des chiens en colère et Úrsula marche depuis nombre d’années, marche toujours dans la Vieille Ville.

Des larmes de crocodile est un roman noir au ton et à l’humour décapants. Tout aussi bon que L’Autre femme, son prédécesseur, on ne peut que se réjouir de ce qui nous attend ensuite, compte tenu de la fin de ce nouveau livre. C’est jubilatoire. Foncez découvrir l’oeuvre de Mercedes Rosende, vous ne le regretterez pas !

Brother Jo.

UNE CRÉATURE DE DOULEUR d’Ella Baxter / Le Gospel.

New Animal

Traduction: Adrien Durand

« Amelia Aurelia est une jeune maquilleuse funéraire accro aux applications de rencontres et aux rencontres d’un soir. Quand sa mère décède soudainement, la cellule familiale explose en même temps que l’entreprise de pompes funèbres qu’elle dirige et qui emploie sa fille. Incapable d’affronter son deuil, Amelia quitte la paradisiaque côte australienne pour retrouver son père, artiste raté parti s’installer dans la Tasmanie rurale, région sauvage et isolée. Sur place, déçue par ses retrouvailles avec son géniteur, Amelia se reconnecte sur une appli de rencontre et découvre par hasard une façon étonnante d’affronter son deuil : le milieu BDSM local. « 

C’est six années qu’il aura fallu à l’australienne Ella Baxter pour écrire Une créature de douleur, son premier roman, qui connaît un succès exponentiel depuis sa publication initiale. Un livre qui n’a probablement pas encore terminé de faire parler de lui. En France, c’est chez Le Gospel que celui-ci sort, l’une des maisons d’édition les plus enthousiasmantes du moment. 

Comment vivre un deuil ? Est-ce qu’il y a de bonnes ou de mauvaises façons de vivre un deuil ? Un deuil est-il une expérience solitaire ou collective ? Quel est le temps du deuil ? Toutes ces questions sont inhérentes à ce à quoi nous confronte Ella Baxter, c’est à dire la perte soudaine d’un être cher.  Une créature de douleur n’est pas une réponse à ces questions mais une exploration très contemporaine de son sujet. 

Notre héroïne, Amelia Aurelia, a un boulot assez singulier pour une jeune femme de 26 ans. Pour l’entreprise funéraire familiale, elle maquille les morts pour leur apporter un dernier souffle de vie. Un travail qu’elle exécute avec une certaine passion et beaucoup de minutie. Mais Amelia ne sait pas vraiment comment se connecter aux vivants. Pourtant pas bien loin du nid familial, elle vit dans un bungalow à côté de la maison de ses parents, elle n’en reste pas moins une personnalité en marge. Elle enchaine les relations sexuelles d’un soir. Elle consomme les corps pour se sentir exister. Mais point d’attachement. Juste le moment. Du sexe façon « love me Tinder ». Il y a aussi ce suicide assez récent qui l’atteint plus qu’elle ne veut bien le dire. Et puis la mort complètement imprévue de sa mère, une simple chute, va la faire basculer dans une intense période de doute et  de douleur. Direction la Tasmanie avec sa nature exotique, pour y retrouver son père, le génétique cette fois, plutôt que d’affronter l’enterrement de sa mère. Là-bas, une rencontre la mènera dans un milieu qu’elle ne connaît pas et qui la poussera dans certains de ses retranchements les plus obscurs.

Si la teneur du sujet annonce le couleur – noire – le roman d’Ella Baxter n’est pas sans lumière. Néanmoins, il a de quoi diviser. Entre les comportements très « génération millénial » de notre protagoniste, que certain(e)s jugeront peut-être un poil immatures, ou une vision du milieu BDSM qui, si j’en crois ce que j’ai lu, n’est pas du goût de toutes et tous, on a là un roman qui n’est peut-être pas pour tout le monde. Mais n’est-ce pas justement le crédo de notre maison d’édition ? Quoi qu’il en soit, ce que l’on pourrait reprocher à son livre n’est, en fait, que très humain. 

La comparaison avec Six Feet Under, la célèbre et tant aimée série d’Alan Ball, est une évidence. La famille, le milieu, l’atmosphère, il y a bien des connexions à faire. Je pense que cette référence peut déjà suffire à vous donner envie de lire le livre. Je me suis d’ailleurs dit qu’il ferait une excellente série et apparemment le projet est en cours. A cela s’ajoute un ton cynique, un humour noir qui fait mouche. Très facile à lire, il reste à voir si certaines images qu’il gravera dans votre esprit, ne vous rebuteront pas. 

Une créature de douleur est un premier roman prometteur. Un traitement un peu atypique d’un sujet universel. Quand bien même la mort est de toutes les pages, la vie est au bout du tunnel. Ella Baxter vient de se faire un nom dans la littérature anglo-saxonne et son deuxième livre est d’ores et déjà dans les tuyaux. Lisez celui-ci d’abord car vous le verrez bientôt sur les écrans.

Brother Jo.

LES FANTÔMES DU LAC – Mémoires d’un village meurtri de Manon Gauthier-Faure / Marchialy

Deux jeunes sœurs sont mortes noyées dans un village de la Marne en 1978. On raconte les avoir retrouvées dans un étang, main dans la main, en tenues de communiantes. Intriguée par cette rumeur, Manon Gauthier-Faure se rend sur place, où le mystère s’épaissit : les coupures de presse sont maigres et les habitants semblent avoir oublié le contexte du drame. Plus étrange encore, il semblerait que les deux sœurs réapparaissent dans l’EHPAD du village… en fantômes.

J’ai une curiosité sans cesse renouvelée pour les enquêtes publiées chez Marchialy. Elles sont généralement assez singulières et jamais décevantes. Toujours un véritable plaisir à lire. Mais j’ai probablement déjà été assez équivoque à ce sujet. Les fantômes du lac : mémoires d’un village meurtri, deuxième livre de Manon Gauthier-Faure, ne fait pas exception. 

Avant d’aller plus avant dans le texte, on se demande bien quel intérêt il pourrait y avoir à se rendre dans un village perdu de la Marne, pour enquêter sur un funeste fait divers de 1978 qui semble aujourd’hui déjà bien lointain et oublié. De ce fait divers, nous ne savons qu’assez peu de choses. Deux gamines sont mortes. Pourquoi ? Comment ? Rien n’est vraiment clair. Il semblerait que cela soit arrivé un jour, subitement, et que la vie a continué à suivre son cours. Deux gamines qui, de prime abord, semblent ne jamais avoir été personne et n’auront pas vécu assez longtemps pour devenir quelqu’un. 

A son arrivée dans le village, l’enquête de Manon Gauthier-Faure prend assez rapidement une tournure paranormale. Dans l’EHPAD du village, le personnel, ainsi que les patients semblent être témoins de phénomènes inexpliqués. Et par phénomènes, comprenez les classiques quand on dit d’un lieu qu’il est supposément hanté : apparitions, bruits étranges, portes qui se ferment et sensations bizarres. Si les personnes concernées n’étaient pas aussi nombreuses, avec des témoignages concordants, on pourrait facilement se dire que l’on a là un petit groupe de personnes influençables ou illuminées. Qu’en penser ? On ne sait pas trop. Mais oui, il faut reconnaître que c’est un peu étrange, surtout que les témoignages font souvent référence à deux petites filles.

Un EHPAD hanté. Bon, soit. Pour autant, notre fait divers, pas grand monde en a quelque chose à en dire de concret dans le village. Notre journaliste va de défaite en défaite. Les souvenirs sont maigres. Les témoignages vagues. De ce que l’on comprend, ces deux gamines faisaient partie d’une famille de marginaux et leur courte vie fut assez malheureuse. Enfin, c’est ce qui se dit. Des bruits qui courent. Des rumeurs. Mais Manon Gauthier-Faure ne baisse pas les bras. Petit à petit, elle finit par rétablir un minimum de vérité, mais pas tant sur le fait divers en lui-même. Elle leur redonne une vie, une existence, jusqu’à contredire le portrait assez misérable qu’on lui en a fait, même si la réalité reste ce qu’elle est. 

Au fil de son récit, avec une certaine sobriété dans le propos mais une évidente poésie dans le regard, Manon Gauthier-Faure laisse le paranormal côtoyer la réalité. Elle rend compte et laisse s’imbriquer les différents éléments. Elle nous peint un tableau sensible et mélancolique. Au fil des pages, c’est une histoire simplement humaine qui nous est révélée, avec ses zones d’ombres et ses instants de lumière. Une chasse aux souvenirs évanescents dans un petit village brumeux où les temps changent et les gens avec. Une nouvelle existence offerte à deux jeunes filles à la triste destinée, qui n’ont peut-être jamais réalisé qu’elles ne sont plus de notre monde.

Brother Jo.

A LA LISIERE DU MONDE de Ronald Lavallée / Presses de la Cité.

Tous des Loups

Dans un village isolé et inhospitalier du Nord canadien, la rumeur court. Un homme en fuite, accusé d’avoir assassiné froidement sa femme et son enfant, se terrerait dans la forêt boréale.

Matthew Callwood vient de prendre son poste dans la région. Jeune policier idéaliste et téméraire, il se heurte rapidement à l’inertie de ses collègues, qui boivent et fricotent avec les trafiquants du coin. Malgré tout déterminé à retrouver la trace du meurtrier en cavale, Callwood entreprend une traque sans relâche.

Mais au fil des mois, dans un dédale de lacs et de marais aux confins indéfinissables, le policier comprend qu’il a affaire à plus fort que lui. Et le chasseur devient le chassé. Sur un territoire démesuré au climat féroce, la nature sauvage reprend toujours ses droits…

Ronald Lavallée, un auteur dont je n’avais même jamais entendu parler. Il faut dire qu’il est aisé de passer à côté car Monsieur est assez peu productif. A la lisière du monde, son nouveau roman publié aux Presses de la Cité, n’est que son quatrième en 38 ans. Cela m’a d’emblée rappelé un cas similaire avec Terrence Malick qui, en 38 ans lui aussi, n’aura réalisé que cinq films, avant d’accélérer le rythme à compter de The Tree of life (2011). Mais ce n’est pas leur seul point commun. Les deux partagent un goût certain pour la nature et ses grands espaces. Si vous cherchez du dépaysement, c’est ce livre qu’il vous faut.

Nombreux sont celles et ceux qui rêvent du Canada. Cependant, on oublie parfois que le Canada, ça peut aussi être l’enfer. C’est ce que va découvrir, en 1914, Matthew Callwood, un jeune fils de bourgeois alors en proie à une déception amoureuse et gonflé d’un héroïsme naïf, en s’engageant dans la police pour un poste dans le fin fond du Saskatchewan. Là-bas, il n’y a strictement à faire et la justice des blancs ne connaît pas exactement un franc succès face aux Cris, ni face aux trafiquant d’alcool du coin. Le temps s’annonce long, très long, alors même que la guerre éclate en Europe. Néanmoins, il se raconte qu’un certain Moïse Corneau, un homme accusé du meurtre de sa famille alors en cavale, se cacherait quelque part dans ces immenses forêts. Il voit là l’occasion rêvée pour s’investir d’une mission qui devrait lui assurer respect et reconnaissance, et même lui donner l’opportunité de quitter cet endroit avec les honneurs. 

En s’engageant à la poursuite de Moïse Corneau, Matthew Callwood va se prendre de plein fouet les réalités du territoire qu’il doit affronter. Ici la nature est immense, rude, sauvage et sans pitié. Tout dans cet environnement est question de survie. Aussi, les locaux vivent selon leurs propres règles et n’ont que peu d’intérêt pour ses principes et ses lois. La tâche dans laquelle il s’est investi  paraît rapidement vouée à l’échec et tous les éléments se liguent contre lui.

Ronald Lavallée est extrêmement doué et convaincant lorsqu’il s’agit de décrire ces forêts boréales. L’immersion est totale pour le lecteur. Le voyage est aussi violent que fascinant. Si vous avez le goût de l’aventure, vous n’aurez qu’une envie après lecture, aller explorer ce Grand Nord canadien. Mais si vous avez un minimum de bon sens, vous n’y mettrez certainement jamais les pieds. Du « nature writing » comment on aimerait en lire plus souvent.

Avec A la lisière du monde, Ronald Lavallée signe ce qui sera peut-être le grand récit d’aventure de cette année 2024. On pense forcément à Jack London et on ne peut qu’apprécier retrouver un tel souffle romanesque qui nous tient en haleine de bout en bout. Maitrisé sur toute la ligne et le plus frustrant est de tourner la dernière page. Contrairement aux personnages qui peuplent ce livre, nul besoin, pour les lecteurs, de lutter pour en voir la fin.

Brother Jo.

ALIÈNE de Phoebe Hadjimarkos Clarke / Editions du sous-sol.

Fauvel a perdu un œil suite à un tir de LBD. Elle accepte de garder la chienne du père d’une de ses amies dans une maison isolée à la campagne. Hannah n’est pas un chien comme les autres, c’est le clone d’une première Hannah, qui trône empaillée au milieu du salon. Elle suscite les peurs et les reproches muets du village, à mesure qu’on découvre au matin des animaux massacrés, et qu’elle-même rentre parfois ensanglantée.

Que vous soyez d’emblée prévenus, Aliène, deuxième roman de Phoebe Hadjimarkos Clarke publié aux Editions du sous-sol, est tout sauf ce que vous pourriez en attendre. C’est un peu un cauchemar de bibliothécaire car totalement inclassable. L’expérience peut s’avérer déstabilisante pour les moins ouverts d’esprit et franchement ensorcelante pour les plus acquis. Mettez-vous dans les conditions adéquates et laissez-vous aspirer par cette première véritable curiosité littéraire de l’année. 

Rendue borgne par un titre de LDB dans une manifestation, c’est avec un lourd bagage psychologique que Fauvel saisit l’opportunité de se retirer durant un temps en pleine campagne, pour se ressourcer, dans la maison des parents de Mado, sa meilleure amie, ceux-ci étant partis en vacances. Elle est là pour garder le fort, s’occuper de la chienne et se poser sans véritable autre but. Très rapidement, Fauvel est dérangée par la chienne Hannah à qui elle trouve des comportements douteux. Il y a également ces bêtes attaquées et mutilées dans les environs. On ne sait pas quoi ou qui est responsable de cela. Serait-ce Hannah ? 

Aussi, dans les bois environnants, des coups de feu se font entendre car la saison de la chasse bat son plein. Cela devient rapidement oppressant et, sa première confrontation avec Julien, l’un de ces chasseurs, est assez perturbante. Un peu plus tard, Fauvel rencontre Mitch, un thésard revenu en terre natale, qui lui révèle enquêter sur des récits d’enlèvement et de rencontre avec des extraterrestres qui seraient apparemment nombreux dans les environs. Il s’avère, d’ailleurs, que le premier chasseur qu’elle a rencontré, ainsi que ses amis, font partie de ces personnes se disant visités par des extraterrestres. Le récit que fait Julien de ces visites est particulièrement bizarre et, lui-même, est tout aussi étrange qu’inquiétant. 

Petit à petit, un climat d’insécurité s’installe. La peur rôde. Les attaques se multiplient, les épisodes de chasse s’intensifient, l’imagination des uns et des autres s’emballe, Fauvel se rapproche de plus en plus de Hannah, les enquêtes s’embrouillent, la fumette embrume les esprits, un brouillard mystique habille le décor et les traces d’une substance pas clairement identifiée, et peut-être bien séminale, commence à faire son apparition ici et là.

C’est avec une langue vive, souple et poétique, que Phoebe Hadjimarkos Clarke nous embarque dans un conte organique et animal, avec la violence et ses séquelles en toile de fond, ainsi que le pouvoir et les rapports de domination qu’il impose. Le tableau halluciné qui nous est peint, entre réalisme magique, horreur, fantastique, science-fiction, post-apocalyptique et j’en passe, est détonnant, fascinant et parfaitement maîtrisé. Une imagination, à l’évidence fertile, mise au service d’un récit éminemment contemporain et politique.

Aliène, de Phoebe Hadjimarkos Clarke, c’est un peu la rencontre de X-Files, David Lynch et David Cronenberg, sous hallucinogènes, nourri d’un souffle poétique et d’un propos engagé, pour un résultat tout à fait atypique. Certainement difficile à vendre tant ce roman est particulier mais, pour ma part, je n’en pense que du bien et vous invite à vous laisser surprendre.

Brother Jo.

DÉLIVREZ-NOUS DU BIEN de Joan Samson / Toussaint Louverture

The Auctioneer

Traduction:  Laurent Vannini

A Harlowe, paisible communauté rurale du New Hampshire située à quelques heures de Boston, la vie suit son cours : les gens travaillent la terre, coupent du bois et achètent ce qu’ils ne peuvent produire. John Moore et les siens vivent un peu à l’écart, et, à leur façon simple et rude, ils sont heureux. Jusqu’au jour où un homme sorti de nulle part – mais qui a bourlingué partout -, un commissaire-priseur au charme diabolique, s’allie au shérif pour organiser des enchères publiques afin de renflouer les caisses de la police locale et pouvoir mieux protéger la commune de la violence rampante des grandes villes.

Les habitants sont habilement amenés à donner ce dont ils ne veulent plus, à se séparer de ce qui les encombre, à vider – encore et encore – leur grenier pour la bonne cause. Mais jusqu’à quand ? 

Une qualité qu’il faut reconnaître à la maison d’édition Monsieur Toussaint L’Ouverture c’est qu’elle soigne ses publications, en tant qu’objet livre j’entends, et le rendu visuel est si soigné qu’ils nous feraient lire n’importe quoi. Sauf qu’elle ne soigne pas que la forme et que ce qu’elle nous donne à lire n’est de loin pas n’importe quoi. Ce Délivrez-nous du bien ne fait pas exception. Initialement publié en janvier 1976 aux Etats-Unis, ce premier roman de l’autrice Joan Samson fut aussi son dernier, car tragiquement fauchée par un cancer en février de la même année, à 38 ans seulement. Presque un demi siècle plus tard, le voici enfin publié en France.

Alors que la vie suivait son cours comme elle l’a toujours suivie dans la petite ville de Harlowe, un certain Perly Dunsmore fait son apparition. Priseur charismatique, qui présente bien, parle bien et n’ayant aucun mal à convaincre les gens quand il s’adresse à eux, va progressivement manipuler et duper les habitants. Il se fait, en quelque sorte, prêcheur investi d’une mission quasiment messianique. Il annonce un futur radieux pour Harlowe mais pour ce faire, pour entreprendre tous les changements nécessaires, il pousse les gens à se délester des quelques biens qui trainent chez eux pour ensuite les vendre dans des enchères de plus en plus nombreuses. Dans un premier temps, les sommes récoltées servent à développer de façon disproportionnée la police locale. Des adjoints sont nommés les uns après les autres et envoyés chez les particuliers pour les délester de leurs biens, au point de les déposséder entièrement. Etrangement, alors que la police se développe, là où tout était plutôt calme, les incidents se multiplient. La famille Moore, impactée comme beaucoup, perd la grande majorité de ses biens. Mais que se passera-t-il quand Mim et John Moore n’auront plus rien d’autre que leur terre et leur petite fille ? Pourquoi tout le monde se laisse ainsi faire ? Vont-ils perdre leur terre, voire leur petite fille ? Qui est le plus coupable ?

Dans un style d’écriture de facture assez classique mais parfaitement maîtrisé, Joan Samson installe, très lentement mais méticuleusement, toute une atmosphère, un décor, dans lequel la peur se répand telle un poison. Cette peur est le produit, entre autres, d’un capitalisme à outrance et d’un fascisme latent. Une tension rampante mais constante. Bien que cité comme influence par Stephen King pour son livre Bazaar, Délivrez-nous du bien n’est pas un livre horrifique à proprement parler. Il n’y a rien de frontal ici. Le mal s’installe subtilement. On est plus entre le thriller psychologique et le grand roman américain. Si le dénouement tarde à arriver, il est néanmoins fort,  mais tout ici réside dans la lente progression des faits.

A l’évidence, Délivrez-nous du bien de Joan Samson est un roman plus que recommandable et dont il y a largement matière à discuter. Nul doute qu’il en fascinera certain(e)s autant qu’il en frustrera. Il y a tout à parier que, si Joan Samson avait eu l’opportunité d’écrire d’autres livres, elle serait aujourd’hui certainement citée parmi les noms incontournables de la littérature américaine.

Brother Jo

ROSE MUSEAU de Jean-Pierre Ancèle / Editions Fugue.

Au temps où la banlieue était à la campagne, on rencontrait parfois sur les marchés des dresseurs de rats. C’est le métier d’Urbain, qui habite un petit pavillon avec sa fille Paulette, surnommée Belette. Sa rencontre avec Modard, acrobate de cirque, et leur complicité scellée autour de quelques bouteilles de sauvignon vont infléchir leur destin : sauront-ils ensemble déjouer les affreuses manœuvres qu’un voisin ourdit au fond de son hangar ? Élucider la mystérieuse attaque perpétrée par le plus agile des rats, au museau d’un rose si tendre qu’il réconcilierait presque les hommes avec sa race ? Apprendre pour de bon les secrets de la conjugaison à Belette ? Savoir, enfin, où disparut un jour la maternelle Félie ?

Longtemps professeur de littérature anglaise en classes préparatoires, Jean-Pierre Ancèle se consacre désormais à l’écriture. Après Au rendez-vous des Pas-pareils, un premier roman publié chez Phébus en 2022, il récidive avec Rose museau, un deuxième roman cette fois-ci publié aux éditions Fugue.

Un peu à l’instar du Lapin maudit de Chung Bora que j’avais chroniqué ici, la couverture de Rose museau passe difficilement inaperçue avec son rat vêtu de lunettes de soleil noires et d’un blouson en cuir noir. Non seulement elle ne passe pas inaperçue, mais elle fait partie de ces couvertures dont on se souvient même si l’on devait oublier le contenu du livre. A l’éditeur, j’ai envie de dire, bien joué !

A couverture insolite, livre inattendu. Enfin, pas certain que ce soit toujours le cas, mais c’est la logique que j’ai en tête. Ici, tout du moins, ça se vérifie. Drôle et décalé. C’est un peu là les traits principaux qui caractérisent Rose museau. Ce qui est décalé n’étant pas du goût de toutes et tous, il est évident qu’il ne fera pas le bonheur de tout le monde. Si vous n’êtes pas réfractaire à cela, vous passerez, à minima je pense, un agréable moment à lire ces quelques 229 pages.

Ce n’est certainement pas l’action, ni même franchement l’intrigue, qui fait la force de ce roman. Car, autant le dire, il ne s’y passe pas grand-chose. On a un acrobate qui vient à la rencontre d’un éleveur et dresseur de rats, bien embêté depuis que son rat le plus fameux a fait des siennes sur le marché où il se produit. L’acrobate se rend chez l’éleveur en question, où il fera la connaissance de sa fille, de son voisin/propriétaire louche et d’un commerçant du coin. Et tout ce petit monde va converser dans un cadre bien rural et pas tout rose, voire plutôt noir. Et pour causer, ça cause beaucoup. Beaucoup de dialogues. Même notre rat s’y met. Faut donc aimer cela sinon, fatalement, il y a moyen de passer facilement à côté du livre. Mais ces dialogues sont aussi sa force. L’écriture, très orale, est, dans son genre, tout à fait maîtrisée. C’est du parler populaire de bout en bout. Il y a un petit – et je dis bien un petit – quelque chose de Céline, avec une touche d’Audiard et un poil de Jeunet. Ça devrait vous donner une idée de l’univers de ce Rose museau. Au fil de ces dialogues, on se demande si on va vraiment aller quelque part, où on ne va, finalement, jamais vraiment. Le plaisir de la lecture réside ici, surtout, dans la langue et nos quelques personnages assez hauts en couleurs qui nous font parfois sourire. 

Rose museau de Jean-Pierre Ancèle est une étonnante surprise. Avides de lectures qui ne s’inscrivent pas pleinement dans des codes, que l’on ne peut pas tout à fait catégoriser, vous aurez là de quoi passer un bon et amusant moment. Et pour les autres, que dire ? Osez donc !

Brother Jo.

EN AVEUGLE de Eugene Marten / Quidam

In the Blind

Traduction : Stéphane Vanderhaeghe

Un homme sorti de prison revient sur les lieux de son passé douloureux, une ville qu’il n’est plus sûr d’avoir connue et où grouille une misère anonyme. En quête d’une deuxième chance, il trouve une chambre dans un quartier mal famé. Le désœuvrement le conduit chez un serrurier d’origine syrienne, qui le prend sous son aile et lui apprend les ficelles du métier. De quoi lui fournir un salaire – et un peu de contact humain. Mais à quel prix retrouver une forme de liberté ? 

Découvert, en France, l’année dernière avec la parution du fascinant Ordure chez Quidam, Eugene Marten roule sa bosse comme écrivain plus de 20 ans outre-atlantique. En aveugle, le deuxième livre que Quidam publie de lui en ce début d’année 2024, est en fait son tout premier roman. Un auteur aussi remarquable que décontenançant et dont l’originalité, à mon sens, fait de lui une voix incontournable de la littérature américaine contemporaine. 

Si vous aviez aimé Ordure, vous apprécierez retrouver la froide et clinique plume de notre auteur. A nouveau, ou déjà (celui-ci ayant été écrit avant Ordure), Eugene Marten est dans l’économie de mots. Des phrases courtes et beaucoup de détails laissés de coté. En tant que lecteur, cela demande un minimum d’imagination pour arriver à se projeter hors champ et tenter de saisir ce qui, contrairement à ce dont on a l’habitude, ne nous est pas dit ici. 

Notre narrateur, qui demeura sans nom, fait son retour dans une ville, elle aussi sans nom, après ce que l’on apprend par bribes au fil des pages, un accident de voiture sous l’emprise de l’alcool qui lui vaudra quelques années de prison. Cet accident, aux conséquences dramatiques, le condamne à porter un bien lourd passé. Ainsi, il arrive là, sans vraiment être là. Un peu éteint et sans véritable but, il entame – et le lecteur avec – une sorte d’errance urbaine. Nous ne savons pas véritablement d’où il vient, n’y où nous sommes, et encore moins où nous allons. Il n’y a pas d’intrigue en tant que tel. Rien à quoi vraiment se raccrocher n’y s’attacher émotionnellement. On suppose, que peut-être, quelque chose finira par se passer. Une sorte de vide qui nous happe.

Ce qui devient notre fil conducteur c’est le boulot que va se trouver notre narrateur. Serrurier. Un univers qu’il découvre complètement et nous avec. Plus il en apprend sur le sujet, plus nous apprenons. Plusieurs passages du livre, particulièrement maitrisés et documentés, sont consacrés à des mécanismes de serrures et de clés. La précision et la méticulosité dont Eugene Marten fait preuve élève véritablement la serrurerie au rang d’art. Bluffant et impressionnant. Ainsi, au fil d’interventions sur le terrain, le narrateur développe ses compétences et reprend, en quelque sorte, la main sur sa vie. Mais derrière chaque serrure, chaque clé, il y a un ou une cliente et l’on apprend vite que toutes les portes ne sont pas bonnes à ouvrir. On espère, et peut-être que notre narrateur aussi, qu’une de ces clés permettra un jour de s’extraire de la misère et la médiocrité dans lequel le monde semble couler. Sauf que la réalité est ce qu’elle est.

« Il faut vivre avec soi-même si on veut vivre par soi-même.

J’avais une baignoire mais pas de douche. Un homme à l’autre bout du couloir a fait une overdose. J’ai mangé la croute d’un bout de pain avant de faire une boule avec la mie. J’ai songé à me raser en me brossant les dents, me suis rasé en songeant à la suite. Sa porte était ouverte quand je suis passé. Il était à genoux sur le sol, en sous-vêtements, visage contre le lit comme s’il s’était endormir en récitant ses prières. Tube en caoutchouc autour du bras. Un flic gribouillait dans un carnet. Plus tard j’ai entendu quelqu’un frapper à sa porte.

J’ai regardé par la fenêtre à l’heure de pointe et j’ai vu deux personnes s’embrasser sur le trottoir. Les gens sinon passaient tous les uns à travers les autres.« 

En aveugle est un roman d’un noir sans emphase, mais véritable et profond. De prime abord impénétrable mais définitivement pénétrant. Un livre passionnant d’un auteur qui mérite toute votre attention. 

Brother Jo.

BILAN BROTHER JO 2023

Littérairement parlant, 2023 m’aura réservé son lot de surprises. Moi qui aime bien l’inclassable, j’ai particulièrement apprécié Ce qui vit la nuit de Grace Krilanovich. Je me suis également pris d’affection pour Jerry Stahl avec son NEIN, NEIN, NEIN ! La dépression, les tourments de l’âme et la Shoah en autocar (ce titre est parfait !) et la réédition de Permanent midnight. Et puis cette claque bien brutale que je me suis prise avec Black flies de Shannon Burke. Je pourrais tout aussi bien m’étaler à nouveau sur la beauté de Trop loin de Dieu de Kim Zupan. Quelques grands livres donc et d’autres très bons. On oubliera l’oubliable.

CE QUI VIT LA NUIT de Grace Krilanovich / Editions Le Gospel

Mettez Louis-Ferdinand Céline, Williams S. Burroughs, Charles Baudelaire, GG Allin et Charles Burns dans une pièce, filez leur un bon stock de buvards de LSD et psilocybes, demandez leur d’imaginer une histoire de vampires dans les décors de Twin Peaks (le Nord-Ouest Pacifique), et le résultat devrait se rapprocher de ce qu’a réalisé Grace Krilanovich avec Ce qui vit la nuit. Un roman fou, sale et obsédant. On a là un souffle de liberté salvateur qui explose les codes et délie l’imagination. Incontournable !

NEIN, NEIN, NEIN ! La dépression, les tourments de l’âme et la Shoah en autocar de Jerry Stahl / Rivages

Amateurs d’humour non filtré (ce qui tend à manquer par les temps qui courent), ou simples curieux d’approcher l’Histoire sous un angle (clairement) différent, ce Nein, Nein, Nein ! La dépression, les tourments de l’âme et la Shoah en autocar ne devrait pas vous laisser insensible. Une parenthèse (toujours ces parenthèses!) bienvenue de franche rigolade, de traits d’esprits douteux et un bain d’Histoire – au regard du monde tel qu’il est aujourd’hui – nécessaire pour rafraîchir un peu les mémoires. Aussi jouissif qu’impertinent ! Une lecture de premier Shoah.

PERMANENT MIDNIGHT de Jerry Stahl / Rivages

Dans son genre, Permanent Midnight est un chef-d’œuvre. Un classique voué à faire éternellement référence dans une certaine littérature de la drogue mais dont la portée va bien au-delà. Une lecture aussi tragique que comique qui reste gravée en mémoire. 

BLACK FLIES de Shannon Burke / Sonatine

Black Flies est un roman d’une noirceur abyssale au style implacable. Une intense plongée dans les bas-fonds de la vie. Une lecture terrassante dont on ressort méchamment sonné. N’ayons pas peur des mots, nous avons là une fulgurance littéraire. Un coup de maître !

TROP LOIN DE DIEU de Kim Zupan / Gallmeister

Trop loin de Dieu est un brillant mais douloureux roman noir sur les petites gens d’une Amérique profonde en proie à ses démons. Kim Zupan déploie toute une galerie de personnages usés, enchaînés à leur quotidien et qui semblent oubliés de tous, sur lesquels il porte néanmoins un regard plein d’humanité, dans un livre d’une grande beauté et saisissant de justesse.

LE PLUS GROS JEU d’Al Alvarez / Métailié

Al Alvarez nous offre une plongée réaliste et immersive dans l’univers du poker au coeur même de Las Vegas. Le plus gros jeu est un livre fascinant et passionnant. Ecrit d’une main de maître, il a tous les atouts pour satisfaire bien plus que les amateurs de poker.

CABDRIVER de Dege Legg / Editions du Sonneur

Ecrit simplement et avec sincérité, Cabdriver est un instantané, aussi crépusculaire que lumineux, des bas-fonds de la vie. Avec Dege Legg pour chauffeur, on plonge en taxi dans les vicissitudes de la vie et on parcourt les fêlures, les travers et les plaies du tout un chacun. Une courte lecture qui en dit long sur l’humanité. 

MOUREZ JEUNESSES de Christian Casoni / Le mot et le reste

Christian Casoni signe un polar assurément bien ficelé au héros attachant. C’est excellemment bien écrit, riche en matière et répliques ciselées qui surinent. Foncièrement drôle sans oublier d’être noir. Les amateurs seront ravis, les autres aussi. 

CLIENT MYSTÈRE de Mathieu Lauverjat / Scribes / Gallimard

Client mystère est un premier roman qui a tous les atouts pour faire parler de lui, comprenez par là un sujet totalement dans l’air du temps et une écriture qui s’imprime avec force dans le cerveau du lecteur. Un livre autant taillé pour le pur plaisir de la lecture que pour éveiller les consciences.

PLAN AMERICAIN de Seth Greenland / Editions Liana Levi

Plan américain est un roman d’initiation perspicace et intimement new-yorkais dont on ne peut qu’apprécier la lecture.

Si, musicalement, l’année 2023 fut une fois de plus riche en découvertes, nombreux furent les grand(e)s artistes qui nous ont quittés. Parmi eux, je peux citer Sinéad O’Connor, Sixto Rodriguez, ou encore l’irremplaçable Shane MacGowan. Un autre géant qui s’en est allé, c’est l’incroyable Ryuichi Sakamoto. Pour la peine, je ne peux que vous inviter à l’écouter, ainsi qu’à visionner cette sublime vidéo live du titre Merry Christmas Mr. Lawrence, filmée peu de temps avant sa disparition, alors même qu’il se savait déjà condamné. C’est purement et simplement sublime.

Brother Jo.

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