Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Wollanup (Page 79 of 80)

Entretien avec AHMED TIAB à propos de « le Français de Roseville » chez l’Aube.

Ahmed Tiab est l’auteur d’un premier roman « le Français de Roseville » édité par les éditions de l’Aube paru ce mois de janvier qui m’a plu pour cette découverte de la ville d’Oran à diverses époques contemporaines et aussi pour son héros le commissaire Kémal Fadil personnage humain et dont le comportement nous fait espérer une suite. Voulant en savoir un peu plus sur cet auteur, j’ai posé quelques questions à Ahmed Tiab.

Votre présentation par l’éditeur est très brève et vous ne laissez que très peu de traces sur le net, alors qui êtes-vous Ahmed Tiab?

Difficile de dire qui on est. Le plus simple serait de vous dire que je suis né à Oran en 1965 et que je vis en France depuis 1990. A l’école primaire, j’ai appris le français, j’ai donc depuis le début vécu sous les deux cultures. J’ai fait différents métiers avant de devenir enseignant contractuel . J’insiste souvent sur ce dernier qualificatif car il ne m’enferme pas dans ce métier. J’aime avoir le choix ainsi que la liberté de changer pour continuer à aimer ce que fais. Aujourd’hui j’aime enseigner les langues étrangères, j’aime écrire.

Comment vient-on à l’écriture? Quel est le moment déclencheur?

Mon élément déclencheur pour le premier roman fut le visionnage d’un documentaire sur la rénovation du quartier de la Marine à Oran sur internet. Le réalisateur interrogeait des vieux sur la vie du quartier d’avant. Ils donnèrent tous une version plus humaine de la coexistence difficile certes, entre arabes, français et espagnols à Oran. J’aimais le côté bienveillant de leur récit. En Algérie l’histoire officielle, avec un grand H, est extrêmement cadrée. Trop peut-être.

Comment définiriez-vous votre roman, de façon plus précise que sur la quatrième de couverture ? Est-ce seulement un polar pour vous? Ou ce genre a-t-il juste été un instrument pour parler d’autre chose?

Je pense que l’intrigue polar me sert de prétexte pour parler des travers de la société que j’ai connue. J’avais envie de rendre certaines choses plus simples, voire banales. Décharger les vivants des héritages parfois trop lourds, qui empêchent d’avancer. Chercher l’apaisement et laisser penser que le bonheur du moment n’a que faire de l’histoire, ni de la vérité, fut-elle cruelle.

Votre roman est une ode à Oran, quelques mots amoureux pour décrire votre ville natale?

Je pense que cette ville a été jetée en pâture à l’incompétence générale. Elle mérite d’être élevée au rang de capitale Méditerranéenne comme Barcelone, Marseille ou Beyrouth qui après des décennies de guerre, fleurit pourtant à nouveau intellectuellement et artistiquement.

Pour quelle raison avez-vous quitté l’Algérie en 1990?

J’ai vécu les prémices de l’arrivée des islamistes dans le pays. Je ne voulais pas vivre dans une boîte noire. Claustrophobie.

Vous êtes un observateur et en même temps un acteur de la société française depuis 25 ans. Votre opinion du pays a-t-elle évolué depuis votre arrivée en France, avez-vous remarqué des mutations?

Énormes ! La mondialisation est passée par là. La ville est aujourd’hui surpeuplée (exode rural) et ses murs sont détériorés. L’infrastructure n’a guère évolué et les bidonvilles continuent à fleurir. A croire que la rente gazière, ce n’était que du… vent, justement.

Vous êtes enseignant et vous avez dû échanger avec vos élèves sur les attentats de janvier et de novembre. Comment, avec vos origines et votre confession (Commentaire: si vous n’êtes pas musulman, ce que j’ignore, comment avec les à-priori qui se sont créés en France sur les musulmans, les Arabes et particulièrement les Algériens, vous, au cœur du débat, de façon fortuite, avez-vous pu faire cet effort pédagogique demandé par le ministère) avez-vous traité ces événements?

Non. J’ai préféré laisser aux professeurs d’éducation civique qui sauraient intégrer l’élément dans leurs cours de façon naturelle. J’interviens pour ma discipline pour rappeler les grands principes républicains et la notion de liberté d’expression et de démocratie en des circonstances précises : guerre d’Espagne, Chili 1973, Argentine, Churchill, WWII etc …

Vous semblez bien connaître la société algérienne actuelle et ses problèmes que vous évoquez dans votre roman, retournez-vous souvent à Oran, avez-vous le souhait de retourner y vivre?

J’y retourne tous les deux ans environ. Mon pays c’est là où je vis. Je suis Français, mes enfants aussi. Mes amis, mes passions, mon jazz.

Quels sont vos auteurs favoris, lesquels vous ont donné envie d’écrire, quels auteurs algériens faut-il connaître ?

Je lis de tout. J’aime particulièrement Camus, Amine Maalouf et bien d’autres. Les algériens, il y a Djaout, Feraoun, Yacine, plus proche de nous il y a, Khadra et Maissa Bey.

Et bien sûr, quelle est la question que j’ai oubliée de vous poser ? avec la réponse évidemment ! Tout en vous remerciant de votre disponibilité.

De quoi parlera le deuxième opus « Le désert ou la mer » ?

Vous aurez la réponse en Avril.

C’est moi qui vous remercie pour vos encouragements.

Sans titre 3

Entretien réalisé par mail entre le 24 et le 26 janvier 2016.

Wollanup

LE FRANÇAIS DE ROSEVILLE de Ahmed Tiab/Editions de l’Aube.

 

Ahmed Tiab, enseignant à Nyons signe ici son premier roman aux éditions de l’Aube. Originaire d’ Oran en Algérie, il dresse un portrait attachant de sa ville à différentes époques contemporaines par le biais d’un polar d’investigation tendance cold case.

« Oran, Algérie. Le commissaire Kémal Fadil est appelé sur un chantier de rénovation du quartier de la Marine, où viennent d’être retrouvés des restes humains datant vraisemblablement des années 1960. Il semble qu’il s’agisse d’un enfant qui portait autour du cou un crucifix. L’enquête ne s’annonce pas simple ! En réalité, elle avait été commencée bien plus tôt, menée par des policiers français… »

Ce résumé m’a immédiatement évoqué Indridason et de fait, de par sa belle plume et de par sa narration Ahmed Tiab peut être considéré comme un disciple convainquant du maître islandais dès ce premier essai.

Personnellement, ce roman m’aura permis d’avoir une image d’ Oran moins empreinte de relents de colonialisme. Enfant j’ai fait mes premiers pas incertains dans cette ville, fils d’un militaire en garnison à Oran. Alors cet aspect émotionnel influence peut-être mon comportement de lecteur et de chroniqueur mais j’ai effectivement été séduit par ce roman.

En présentant Oran aux débuts des années 50 au crépuscule des colonies avec l’arrivée d’un Breton, obscur fonctionnaire et personnage central de l’intrigue policière, puis au début des années 60 pendant les années de la Révolution et enfin de nos jours, Ahmed Tiab montre son attachement à la ville, décrit ses gens, son ambiance la faisant ressembler à tant d’autres belles villes méditerranéennes.

Dans une première partie, nous faisons connaissance avec Kémal commissaire de police et de son pote Moss légiste en chef et version algérienne de Clete Purcel par sa corpulence, ses goûts vestimentaires et sa fidélité en amitié. L’environnement du héros ne nécessitait peut-être pas autant de précisions même si c’est l’occasion de rencontrer un homme comme Che Guevara venu soutenir le peuple algérien qui venait de conquérir son indépendance mais aussi de bien asseoir ce qui semble bien être le premier volume d’ une série.

Puis une histoire de sales types racontée avec une plume précise et agréable. Un coup pourri pensé et réalisé par des minables, une tragédie prévisible et un immunité gagnée à la faveur du flou de cette période qu’évoque l’auteur par petites touches montrant les rapports qui régissaient Français et Algériens à l’époque. Si ce n’est absolument pas un polar sur la guerre d’Algérie, elle est néanmoins souvent présente en arrière plan comme les problèmes actuels, d’émigration communs à toutes pays du bassin méditerranéen, de fanatisme religieux.

Une belle surprise.

Wollanup.

PS: j’aurai quand même une question perfide…Pourquoi le crucifix présent sur certaines couvertures trouvées sur le web a-t-il disparu de la couverture officielle du roman  ?

 

 

LA FEMME QUI AVAIT PERDU SON ÂME de Bob Shacochis chez Gallmeister

Traduction:François Happe.

 

Bob Shacochis n’est pas un inconnu des lecteurs français puisque est déjà paru chez nous « Au bonheur des îles » également chez Gallmeister. Pour ce nouveau roman paru en 2013 aux USA, il a été finaliste du prix Pulitzer devancé par « le chardonneret » de Donna Tartt. Si les deux romans n’ont pas grand-chose en commun, on peut néanmoins dire qu’ils partagent une qualité d’écriture qui habille toujours ce qu’on appelle les grands romans.                                                                                                                                                                   Correspondant de guerre lors de la deuxième occupation  d’Haïti par les Américains en 1994 succédant au terrible précédent débuté en 1915 et terminé en 1934, Shacochis s’est servi de son expérience pour situer une partie de son intrigue dans cette île, première de la Caraïbe à avoir obtenu son indépendance, modèle à suivre autrefois et maintenant honte de tous les Caraïbéens tant le fiasco du pays est visible.

« Jackie Scott, alias Renee Gardner, aussi connue sous le nom de Dottie Chambers ou Dorothy Kovacevic, est retrouvée morte au bord d’une route en Haïti. Qui était-elle réellement et dans quelles circonstances vient-elle de disparaître ce jour de 1998 ? Nombreux sont les hommes qui aimeraient répondre à ces questions et comprendre cette femme qui les obsède. De l’avocat Tom Harrington au membre des forces spéciales américaines Eville Burnette, chacun tente de rassembler les pièces du puzzle. Mais comment percer le mystère de cette fille de diplomate, familière depuis toujours de ceux qui façonnent l’histoire du monde dans l’ombre des gouvernements. »

Alors comme « la griffe du chien » de Winslow, comme « Underworld USA » de Ellroy dont une partie se passe aussi en Haïti, « La femme qui avait perdu son âme » est un roman impressionnant de 800 pages qui nécessite une grande disponibilité, une attention soutenue mais qui seront récompensées au centuple. Ceux qui ne sont pas venus à bout de « Pukhtu » de DOA vont connaître des difficultés au moins similaires. Le propos est complexe mais très clair si vous faites l’effort de chercher sur tablette ou ordi des compléments d’information aux faits et périodes qui vous sont présentés et que vous avez oubliés et tout cela avec un style magnifique, fruit de 10 années d’un travail colossal pour votre éblouissement. J’ai parlé de Haïti en préambule mais il y a aussi les Balkans et la Croatie, l’Afrique, l’Allemagne, la Turquie, les USA bien sûr…dans un décor complexe pour vous offrir 50 ans de guerre sur la planète, un demi-siècle d’horreur quel que soit le pays couvert avec la même cruauté humaine quelle que soit la latitude.

Formidable roman d’espionnage comme les œuvres de Le Carré, « La femme qui avait perdu son âme » est aussi un magnifique roman d’amour et un réquisitoire terrible contre l’homme guerrier tout en donnant de nombreuses clés géopolitiques. Il serait vain de tenter de parler de ce qui s’y passe réellement mais sous la description de théâtres sanglants, derrière l’aventure se glissent de bien beaux sentiments, de belles pages à savourer et des réflexions sur l’humanité de très, très haut vol.

« La femme qui avait perdu son âme » est un roman génial dans lequel  il faut faire l’effort d’entrer pour les 150 premières pages et qu’on ne peut quitter ensuite qu’à regret, ébahi,ébloui  par la formidable histoire qu’on a vécue.Vous n’en sortirez pas indemnes.

Géant.

Wollanup.

PSYCHIKO de Paul Nirvanas /Mirobole

 

Mirobole offre souvent des romans originaux, des destinations inédites et c’est certainement une bonne bouffée d’air frais car ces bouquins sont moins formatés que le reste de la production. Et ici, on remonte le temps avec ce roman grec datant de 1928 et sorti à l’époque sous forme de feuilleton, ce qui garantit des chapitres assez courts d’une part et des situations qui incitent à poursuivre sa lecture ardemment sans passages plus introspectifs qui pourraient lasser le lecteur d’une oeuvre feuilletonesque.

« Anti-héros et probable cas clinique, Nikos Molochantis, jeune rentier désœuvré, est prêt à tout pour obtenir son quart d’heure de célébrité. Il a donc la brillante idée de se faire passer pour l’assassin d’une femme retrouvée morte dans un quartier d’Athènes.Grâce à la presse fascinée par cette affaire, Nikos se retrouve enfin sous les feux de la rampe, suffisamment près de la guillotine pour être une vedette. Le stratagème parfait… À ceci près qu’il risque de fonctionner au-delà de ses espérances. ».

Que toutes celles et ceux qui craignent de lire une antiquité grecque se rassurent le style est moderne, peut-être le travail de Loïc Marcou le traducteur, et si l’intrigue policière n’a pas la puissance et la violence d’œuvres plus contemporaines, on peut tout à fait la comparer à certaines oeuvres du divin Sicilien Camilleri. Le ton est malicieux proche d’une fable dont je tairai bien sûr la morale.

Dès le début, on sait que ce jeune branleur Nikos va se retrouver le dindon de sa farce et il est assez jouissif de voir son plan pourtant « bien » préparé se retourner très vite contre lui et de le voir se frotter au peuple grec qui n’existait auparavant que pour mieux le servir.

Au fil des pages et des aventures et surtout mésaventures de Nikos, se révèle aussi un portrait de la société grecque de l’époque avec cette bourgeoisie oisive, un peuple vivant de combines et d’expédients, de journalistes véreux et de forces de police aussi apathiques qu’ incompétentes.

L’intrigue et la description de la société font de ce « Psychiko » une petite perle d’humour, qui, sans être irrésistible offre un bon moment de lecture décalé loin des tristes préoccupations modernes, un peu comme les vieilles comédies italiennes genre « le pigeon » de Monicelli.

Wollanup.

 

SI TOUS LES DIEUX NOUS ABANDONNENT de Patrick Delperdange/Série Noire

Et il semblerait donc que la campagne devienne le nouveau territoire à la mode du roman noir si l’on voit les sorties des maisons d’édition ces derniers mois.

Après les bouseux ricains des dernières années défoncés à la meth et auteurs des pire outrances, sont arrivés les ruraux français avec un ton moins destroy et un petit côté poétique et philosophe, le fameux bons sens des gens du terroir ce qui me fait parfois bien sourire, pour rester poli, en notant les  élans d’ admiration de certains citadins s’extasiant devant la vie à la campagne et voyant en ces rustres solitaires, loin de tout et abandonnés de tous, les nouveaux héros romantiques modernes avec leur bon sens et leur vie en harmonie avec la nature et ses cycles.

Je vais me faire encore des amis mais tous ceux (les lecteurs) qui vantent ces nouveaux « Indiens » devraient venir vivre un peu dans nos campagnes au milieu de l’hiver plutôt que pendant la belle saison. La campagne, et je sais de quoi je parle, ce n’est pas l’Eden que s’imaginent certains bobos après la lecture de certains romans ou un bref passage en ciré jaune et bottes Aigle, pour mon coin. La campagne,  comme la ville, c’est aussi parfois très déprimant, c’est souvent dur de par cette désertification voulue par un pouvoir bien trop centralisateur depuis des décennies et si peu sentimental pour des raisons économiques avec la fermeture des écoles ( la pire des calamités), le départ des services publics, l’absence de services de santé de proximité, le match de foot du dimanche comme seul rendez-vous dominical en dehors de la messe. Et puis les mentalités parfois… les urnes bourrées de votes fachos dans des villages où on n’a pourtant jamais vu un émigré… Certains romans puent la contrefaçon comme le pitoyable film « les petits mouchoirs » et d’autres sonnent authentiques, vous racontent des vraies vies sans la rosée dans l’herbe du matin, la brise sur la lande tourmentée, sans cette imagerie déplacée qui donne à penser qu’à la campagne, tout le monde serait un peu poète.

Et ce roman de Patrick Delperdange, qui est loin d’être un débutant, sonne vrai, on y décrit la campagne belge mais ça pourrait être aussi la France ni belle ni moche ni accueillante ni hostile, une terre qui est le théâtre des peines et des joies de ses habitants et qui n’a finalement de charme que pour les touristes, un sanctuaire qui rassure mais emprisonne aussi. Et dans ce coin de Belgique, une fille qui fuit, un vieux qui s’ennuie à mourir et un pauvre gars qui se prend pour un cador. Leurs routes déjà bien accidentées vont se croiser pour le meilleur pensent-ils et pour le pire évidemment.

Pas de descriptions léchées, pas de couchers de soleil bucoliques, des existences bousillées par l’usure, les mauvais choix, les mauvais gestes qui n’en font pas des crapules mais… Tout banalement, la réalité monotone, le poids des ans pour l’un, de la bêtise pour l’autre et la fuite pour la dernière et ces trois-là vont tenter de s’en sortir, égoïstement, révélant leur piètre côté sombre.

Alors, ce n’est pas un bouquin qui va vous rendre euphorique mais c’est un vrai bon roman avec des gens que vous pourriez connaître dans des galères ordinaires avec des réactions parfois  stupides et finalement bien humaines… dans un coin où tous les dieux se sont barrés, et grand bien leur fasse d’ailleurs, depuis des lustres.

Humain!

Wollanup.

PS1: Superbe couverture!

PS2: La Belgique, j’aime bien: la zik, les polars mais pas touche à notre Euro en juin!

« I don’t know, oh I don’t know
Where you’ve gone now
I belong, I still belong
To this here and now. »

LE REVENANT de Michael Punke/Presses de la Cité

Ne vous fiez surtout pas à la magnifique couverture qui semble issue de l’œuvre du peintre Friedrich, point de romantisme ici dans ce premier roman mais une histoire d’homme terrible, un western old fashion racontée par un Américain représentant permanent des Etats-Unis auprès de l’OMC et ancien directeur des affaires économiques internationales à la Maison Blanche.

« 1823, Missouri. Tandis qu’une première expédition a été attaquée et annihilée par une tribu indienne, la Rocky Mountain Fur Company force sa chance et engage une poignée d’hommes dans une nouvelle tentative pour rallier Fort Union par un trajet inédit et périlleux. Parmi l’équipée, le trappeur Hugh Glass est attaqué par un grizzli quelques jours après le départ. Défiguré, la gorge et l’abdomen dévastés par les coups de pattes de l’animal, il est laissé en arrière avec deux hommes, chargés de le veiller jusqu’à sa mort. Mais Glass s’accroche à la vie. Et chaque heure qui passe rend le trajet pour rallier Fort Union plus dangereux à Fitzgerald et au jeune Jim Bridger, tous deux portés volontaires pour rester avec Glass. Convaincu par le premier d’abandonner leur compagnon agonisant à son funeste sort, Bridger disparait à son tour dans les bois. C’est la dernière image que le trappeur gardera de ses anciens partenaires.
Quelques heures plus tard, contre toute attente, il reprend connaissance. Il est seul, en territoire indien, sans arme, sans nourriture. Incapable de se déplacer, souffrant le martyre en raison de ses blessures infectées, délirant, déshydraté, il s’accroche à la vie comme un damné. Son unique motivation : la vengeance. Peu à peu, mû par la colère et aguerri par l’expérience d’une vie hors norme, il reprend des forces. »

« The revenant » sorti aux USA en 2004 est l’histoire romancée du trappeur Hugh Glass attaqué par un grizzli et abandonné moribond au milieu d’un no man’s land hostile, sans arme et nourriture, par des compagnons d’infortune peu scrupuleux et pressés de rejoindre le groupe pour pouvoir mieux affronter le péril occasionné par les Arikaras, Indiens pour le moins hostiles et aux mœurs brutales et aux méthodes ingénieuses en matière de traitements réservés aux prisonniers.

On a bien ici un roman de ce que l’on appelle du « nature writing » popularisé par certaines maisons d’édition et qui plait tant aux amoureux de grands espaces et d’une certaine Amérique fantasmée. Si certains de ces romans sont parfois un peu trop contemplatifs, trop situés dans une pseudo-harmonie entre l’Homme et la nature (au point que l’on se croirait chez « nature et découverte ») ou plutôt entre un lecteur fantasmant des rêves perdus de cowboy et la nature américaine avec tout le folklore qu’on aime y trouver : loups, grizzlis, grandes plaines inviolées, Indiens souvent bien plus aimables et philosophes que dans la réalité, feux de camp nocturnes, « pork and beans ». On y est mais pas trop quand même car Punke qui a déjà écrit deux ouvrages sur l’histoire de l’Ouest américain connaît parfaitement son sujet et sa prose rend passionnante l’histoire légendaire d’un Hugh Glass alors que dès le titre et la carte montrant son périple dans les premières pages, on sait que l’homme armé par la rage va tout faire son possible et même l’impossible pour retrouver ceux qui l’ont trahi.

Quand on regarde le portrait (réel ou imaginaire) de Hugh Glass, on se doute que sa quête a des chances d’aboutir car cet homme qui a déjà connu des moments difficiles dans sa vie notamment un période de pirate aux côtés de Laffitte racontée par Punke semble déterminé.

Sa présence sur des blogs, dans des ouvrages sur l’épopée de la conquête de l’Ouest et bientôt à l’écran sous la direction de l’excellent réalisateur Alejandro González Iñárritu (Babel) avec Di Caprio (sortie le 26 février en France) dans le rôle vedette prouve que l’aventure de Glass reste un exemple pour certains Américains.

Punke a du talent et des connaissances très sures de la situation comme du cadre pour nous offrir un roman d’aventures sauvage qui m’a laissé une bonne impression même s’il n’est pas (encore) McCarthy ou James Carlos Blake et encore moins Jack London. On peut regretter peut-être un manque de profondeur des personnages mais l’ensemble donne un roman solide, prenant, malgré une certaine tendance à la dramatisation et un beau témoignage, et c’est le plus important, sur la vie de ces pionniers souvent sans foi ni loi qui à force de courage et de rage ont réussi les paris les plus inconcevables.

L’Amérique dont l’histoire est encore très récente a besoin de ces histoires, légendes pour affronter un présent si peu conforme aux vœux de société originels et Punke, par ce roman réussi, offre à travers l’histoire de Hugh Glass un portrait d’une Amérique battante, d’une Amérique qui ne renonce pas et si l’histoire est éprouvante, la lecture s’avère, elle, très agréable.

Wollanup.


FRENCH TABLOIDS de Jean -Hugues Oppel/Rivages

Hier,  j’ai entendu que M. Coppé s’imaginait (!!!!!!!!) un destin national et voulait se présenter aux primaires de son parti. J’ai failli m’étouffer de rire. J’aurais eu la même réaction si on avait parlé de M.Cahuzac… Vous ajoutez à cela les premières stratégies de notre président pour se placer pour la grande fumisterie de 2017 montrant sa complète ignorance du ressenti des Français et son complet alignement avec l’ancien président de triste mémoire. Vous complétez avec M. Juppé qui veut se vêtir du costume de chevalier blanc de l’ordre moral, de la réconciliation nationale sous son masque d’austérité travaillée de notable bordelais comme si on avait oublié le Juppé premier ministre, ses condamnations et ses casseroles avec les Français en masse dans les rues. Vous y ajoutez bien sûr des fachos en pleine forme et que droite et gauche veulent à tout prix voir prospérer pour créer une peur qui leur sera très utile en mai 2017 et vous avez un remake du 21 avril en gestation et que tous les candidats espèrent pour se retrouver seul au deuxième tour face à l’épouvantail fn et gagner avec un score de république bananière comme M. Chirac en 2002.

Ces gens prennent les Français pour des gogos amnésiques, répètent des discours qu’on les entend clamer depuis des décennies et ne sont intéressés que par le pouvoir. Aux USA entre autres, et même si le pays n’est pas un modèle de démocratie, un perdant est éliminé à vie de la conquête du pouvoir suprême. Ici, toujours les mêmes marchands de sornettes… « moi, président… » entre autres. ici , toujours la même caste de nantis énarques, ennemis à la scène mais copains comme cochons dans la vie qui reviennent inlassablement alors que les Français les désavouent,les jettent. Alors, pour bien entrevoir les magouilles, les coups fourrés qui pour l’instant ne sont destinés qu’au fn, et qui vont se développer dans les semaines à venir, il existe un roman extraordinaire d’un auteur essentiel, cousin des Manotti, DOA, Chainas, « French Tabloïds » de Jean Hugues Oppel. Le roman a déjà plus de 10 ans mais fait œuvre de démystification de la politique de la presse à la botte des partis et du pouvoir en donnant une explication plausible aux résultats nauséeux du 21 avril 2002.

« Du mois de mars au mois d’avril de l’année suivante : plus d’un an consacré à préparer les élections présidentielles. On ne s’y prend jamais assez tôt pour certains qui n’ont qu’un seul objectif : le candidat sortant doit être réélu. Coûte que coûte. Alors tous les coups sont permis.

Un commissaire au statut controversé, un spécialiste très méticuleux, un lieutenant de police ordinaire, un solitaire paranoïaque, des professionnels de l’information qui savent ce que manipuler l’opinion publique veut dire : autant de personnages aux trajectoires entrecroisées qui ont un rendez-vous avec l’Histoire sans le savoir ou en le sachant trop bien. ».

C’est géant et après, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas. Mais vous pouvez aussi continuer à regarder la grand messe du 20 h. Lisez ce bouquin, les « guignolades » ne vont pas tarder à envahir la vie du pays.

Wollanup.

 

 

 

WONDER LOVER de Malcolm Knox/Asphalte.

Il y a deux ans un émouvant Woodrell, l’année dernière un Gilardi exceptionnel, je tente de commencer l’année en chroniquant un roman qui pour moi fera date. Et en 2016, sur les bouquins qui me sont parvenus pour janvier et sortant en début de mois, deux m’ont profondément secoué dans des registres totalement différents, n’offrant aucune chance aux autres pourtant de premier choix, pour inaugurer cette nouvelle année;

Le premier, « La femme qui avait perdu son âme » de Bob Shacochis chez Gallmeister est un monument, un Everest à conquérir et à chroniquer comme à réellement comprendre finement et attendra un peu son heure et nécessitera un traitement spécial comme un « Pukhtu », un « Underworld USA » tant la puissance du texte, son intelligence, son érudition, son écriture en font un modèle de thriller politique et mais aussi d’histoire d’amour filial.

Le second, à priori, n’ aurait jamais dû être sur ma table de chevet sans l’avis d’Estelle Durand d’Asphalte, une muse, qui après, « Basse Saison » de l’Argentin Saccommano, après « Tant de chiens » du Chilien Quercia, vient encore nous éblouir avec un roman magnifique de l’Australien Malcolm Knox, dont la simple évocation du nom doit métamorphoser vers l’allégresse les lecteurs de son précédent roman « Shangrila ».

« Wonder Lover » n’est pas un polar, pas un thriller, pas un roman noir en tant que tel, pas un roman social non plus, pas un roman grivois non plus malgré un propos qui aurait pu s’y prêter, pas un roman sur le couple et ses errances, pas plus un pamphlet contre les hommes qu’une ode au mariage et encore moins un vaudeville et pourtant il aurait pu. « Wonder Lover » est une magnifique fable servie par une belle plume caustique mais aussi  bien souvent attendrissante et mélancolique, un roman que vous n’oublierez pas une fois la lecture terminée car les échos persistent longtemps, j’en suis quand même à deux semaines. C’est un feu d’artifice d’intelligence narrative, nostalgique et éperdument situé dans les rapports père/fils, beau et féérique comme le cinéma de Wes Anderson.

« John Wonder est passionné par les faits, les chiffres et la mesure de la vérité. D’ailleurs, il est Certificateur en chef pour un organisme de type Guinness des records. Pour aller authentifier des records en tout genre, il parcourt sans cesse le monde. Mais derrière sa vie bien réglée se cache un étonnant secret : John Wonder a trois familles, sur trois continents différents. Ses trois épouses n’en savent rien, de même que ses six enfants : trois garçons nommés Adam et trois filles appelées Evie.
Obsédé par les habitudes et la routine, John Wonder passe une semaine dans chaque foyer, à tour de rôle, expliquant ses longues absences par les nécessités de son métier. Mais dès qu\’il pose le pied dans une de ses maisons, il devient un papa-poule aimant, ainsi qu’un mari parfait. »

Quiconque ayant déjà trahi son conjoint comprendra aisément la complexité de la vie de John mais bien sûr toi lecteur qui me lis tu ne fais pas partie de cette engeance représentant 39% des hommes comme toi chère lectrice qu’on ne peut pas associer aux 25% des femmes françaises ayant connu l’adultère aurez bien du mal à vous identifier au héros et à son parcours du combattant du mensonge, de la duplicité et de la trahison. Comptez sur Knox pour vous faire entrer dans ce monde qui vous est si étranger.

Commencé avec un humour très pince sans rire et des situations cocasses, « Wonder Lover » ressemble étonnamment, dans ses premières pages, au charmant film des années 70 de Pierre Tchernia « le viager » mais je vous laisse découvrir de quelle manière. Le monde de John est bien huilé mais bien sûr, une catastrophe va se produire. John, comme l’ado qu’il n’est plus depuis longtemps avec sa cinquantaine bien entamée tombe amoureux de « la plus belle femme du monde », selon ses critères d’évaluation, qui a l’âge d’être sa fille et se trouve être la progéniture d’un de ses clients qu’il va voir une fois par an. Comment, quand on est déjà marié trois fois, peut-on tomber amoureux d’une autre femme? Quelle logique dicte un tel comportement? Même si on dit souvent que l’amour est aveugle et vous en lirez ici une succulente et terrible démonstration, le vieil adage populaire ne peut expliquer un tel sabordage, un si terrible crash. Évidemment, les conséquences risquent d’être terribles, John le sait, mais ne dramatise pas outre mesure habitué qu’il est à vivre dangereusement depuis de nombreuses années et disposant finalement, pour le moins, d’une semaine disponible par mois, ma foi, pour une éventuelle nouvelle alliance.

Mon ton peut donner à penser que « Wonder Lover » est un moderne vaudeville australien mais on est très loin du compte. Camouflant souvent la gravité derrière des scènes cocasses, voire franchement hilarantes Knox parle de l’amour de manière peut-être discutable, à voir, mais dans une histoire originale, prenante et souvent finalement très tendre. Il traite de la paternité, des sentiments qui peuvent s’épanouir en amour plutôt qu’en amitié, du désir charnel ou simplement intellectuel, du vieillissement, de l’homme, cet animal si faible.

 « la bite rend plus esclave qu’un planteur de coton sadique, qu’un pharaon mégalo. Encore plus que la religion. Les hommes s’en iraient sur-le-champ à la guerre, si leur bite l’exigeait d’eux. »

Knox a créé des personnages inoubliables, offrant une véritable symphonie des sentiments autour de la notion de famille, incitant à une réflexion sur les liens, la vie, la mort, l’ amour dans ses différentes dimensions jusqu’aux plus insoupçonnées, rien que ça et c’est…

magnifique.

Wollanup.

VETIVER: « I know no pardon for the guilty… »

 

 

 

 

Bonne année.

Comme tout le monde et c’est vraiment le moment, on vous souhaite plein de bons moments, des rencontres inattendues, des rêves qui se réalisent, des bouquins qui vont vous souffler, du boulot enfin, la lumière au bout du tunnel, l’amour, la passion, on vous le souhaite vraiment et c’est tout ce qu’on peut faire parce que, sûr, on va encore morfler cette année et ce n’est qu’un début.

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