Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Wollanup (Page 80 of 80)

NATURAL ENEMIES de Julius Horwitz/Folio policier

Julius Horwitz a écrit neuf romans, deux ont été publiés en France « journal d’une fille de Harlem » et celui-ci. Ecrit en 1975, il est sorti en France en 1977, a été réédité avec intelligence par les éditions La Baleine en 2011 et reparaît chez Folio pour les retardataires comme moi. Ce roman a aussi fait l’objet d’un film (introuvable) réalisé en 1979 par Jeff Kanew, spécialiste de séries B policières.

C’est un roman coup de poing, glaçant, terrible, sans concession. On peut le voir comme l’envers du décor du rêve américain mais il est transposable à n’importe quel coin du globe où on ne vit pas uniquement pour sauver sa peau ou pour trouver de la nourriture. On est dans les sphères très aisées des familles unies, des demeures cossues où le confort et la qualité de vie sont tels qu’on peut se préoccuper d’écologie et d’alimentation bio…Il date de la moitié des seventies mais il est parfaitement d’actualité sauf pour New York qui n’est plus l’enfer de l’époque. Ce roman noir est vraiment fortement déconseillé aux personnes psychologiquement fragiles.

Paul Steward, journaliste renommé, éditeur à succès a décidé qu’il tuerait sa femme et ses trois enfants avant de se suicider ce soir au moment du dîner. C’est simple, implacable et nous allons vivre heure par heure sa dernière journée au bureau en espérant que ses rencontres, son vécu vont lui faire changer d’avis, retrouver la raison. Apparemment, il a tout pour lui : réussite professionnelle, une vraie famille avec trois beaux enfants même si sa femme artiste souffre de dépression, une vie que tout le monde est prêt à lui envier mais que lui ne supporte pas ou plus.

Tout au long de cette journée étouffante, on va espérer l’acte ou la parole qui va le réveiller. Au fil des pages de plus en plus tendues quand approche la fin, on tente de comprendre ce qui le motive, quel est son mobile. Pour ma part, je n’ai rien trouvé à part la folie, la dépression de sa femme comme le rejet de la société capitaliste ne justifiant pas de si lamentables desseins. Et l’horreur dans « Natural Enemies »… pas de justifications, pas de causes plausibles ou visibles…

Les derniers chapitres sont effroyables.

Vous n’êtes pas près de connaître à nouveau un tel choc, ce roman est un authentique chef d’œuvre noir mais soyez bien préparés à la tragédie que vous allez lire.

Wollanup

PS : Prévoyez un Westlake, un Haskell Smith ou un Dorsey pour vite enchaîner !

 

 

ANGEL BABY de Richard Lange/Albin Michel

Traduction: Céline Deniard

9782226317094-j

 

Les romans sur la frontière entre les USA et le Mexique sont de plus en plus nombreux et remportent souvent du succès car ils garantissent violence extrême des narcotrafiquants, désespoir et misère des candidats souvent malheureux au rêve illusoire du mirage américain donc souvent au menu : actions sanglantes, trafics sordides et hélas aussi parfois vaines pages explicatives de la politique migratoire de l’oncle Sam opposée à la porte de saloon qui tient lieu de frontière côté mexicain malgré les promesses réitérées des dirigeants du pays.

Les candidats à l’émigration comme dans tous les autres coins du globe où la misère devient tellement insupportable qu’on est capable de faire n’importe quoi pour s’en sortir et montrer que l’on est encore un homme sont légion et le Mexique se trouve donc pays de migration mais aussi de transit de multiples populations sud et centraméricaines et tous ses damnés se ruent vers Tijuana sinistre ville-frontière, antichambre de l’enfer bien souvent pour ses candidats au départ.  « Des gens pauvres, des gens désespérés, qui respirent un air qui pue la merde et boivent une eau qui les rend malades. C’est aussi horrible que la prison- pire, parce que ici on vous dit que vous êtes libre. »

Bienvenue donc à Tijuana où vit Luz, fille de prostituée d’un bidonville devenue la pute de luxe d’un vieux narco avant de devenir l’épouse objet de luxe et pute d’un autre narco, el Principe. Après des années de drogue et de cachetons, Luz se rappelle qu’elle a une petite fille qui vit cachée à L.A. et elle décide de s’enfuir de sa prison dorée pour la retrouver pour son quatrième anniversaire et en finir avec cette vie.

Pour l’aider à passer la frontière, elle va s’adjoindre les services de Malone une épave américaine à qui l’heure indique uniquement l’alcool qu’il doit boire vodka ou bière et qui fait passer des clandestins vers les USA afin de se payer sa mort lente. Malone, détruit par la mort de sa fille, triste type au look de surfeur mais très loin des branleurs racistes et élitistes californiens bon teint de « Savages » de Winslow, prend tous les risques sans sourciller car il est déjà mort dans sa tête.( En aparté, mais cela me chagrine quand même beaucoup, comment un auteur capable d’écrire un monument comme « la griffe du chien » peut-il ensuite se satisfaire de tels romans ?)

En face, El Apache, a grandi à Tijuana, est rentré dans un gang de façon tout à fait normale comme on entre à l’université parce qu’il n’y a pas d’autres choix, comme ses frères, va se lancer à la poursuite de la belle avec obligation de résultats car sa famille est sous la menace directe d’El Principe. Il va s’allier à un agent de la police des frontières américaine véreux intéressé par tout argent pouvant être dérobé et tout particulièrement à celui que Luz a volé à son mari.

Ce roman, c’est de la pure adrénaline. Lange montre la réalité mais ne commente pas et propose un récit passionnant sans réelle perte de vitesse sur 340 pages survoltées avec des points culminants lors de l’évasion de Luz et bien sûr lors du duel final prévisible et attendu et au déroulement inattendu. Ce n’est pas le combat du bien contre le mal, c’est bien autre chose de plus indéfinissable, plus la survie dans un monde de merde où tout acte qui vous sauve, au diable la morale qu’on laisse aux nantis, est justifiable. C’est tendu, violent, difficile d’en sortir une fois commencé telle la cavale désespérée de Luz.

« Angel Baby » n’a pas toutes les qualités littéraires que l’on trouve habituellement chez « Terres d’Amérique » peut-être, il ne séduira pas forcément le même lectorat mais ouvrira certainement la collection à un public plus jeune et plus avide de récits survitaminés. La puissance d’écriture de Richard Lange est impressionnante et son roman est un magnifique polar à rapprocher du très réussi « Tijuana straits » de Kem Nunn. Plaisir garanti ! Puissant !

Wollanup.

PS : Et puis un auteur qui met les paroles de la chanson « River Guard » du talentueux chanteur d’alt country Bill Callahan en introduction de son roman a, d’emblée, au moins, toute ma sympathie.

Rentrée 2016

La trêve des confiseurs n’est sûrement pas la meilleure période de l’année pour commencer un site mais voici ce qu’on vous proposera, de manière sûre, à partir de janvier puisque certains ont déjà été lus et chroniqués et attendent patiemment leur heure.

 ALBIN MICHEL

SERIE NOIRE

Métailié

Mirobole

Sonatine

Asphalte

Gallmeister

Seuil

C’est ce qu’on a reçu à ce jour et nous profitons des vacances pour dévorer.Déjà,le Ron Rash,objet de débats contradictoires en interne,est bien sûr,pour Raccon encore sublime. Chez Asphalte, « Wonder Lover »,Estelle avait encore une fois raison,est immanquable si vous voulez lire un roman très surprenant et servi par un style inimitable pour une histoire franchement remarquable et originale.Gardez un peu d’argent aussi pour « la femme qui avait perdu son âme » roman ambitieux et admirablement construit.La SN,comme dab,c’est la classe mais on en a déjà suffisamment parlé en 2015,laissons un peu mijoter.

On espère bien pouvoir chiner un peu aussi ailleurs. Attendu un Kenneth Cook à qui je voue une admiration sans faille,chez Autrement.Chez Rivages,sort aussi  une nouvelle aventure de Robicheaux  de James Lee Burke mais j’ai promis de ne plus me quereller avec les services presse.Espéré aussi le nouveau Frank Bouysse.

Viendront aussi quelques entretiens,c’est certain,mais pour l’instant le seul en préparation est Philipp Meyer qui m’a scotché deux fois quand je l’ai lu et quand je l’ai rencontré.

Voili,voilà,on vous attend de pied ferme.

Wollanup.

EMPTY MILE de Matthew Stokoe à la Série noire.

Une sacrée belle surprise que ce second roman à la Série Noire de l’Américain qui avait vraiment défrayé la chronique en 2012 avec « la belle vie ».Alors concernant la dite œuvre, je suis dans la catégorie des gens qui ont trouvé ce bouquin dégueulasse, extrêmement complaisant avec un auteur très doué pour nous montrer l’ignominie de façon crue et incapable de la suggérer un tant soit peu intelligemment. Et puis pour tout dire crument l’histoire d’un type qui se fait enculer par tout ce qui a un minimum d’influence à Hollywood et dont le plaisir est de copuler avec des cadavres n’a pas d’emblée toute ma sympathie et l’identification au héros n’a aucune chance de voir le jour. Je trouvais à l’époque cela assez dommage parce que le roman, par ailleurs, se lisait bien. Bla bla bla pour tout simplement expliquer que cette deuxième livraison de Strokoe ne recevait pas tous mes suffrages au départ.

Extrait de la 4ème de couverture :

Quand Johnny Richardson revient à Oakridge, il n’a qu’une idée en tête : réparer la terrible erreur qui l’a poussé à s’exiler de sa ville natale pendant huit ans. Mais renouer avec le passé peut être une entreprise risquée dans l’Amérique provinciale. Lorsqu’une expérience sexuelle anodine pousse au suicide la femme d’une personnalité locale, Johnny devient la cible d’une vendetta qui menace de détruire l’existence fragile qu’il s’est bâtie au cœur des anciennes collines aurifères de la Californie du Nord. En possession d’un étrange terrain légué par son père disparu sans laisser de traces, Johnny devra éclaircir ces mystères pour protéger ceux qu’il aime. Mais ses efforts auront des conséquences funestes. Il sera alors non seulement confronté à ses propres démons, mais à la nature même de la culpabilité.

Et alors Strokoe est un sacré bon romancier, il a réussi un livre impeccable, un polar nickel qu’on ne peut qu’encenser. Une sacrée trouvaille de la Série Noire, des auteurs capables de se renouveler de la sorte ne sont pas légion. Je n’ai pas lu la chronique du Boss mais je suis sûr qu’il a été emballé, il l’était déjà avant…

On a ici toute la chaleur qui manquait dans l’autre.

C’est tout d’abord un polar américain très classique avec l’histoire d’un type qui rentre chez lui après des années d’exil et souvent d’errance et qui retrouve tous ceux qu’il a lâchement abandonné quelques années avant : parents, fratrie, petite amie… ce thème de la rédemption qui commence à vraiment me lasser et puis tout de suite, bien avant les personnages, on voit la tragédie qui est en train de se préparer et vers laquelle ils foncent aveuglement et on a là la démonstration du talent d’ un écrivain majeur. De toute façon, c’est vraiment bien écrit, pas beau, on n’est pas chez Ron Rash, mais bien avec l’ambiance qu’il veut créer. J’ai vraiment été entraîné, enchaîné dans ce déferlement de malheurs qui frappent les héros, pas pu les lâcher.

C’est aussi un dépaysement assuré avec la découverte d’une Californie à mille lieux de la frime de LA et des séries américaines de la TNT, une Californie où on peut encore se faire attaquer par des ours dans les bois, où on cherche encore de l’or dans des rivières autrefois magiques, une Californie où on voit avec la crise, comme chez nous, un basculement vers la paupérisation des classes moyennes autrefois épargnées, ceci provoquant des actes insensés, démesurés de la part des plus fragiles ou des plus démunis. On se croirait dans les chansons de Springsteen même si on est loin du New Jersey.

On rencontre aussi des personnages extraordinaires, le couple formé du frère handicapé de Johnny, Stan et de Rosie est absolument inoubliable, une ode à l’amour, à la beauté, l’espoir renouvelé de jours meilleurs tant qu’il restera des gens ainsi illuminés par la grâce. De l’émotion, damned, de la grosse qui vous prend les tripes, vous déchire le cœur.

J’ai donc beaucoup aimé mais il y a quand même des détails qui m’ont chagriné et que je ne peux qu’évoquer de façon très évasive. Un des personnages est mal traité à mon avis et c’est une faiblesse parce que c’était déjà le cas dans le dernier roman. D’autre part, je n’ai pas compris, mais alors pas du tout et cela m’a gêné pendant quelques pages, une des décisions de Johnny et Marla.

C’est un roman très sombre avec ces deux anges qui évoluent dans un monde où tous les protagonistes, bons ou méchants, ont en commun une lourde culpabilité qui va favoriser le déclenchement d’ une pénible tragédie irrémédiable qu’on vit hypnotisé se demandant ce qui pourrait mettre un terme au désastre. Tous les sentiments comme le doute, la vengeance, le remords, la tristesse… sont ici exacerbés et vous explosent à la figure.

Un bon polar tendu et très tordu.

Wollanup

DERNIER APPEL POUR LES VIVANTS de Peter Farris /Gallmeister

Sans élaborer un bilan supplémentaire de l’année écoulée, on peut néanmoins déclarer que la collection NEO NOIR de Gallmeister a été le grand succès critique de 2015 et j’ose espérer que l’engouement public a été similaire. Parrainée par un Benjamin Whitmer à qui ,avec « Pike »en 2013, on doit l’arrivée de polars propulsés par la meth dans une maison plutôt spécialisée jusqu’alors dans le Nature Writing. Caractérisé par des épisodes particulièrement violents mettant en scène les pire penchants des pire individus blancs péquenauds du Midwest ou du Deep South se distinguant très souvent dans de piteuses histoires de braquages et de dope et par un humour noir assez ravageur si on arrive à supporter certaines scènes de barbarie,Neo NOIR fait le job et plutôt deux fois qu’une.

Alors, il serait finalement assez déplacé de mettre dans le même sac tous ces auteurs qui profitent finalement d’une mode un peu longuette, à force, des polars ruraux privilégiant des histoires où les pire atrocités commises semblent être le fait de la connerie congénitale,de la misère sociale et de la consommation et du trafic de meth. J’ai déjà écrit plusieurs fois mon admiration pour la prose de Whitmer et bien sûr le poignant « Cry father » malgré un cadre quasiment identique ne peut pas être comparé à « Frank Sinatra dans un mixeur » comédie gore écrite et revendiquée par Matthew McBride dont le prochain roman sera d’ailleurs beaucoup plus grave et, hélas aussi sans l’inénarrable Nick Valentine et son ersatz de chien (un yorkshire ressemble,de loin,à un chien mais ce n’est pas un chien!).

Pour cette dernière sortie de l’année, Les trouducs ricains,toujours,mais aussi deux histoires possibles:façon Larry Brown misère,violence,douleur de l’absence et du deuil mais aussi compassion,respect de l’individu et rédemption ou à la manière de Frank Bill misère,drogues,violence et crises de rire parfois un peu coupables.

A sa sortie, le résumé parlant de braquage,de trahison,de butin et de fraternité aryenne auquel on peut ajouter la présence de deux éclairs de triste mémoire sur la couverture m’avaient convaincu que j’avais lu suffisamment d’histoires de ce genre pour le moment et j’ai eu tort et il temps pour moi de tenter de réparer cet oubli.

« Pour Charlie,ce ne devait être rien d’autre qu’une banale journée de travail à la banque. Pour Hicklin, ce ne devait être qu’un casse de plus. Histoire de se refaire un peu à sa sortie de prison. Pour sa petite amie accro au crack, peu importe, puisque de toute façon rien ne se passe jamais comme prévu. Surtout si, dès le départ, on tente de doubler ses partenaires de la Fraternité aryenne. Et puis pourquoi prendre le jeune guichetier en otage ? Maintenant, combien de temps faudra-t-il aux flics et aux membres du gang pour les retrouver ? »

Passionnant roman avec des personnages particulièrement mauvais et déterminés et des victimes qui sont forcément nées sous une mauvaise étoile en plus de vivre au mauvais endroit,la lecture se fait d’une traite jusqu’à la moitié d’un bouquin qui s’apparente presque, ,j’ai dit presque, à une sympathique série B et puis boum,une énorme surprise nous expédie vers un autre univers classique de la littérature américaine, la relation entre parents et enfants,la recherche d’un lien qui n’a jusque là jamais existé. Et si le cocktail sur-vitaminé;coups,torture,meurtre,viol,séquestration,flingues continue à faire efficacement son effet,il y a une toute autre histoire en cours qui crée une incertitude quant aux agissements d’un Hicklin jusqu’alors très prévisibles.

Cette belle surprise,au milieu de nombreux rebondissements violents, incite,par la suite, à une lecture beaucoup plus lente,plus réfléchie, mais non moins tendue et crée au final un roman hautement recommandable dans ce genre et nul doute que le retour de Farris est maintenant très attendu après cette histoire bien rude qui pue la peur,la testostérone,le sang et la poudre.

Wollanup.

PS:extrait de la carrière de Peter Farris dans le rock au sein de son groupe CABLE.Perso, je préfère quand il écrit…

 

 

 

LETTRES DE CARTHAGE de Bill James /Rivages

Bill James est un grand écrivain de polars gallois. Il n’a pas encore rencontré son public en France et pourtant il aligne les écrits de grande qualité dans la veine de John Harvey qui l’a d’ailleurs fait connaître aux gens de Rivages qui ont publié « Retour après la nuit » pour ensuite se rendre compte que ce roman devait être le dixième d’une série mettant en scène Harpur et Iles, deux flics gallois. Une dizaine d’aventures est,depuis, parue chez Rivages Noir sur la presque trentaine écrite. A partir de 2000, l’auteur a commencé à écrire d’autres romans ne mettant plus en scène ses deux flics mais ils n’ont pas eu pour l’instant l’honneur d’une édition française.

« Lettres de Carthage » se différencie de sa production habituelle parce qu’il ne s’agit pas d’une enquête policière et que l’action se situe dans la région (magnifique) de Exeter et non plus au Pays de Galles et surtout parce qu’il s’agit d’un roman épistolaire ce qui signifie pour moi plonger dans l’inconnu avec un auteur apprécié mais quand même. C’est aussi un roman qui a le droit à une entrée dans la collection de luxe « thrillers » de Rivages.

Un avertissement important : réservez votre après-midi ou votre soirée parce qu’une fois le livre entamé vous ne pourrez plus vous arrêter si vous appréciez les romans où l’on privilégie la psychologie des personnages à l’action pure et dure. Si vous aimez Thomas H. Cook et William Bayer, ruez-vous chez votre libraire, vous allez adorer.

En bref, Kate et Vince s’installent dans un quartier hyper-bourgeois (anglais de surcroît, donc encore plus succulent d’hypocrisie et de lâcheté) de la périphérie de Exeter. Ils s’intéressent à leurs voisins les Seagrave dont ils jalousent la vie qui semble idyllique et dont ils voudraient gagner l’amitié, heureux qu’ils sont d’être arrivés dans cet Olympe. Les semaines passant, Kate devient complice de Jill Seagrave qui lui fait part de ses difficultés avec son mari et dépeint l’homme d’une façon inquiétante qui surprend au plus haut point Kate qui trouve pourtant Dennis charmant et attendrissant.

Même si… certains soirs dans la maison des Seagrave nommée « Carthage » se déroulent des soirées musique en sourdine, rideaux tirés, couples d’invités élégants, nombreuses voitures de luxe dans la rue, la présence d’un homme politique français de premier plan candidat à l’élection présidentielle (non, je plaisante !) mais jamais de gens du voisinage.

Le roman va progresser lentement mais de façon vraiment passionnante pour arriver à la vérité. Pendant toute l’histoire, Bill James va nous promener à sa guise tout en éclaboussant allègrement la bourgeoisie anglaise pour finir par un dénouement en deux temps de toute beauté comblant le lecteur frénétique que j’ai pu être pendant ces quelques heures.

Un thriller psychologique impeccable, un suspense haletant (on sait que cela va mal tourner mais pour qui et quand ?), un dénouement magnifique et un très beau réquisitoire contre la bourgeoisie. Merci Monsieur James pour ce beau roman, une fois de plus.

Wollanup.

ALL YOU NEED IS KILL / UNWALKERS (yeah,fuck!)

Le secret le mieux gardé de l’époque avec le QI d’un sympathisant du FN,c’est à dire la musique d’UNWALKERS, est enfin révélé au monde ébahi.
N’ayez crainte cette oeuvre pionnière n’irritera pas les oreilles et finalement souffrir de problèmes d’audition peut être,pour une fois, un atout non négligeable pour une écoute musicale.
Si le Blues,le Rock,le Boogie, la Power Pop, le Punk, le Post-punk, le Very old Punk aussi et ce qui ne peut être vraisemblablement que du folklore rudimentaire isérois sont des influences visibles mais parfaitement assimilées pour mieux offrir une somptueuse musique des Dieux, il n’en demeure pas moins que l’influence majeure, et depuis les débuts du band, reste le célèbre inspirateur du rock Jack Daniels ainsi  que dans une moindre mesure son alter ego européen Johnny Walker.
Daniels et Walker sont toujours aux côtés du groupe de l’écriture à la touche finale en passant par ces soirées  dans des salles obscures où il faut gagner son concert à la sueur de son front et au sang sur ses doigts sacrifiés à l’autel du rock par une Gibson redevenue sauvage sous l’emprise majestueuse de Dominique Bouchard avec qui Ronnie Van Zandt aurait tellement aimé jouer.
Cet album où le groupe s’est mis à nu ( juste une image,je vous rassure) a les flagrances viriles,brutes et sauvages de ces ambiances  de fièvre et de danger où tout peut arriver mais aussi du vécu de bastons dans les bars minables viennois, de tonneaux en Clio, de cavalcades pittoresques en slibard et marcel sur les rochers de l’Atlantique et de beaucoup d’autres moments plus intimes que je tairai.
Refusant de toutes temps les sirènes des Majors, Unwalkers reste un des fleurons de l’Indie iséroise et chacune de leurs interventions déclenche un plan d’alerte en préfecture où on se souvient avec effroi des incidents émaillant les concerts sulfureux du groupe à la Semaine du Cochon du Lidl de Givors en mai 2008 comme à la Spéciale Rentrée 2012 du Leader Price de Vienne.
Se voulant avant tout un album pour guider une jeunesse déboussolée par de fausses icônes modernes, « Kill is all you need » allie l’élégance et la noblesse de John Lyndon à la finesse du discours et  la conscience politique de Joe Strummer.
Un recueil de nouvelles d’auteurs français est inclus avec l’album pour apporter une touche littéraire et poétique ultime à un album brillant, sorte d’aboutissement,de synthèse mélodique et gracieuse de plusieurs siècles de culture française d’élite et permettant au boss d’affirmer une fois de plus haut et fort à la face du monde son mantra resté obscur pour la totalité des psychologues scolaires venus au chevet d’un ado violent perturbé par un acné bondissant et une fascination qui ne l’a jamais quitté pour les artistes morts.
« keupon,pas con! »
Wollanup.
Teaser et reportage sur la naissance de l’album.
PS: 10 euros,le CD + le recueil!
S’il vous plait,achetez-le , il me saoule avec son album depuis plus d’un an.

 

PUR d’Antoine Chainas /Série Noire,Gallimard

A l’image de Manchette, Fajardie, Jonquet autrefois et d’Oppel, Dessaint, Manotti,DOA, aujourd’hui, Antoine Chaînas est un grand observateur de son temps. Certainement moins militant que ses devanciers il possède l’œil et le verbe particulièrement acérés. En plus de raconter des histoires terribles, il fait avec grand talent.

Lire un roman de Chainas c’est voyager vers l’enfer, le côté obscur cher à M. Cahuzac. Il a la manière pour nous montrer nos faiblesses, nos démissions, nos accommodations avec l’inhumanité et on n’en sort pas indemne. Il y a chez lui une violence sous-jacente terrible, la puissance d’un bulldozer qui avancerait lentement, délicatement, méthodiquement pour tout raser. Avec Antoine Chainas, à chaque fois, comme avec très peu d’écrivains, je sors vidé, KO et là il a encore franchi un palier car  PUR  est remarquablement écrit et encore plus dur, méchant, puissant, sans issue que d’habitude.

Le cadre  c’est le sud-est de la France et plus particulièrement une résidence sécurisée comme il commence à en fleurir beaucoup aux states. Des personnages bien décrits, presque tous aussi mauvais les uns que les autres en route vers le grand carnage : un homme qui vient de perdre sa femme et veut se venger, des flics dans la tourmente de trafics de drogue et de magouilles politiques, les groupes d’extrême droite qui répondent toujours présents pour foutre la merde ou pour en remettre une couche, des coupables idéaux, des jeunes otages de leurs parents et tout cela dans une ambiance d’exclusion, de racisme, de trahison.

Chainas passe d’un personnage à l’autre avec brio pour faire avancer sa terrible histoire inspirée en partie, au moins dans le mode opératoire y compris l’arme, de celle du « sniper de Washington » qui a sévi en 2002.Dès le début, on est scotchés avec la narration horrible d’un accident de la route qui n’en n’est pas un et la mort de la seule personne peut-être innocente dans l’histoire. Comme l’horreur initiale ne semble pas suffisante, il va nous en raconter quatre versions tout au long du roman comme un couteau qu’on remet dans la plaie. On sait que l’on va dans le mur, on espère seulement que toutes les têtes ne vont pas tomber parce que certains sont un peu plus victimes que coupables.

On n’a aucune certitude dans ce roman, découvrant lentement avec horreur, stupéfaction et désenchantement la vraie personnalité de chacun au rythme décidé par Chaînas qui malgré l’urgence du roman prend tout son temps pour nous laisser, finalement, comprendre par nous-mêmes la monstruosité et la barbarie qui se jouent devant nous.

« PUR » est un très grand roman, un ouvrage à déclarer d’intérêt public et Antoine Chaînas en plus d’être un immense écrivain est un grand Républicain (dans le sens noble du terme) qui nous met en garde contre le danger imminent car la bête rôde, se nourrit de nos peurs et de notre lâcheté et grandit…

Wollanup

UN FEU D’ORIGINE INCONNUE de Daniel Woodrell/Editions Autrement

 

Les écrits de Woodrell sont de plus en plus durs, terminée la période de ses débuts avec des romans un peu plus « légers ». Que ce soit « Un hiver de glace », « le manuel du hors la loi » comme « Un feu d’origine inconnue », il vaut mieux être habitué à ce genre de littérature décrivant avec précision et talent, désenchantement et souvent horreur la vie des rejetés du rêve américain dans les Ozarks, à différentes époques du XXème siècle. Ce nouveau roman est une sorte d’exorcisme pour lui puisque sa famille fut directement victime lors d’un fait divers réel similaire à celui raconté dans ce court mais combien puissant roman de 185 pages. Il s’agit de l’explosion du dancing de West plain dans le Missouri en 1928 qui fit 39 victimes et dont les raisons n’ont jamais été réellement trouvées.

De nombreux journalistes, historiens et écrivains se sont penchés sur cette tragédie sans jamais trouver les véritables coupables. Ce bled perdu des Ozarks continue de célébrer ces amants disparus à jamais en plein milieu d’une danse comme l’excellent groupe du Missouri Ha Ha Tonka (que j’avais déjà associé à Woodrell) qui leur rend hommage dans une chanson intitulée 1928 et directement inspirée par la tragédie :

« April 13th, 1928
It fell upon a Friday it’s always been such a very ominous date
Just off the court square
the best kids in this town are there

They heard the blast for miles around
Soon people started showing
We will always dance over this town
They’ll just have no way of knowing

now we’re really moving
I am really moving
It ain’t life we’re losing
I wish I could prove that.”

Missouri, 1929 : travailleurs, petits bourgeois, cul-terreux, prêtres et hors-la-loi se côtoient dans la petite ville ordinaire et misérable de West Table. Cet été-là, un terrible incendie ravage le Arbor Dance Hall.
Trente années plus tard, Alma raconte le drame à son petit-fils Alek : les corps carbonisés propulsés dans les airs, sa sœur Ruby et ses amours coupables, les errements de l’enquête, la vérité enfin.

C’est donc un roman dur que vous allez lire car vous verrez tout de suite que l’égalité des chances à la naissance n’a pas réellement cours dans la région. De toute façon, beaucoup de principes louables de démocraties bien pensantes n’ont pas atteint ces régions dans les années 30 voire après. Une grande partie de la population tente de survivre dans des conditions misérables décrites dans de nombreux romans sur le Sud ou le Midwest, donc ce n’est pas, loin de là, un roman original mais par contre il est très représentatif de l’œuvre de Woodrell dans le sens où c’est écrit de façon réaliste , désenchantée et authentique avec des scènes non pas seulement émouvantes mais atrocement poignantes comme Alma pleurant allongée dans la neige sur la tombe fraîche de son fils ou la lente et insupportable agonie d’un enfant atteint de leucémie implorant Dieu de le laisser partir tandis que ses frères se réfugient hors de la maison pour pouvoir dormir la nuit sans entendre sa douleur.

C’est aussi un bel hommage aux victimes par le biais de courts chapitres racontant brièvement l’histoire de ces personnes ou ces couples d’amoureux anonymes dont la vie est partie en fumée pendant des moments de liesse. Mais, c’est avant tout un super polar, au vocabulaire précis, au propos limpide(comme Richard Price qui sait aussi si bien raconter la douleur humaine) , où on va nous conter les rumeurs, nous montrer les différents suspects puisqu’il s’agit d’une explosion d’origine criminelle pour finalement nous amener vers la triste vérité qui est bien sûr encore plus terrible et navrante qu’on peut tenter de l’imaginer en suivant les pistes initiées par l’auteur (mafia, prédicateur, folie…). Woodrell montre bien que ces morts ne sont finalement pas très importantes pour les autorités, des victimes d’une colère divine représentée par ce feu et dont un simulacre d’enquête ne parviendra pas à honorer la mémoire. Et comme dans tout roman de Daniel Woodrell, aux moments les plus sinistres et lugubres, se glissent quelques pointes d’humour très réussies mais qui laissent un peu honteux ou penaud quand on sait la raison et le moment de notre sourire.

Woodrell décrit les mêmes gens que la plupart des auteurs écrivant sur ces diverses tendances de pauvres blancs du Sud mais pas sous l’angle de la folie comme Pollock, ni sous l’angle de l’addiction aux drogues de Bill. Lui s’attache à montrer toute la misère qui s’abat dès la naissance sur ces populations (on est proche de Chris Offutt) et tente de montrer l’humanité qui se cache sous des comportements souvent animaux et de montrer la dignité de ceux qui luttent « vers un aube radieuse» (clin d’œil à Burke bien légitime et de rigueur !).

On loue, à raison, Ron Rash un peu partout mais Woodrell, grand monsieur, sûr et certain, c’est la classe au-dessus. Un trop court grand roman noir qui inspire respect et admiration.

Et même si je regrette la disparition de types extraordinaires comme Harry Crews, Larry Brown, James Crumley, tant qu’il y aura des mecs de la trempe de James Lee Burke, James Sallis, Cormac McCarthy et Daniel Woodrell, mes lectures, mes musiques, mes pensées, mes rêves et mes regrets voleront inlassablement vers ces régions .

Wollanup

 

Ha Ha Tonka, 1928, Live à Saint Louis Missouri.

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