Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Wollanup (Page 72 of 80)

LES ETOILES S’ ÉTEIGNENT A L’ AUBE de RICHARD WAGAMESE / Zoé

Sorti sous le nom de « Medicine walk » en 2014 au Canada, « les étoiles s’éteignent à l’aube » est le premier roman traduit en français de l’auteur qui vit en Colombie britannique, somptueux et glaçant décor du roman. Richard Wagamese est né en Ontario, d’origine ojibwé comme son héros et on ne peut que féliciter Zoe, maison d’édition suisse pour cette remarquable découverte. Espérons qu’ils traduiront rapidement les autres romans de l’auteur dont les écrits devraient séduire un très large public.

« Lorsque Franklin Starlight, âgé de seize ans, est appelé au chevet de son père Eldon, il découvre un homme détruit par des années d’alcoolisme. Eldon sent sa fin proche et demande à son fils de l’accompagner jusqu’à la montagne pour y être enterré comme un guerrier. S’ensuit un rude voyage à travers l’arrière-pays magnifique et sauvage de la Colombie britannique, mais aussi un saisissant périple à la rencontre du passé et des origines indiennes des deux hommes. Eldon raconte à Frank les moments sombres de sa vie aussi bien que les périodes de joie et d’espoir, et lui parle des sacrifices qu’il a concédés au nom de l’amour. Il fait ainsi découvrir à son fils un monde que le garçon n’avait jamais vu, une histoire qu’il n’avait jamais entendue. »

En cette période estivale, si vous avez envie de dépaysement absolu, lisez donc ce roman qui regorge de situations et de paysages qui vous feront voyager très loin de vos vicissitudes ordinaires. Attention ni la nature, ni l’histoire ne seront réconfortantes, préparez-vous à un beau mais douloureux périple.

Roman des grands espaces avant tout, « les étoiles s’éteignent à l’aube » raviva tous les adeptes du nature writing par des descriptions hautes en couleurs et en émotions du nord du Canada. Beaucoup de pages racontent la belle harmonie entre Frank, l’enfant et la nature, la chasse, la pêche … atténuant la sensation de linéarité de certains tableaux. N’est pas Burke qui veut quand même mais de belles pages.

Dans ce sauvage et rude décor, Richard Wagamese a créé un roman sur l’apprentissage par le récit de la vie de l’enfant seul avec un vieil homme, voyant son père une fois par an pour être constamment déçu par celui-ci et grandissant loin de l’affection et de la tendresse réconfortante d’une mère dont on ne saura rien pendant la majeure partie du roman avant de bien tristes révélations du père qui dans un souci de rédemption raconte sa vie à son fils, ses erreurs, ses crimes… sa vie brisée par l’alcool qui l’a bousillé et qui a, de tous temps, brisé les moments qui auraient pu tout changer. Richard Wagamese n’épargne pas le lecteur et le crescendo émotionnel est puissant même si on connait l’issue prévisible de la virée du père et du fils.

Sans atteindre les sommets émotionnels créés par Benjamin Whitmer, la fin du roman est un puissant crève-cœur dévoilant par ailleurs une belle humanité et le lecteur n’est pas prêt d’oublier Frank et le vieil homme.

Emouvant!

Wollanup.

 

PETIT TRAITÉ DE LA FAUCHE de Jim Nisbet /Rivages Noir.

« Dans une ville de San Francisco dominée par les nouvelles technologies, les vieilles arnaques ne font plus recette. C’est désormais avec des Smartphones ou sur le Net que se font les coups fourrés. Klinger traîne ses guêtres au Howse Hole, un rade sordide du quartier de Tenderloin. Petit délinquant désabusé, il se laisse aller malgré lui à faire confiance à une femme dont l’irruption dans sa vie a tout d’exceptionnel. Et il se fait rouler dans les grandes largeurs… »

Jim Nisbet, grâce à Rivages, est peut-être plus reconnu chez nous qu’aux USA. Vivant à San Francisco, la ville, qu’il semble connaître à fond y compris dans ces parties les plus obscures, lui sert souvent de décor. Parler d’un roman de Jim Nisbet n’est pas chose aisée tant l’écrivain peut partir dans des délires ou dans des chapitres montrant sa grande connaissance de sujets qui lui tiennent à coeur comme la navigation dans son précédent roman « traversée vent debout »daté de 2012 ou le marché de l’art dans « le codex Syracuse » romans parfois un peu touffus pour le lecteur s’attendant à un polar ordinaire. Un peu comme chez William Bayer, c’est le travail méticuleux d’un grand artisan. Parallèlement Nisbet peut aussi écrire des romans beaucoup plus brefs, qui cognent parfois de manière totalement abominable tant la noirceur et la violence sont fulgurantes comme chez Jim Thomson. Mais à la différence de son glorieux aîné, Nisbet est capable d’adoucir son propos par un humour forcément noir voire gore comme dans « Prélude à un cri », roman noir qui m’a marqué à vie et me sert depuis longtemps d’étalon pour mesure le degré d’effroi d’un bouquin.

Pour « Petit traité de la fauche », Nisbet innove en choisissant d’aborder un ton ouvertement humoristique qu’on ne lui connaissait pas réellement auparavant. Attention, comme à son habitude, ces personnages sont des ratés, des rejetés,des alcoolos, des toxicos, des petites frappes partageant leur vie entre la taule et la rue où ils accomplissent de médiocres larcins leur permettant de vivre ou de survivre.

Klinger est l’un d’eux ni pire ni meilleur, rendu néanmoins attachant par sa manière d’être désabusée et c’est lui que l’on va suivre pendant quelques heures de sa triste existence de raté dans les rues de San Francisco où il s’est installé durant les années 70 et dont il continue à battre le pavé quarante ans plus tard. Plus victime que coupable, Klinger apparaît à la première page avec une misérable collision de sa voiture volée avec un lampadaire et le reste de son histoire sera au diapason de ce premier gros plantage avec néanmoins de multiples situations surréalistes dans des bistrots pourraves faisant venir abondamment les sourires.

Reprenant aussi le thème de la femme fatale dans une ville continuellement douchée par la pluie, Jim Nisbet crée donc l’archétype d’un bon roman noir qui ravira les amateurs de l’auteur et qui sera un bonne entrée en matière pour découvrir la belle écriture du maître et son troublant univers pour les autres.

Efficace!

Wollanup.

 

 

 

LES VOLEURS DE SEXE de Janis Otsiemi / Jigal polar.

Alors, redisons- le une dernière fois,  les romans que sort Jimmy Gallier dans sa petite maison d’édition marseillaise Jigal sont bons. Je ne les ai pas tous lus mais je n’ai jamais été déçu. Aussi il était bien temps de s’intéresser au plus éloigné géographiquement des auteurs Jigal, je veux parler de Janis Otsiemi, originaire du Gabon et à ses dires devenu romancier « par effraction » et dont Jimmy n’arrête pas de me vanter sa tchatche depuis longtemps.

« À Libreville, une folle rumeur envahit la ville et crée la psychose… Dans la rue, tout le monde marche les mains dans les poches en évitant soigneusement d’approcher des inconnus… Il semblerait en effet que d’une simple poignée de main, de louches individus détroussent les passants de leurs « bijoux de famille » ! On les appelle les voleurs de sexe… C’est dans cette atmosphère électrique que, parallèlement, les gendarmes de la Direction générale des recherches mènent leur enquête sur un trafic de photos compromettantes touchant le président de la République… De son côté, la police recherche activement les auteurs du braquage qui a mal tourné d’un homme d’affaires chinois, laissant trois morts sur le carreau… À Libreville, la vie n’est pas tous les jours un long fleuve tranquille… »

Dépaysement total avec ce roman, vous je ne sais pas, mais moi, mis à part un excellent « Lagos lady », il y a quelques mois, cette partie de l’Afrique m’est totalement inconnue d’un point de vue littéraire… à tous points de vue finalement . Le Gabon, ancienne colonie française ( et patrie du grand footballeur  Pierre Emerick Aubameyang! ) où les administrations encore en place semblent être encore très inspirées des nôtres est la trame de fond francophone de ce roman où l’équipe de flics ripoux du capitaine Pierre Koumba, directeur des affaires criminelles de la PJ de Libreville va devoir s’escrimer, à sa manière et pour différents motifs, sur trois affaires .

La première concerne une magouille de petits chelous locaux qui tentent un chantage avec des photos compromettantes, une affaire bien trop ambitieuse pour eux surtout quand elle touche le pouvoir, jusqu’au plus haut personnage de l’exécutif « Papa Roméo, le grand émergent », c’est à dire Ali bongo le fils d’Omar Bongo et actuel président du pays. L’histoire racontée par Janis Otsiemi lui a été inspirée par une réalité de 2010 qu’il vous fera découvrir lui même. Il a écrit en 2007 « guerre de succession au Gabon: les prétendants » et connait donc très bien, pour le plus grand bonheur du lecteur, les rouages politiques de son pays .

La seconde affaire suivie par la PJ de Libreville montre un aspect moins amateur de la criminalité de la capitale Libreville quoique… le terrible bilan du braquage raté mettra en évidence les carences des acteurs et Janis Otsiemi en profite pour exposer la corruption des élites policières et le rôle de plus en plus important de la Chine dans l’exploitation des ressources économiques du pays, prenant de plus en plus la place de la France.

Enfin, le troisième pensum de Kouma et de ses adjoints consiste à faire taire ou pour le moins comprendre la réalité d ‘une rumeur qui prêterait uniquement y à rire si elle n’avait pas pour conséquence le lynchage des personnes accusées bien à tort de vol de sexe. N’ayant pas d’intérêts politiques et financiers dans la résolution de cette intrigue, Kouma and co ne s’y intéressent qu’à la suite de la pression qu’exerce sur eux les plus hautes autorités, les gênant ainsi dans l’étude de leurs paris PMU. Là encore et c’est passionnant janis Otsiémi s’est inspiré d’une rumeur qui a vraiment circulé dans plusieurs pays de la région pendant plusieurs décennies.(lire à ce propos l’intéressant article de l’ Obs de 2010 mis en lien en fin de chronique.)

Et tout cela sera résolu en un peu moins de 200 pages, vives, alertes, sans temps mort, avec une verve réjouissante,un bagout explosif qui rappelle Frédéric Dard par cet emploi d’un argot délicieux et ici très ensoleillé. L’auteur manie le verbe brillamment pour les besoins de son histoire mais aussi pour montrer voire dénoncer certains aspects de la société gabonaise et cela allume fort même si l’auteur avoue se mettre des limites  « Il m’arrive de m’autocensurer, c’est-à-dire de m’autoriser des prudences, pour éviter de m’attirer des ennuis. Ce qui m’oblige à utiliser des euphémismes, à créer un langage, à contorsionner la langue à la limite de l’hermétisme pour échapper à cette autocensure » (article de Françoise Alexander, le Monde du 26/10/2015. )

En conclusion, Janis Otsiémi a réussi la parfaite harmonie entre un roman policier intelligent et prenant, basé sur la réalité urbaine de sa ville et une photographie subversive de la société gabonaise et de ses institutions et tout cela avec un franc parler percutant et une verve irrésistible.

Jubilatoire et couillu!

article de l’Obs sur la rumeur des voleurs de sexe.

http://rue89.nouvelobs.com/rue69/2010/11/01/en-afrique-les-voleurs-de-sexe-alimentent-les-rumeurs-173226

Wollanup.

 

CECI N’EST PAS UNE HISTOIRE D’AMOUR de Mark Haskell Smith / Rivages.

Traduction:Julien Guérif.

« Les meufs qui ont des couilles assurent. »

« TUCSON AIME LA CHATTE. »

Cinquième roman de Mark Haskell Smith et encore un petite merveille d’humour et d’inventivité sur un sujet à nouveau inédit pour l’auteur qui se renouvelle à chaque écrit. Mark Haskell Smith produit des polars qui n’en sont pas vraiment même si à chaque fois on y trouve des meurtres. Par contre, inévitablement, on a le droit à un savant cocktail de bouffonneries, de situations invraisemblables, de scènes de cul,  et de dialogues qui claquent dans des romans toujours impeccables  malgré les excès en tous genres ou grâce à eux aussi et témoignant d’une évidente empathie pour ses personnages .

Sepp Gregory, star de télé réalité élu « homme le plus sexy de l’année » par la presse people, est en tournée de promotion de son premier roman, très autobiographique. Sepp n’a même pas besoin de lire le livre, il le vit en direct ! Le triomphe est immédiat, au point de lui valoir l’attention… de gens sérieux. Lorsqu’elle entend l’invitée de l’une des émissions les plus cérébrales du pays s’épancher sur les abdos de Sepp, Harriet Post, critique respectée, hurle au scandale. Décidée à révéler au grand public à quel point le succès littéraire de Sepp est une escroquerie, elle lit son livre, Totalement réalité, et… le trouve génial ! Pour elle, c’est forcément l’œuvre d’un nègre, qu’elle compte donc débusquer, mais un concours de circonstances entraîne Sepp et Harriet dans un road-trip qui se révèle vite ultra-hot. « L’esprit » rencontre « le corps », et la situation échappe à tout contrôle.

Le nombre de chroniques dithyrambiques déjà écrites tendrait à prouver que beaucoup de chroniqueurs découvrent l’auteur avec cette satire ébouriffée et ébouriffante qui pourtant n’arrive pas à la cheville de son dernier roman « Défoncé » déjà paru chez Rivages, comme tous les autres, en 2013. Espérons que ce succès critique sera suivi d’un succès public et que les gens en profiteront pour lire les précédents bouquins tous hautement recommandables. Tous le romans de Haskell Smith sont bons, gravement barrés et très orientés sexe. L’auteur ne s’en cache pas, il fume de la beuh quand il écrit et peut-être aussi à d’autres moments et sans faire l’apologie des drogues, cela lui réussit vraiment, au niveau de l’inspiration, particulièrement fertile et débridée, comme ce fut le cas pour son chef d’œuvre « Défoncé » qui parlait d’un doux dingue qui avait créé la meilleure herbe du monde et qui devait affronter bien des périls suite à sa grande découverte.

Dans ce roman à nouveau fracassant, il s’attaque à la télé-réalité, à ses « stars » et une fois de plus, il s’en donne à cœur joie, un gros délire et une attaque chargée et néanmoins empreinte de beaucoup de lucidité… et n’allez pas dire que je regarde ce genre de programmes mais sans le vouloir, on finit toujours par croiser certains de ces tristes sires au détour d’un malencontreux zapping.

Néanmoins si le sujet est propice à la moquerie tant ce monde créé par les médias pour faire rêver une partie de l’humanité tandis que l’autre partie se gausse ou se lamente devant l’affliction créée par ces candidats au rêve en carton, l’auteur apporte une réflexion assez aboutie au milieu des pire délires, montrant le possible tourment des « stars » ayant perdu pied, sans plus aucune connexion avec justement la réalité, l’opposition réalité, télé-réalité souvent soulignée dans le propos.

Sous la farce, Haskell Smith glisse une certaine réflexion et une certaine tendresse pour Sepp et par le biais de Harriet, antithèse de l’étalon précédemment cité, offre une critique virulente et désopilante du monde de l’édition dans son ensemble allant même jusqu’à éclabousser pour le meilleur… les blogueurs. Comme toujours chez l’auteur, il y aura des scènes de cul torrides et comme bien souvent aussi les héros, en voulant s’en sortir, sombreront de manière encore plus pathétique. Pas spécifiquement un roman noir mais réellement un bouquin qui vous mettra de bonne humeur par sa jouissive méchanceté et sa subtile loufoquerie.

Gravement barré!

Wollanup.

PS: « Défoncé » est sorti en poche en juin.

 

LE FILS de Philipp Meyer /Albin Michel

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S’il est un livre qui a sa place de façon plus que légitime dans la formidable collection « Terres d’Amérique », c’est bien ce roman fleuve de Philipp Meyer, déjà remarqué avec « Un arrière-goût de rouille » paru en 2009 chez Denoël. Si dans son premier roman, Meyer nous montrait le désenchantement, la fin du rêve américain dans une zone où la sidérurgie moribonde envoie tous ses anciens esclaves vers le quart-monde, ici, il nous dévoile, au contraire la genèse d’une civilisation dans une magnifique fresque familiale nous contant l’histoire du Texas de 1850 à nos jours. Sa situation géographique, son histoire tumultueuse et épique, ses protagonistes et ses ressources économiques font du « Lone Star State », une entité bien à part dans le paysage des Etats Unis que les vieux Texans, à la morgue nonchalante, irritante et condescendante, continuent de perpétuer comme s’ils descendaient tous directement des aventuriers qui ont conquis la région de haute lutte avec leurs flingues et leur absence de sentiments pour les vaincus.

Sans parler de la beauté de sa prose, Philipp Meyer a accompli un travail titanesque pour nous faire découvrir l’envers du décor de façon passionnante. Commencer la lecture du « Fils » vous condamne à vous isoler tant les événements, les choix, les aventures, les destinées, tout au long des 670 pages vont vous clouer à votre fauteuil.

Trois voix vont vous raconter l’histoire brute (dans les deux sens) du Texas sans tableau idyllique, sans allégorie, démystifiant les pionniers, les Indiens, les Mexicains, tous semblables finalement dans la sauvagerie pour la conquête d’un territoire qui aura été amérindien, espagnol puis français, à nouveau espagnol, mexicain, indépendant puis américain sécessionniste.

Nous allons suivre parallèlement ces trois personnages à trois époques clés de l’histoire du Texas.

Premier personnage et élément fondateur de la dynastie McCullough : Eli, en 1850, seul rescapé du massacre de sa famille d’origine écossaise installée en territoire comanche après avoir été expulsée d’une zone plus pacifique par des légistes crapuleux, va vivre chez les Comanches pendant plusieurs années avant, on le sait dès le début, de finir centenaire sous le nom guerrier et respectable de « Colonel ». On retrouve ici, avec le même réalisme, des pages magnifiques sur les Indiens comme chez Boyden du « Dans le grand cercle du monde ». C’est la période de la « conquête » d’un territoire où à la sauvagerie des Comanches répond la cruauté des Texans. Dans cette partie du roman, on trouve un chapitre admirable sur l’économie du bison nous montrant son importance primordiale et vraiment vitale pour les populations indiennes.

La deuxième voix est celle de Peter, qui par le biais de son journal débuté en 1915, nous fait vivre la période de l’élevage, des clôtures sur la prairie, sous le joug de son père « le colonel » tyrannique, et nous montre que les sentiments humanistes qui animent Peter n’avaient pas réellement cours à l’époque et prouve une fois de plus que les victimes d’antan, quand on leur donne des armes, deviennent de parfaits bourreaux.

Enfin, dans les années 1940, Jeanne Anne, arrière-petite-fille du colonel, par le fait des malheurs engendrés par la seconde guerre mondiale devient une héritière fortunée en se lançant, aventurière sans aucun scrupule, dans l’exploitation du pétrole à l’âge de 20 ans. Cette richesse du sous-sol texan permettra la réussite du débarquement en Normandie et garantira aux pétroliers une impunité dans leurs exactions et alliances futures avec des pays ou des organisations peu recommandables.

Tout en suivant ces trois personnages, on voit les transformations brutales d’un monde où seuls les vainqueurs ont droit au chapitre. Meyer montre sans juger, distillant juste des allusions sur les rapports entre pétroliers et Kennedy par exemple, le rôle ambigu dès ses débuts de Lyndon Johnson le Texan démocrate par opportunisme, vice-président puis président  suite à l’assassinat de Kennedy à Dallas, Texas…, démolissant la légende des Texas Rangers…

C’est donc à une histoire terrible, impitoyable, bien que certains personnages et agissements se révéleront estimables mais très marginaux, que nous convie Philipp Meyer avec une écriture fluide, convaincante, nécessitant néanmoins toute l’attention, empreinte du réalisme nécessaire à une mise en lumière de l’histoire de cowboys dont les imitations contemporaines originaires du Connecticut, Bush, père et fils, donneront avec leur politique de va-t’en guerre une image caricaturale mais tristement symptomatique de gens à part, originaires d’une région vraiment très différente du reste des USA.

Héroïque!

Wollanup.

LE SECRET D’ IGOR KOLIAZINE de Romain Slocombe / Seuil policiers.

Romain Slocombe, on ne présente plus et si vous ne connaissez pas, épargnez-vous ces quelques lignes et lisez ce roman qui représente un petit aspect de son oeuvre, la passion du moment de ce grand auteur à l’immense talent protéiforme.

« Écrivain, photographe, cinéaste, peintre, illustrateur et traducteur, Romain Slocombe réconcilie depuis plus de trente-cinq ans le roman noir, l’avant-garde artistique et l’univers underground de la contre-culture américaine ou japonaise. Armé de son humour british, il aborde des sujets graves au fil d’intrigues minutieusement documentées. »Cette fine et fidèle présentation est extraite d’une interview de l’auteur par Bernard Strainchamps, pionnier du noir sur le polar à qui nous devons actuellement l’indispensable site de veille littéraire Bibliosurf II( http://www.bibliosurf.com/). Ce riche entretien daté de 2014 (lien en fin d’article) , au moment de la sortie de « Avis à mon exécuteur » autre joyau de Romain Slocombe, explique les raisons de ces écrits romanesques tournant autour de l’espionnage russe pendant l’entre deux guerres.

Le héros Ralph Exeter découvert dans « dernière station avant l’abattoir » et qui revient dans de nouvelles aventures dans « le secret d’ Igor Koliazine » n’ est autre que George Slocombe, grand père de l’auteur, journaliste anglais pendant les années 20 et qui aurait été en relation avec les services secrets bolchéviques à cette époque et dont les mémoires ont servi dans des scènes stupéfiantes, des descriptions magnifiques de Constantinople porte de l’Orient où Russes et puissances européennes intriguent.

« Londres, février 1925 : recruté malgré lui par l’Intelligence Service, le journaliste Ralph Exeter, qui renseigne déjà le Guépéou, a beaucoup de mal à concilier ces loyautés contradictoires. Le voici sommé d’approcher Igor Koliazine, gigantesque jeune cosaque qui prétend avoir enterré en Bulgarie le trésor fabuleux de l’Armée blanche du général Wrangel. Ensuite, charge à lui de l’entraîner à Constantinople, d’où ils embarqueront à bord du yacht affrété par la jolie Zhenya Krasnova, déléguée des Soviétiques. Destination Bourgas, objectif les précieuses caisses enfouies dans la forêt. Seulement, outre les bolcheviks et le MI6 britannique, d’autres sont sur l’affaire : la Sécurité d’État turque, des espions allemands à la solde d’Adolf Hitler… Le correspondant du Daily World comprendra vite qu’il a mis les pieds dans un sacré guêpier. »

Il arrive parfois que l’on soit subjugué par un roman et que vainement on tentera de mettre sur papier ou l’écran les raisons qui nous ont fait chavirer. Alors, ici, il y a, bien sûr, le charme d’Istanbul, le mystère d’une culture et d’une civilisation à la fois proche et lointaine à une époque où elle est encore plus énigmatique, hermétique pour l’Européen qui débarque et qui est racontée d’une manière docte, précieuse et magnifique par un auteur au sommet de son art. C’est grandiose, y compris dans les moments dits faibles.

Bien sûr, tout ce monde d’espions doubles, triples, traîtres, mêlé aux Turcs, aux Russes Blancs en exil, aux femmes fatales que rencontre Ralph Exeter crée une symphonie, une comédie humaine fastueuse et furieuse où dès les premières pages, on se passionne pour ces destins tourmentés par le vent martial de l’Histoire du début du XXème siècle.

Evidemment, le dandy anti-héros est passionnant par son ordinaire humanité, par sa légitime volonté de sauver sa peau, par son ahurissement devant les événements se passant autour de lui mettant sa vie en péril lors de cette recherche du trésor. L’ atmosphère des grands romans d’espionnage vintage d’Eric Ambler…

Et puis, en fait, tout simplement, il y a le talent, l’immense talent de Romain Slocombe, admirable conteur.

Talentueux.

Wollanup.

entretien avec Romain Slocombe

LES ENFANTS DE L’ EAU NOIRE de Joe Lansdale /Denoël.

Une nouvelle lecture très tardive parce que le roman est sorti il y a presque un an. Néanmoins, c’est le genre de bouquins idéal pour les vacances à la fois intelligent et réjouissant, à l’histoire bien menée avec ce qu’il faut d’humour aussi. J’accumule ici beaucoup de lieux communs puisque tout lecteur de Lansdale connaît son talent de conteur et spécialement pour les histoires de l’East Texas qui lui est cher. Il n’a pas son pareil pour raconter son Histoire dans les années trente empreinte de misère sociale et économique et de racisme ordinaire.

En plus du Lansdale conteur hors pair, n’oublions pas l’auteur de romans de série B gore et du duo White Trash épatant  Hap et Leonard dont les aventures et mésaventures ont permis à l’auteur de percer en France il y a quelques années.

« Texas, années 1930. Élevée dans la misère au bord de la Sabine, qui s’écoule jusqu’aux bayous de Louisiane, May Linn, jolie fille de seize ans, rêve de devenir star de cinéma. Un songe qui s’achève brutalement lorsqu’on repêche dans le fleuve son cadavre mutilé. Ses jeunes amis Sue Ellen, Terry et Jinx, en rupture familiale, décident alors de l’incinérer et d’emporter ses cendres à Hollywood. May Linn ne sera jamais une star, mais au moins elle reposera à l’endroit de ses rêves…
Volant un radeau mais surtout le magot d’un hold-up, la singulière équipe s’embarque dans une périlleuse descente du fleuve, le diable aux trousses. Car non seulement l’agent Sy, flic violent et corrompu, les pourchasse, mais Skunk, un monstre sorti de l’enfer, cherche à leur faire la peau. »

Autant le dire tout de suite, c’est le Lansdale amoureux de son petit coin d’enfer de l’East Texas qui est aux commandes de ce roman dans un cadre digne des histoires terribles contées par Faulkner, O’ Connor ou Caldwell glorieux et talentueux tuteurs. Y est décrit un coin du Sud où tous les personnages masculins, ivrognes, dégénérés, fainéants et extrêmement dangereux sont bien à leur place dans ce no man’s land infernal tabassant et réduisant à l’esclavage leurs épouses captives, cognant ou convoitant leurs propres filles ou celles de leurs potes de boisson ou de forfaits. A l’opposé de ce monde d’adultes où les femmes par leur soumission et leur fatalisme face à l’histoire sont aussi coupables, trois ados décident de changer de vie en empruntant le fleuve la Sabine souvent second rôle dans les romans du Texan et dont les méandres noires donneront le rythme et la mélodie de cette belle histoire d’amitié, de fidélité et d’apprentissage de la vie.

La présence de Skunk, créature sylvestre épouvantable, hybride de Bigfoot, de Joe l’Indien de Mark Twain et de Lester Ballard de McCarthy crée un climat d’épouvante digne des meilleurs romans du genre Southern Gothic dont il récupère avec bonheur les invariants avec des rencontres particulièrement étranges tout au long d’un roman qui ne laissera pas souffler le lecteur qui voudra bien rentrer dans l’histoire sans se formaliser de tous ces emprunts.

Si au final, le roman paraît moins abouti et s’avère certainement moins original que « les marécages » écrit par Lansdale en 2000 et lui, franchement indispensable, « les enfants de l’eau noire » a néanmoins tout pour plaire aux amateurs de romans du Deep South comme aux fans d’histoires bien contées et flippantes à souhait.

Wollanup.

 

 

L’AGE DE L’ HÉROÏNE de Quentin Mouron / La Grande Ourse.

Deuxième incursion dans le polar du jeune auteur suisse Quentin Mouron après « trois gouttes de sang et un nuage de coke » et on y retrouve  son héros Franck pas mieux dans sa tête que dans le précédent opus daté de 2015.

« Franck, dandy sur le retour, détective à ses heures, bibliophile, collectionneur de livres anciens, est chargé de retrouver une cargaison de drogue volée. Son enquête le mène jusqu’à Toponah, petite ville américaine située dans l’État du Nevada. Sur sa route se dresse Léah, adolescente mystérieuse tenant autant de la gueule cassée que de l’héroïne cornélienne. Parmi les existences ployées et amoindries, la jeune femme scintille, détonne ; elle incarne quelque chose que Franck ose enfin nommer la vie. »

Ce court roman séduira ceux qui ont apprécié le précédent roman qui n’avait déjà du polar que le nom, un décor, des clichés empruntés au genre pour mieux les déglinguer jouant de l’outrance pour mieux déranger le lecteur, le provoquant sans relâche, le tenant constamment sur ses gardes tant Franck, constamment sous substances, est imprévisible. Conclusion, ceux qui n’ont pas goûté ou terminé le premier auront sûrement mieux à faire ou lire ailleurs.

Le Nevada craignos sert de toile de fond baroque, gothique à « l’âge de l’héroïne », Mouron utilisant les clichés inhérents à beaucoup de romans ricains, à une Amérique fantasmée: les dinners, les hell angels, les héros de guerre, les mobil homes, la came,le désert, dans un trou perdu « Toponah,c’est le masque du vaudeville appliqué à la tragédie et on ne meurt qu’en faisant rire ».

toponah

Un motel à Toponah.

Mais le décor comme les ingrédients n’existent que pour aider l’auteur dans une narration vive, alerte, de haut vol. L’ intrigue ténue, accessoire sert d’exutoire à un Quentin Mouron barré, déjanté qui à la faiblesse de son histoire oppose son verbe, sa verve, sa folie furieuse parfois bien obscène mais souvent brillante qui n’est pas un simple verbiage sans queue ni tête comme l’apparence pourrait parfois le faire croire mais bien une réflexion hallucinée sur le sens de la vie, les erreurs, le destin et peut-être bien aussi sur les conséquences de l’excès de l’usage de la cocaïne.

Dérangé.

Wollanup

la chronique du premier roman chez Action Suspense.

 

DERRIÈRE LES PANNEAUX IL Y A DES HOMMES de Joseph Incardona / Editions Finitude.

Ce roman paru en 2015 aux éditions Finitude qui ont cartonné cette année avec « En attendant Bojantes » dont j’ai lu tellement de chroniques que j’ai l’impression d’avoir lu le roman.

Sorti peu de temps après « Aller simple à Nomad Island », ce « Derrière les panneaux, il y a des hommes » ne m’avait pas réellement tenté tant j’avais été peu séduit par ce précédent roman traitant lui-aussi en toile de fond du tourisme. Néanmoins, « Derrière… » a obtenu le grand prix de la littérature policière et cela m’est amplement suffisant pour profiter de cette période estivale pour m’y plonger me souvenant aussi d’un excellent « Trash Circus » paru en 2012.

« Pierre a tout abandonné, il vit dans sa voiture, sur l’autoroute. Là où sa vie a basculé il y a six mois. Il observe, il surveille, il est patient. Parmi tous ceux qu’il croise, serveurs de snack, routiers, prostituées, cantonniers, tout ce peuple qui s’agite dans un monde clos, quelqu’un sait, forcément. Week-end du 15 août, caniculaire, les vacanciers se pressent, s’agacent, se disputent. Sous l’asphalte, lisse et rassurant, la terre est chaude, comme les désirs des hommes. Soudain ça recommence, les sirènes, les uniformes. L’urgence. Pierre n’a jamais été aussi proche de celui qu’il cherche. »

Joseph Incardona a la critique acerbe, le verbe puissant et le regard pointu dans ses analyses de notre société et de ses contemporains. Jamais de demi-mesure, c’est cru, ça dégomme, l’hallali, un ennemi de la tiédeur en écriture que tous les lecteurs ne seront pas capables de supporter dans ce roman fort mais terriblement éprouvant. Un roman sur les vacances à ne pas lire pendant les vacances sous peine de plomber l’ambiance.

Les gares, les ports, les aéroports ont toujours été chargés d’émotions de voyages, de nouvelles vies, de promesses, de découvertes, d’aventures, de vacances… de fuite ou de perte aussi bien sûr, enfin autrefois car depuis le début du XXIème siècle, toutes ces bonnes impressions sont un peu voire très ternies par les fumiers qui les convertissent en aires de massacre. Mais avez-vous eu une seule fois ce beau sentiment d’aventures, d’évasion en vous arrêtant sur une aire d’autoroute ? Moi pas, juste une sale impression de triste copie de ce qui se fait en Amérique et surtout une sale impression de piège incontournable pour les cons que nous sommes, parfois contraints de nous y arrêter. Le premier supplice des vacances de masse, du tourisme bas de gamme avec des souvenirs à la con et nos contemporains qui friment dans leur nouvelles tenues estivales avec leurs gosses énervés qui braillent pour avoir des frites immangeables. Vous connaissez, bien sûr, et c’est là que dans ce néant de réalité qu’a créé le pire des drames un Joseph Incardona monstrueux de talent qui va raconter avec cruauté tout ce que vous avez seulement entraperçu.

« Derrière le pare-brise sale, le monde est toujours là : une aire de repos écrasée par la chaleur. Herbe jaune piétinée jusqu’à la trame. Poubelles débordant de déchets. Tables de pique-nique en ciment dont les angles révèlent des moignons de métal rouillé. Mouchoirs tachés de merde, recouvrant la merde elle-même, au gré des buissons longeant la clôture de l’autoroute. »

Ce n’est pas un grand mystère, on l’apprend très rapidement, Pierre cherche un salopard qui a enlevé sa fille de huit ans quelques mois plus tôt le détruisant lui et Ingrid sa femme. Il est démoli mais armé par la rage de la vengeance tandis que son épouse a fui dans l’alcool et le sexe dégueulasse. Une nouvelle disparition en ce weekend du 15 août va éveiller Pierre…

Tout est montré, crûment, outrageusement réaliste: les parents détruits, les flics démunis, les jouisseurs des malheurs d’autrui, les employés des relais routiers, les épaves perdues de ces faux îlots, les paparazzi, les psychologues impuissants, les gros cons, les pauvres beaufs et leur fausse compassion, tout ce monde interlope qui se retrouve tous les ans aux moment de ces tristes migrations et qui entre en surchauffe avec cette tragédie à gerber.

Le roman est méchant, particulièrement dur et éprouvant, cogne à chaque page, à chaque description mais reste d’une pudeur magnifique pour le calvaire de ces pauvres anges volés. Tout sauf un roman pour les vacances mais  un chef d’oeuvre.

Choquant!

Wollanup.

 

ILS SAVENT TOUT DE VOUS de Iain Levison / Editions Liana Levi

 

Roman après roman, l’Américain d’origine écossaise Iain Levison écrit de solides histoires noires ordinaires aux personnages particulièrement poissards mais toujours colorées par un humour parfois féroce mais toujours apte à rendre la tragédie moins sinistre.

Changement de cap radical a priori avec ce « Ils savent tout de vous » qui file vers le roman d’anticipation.

« Avez-vous déjà rêvé de lire dans les pensées des gens? Savoir ce que se dit la serveuse en vous apportant votre café du matin. Ce que vos amis pensent vraiment de vous. Ou même ce que votre chat a dans la tête? Eh bien, c’est exactement ce qui arrive un jour à Snowe, un flic du Michigan. Au début, il se croit fou. Puis ça l’aide à arrêter pas mal de faux innocents… À des kilomètres de là, un autre homme est victime du même syndrome. Mais lui est en prison, et ce don de télépathie semble fortement intéresser le FBI… »

Ce titre français assez loin de l’original « Mindreader » est finalement pour une fois plutôt une réussite dans le sens où à la lecture du roman, vous vous apercevrez que Levison à travers son intrigue nous lance un signal, une mise en garde contre les nouvelles technologies, les réseaux sociaux, le net, qui permettent aux personnes mal intentionnées, simples malveillants ou carrément institutionnalisés de nous traquer, de nous épier plus qu’on ne le pense. Entre parenthèses, les grands penseurs des cafés du commerce comme il en existe tellement sur les réseaux sociaux qui s’insurgent contre les ingérences de l’état ou d’organisations internationales dans nos petites affaires par le biais de… facebook m’ont toujours bien fait marrer. Bref, première leçon du roman, on est encore beaucoup plus fliqués qu’on ne le pense, on le savait mais sans rentrer dans les détails ni dans des descriptions techniques Levison nous le prouve à plusieurs reprises. Et c’est le vrai Levison qui s’intéresse aux victimes américaines ou simplement occidentales du XXIème siècle que l’on retrouve avec bonheur assez rapidement après avoir eu la frousse de le voir emprunter la voie de tant de daubes ricaines et de leurs pitoyables et regrettables ersatz français.

Nouveauté quand même chez Levison, à mon sens, c’est cette capacité à produire un thriller pas totalement haletant mais bien monté néanmoins et fonctionnant parfaitement par la sympathie qu’il sait créer pour ses personnages finalement un peu handicapés par ce talent de télépathie qu’ils possèdent et pour qui finalement on se soucie assez rapidement tout en dévorant des pages parsemées abondamment d’un humour vachard.

Fin observateur de nos mœurs, Levison crée à nouveau des personnages vivants dès les premières pages, des hommes et des femmes de chair et de sang victimes qu’on pourrait très bien connaître par leurs comportements humains dans le bon comme dans le mauvais sens. Loin des thrillers d’anticipation de supermarché, Levison a écrit un nouvelle fois un roman particulièrement réjouissant, un bouquin sur les manipulations du cerveau qui ne vous prendra pas la tête.

Intelligent.

Wollanup.

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