Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Wollanup (Page 16 of 80)

LE BARON WENCKHEIM EST DE RETOUR de László Krasznahorkai / Cambourakis

Traduction: Joëlle Dufeuilly

Ça démarre par une couverture qui attire l’œil, une quatrième qui interpelle, ça se poursuit par un clic compulsif et l’arrivée par la poste d’un bouquin, énorme, compact, massif, de premier abord assez indigeste. Un achat sur un coup de tête sans s’interroger sur l’auteur, sans avoir la moindre idée du style de ce monsieur László Krasznahorkai pour finalement se rendre compte un peu tardivement que l’histoire se situe en Hongrie, un territoire très à l’est des rives de la Vilaine, synonyme de terra incognita pour moi. Voilà, voilà.

Pour ce qui concerne l’auteur, faisons confiance à Cambourakis, l’éditeur.

“László Krasznahorkai, né à Gyula, en 1954, est l’un des écrivains hongrois contemporains les plus importants, auteur d’une dizaine de romans, nouvelles et essais. Il a également collaboré avec le cinéaste hongrois Béla Tarr, pour lequel il a adapté certains de ses romans (Le Tango de Satan ; Les Harmonies Werckmeister), mais aussi rédigé des scénarios originaux (Le Cheval de Turin). Son œuvre a été primée dans son pays et à l’étranger : en 2004, il obtient le prix Kossuth, la plus haute distinction littéraire en Hongrie et en 2015, le Man Booker International Prize.”

C’est déjà beaucoup plus parlant pour vous, non ? Un peu de courage, bienvenue en terre inconnue !

“Sentant approcher la fin de sa vie et désireux de retrouver son amour d’adolescence, le baron Béla Wenckheim, qui a passé l’essentiel de son existence en Argentine, décide de rejoindre sa ville natale, en Hongrie. Ce voyage lui permet en outre de fuir les nombreuses dettes qu’il a contractées dans les casinos de Buenos Aires. Mais son retour sème la confusion, car nombreux sont ceux qui nourrissent de grandes attentes quant à sa capacité à sauver la ville de la faillite, le considérant comme un riche bienfaiteur…”

Gyula, à la frontière avec la Roumanie attend donc son sauveur, son mécène, son pigeon…Plus personne ne se souvient de lui, parti en Argentine plus de quarante ans plus tôt mais quand même un baron richissime qui rentre au bercail, c’est une aubaine. Oui mais, tout le monde l’ignore, il n’a plus un sou vaillant et vient juste là pour finir sa vie, incognito, dans le décor fantôme de son enfance. Et bien sûr, pour ce qui est d’une arrivée discrète, il ne va pas être déçu. Toute la ville, les autorités, les notables, les curieux, les magouilleurs, les filous, des bikers en pétrolettes bêtes et méchants, tout le monde est au garde à vous sur le quai, y compris son amour de jeunesse qui ne souvient pas vraiment de lui, mais pas grave, un baron, ce n’est pas rien. Tous font des plans sur cette comète en provenance d’Argentine. Après la cacophonie de l’arrivée, chacun tente de séduire le tonton d’Amérique…latine. Mais bien vite, devant l’apathie du revenant bien désorienté par ces marques d’affection et d’intérêt, s’installera le doute mais aussi une accumulation de méprises, d’incompréhensions très jubilatoires, de quiproquos, parce que Krasznahorkai n’ira pas avec le dos de la cuillère pour se foutre de ses compatriotes. En fait, personne ne semble aller bien dans sa tête dans cette ville, et on déboule très vite dans du burlesque particulièrement barré, du grand n’importe quoi, un goulash épicé à la weed.

Furieux est le vocable qui vient d’emblée à l’esprit quand on repense à ce qu’on a vécu, subi pendant plus de 500 pages complètement folles où l’auteur qui brocarde les habitants de sa ville natale se fout aussi carrément du lecteur. Tout est écrit en style indirect et on passe fréquemment du coq à l’âne, d’un personnage à l’autre avec comme seule séparation un simple passage à la ligne. Pas de respirations, pas de paragraphes, un flux ininterrompu, des phrases fiévreuses, marathoniennes de plusieurs pages, des répétitions élevées au rang de figure de style, des passages qui commencent par un “il” qui reste très indéterminé parfois pendant de longues pages, la narration détaillée des conséquences d’un événement inconnu du lecteur et dont on lui relatera la genèse que bien plus tard, quand on aura le temps. C’est souvent hallucinant, sans temps morts, mais par contre si vous arrivez à entrer dans l’histoire (il faudra compter quelques pages pour s’habituer à la logorrhée), difficile de quitter cette démence. Alors ne vous inquiétez pas trop, certains passages sont difficiles à comprendre, d’autres complètement illisibles : une page entièrement en latin, une dizaine d’autres dont j’ai renoncé à comprendre le sens comme la pertinence, des propos savants et des moments très perchés comme un échange sur les mérites comparés du Dante de “la divine comédie” et Dante le footballeur brésilien, à l’époque pensionnaire du Bayern de Munich…

Bien sûr, tout le monde ne va pas accrocher parce que la lecture n’est pas toujours aisée. Je me suis souvent frotté les yeux, sidéré, et je suis donc allé voir ce qu’en pensaient les critiques de magazines nobles. J’y ai lu des propos de critiques littéraires qui en plus avaient des compétences en géopolitique en voyant dans ce roman un terrible exemple de la déliquescence de la Hongrie. Ils font bien de le rappeler, on a parfois trop tendance à oublier les temps heureux du communisme sous le joug du grand frère soviétique. C’est vrai que des trains en retard, une zone géographique qui se désertifie, des services publics fantômes, des maires corrompus, des flics ripoux, des migrants encombrants, il n’y a qu’en Hongrie qu’on voit ça…

Évidemment, derrière la farce, la bouffonnerie, la connerie ambiante très prégnante, se glisse le drame de la vieillesse, des lieux chers à l’enfance qui ont disparu, des souvenirs qui s’effacent, des regrets, des occasions ratées, de la vacuité de l’existence et on peut passer très rapidement du rire à l’émotion, à pire quand se déclenche la violence et c’est très fort ce que réalise là l’auteur, passant son temps à vous bousculer et à dézinguer ses compatriotes. Entre autres amabilités :

“…mais ne me permet pas de trouver la clé d’accès au Hongrois, puisque, si tous les défauts de la terre sont présents chez lui, ils y sont décuplés, et non seulement ils sont présents, mais chacun d’eux pris séparément, définit l’essence du Hongrois, si tu penses envieux, alors tu peux dire Hongrois, si tu penses: hypocrite, alors tu peux dire Hongrois, si tu penses : agressivité refoulée, qui se manifeste soit par l’arrogance soit par une servilité mielleuse, là, tu approches vraiment du Hongrois, mais tu seras encore plus près, tu saisiras encore mieux le Hongrois au vol si tu dis tout simplement que le Hongrois est une tête de con, avec cette formule, tu frappes en plein dans le mille…”

Virtuose et méchamment foutraque, à hurler de rire et terriblement triste, Le baron Wenckheim est de retour est un roman génial et je vous souhaite l’immense bonheur qui fut le mien à le lire.

Clete.

PS: La musique d’accueil à la gare interprétée par un chœur et accompagnée en impro par les klaxons de bikers. Un tout léger manque de synchronisation entre les deux parties nuira quelque peu à la portée émotionnelle désirée.

LA DERNIÈRE VILLE SUR TERRE de Thomas Mullen / Rivages

The Last Town on Earth

Traduction: Pierre Bondil

Thomas Mullen a acquis une certaine reconnaissance chez les amateurs de polars avec sa trilogie Darktown racontant l’histoire des premiers flics noirs dans le Deep South à Atlanta et dont Sony Pictures a acquis les droits pour une série. Comme l’auteur originaire de Rhode Island et vivant à Atlanta n’en était pas à son coup d’essai, le succès de la trilogie et l’actualité mondiale des dernières années ont incité Rivages à sortir ce grand et beau roman sur un pan de l’histoire américaine qu’est La dernière ville sur Terre.

“1918, État de Washington. Au cœur des forêts du Nord-Ouest Pacifique se trouve une ville industrielle appelée Commonwealth, conçue comme un refuge pour les travailleurs et les syndicalistes.

Pour Philip Worthy, le fils adoptif du fondateur de la scierie, c’est le seul endroit au monde où il peut compter sur une famille aimante. Et pourtant, les idéaux qui définissent cet avant-poste sont menacés de toutes parts. Le président Wilson a fait entrer son pays dans la Première Guerre mondiale et, avec la peur des espions, la loyauté de tous les Américains est remise en question.

Mais une autre menace s’est abattue sur la région : la grippe espagnole. Lorsque les habitants de Commonwealth votent en faveur d’une quarantaine, des gardes sont postés sur l’unique route menant à la ville. Philip Worthy aura la malchance d’être en service lorsqu’un soldat se présentera pour demander l’asile.”

Certains lecteurs, ayant associé le nom de Mullen à des polars, seront certainement un peu désarçonnés par ce roman, le premier de l’auteur. On n’est plus dans le procédural, l’investigation sous relents de racisme. Néanmoins, le volet social et politique présent dans la trilogie est ici à son zénith. Pour cette communauté au fond des bois, c’est l’heure des choix : s’isoler pour se sauver ou continuer à vivre dans la peur de la contagion. La pandémie de grippe espagnole fera beaucoup plus de victimes que la première guerre mondiale. Il est évident que la tragédie du COVID vient de suite à l’esprit et ne nous lâche plus pendant 500 pages. Nous voyons ici, sur ce petit territoire qui décide de vivre en autarcie, tous les comportements, toutes les réactions, toutes les interrogations, tout le complotisme, tous les mensonges, toutes les oppositions, toutes les fuites, toute la panique que nous avons vécus il y a peu, tout sauf les vaccins et l’action étatique. C’est impressionnant, troublant. Parallèlement, Mullen montre les mouvements sociaux notamment celui des suffragettes, la répression dans le sang des mouvements syndicaux, les modèles de société qui éclosent en balbutiant, la relation au travail. Surtout apparaît cette forte opposition populaire somme toute très légitime, gommée de l’histoire officielle, à l’idée d’aller se faire massacrer dans les tranchées françaises pour que les financiers ricains récupèrent leurs avoirs européens.

On ne peut s’empêcher de penser à deux autres grands romans du catalogue Rivages dans un registre très proche : Nous ne sommes rien, soyons tout du regretté Valerio Evangelisti et le magnifique Un pays à l’aube de Dennis Lehane à une époque où il n’écrivait pas encore des bouquins ressemblant trop à des scénars prêts à l’emploi.

Par la petite lorgnette de l’histoire tragique de la communauté de Commonwealth, ce sont toutes les pièces du puzzle américain qui apparaissent et se mettent en place. L’aube d’un pays peuplé de parias, d’exclus, de maudits, d’aventuriers et qui, dans la souffrance, dans les épreuves, dans la violence et sur les cendres d’une Europe bouffie de suffisance qui s’entretue, va devenir le pays le plus puissant du monde.

Un grand roman américain.

Clete.

VOYOUS de Doug Johnstone / Métailié Noir

Breakers

Traduction: Marc Amfreville

Doug Johnstone est un auteur écossais basé à Edimbourg fort d’une œuvre conséquente de treize romans dans son pays et que nous découvrons aujourd’hui en France avec Breakers daté de 2019.

“Tyler est un adolescent débrouillard qui vit avec sa petite sœur dans l’un des quartiers les plus malfamés d’Édimbourg. Sa mère est une junkie et son grand frère, aussi brutal que toxique, l’oblige à participer au cambriolage des maisons huppées de la ville. Au cours d’un vol, une femme est laissée pour morte, mais Tyler apprendra très vite à qui elle était mariée…”

Tyler est l’exemple type du bon môme né dans la mauvaise famille. Il est continuellement harcelé par son demi-frère, une ordure toxico particulièrement dépravée. Sa demi-sœur, mis à part la violence est de la même engeance, la pire d’un quartier délabré de la capitale écossaise. Qu’à cela ne tienne, Tyler fait contre mauvaise fortune bon coeur. Il tente de tenir à flot une mère alcoolo et toxico ne vivant que pour la dose ou la bouteille qui lui permettront de partir égoïstement dans des paradis artificiels. Mais il y a aussi Bean, sa petite sœur, adorable petite boule de tendresse qu’il tente de protéger de la laideur du monde, sa seule raison de ne pas fuir avec d’autres horizons forcément plus accueillants.

“Il fallait à peine dix minutes en voiture pour passer des quartiers les plus déshérités d’Edimbourg aux résidences des millionnaires.” Le terrain de chasse est donc très proche et le frère de Tyler peut ainsi pratiquer de pitoyables cambriolages, lui assurant l’argent nécessaire pour se farcir les narines de cocaïne. C’est aussi l’occasion d’extérioriser cette violence jusqu’au jour où ça dérape, le barbare poignardant la femme d’un des caïds de la ville.

Le roman qui avait mis un peu de temps à montrer le caniveau dans lequel se débat Tyler s’accélère et devient méchamment flippant, la tension rendue terrible par les agissements incontrôlables du frangin abruti qui met la vie de toute la famille en danger. L’histoire devient violente, effrénée et parfois apte à vous briser le cœur. On reprochera éventuellement à Doug Johnstone d’en faire beaucoup dans le pathos, dans la narration d’un univers noiricissime, mais on tient avant tout un bon roman noir, solide, dur et en même temps très émouvant, touchant.

Clete

LES MORTS ET LE JOURNALISTE d’Oscar Martinez / Métailié

Los muertos y el periodista

Traduction: René Solis

Parfois, toujours, rétorqueront certains, il vaut mieux s’effacer devant les propos de l’auteur:

“Écrire ce livre ne m’a pas coûté. Cela a été un processus organique, comme vomir. Cela ne m’a pas coûté, ce qui ne veut pas dire que j’y ai pris plaisir, mais je suis content de l’avoir fait.

Dans les pages qui viennent vous trouverez une histoire centrale reliée à d’autres histoires secondaires. Toutes sont affligeantes dans les grandes lignes : j’en ai connu le fond. Le récit central va plus loin, il va au bout de l’échec, il s’enfonce de tout son poids aussi profond que possible, et est sans aucun doute susceptible de descendre plus bas que le niveau atteint par les lettres que je forme.

Il y a dans ce livre des vies qui se déroulent dans des profondeurs auxquelles on a du mal à croire qu’il est possible de s’habituer. J’ai moi-même du mal à y croire alors que je l’ai écrit pendant un an. Il n’y a pas de héros véritables ni de victimes revendiquées ; ce n’est pas une réalité à l’élégance “noire”, avec des bienfaiteurs à la morale douteuse, qui ont de la classe et du mystère, imparfaits et attirants ; il y a de la déformation, de la sauvagerie et de la cruauté.

Mais il n’y a pas non plus de méchants sans nuances. De fait, il n’y a pas de méchants, et pas de bons non plus, ni d’antipodes saillants. Il y a un autre monde avec d’autres règles, avec d’autres limites, et avec des principes, des certitudes, des haines et des amours qui ne correspondent pas aux canons acceptés par ceux d’entre nous qui acceptent les choses et les publient sur Internet, qui font des discours et donnent des conférences, qui boivent des verres à New York comme à Medellín…”

Ce propos qui cogne est le préambule de Les morts et le journaliste. Il est l’œuvre d’Oscar Martinez journaliste d’investigation et écrivain salvadorien qui travaille pour elfaro.net, journal en ligne spécialisé sur les sujets de violence, migration et crime organisé. Ses articles et enquêtes sont fréquemment relayés par El pais et le New York Times. On lui doit également El Niño de Hollywood, lecture affolante qui raconte la Mara Salvatrucha 13, gang de gamins crevant la dalle créé à L.A. dans les années 80 dont les membres les plus dangereux avaient été rapatriés par Reagan au Salvador au début des années 90 et qui est devenu un véritable fléau sur tout le continent américain avec des ramifications un peu partout dans le monde.

“C’est une mafia, oui, mais c’est toujours une mafia de pauvres. Le secret c’est que leur rêve n’est pas de devenir riche, mais d’être quelqu’un. Quelqu’un de différent de ce qu’ils étaient. Parce certains d’entre eux, comme Miguel Angel, étaient pauvres depuis toujours, mais aussi humiliés, frères de gamines violées, fils de parents alcooliques, nomades. Ils étaient le rebut. Personne dans cette vie ne veut être Miguel Angel Tobar.” extrait de El Niño de Hollywood.

Les morts et le journaliste s’intéresse à l’autre versant de la violence, celle qui est légitime , l’œuvre de la police salvadorienne dans “des affrontements” que Martinez traduit par des “massacres”. Il raconte avec une sincérité touchante ce qu’il a vu, ce qu’il a vécu, ce qu’il a subi, sa colère, sa rage, ses peurs, sa tristesse, ses regrets, ses larmes. Le Salvador est un des endroits les plus dangereux de la planète et pour beaucoup de mômes nés au mauvais endroit un seul choix: tuer ou être tué…Et Oscar Martinez est au milieu de la boucherie.

L’ouvrage est très douloureux et pourtant c’est une œuvre importante sur le journalisme, son éthique, la recherche de témoignages, la diffusion ou non d’informations très compromettantes pour les émetteurs. Parsement son discours d’anecdotes stupéfiantes, l’auteur se concentre surtout sur l’histoire de Rudi et de ses frères et sœurs qui ont accepté de témoigner. Rudi a quatorze, quinze ans ou seize ans, personne,lui compris, ne sait vraiment. Sa mère a eu quatorze enfants de douze pères différents… C’est un mara, un “bambilla” comme préfère le nommer Martinez, il est déjà impliqué dans sept meurtres et il est le seul témoin d’un massacre orchestré par la police qui veut donc sa peau. Il va tout raconter à Oscar Martinez tout en restant caché dans une auge à cochons pendant des mois.

“Si ce dimanche 16 avril 2017 au soir je ne m’étais pas pointé dans le village de Santa Teresa, peut-être que Herber n’aurait pas été assassiné à coups de machette au visage; peut-être que Wito n’aurait pas été décapité; peut-être que Jessica n’aurait pas été obligée de fuir. Rudi, lui, je crois qu’on l’aurait tué de toute façon”.

Plongez dans la souffrance et la douleur, Oscar Martinez vous attend au fond. Les cojones de ce monsieur, chapeau !

Clete.

LONELY BETTY de Joseph Incardona / Finitude

Lonely Betty est un roman déjà ancien de l’auteur suisse Joseph Incardona à qui on doit depuis quelques années, de grands et forts moments de littérature noire : 220 volts, Derrière les panneaux il y a des hommes, Chaleur, La soustraction des possibles et Les corps solides.

L’ouvrage, publié chez Finitude en 2010, était épuisé depuis longtemps et la maison en le rééditant va permettre aux fans de l’auteur de s’offrir un petit plus, délicieusement noir.

C’est la veille de Noël 1999, tout le monde est pressé, bien occupé mais à Durham, petite ville du Vermont, on va fêter les cent ans de Betty Holmes née le même jour que Jésus Christ. La vieille instit est internée à l’hospice communal depuis 60 ans, depuis la disparition restée mystérieuse de trois frères qui étaient ses élèves. Depuis ce tragique événement la vieille toupie est restée totalement mutique. Les notables de la commune se rendent donc à la petite célébration, une petite corvée avant les agapes du réveillon. Et puis badaboum, la vieille dame prend soudain la parole…

“ Je veux parler au lieutenant à la retraite John Markham.” Le silence autour de la vieille était aussi dense qu’un pudding. Elle-même, surprise d’entendre sa propre voix après tout ce temps, ajouta d’un ton scolairement autoritaire:

“Et tout de suite, nom de Dieu!”

Beaucoup plus léger que ses dernières oeuvres noires Lonely Betty est un pastiche des vieux romans noirs américains, une fable noire très drôle si vous aimez un humour souvent situé en dessous de la ceinture.

“Lauren interrompit sa fellation, leva son visage vers James Sullivan :

– Dis, mon chou, tu ne trouves pas que les chapitres de cette histoire deviennent de plus en plus courts ?

Le regard voilé par le plaisir, il soupira :

– Je suppose que c’est une question de rythme…

– Mais on est des personnages secondaires ? À quoi bon mentionner que je te taille une pipe ?

– J’en sais rien, continue, poupée.”

Evoluant dans une centaines de pages addictives, on se demande un moment comment Joseph Incardona va retomber sur ses pattes tant le propos est court et on s’inquiète d’un final qui serait bâclé. Mais l’auteur est malin, très malin et réussit un très beau coup en transformant son récit décalé en hommage à un grand écrivain du Vermont, oui, je sais bien que vous avez deviné de qui il est question. Rajoutons que cette nouvelle mouture est embellie par des illustrations délicieusement noires de Thomas Ott dont on avait déjà beaucoup apprécié le travail pour une réédition de A Hell of a Woman de Jim Thompson aux éditions la Baconnière.

Un beau cadeau à faire ou un bel objet à s’offrir.

Clete

LE GUIDE de Peter Heller / Actes Sud

The Guide

Traduction: Céline Leroy

“Quelques années après un été traumatique, Jack arrive au Kingfisher Lodge comme guide de pêche à la mouche auprès de riches et célèbres qui fuient la réalité morose d’une Amérique covidée dans les paysages sublimes du Colorado. Outre que la rivière fourmille de truites multicolores, Alison K, la cliente qu’on lui confie, est irrésistible. Mais la menace et le danger viennent vite assombrir la parenthèse enchantée.”

Peter Heller avec La constellation du chien il y a longtemps et La rivière dernièrement nous a charmés par ces belles intrigues dans des cadres naturels qu’il magnifie par ses peintures magnifiques de la nature décrites  avec talent et passion.

On retrouve ici Jack, personnage principal de La rivière, venu dans le Colorado pour panser ses plaies et prendre un nouvel élan dans la vie. Mais dès son arrivée dans cette réserve de pêche pour gens fortunés, lieu idoine pour écrire de belles pages de nature writing, plusieurs choses le chiffonnent: la présence de caméras, les limites draconiennes des espaces de pêche, des voisins du “resort” irascibles et une clientèle bizarre qui ne semble pas réellement s’intéresser aux loisirs proposés mais s’absente souvent pour revenir avec des mines ravagées et des pansements sur les mains. 

Jack est à l’essai comme guide mais tout de suite se lance dans l’investigation, fait fi des recommandations anti-covid (un énième variant venu d’Inde est apparu… pfffff!), refuse certaines obligations liées au fonctionnement du lieu. Il enquête d’abord seul puis avec l’aide de sa jeune et belle cliente Alison K., une rock star venue là pour évacuer la pression mais qui se lance avec lui dans l’”aventure”. Ils découvriront le pot aux roses et ce n’est pas joli, joli ce qui se passe à Kingfisher Lodge mais d’une part, ce n’est pas très original et d’autre part le lecteur l’aura découvert bien, bien longtemps avant eux. Le dernier tiers du roman tient du thriller mais dès que ça commence à sentir franchement le roussi pour nos deux amis, la cavalerie arrive à bord de deux hélicos…

Franchement ? De très belles pages au fil de l’eau qui pourront peut-être même créer une attirance pour la pêche chez certains mais aussi des personnages peu crédibles, des dialogues plats, une liaison très improbable, une intrigue à deux balles déjà souvent lue, un suspense poussif, une fin un peu niaise. Peut-être que ce roman s’adresse à un public très jeune, je ne sais pas, un peu désarmé… Et s’il est vrai que Peter Heller s’attaque aux loisirs privilégiés des nantis, à leur fric qui peut tout acheter même le plus immoral comme on pourra le constater, les appâts sont vraiment trop grossiers pour qu’on morde à l’hameçon, enfin moi toujours. Une grosse déception…

Clete.

KALMANN de Joachim B. Schmidt / La Noire Gallimard

Kalmann

Traduction: Barbara Fontaine

“Raufarhöfn, petit port islandais tout proche du cercle polaire arctique, décline lentement mais sûrement depuis que les quotas de pêche ont été imposés. Dans ses rues désolées, Kalmann Óðinsson déambule, paré de son étoile et de son chapeau de shérif, portant fièrement à la ceinture le mauser légué par un père américain jamais vu. Kalmann est le cœur simple du village, pêcheur de requin émérite apprécié de tous. Un matin tout blanc, parti chasser le renard, il découvre une grande tache de sang qu’absorbent les flocons. Est-ce du sang humain ? Or l’homme le plus riche du village, Róbert McKenzie, a disparu depuis quelques jours. La police débarque et Kalmann, témoin vedette, se retrouve sur la sellette.”

Et comme dab, ce sont les romans dont on n’attend mais alors vraiment rien qui procurent souvent les plus grands plaisirs de lecture et nul doute que Kalmann est une sublime surprise.

Vous je ne sais pas mais en ce qui me concerne l’Islande à toutes les sauces comme ça l’est depuis quelques années, ça commence à me donner des boutons. Pour un Indridasson combien de -Son et de -Dottir à chier usant des mêmes ficelles d’un soitdisant esprit Nordic Noir aussi crédible dans son unité que le rural noir ricain qu’on nous vante aussi parfois de manière bien exagérée. L’Islande, un pays de 300 000 âmes où on naît aujourd’hui avec un stylo à la main pour vendre des histoires bien glaciales aux Français qui les adorent. Paragraphe inutile j’en conviens mais néanmoins révélateur de mon envie d’aller errer une fois de plus sur ce caillou battu par les vents et maudit des dieux.

Le pays a peut-être  beaucoup de charme et il a beaucoup séduit Joachim B. Schmitt l’auteur suisse tombé amoureux de l’île et qui réussit ici un roman sincère, beau, tendre et dur, intelligent et complètement barré autour d’un personnage extrêmement attachant Kalmann qu’on prend au départ comme un ado un peu à l’ouest avant de comprendre qu’en fait il est, en gros, l’idiot du village et qu’il a une trentaine bien avancée. Protégé, souvent de manière un peu condescendante par sa communauté de 150 âmes qui tente de survivre aux quotas rendus nécessaires après des décennies de pêche sauvage. A ce propos, on ne saurait trop vous conseiller la série Arte sur le thème de la privatisation de la pêche en Islande dans les années 80, Blackport. Alors, sûr, en France aujourd’hui, on a d’autres priorités actuellement que les quotas islandais et je peux envisager votre manque d’engouement mais ce mélange de tragédie et de comédie burlesque est particulièrement jouissif et on y retrouve beaucoup de ce qui fait le bonheur du roman de Schmidt. Dans les deux œuvres, on sent une spécificité des communautés de pêcheurs en Islande que je n’avais pas perçue avant.

Kalmann navigue entre ethnologie et sociologie de ce petit village, Raufarhöfn, qui existe réellement tout au nord du pays et qui dans les années 40 et 50 était le principal port de pêche exportateur de l‘île. Existe aussi le Stone Heng  cet espèce de monument inachevé érigé pour attirer des touristes… où Kalmann, chassant un renard polaire qui s’approche trop près des habitations découvre cette mare de sang et cela au moment où on recherche l’homme le plus riche du village, Róbert McKenzie, qu’on soupçonne d’avoir vendu son quota de pêche à un autre port signifiant la mort du village. La dernière fois qu’on l’a vu un matin il errait, divaguait à moitié nu et complètement bourré. Beaucoup auraient de bonnes raisons de l’éventrer comme un cabillaud. Kalmann se retrouve bien malgré lui au cœur du mystère. L’enquête policière commence car ne l’oublions pas, nous sommes bien dans un polar ou peut-être plutôt dans un magistral conte noir embelli par la tendresse dégagée par ce Kalmann bien démuni depuis le départ en maison de retraite de son grand-père, son idole, sa seule référence paternelle.

La Noire veut promouvoir des écrits un peu différents des autres productions noires, à la périphérie du genre et s’il y a eu des crashs mémorables par le passé comme avec le très crypté Les larmes du cochontruffe qui peut-être délivre sa vérité ou un once de sens après une bonne absorption de champis, force est de reconnaître que la collection envoie maintenant, à chaque fois, du très lourd. 

On peut se demander ce qui séduit le plus dans ce roman. Est-ce ce récit entre tradition avec cette communauté de pêcheurs solidaire, la pêche ancestrale et des mets effroyables d’un autre monde avec le requin du Groenland, les ours polaires que certains pensent avoir aperçus et la modernité avec des immigrants lettons dont on se méfie, des quotas de pêche précieux, la perte des services publics, des tonneaux remplis de cannabis et de cachetons, un village en train de crever? Sont-ce les personnages attachants et tous un peu barrés avec une mentalité fière et indomptée qu’on attribue souvent aux îliens de toutes les mers ? Est-ce une résolution de l’enquête policière tout à fait originale et particulièrement terrible ?

Peut-être un peu de tout cela et également certainement la plume très juste de Joachim B. Schmidt mais surtout, surtout il y a Kalmann et je vous promets qu’il y a très, très longtemps que je n’avais pas rencontré un si beau personnage de roman provoquant avec le même bonheur l’hilarité comme l’émotion et qui peut-être bien vous fera échapper une petite larmichette à la fin. Le genre de bouquins que vous quittez avec tant de regrets.

Du bonheur !

Clete.

BAISSE TON SOURIRE de Christophe Levaux / Editions Do

Vous avez déjà peut-être rencontré Christophe Levaux dans votre parcours livresque : La disparition de la chasse chez Quidam puis Le tas de pierre chez Cambourakis associé à sa sœur Aurélie. Enfin pour les amoureux de zik, on retrouve l’auteur chez Densité pour un ouvrage sur Rage against the machine. Cinq ans plus tard, il reprend la plume pour conter les heurs et malheurs du couple, sujet très hype ces derniers temps mais aussi très casse -gueule si on ne le fait pas avec talent et sensibilité.

“Lorsqu’il rencontre Sophie, c’est comme si elle illuminait subitement le monde. Avec elle, le passé moche s’efface : l’adolescence morose, les foirages amoureux, la sensation de n’être nulle part à sa place, les cris à la maison… Même le quotidien semble prendre de la distance : le travail idiot, l’ennui, la ville grise dans la province à l’abandon. Quand il s’observe dans le miroir, il semble que Sophie l’illumine, lui aussi.

Mais le temps passe, la romance s’effiloche, et on dirait que ça n’a cessé de germer, comme une plante toxique : la laideur, revenue au galop.”

Voilà, vous êtes fixés sur un sujet qui, je le répète, peut être le théâtre de magnifiques ratés si, dès le départ, une partie de vous ne s’intéresse pas vite au sujet et aux acteurs de cette mauvaise comédie humaine, finalement, si ordinaire. Tous ces drames que des couples affrontent et qui se terminent mal comme l’actualité nous le rappelle si souvent. Il est indéniable que l’opportunisme de certains auteurs se décèle rapidement, et si le roman se résume à la narration d’une tragédie prévisible, on n’a pas forcément envie de finir le voyage.

Ici, en introduisant, un footballeur belge de la fin des années 90, idole des jeunes avec un côté sombre très violent, on sent d’emblée que l’auteur a vraiment posé une réflexion, des pierres à son édifice, qui, malgré sa brièveté, laisse et laissera des traces.

Monologue, témoignage du bourreau, le roman raconte l’enfance morose et quelconque, les modèles masculins, footballeur connu et père, que l’âge adulte déboulonne méchamment, l’entrée précipitée dans la vie adulte comme une porte de sortie à défoncer pour voir plus beau.

Vient ensuite la rencontre, la passion, l’amour mais on le sait bien “Les histoires d’amour finissent mal en général”, heureusement qu’elles ne connaissent pas toutes la même issue. Petit à petit apparaissent les premières petites maladresses, les premières querelles, les premières incompréhensions, les premières erreurs et enfin les premiers coups… Au fur et à mesure, on tente de se persuader qu’ils sont trop beaux, trop intelligents, trop jeunes pour tomber dans le sale, le moche, le sang. Las !

Avec beaucoup de pudeur mais aussi un humour particulièrement roboratif, enfin au début de l’histoire, Christophe Levaux fait mal, montrant les affres du malheur, l’incompréhension, les rêves brisés, le sentiment de vacuité de l’existence, les blessures de l’enfance non cicatrisées et surtout le tableau affligeant de sa propre misère que renvoie le regard de l’être aimé. Christophe Levaux ne cherche pas à expliquer les violences conjugales mais donne des pistes pour approcher peut-être l’origine de cette colère, de cette haine et de la violence qu’elle entraîne malheureusement, hélas à la mesure du gouffre où on est tombé.

Histoire au sujet très malaisant, Baisse ton sourire au titre assassin et au traitement juste, pudique, du malheur d’un couple vaut vraiment un détour certes périlleux.

Clete.

JE SUIS LE CHÂTIMENT de Giancarlo De Cataldo / Métailié Noir

Io somo il castigo

Traduction: Anne Echenoz

Je suis le châtiment est le premier volet d’une série mettant en scène le procureur Manrico Spinoli della Rocca, grand mélomane, vieil aristo amateur d’opéra lyrique et bien sûr de préférence italienne. On ne vous présentera pas Giancarlo De Cataldo, magistrat romain et auteur du cultissime Romanzo Criminale, qu’on suit avec régularité : Suburra ici et , Rome brûle, L’agent du chaos, Alba nera.

“C’est un type étrange, le procureur Manrico Spinori della Rocca, un aristocrate de vieille souche, un peu coureur et fils d’une mère ludopathe qui a perdu toute la fortune de la famille au jeu. Mais si on consulte les statistiques, on ne peut que constater qu’il est très fort dans sa partie. Et il travaille avec les meilleurs, une équipe de femmes. De plus, il ne perd jamais son sang-froid, et il en faut quand on enquête sur la mort de Mèche d’or, un vieux beau, chanteur populaire, juré de la Nouvelle Star romaine et producteur de chanteuses débutantes. Les suspects ne manquent pas : une famille affreuse et rapace, un chauffeur silencieux et des jeunes filles naïves.”

Un roman de Giovanni de Cataldo est l’assurance de retrouver une Italie polardesque qui a vraiment du chien, une ville de Rome toujours aussi fascinante et un propos toujours moderne, “politique”, hautement sociétal. Mais nul n’est à l’abri de se planter de temps en temps. Loin de moi l’intention d’affirmer que ce roman est raté, disons qu’il restera peut-être moins longtemps en mémoire que certains de ses prédécesseurs.

Le cadre met un peu de temps à se mettre en place, il faut bien lancer la série et que les personnages principaux, Manrico et sa nouvelle équipe féminine, puissent être rapidement identifiables mais ensuite le suspense est constant, assez prévisible, hélas, mais ça roule, ça fonctionne, ça ronronne un peu, diront les lecteurs assidus de polars. On reprochera aussi quelques clichés, assez pour qu’ils puissent agacer les plus sensibles d’entre nous, des stéréotypes éprouvés, un déroulement assez convenu. Il est certain que la plume experte de De Cataldo et Rome aident à faire passer tout cela mais on reste un peu sur sa faim.

Allegro ma non troppo, Je suis le châtiment, un polar qu’on espérait porté par l’art lyrique et qui joue en fait une musique très classique.

Clete.

HOLLYWOOD S’EN VA EN GUERRE d’ Olivier Barde Cabuçon / Série Noire

“Septembre 1941. Aux États-Unis, le mouvement isolationniste et antisémite America First gagne du terrain et le président Roosevelt n’arrive pas à faire basculer son pays dans la guerre. À Hollywood, on prépare la contre-attaque avec un film engagé en faveur de l’intervention, mais sa vedette, la star Lala, est victime d’un chantage qui pourrait tout compromettre.

Vicky Mallone, détective privée, légèrement portée sur les cocktails et les femmes, va voler à son secours avec l’aide d’un vieux fédéral bougon et, lorsqu’il est sobre, d’Errol Flynn en personne. Le tournage du film va bientôt concentrer toutes les menaces et tous les enjeux de l’époque. Mais qui manipule qui à l’ombre des plateaux ?”

Depuis plus de quinze ans, Olivier Barde Cabuçon, d’abord chez Actes sud et maintenant à la SN de Gallimard écrit des polars dont les intrigues se situent dans le passé. Féru d’Histoire, il a voulu ici tordre le cou à une rumeur déclarant que pendant que les pauvres G.I. se faisaient tuer en Europe, à Hollywood, la fête battait son plein. Son intrigue, basée à l’époque du débat sur l’entrée en guerre des USA, montre que la communauté du cinéma s’est engagée et a œuvré pour l’entrée en guerre. Certes, tourner un film de propagande, s’impliquer publiquement ne peut s’apparenter à la course désespérée d’un soldat sur une plage de Normandie et certainement que les rations de guerre n’offraient pas le même plaisir gustatif que les buffets des soirées dans le L.A. qui compte et qui festoie mais certains acteurs, réalisateurs, producteurs se sont “battus” et Olivier Barde Cabuçon nous le montre.

Dès l’entame du roman, on sent que l’auteur connaît parfaitement son sujet, est dans son élément. Sa passion pour Hollywood et son amour du cinéma en noir et blanc des années 40, se voit dans sa faculté à apporter des informations nécessaires, des connaissances fines et des anecdotes sympathiques tout en restant parfaitement dans une intrigue qui sonne “hard boiled” avec ses flics, ses privés, ses informateurs, ses méchants camouflés, belle adaptation des polars ricains de l’époque.

Mais ces connaissances historiques comme cinéphiles adroitement réinvesties auraient été bien vaines sans une belle intrigue, et des personnages bien incarnés. Le suspense va crescendo et le roman s’avère prenant grâce à cette variante magique du Sam Spade de Hammett qu’est l’héroïne Vicky Mallone, détective privée et sacrée nana qui tombe aussi vite et régulièrement les filles que les cocktails.

La plume est adroite, souvent moqueuse, gentiment railleuse… très élégante.

Bienvenue à Lala Land !

Clete

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