Chroniques noires et partisanes

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APRÈS NOUS LE DÉLUGE de Yvan Robin / Editions IN8

“Nous cavalons entre les troncs couchés. L’air nous brûle la gorge. Nos muscles se raidissent. Nous parvenons à une route étroite, que nous longeons en direction du bourg. Je connais le chemin, emprunté pour aller faire les courses. À cent mètres de là, nous trouvons un local reconverti en abribus. Cachés derrière le mur couvert d’affiches déchirées du parti populiste écologique Campagne, nous nous dévisageons en pantelant. Nature au cœur dit le slogan.

Déjà nous ne sommes plus les mêmes. Dans le halo prodigué par l’unique lampadaire, nos traits sont plus durs. Comme si l’innocence s’érodait, qu’il n’en restait qu’un minuscule éclat au fond de nos pupilles.

   – Ça va ?”  

Il y a des périodes où la littérature s’empare d’un sujet. En ce moment, la crise écologique globale que nous vivons, semble en être devenu un. Tout le monde s’accorde pour dire que l’avenir de notre espèce est compromis, mais en même temps, et moi le premier, tout le monde s’en fout et continue à regarder des vidéos de chatons sur son smartphone. 

Ce roman d’Yvan Robin vient nous secouer, nous déciller. Sa vision d’un futur pas si éloigné est cauchemardesque. 

Un paysage ravagé par la pollution, un fleuve de boues et d’ordures, un suicidé dans le jardin. Voilà pour l’ouverture du roman, rien n’est à sauver de ce monde déjà bien saccagé. Et pourtant on y vit.
La catastrophe attendue se passe sous nos yeux, brutalement, sur les pages. Le résultat est simple et sombre, l’exposition des travers humains les plus vils : méchanceté, mépris, vilénie, trahison, violence, j’en passe. 


« Après nous le déluge » raconte ce qu’il reste de vie, d’humanité, chez un père, et son fils, Lazare et Feu-de-Bois. Tous deux sont bien incarnés, je me sens plus proche du père, question d’âge et de vécu peut-être, mais j’ai autant de compassion pour le fils. L’écriture dans laquelle ils sont balancés, enchevêtre le mythe du Déluge, l’Apocalypse, l’Odyssée, la poésie classique du XVIIème, met en exergue la Genèse, cite un traité philosophique plus ou moins anarchiste. 

Yvan Robin les sépare, les perd, et nous conte leurs mésaventures dans cet océan ténébreux qu’est devenu le monde. Le titre est vraiment à prendre au pied de la lettre.
C’est un roman typique de notre époque, qui décrit le cauchemar qui nous attend.

« Après nous le déluge » ne nous raconte ni plus ni moins que la disparition de la beauté, c’est, en somme, un texte effrayant, et probablement nécessaire.

NicoTag


Nous disparaîtrons sûrement, par contre le rock survivra. C’est Uncle Neil qui le dit, c’est donc vrai.

STAVROS SUR LA ROUTE DE LA SOIE de Sophia Mavroudis / Jigal Polar

La lame aiguisée glisse sans bruit de droite à gauche en travers de sa gorge. Le sang gicle dans un gargouillis. Il lâche un râle rauque et porte la main à sa plaie béante. Dans ses yeux exorbités miroite l’Acropole qui, à ce même instant, s’illumine de mille couleurs. La féerie embrase le rocher, ricoche sur le marbre immaculé, se répand sur son immeuble et, par ricochet, sur ceux alentours.

L’adagio s’élève lentement vers le ciel. Dans un second mouvement, les cris et les applaudissements des voisins s’élèvent tel un choeur, à l’instant même où son corps inerte bascule sans bruit dans le vide.


« Stavros sur la route le soie » démarre prestement, pourquoi se priver quand on peut à la fois balancer un assassinat et une vue splendide ? 

Il s’agit du troisième volume (sur cinq prévus) des aventures de Stavros Nikopolidis, un commissaire rusé, bon vivant, un peu râleur et flanqué d’un sens de l’humour très personnalisé ; il est épaulé par Dora, une collègue/complice façon Emma Peel ; et chapeauté par un supérieur lèche bottes du pouvoir et des puissants, Livanos. 

Rien d’original à cela, pourtant Sophia Mavroudis a bien fait de se servir de cette situation classique. Avec un doctorat en sciences politiques elle aurait pu écrire une histoire de la Grèce contemporaine, elle a préféré se faire romancière et mélanger une fiction policière au quotidien vécu et subi par les Grecs, à leur lutte quotidienne face aux mesures brutales infligées à leur pays depuis 2008. Sans oublier de glisser quelques notes d’humour fort bien venues, et de partager quelques bons plats qui donnent faim rien qu’en lisant.

L’enquête se focalise sur un scandale immobilier qui transforme Athènes en résidence touristique pour clients asiatiques fortunés. La ville est vendue à la découpe à des investisseurs chinois peu scrupuleux avec au passage des locaux qui se servent.

Sur le bord du bureau, Stavros aperçoit une série de livres, dont plusieurs romans noirs de Yannis Maris, figure tutélaire du policier grec.

  – Vous aimez Maris ? demande-t-il, surpris.

  – Comme beaucoup de grecs, j’ai longtemps négligé le genre policier qui n’avait pas l’aura de notre littérature classique. Je me suis trompé.

  – C’est un de mes auteurs préférés.

  – Il gagne à être connu ainsi que d’autres de nos écrivains de polars contemporains. Nous avons autre chose à montrer que les seuls écrits civilisationnels ou le dépaysement plage, Zorba, moussaka… 


C’est aussi ça « Stavros sur la route de la soie », une façon de découvrir Athènes en dehors de tous les clichés éculés. Comme souvent dans le polar, ce livre de Sophia Mavroudis permet de prendre le pouls d’un pays. En filigrane, c’est une facette peu reluisante de la mondialisation que nous dévoile l’autrice, la politique européenne à l’égard de la Grèce n’a rien de très heureux, quant à la Chine, ses investissements restent bien éloignés de la philanthropie.

Sans avoir lu les précédents volumes de la série, j’ai eu beaucoup de plaisir à tourner les pages, surtout à retrouver ces personnages savoureux, notamment Eugène, le hacker du commissariat. L’histoire serrée sur une poignée de jours est parfois un peu touffue, certains passages auraient mérité un peu plus de détails, mais les dialogues secs et souvent drôles rythment habilement le livre de bout en bout.


NicoTag

Pour la tragédie antique, Athènes a toute ma confiance, mais pour ce qui est du rock, mes oreilles traînent plutôt du côté d’Athens.

LES OMBRES FILANTES de Christian Guay-Poliquin/La peuplade

Elle est le commencement et la fin. Elle précède les regards, elle leur succédera. Elle est l’épicentre, le nœud, le refuge et la geôle. Elle fascine autant qu’elle effraie. Sous sa chape, les rencontres sont rares et décisives. Le temps est sa force vive. Son désordre ensorcelle, ses ombres se confondent, ses murmures fusent de toutes parts. Elle est l’envers de ce qui pense. Elle est l’instinct, le geste, le frisson. Toutes les âmes rêvent de s’y perdre. Mais aucun être ne sort indemne de son étreinte. Elle est la solution la plus simple, la plus totale, la plus opaque aux calculs des cœurs inquiets.

Un homme seul avance dans une épaisse forêt. On découvre avec lui une nature dense, mais aussi des carcasses de voitures, des engins de bûcheronnage hors d’usage, d’autres vestiges et rebuts de plastique ou de ferraille.
Une panne électrique, aussi brutale qu’irréparable, met sur les chemins tous les personnages des Ombres filantes. Cet homme seul cherche à rejoindre le camp de chasse où s’est réfugié sa famille. Au beau milieu des arbres, l’homme rencontre Olio, gamin insouciant et débrouillard. Sans être sous l’influence de La Route de Cormac McCarthy, on y retrouve un duo similaire, et même un clin d’œil assez franc au détour d’une page.
L’esprit en permanence occupé par leurs survies, tout comme les quelques personnes qu’ils rencontrent en cheminant, ils abordent les embûches différemment. L’un est craintif, l’autre est virevoltant. 

Si l’homme est bien le personnage principal du roman, c’est Olio, qui fait vivre les pages, qui soulève des émotions. Cet enfant est un vrai rescapé. On ne sait pas d’où il vient, il raconte, ment et invente sa vie au fur et à mesure du livre. Contrairement à l’homme, il a déjà acquis tous les codes du survivant en milieu hostile, s’il triture la vérité, vole des bricoles, disparaît puis revient à son gré, c’est pour se protéger, pour encaisser. 

Depuis la panne, le sol ne tremble plus sous les chargements de bois des semi-remorques, mais il y a encore beaucoup de circulation en forêt. Il y a ceux et celles qui se sont réfugiés dans leurs chalets ou leurs camps de chasse. Aussi ceux et celles qui tentent de s’établir quelque part, loin des agglomérations et des routes nationales. Partout, les gens se méfient, les gens calculent, les gens sont armés. Le reste ne tient qu’à un fil. C’est pour cela que je préfère les abîmes de la forêt aux rencontres hasardeuses qu’on peut faire sur les chemins forestiers. 

Dans ce monde à l’arrêt, il y a plus à craindre des rares humains croisés que de la forêt, cadre sombre de ce roman du canadien Christian Guay-Poliquin. Se perdre dans les bois ou rencontrer des lynx est finalement moins dangereux que tomber sur deux types en rade avec leur jeep.
C’est du post apocalyptique, oui encore un, mais celui-ci n’a pas recours au grand spectacle pour conter un monde finissant, il décale un tout petit peu l’existant. Cette légère modification se révèle dévastatrice et suffit à engendrer assez de désordre pour servir de prétexte à ce roman.

Voici un livre dans l’air du temps, qui ne s’éloigne guère de ce thème plus ou moins catastrophiste en vogue actuellement, mais qui est porté par une écriture agile, lumineuse, magnétique : le roman file d’un seul trait.

NicoTag


Avec un peu de chance, le jour où la panne arrivera, on sera proche d’Adrianne Lenker. 

TU NE TRAHIRAS POINT de Karim Madani / Marchialy

« Le book, pour un graffeur des années 1990, c’est comme le Nouveau Testament, les Évangiles. Étymologiquement parlant, le mot « évangile » vient du grec evangélion qui signifie : « bonne nouvelle ». Et la bonne nouvelle c’est :

   Au commencement était le spray

   Et le spray s’est tourné vers Dieu

   En lui était la vie, et la peinture était la lumière des hommes

   Et la peinture brille dans les ténèbres

   Et les ténèbres ne l’ont pas comprise.« 

 La posture religieuse de la (superbe !) couverture et du titre se retrouve dans la table des matières : Apocalypse, Genèse, et des suivants du même acabit. Ce livre de Karim Madani est rythmé par les allusions aux récits bibliques qu’il a semées du début à la fin. 

 « Tu ne trahiras point » relate l’histoire de ce qu’on a appelé le Procès de Versailles. Comment une bonne cinquantaine de personnes se sont retrouvées dans le box des accusés pour avoir taggé des wagons, des palissades, des entrepôts, etc. Ça s’appelle peintures illégales et dégradations volontaires. 

 Il fait défiler dans le chapitre Apocalypse les multiples opérations qui ont abouti aux heures de garde à vue subies par les pseudo-criminels de la bombe acrylique. La débauche de moyens employés par la police dans cette affaire est digne du grand banditisme, de gangsters ou d’assassins : filatures, écoutes téléphoniques, perquisitions, saisies de matériels, etc. L’énergie déployée est proprement sidérante.

 Genèse, ce chapitre est l’occasion pour l’auteur de remonter aux origines du graff parisien avec l’arrivée du rap et de sa culture de bandes ; il y signe aussi quelques belles phrases autobiographiques. Et surtout raconte l’adolescence et les débuts de Luc, alias Comer, personnage au centre du livre. 

Les sous-sols du métro parisien,  c’est du pur gruyère. Il pleut à verse à la surface, et des milliers de trous à rats, d’excavations, d’anfractuosités, de galeries percées et de canalisations dégoulinent de flotte polluée sur fond de beat hypnotique — la goutte d’eau qui s’écrase, répercutée à l’infini dans un écho souterrain et inquiétant. Ce sont les organes internes de la ville : je visite les entrailles de Paris. Tout y est différent. Les odeurs. Les sons. Comer m’a prévenu. Je respire à pleins poumons l’air vicié de la crypte, comme si j’étais sur le plateau des Glières, un bâton de ski à la main.

 Dans les quatre grands chapitres du livre, Karim Madani nous fait découvrir ce monde du graff, peu connu, exaltant, parfois dangereux, considéré comme criminel ; il résume quelques faits d’armes notables, parfois médiatiques, auxquels est mêlé Comer, dont un avec un autre graffeur surnommé Dunk, est un véritable morceau d’anthologie de l’art du portrait.


« Tu ne trahiras point » est un récit nerveux qui met en lumière une certaine schizophrénie de notre société, d’un côté les graffeurs sont mis en garde à vue et écopent d’amendes, de l’autre, le marché de l’art et les galeries leur courent après et spéculent sur leurs oeuvres.

 L’auteur glisse également quelques paragraphes sur la capitale, avec la même verve que Jean-Pierre Clébert dans « Paris insolite » ou Blaise Cendrars et sa « Banlieue de Paris ».

 Si on est théoriquement dans du reportage au long-cours, de la narrative non-fiction, les mots déboulent comme dans un bon vieux polar à papa, avec un savoureux mélange d’argot parisien et de jargon de tagger. Karim Madani ne s’encombre pas de sentiments, de détails superflus. L’écriture fuse, aussi pressée qu’un jet de peinture.

NicoTag

J’aurais pu piocher dans la petite discographie collée à la fin de cet élégant volume, mais j’ai préféré « Sinnerman » de Nina Simone, le rythme de ce remix par Felix Da Housecat est semblable à celui des phrases de Karim Madani.

POUR SEUL PARDON de Thierry Brun / Jigal

« Il éteignit le moteur, glissa la clef dans le pare-soleil, et changea de T-shirt, le sien était tâché du sang. Il vit Martin, un grand gars dans la quarantaine, blond et rougeaud, qui aiguisait ses couteaux et l’observait. Il semblait fasciné par les cicatrices qui couturaient les épaules d’Asano. On devinait au moins deux points de sortie de projectiles, dans l’omoplate droite et sous les côtes flottantes, et des vestiges de perforations, entailles plus ou moins profondes. L’une naissait sous l’oreille gauche et ondulait jusqu’aux pectoraux.« 

Asano a un passé bien abîmé de mercenaire en Serbie et d’ex-taulard pendant une douzaine d’années ; son présent dans un hameau vers Senones : une liberté conditionnelle surveillée par les gendarmes du cru. D’homme de main pour braqueurs, il est passé homme à tout faire pour Léon Chevreux.
Les Vosges c’est pas que des forêts sibériennes sur de vieilles montagnes, c’est des usines en friches, des villages déserts, un peu de braconnage et de menus arrangements aussi. Chevreux, l’entrepreneur local qui tient le village avec un sale chantage à l’emploi, Chevreux le fort en gueule à qui tout le monde doit quelque chose s’y connaît plutôt bien en magouilles.

Pour compléter « Pour seul pardon », Élise Chevreux, fille unique du précédent qu’elle ne supporte pas, mais qui tient le même caractère ombrageux.

Pour compléter un peu le portrait d’Asano, Thierry Brun parsème de petits récits fragmentaires, de moments imaginaires ou bien réels, amoureux avec une Béatrice que l’on croisera plus loin ou violents du côté de l’ancienne Yougoslavie.

   —Il a pris des paquets…du produit. Tu vois ?

   Produit. Mot de fic. De Voyou.

   Asano la fit répéter avec la sensation qu’une faille s’ouvrait sous ses pieds.

   Produit.

   Un truc.

   Mots simples d’une densité insupportable.

   Paquets. Produit.

   Truc. 

   Quelques mots qui s’entremêlaient et annonçaient avec une précision absolue une menace vivante et brûlante.

La cargaison qui embrase le roman entame son voyage à Lima au Pérou, arrive en France par Le Havre, prend la route pour les Vosges et se crashe avec l’aide de Chevreux et ses gars.

Le livre se transforme alors en grenade dégoupillée, nous explose dans les mains quand les destinataires, des Nancéiens bien méchants, veulent récupérer leur bien. 


Thierry Brun signe ici un roman aussi sombre et touffu que les forêts vosgiennes, court et nerveux, du genre qui remue bien les tripes. Il ne dit pas tout, c’est à nous de relier ces morceaux, d’imaginer, de combler les trous, il ne s’embarrasse pas non plus à envoyer des punchs lines à chaque paragraphe. C’est direct et efficace.

« Pour seul pardon » passe aussi raide qu’un verre de whisky cul sec.


NicoTag

« The Wagon », de Dinosaur Jr, on y retrouve la même urgence que dans ce roman de Thierry Brun.

DANS L’ETAT SAUVAGE de Diane Cook / Gaïa

Traduction: Marie Chabin

Après une scène inaugurale éprouvante qui en glacera plus d’un, on rencontre Bea, son mari Glen et Agnes leur fille, membres fondateurs de la Communauté, des volontaires sélectionnés et sortis de la société urbaine pour vivre dans une réserve, le dernier territoire naturel intact, « Dans l’état sauvage » donc. Réintroduits comme des loups ou des ours dans les Pyrénées, ils doivent se soumettre aux règles d’un Manuel et aux injonctions d’un bataillon de Rangers présents pour les protéger, les surveiller. 

Et gare à eux s’ils ne respectent pas les règles.
La civilisation telle que nous la connaissons a poussé tous les curseurs au maximum. La Nature à bout de souffle est réduite à l’état de fournisseur de ressources. L’air est vicié et la verdure a disparu, la vie urbaine dans les tours est réservée aux plus fortunés, pour les autres une forme de relégation dans les marges, les sous-sols : le libéralisme poussé à l’extrême.
Les habitants de la Ville, malgré cela, se croient encore increvables alors que leur environnement est exsangue, stérile, en bout de course.

Le roman de Diane Cook a une grande qualité, il fait peur. Ce qu’elle invente est possible, quasi réaliste, ce monde invivable pourrait être le nôtre, il n’y a pas forcément besoin d’une catastrophe pour y glisser. 

   —Il y a d’autres oies ailleurs ?

   Bea supposait qu’il y en avait ailleurs, oui. Pas en Ville, évidemment. Mais à présent, elle n’en était plus si sûre. Qu’en était-il des autres terres lourdement exploitées ? Les villes-serres, les immenses sites d’enfouissemnt de déchets, l’océan d’éoliennes, les Parcelles Forestières, les Parcs de Serveurs. Qu’en était-il des terres depuis longtemps abandonnées ? La Ceinture de la Canicule, les Terres en Jachère, la Nouvelle Côte. Était-il possible qu’elles fussent elles aussi spectaculaires et uniques ? La plupart l’étaient, jadis. Qu’elles puissent l’être encore était difficilement concevable. Bea détestait penser à tous ces endroits, à ce qu’ils avaient été autrefois, à ce qu’ils étaient aujourd’hui. Elle haussa les épaules. 

Après quatre longues années d’errances et d’apprentissages en tout genres, notamment celui de la mort de certains membres, une nouvelle épreuve est imposée au groupe. Se rendre au Relais du Bas, le relais le plus éloigné, sur des terres qu’ils n’ont jamais arpentées, sans laisser de traces de leur passage, ni camper plus de quelques jours au même endroit. Là-bas, leur courrier les attend, et de nouvelles pages du Manuel. C’est une obligation, pas un jeu, pas pour eux en tout cas, même si j’imagine tout à fait l’esprit humain assez tordu pour concevoir une telle expérience, entre la science et Koh Lanta. 

On les voit lutter pour manger, boire, se chauffer, se vêtir. Diane Cook scrute les luttes de pouvoir entre chacun de ses personnages. Ils ne sont pas nombreux mais l’esprit de corps, de groupe est absent, il n’y a que des alliances de circonstances. On assiste à un huis-clos où la haine ne cesse de s’amplifier.

Ils finissent par adopter certains comportements des hardes de cerfs ou des meutes de loups, notamment lors d’une scène fracassante où un homme affaibli est rejeté. Diane Cook décrit bien les sentiments qu’on est prêt à laisser de côté pour se protéger, les barrières mentales érigées pour assurer sa propre survie.

Le récit est centré sur Bea et Agnes. Bea est la porte-parole de la Communauté auprès des Rangers. Elle est venue parce qu’Agnes se mourait de ne plus respirer en Ville. Bea conserve des traits, des comportements d’ex-urbaine, alors qu’Agnes se transforme en chasseuse, en pisteuse, en chef de meute. Elle est un personnage hors normes dans un roman qui l’est tout autant. Comme chez Margaret Atwood ou Ursula Le Guin, il y a une préoccupation féministe durant tout le roman, la place des femmes y est centrale. 

Agnes continuait de trottiner, sûre de sentir les traces sous ses pieds. Elle les percevait comme une chouette repère une souris sous un matelas de feuilles ou un manteau de neige. Et même si ce n’étaient pas les ornières, elle savait qu’ils marchaient dans la bonne direction car malgré toute cette obscurité oppressante, elle avait vu briller les yeux des bêtes. Elle ressentait leur bien-être. Ils étaient en sécurité dans ce couloir. Leurs regards étincelants ne se dérobaient pas. Ils observaient sans peur, d’un air alangui. Leurs oreilles pivotaient mécaniquement, réagissant aux bruits avec la précision d’un réveil, un réveil sans alarme. Agnes se sentait à l’abri. Et par les mouvements souples de ses épaules et son sifflement guilleret, elle s’efforçait de communiquer aux autres ce sentiment.

« Dans l’état sauvage » c’est aussi des paysages vertigineux, du désert de sel aux montagnes boisées, une faune et une flore riches, des ciels à couper le souffle. Diane Cook s’est servie de ses propres séjours plus ou moins longs dans la nature la plus sauvage, en solitaire ou en groupe. Elle marie brillament la dystopie souvent cantonnée à la Science-Fiction au Nature Writing hérité des grands naturalistes américains.

Ce premier roman n’est pas exempt de quelques petits défauts, mais l’autrice réussit, tout au long de ses presque cinq cents pages à maintenir une sacrée tension en racontant la vie de cette équipée aussi hétéroclite qu’isolée du reste monde. Même si elle sème quelques indices, rien ne nous prépare à la mise au tapis finale.

Dans ce genre catastrophiste très en vogue il y a à boire et à manger, « Dans l’état sauvage » est à dévorer !

NicoTag

Pour se remettre de cette lecture aussi palpitante que remuante, « Some kind of peace » d’Olafur Arnalds est idéal.

SHUGGIE BAIN de Douglas Stuart / Editions Globe.

Traduction: Charles Bonnot

« La route rétrécit encore et les derniers jardins manucurés disparurent pour de bon. Derrière un bosquet d’ifs morts, une lande marécageuse s’ouvrit de part et d’autre de la route. Des monticules marron, des broussailles et des ajoncs meublaient ce vide infini. De vilains ruisseaux rouille serpentaient dans les prés et de la mauvaise herbe brune poussait de chaque côté des clôtures, essayant de reconquérir le chemin plein d’ornières et Pit Road. La route était quant à elle recouverte de poussière de charbon dans laquelle le taxi laissait des traces comme dans un négatif de neige fraîche.« 

En 1992 Shuggie Bain, 15 ans, vit seul dans un meublé, on fait connaissance dans un rapide premier chapitre, puis l’histoire fait un demi-tour 10 ans avant, et nous remontons les années 80 pendant presque cinq cents pages .
Douglas Stuart est natif du Glasgow où se déroule « Shuggie Bain ». Il connait bien Sighthill, Pithead et l’East End, les quartiers où vivent ses personnages, il y a grandi.

On pense au tableau qu’Alan Parks a commencé avec « Janvier noir », mais si on veut vraiment se faire une idée précise on peut aller voir du côté de Raymond Depardon. En 1980, le Sunday Times Magazine lui commande un reportage sur la ville écossaise mais, finalement, ne le publie pas. Ses photos, publiées pour la première fois en 2016, illustrent parfaitement « Shuggie Bain ».
Comme dans le livre du photographe, le décor est gris-marron, cette indéfinissable couleur de la misère ; Glasgow, ancienne ville industrielle, réduite à un squelette lessivé par la pluie.
Ils sont nombreux les Britanniques à nous avoir rapporté les affres du thatchérisme, que ce soit à Manchester, Leeds, ou Sheffield ; romanciers, musiciens ou cinéastes. Douglas Stuart, lui, ne parle pas de politique, il nous raconte les conséquences. 


« Agnes était assise, le dos droit, dans le fauteuil près de la fenêtre et regardait la rue. Des hordes de gamins jouaient dehors mais Shuggie n’en faisait pas partie. A dix heure et demie son ménage et son maquillage étaient faits, et bien qu’elle ne comptât pas sortir elle mit son pull décolleté et une jupe grise moulante. Elle buvait sa vieille bière en se demandant où son fils se cachait pour écahpper à son enfance. » 


L’histoire tourne autour de Shuggie et Agnes, sa mère, peu à peu leur monde se délite. Les départs plus ou moins volontaires des autres personnages, tous douloureux de toute façon. 

Elle qui se rêve Liz Taylor, tourne à la bière et à la vodka, tellement dépendante qu’elle est prête à tout pour une canette, tourne méchante, sombre dans l’acrimonie jusqu’à détester ses enfants affamés.
Le pire étant pour Shuggie, qui non seulement vit dans un enfer en essayant de sauver sa mère, doit aussi composer avec la cruauté des autres, enfants et adultes. Il découvre son homosexualité sans vraiment comprendre, et cette différence est insupportable pour les autres. Ce qui lui vaut des insultes, des bousculades et des cassages de gueule.

Plus on avance dans le roman plus on s’enfonce dans le sordide, plus les épaules de Shuggie ploient sous la misère de sa condition de gosse délaissé par tous, avec une mère alcoolique au dernier stade. C’est déprimant, ça picole en permanence, les hommes sont brutaux, les femmes violentées, les enfants laissés sur le côté dans le meilleur des cas. L’amitié ou l’amour n’existent pas, ou presque, un peu dans les première et dernière parties en 1992.

Douglas Stuart est cru dans son roman, il montre sans fausse pudeur les ravages de l’alcool, sur la personne qui boit mais également sur l’entourage ; Agnes siphonne plus qu’elle ne boit, les plus âgés des enfants font leurs valises, les amis ne sont que des profiteurs du corps d’Agnes, quant à son mari… Le tableau n’a rien d’idyllique, sauf qu’il y a Shuggie. Jamais il ne renonce à aider, soigner, ramasser celle qu’il aime éperdument. Il tente tout ce qu’il peut pour qu’elle continue les réunions aux Alcooliques Anonymes, pour éviter qu’elle ne glisse chaque jour un peu plus dans les bouteilles et les canettes. Il l’entoure d’un amour infini.

Ce livre, en plus d’être un véritable page turner, est un cœur battant, aussi vivant que Shuggie. Douglas Stuart signe un roman, sombre, noir comme le charbon et les terrils de Pithead, mais surtout un livre qui mérite la pleine lumière.

NicoTag


La scène musicale de Glasgow est vivace. Au début des années 90, Shuggie a probablement entendu parler de Teenage Fanclub, groupe glaswegian, comme lui.

Entretien avec Sylvain Kermici à propos de PANDÉMONIUM.

Sylvain Kermici vient faire paraître « Pandémonium » chez Equinox. J’ai lu et chroniqué le livre, je suis ressorti de ma lecture complètement essoré par la violence du propos. C’est un roman qui choque, et secoue, dans lequel règne le personnage de Jacob, un gourou exalté et impétueux qui se tient au fin fond d’une salle de cinéma.

1 – Jacob a tout d’un gourou, entre Charles Manson et Shoko Asahara (de la secte Aum), mais il est aussi dictatorial il n’a pas besion de lutter pour le pouvoir, il est le pouvoir. Comment est né Jacob, ce personnage à l’intelligence aussi immense que malsaine ? Qui est-il par rapport à vous ? Comment l’avez-vous construit ?

Dans ce roman, contrairement aux précédents, les personnages et les situations ne sont pas réalistes. Tout y est excessif, surréel. Dès lors, il me fallait imaginer un ‘méchant’ hors-norme. J’ai donc conçu le cerveau qui régit ces damnés et organise la structure mafieuse comme un personnage de bande dessinée, ambiance « Kirby pour adulte ». Je me souviens d’un vieil ennemi Marvel : Ego, the Living Planet. Voilà un peu l’idée : une sorte d’entité globale, maléfique, dont le pouvoir semble sans limite. Rien ne lui échappe. Si Le Léviathan est un vaste cerveau, alors lui est le centre nerveux par lequel transitent toutes les informations, tous les influx psychotiques. Cependant, j’ai souhaité en faire un personnage ambivalent. Il est à la fois puissant et menacé. Au fond, il n’est qu’une voix. Sa nature l’éloigne de l’action. La source peut se tarir. Voilà pourquoi je l’ai retranché derrière un écran. A la fin, il est devenu, littéralement, la voix de la pulsion qui filtre l’écran du sur-moi, qui nous pousse à agir, jouir et détruire sans entrave. La tendance au nihilisme qui existe au fond de chacun de nous.

2 – Le travail du style semble énorme, c’est une des réussites de « Pandémonium », votre écriture sature, asphyxie l’imagination du lecteur. De qui vous sentez-vous proche ?

Merci beaucoup !! Oui, le style est très important pour moi. Je dirais même plus que l’histoire. C’est un peu bizarre. Même si les phrases sont courtes ou simples, elles déterminent l’action chez moi, et non l’inverse. Je sens que je tiens quelque chose à partir du moment où je peux ‘sentir’ le rythme de la prosodie. Je lis constamment mes textes à voix haute et certaines phrases amorcent alors une histoire. En terme de style (traduction ou non), j’adore des auteurs à la prose épaisse et dense comme Martin Amis, J.G. Ballard, Samuel Beckett, Claude Simon, Calaferte, Curzio Malaparte ou William Burroughs. Chacun porte la langue au vertige. Ça peut devenir incandescent. Et W.G. Sebald, dont le style relève, en un sens, d’une procession noire existentielle. Un bon roman est, pour moi, irréductible à toute forme d’adaptation.

3 – Pendant ma lecture je me suis parfois senti exclu du texte, comme si les pages me claquaient la porte au nez. Quel but poursuivez-vous avec une telle violence, quel défi lancez-vous à vos lecteurs ?

Claquer la porte au nez des gens n’est pas vraiment mon ambition, donc j’avoue avoir un peu de mal à répondre à cette question qui, pour le coup, relève plus des lecteurs/lectrices, de leur réceptivité et sensibilité. Je ne sais pas. Il est vrai que je vais assez loin dans la description des tourments des personnages, en coupant toutes les branches sous leurs pattes, d’où la touffeur éprouvée lors de certains passages. J’essaie de dresser des portraits et de peindre des tableaux en utilisant des couleurs parfois agressives, violacées, mais la violence reste pour moi un outil, un biais narratif, et non une fin en soi. La violence n’est pas récréative (même si, dans ce roman, elle explose de façon grotesque, outrée, voire absurde). Tout le monde aime jouer avec le feu. L’endroit que j’essaie d’atteindre et de décrire, ce n’est pas tant la violence comme telle que ce qu’il y a après, au-delà, ce qui se situe dans cette zone de désolation et de silence, du « trop tard ». En gros, le calme mortifère dans l’œil du cyclone. Que se passe-t-il une fois arrivé là ?… La violence et le désespoir sont sans doute des moyens de l’atteindre. Voilà ce qui m’intéresse. Sinon, je comprends tout à fait cette impression de demeurer hors du texte, d’en être exclu parfois. Au-delà de la dureté, il y a beaucoup de personnages, que nous ne faisons que croiser furtivement, et j’ai l’impression que le mécanisme de l’empathie peut devenir problématique. Il est vrai que j’ai souhaité décrire un monde hermétique, clos et ténébreux. Un peu la stase morbide évoquée plus haut. Les gens y sont embourbés jusqu’au cou et n’y avancent qu’à grand-peine. D’où l’absence totale d’espoir. C’est peut-être une limite à mon récit, j’en ai conscience. C’est la forme de dynamique que j’ai voulu développer ici. Le vrai personnage, c’est le Léviathan, qui parle à travers Jacob. C’est lui que je suis pas à pas et que je décris.

4 – Vous m’avez écrit que vous aviez « allégé » le livre lors du travail d’édition. Qu’avez retranché de « Pandémonium » ?

J’appréhende mon travail comme une collaboration avec mon éditeur. Celui-ci m’a donné pour consigne de ne jamais me limiter, ni de brider mon imagination, même quand celle-ci accouche de choses vraiment dérangées, bref d’y aller à fond, les potards sur 11 ! Ce n’est qu’ensuite, dans un second temps, que le travail de structure et de coupe démarre, afin d’apporter au texte une souplesse rythmique, une respiration. Cela fonctionne par de nombreux allers et retours entre mon éditeur et moi. Il y avait en effet, dans la version initiale de « Pandémonium », plus de personnages tordus, plus de scènes choquantes, d’affrontements, notamment en ouverture, ce qui alourdissait la lecture et, au fond, n’apportait pas grand-chose. L’ensemble était trop touffu. Cela composait un « catalogue exhaustif de perversions diverses ». Bon, perdre la moitié des lecteurs dès la page 10, est-ce vraiment souhaitable ? J’ai donc travaillé pour ménager une progression. Pour les trois romans, cela a toujours fonctionné ainsi : en forme d’entonnoir.

5 – Pour préparer ces questions, j’ai relu des passages du livre. Je trouve que le livre a du commun avec l’art contemporain, ce besoin de remuer, de provoquer, d’envoyer dans les cordes plus que de plaire. Que recherchez-vous en écrivant un tel roman ?

Vous avez raison. Il existe tout un pan de l’art contemporain, que ce soit via des performances ou des installations, que j’apprécie particulièrement, et qui questionne sans relâche le réel, le secoue, l’agite, l’empoisonne. J’ai toujours beaucoup de mal à concevoir des histoires classiques, avec des rebondissements toutes les dix pages et une progression mesurée. Je suis très fragile à ce niveau-là. Pas du tout scénariste, malheureusement. Mon écriture procède d’une vision très nihiliste des choses. Comme une part de moi ne croit pas vraiment au réel (mélange de déception et de peur, certainement), j’ai besoin de le secouer, ce réel, de l’agiter fortement moi aussi. De le tordre méchamment. Non tant pour le détruire que pour en éprouver son existence, sa résistance. Du coup, mes romans ont un côté extrême. Mais je les vois plus comme une expérience que comme une épreuve. Je l’espère sincèrement.

6 – En lisant, je tentais de visualiser le cinéma, son architecture intérieure, son agencement entre les lieux, les couloirs, les cabines, sous-sol, etc. Quelles sont les sources d’inspiration de ce lieu aussi incroyable que labyrinthique ?

Il m’a fallu beaucoup de temps pour visualiser le cinéma. Cela n’a pas été une phase aisée. J’ai longtemps tâtonné dans le flou. Et puis, un début de solution a surgi lors d’une nuit d’insomnie, devant l’un de ces documentaires putassiers diffusés sur W9 ou C8 ou je ne sais quoi, que j’ai visionné en replay vers 3h du matin. Le thème était : « la prostitution à Pigalle ». Le journaliste pénétrait, doté d’une caméra cachée, dans un vieux sex-shop/ancien cinéma : quelques couloirs noirs et étroits, mal éclairés, des portes de cabines rouges, des hommes y traînant, en contre-plongée… Ambiance sinistre, vague parfum de fin du monde… C’est à partir de ces quelques images volées que j’ai développé l’architecture générale du Léviathan. Tout en gardant à l’esprit des coupes du cerveau humain ou des gravures de Piranèse.

7 – On sent bien sûr énormément de violence, plutôt gratuite, mais il n’y a pas de révolte dans votre roman. Vers qui est dirigée cette violence ?

En réalité, je crois que cela dépend du point de vue. Si l’on considère le cinéma Le Léviathan comme une immense structure psychique, un cerveau labyrinthique déchiré de pulsions, de tensions adverses, alors l’histoire de l’assaut mené par un groupe rival est bel et bien l’histoire d’une rébellion, d’une révolte d’une partie contre le TOUT (incarné par Jacob). Cette révolte échoue, mais elle existe, a existé, existera. Cependant, je suis d’accord avec vous : tous les personnages qui traînent dans le cinéma semblent épuisés, éreintés par la succession des nuits violentes. Chaque personnage est autocentré, incapable d’aller vers autrui, sinon pour lui faire du mal ou en tirer sa propre jouissance égotiste. Ce mouvement empathique et bienveillant vers l’autre est précisément ce qui mettrait fin à la stase dans laquelle baigne ce petit monde clos, voire mettrait fin au Léviathan et à Jacob, voilà pourquoi tel mouvement y est proscrit, impossible. Je dirais donc que la violence est générale, elle est le flux électrique qui entoure les personnages. Elle les tient éveillés, mais dans un piège, comme une toile d’araignée. Je suis d’accord, elle est gratuite. Mais comme toute forme de violence, je crois. On lui assigne un but, alors qu’en général, l’agressivité ne se nourrit que d’elle-même, elle est une fin de non-recevoir. Ici, elle est sans illusion, débarrassée des oripeaux de la finalité.

8 – Dans ma chronique je parle de l’absence d’espoir qui règne dans Pandémonium. Êtes-vous un grand désespéré à la Cioran ou s’agit-il d’une pure construction romanesque ?

En dépit de certains penchants anxieux et chaotiques dans ma tête, je dirais que je suis trop naïf pour être un grand désespéré ! Les lecteurs qui me rencontrent sont souvent étonnés par l’écart entre ce que je suis, quelqu’un de calme, et ce que j’écris. Les mots pointent du doigt ce qui me terrifie, la violence, la cruauté, le pur nihilisme, la perversion meurtrière. Ecrire dessus est, pour moi, une forme d’exorcisme. Cela me permet de faire baisser le niveau de pression. Et aussi, une forme d’investigation. Par les mots, et même si cela est un leurre, tenter de contrôler cette violence anarchique, de la comprendre. C’est pour cela que je ne pose jamais un avis moral sur mes personnages, tueurs ou victimes. L’angle moral est la meilleure façon de passer à côté de son sujet, je crois. Pourquoi les êtres humains peuvent se révéler si déviants ? Quelle est la limite ? C’est aussi pour cela que j’essaie d’aller aussi loin que possible. Puisqu’il s’agit d’enfouir les mains dans le cambouis, autant y plonger carrément.

9 – Je me suis demandé pourquoi vous aviez choisi la littérature générale pour éditer plutôt que la littérature de genre, proche de la SF ou du thriller ?

Mais la collection dans laquelle je suis publié, EquinoX, au sein des Editions Les Arènes, est justement dédiée au noir sous toutes ses formes. Une collection à la fois sombre et politique, qui témoigne de notre époque troublée. Aurélien Masson, à la tête d’EquinoX, fait un travail admirable, entre les thrillers étrangers et les romans français plus expérimentaux, qui sortent un peu des sentiers battus, comme le mien.

10 – Il y a quelque chose d’incantatoire dans votre écriture, vous n’avez jamais été tenté par une écriture proche de la poésie ?

Ah oui ! J’aime par-dessus tout la poésie. Notamment la poésie française, versifiée, des XIXème et XXème siècles. Les poèmes de Mallarmé, que je connais par coeur, agissent comme des mantras sur moi. Cela me porte. Apollinaire, Rimbaud, Stuart Merrill, Pierre Reverdy… J’y reviens constamment. La fureur, le désespoir, les chaos face au monde en perpétuel changement, les affres de la guerre et de la barbarie, le besoin de liberté, l’inquiétante étrangeté. Tout y est : le feu, mais sous une forme maîtrisée. L’orfèvre et le chaos. La dynamique créée est inépuisable. La magie opère à chaque fois. Donc oui, l’aspect incantatoire est très important pour moi. La poésie a une force de frappe bien plus grande que la prose. Cette façon d’agencer mots et silences, ça agit comme des coups de poing. Même si les phrases sont simples, ne jamais oublier qu’elles se déroulent dans le vide, sur le fil d’un rasoir. C’est l’une de mes règles d’écriture : la tension, toujours.

11 – De quels auteurs, ou artistes en général, vous sentez-vous proche ?

J’ai découvert récemment un super auteur canadien, Jason Hrivnak. Je me sens proche de son travail. J’ai eu la chance d’échanger avec lui. Un romancier passionnant. Chez les artistes actuels, j’apprécie le travail de Nathalie Tacheau. Je me sens connecté à ses oeuvres. J’aime également les étranges photographies suspendues d’Agnès Geoffray, imprégnées d’un ‘suspens catastrophique’, selon ses propres termes. Et les  architectures asphyxiées de Monika Sosnowska. Et de nombreux artistes sonores : Benjamin Aman, Yannis Franck… Tout cela m’inspire. Niveau littérature, hormis Chandler, je lis assez peu de romans noirs ou de polars. En revanche, j’aime quand le noir (ou le genre en général) imprègne la littérature blanche, y infuse son venin. Ce que Francis Berthelot a défini sous l’appellation ‘transfiction’. « D’autres Gens » de Martin Amis ou « La Trilogie New-Yorkaise » de Paul Auster. « La Maison des Feuilles » de Mark Danielewski. Les romans de Céline Minard. Philip K. Dick et JG Ballard sont deux mamelles nourricières pour moi. Murakami Ryu.

12 – Je m’intéresse beaucoup à la musique, j’aime bien savoir ce qu’écoute les gens. Qu’écoutez-vous quand vous écrivez ? Et le reste du temps ?

La musique occupe une place fondamentale dans mon processus créatif. J’écoute de la musique contemporaine, expérimentale, du métal et de la noise, du dark-electro, un peu de transe… J’aime les longues plages de drone. Pour travailler, j’ai besoin de m’immerger dans l’oeuvre d’artistes tels que Morton Feldman ou Eliane Radigue (ma préférée), ou certaines productions de Stephen O’Malley ou Oren Ambarchi , un peu de Black, de Ligeti… Mon écoute devient un travail d’introspection, grâce aux sons. Je descends dans l’inconscient, jusqu’à arriver là où se trouvent les mots, les histoires. Pour moi, écrire ne procède jamais d’une démarche consciente, analytique, mais au contraire, d’un lâcher-prise, d’une sorte d’aveuglement momentané de la raison. Cette musique est parfaite pour cela. J’ai toujours des idées qui me viennent dès que j’en écoute.

13 – La couverture est superbe. Je la situe entre James Bond, « 20 000 lieues sous les mers » (le film de Richard Fleischer) et « La vie mode d’emploi » de Georges Perec.

Comment l’avez-vous travaillée ?

Merci !! Oui, la couverture, incroyable, est née de l’imagination de la graphiste Jessy Deshais (en collaboration avec Zazie Amyot). Suivant les indications d’Aurélien Masson, mon éditeur, elle a produit les premiers croquis en très peu de temps, je dirais une semaine ou deux, début 2021, en raison de délais pour le moins « serrés ». J’avoue que cette couverture me ravit. En un dessin, elle a saisi l’atmosphère à la fois noire et psychédélique, cet aspect très organique, grouillant et tentaculaire, du lieu, ce vieux cinéma de quartier. Il s’en dégage également un parfum suranné, très 60’s, entre bandes dessinées et vieux thrillers italiens. « Pandémonium », c’est un hommage à tous les « mauvais genres » qui ont bercé mon adolescence : la science-fiction de Dick, le giallo, le film d’horreur urbain de Carpenter, le gore, le porno… D’où ce bain de « too much » qui baigne l’action et les dérives des protagonistes (et atténue un peu l’impact, je crois). Sinon, votre référence à Fleischer fait mouche. Son « Etrangleur de Boston » est simplement le meilleur film jamais réalisé sur un tueur en série. Son utilisation du split-screen, jamais vu mieux.

14 – A quoi doit-on s’attendre dans vos prochains romans ?

Je vais continuer de creuser ce petit sillon très dur, désespéré (je ne sais pas faire autre chose), mais en accentuant le côté ‘surréalisme noir’, plongée dans l’inconscient, la libre association. J’ai un projet sur le thème de l’obsession amoureuse, un autre sur une secte apocalyptique… Je travaille également sur un recueil de poésies et de dessins avec l’artiste Nathalie Tacheau, autour des motifs de la forêt et du mal, du secret et des traumatismes de la sexualité infantile. J’aimerais beaucoup écrire une histoire noire, polar à l’ancienne, mais sous forme versifiée. Bon, je tente des choses et change souvent de cap. Pas sûr du résultat. Ah ah !

15 – Comment imaginez-vous vos lectrices et lecteurs après leur lecture de « Pandémonium » ? Que voudriez-vous dire aux lectrices et lecteurs qui s’apprêtent à découvrir « Pandémonium » ?

J’ai commencé à écrire de façon très autistique, pour répondre à une nécessité interne ou un besoin profond. Le fait d’être lu par des gens que je ne connais pas, est absolument incroyable, mais demeure profondément mystérieux pour moi. Me projeter est un exercice difficile, et je suis toujours gêné de devoir parler de mes textes avec des lectrices/lecteurs. Mais, après trois romans, cela commence à aller mieux. Les réactions après la parution de « Requiem pour Miranda », mon précédent roman, m’ont peiné. Certains ont été affectés, n’ont pas compris, m’ont accusé de complaisance. Aussi âpre que puisse être ce texte, ce n’était pas mon objectif initial. Voilà pourquoi j’ai vouluaccentuer le décalage dans « Pandémonium ». Tout y est fantasmagorique. Ceci dit, je continue de penser que ces lectures noires peuvent nous faire réagir positivement. Ce côté cathartique, cet électrochoc. Par réaction, nous faire nous sentir plus humain, développer en nous le sens du bien commun. Le miroir déformant peut s’avérer édifiant, porteur d’un message aussi provoquant que lisible. Et au-delà, j’espère simplement que ces scènes bizarres exciteront l’imagination. Et que les références de séries B en amuseront certains. Enfin, j’espère.

Pour terminer, « Shadowplay » de Joy Division, l’ambiance de ce morceau va bien avec certains passages du livre.

Nico Tag.

Entretien réalisé par échange de mails, septembre 2021.

WESTERN SPAGHETTI de Sara-Ànanda Fleury / Le Quartanier.

 « Enoch était un prophète plein d’ambitions depuis qu’il avait vu Jésus apparaître un soir de décembre dans les chiottes d’une station-service au Nouveau-Brunswick. De son urinoir, Enoch avait écouté Jésus avec toute l’attention dont un alcoolique est capable : « Robert, tu vas t’arrêter de boire. Et ensuite, tu iras sauver les âmes du Canada », avait dit Jésus. Robert était sorti des toilettes en titubant. Seul le néon rouge de la station-service résistait à la noirceur de l’hiver, tandis que ses bottes de cow-boy s’enfonçaient dans la neige et que ses jeans s’imbibaient d’eau glacée. Une fois arrivé dans son pick-up, il a jeté une par une les bouteilles de bière et de whisky qui se baladaient en faisant cling-cling sur la banquette arrière. Robert a jeté la dernière bouteille sur le bas-côté et il s’est senti devenir un autre homme. Derrière lui, l’enseigne de la station-service formait le « Enoch » en lettres de néon bourdonnantes.« 

Arnold vit seul avec sa mère, et quelques mecs de passage. Ça respire pas la richesse mais c’est correct, convenable. Débarque l’amour, en la personne de Robert-Enoch, un prêcheur parfaitement illuminé. D’un coup la vie d’Arnold change, la religion commence à prendre trop de place, comme Enoch.
On suit Arnold dans ses errances de gamin, obligé d’assister à des messes dans des halls de motels tous bien pourris, lugubres. Il y croise d’autres gosses un peu paumés comme lui, dont Irène qu’il regarde sans trop comprendre ce qui se passe.
« Neon Bible », deuxième nouvelle de « Western Spaghetti », est gentiment blasphématoire. Et ça n’a rien à voir avec John Kennedy Toole, à part un discret hommage.
Cette nouvelle a bien un défaut, elle est trop courte, j’aurai bien suivi Arnold plus longtemps.

  « Pa’ se lève de toute sa masse et déjà son corps se transforme en bête. Quand je pense à Pa’, je pense à son corps qui prend le forme de mes peurs. Quand je pense aux hommes tout court, je pense à ça. Alors, la seule solution, c’est courir pieds nus hors de la maison, courir comme si la maison était en feu, courir comme si le feu était en chacun de nous, courir furieusement jusqu’au lac Huron, sauter par-dessus les rochers au ras de l’eau par-dessus les joncs brûlés, et nager le plus loin possible de cette maison. 

   Résoudre le le problème du feu d’un seul bond.

   Ma’ tente en vain de nous appeler depuis les rochers qui bordent le rivage. Elle scande nos prénoms : 

   ― Otto ! Jane ! Abel !

   Otto Jane Abel.

   Des noms qui finissent toujours par se désincarner, par évoquer d’autres visages que les nôtres. Ottojaneabel. Monstre marin à trois têtes. Cerbère gardien des enfers.« 


Une famille, trois gosses entre 14 et 18 ans qui se débrouillent comme ils peuvent, on les croirait sortis de chez Ron Rash ou Daniel Woodrell. « Cerbère » se passe dans une cambrousse pourrie au bord du lac Huron, vers Southampton, un endroit pas vraiment idéal pour grandir, avec en plus une belle galerie de tarés. C’est canicule depuis des jours, tout le monde attend l’orage, et chacun le prendra à sa façon, pour certains ce sera la pluie, pour d’autres les éclairs. Une histoire de deal qui tourne mal et c’est la fratrie qui se reforme.

Au long du recueil, on a affaire à des personnages errants, malgré eux, dans des endroits ou dans des vies qu’ils ne choisissent pas ; comme Mohamed dans « Mohamed A. B. », coincé à Montréal lors d’une escale un 10 septembre 2001, il n’en repartira pas. Comment vivre dans ce pays qu’il n’a pas choisi, avec un nom et un visage catalogués terroristes.


Sara-Ànanda Fleury entre en littérature avec son « Western Spaghetti », recueil de nouvelles publié ces jours-ci. Française de naissance, l’autrice a longtemps vécu au Canada, en plus d’un cadre pour ses nouvelles, elle en a ramené un chapelet d’expressions anglaises ou françaises qu’elle a semé un peu partout dans le livre.

NicoTag


Pour prolonger « Cerbère », rien ne vaut Karen O et sa musique pour le film « Max et les maximonstres » Spike Jonze.

L’OURS de Andrew Krivak / Editions Globe.

Traduction: Héloïse Esquié

 “Et, à l’automne de cette année-là, la fille et son père virent un ours surgir des bois et se diriger vers le lac, puis patauger dans l’eau jusqu’à ce qu’il ait un poisson dans la gueule, avant de repartir dans la forêt, en direction des hauteurs. L’animal rappela à la fille son profil au sommet de la montagne, sa place auprès de sa mère, et les questions qu’elle s’était posées la première fois qu’elle en avait fait l’ascension, la plus secrète étant pourquoi, si sa mère était si forte, n’avait-elle pu vivre afin de rester avec eux. On aurait plutôt dit qu’elle s’était éloignée comme un ours de passage dans la forêt.

   Est-ce que ma mère était un ours? demanda-t-elle tout haut lorsque l’animal à la fourrure bleu-noir avec une tâche blanche sur le poitrail disparut dans les bois.

   L’homme rit: Qu’est-ce qui te fait dire ça?

   Elle n’a pas voulu rester avec nous, répondit la fille. Elle est partie. En haut de la montagne. Exactement comme cet ours.

   L’homme comprit alors le raisonnement de la fille.”

« L’ours » est court, cent cinquante pages, pourtant sa lecture prend du temps, son rythme est lent, contemplatif. C’est un livre qui demande de la patience, le lire rapidement, en une ou deux fois gâcherait le plaisir. Il faut aussi s’accrocher un peu au début, une torpeur règne sur les premières pages, il faut dépasser ce léger écueil pour ensuite profiter de la poésie de l’écriture, et probablement de la traduction.

Dans ce roman postapocalyptique, la fille et son père sont les seuls humains que l’on croise. L’auteur ne nous en dira rien de plus, pas de nom pas de prénoms, juste l’âge de la fille au début du texte, 5 ans, et encore, de façon détournée. Ce que l’on sait en revanche, c’est qu’ils sont les derniers de notre espèce sur notre planète.

J’ai bien sûr pensé à « La route » de Cormac McCarthy, mais le décor cramé de ce dernier laisse place ici à une nature flamboyante, redevenue maîtresse chez elle, enfin débarrassée de nous, les saccageurs, les barbares. Même les peintures des ruines de Hubert Robert sont reléguées dans le passé. Les rares vestiges de notre monde sont avalées par la terre et les arbres.

C’est peut-être finalement une suite de « La route », des centaines d’années plus loin.

On ne sait rien de la manière dont les humains se sont éteints, les deux personnages n’en ont aucune idée non plus. Andrew Krivak se penche sur un moment donné de l’histoire future de notre planète, il braque sa lunette sur un endroit où se trouve deux survivants. On n’en saura pas plus, les hypothèses restent ouvertes.


Pendant la première partie, le père enseigne à sa fille tout ce qu’il faut connaître pour survivre : fabriquer un arc et chasser, pêcher, dépecer un animal, recycler tout ce qu’on trouve, faire un feu, se nourrir de la végétation alentour, lire le ciel et le paysage, etc ; les priorités de ces personnes n’ont rien de commun avec les nôtres. 

L’affection, l’amour infini entre ce père et sa fille paraissent en filigrane à chaque page. 

Leur mode de vie est très ancien, simultanément édenique et rude, avec quelques vestiges de notre civilisation traités comme des reliques d’une époque que le père n’a pas connu, un peigne, un bout de miroir, de vieux recueils de poésie, quelques bricoles.

« L’ours » est un roman hybride, postapocalyptique évidemment, il s’inscrit également dans le nature writing, en héritier de John Muir plus que de Henry D. Thoreau, et dans la tradition de roman d’apprentissage. « Dans la forêt » de Jean Hegland m’est revenu à l’esprit pendant la lecture.
Les descriptions des paysages semées au long du livre sont somptueuses, que ce soit les animaux, les montagnes, les rivières ou l’océan, et les étoiles bien entendu. La lecture des paysages et des ciels enseignée par le père réserve de beaux passages.  L’apprentissage, le passage de l’enfance à l’adolescence, le deuil et la solitude, dans tout ces moments, la fille fait preuve d’une grande détermination à survivre, à se souvenir de son père, à l’honorer, sa combativité est exemplaire. Les épreuves, tant physiques que psychologiques, sont lourdes, l’auteur ne lui épargne que peu de choses pendant les quelques mois que nous passons à ses côtés.

   L’ours retourna la fille du bout de son museau et lécha la croûte de sommeil et de sel dans ses yeux ; elle se réveilla au spectacle d’une éclipse du ciel floue, en forme de tête.

   On est à la maison ? demanda-t-elle sans bouger, recroquevillée dans le sable, frissonnante.

   Non, répondit l’ours.

   La fille se secoua, tenta de se lever d’un coup, et s’effondra.

   L’ours recula et ils se regardèrent à travers la distance qui les séparaient. 

   Tu peux faire un autre feu ? demanda l’ours.


À la moitié du livre on bascule dans un univers proche du conte, entre lyrisme et onirisme, en parler est déjà trop, trop en dévoiler de ces pages serait dommage. Les échanges avec les animaux et les arbres, les conversations avec un ours ou un puma sont parmi les plus beaux chapitres du livre, et ne versent jamais dans un anthropomorphisme stupide. Le réalisme des descriptions minutieuses se métamorphose en réalisme magique dès qu’apparait l’ours du titre.

Les toutes dernières pages sont l’occasion d’un saut dans le temps. La fille s’est mue en vieille femme, entourée d’animaux, ayant lâché les quelques oripeaux de la précédente civilisation qui lui restaient de son père ; puis, enfin, la nature continue sa vie, et l’ours du titre traverse une dernière le récit. 

C’est une manière somme toute bien poétique, pour Andrew Krivak, de nous faire lire notre propre fin.
A quel moment ce roman, comme tous ceux qui paraissent en ce moment avec au choix une fin du monde ou notre extinction, sera rattrapé par la réalité. La question reste en suspens, pour combien de temps ?

NicoTag


Pendant ma lecture j’ai écouté Ólöf Arnalds, chanteuse islandaise à qui il faut peu pour nous dépayser, son charengo, petite guitare sud-américaine, et sa jolie voix. L’écouter revient à regarder le vent.

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