Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Bison d’Or (Page 4 of 4)

MAJESTIC MURDER d’ Armelle Carbonel / Fleur Sauvage.

« Dans son chef-d’œuvre, le crime se contemple » William Shakespeare

William Shakespeare est terriblement moderne.

C’est un squat à fuir. C’est dans ce squat que Lillian rencontre Seamus, sorte d’ange gardien mystérieux et tourmenté.

Lillian rêve de faire une carrière d’actrice. Un désir qui devient réalité. Elle et Seamus se rendent aux auditions d’un étrange théâtre et rencontrent la Compagnie des fous.

Lillian va enfin brûler les planches.

Majestic Murder est construit comme une pièce de théâtre : en actes, scènes, entractes et rappels.

Dans ce roman, Shakespeare côtoie Mildred Bailey ou Peg Entwistle – un beau trio. Presque immortels ! Continue reading

LE VRAI DU FAUX, ET MÊME PIRE de Martine Nougué / Editions du Caïman

Le genre du roman policier nous a habitués aux trafics en tout genre : drogue – humains – œuvres d’art, et cetera. Mais nous a familiarisés avec le trafic de coquillages ? Les huîtres en l’occurrence.

Comme vous vous en doutez ce mollusque a attisé notre curiosité.

La Pointe, un quartier pittoresque de Sète, petit port sur l’étang de Thau. Trois figures locales pas très recommandables ont disparu : le plus gros producteur d’huîtres du bassin, le patron proxénète du café de La Pointe et un petit malfrat coutumier des mauvais coups. La gendarmerie relie ces disparitions aux vols et trafics de coquillages qui se multiplient sur la lagune. Ce n’est pas l’avis de Marceline, vieille militante éco-féministe, qui oriente l’opinion sur les événements pour le moins bizarres qui surviennent depuis quelques temps dans le coin : morts suspectes d’animaux, pluies de pelotes de filaments, odeurs pestilentielles certains jours…

Effectivement, les huîtres nous ont aidés dans le choix de lire ce roman. Mais il serait bien triste de réduire Le vrai du faux et même pire à une histoire de coquillages. Continue reading

CHAT SAUVAGE EN CHUTE LIBRE de Mudrooroo / Asphalte.

Cette version de Chat sauvage en chute libre est une réédition du roman de Mudrooroo paru en 1965, puis en 2010 aux éditions Asphalte.

Australie, dans les années 1960. Le narrateur, jeune métis aborigène, sort d’un court séjour en prison suite à un cambriolage. Livré à lui-même, il erre entre les bars jazz, où il risque de retrouver ses mauvaises fréquentations, et les plages où flâne la jeunesse dorée locale. Il se heurte de nouveau aux multiples barrières entre lui et les blancs, lui et les Aborigènes, lui et une société dans laquelle il ne trouve pas ses repères. Dans une librairie, il tombe sur un exemplaire d’En attendant Godot de Samuel Beckett, qui lui fera l’effet d’un électrochoc…

Parcours initiatique entre spleen urbain et retour à la brutalité du bush, Chat sauvage en chute libre est un roman politique, mais aussi l’histoire d’une rédemption.

Chat sauvage en chute libre est une œuvre poétique. Grâce à sa plume habile, Mudrooroo nous emmène dans une déambulation urbaine où notre imagination se confond avec la réalité. Nous avons l’impression d’être l’ombre du narrateur, de le suivre partout. Continue reading

REVOLUTION de Sébastien Gendron / Albin Michel

Pandora est prête – la révolution n’attend pas. Et elle vaut bien une balle dans la tête. 

Pandora Guaperal et Georges Berchanko sont deux intérimaires pour la société Vadim, et leur journée ne sera pas comme les autres. Lui, après un entretien fatal, se retrouve avec deux macchabées sur le dos, une jeep, un flingue et une liasse de billets de 500. Elle manquera de se faire lyncher par tout un village après la destruction d’un calvaire.

Afin d’oublier leur malheur, les deux intérimaires échoueront et se rencontreront dans un bar côtier pour bourgeois et Parisiens nantis. Commencera alors une histoire d’amour, et l’idée de faire la révolution. Continue reading

MALICIA de Leandro Ávalos Blacha / Asphalte.

 

Attention lecteur, Leandro Avalos Blacha va te décoiffer !

Malicia est un roman bien difficile à résumer…

Perla et Juan Carlos sont en lune de miel accompagnés par Mauricio, ami d’enfance et faire valoir de ce dernier. Quoi de mieux que de passer des vacances à Carlos Paz, cité balnéaire et sorte d’Atlantic City ou de Las Vegas en plein cœur de l’Argentine. Vous vous en doutez tout ne se passera pas comme sur des roulettes, un tueur en série sévit dans la ville et s’en prend aux stars.

Une énième histoire de tueur en série direz vous ? Pas vraiment car l’auteur plus malin que ça nous bascule dans le paranormal d’une manière tout à fait déconcertante qu’il serait bien dommage d’expliquer ici. En tout cas le fantastique est au rendez ! Leandre Ávalos Blacha, autant le dire, maîtrise son sujet et nous pigeonne du début à la fin.On adore !

Pour les lecteurs récalcitrants face au fantastique gardez en tête que dans Malicia, il n’y a pas de zombies plutôt une secte satanique et d’innocents enfants possédés. Malicia est un hommage à toute une forme d’art : cinématographique en l’occurrence. Batman, l’Exorciste ou encore Planet terror. La ressemblance avec les films de série Z est frappante. Et qui n’a pas un faible pour le burlesque et le kitsch ?

C’est grâce à cette démesure que l’auteur dénonce plusieurs pan de la société. Entre autres le monde du spectacle ou il n’est plus question d’art mais de fric, de créer le spectacle le plus fou, certains vont même jusqu’à reproduire sur scène les événements morbides décrits dans le roman.

Le journalisme people en prend pour son grade : autant dire que l’auteur donne l’impression que les paparazzi ou chercheurs de scoop ressemblent plus à des fouilles merde et des animaux affamés toujours en quête d’une pitance sous forme d’événements tragiques.

Il est évident qu’on se retrouve tous dans ces deux catégories : car qui n’a jamais espéré avoir son heure de gloire ou encore cette curiosité malsaine pour les événements tragiques ? Alors les clins d’œil à l’asile d’Arkham et son fidèle résident, le Joker, ne sont pas anodins.

Bref, Leandro Ávalos Blacha semble être un maître en la matière. Autant dire qu’on adore ! Et que nous nous sommes beaucoup amusés !

Bison d’ Or.

 

LA BALADE ELECTRIQUE D’ EMILY ARCHER de Jof Brigandet / Editions du Caïman

Sam Scott est un créateur de coques de portable et un tueur en série aux modes opératoires divers et variés. Alors qu’il hérite d’une forte somme d’argent, un homme et sa fille lui soufflent l’appartement qu’il convoitait.

Il n’en faut pas plus pour que Sam Scott décide de les tuer.

    Une histoire de tueur en série, encore ? On se demande où va nous emmener l’auteur, Jof Brigandet, et comment il va parvenir à nous proposer une histoire originale. Vous allez être étonnés !

    Au cours de notre lecture, on s’aperçoit très vite que Sam Scott n’est pas tout à fait un archétype de tueur en série. Certes, il est misanthrope, n’aime rien, ne supporte rien, mais n’est pas psychotique. Il n’a rien d’un surhomme, n’est pas pervers, ni n’est dégueulasse. Il aime seulement tuer comme certain aiment jouer aux cartes. Bref, une manière de passer ses nerfs.

    Sam Scott est fortement attachant. Même si il profère des horreurs à Emily Archer, handicapée physique, brillante jeune femme, à l’image du génial physicien Stephen Hawking.

Et Emily Archer ne se laissera pas faire ! Les deux protagonistes vont se donner du fil à retordre !

    La balade électrique d’Emily Archer est bien sur un polar. L’intrigue est classique et nous tient  en haleine. Comment ne pas être intrigué par ce que vont faire nos deux protagonistes pour régler leurs comptes ?

Et quoi de mieux qu’une intrigue classique pour nous mener en bateau et nous offrir un final haut en couleur !

Le discours oscille entre première personne, la parole de Sam Scott, ce qu’il relate prendre forme petit à petit, mystérieux;  et le narrateur à la troisième personne qui relate les faits.

Roman court mais fort, on souhaiterait presque plus !

Et c’est par le biais du polar que l’auteur intègre un thème qui lui semble cher : le handicap physique et l’acceptation de l’autre. Difficile d’en dire plus sans risquer de dévoiler la trame de l’histoire. Cependant, on comprend vite que ces deux personnages cherchant à s’entre-tuer vont tisser des liens intimes et forts. Tous deux vont réussir à combattre leurs démons et vont trouver une certaine rédemption; goûter à ce qu’ils n’ont jamais connu et qui manque cruellement à leur vie.

    Voilà qui est fort : on oublie vite que ces personnages sont différents, on se rappelle qu’ils sont avant tout humains. Et qu’ils ont de la suite dans les idées !

Dans « La balade électrique d’Emily Archer », tout est savamment dosé : on ressent de l’angoisse, de la colère, on rit. Il y a aussi de la tristesse. On tomberait presque amoureux. Enfin, ce roman rend heureux et nous permet de nous poser de bonnes questions.

En bref, la balade d’Emily Archer est un roman JUBILATOIRE ! A lire ! Et chapeau bas l’artiste !

Bison d’Or.

ANONYMOUS auteur anonyme / Editions Pygmalion.

anonymous

« Nous sommes Anonymous.

Nous sommes légion.

Ne l’oublions pas.

Nous ne pardonnons pas.

Redoutez-nous.

Souviens toi du 5 novembre. »

 

Autant ne pas tourner autour du pot : le retour sur ce livre sera très mitigé.

Tout commence le 5 novembre 2020. Les Anonymous diffusent un message sur l’ensemble des chaînes de télévision.Comme une malédiction prête à se réaliser.Aujourd’hui, le monde est sur le point de basculer.Une entrée en matière prometteuse.

Dès les premiers chapitres, nous faisons connaissance avec Guy Fawkes, en 1605 et les Anonymous, en 2020. Nous comprenons vite que notre lecture oscillera entre passé et futur, de 1605 à 2020.

Le lecteur rencontre à tour de rôle : Fawkes, Shakespeare, Lennon et même Manson.

Tout un programme dans lequel l’auteur n’a pas hésité à tisser des liens astucieux entre ces personnages, ayant tous des siècles ou des décennies d’écart, afin de nous conter l’histoire du mouvement Anonymous.

Et, par dessus le marché, nous avons affaire aux projets immoraux de la CIA et de sociétés secrètes.

De prime abord, tout cela semblait intéressant seulement voilà, l’auteur est pris d’une fièvre de documentations et nous noie d’anecdotes et d’histoires. Biographie des personnages, complots, projets gouvernementaux illégaux, sectes, et cetera.

Des informations dont il est très difficile de démêler le vrai du faux. Dans un premier temps, on essaye puis, on n’y prête plus attention et pour finir, on en a ras le bol.

Par conséquent, le rythme du roman est foutu en l’air… au point que l’intrigue passe en second plan. Est-ce voulu ? A priori non, car durant les 100 dernières pages, l’intrigue est à nouveau le centre de l’attention et étrangement, emporte le lecteur qui meurt d’envie de savoir comment cette matière se terminera.

Finalement, on se demande si l’auteur, dans le souhait d’informer le lecteur, ne s’est pas perdu lui même dans les méandres de son roman.

Dommage, car le thème abordé est, par ailleurs, fort intéressant.

Bison d’Or.

 

 

 

DUSK de Sébastien Bouchery / Editions Fleur sauvage.

Nebraska 1866

Tout commence par la découverte du cadavre d’une fillette. S’en suit une traque à travers les plaines du Nebraska enneigées commanditée par un candidat au poste de gouverneur. Les politiques sont prêts à tout pour gagner des voix, surtout Dollory !

Sébastien Bouchery nous emmène alors au cœur de cette chevauchée sauvage forte en rebondissements en compagnie de sept  comparses. Il est toujours plaisant de retrouver ces personnages typiques des westerns et fort heureusement l’auteur n’en fait pas des caricatures. Tous ont leur propre histoire, leur fardeau à porter. Et il est d’autant plus attrayant que ces personnages ont des façons de penser presque en décalage avec leur époque. Des personnage typiques mais en avance sur leur temps, ce qui les rend diablement attachants !

On notera que le personnage féminin de Jane Hobblehorn est sacrément charismatique !  » Badass » comme on dit aujourd’hui.

Autre point intéressant que le roman aborde est la transition entre deux mondes illustrée avec l’arrivée du chemin de fer reliant l’Est à l’Ouest encore une contrée sauvage. Bientôt la médecine légale fera son apparition, ici évoquée avec l’autopsie, une technique inspirée par Alphonse Bertillon. Le temps des pisteurs sera rapidement révolue.

Et l’avènement des journalistes d’investigations est proche !

« Dusk » est un western et comme tout bon western, le roman réserve beaucoup de péripéties à ses personnages, des rebondissements très bien maîtrisés par la plume de Sébastien Bouchery.

Dans ce roman on rit, on pleure et surtout on tremble !

Et surtout la fin en plus d’être originale est vraiment inattendue ! De quoi vous en boucher un coin !

Génial !

Bison d’or.

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