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Chroniques noires et partisanes

LES MAUVAISES de Séverine Chevalier / La manufacture de livres.

Ce roman est un poème. En conjuguant les émotions, les expressions viscérales, les horizons qui cherchent à s’éclaircir on nous donne un écrit bouffé de lyrisme et de beauté textuelle brute. Dans ces Causses du Massif Central, l’existence se délie, s’assouplit par l’amitié et par ses liens imputrescibles. L’aridité et la rudesse de cette contrée sont contrebalancées par les mots justes de Séverine Chevalier et ce théâtre propice à l’abandon de consciences formatées par la société.

«Deux jeunes filles d’une quinzaine d’années et un petit garçon aiment à s’aventurer dans une forêt du Massif Central, au bord d’un lac qui vient d’être vidé. Autour d’eux, les adultes vaquent à leur existence, égarés, tous marqués de séquelles plus ou moins vives et irréversibles. Il y a les anciens, ceux qui sont nés ici, aux abords des volcans d’Auvergne. Il y a les moins anciens, il y a les très jeunes, puis ceux qui viennent d’ailleurs. Il y a aussi ceux qui sont partis, ont tout abandonné, et dont les traces subsistent dans les esprits. Une des deux jeunes filles est retrouvée morte, puis c’est sa dépouille à la morgue qui disparaît en pleine nuit… »

Pas ou peu de métaphores, d’images, la couleur sémantique de l’auteur se pare d’épithètes calibrés, de tournures justifiées, de phrases denses et percutantes. Et dans ce cadre rugueux du piémont auvergnat ce groupe de potes tente de vivre, survivre, se construire dans leurs valeurs , leurs idéaux, leurs conceptions propres de leur vie. Nous, lecteurs, on évolue à travers cette  prose tragique. Car la dramaturgie est belle et bien présente, sécante dans les fils existentiels de ses amis unis, où rien n’est épargné dans ce tumulte, ces affrontements insensés.

La profondeur des protagonistes principaux porte les habits de leur temps. C’est d’ailleurs dans cette avancée cassant la chronologie que l’on s’attache à eux et où l’empathie nous enduit d’une couche durcie, étanche de sentiments intérieurs. La physique des fluides volatiles génère cette osmose propre aux relations intangibles, insolubles mais néanmoins ineffable. Ces jeunes ados ont aussi cette volonté de s’inscrire dans leur monde avec ses problèmes. Ils ne les éludent pas et risquent même à les affronter avec détermination et pensées structurantes. Leurs inconscients ont le gradient de leur âge sans pour autant définir stricto sensu leurs actes dictés par la seule volonté de s’affirmer. C’est sans nul doute cette dichotomie des esprits qui fait le sel de leur personnalité dans cette maturité inconstante.

Harponné on peut l’être… Je l’ai été dans cette dimension tenant du conte et l’envergure tragique d’une amitié d’ados refoulée par les préceptes, les règles rigoristes, perdant de leur insouciance, du monde des adultes. La couleur finale du tableau dressé par Séverine Chevalier est « bien sûr » sombre en nous montrant à quel point cette tranche de la vie se dirige inexorablement par la perte d’utopies. La réalité terne qui s’abat devant nos yeux embués nous cloue au pilori de songes atrabilaires.

La sapidité de cette lecture reste un paradoxe, telle une rose noire comme présent létal, où le coeur du littérateur montre l’évidence exprimée de sa plume poétique, franche, mélancolique.

“Les Proverbes, c’est des conneries. Pourtant, quand on dit que toutes les bonnes choses ont une fin, c’est souvent le cas. C’est d’ailleurs injuste, car ce qui nous réjouit ne devrait jamais cesser. Ce qui nous peine, oui. Or, ce qui rend la vie parfois si compliquée, c’est que les bonnes choses peuvent devenir mauvaises au fil du temps.” Michaël Mention

Chouchou.

2 Comments

  1. J’avais beaucoup aimé Clouer l’ouest. J’avais vu qu’elle avait sorti un nouveua titre mais j’attendais de lire des avis… me voilà servie, et contrainet de repasser à la librairie !

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