Chroniques noires et partisanes

UN LIEU ENSOLEILLÉ POUR PERSONNES SOMBRES de Mariana Enriquez / Editions du Sous-Sol

Un lugar soleado para gente sombría

Traduction: Anne Plantagenet

Des voix magnétiques, pour la plupart féminines, nous racontent le mal qui rôde partout et les monstres qui surgissent au beau milieu de l’ordinaire. L’une semble tant bien que mal tenir à distance les esprits errant dans son quartier bordé de bidonvilles. L’autre voit son visage s’effacer inexorablement, comme celui de sa mère avant elle. Certaines, qu’on a assassinées, reviennent hanter les lieux et les personnes qui les ont torturées. D’autres, maudites, se métamorphosent en oiseaux.

Il y a comme une aura, depuis quelques temps, autour de l’oeuvre de Mariana Enriquez. Son nom devient une référence pour les amatrices et amateurs de littérature sombre et dérangeante. Elle m’intrigue depuis un certain temps maintenant. Il ne me fallait guère plus qu’un titre aussi fort que Un lieu ensoleillé pour personnes sombres, ainsi qu’une couverture assez fascinante (une magnifique peinture signée Guillermo Lorca), pour me décider enfin à me plonger dans l’univers de Mariana Enriquez. Un livre publié chez les toujours assez classieuses Editions du sous-sol.

C’est un recueil de douze histoires que nous propose Mariana Enriquez. Douze histoires noires ancrées dans notre réalité post-pandémie, et plus spécifiquement en Argentine, peuplées de divers monstres et fantômes. De texte en texte, le lecteur navigue entre ruralité et urbanité, à travers différentes classes sociales, pour une exploration des zones sombres de notre société et de nos âmes. Elle réussit à injecter du social dans l’horreur et le fantastique, et inversement, faisant flirter ses personnages avec un ailleurs obscur et ce pour mieux nous parler de notre monde. Si vous êtes sujet aux rêves et cauchemars durant vos nuits, il y a ici matière à perturber et fertiliser ceux-là.

La force d’Un lieu ensoleillé pour personnes sombres ne réside pas dans la qualité de son écriture à proprement dite, mais plus exactement dans l’art de son autrice à manier la nouvelle. Plutôt que de proposer des chutes concrètes à ses textes, elle s’amuse à nous laisser sur des fins relativement ouvertes qui nous plongent dans l’incertitude et laissent ainsi libre cours à notre imagination. Elle excelle à installer des atmosphères prenantes qui nous possèdent sans aucun mal. On peut penser à pas mal de références notables telles que Lovecraft ou Junji Ito, mais Mariana Enriquez a définitivement sa propre patte qui ne laisse pas indifférent.

Avec son livre Un lieu ensoleillé pour personnes sombres, Mariana Enriquez saura, à minima, vous inquiéter, mais peut-être même vous glacer le sang. L’exercice de la nouvelle, trop souvent mésestimé, est ici exécuté avec une intelligence certaine et un imaginaire captivant. Un recueil de nouvelles effroyablement appréciable.

Brother Jo.

2 Comments

  1. Ingannmic

    Quel titre, et quelle couverture, aussi ! Je suis ravie de voir Mariana Enriquez par ici.
    J’ai eu la chance de la rencontrer récemment sur un salon, et je la trouve fascinante… j’ai lu son roman Notre part de nuit, qui est formidable, son recueil Les dangers de fumer au lit, et je n’en ai pas fini avec elle, c’est certain… elle s’est aussi essayée au portrait, avec un récit sur Silvina Ocampo.

    • Brother Jo

      Clairement, le titre et la couverture font envie. Mon premier d’Enriquez mais certainement que j’essayerai un jour les autres.

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