Comment ne pas succomber à cette couverture noire sur laquelle se dessine le reflet d’une flasque de whisky gravée d’un crâne et du nom de Bourbon Kid ? Hop ! Une petite rasade, le voyage promet de dépoter un max !
« Les Dead Hunters ont une morale très personnelle. C’est la moindre des choses pour une confrérie de tueurs sanguinaires. Ils ont aussi quelques menus défauts, se croire invincibles, par exemple. Un démon va néanmoins vite les détromper. Malin, fort et intelligent comme seuls les démons savent parfois l’être, il va tranquillement les décimer les uns après les autres. À une exception près. Un des membres des Hunters reste en effet introuvable, et non des moindres : le Bourbon Kid. Notre démon va alors jeter toutes ses forces dans la bataille, depuis les quatre cavaliers de l’Apocalypse jusqu’à une armée de morts vivants, pour retrouver et anéantir définitivement notre tueur bien-aimé. »
Il est préférable de vous avouer que je n’ai jamais lu d’autres romans de l’auteur Anonyme. Je le découvre avec Bourbon Kid. Dans ce roman, nous retrouvons les personnages des livres précédents pourtant ne pas les connaître ne gène en rien à la compréhension de l’histoire. Le Bourbon Kid peut se lire comme un roman unique.
Pour dire vrai, il n’y a rien à comprendre dans ce roman.
Ce n’est pas la peine de s’intéresser à la psychologie des personnages car ils n’en ont aucune. Ils sont tous aussi stéréotypés les uns que les autres. Rex et Joey sont les durs à cuir bodybuildés en plus d’être des guerriers sauvages ; les femmes portent souvent des tenues moulante, tunique en cuir ou latex très légères pour ne pas entraver les mouvements. Heureusement, elles sont loin d’être bêtes et sont toutes hyper balèzes ! On ne peut en dire autant de Sanchez, le gentil gros crado, maladroit et pourtant grand héros de cette histoire.
Bien sur il y a le Bourbon Kid, homme invincible qui aime flinguer des goules, massacrer des joueurs de football américain, et trancher les têtes des cavaliers de l’apocalypse.
Et il y a Caïn, le méchant le moins bêtes de tous.
En plus de ça, il faut aimer le fantastique parce que l’auteur vous en sert à la pelle, ainsi que la réécriture de personnages et histoires biblique. Le diable se nomme Scratch et vit dans un bar en compagnie de Jacko (Robert Johnson) et Annabel, madame boule de cristal.
Les forêts sont peuplés de monstres aux yeux rouges et d’un cyclope. Les cavaliers de l’apocalypse transforment les morts en goules, des créatures assoiffées de chair et de sang.
Bref un joli bouquet de monstres !
Terminer cette chronique sans parler de l’ambiance qui plane dans ce roman et de sonhumour serait un véritable blasphème ! L’ambiance est sanglante, noire, désertique. On réussit à sentir la pluie ensanglantée couler sur notre visage, on étouffe dans la poussière du cimetière du diable ou peut-être préférez-vous sentir couler de la pisse bénite sur votre visage ?
Quant à l’humour ? Attendez vous à un retour en enfance et à rire beaucoup : pipi caca popo, c’est drôle dans le Bourbon Kid.
Bourbon Kid est pour toi si tu aimes te défouler un bon coup ! Si tu aimes mordre la poussière ! Si tu aimes les séries Z. Et si tu aimes Christine & the Queens !
« Alors qu’il fait des recherches généalogiques sur ses ancêtres écossais, Graeme Macrae Burnet découvre des archives relatives à une étrange affaire. En 1869, Roderick Macrae, dix-sept ans, a été arrêté après un triple assassinat dans un village isolé des Highlands. Dans un document écrit, le jeune homme relate sa vie et ses meurtres, sans jamais donner le moindre détail sur ses mobiles. Hormis ce récit, aucune preuve tangible de sa culpabilité n’a été trouvée. Était-il tout simplement fou ? »
Attention, « L’accusé du Ross-Shire » est un roman redoutable qu’on est bien en mal de définir. A quoi bon d’ailleurs puisque qu’on y trouve ici tous les plaisirs que peut offrir un bouquin intelligent et celui-ci l’est particulièrement.
On n’a pas affaire à un thriller puisque dès le départ, on sait que le coupable est Roderick puisqu’il est sorti de la maison des victimes couvert de sang et qu’il a de suite reconnu les meurtres mais néanmoins, vous aurez votre content d’émotions et de surprises.
Ce n’est pas non plus un polar d’investigation puisque une enquête n ’a pas lieu d’être même si le procès l’apparente à un polar judiciaire dans une partie du roman.
Ce n’est pas non plus réellement un roman historique, à vous de découvrir pourquoi au fil des pages même si on apprend beaucoup sur le fonctionnement économique et social de ces villages reculés des Highlands à la population aux liens souvent consanguins, subissant le bon vouloir des landlords, ou la dictature des petits chefs que sont les régisseurs des biens des propriétaires et les constables, agents zélés dans les communes.
Ecrit avec une plume particulièrement élégante, le roman est découpé en deux grosses parties à peu près égales. Commencée par les témoignages déposés par les premiers témoins du massacre dans ce hameau de neuf foyers où tout le monde connaît la vie de tout le monde, le roman se développe ensuite autour de carnets rédigés par Roderick Macrae pour aider son avocat dans sa plaidoirie ou au moins à la compréhension d’un tel déchaînement de barbarie et adaptés par l’auteur pour en permettre une lecture plus facile. Dans cette belle partie, on est en plein roman d’apprentissage, Roderick découvrant sa triste condition, son misérable avenir auprès de son père, l’arrogance des puissants, ses rêves d’une autre vie qui lui est permise à Glasgow vu son intelligence particulièrement développée pour le coin, ses premiers sentiments amoureux et surtout la lente et terrible progression vers la tuerie.
Restez bien vigilants car ces écrits révèlent, bien sûr, ce qui peut paraitre être des mobiles, enfin les visibles et en propose d’autres beaucoup moins évidents et peut-être moins avouables… L’auteur joue avec vous, vous êtes prévenus. Ce manuscrit pourrait très bien être faux ou ne pas vraiment décrire la vérité mais juste l’orientation voulue par Roderick ou son avocat…
Le procès qui occupe toute la deuxième partie viendra apporter des éléments provoquant un coup de théâtre et amorcera un procès où experts en psychologie criminelle, praticiens et théoriciens s’affronteront afin de déterminer si Roderick est sain d’esprit et donc condamnable à la pendaison ou fou à lier et en conséquence irresponsable. A nouveau, beaucoup d’interrogations proposées par l’auteur, beaucoup de questions soulevées, beaucoup de sujets de réflexion… pour une histoire qui ressemble beaucoup à « Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère… », ouvrage de 1973 racontant un cas de parricide en France dans la première moitié du XIXème en Normandie et développant les rapports entre psychiatrie naissante et justice pénale.
Un vrai roman puzzle infernal où se faire une idée définitive semble bien vain et peut montrer certaines limites de la justice des hommes.
Lisez-le ! C’est une phrase que l’on utilise en fin d’écrit, comme supplique finale quand tous les arguments ont déjà été avancés mais ici je ne sais pas quoi dire sur cet ouvrage qui ne paraisse pas encore plus dérisoire qu’à l’accoutumée.
Dans Baltimore, David Simon raconte son expérience de journaliste suivant les équipes d’un commissariat de Baltimore, jour et nuit, pendant un an à la fin des années 80.
David Simon est un grand, c’est, entre autres, un des deux créateurs de la série culte se déroulant à Baltimore « the Wire », il est aussi l’auteur de la série « Treme » sur le milieu musical à La Nouvelle Orléans et tout récemment, il a écrit « the Deuce » série sur Times Square dans les années 70 avec George Pelecanos, autre grande plume du polar ricain
Pour l’écriture de the Wire, il a été aidé par ses amis écrivains, la crème du polar urbain ricain. Au chevet de la bien malade Baltimore se sont succédés la plume de Washington : George Pelecanos, celle de New York : Richard Price et celle de Boston : Dennis Lehane.
Comment le produit pourrait-il être mauvais avec de tels compagnons ?
Baltimore raconte la criminalité à Baltimore en explorant tous les angles. C’est un travail de forçat qu’a effectué l’auteur ne laissant rien passer. Tous les aspects des tragédies urbaines sont étudiés. Du premier coup de fil pour annoncer un meurtre au pot entre flics une fois l’enquête terminée, tout est signalé, raconté, expliqué, analysé, vraiment tout mais d’une façon intéressante ne créant jamais de lassitude car David Simon sait écrire et sait aussi créer du suspense en nous servant l’enquête sur le crime d’une fillette comme fil rouge de l’ouvrage.
C’est un pavé qui fait plus de 900 pages mais, je pense que l’on voit ensuite les flics d’une autre façon, toujours aussi incompréhensible : comment peut-on faire ce boulot ? Comment peut-on se lever le matin en sachant qu’on repart à la guerre ?
Le seul bémol mais bien compréhensible car il était invité par la police de Baltimore, c’est que Simon n’explore pas le versant privé des flics. Ils apparaissent comme des preux chevaliers dont le côté sombre n’est jamais dévoilé.
Baltimore est un témoignage fascinant, éprouvant par ce qu’on peut y lire, bouleversant bien des fois et profondément humain. Dernièrement, un auteur français racontait qu’il avait passé une journée dans un commissariat… David Simon, lui, a suivi les flics de Baltimore pendant un an…
Les auteurs de polars sont-ils des personnes recommandables ? Est-ce leur goût pour le morbide, leur imagination débordante voire même leurs expériences qui les poussent à écrire des histoires de crimes ?
Dans “Ne fais confiance à personne”, Paul Cleave se pose cette question au travers d’un auteur de thriller, Jerry Grey, atteint de la maladie d’Alzheimer. La démence pousse cet homme à avouer des crimes ressemblant étrangement à ses personnages de romans. Mais où est la vérité ? La maladie lui fait confondre la réalité et la fiction, mais lorsque de vrais meurtres de femmes font la une des faits divers, qu’est-ce qui est réel ? La maxime du héros « Ecris ce que tu sais, fais semblant pour le reste » résonne étrangement : sa maladie, Le capitaine A, lui fait-il oublier ses crimes ?
Le roman est écrit avec une alternance entre un chapitre sur la vie présente de Jerry dans un centre de soins, et un chapitre flashback sur sa vie au moment de la découverte de son Alzheimer.
Ces retours en arrière permettent de découvrir le Jerry d’avant, tant qu’il avait encore de longues périodes de lucidité. Ce sont ces chapitres qui construisent le roman et nous font nous attacher à lui. Il habite avec sa femme dans un quartier résidentiel de Christchurch, une maison avec jardin, avec de bonnes relations avec son voisinage.
On aime le personnage principal, on a de l’affection pour lui, qui sombre peu à peu dans la folie, on ressent ses émotions face à sa famille qui ne sait pas comment faire face.
Et en même temps on s’interroge, et s’il commettait réellement ses crimes ? Est-ce réellement un homme bien, un homme que l’on peut aimer, ou est-ce un psychopathe, dont la maladie lui fait tout oublier ? On rit aussi, devant des scènes cocasses que le Capitaine A lui fait faire, et qu’il oublie très vite. Alzheimer fait ressortir le pire en Jerry, il n’a plus aucun filtre, aucun savoir vivre. Nous sommes totalement immergés dans sa vie et dans sa maladie. Toute l’histoire est racontée par lui-même sous forme de cahier de la folie qu’il écrit pour se souvenir.
Les chapitres courts, les phrases sans fioritures facilitent la lecture. On se prend vite au jeu, le roman devenant ainsi un « page-turner », où l’on veut savoir la suite, Jerry a-t-il tué ces femmes, que va-t-il lui arriver ?
Ce thriller, sans révolutionner le genre, vous fait passer un très agréable moment. Son écriture fluide, les scènes oscillant entre humour et noirceur, au ton très caustique vous transporte dans cette ville de Christchurch, dans cette maison de santé et dans la vie de Jerry Grey. Je vous le recommande fortement, c’est une histoire qui tient en haleine, et qui vous permettra de rire et de frémir, que demander de plus à un thriller ?
Vous êtes l’auteur de trois romans dont deux sont édités en France, UNE PLUIE SANS FIN paru chez nous en 2015 chez Super 8 et ce NULLE PART SUR LA TERRE qui arrive pour la rentrée littéraire mais vous n’êtes pas encore très connu en France, qui êtes-vous Michael Farris Smith ?
C’est facile (en français). Il y a deux endroits au monde qui comptent pour moi: le Mississipi et la France. J’ai eu la chance de vivre à Paris et dans le Val de Loire et la France me manque tout le temps. Je déteste citer Hemingway, mais il avait raison quand il disait que si vous aviez la chance de connaître Paris jeune, cette expérience resterait toujours en vous. Il y a deux ans, j’ai emmené ma femme et mes filles passer l’été en France et je cherche toujours un prétexte pour y retourner. Depuis le tout début, il y a quelque chose qui m’y attire.
Comment êtes devenu écrivain ? Désir depuis l’enfance ou projet d’adulte ?
Il n’y a pas eu de plan. Je n’ai pas commencé à écrire avant 29 ans. Et c’est seulement parce que, pendant que je vivais à l’étranger, j’ai commencé à lire, pour la première fois de ma vie, je lisais pour le plaisir. J’ai lu les grands auteurs parce que c’étaient les seuls que je connaissais – Hemingway, Faulkner, Fitzgerald, Dickens. Après quelques années, j’ai simplement senti quelque chose bouger en moi et j’ai voulu essayer. Je n’avais aucune idée de ce dans quoi je me lançais. Je ne pouvais pas savoir si j’allais réussir ou échouer lamentablement, mais je ne pouvais pas renoncer. C’était la première fois de ma vie que je savais ce que je voulais vraiment faire.
Quel est votre moteur pour écrire ? Des sujets qui vous sont chers, le quotidien, une région ?
C’est une question difficile pour moi, car je pense que ça change, ça évolue. J’aime la langue, je m’intéresse à l’esprit humain et à la condition humaine, j’aime le sentiment qu’on éprouve à l’égard d’un lieu et l’impact qu’il peut avoir. Les lieux ont joué de grands rôles dans ma propre vie. Je veux aussi essayer d’éprouver mes personnages sur un plan émotionnel, car c’est ce que nous vivons tous, tous les jours. Donc, pour moi, il y a beaucoup de choses qui m’inspirent pour essayer de raconter une histoire intéressante. Je pense aussi, comme la plupart des artistes, que c’est simplement quelque chose que je dois faire ou je serai malheureux. C’est difficile de décrire ce sentiment.
Question de David Joy, auteur de « Là où les lumières se perdent » :
Il est impossible de lire un roman comme NULLE PART SUR LA TERRE et ne pas entendre l’écho d’un écrivain comme Larry Brown. Parlez un peu de ces influences – Larry Brown, William Gay, Barry Hannah, etc. – ainsi que du vide laissé après leur passage, un vide que ton travail semble parfaitement combler.
Ces noms que tu mentionnes sont au sommet de ma liste d’influences, et j’ai été triste ces dernières années, d’avoir enfin décidé d’être écrivain après qu’ils soient tous décédés. Je me souviens que quand il a été temps de partager les épreuves d’UNE PLUIE SANS FIN avant sa publication aux États-Unis, et que je discutais avec mon éditeur des écrivains à qui je voulais les envoyer, j’ai été déprimé car beaucoup d’écrivains auxquels je pensais, beaucoup de ceux qui m’ont inspiré avec leurs histoires de persévérance n’étaient plus là.
Donc, tu as raison lorsque tu dis qu’il y a eu un vide. Je l’ai ressenti, et beaucoup d’autres auteurs que je connais et avec qui je parle, ils l’ont tous ressenti. Je suis très fier d’être mentionné maintenant comme un écrivain qui aide à porter le flambeau. Je rêve toujours d’entrer dans un bar, de voir Larry Brown ou William Gay assis là, d’avoir la chance de leur offrir un verre et de les remercier. Les remercier pour leurs histoires, mais aussi d’avoir partagé leurs expériences d’écriture, avec ce que ça demande d’efforts et de persévérance. Car c’est ce qui m’a guidé à mes débuts quand j’apprenais, un apprentissage qui ne semble jamais se terminer.
Quand j’ai interviewé l’an dernier David Joy auteur brillant et grand lecteur, il avait cité ce NULLE PART SUR LA TERRE comme l’un des romans à ne pas manquer, quels sont vos pairs que vous appréciez et que vous voudriez nous encourager à lire ?
David est en tête de liste, et en plus d’être un écrivain d’enfer, c’est devenu un ami. Je n’aime pas trop faire ce genre de liste parce que je ne veux oublier personne, mais je suis heureux de recommander certains noms : Ron Rash, Tom Franklin, Brad Watson, Jamie Kornegay, Brian Panowich, Matthew Guinn, Steph Post. J’aime les écrivains qui montrent beaucoup de courage dans leurs histoires.
L’action de vos deux romans se situe dans votre région, pensez-vous qu’on écrit mieux sur des territoires connus ou vouliez-vous attirer l’attention sur la situation écologique du sud des Etats Unis puis sur le désarroi de ces populations oubliées, sur ces exclus du rêve américain ?
J’ai toujours écrit sur des lieux avec lesquels je me sens lié affectivement. Pour moi, cela a été, et ce sera toujours le Mississippi. Mais je ne suis pas lié à un endroit particulier du Mississippi. J’ai vécu dans tout l’État : sur la côte, dans les montagnes (Mississipi hills) et la plaine (Black prairie). Le Mississippi est un état très varié, ce que la plupart des gens ignorent. Chaque région a sa propre personnalité et ses propres caractéristiques géographiques. J’adore le sud du Mississippi. Je suis intrigué par le Delta. Le nord de l’état, où je vis maintenant, est une région de collines ondulantes aux innombrables musiciens et conteurs. C’est le genre d’émotion que je ressens à propos d’un lieu.
Je n’ai jamais voulu écrire sur un thème particulier. Je suis plus influencé par ce que je vois, j’entends et j’éprouve, et ces thèmes trouvent naturellement leur place dans mes romans.
Un exemple concernant le lieu : avant les romans du Mississippi, mon premier écrit, THE HANDS OF STRANGERS est situé à Paris, parce que j’ai été inspiré par une scène dont j’ai été témoin dans une rue de Paris. Je ne pouvais pas aider , mais je pouvais raconter. Et mon amour pour Paris a donné le ton de l’histoire.
Votre roman se démarque de beaucoup de la production ricaine ordinaire du genre par l’absence de délinquance ou de violence due à la meth tout en étant très proche de thématiques très visibles dans les romans américains comme le retour et la recherche de rédemption. Peut-on dire que votre roman parle de rédemption ou considérez-vous que la quête de Russell tout en étant très digne se situe ailleurs ?
Je ne dirais pas qu’il n’y a pas de violence. Mais non, pas de meth. Mais il y a sacrément beaucoup d’autres problèmes. Ce n’est juste pas quelque chose qui a inspiré mon travail, pour quelque raison que ce soit. Je pense que NULLE PART SUR LA TERRE concerne une quête de rédemption, et la rédemption existe à plusieurs niveaux. Se sauve-t-on soi-même lorsqu’on sauve quelqu’un ? Peut-on changer le passé? Que fait-on lorsqu’on ne peut pas dormir la nuit en raison des erreurs qu’on a commises? des vies qu’on a changées ? Quand quelqu’un tend la main, la prend-on ? Je pourrais encore continuer, mais peu importe ce que vous écrivez, tant que vous poussez vos personnages vers leurs limites émotionnelles, et que vous attendez qu’ils les franchissent.
Question de Simone du site « la livrophage » :
Ce qui me marque le plus pour l’instant, c’est le résultat obtenu par l’écriture. Il s’en dégage une langueur, un rythme lent et comme un temps suspendu par moments, dans les gestes des personnages, dans le déroulé de l’histoire, pas de vitesse. Ce n’est pas un ralenti, mais une lenteur que j’aime beaucoup…cette scène, quand Russell retrouve son père, la pêche, le retour et le temps de réadaptation entre père et fils, la manière qu’ils ont de se ré-apprivoiser. Comment choisissez-vous la façon de dérouler l’histoire, choisissez-vous ce rythme ou bien est-ce qu’il s’impose par ce que vivent les personnages, est-ce pensé ou bien il y a un truc naturel qui va de soi pour que le roman avance ainsi, pas à pas, avec en fait une sorte de sensualité palpable du temps ?
Je suppose que c’est juste la façon dont l’histoire se déroule dans sa progression naturelle. Je ne suis pas un écrivain qui regarde trop loin. Je n’ai pas de plan, pas les grandes lignes de l’histoire. Je me mets au travail le matin, et à la fin de mon temps d’écriture, je me laisse quelques notes sur ce que je pense qu’il va arriver ensuite. C’est ce qui a toujours le mieux marché pour moi car ça laisse intacte la notion de découverte. Quand je m’assois pour écrire, je découvre l’histoire en même temps que les personnages et finalement comme le lecteur. C’est peut-être la raison pour laquelle la langue ou le rythme de l’écriture se manifeste de cette manière. C’est difficile à dire. Ce processus est en si grande partie inné et naturel, du moins pour moi, qu’il est difficile de le nommer ou de dire comment il fonctionne. J’apprécie vraiment être au milieu d’un roman et être curieux de ce qui se passera le lendemain quand je reprendrai le récit.
Question de David Joy, auteur de « Là où les lumières se perdent » :
Tu fais un merveilleux travail sur l’humanité de tous les personnages, forçant le lecteur à éprouver de l’empathie même pour les plus sombres – dans ce roman je pense spécifiquement à des moments comme la scène de Larry sur le terrain de baseball. Quelle est l’importance des scènes comme ça, d’essayer de trouver un moment de compréhension, même pour les personnes que nous pourrions mépriser?
C’est aussi une de mes scènes favorites et, même si Larry est le «méchant», c’est l’un de ceux que j’ai préféré créer. Pourquoi? Parce que les gens qui prennent de mauvaises décisions ou agissent de manière drastique ont autant de raisons de le faire que ceux qui prennent les bonnes décisions. Une des choses que j’ai apprises sur l’écriture de romans et la création de personnages, c’est que chaque personnage doit être comme une personne réelle. Que ce soit un personnage principal ou secondaire, il est important d’essayer de le présenter d’une manière inoubliable. C’est bien plus intéressant pour moi de tenter de comprendre ou de créer une sympathie pour un personnage «mauvais». Cela renvoie aux limites émotionnelles que j’ai mentionnées auparavant. Nous avons tous des raisons de faire ce que nous faisons, bonnes ou mauvaises, et je pense qu’on doit essayer de comprendre toutes les facettes des gens même les plus sombres.
Quelle serait la bonne B.O. de NULLE PART SUR LA TERRE ?
Bonne question. Avec quelques chansons de Steve Earle, de Lucinda Williams et de Merle Haggard , vous avez une bande sonore plutôt cool. Ce sont des auteurs qui n’ont pas peur de mélanger le malheur et la beauté pour créer des images poétiques merveilleuses, ce qu’essayent de faire tous les écrivains je suppose.
Pas de Drive-by Truckers, Two Gallants, Richmond Fontaine, Jason Isbell… dans la B.O. ?
Vous pouvez ajouter Drive-by Truckers et Jason Isbell, je n’étais pas sûr que le public français les connaisse mais je les aime.
Avez-vous un nouveau roman en cours d’écriture ?
Je viens de terminer les dernières modifications de THE FIGHTER. Il sortira en 2018, également chez Sonatine.
Il y a sûrement un sujet qui vous tient à cœur et dont j’ai omis de parler, avez-vous quelque chose à ajouter ?
Aucune autre question. Simplement que je suis ravi d’être publié en France, ce pays qui m’a tellement marqué.
Entretien réalisé par mail à la mi-août 2017 par Wollanup avec la participation de David Joy et de Simone Tremblay pour les questions, de Morgane et de Raccoon pour la traduction.
Promis je ne parlerai plus dorénavant des phrases prétendument écrites par de grands auteurs pour vanter un bouquin. Cette fois-ci, c’est encore gonflé. James Lee Burke aurait comparé les romans de Michael Farris Smith à McCarthy et Faulkner. La référence Faulkner, tout roman noir ricain situé en-dessous de la ligne Mason Dixon qui tient à peu près la route y a le droit et McCarthy est souvent cité si le roman est particulièrement dur. Que Burke, mon idole, parce qu’il y a tout simplement Burke et puis tous les autres, ait pu balancer de telles inepties m’inquiète au plus haut point. Soit il avance trop rapidement dans une sénilité non visible dans ses derniers romans toujours impeccables soit il picole gravement ou alors, enfin, il n’aurait jamais lu les deux auteurs qu’il a cités et là je n’y crois pas une seule seconde.
Bref, ce genre de commentaires n’apporte rien et peut, tout simplement, nuire à la réputation d’un éditeur sérieux se hasardant à de tels artifices pour vendre une œuvre qui n’a pas besoin de cela tant la qualité est là. Michael Farris Smith fait tout simplement du Michael Farris Smith, c’est tout à fait recevable, et s’il fallait le comparer à un grand auteur américain sur le fond de l’histoire ce serait évidemment à Larry Brown que Farris Smith cite d’ailleurs comme influence majeure dans l’entretien qu’il nous a accordés et que nous mettons en ligne à la suite de la chronique. Willy Vlautin et le Tom Franklin du « retour de Silas Jones » et leurs écrits emplis d’humanité et de compassion et tendresse pour les plus humbles peuvent aussi être considérés comme ses pairs les plus proches actuellement.
On avait fait la connaissance de Michael Farris Smith, il y a deux ans chez Super 8 avec un plaisant « une pluie sans fin » et on le retrouve chez Sonatine dans un roman beaucoup plus ambitieux qui en surprendra plus d’un.
Russell revient chez lui dans le Mississipi après onze de prison pour avoir tué accidentellement un homme en roulant en état d’ivresse.
L’un de ces soirs où la lumière s’attarde et repousse sans cesse la nuit et tant qu’il y a de l’essence dans les pompes des stations on se dit que ce serait trop bête de ne pas la faire flamber.Plus d’une fois par la suite il s’était dit qu’il y aurait mieux valu qu’il y ait une raison. Quelque chose qui l’aurait provoqué, poussé, énervé, bousculé, quelque chose qui aurait pu expliquer qu’il ait tant bu… Mais il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même.
Maben revient chez elle, brisée, après une dizaine d’années d’errance, et accompagnée de sa petite fille.
Pas encore trente ans mais déjà le visage de quelqu’un qui est à terre. Le visage de quelqu’un qui s’accroche.
Russell, à la descente du car qui le ramène, est tabassé par les deux frères de la victime. Maben, lors de la nuit passée dans un motel est arrêté par un flic et violée à l’arrière de la voiture de patrouille. Un crime va les relier.
Ce genre d’histoires qui ressemblent à tant de chansons country, pas de doute, on a déjà lu… Aussi qu’est-ce qui fait que l’on va encore accrocher à un scénario si souvent utilisé ? Il y a d’abord, bien sûr l’écriture de Michael Farris Smith qui fait qu’on lit ce roman en un « one shot ». Les chapitres courts s’enchaînent merveilleusement, pas une page d’ennui, pas un chapitre végétatif, pas d’envolées lyriques inutiles et obsolètes voulant montrer qu’on a ses lettres comme dans tant de romans français médiocres, mais des descriptions que ne renierait pas Burke.
Ici, c’est le règne de l’ordinaire, du banal dans une région qui parait sinistrée avec une population résignée qui courbe l’échine devant les galères banales. Pas de flingues partout, un seul suffira, pas d’abrutis sous meth, pas besoin d’aide chimique dans la méchanceté. Des gens ordinaires qui ont fait des choix ordinaires, assumé leurs conséquences ordinaires, ont reçu une bonne dose de malheur somme toute ordinaire et vont répondre à l’adversité de multiples manières allant de la tristesse, l’accablement à la révolte, la rage, la folie, à la recherche de rédemption, à la quête d’une vie simple, ordinaire, banale e finalement rassurante
Beaucoup de belles scènes intimes poignantes, à vous briser le cœur dans « nulle part sur terre » : les retrouvailles entre Russell et son père, un père séparé de son fils et qui vient s’humilier ivre mort lors d’un match de baseball de celui-ci, la rencontre de Russell avec l’amour de sa vie qui a refait la sienne sans lui, beaucoup de silences, de non-dits pudiques, des instantanés comme marques d’amour, d’humanité dans une histoire pourtant bien sombre et qui font que ces mains tendues transcendent une atmosphère bien glauque pour envisager, qui sait, une éclaircie, une accalmie…
La fin m’a beaucoup surpris parce qu’une toute autre issue était très, très envisageable et ce choix effectué par Farris Smith montre le sérieux du travail de l’auteur et la mansuétude de l’homme.
Alors, il est tout à fait normal que les éditeurs fassent la promotion de leurs auteurs et des romans qu’ils présentent mais parfois, peut-être, qu’ils prennent les lecteurs pour des gogos. Sonatine dont nous suivons assez régulièrement les sorties est, pour moi, un nom magique pour toujours associé au chef d’œuvre de Tim Willocks « la religion » et pour bien d’autres raisons aussi reste une maison sérieuse proposant des thrillers souvent de bonne facture si on excepte le deuxième roman de Robert Pobi qui, lui, était un grand foutage de gueule pour le lecteur ayant lu le précédent.
Or, donc,si on lit le bandeau accompagnant le roman, Sonatine a découvert le nouveau Michaël Connelly. Je dois avouer que je ne suis pas un grand spécialiste de l’auteur mais, néanmoins je peux vous garantir d’une part que le personnage principal Darian Richards, d’un point de vue psychologique, est à des années-lumière de Harry Bosch et d’autre part, jamais ici, on ne ressent la tension, l’angoisse et le dégoût provoqués par la lecture du superbe roman de Connelly « le poète ». Bien sûr, tout cela est encore une question de goût, ce n’est juste que mon impression mais il semblerait aussi que l’on ne soit pas très sûr de son affaire chez Sonatine puisqu’ on aborde la série Darian Richards à sa quatrième aventure.
Alors, que va-t-il se passer ensuite ? Va-t-on nous refourguer les aventures précédentes en cas de succès de « l’affaire Isobel Vine », des romans qu’on n’a pas jugé bon d’éditer en premier afin de respecter une certaine chronologie qu’affectionne en général le lecteur sérieux ? Cavanaugh risque-t-il de disparaître si ce roman ne marche pas ? Tony Cavanaugh serait-il devenu le nouveau Michaël Connelly en cours d’écriture du quatrième roman mais pas avant ?
Comme on rate le début de la série, certains aspects de la psychologie des personnages restent mystérieux et pour cause, l’auteur a déjà eu trois romans pour tout expliquer aux lecteurs, il ne va peut-être plus trop s’étendre à l’avenir sur les heurts et malheurs de Darian pendant toute la saga. Alors, on apprend des bribes de son histoire. Il a vécu quatre ans dans une cabane au bord d’un lac mais pourquoi ? On l’ignore. Il a quitté la section criminelle de Melbourne mais pourquoi ??? Il ressasse une précédente affaire, et cela finit par être gonflant, notre ignorance, pendant tout le bouquin, au point qu’on pense, hélas en vain, qu’elle va être résolue dans ce roman. C’est certainement raconté dans un précédent volume, une histoire de tueur du train qu’il n’a jamais réussi à choper mais pour quelles raisons ? Peau de balle ! Beaucoup de trous noirs pour le lecteur ainsi qu’un sentiment qu’on vous a refilé un produit trop gravement tronqué pour être apprécié à sa juste valeur. Pour terminer, même le choix de la couverture n’est pas très réussi car si l’image est belle, elle n’a par contre aucun rapport ni de loin ni de près, y compris dans la symbolique, avec le contenu du livre. Par contre, si vous êtes d’accord sur la filiation avec Connelly, vous pouvez même rêver de lire toute la geste de Darian Richards dans l’ordre et donc de manière cohérente et plus en phase avec la pensée de l’ auteur ainsi que, peut-être, remarquer une évolution dans l’écriture . Les chroniques que j’ai pu lire encensent le livre et il est peut-être temps d’arrêter avec les regrets et de parler du roman qui mérite néanmoins considération malgré cette grosse déception.
« Pour n’importe quel passant, les rues, les places, les jardins de Melbourne possèdent un charme certain. Pour Darian Richards, chacun de ces lieux évoque une planque, un trafic de drogue, un drame, un suicide, un meurtre. Lassé de voir son existence ainsi définie par le crime, et uniquement par le crime, il a décidé, après seize ans à la tête de la brigade des homicides, de passer à autre chose. Une vie solitaire, plus contemplative.
Il accepte néanmoins de sortir de sa retraite par amitié pour le chef de la police qui lui demande de disculper son futur successeur, en proie à des rumeurs relatives à une ancienne affaire : en 1990, après une fête donnée chez elle, on a retrouvé le corps sans vie de la jeune Isobel Vine. Suicide, accident, meurtre ? L’enquête fut d’autant plus délicate que quatre jeunes flics participaient à cette soirée. Elle fut classée sans suite, mais le doute persiste sur ce qui s’est réellement passé.
Reprendre des investigations vingt-cinq ans après les faits n’est jamais une partie de plaisir, surtout quand l’affaire concerne de près la police. Les obstacles ne manquent pas. C’est sans compter sur le caractère obstiné, rebelle et indiscipliné de Darian Richards et sur sa fâcheuse habitude à porter davantage d’attention et de respect aux morts qu’aux vivants. »
Dès le départ, vous aurez compris qu’on va découvrir un meurtre et non pas un suicide sinon à quoi passerait-on les 400 pages du bouquin parce que Cavanaugh est peut-être Connelly mais n’est pas Thomas H. Cook réussissant à vous trimbaler comme il veut. On est dans un « cold case » où sont impliqués quatre flics de Melbourne qui ont gravi de hauts échelons depuis cette histoire. Alors, il y a pas mal de clichés dans cette histoire et chez les personnages et les lecteurs assidus de polars les verront très bien mais il y a aussi une grande maîtrise du dosage du suspense allant jusqu’à la création de moments de tension factices pour faire monter la pression. Les purs et durs du polar ne marcheront certainement pas dans ces artifices.
Utilisant par ailleurs des chapitres courts, technique de plus en plus utilisée dans les thrillers, Tony Cavanaugh maîtrise parfaitement son histoire et la manière de la raconter, très formatée certes, mais qui fonctionne et va crescendo dans une deuxième partie où il fait parler l’assassin. Par ailleurs, les multiples retours sur la situation initiale de 1990 offrent une compréhension plus fine et permettent de conforter ou d’infirmer certaines de nos présomptions. Si on ajoute un beau rebondissement dans la dernière partie, on tient là un honnête thriller, idéal pour les lecteurs qui ne vont pas souvent vers le polar. Rien d’ inoubliable mais rien de désagréable non plus. Il existe déjà d’innombrables romans ressemblants sur la forme et le fond.
Wollanup.
PS:Dans le bouquin, une référence au groupe aussie « Hunters and Collectors » très bienvenue et qui m’a rajeuni de plus de deux décennies.
« Ça se passe ainsi avec les personnes qui sont au bout du malheur. Le tourment monte en eux, leur vie explose, et ils se retrouvent brisés à jamais. »
« Cet été là » est le premier roman de Lee Martin à arriver en France, auréolé d’une sélection pour le prix Pulitzer en 2006.
La valeur des sorties Sonatine n’est plus à prouver. J’ai déjà dû faire les éloges des choix éditoriaux de la maison et je ne vais pas me répéter surtout avec ce roman dont je ne sais trop comment parler, qui me laisse, une fois la lecture terminée des impressions assez contradictoires. Je sais que ce roman sera loué et apprécié pour la qualité de son écriture, pour l’humanité qui brille dans de nombreux passages mais qui me laisse finalement énormément sur ma faim. Continue reading
Troisième apparition dans le polar et dans le catalogue de Sonatine pour Fabrice Colin par ailleurs auteur pour la jeunesse et pour les adultes ainsi que directeur éditorial des éditions Super 8 et scénariste de BD. Tout sauf un débutant et d’ailleurs la lecture de « Jenny » vous fera comprendre que le garçon connaît parfaitement son affaire pour écrire un page-turner particulièrement redoutable.
« Cayucos, Californie. Dans une villa au bord du Pacifique, un homme désespéré se confie. Dans la baignoire à l’étage, le cadavre d’une femme obèse. Comment est-il arrivé ici ? Le moment est venu pour l’homme de raconter son histoire.
Quelques mois plus tôt… Après la disparition de son épouse, le journaliste Bradley Hayden, détruit, s’étourdit dans des liaisons sans lendemain via un site de rencontres. Un jour se présente une femme qui ne correspond en rien à la description qu’elle a faite d’elle. Jenny, 300 livres, QI redoutable, lui montre une vidéo de son épouse. April est en vie. Elle ne le restera que s’il lui obéit en tout. Dès lors, Bradley est contraint de suivre Jenny dans une épopée meurtrière.
Bradley est pris au piège et c’est son histoire avec Jenny qui nous est racontée au fur et à mesure qu’elle le promène par le bout du nez sur les différents lieux de sa tourmente au cours de sa jeune vie qui a fait qu’elle est devenue ce monstre, cet être, particulièrement abject dans son apparence comme dans son comportement. Elle se raconte et il suit…
Et que peut bien faire Bradley, forcé de suivre la dame dans son équipée meurtrière à travers les Etats Unis? Vindicatif, aux aguets au début, il s’effondre peu à peu tandis qu’elle lui révèle le cauchemar qu’elle a pu vivre. Il s’accroche au mince espoir de retrouver son épouse vivante. A lire ces lignes, on pourrait croire que le démon est femme et que les hommes sont voués à vivre l’enfer mais détrompez-vous, dans leur cavale meurtrière, les deux vont rencontrer de beaux salauds, des ordures de classe internationale. Ceci dit, pas un seul personnage féminin du roman ne provoquera un semblant d’empathie tant l’auteur a eu la dent particulièrement dure avec la gente féminine.
Alors, c’est un roman à conseiller fortement aux gens qui aiment les thrillers qui déménagent. Celui-ci démarrant par une disparition, l’intérêt, la curiosité s’installe dès les premières lignes et le rythme imprimé par Fabrice Colin fait que la lecture se fait en un temps record. Malin, l’auteur joue sur deux époques et petit à petit le lecteur se sent démuni, tombant dans le même piège, la même paranoïa que le héros. Roman se situant en différents coins des Etats Unis des magnifiques Catskills à l’étouffante Californie en passant par Flint la sinistrée, « Jenny » est crédible dans sa vision ricaine et ne se situe pas dans le lot des romans français tentant l’Amérique pour mieux se gaufrer.
Certains seront bien avisés d’éviter de se lier avec une Jenny sur certains sites de rencontres.
« Artie Wu et Quincy Durant se sont rencontrés enfants dans un orphelinat. Depuis, Artie le rusé et Quincy le colérique forment un duo de choc, passé maître dans les jeux de dupes, auquel le gouvernement américain fait parfois appel pour des missions loin d’être officielles.
Installés dans une luxueuse maison sur la côte californienne, nos deux hommes auraient peut-être pu prétendre à une existence tranquille si Artie ne s’était pas vautré un beau matin sur un pélican mort. Secouru par leur voisin, « l’homme aux six lévriers », un richissime homme d’affaires, Artie en profite pour lui faire une étonnante proposition qui pourrait leur permettre à tous de gagner beaucoup d’argent. Bien sûr, avec Artie et Quincy, le hasard n’en est jamais vraiment un. Et ce qui commençait comme une escroquerie savamment élaborée va bientôt prendre un tournant totalement inattendu et devenir une enquête entêtante sur le meurtre d’un sénateur américain. »
Ross Thomas qui est mort en 1995 était un grand du polar ricain à une époque où les autres grands, aujourd’hui disparus eux aussi, se nommaient Donald Westlake et Elmore Leonard à qui il n’a rien à envier si ce n’est finalement de n’avoir pas été aussi productif qu’eux. Une partie de ses romans a été traduite par le regretté Manchette chez nous notamment le très bon « la quatrième Durango » (Rivages). Assez proche du Weslake de « Kawaha » avec qui il partage un grand sens des dialogues qui claquent, il est néanmoins plus dans la lignée d’un Elmore Leonard et ses deux héros Artie Wu et Quincy Durant qui nous intéressent ici ne dépareilleraient pas dans l’immense galerie de personnages créée par l’écrivain de Detroit.
Au fait, puisque cela me vient juste à l’esprit en écrivant, s’il est une collection qui fait un sans-faute depuis sa création en nous exhumant des pépites oubliées, c’est bien « Sonatine + ».
« Zig zag » est une aventure du duo inséparable formé par Wu et Durant et peut-être, ces deux noms ne vous sont pas totalement inconnus. La quatrième de couverture annonce « Après « les faisans des îles » et « Voodoo, ltd » le retour de Wu et Durant ». Ah ouais, de grands souvenirs déjà très anciens puisque les romans sont sortis respectivement en 1991 et 1993 chez Rivages… qui à l’époque n’a pas trouvé judicieux de commencer le cycle par ce « Chinaman’ s chance » que l’on découvre ici 38 ans après sa sortie sous le titre de « Zigzag ». Je ne veux pas jeter la pierre à Rivages, ils avaient déjà fait le même coup avec James Lee Burke snobant dans un premier temps la première aventure de Dave Robicheaux « la pluie de néon » pour ensuite l’éditer, je trouve juste cela très navrant pour rester poli. Par contre, si vous découvrez et appréciez « Zigzag », vous aurez le plaisir de retrouver le duo dans deux histoires, elles aussi, particulièrement réussies dans le catalogue Rivages.
Sorti en 1978, « Zigzag » est donc un roman old style, vintage, à une époque où les ordinateurs balbutient pour une élite, où les cellulaires n’existent pas, un temps que le jeune public aura peut-être bien du mal à comprendre et à imaginer. Roman vraiment à l’ancienne avec deux héros particulièrement sympathiques et peuplé de seconds rôles de premier plan avec notamment ce Otherguy Overby complice crapuleux particulièrement précieux, il séduira particulièrement les amateurs de vieux polars avec des méchants issus de la Famille, des hommes de main « placides », des joueurs malchanceux.
Et puis le petit boulot, voire la petite arnaque, que semblaient préparer Wu et Durant, prend soudainement une énorme ampleur avec des projets pharaoniques de la mafia qui nécessitent d’énormes magouilles et des « disparitions » de puissants non coopératifs. Vous rajoutez l’intérêt de la CIA dont on ne sait pas vraiment quels sont ses projets et vous obtenez un roman où l’auteur hausse le niveau pour vous montrer les saloperies des puissants de l’époque tout en vous donnant sa version, son interprétation d’un drame d’envergure mondiale qui s’est déroulé lors de la décennie précédente au Texas.
Combinant le roman policier, le roman d’espionnage et le roman d’aventures, en initiant une superbe histoire d’amitié tout en invitant les ressorts de la perte de l’être aimé, le sentiment de culpabilité, le désir de vengeance et tout cela dans un rythme qui ne faiblit pas un instant et souvent animé d’un humour irrésistible, Ross Thomas a réussi un polar en tous points recommandable et d’une justesse rare. Et vous en aurez deux autres à découvrir ensuite, bande de veinards.
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