Chroniques noires et partisanes

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Entretien avec DAVID JOY « là où les lumières se perdent » chez Sonatine.

 

David Joy est l’auteur d’un premier roman sublime « Là où les lumières se perdent » paru chez Sonatine fin août 2016. En lisant l’entretien, vous comprendrez que David Joy est un mec bien , aussi précieux que son  roman.

Enjoy!

 

 

  • David Joy, Là où les lumières se perdent est votre premier roman. Qui êtes-vous, et d’où venez-vous ?

 

 

J’ai grandi à Charlotte, en Caroline du Nord, où la famille de mon père vit depuis la fin du XVIIè siècle. C’est donc un sacré euphémisme de dire que je tire mes racines de cet État. Dès le moment où ils ont posé le pied dans ce pays, mes ancêtres sont restés ici, dans le Piedmont, à vivre de l’agriculture – notamment celle du tabac et du coton, ces dernières années. Mes grands-parents maternels vivaient quant à eux dans les montagnes, à Wilkesboro, donc j’y allais souvent, quand j’étais enfant. À dix-huit ans, j’ai emménagé dans le Comté de Jackson, qui se trouve au cœur des Appalaches, et je n’en suis jamais parti depuis. À ce jour, j’ai passé presque la moitié de ma vie dans les montagnes, et j’imagine que j’y resterai jusqu’à ma mort. Je n’ai aucune envie de quitter cet endroit un jour.

Comté de jackson

Comté de Jackson, Caroline du Nord.

 

  • Comment avez-vous commencé à écrire ? Était-ce inné, ou avez-vous pris des cours d’écriture ?

 

 

J’ai toujours écrit des histoires, même enfant. Dans l’un de mes plus vieux souvenirs concernant l’écriture, je devais avoir cinq ans. Je ne savais même pas écrire. Mes parents possédaient cette vieille machine à écrire, sous l’une des petites tables près du canapé. J’avais l’habitude de la sortir et de taper à la machine. Comme je le disais, je ne savais pas écrire, alors j’expliquais à ma mère ce que je voulais dire, et elle m’épelait les mots. Je me souviens encore du son des touches, et de l’odeur de cette machine, quand le papier chauffait. Donc aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours écrit. Attention, ça ne veut pas dire que ce que j’écrivais était bon. En entrant à l’université, j’avais déjà probablement écrit un millier de pages, mais le fait est qu’il m’a fallu en écrire mille de plus avant d’obtenir un résultat convenable. J’avais la trentaine quand j’ai commencé à voir une réelle différence, et je pense que c’est à ce moment précis que l’idée d’être écrivain a vraiment pris forme. J’ai toujours adoré raconter des histoires.

 

 

  • L’intrigue se déroule en Caroline du Nord. Comme Ron Rash, pensez-vous que le lieu fait la personne ? Avez-vous le sentiment de mieux écrire, quand le sujet vous est familier ?

 

 

Si vous demandez à Ron de vous parler de son travail, il vous dira que tout est intimement lié à l’environnement, mais qu’il espère malgré tout que ça dépasse le cadre géographique pour atteindre un plus grand nombre de gens.  Il cite souvent Eudora Welty, qui disait : « Comprendre entièrement un seul endroit nous aide à mieux comprendre tous les autres. » Je crois que c’est la même chose, pour moi : j’écris sur les Appalaches parce que je ne connais rien d’autre. Ce n’est alors pas avec une page blanche, que je commence à travailler : je peux déjà y voir des lieux et des personnages qui me sont familiers. La voix de ces gens a un son bien particulier. Leur vision du monde est liée aux montagnes qui les entourent, et façonnée par elles. Mais j’ai le même espoir que Ron, en écrivant sur eux ; celui d’atteindre quelque chose de plus grand que cet endroit. Vous savez, un jour, on a demandé à James Joyce pourquoi il n’écrivait que sur Dublin, et voilà ce qu’il a répondu : « parce que si j’arrive à comprendre l’âme de Dublin, je peux comprendre l’âme de toutes les villes du monde. » Je pense que c’est le tour de force que tout écrivain souhaite réussir un jour.

Le monde à l'endroit de Ron Rash

Le monde à l’endroit de Ron Rash

 

 

  • Sur le site de Goodreads, vous avez chroniqué énormément de romans noirs dans lesquels la relation père/fils est au cœur de l’intrigue. Pensez-vous que l’histoire d’un homme est déjà tout tracée à sa naissance ? Si oui,  comment peut-il changer son destin ?

 

 

Je ne suis pas sûr de savoir si le destin d’une personne est déterminé uniquement à sa naissance, mais je peux affirmer avec certitude que beaucoup de gens nés dans un contexte désastreux ont un impact énorme sur la mobilité sociale. Dans d’autres termes, ce que j’essaye de dire c’est que, souvent, les gens naissent dans des situations qui les dépassent, et qui finissent par dicter qui ils sont. Mais ce n’est pas vrai tout le temps. Il y a certainement des gens qui ont réussi à s’en sortir malgré tout. Mais d’après moi, c’est très rare. Toute ma vie, j’ai vu des gens que j’aimais être victimes du monde dans lequel ils sont nés. Alors même sans en avoir la certitude, je crois que neuf fois sur dix, une histoire qui commence mal finira mal.

 

  • Vous nous avez dit que pour Là où les lumières se perdent, vous aviez été influencé par une image, et une chanson. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

 

Je pense que quand je commence à écrire, c’est toujours avec une espèce d’image en tête, ou parfois un bout de scène. Pour Là où les lumières se perdent, j’ai vu un jeune homme accroupi près d’un porc qu’il venait de tuer au couteau. Je pouvais sentir son père, debout, derrière lui, et je savais que ce gamin était au bord des larmes, mais qu’il devait le cacher à tout prix, sous peine de passer pour un faible. C’était la toute première image que j’ai eue de Jacob McNeely, et elle revient dans le roman, quand il revoit  un flashback de son enfance. Quoi qu’il en soit, j’avais cette image en tête, et je l’ai gardée un bon moment, en essayant d’écrire l’histoire de Jacob. Mais ça sonnait faux. La première fois, j’ai peut-être écrit dix-mille mots, que j’ai fini par brûler. La suivante, ça devait être trente-mille, que j’ai également brûlés. Des mois plus tard, l’histoire m’est soudainement apparue dans un rêve. Je me suis réveillé en plein milieu de la nuit, et j’entendais la voix de Jacob dans mon oreille, comme si elle était réelle. Il y avait cette musique, aussi, une chanson de Townes Van Zandt. « Rex’s Blues ». Quand j’y repense, je me dis que c’est à cause du sentiment de désespoir, de perte inévitable que véhicule ce morceau.  À mes yeux, ce roman était plus une tentative de reproduire une ambiance, une tonalité, un sentiment qui perdurait du début jusqu’à la fin, comme le fait cette musique de Townes. Cette chanson a ouvert la voie à tout ce que je voulais écrire.

 

  • Votre prochain roman, qui sera publié en 2017, a-t-il été écrit suivant le même procédé ? Quel en est le thème ?

 

 

Ce nouveau roman, The Weight of This World, m’est venu de la même manière, oui. J’avais un minuscule fragment de scène : je voyais deux amis allant acheter de la méthamphétamine, et je les voyais l’acheter à quelqu’un qu’ils avaient toujours connu. Je voyais que ce dealer avait amassé un tas d’objets volés en guise de paiement pour la drogue – quelque chose de très représentatif de là où je vis – et que dans le tas, il y avait des armes. Je le voyais se vanter d’avoir toutes ces armes volées, et pointer un flingue vers l’un des deux amis. Ils se lèvent subitement, et lui crient de ne pas faire ça. Le mec commence à rire, et leur dit de se détendre. Que le flingue n’est même pas chargé. Et il ajoute : « Regardez, vous allez voir… », tout en portant l’arme à sa tempe. Il appuie sur la gâchette, pour prouver que la chambre est vide, mais elle ne l’était pas. En une seconde, le type s’est fait exploser la cervelle. Alors tout d’un coup, les deux camés se retrouvent assis sur un canapé, avec une pile d’armes, de drogue et d’argent devant eux, et un dealer mort à leurs pieds. C’est la première image que j’ai eue, et c’est comme ça que commence l’histoire. On ne passe pas les vitesses une à une, on démarre sur les chapeaux de roue dès que le top départ est lancé.

 

 

  • Quand on lit Là où les lumières se perdent, on pense tout de suite à Daniel Woodrell, Ron Rash ou Larry Brown. Êtes vous d’accord avec cette comparaison ? Avez-vous été influencé par des auteurs en particulier ?

 

 

Vous ne pourriez pas tomber plus juste, avec ces noms-là. Ron Rash est à la fois un ami et un mentor, pour moi ; Larry Brown est peut-être mon auteur préféré de tous les temps ; et Daniel Woodrell est indubitablement celui qui a le plus influencé mon écriture de Là où les lumières se perdent. À ce moment-là, j’étais tout simplement obsédé par lui, plus particulièrement par deux de ses œuvres : La Fille aux cheveux rouge tomate, et La Mort du petit cœur. Pendant un mois entier, j’ai lu en boucle La Fille aux cheveux rouge tomate, surtout les premiers chapitres, parce que j’étais fasciné par le rythme, fasciné par le fait que Daniel ait réussi forcer ses lecteurs à lire soixante pages avant de leur donner la possibilité de reprendre leur souffle. Alors quand j’ai commencé à écrire Là où les lumières se perdent, je pense que j’ai essayé de reproduire un rythme similaire. Je voulais que ce livre bouge. Je voulais que mes lecteurs le prennent entre les mains, qu’ils commencent à le lire pour finalement lever le nez une heure plus tard et se rendre compte qu’ils ont complètement perdu la notion du temps. C’est ce que Daniel Woodrell fait de mieux, et c’est ce que j’aspire à faire moi aussi. Concernant les auteurs qui m’ont influencé, je pense que ce sont les mêmes que beaucoup de gens, dans le Sud : de Poe à Faulker, en passant par Flannery O’Connor et Cormac McCarthy, et de Larry Brown à Barry Hannah, William Gay et Ron Rash. C’est la lignée à laquelle j’appartiens. Ce sont de vrais modèles d’excellence, pour moi. Ces dernières années, j’ai aussi été influencé par un auteur du nom de Donald Ray Pollock. Tous ces auteurs me fascinent : il suffit de lire la première phrase de n’importe laquelle de leurs œuvres, pour savoir tout de suite à qui on a affaire.

  • Qu’en est-il des auteurs plus modernes ? Y en a-t-il quelques-uns dont vous vous sentez proche ?

 

Comme écrivains originaires du Sud qui possèdent le même héritage que moi, je pense à Mark Powell, Charles Dodd White, Robert Gipe, Alex Taylor, Glenn Taylor, Jamie Kornegay, Michael Farris Smith, Taylor Brown, Sheldon Lee Compton, et je pourrais continuer à donner des noms pendant un bon moment. Je pense que le premier roman de Robert Gipe, Trampoline, est le meilleur qui soit sorti des Appalaches l’année dernière, et de la même manière, je pense que le prochain roman de Michael Farris Smith, Desperation Road, qui paraîtra en début d’année prochaine sera simplement époustouflant. Voici deux livres écrits par des hommes de mon temps qui ont vraiment eu un impact gigantesque sur moi, ces dernières années.

  • Y a-t-il une question que nous aurions oublié de vous poser ?

Je voudrais juste sincèrement remercier tous les fans extraordinaires que j’ai rencontrés en France, ainsi que le Festival America et les éditions Sonatine pour avoir rendu tout ça possible. Vous savez, je n’avais jamais vraiment quitté la Caroline du Nord avant de commencer à vendre des livres, et je n’avais jamais pris l’avion non plus. Quand je pense que j’ai parcouru la moitié du globe et rencontré des gens exceptionnels qui apprécient mon travail, ça me fait toujours un peu bizarre. C’était rafraîchissant de pouvoir parler d’art et de littérature à Vincennes. Je pense que les lecteurs français sont courageux, et qu’ils n’ont pas peur de prendre le risque de lire quelque chose de différent. Et ça, ça change vraiment de là où je viens, parce que j’ai souvent l’impression que mon public ici ne comprend pas ce que j’essaye de faire, ou n’est pas prêt à se laisser porter vers les lieux où j’aimerais les emmener. Je suis profondément reconnaissant envers tous ceux qui m’aiment et me soutiennent, et j’ai vraiment hâte de revenir. J’espère être invité à Lyon, à un moment ou un autre, et si ça arrive, je vous y retrouverai bien volontiers.

david-joy

Muriel, Raccoon et Wollanup, septembre 2016.

PS: Nous avons eu la chance de  rencontrer David Joy à America mais pas suffisamment pour l’interviewer. Qu’à cela ne tienne, grâce au professionnalisme et à la gentillesse de Muriel Poletti de Sonatine avec qui j’ai l’énorme chance de collaborer depuis quelques années, nous avons pu lui  envoyer des questions qui sont revenues très rapidement et qui ont été traduites impeccablement par Jessica Haouzi. Quand les relations avec un service de presse sont de la sorte, je peux vous dire que c’est un enchantement d’avoir un blog.Merci!

LÀ OÙ LES LUMIÈRES SE PERDENT de David Joy chez Sonatine

Traduction : Fabrice Pointeau.

« Là où les lumières se perdent » est le premier roman de David Joy, jeune auteur américain qui est né et vit en Caroline du Nord où se déroule ce roman et c’est un grand premier roman !

« Caroline du Nord. Dans cette région perdue des Appalaches, McNeely est un nom qui ne laisse pas indifférent, un nom qui fait peur, un nom qui fait baisser les yeux. Plus qu’un nom, c’est presque une malédiction pour Jacob, dix-huit ans, fils de Charly McNeely, baron de la drogue local, narcissique, violent et impitoyable. Amoureux de son amie d’enfance, Maggie Jenkins, Jacob n’a guère l’occasion de se montrer romantique. Il est le dauphin, il doit se faire craindre et respecter, régler les affaires de son père de la façon la plus expéditive qui soit. Après un passage à tabac qui tourne mal, Jacob se trouve confronté à un dilemme : doit-il prendre ses responsabilités et payer pour ses actes afin d’aller vers la lumière, ou bien s’enfoncer encore dans les ténèbres en suivant la voie paternelle ? Alors que le filet judiciaire se resserre autour de lui, Jacob a encore l’espoir de sauver son âme pour mener une vie normale avec Maggie. Mais cela ne pourra se faire sans qu’il affronte son père, bien décidé à le retenir près de lui. »

David Joy connaît bien les Appalaches et les décrit de belle manière avec ses zones sinistrées où les trafics vont bon train. L’alcool et les cachets sont la norme pour les gamins de cette petite ville, tellement petite qu’il n’y a qu’une seule école, de la maternelle à la terminale, et puis il y la meth… Il y a aussi des touristes et de riches bobos en quête d’authenticité qui se font construire des maisons luxueuses au bord de lacs magnifiques, mais ces deux mondes s’ignorent.

L’histoire de David Joy se situe dans le monde de la meth qui délimite la vie de Jacob McNeely : son père est le trafiquant local et sa mère une junkie complètement détruite par la dope. Son avenir est tout tracé et il n’a jusqu’à présent pas eu le cran de refuser ce destin, il a quitté l’école dès ses seize ans et seconde son père dans ses activités : manque de courage mais surtout fatalisme et sentiment de ne pas mériter mieux. Il n’a pas froid aux yeux mais il n’a aucun espoir, aucune illusion, il s’enfile cachets et pétards pour supporter cette vie et guette les rares moments de lucidité de sa mère. On pense à Ree d’ « un hiver de glace » de Woodrell.

C’est Jacob le narrateur, terriblement mûri par tout ce qu’il a vu, il porte sur ce monde sombre et glauque un regard acéré, sans illusion et ironique, même si c’est douloureux. Et puis il y a Maggie, avec qui il a partagé une enfance à l’abandon dans les montagnes des Appalaches et qui peut aller à l’université et peut-être partir de là. Seule chaleur dans sa vie, elle ranime en lui une petite étincelle terriblement dangereuse : l’espoir, un espoir de rédemption, d’une vie meilleure qui le pousse à choisir son destin et à affronter son père. David Joy fait vivre cette tension dans son écriture, les contradictions entre l’envie de l’espoir et la certitude de l’échec, on est happé, fasciné par Jacob et on le suit avec frayeur.

On est dans un milieu dur et  violent, le père, chef de bande cruel, sans scrupule, sans pitié règne par la terreur sur son domaine et son fils en fait partie. Dans ce petit coin des Appalaches, la seule loi qui vaille est celle du plus fort, la police, la justice s’achètent. La velléité de Jacob de partir va avoir des conséquences qu’il ne mesure pas et on sait dès le début qu’il n’en sortira pas indemne.

La fatalité, la tyrannie, la révolte, la trahison, l’affrontement père/fils… des ingrédients de tragédie classique qui rendent ce bouquin si fort et le hissent vers l’universel. Une tragédie chez les rednecks !

Un livre noir, puissant, magnifique.

Raccoon

La chanson attachée au personnage pour David Joy :

LA FILLE DU TRAIN de Paula Hawkins chez Sonatine.

Traduction de Corinne Daniellot

Paula Hawkins a été journaliste pendant quinze ans au Financial Times. Elle a écrit sous un autre nom une série sur commande qu’elle qualifie elle-même de « Bridget Jones en moins drôle ». Elle signe ici son premier thriller, et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! N° 1 des ventes en Angleterre, aux Etats-Unis, au Canada et en Australie, vendu dans 42 pays et Spielberg en a acquis les droits cinématographiques ! Paula Hawkins nous tient en haleine jusqu’au bout à partir d’…un train de banlieue et de notre instinct de voyeur qui nous pousse à regarder chez les gens et imaginer leur vie.

« Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu… »

Rachel n’a plus de vie, Rachel s’ennuie, Rachel observe, Rachel est témoin, Rachel raconte…C’est par sa voix qu’on découvre l’histoire, puis par celle de Megan, la disparue et enfin par celle d’Anna, l’heureuse rivale de Rachel. Ces voix s’entremêlent, se rejoignent, s’opposent et nous entraînent dans l’intrigue. Car chacune nous dévoile sa vérité à différents moments et apporte un morceau au puzzle qui n’apparaîtra en entier dans toute son horreur qu’à la fin. Et en attendant, quel supplice ! On s’engouffre dans des fausses pistes, on doute, on se doute, on redoute… L’auteur nous balade avec délectation !

Oui car Rachel boit, elle est instable, ce n’est pas un témoin fiable et elle-même n’est plus sûre de ses souvenirs… et il y a les trous noirs !

L’écriture de Paula Hawkins sonne juste. A propos de l’alcool où Rachel n’en finit pas de sombrer, une fois sa vie brisée. A propos du bonheur, cette chimère rose bonbon à laquelle on aspire tous, de la vie de couple qui étouffe malgré l’amour, du désir d’enfants. A propos des douleurs et des blessures qui nous façonnent tous.

C’est peut-être ça qui nous embarque si bien dans ce roman. Ces personnages n’ont rien d’extraordinaire, ils mènent des vies banales, et pourtant Paula Hawkins réussit à nous captiver. On pense à Fenêtre sur cour, à Hitchcock, à cette manière de distiller le suspense si finement qu’on halète jusqu’au bout !

Ce sont les femmes qui parlent dans ce roman, elles sont centrales mais les personnages masculins ne sont pas sacrifiés pour autant, ils existent vraiment, même si c’est par les yeux des femmes qu’on les connaît.

Bref, une grande réussite !

Prévoyez du temps libre : tout le temps de la lecture, vous ne serez pas très disponible aux requêtes de votre entourage…

Raccoon

Night windows d’Edward Hopper

LE CONDOR de Stig Holmas / Sonatine +

condor

Traduction: Alain Gnaedig.

Sonatine + est la petite collection par le format de Sonatine qui devient grande par ses choix malins. Proposant des inédits d’auteurs connus (Ellory, Crews), elle frappe maintenant un grand coup avec la réédition du seul polar de l’auteur norvégien Stig Holmas paru en France à la série Noire en 2001.

« William Malcolm Openshaw, poète, intellectuel et amoureux des oiseaux, a eu plusieurs vies. Depuis des années, il erre aux quatre coins du globe, de Mexico à Tanger, en passant par Bogotá et Le Caire, ne fréquentant que les quartiers les plus pauvres. « Je me contente de traverser les villes, de les quitter en marchant lentement. » William est un homme hanté par de mystérieuses tragédies, par des secrets dont il ne parle pas. Au Portugal, à la suite d’une agression, il fait la connaissance de Henry Richardson, attaché à l’ambassade britannique de Lisbonne. Ce dernier semble en savoir beaucoup sur le passé de William, beaucoup trop même. Sur les disparitions, les morts violentes, les ombres et les trahisons qui ont jalonné son parcours. Richardson a peut-être même les réponses aux questions que se pose William sur sa vie d’avant, sur la tragédie qui a brisé son existence. Une véritable partie d’échecs à base de manipulations s’engage alors entre les deux hommes, dont l’issue ne peut être que tragique. »

Le ressenti d’un roman dépend de tellement de facteurs qui nous sont propres qu’on n’est jamais certain qu’un livre qu’on a adoré séduira de la même manière des gens qu’on pense connaître et celui-ci n’échappe pas à la règle et pourtant quel roman!J’avais lu « le faucon » à sa sortie et n’avais pas été spécialement séduit par lui et pourtant cette nouvelle lecture m’a comblé au plus haut point.

L’époque, l’état d’esprit, le type de romans, l’expérience, la concentration, l ‘originalité,que sais-je, une étrange alchimie intérieure et non maîtrisée et j’ai redécouvert ce roman qui est une pure merveille. Mais tout brillant qu’il soit, « le condor » ne séduira que les lecteurs affirmés et prêts à pénétrer dans un mystère bien profond que les échanges entre William et Henry l’attaché de l’ambassade britannique maintiennent opaques suppléés dans cette sournoise manœuvre d’enfouissement par des apartés,des retours sur l’enfance,des questions sans réponses. Mystère de la destinée de William qui a erré pendant de nombreuses année dans les coins les plus misérables de la planète et mystère d’une narration particulièrement virtuose qui nous livre que des fragments de son existence.

Des souvenirs de coquelicots, des émerveillements enfantins devant une sauterelle, le dernier condor de Californie, les trottoirs de Calcutta, une banque qui explose pendant un hold-up, une odeur de moisi et d’amandes, Monica, la littérature russe, la révolution … Des images poétiques bouleversantes, horriblement malheureuses ou nostalgiques d’un poète qui vit le même destin anachronique que Rimbaud, chantre talentueux qui termine sa vie de l’autre côté, loin de la beauté du monde qu’il a pourtant si bien écrite ou rêvée. Une enfance terrible qui provoque la reproduction des actes abjects vus et vécus, une tristesse infinie qu’on comprend peu à peu sans néanmoins l’excuser.

C’est divinement écrit par un auteur lui-même avant tout poète et l’écriture est aussi magique que douloureusement désespérée comme du James Sallis.

Et à la fin Stig Holmas vous emporte dans son abîme et d’une  phrase anodine, une seule, la dernière, il vous assassine.

Chef d’oeuvre.

Wollanup.

TOUT N’EST PAS PERDU de Wendy Walker chez Sonatine

Traduction : Fabrice Pointeau.

Wendy Walker était une avocate spécialisée dans le droit de la famille dans le Connecticut. Elle a commencé à écrire quand elle a arrêté de travailler pour élever ses enfants. « Tout n’est pas perdu » est son premier roman publié en France, avant même sa sortie aux Etats-Unis en juillet prochain où il est très attendu et devrait faire un carton (les droits cinématographiques du roman ont déjà été achetés par l’équipe de production de « Gone girl » de David Fincher).

« Alan Forrester est thérapeute dans la petite ville cossue de Fairview, Connecticut. Il reçoit en consultation une jeune fille, Jenny Kramer, quinze ans, qui présente des troubles inquiétants. Celle-ci a reçu un traitement post-traumatique afin d’effacer le souvenir d’une abominable agression dont elle a été victime quelques mois plus tôt. Mais si son esprit l’a oubliée, sa mémoire émotionnelle est bel et bien marquée. Bientôt tous les acteurs de ce drame se succèdent dans le cabinet d’Alan, tous lui confient leurs pensées les plus intimes, laissent tomber leur masque en faisant apparaître les fissures et les secrets de cette petite ville aux apparences si tranquilles. Parmi eux, Charlotte, la mère de Jenny, et Tom, son père, obsédé par la volonté de retrouver le mystérieux agresseur. »

C’est à entrer dans une histoire à multiples tiroirs que Wendy Walker nous convie : l’histoire de Jenny bien sûr dont le traitement n’a effacé que les souvenirs du viol, mais pas la mémoire émotionnelle. Wendy Walker précise en fin d’ouvrage que des scientifiques ont déjà réussi à altérer des souvenirs factuels et à atténuer leurs impacts grâce à des médicaments et que si ce traitement n’existe pas encore réellement c’est bien dans cette direction que se dirigent les recherches dans le domaine des sciences de la mémoire notamment en vue de soigner les soldats atteints du syndrome de stress post-traumatique. Le personnage de Jenny sonne juste et parvient à nous faire ressentir aussi bien l’abomination du viol et ses conséquences sur la victime, abîmée à vie, que l’angoisse et la détresse d’avoir perdu la mémoire. De plus, Jenny ne peut aider la police puisqu’on lui a fait oublier le viol.

Puis l’histoire des parents, détruits eux aussi par le drame que vit leur fille mais chez qui il résonne différemment, ouvrant entre eux des brèches risquant de faire voler leur couple en éclats. Les non-dits, les secrets dont ils s’accommodaient vont être révélés.

Et l’histoire de la vie dans cette petite ville du Connecticut où l’anonymat n’est pas possible, où tout le monde se connaît, vit tranquille car chacun gère avec grand soin sa réputation… Nul ne peut ni ne veut envisager que le coupable soit du coin : la police se rue sur toutes les pistes venant de l’extérieur et traine des pieds sur les pistes internes à la ville. Mais les apparences sont bien sûr trompeuses… D’autres personnages apparaissent alors : un ex-soldat traité de la même manière que Jenny, d’autres jeunes présents à la fête où Jenny a été violée, le patron du père…

Enfin il y a le psychiatre qui vit lui aussi dans cette petite ville avec sa famille. Spécialiste de la thérapie post-traumatique, le seul à vrai dire à Fairview, et il s’occupe de tous les personnages. C’est lui le narrateur, et c’est par sa voix que Wendy Walker va tisser son récit. Une voix très sûre d’elle, froidement professionnelle au début mais qui va parfois se troubler, lui aussi est humain. Le psy nous raconte la thérapie de Jenny : opposé à l’utilisation des médicaments qui enlèvent les souvenirs, il veut lui redonner la mémoire et l’accès à la résilience. Il participe également à l’enquête puisque les souvenirs retrouvés pourraient aider les policiers. Tous, vus par le psy sont dépouillés de leur carapace avec défauts, vices, blessures et failles et donc terriblement humains et vulnérables.

Par lui, elle mêle les histoires, les pensées de chaque personnage, elle entremêle les vies de tous, met à jour des liens qui tour à tour éclairent puis obscurcissent l’histoire. On pense avoir compris, on se sent drôlement intelligent puis elle démolit tout : Wendy Walker se joue de nous avec une très grande habileté. Elle nous mène par le bout du nez, nous fait douter de tout avec un grand talent : une pro du suspense !

Un très bon thriller psychologique, qui nous tient en haleine tout en ayant une grande justesse et une grande humanité.

Raccoon

 

VIVA LA MADNESS de J.J. Connoly / Sonatine

Traduction: Fabrice Pointeau

« Heureux propriétaire d’un hôtel à la Jamaïque, X, ex-trafiquant de cocaïne londonien, a raccroché les gants. Interrompre cette retraite au soleil serait forcément une mauvaise idée. Mais le mal du pays, la nostalgie d’une vie pleine d’adrénaline et la promesse d’un coup exceptionnel finissent par emporter toutes ses réticences.

Le pied à peine posé sur le sol britannique, notre homme s’aperçoit bien vite que ce coup exceptionnel qu’on lui a proposé est surtout exceptionnellement dangereux.

Entre mafieux anglais, cartels vénézuéliens sensibles de la gâchette et Irlandais psychotiques, il va falloir que X use de sa dextérité légendaire s’il veut une nouvelle fois s’en tirer à bon compte.

J. J. Connolly est un maître de l’intrigue à rebondissements, et sa narration, telle une balle perdue, ricoche à une vitesse folle. Il nous offre ici une nouvelle aventure sauvage et terriblement noire qui sème les corps à tout va. Avec ses portraits soignés d’escrocs sans limites, ses dialogues enlevés, son argot pur jus et son rythme trépidant, Viva la madness est aussi un roman follement réjouissant, conté par une voix audacieuse et unique : un must pour les amateurs de romans de gangsters ! »

en 2001, 4 ans après avoir été grièvement blessé et « invité » par la police londonienne à quitter le pays X,ancien dealer, se la coule douce en Jamaïque en se faisant le plus discret possible mais trouve le temps un peu long. Cela tombe bien Mister Mortimer son associé des années londonienne le convie à un week-end à La Barbade,en compagnie de 2 malfrats aussi bêtes dangereux, pour lui proposer un billet de retour pour reprendre sa place dans le commerce.
Mal du pays, ennui et perspective d’un poste sans risque font que X va accepter et évidemment rien ne se passera comme prévu.
Gangs vénézueliens, mensonges et omissions ou « maladresse » chronique de ses compères pour qui la devise « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer » semblent coller à la peau, autant d’éléments qui viendront constamment mettre des bâtons dans les roues

Peut être un poil trop long ,encore que, Viva la Madness reprend les ingrédients qui avaient fait la réussite du 1er opus X/Layer Cake: des dialogues en mode ping-pong,de la négociation,des catastrophes en série,un humour décapant et beaucoup de dérision.

Une réjouissante comédie de gangsters qui ravira les amateurs du genre.

FAB.

 

SURVIVRE de Vicki Pettersson chez Sonatine

Traduction : Caroline Nicolas.

Vicki Pettersson est une auteure américaine qui est née et a grandi à Las Vegas. Elle a écrit principalement des livres d’urban fantasy. Ce roman, le premier publié par Sonatine est un thriller.

« Une femme. Une route. Un tueur.

Au cœur de l’été, Kristine Rush et son fiancé, Daniel, quittent Los Angeles pour passer un week-end en amoureux, près du lac Arrowhead. En traversant la fournaise du désert de Mojave, ils s’arrêtent sur une aire de repos déserte. Dans les toilettes, Kristine se fait agresser par un inconnu qui la laisse inconsciente. Lorsqu’elle revient à elle, la voiture est toujours là, mais Daniel a disparu. Que faire ? Elle ne va pas avoir le choix. Son agresseur, par l’intermédiaire du portable de Daniel, va lui assigner des tâches plus terribles les unes que les autres, la menaçant de tuer son fiancé si elle ne lui obéit pas ou si elle demande de l’aide. Commence alors un véritable voyage au bout de l’enfer entre casinos criards de bord de route et aires de repos désolées et lugubres. Jusqu’où ira Kristine pour sauver Daniel ? Lorsqu’elle réalise que son interlocuteur sait tout d’elle, y compris ses secrets les plus intimes, la partie devient plus intrigante encore. Qui est-il ? Et quelles sont ses réelles motivations ? »

« Survivre » est un thriller pur et dur, une fois qu’on le commence, on a du mal à s’arrêter, le rythme est haletant, les actions s’enchaînent rapidement et on n’a pas le temps de souffler, c’est extrêmement bien fait. On tremble, d’autant plus qu’on se rend compte rapidement que, forcément, la fille de dix ans de Kristine va être mêlée à cette sombre histoire… On devine vite qui est le tueur. La tension et l’horreur montent dans des scènes qui se succèdent à un train d’enfer comme dans un film d’action hollywoodien. Je me suis sentie comme prise en otage: ce genre de bouquins n’est pas trop ma tasse de thé, mais emportée par le suspense, je l’ai lu en entier et pratiquement d’une traite. Vicki Pettersson connaît son affaire.

Bon, c’est vraiment haletant, pas de problème. C’est vraiment horrible, ça peut ne pas me gêner. On est happé de belle manière, mais à part cela, ça n’amène pas grand-chose.  Vicki Pettersson est dans l’action et elle le fait très bien mais ses personnages manquent de profondeur, on ne connaît pas vraiment les motivations de ce tueur, où tout du moins elles sont plutôt légères. Même le personnage de Kristine paraît un peu superficiel, on se rend vite compte que ce n’est pas la première fois qu’elle affronte quelque chose de difficile et cette histoire-là sera révélée aussi mais elle n’est pas assez approfondie à mon goût et elle m’a également laissée sur ma faim.

Ce qu’on voit bien par contre c’est la force quasi-animale que va déployer Kristine pour se sauver et sauver son enfant, elle saura puiser la volonté et l’énergie de se battre au fond d’elle-même, puisqu’elle l’a déjà fait…

Il y a sans doute des amateurs pour ce genre d’histoire et si une action à rebondissements et à suspense suffisent c’est un roman très bien fait.

Raccoon

 

ORGASME de Chuck Palahniuk / Sonatine

Traduction: Clément Baude

 

 

Je n’ai jamais été un grand fan des romans de Chuck Palahniuk tout en lui reconnaissant un verbe fort pour écrire des satires sociales au vitriol et parfois dérangeantes mais là, je pense faire un break après celui-ci qui me laisse un bien sinistre souvenir.

« Penny Harrigan, jeune femme modèle et aspirante avocate, travaille dans un prestigieux cabinet new-yorkais. C’est là, au détour d’un couloir, qu’elle rencontre le magnat des médias, Linus Maxwell, venu régler les détails de son divorce avec la star française Alouette d’Ambrosia. Le soir même, Linus invite Penny à dîner.

Comment s’habiller lorsqu’on sort avec l’homme le plus riche du monde ? Comment se comporter quand son hôte compte parmi ses conquêtes les femmes les plus célèbres et les plus puissantes de la planète ? Et pourquoi un homme comme lui invite-t-il à dîner une fille aussi désespérément normale ? Malgré toutes ces questions, Penny passe une soirée de rêve, et c’est le début d’un véritable conte de fées.

Notre Cendrillon des temps modernes tombe en effet sous le charme de son chevalier servant. Amoureux platonique, celui-ci l’enchante. Aussi, quand elle croise Alouette à Paris et que celle-ci lui conseille de ne surtout jamais faire l’amour avec Maxwell, Penny ne comprend d’abord pas très bien. Mais, très vite, tout s’éclaire. Maxwell voue en effet une véritable obsession au plaisir féminin, une obsession aux conséquences multiples et très étonnantes. »

Oh, bien sûr je m’excuse parce que c’est sûrement moi qui n’ai pas saisi la portée philosophique de la chose, la brillante satire sociale, c’est moi, pas de problème, je plaide coupable, le tsunami c’est moi, l’explosion du Hindenburg, c’est moi aussi et Kennedy, bien sûr, c’est moi mais je n’aime pas trop en parler… J’ai raté quelque chose avec ce roman parce que: trop prude, trop vieux, trop collet monté, trop provincial, trop has-been, trop ringard, trop con, je veux bien tout entendre après avoir écrit brièvement ce que je pense de ce roman et je dis bien brièvement parce que je ne veux pas trop m’attarder dessus très longtemps et après si vous voulez le lire, ne vous privez surtout pas.

Préalablement, il faut bien le reconnaître, c’est bien écrit et on suit le début de l’histoire de cette nouvelle « Cendrillon » avec un brin d’amusement sachant bien avant Penny que les dégâts sont à venir et même quand le roman commence à devenir n’importe quoi dans le dernier tiers, on peut toujours y voir un certain intérêt grâce à l’écriture de Palahniuk mais c’est vraiment tout ce que j’ai pu trouver de positif dans « Orgasme ».

Ce qui navre déjà au départ, c’est qu’un homme ait la prétention d’écrire un roman basé sur le plaisir féminin en mettant toutes les femmes dans un même panier de jouisseuses animales réagissant de manière uniforme, bestiale, sauvage et sans aucune retenue aux stimuli de machines créés par Max, grand séducteur. C’est une vision assez accablante, déprimante, animée par une prétention sans fin. Alors, évidemment on est dans une fable, un conte cruel et on abandonne toute retenue, tout réalisme quand des évènements majeurs et catastrophiques sont racontés puis oubliés sans conséquence aucune sur la marche du monde. Juste choquer, provoquer par des scènes chocs mais pas du tout susceptibles de vous faire fantasmer. Il y a des moments très chauds, sexuels mais sales,voire franchement dégueulasses et pas du tout propices aux fantasmes ou alors je ne comprends plus rien.

En fait ces passages pornographiques doivent choquer tout en montrant une critique de la société mais celle-ci est pauvre, simpliste, dirigée contre les femmes, pauvre troupeau de bécasses uniforme lisant toutes les mêmes romans insipides, utilisant toutes le même parfum, chaussant les mêmes chaussures ridicules… et les New-Yorkais avec qui l’auteur doit être franchement en conflit pour balancer de la sorte.

Alors, il y aura bien des surprises, si vous les aimez bien déjantées dans le gros bordel final caricatural où on bascule presque dans une histoire de zombies.

Faites donc connaissance avec Baba Barbe-Grise grande prêtresse du plaisir surnommée ainsi à cause de sa toison pubienne qui lui tombe aux pieds. En gros, bandant comme du Sardou.

Enjoy!

Wollanup.

 

 

TOUT CE QU’ON NE S’EST JAMAIS DIT de Celeste Ng chez Sonatine

Traduction : Fabrice Pointeau.

 

Premier roman de Celeste Ng, « Tout ce qu’on ne s’est jamais dit » a eu un grand succès, critique et public, lors de sa publication aux Etats-Unis en 2014. Celeste Ng, comme beaucoup d’écrivains américains a d’abord écrit des nouvelles avant de s’attaquer à l’écriture de ce roman.

« Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore…

Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus.

Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac.

Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés. Des secrets si longtemps enfouis qu’au fil du temps ils ont imperceptiblement éloigné ses membres, creusant des failles qui ne pourront sans doute jamais être comblées. »

 

Le livre commence par le jour de la disparition de Lydia. « Lydia est morte. Mais ils ne le savent pas encore. » Celeste Ng nous fait vivre en direct avec les membres de la famille cette découverte et on est immédiatement  embarqué par la tension de son écriture. Tout de suite, c’est l’angoisse qui monte : Lydia est en retard au petit déjeuner, Lydia n’est pas dans sa chambre… L’auteure nous plonge dans les pensées des personnages qu’elle décortique avec talent et justesse. C’est par leurs yeux qu’on découvre l’histoire… L’enquête de la police n’a aucune importance, de toute façon elle est vite réglée, la jeune fille, issue de la seule famille mixte de cette petite ville ne les intéresse pas trop. Suicide ou accident, la piste du meurtre est rapidement évacuée par la police.

Pour la famille, le suicide est impossible en ce qui concerne Lydia, jeune fille modèle, sage, docile, bonne élève… Et chacun de l’évoquer, de remonter le  temps, pour essayer de comprendre ce qui a amené à ça : cette mort inacceptable, incompréhensible, cette chose insupportable qui les brise tous. Celeste Ng construit son histoire de manière classique par un va et vient entre le présent et passé mais cela fonctionne grâce à la justesse de son ton et de ses personnages qu’elle décrit avec intelligence et finesse et le suspense est bien là. Des ombres apparaissent assez vite dans le tableau, tous les membres de la famille n’ont pas les mêmes éléments…

On remonte aux origines: la rencontre des parents, un mariage entre une Blanche et un Chinois dans les années 60, leurs rêves, leurs aspirations contrariées, leurs blessures qu’ils taisent. Celeste Ng dévoile l’ampleur des failles chez tous ses personnages : la mère qui a renoncé à une carrière pour son mariage, le père issu d’émigré chinois prêt à tout pour se fondre dans la masse, le frère délaissé au profit de Lydia qui focalise tous les espoirs de ses parents, la petite sœur arrivée après la première grande bataille de cette famille et qui n’y a pas de place. Elle nous montre les dégâts des non-dits, la pesanteur des rôles imposés, endossés, acceptés parfois dans les familles et dont il est si difficile de se départir.  Et comment face à la mort, à la douleur, au deuil, tout peut exploser et chacun se retrouver seul.

Tous les personnages sonnent vrai : pas de méchants, de mauvais. Juste des humains qui se débattent pour ne pas souffrir et deviennent parfois, sans le vouloir, des bourreaux. Des mécanismes familiaux pas si rares mais qui se dévoilent dans toute leur cruauté dans ces conditions extrêmes et que Celeste Ng dépeint à la perfection. Comme elle décrit parfaitement le rejet au quotidien et la difficulté d’être différent dans une petite ville d’Amérique.

Du bon noir psychologique, finement ciselé.

Raccoon

VIENS AVEC MOI Castle Freeman Jr./Sonatine

« Dans les fins fonds désolés du Vermont, la jeune Lilian est devenue la cible de Blackway, le truand local.
Son petit ami a préféré fuir, elle a décidé de rester.
Bien résolue à affronter celui qui la harcèle.
Alors que le shérif se révèle impuissant, Lilian se tourne vers un étrange cénacle.
Sous la houlette de Whizzer, ancien bûcheron en chaise roulante, quelques originaux de la région se réunissent chaque jour dans une scierie désaffectée pour disserter en sirotant des bières.
Devant la détermination de la jeune femme, Whizzer décide de l’aider en lui offrant les services de deux anges gardiens peu ordinaires : un vieillard malicieux, Lester, et un jeune garçon, Nate, plus baraqué que futé.
Avec eux, Lilian se met à la recherche de Blackway dans les sombres forêts qui entourent la ville pour s’expliquer avec lui.
De bar clandestin en repaire de camés, la journée qui s’annonce promet d’être mouvementée, l’affrontement final terrible. »

Viens avec moi c’est le jour où Lilian décide de tenir tête Blackway.
Blackway c’est la terreur locale d’un trou paumé du Vermont, Est Connardville comme dit l’ex de Lilian.
Blackway, ancien adjoint du shérif, fait ce qu’il veut, prend ce qu’il veut, quand il veut et il a jeté son dévolu sur Lilian, qui n’est pas du coin, et qui ne sait pas que la meilleure solution serait sans doute de se tirer bien loin au lieu de tenir tête à Blackway.

Ça c’est le point de départ de Viens avec moi  qui va se dérouler sur quelques heures. Flanqué du vieux Lester et du jeune et costaud Nate,  je vous laisse découvrir comment le trio s’est constitué, Lilian part sur les traces de Blackway pour régler ça définitivement sans avoir idée de ce que cela pourrait impliquer au final.
On suit en alternance le trio qui remonte la piste de Blackway et un quatuor hilarant qui commente, façon les Spécialistes du foot, les « exploits » des uns et des autres impliqués dans cette histoire.
Viens avec moi  c’est un roman simple, qui va pas chercher midi à quatorze heures et bavard.
Mais bavard dans le bon sens du terme. Les dialogues s’enchaînent, les répliques fusent et font mouche à chaque fois. Je ne sais pas ce que ça donne en VO mais le traducteur, Fabrice Pointeau, a fait un sacré boulot.
Une lecture réjouissante, pleine d’humour et où, dans les trous paumés du Vermont, les plus malins ne sont pas ceux que l’on croit.

Fab.

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