Chroniques noires et partisanes

Étiquette : denoel (Page 5 of 6)

SS-GB de Len Deighton/ Denoël collection Sueurs Froides

Traduction : Jean Rosenthal

On a tous un imaginaire foisonnant en ce qui concerne l’Histoire si celle-ci avait été modifiée et quelles en seraient les impacts sur notre futur, comment le monde aurait évolué. Cet ouvrage nous propose justement de nous fondre dans un Londres, la Grande Bretagne, sous la tutelle, la férule de l’empire nazi et par le biais d’une enquête associant les différentes factions de l’organigramme du Reich, l’extrapolation historique fonctionne. Continue reading

HOTEL ANGLETERRE de Marie Bennett/ éditions Denoël.

Traduction: Maja Thrane et Thibaud Defever

La séparation d’un couple engendrée par la folie des hommes et leurs pulsions irrépressibles belliqueuses engendrera des destins opposés sous l’empreinte de l’isolement, du manque et de tentures qui s’ouvrent sur des sentiments inconnus, révélateurs.

« Suède, hiver 1940. Georg est appelé sous les drapeaux. Exposée à des températures extrêmes, mal équipée, sous-alimentée, son unité se trouve à la merci d’officiers incompétents qui exposent les soldats à des risques inutiles et n’hésitent pas à leur infliger châtiments et humiliations. Lorsque cinq recrues meurent, c’est la mutinerie, et Georg est envoyé en camp de travail.

De son côté, Kerstin, la femme de Georg, survit comme elle peut à Malmö. Les années passent, et avec elles l’espoir de revoir un jour son époux. Mais une rencontre bouleverse sa vie, celle de Viola, femme riche, belle et cultivée dont Kerstin tombe éperdument amoureuse. C’est le début d’une liaison d’autant plus passionnée qu’elle est interdite. Pourtant, aveuglée par la jalousie, Kerstin détruit ce bonheur fugace.

Le soir de Noël 1943, les deux époux se retrouvent enfin. Pourront-ils reprendre le cours de leur existence après avoir traversé autant d’épreuves

Un superbe roman sur l’amour, la trahison et les remords. »

Le départ de Georg, dans ce contexte de conflit mondial, semble au départ temporaire et l’espoir de retour rapide reste présent dans les esprits du couple. Les conditions rudes sous le joug d’un despote à galons entrainera une prise de conscience brutale des condisciples de Georg et compliquera son retour. Le couple en souffre, le couple s’étiole, le coulpe s’éloigne, et Viola constituera l’image du fruit défendu aux yeux de Kerstin mais aussi la béquille morale afin d’affronter l’isolement, la grisaille d’un pays en conflit.

Le retour de l’époux apparaît alors comme une épreuve dans ce hiatus de vie de couple. Georg n’a plus le cuir bistre d’antan, il a laissé son insouciance, sa légèreté dans les plaines enneigées du nord. Les stigmates aussi bien sur son enveloppe charnelle que dans les tréfonds de son être amplifient les écueils aux retrouvailles, à l’évidente fusion des époux. Kerstin de son côté traine  le lest de son aventure réprouvée par la société moribonde de l’époque. Les herses de la bien pensance et de la morale sclérosée édifient les murailles autour d’une femme isolée de son époux puis isolée dans cette société, dans sa famille.

L’ouvrage décrit de manière fine et délicate les affres d’un tel contexte et prend le recul nécessaire afin de s’abstenir de tout jugement, de toute velléité d’admonestation. L’auteur réussit le pari de l’empathie pour ses personnages cardinaux et régénère la réflexion quant aux diktats des moralisateurs prompts à l’objurgation.

Thématiques modernes sur une période de nuées et de brouillards !

Chouchou.

TROUPE 52 de Nick Cutter / Denoël

Traduction:Eric Fontaine.

Ce qui aurait du être un séjour régénérateur, d’une concorde collective, pour un jeune groupe  de scouts animé par le chef, médecin de son état, enfantera, de ce lieu de villégiature isolé, d’un drame humain engendré par la folie de ses condisciples et leur viles motivations.

« Une fois par an, le chef scout Tim Riggs emmène un groupe d’adolescents sur Falstaff Island, en pleine nature canadienne, pour trois jours de camping. Et rien de tel qu’une bonne histoire de fantômes et le crépitement d’un feu de joie pour faire le bonheur de la joyeuse troupe. Mais lorsqu’un individu émacié, qui semble tout droit sorti d’un film d’horreur, débarque sur leur camp, réclamant de la nourriture, le séjour vire au cauchemar. L’homme n’a pas seulement faim. Il est malade. Un malade comme ils n’en ont jamais vu… et dangereux avec ça.
Coupée du reste du monde, la troupe va devoir affronter une situation bien plus terrible que toutes les histoires inventées autour du feu. Pour survivre, ils devront combattre leurs peurs, les éléments, et se confronter à leur pire ennemi, eux-mêmes. »

L’auteur s’est affublé d’un pseudonyme pour se permettre des libertés de tons, d’exploitation de sujets portant à la peur extrême, une certaine répugnance de scènes décrites. Se réclamant de Stephen King, Craig Davidson, puisque c’est de lui que l’on parle, nous transporte dans un récit glauque jouant sur des changements de rythme narratifs, insérant des verbatim de procès verbaux ou d’articles de presse suggérant une volonté tacite de perturber son lectorat et d’y insuffler des brèches de suspens telles des raptus rhétoriques.

L’île maudite, car nous pouvons la qualifier par cet épithète, se matérialise par un « simple individu » semblant échoué dans ce lieu inhabité, et ne représentant pas une destination élective pour le farniente, les découvertes purement touristiques. En occultant ce « détail » la bande formée par ces ados aux profils de personnalités disparates exprime une réelle excitation pour cette escapade synonyme d’aventure et d’une certaine liberté. Mais voilà l’aventure va se muer en de douloureuses confrontations, l ‘empirisme forcé d’une crise extrême. Chacun montrera des facettes affirmées ou drapées d’un voile caligineux sur les profondes aspirations en lien avec leurs histoires de vie propre, leurs éducations, leurs cultures, ainsi que leurs facultés intellectuelles intrinsèques. L’affrontement d’ egos couplé à une situation portant atteinte à leur intégrité d’existence, physique et invariablement psychique,  dresse le tableau sombre d’esprits sombres cherchant à lutter pour sauver leur peau.

Je ne suis pas un « King-ien » mais Cutter/ Davidson réussit à aimanter la soif d’avancer dans ce récit enduit d’une couche fibrineuse où le fait de la cureter nous révèle des tissus nécrosés. L’horreur brute à son comble éclaire la farouche folie humaine qui délestée de code moral, déontologique et éthique est capable des pires ignominies.

Petit aparté scientifique, l’agent pathogène décrit dans l’ouvrage n’a pas cette capacité létale et invasive tel que décrite. (hormis si effectivement des expérimentations tentnte des mutations et ceci n’est que prospective…) Elle reste virulente en pouvant tout de même aboutir à des lésions médullaire dans des cas traités au cours de mon exercice.

Littéraire et suintant la face sombre inhumaine de l’humain !

Chouchou.

LA FILLE EN ROUGE de Kate Hamer / Denoël

Traduit par Pierre Ménard

 

La douleur. L’écorché, la déchirure dans la disparition du sang de son sang, de la chair de sa chair ! L’auteur nous accompagne pour cette lecture où la peine et la sécheresse des esprits seront au rendez vous d’une, de lutte(s) incessante(s).

« Le cauchemar de tous les parents : un enfant qui disparaît dans la foule.

Beth élève seule sa fille de huit ans, Carmel, et n’a qu’une hantise : que celle-ci, qui a une fâcheuse tendance à s’égarer, vienne à disparaître.

Et son pire cauchemar ne tarde pas à se réaliser.

Un samedi matin brumeux, alors que mère et fille participent à un festival local, Beth perd Carmel de vue dans la foule.

L’instant d’après, la petite a disparu.

Anéantie, Beth se lance alors dans une quête solitaire.

Peu importe ce que lui disent les autorités, elle n’en démord pas : elle sait que Carmel finira par revenir.

Pendant ce temps, Carmel est entraînée dans un étrange voyage qui va la conduire dans un lieu des plus inattendus où elle ne pourra compter que sur ses propres ressources.

Racontant tour à tour les histoires de Beth et de Carmel, La Fille en rouge fait partie de ces romans inoubliables qu’on adore recommander entre lecteurs passionnés. »

Deux mains qui se séparent, deux êtres qui se désunissent et l’on doit affronter un abime de peur, de colère, de déni, de refus de la, d’une vérité. La filiation procure des liens immatériels, inexpliqués qui bien souvent se traduit par des besoins intimes, lestes de simples présences… Mais, donc, dans cet écrit il y’a la disparition, l’absence. Beth ne peut pas résoudre à l’évidence et derrière un miroir opaque Carmel continue son existence. On la mènera dans un contexte empreint de religiosité, de croyances aux antipodes de l’esprit cartésien et Carmel en est le centre.

Comme d’une volute parte en fumée elle est tour à tour dense, compact puis diaphane et imprécise. L’espoir d’une mère, son intime conviction traverse des états distincts semblables au deuil. Sans s’y résoudre elle conçoit inconsciemment et progressivement à sa reconstruction malgré l’épreuve.

Carmel brinqueballée comme une attraction de foire ne comprend pas les enjeux initiaux mais s’instillera en elle une conscience « maturante » qui lui permettra d’acquérir les outils nécessaires à un équilibre permettant de faire face à cette déviation de destin non voulue.

« L’émoi et nous nous enlaçames

Les mois et nous nous en lassâmes

J’essuie les souvenirs qui coulent sur mes joues »

Sensible sans sensiblerie pour un cauchemar universel !

Chouchou.

DE BEAUX JOURS À VENIR de Megan Kruse chez Denoël

Traduction : Héloïse Esquié.

 

«De beaux jours à venir » est le premier roman de Megan Kruse, jeune auteure américaine qui vit à Seattle, et c’est une réussite !

« Depuis des années, Amy subit la violence de Gary. Jusqu’au jour où elle reçoit le coup de trop et décide de s’enfuir avec ses deux enfants, Jackson, dix-huit ans, et Lydia, treize ans. Premier arrêt au Starlight, motel crasseux qui va leur servir de refuge. Tous les trois s’endorment sereins et soulagés, mais au petit matin Jackson a disparu. Croyant gagner l’amour d’un père qui le rejette, il est retourné chez eux et a trahi sa mère et sa sœur en révélant à Gary l’adresse du motel. Amy se rend alors à l’évidence : si elle veut assurer sa sécurité et celle de Lydia, elle va devoir abandonner son fils. Cette séparation brise le cœur de la petite fille, très attachée à ce frère doux et différent. Jackson, de son côté, doit désormais se débrouiller seul, tiraillé entre la recherche désespérée de l’amour paternel, sa culpabilité et sa difficulté à gérer son homosexualité naissante. »

Le roman commence dans l’état de Washington, nord-ouest des  Etats-Unis, à Tulalip, petite ville pauvre de cette région rurale, froide et humide. C’est là que vit la famille Holland, dans un mobil-home isolé au fond des bois, une situation recherchée par le père qui lui permet d’infliger sa violence à sa femme en toute impunité.

Megan Kruse construit brillamment son roman. Elle tisse son récit à trois voix : celle d’Amy, la mère et celle de Jackson et Lydia, les deux enfants, joue avec la chronologie et l’histoire se met en place en douceur, naturellement, sans jamais perdre le lecteur. Elle dévoile l’histoire de chacun de ses personnages, abîmés, marqués à jamais par la violence, la peur constante et bien sûr la culpabilité. Dans ces trois voix, elle mêle les faits, les sentiments, les émotions et réussit à dresser le portrait de chacun mais aussi des liens qui les unissent, se resserrent, se délitent et des causes, des conséquences… de la famille en somme, avec sobriété et justesse.

On voit le piège se refermer sur Amy, la mère, comment elle perd pied de manière insidieuse en acceptant de croire aux promesses, de s’excuser, de pardonner. Elle se retrouve terrifiée, isolée et renonce à sa vie sans réagir jusqu’à ce qu’elle sente le danger se rapprocher de sa fille. Lydia, elle, est prête à sombrer dans la violence à son tour et panique de pouvoir ressembler à son père. Jackson, le fils méprisé par son père pour son homosexualité, encore très mal acceptée dans cette Amérique rurale, va pourtant trahir sa mère et se retrouver seul sur les routes…

Megan Kruse raconte avec un style à la fois puissant et fluide, sans misérabilisme, avec une grande tendresse pour ses personnages et une vérité qui n’estompe pas les ambivalences. Elle ne juge pas et nous touche par l’authenticité de ses personnages, la force des liens entre eux. On la suit, bouleversé, dans cette histoire sombre mais pas sans espoir.

Un roman sombre, juste et émouvant.

Raccoon

SUR L’ ILE, UNE PRISON de Maurizio Torchio/ Editions Denoël

Traduit de l’italien par Anais Bouteille-Bokobza

 

Le milieu carcéral a ses prisons, une île possède aussi des caractéristiques similaires, édulcorées. L’ouvrage se propose de nous relater les thématiques de l’enfermement, de la sociologie dans cette communauté codifiée, hiérarchisée.

« Depuis le tréfonds d’une cellule s’élève une voix. Celle d’un homme emprisonné pour avoir enlevé la fille d’un patron local, surnommée «la Princesse du café». Le jour où il tue un gardien, il est alors condamné à perpétuité et décide de tout raconter : les relations entre gardiens et détenus, les rivalités et la solidarité entre les prisonniers eux-mêmes. Il décrit la nourriture, le sexe, le monde extérieur, l’attachement désespéré aux objets, les jours et les nuits qui se confondent – tous les détails, même les plus infimes, sont rapportés avec une minutie sans pitié. »

Par l’entremise d’un personnage cardinal et de personnages secondaires, pour la plupart désincarnés, l’auteur nous livre une description sèche et objective de cet univers.

L’écrivain Turinois né en 1970 est titulaire d’un diplôme en philosophie et d’un doctorat en sociologie de la communication.

Sous cet angle didactique on évolue dans l’existence de TORO en s’attachant à mettre en parallèle les deux entités, les deux unités spatiales de la prison et de l’île. Relatant ses relations, ses interactions dans ce monde clôt qui, par un effet miroir,  met en exergue sa position face à ses crimes. On prend conscience des aberrations, des incohérences du système dans sa morale, son éthique, sa déontologie bancales et désordonnées. La notion de respect bilatéral, détenus matons, s’étalonnant sur la typologie du crime.

Sans interférer sur nos propres sentiments, l’auteur s’ingénie, donc, à nous dépeindre un lieu commun, au même titre que la cité au sens politique du terme, sans densifier la situation, ni l’assombrir.

`D’une lecture instructive et révélatrice d’un microcosme noir, par le fond mais bien vivant dans sa forme, le lecteur envisagera la geôle sous un autre prisme qu’un « Green river » de Tim Willocks ou qu’ « Aucune bête aussi féroce » d’Edward `Bunker.

Nuances noires où filtrent des rais solaires obvies qui nous propose une consciente lecture directe, sans complaisance ni jugement péremptoire moral.

Chouchou.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE FIL ROUGE de Paola Barbato / Denoël Sueurs Froides.

Traduction: Anaïs Bouteille-Bokobza.

Après le succès de 2014 de « A mains nues », voici le roman suivant de l’auteure lombarde daté, lui, de 2009, c’est à dire un an après le sus-nommé. Scénariste de la série mensuelle BD italienne « Dylan dog » Paola Barbato montre une imagination prodigieuse dans ces 356 pages hallucinées.

« Antonio Lavezzi mène une existence solitaire et monotone depuis le jour où Michela, sa fille de treize ans, a été sauvagement assassinée. Sa femme l’a quitté, et le meurtrier n’a jamais été arrêté. Antonio travaille dans le bâtiment avec un ami d’enfance. Ce dernier lui présente inlassablement de petites amies potentielles qui ne l’intéressent pas. Lorsqu’un corps est découvert sur le chantier dont il est responsable, des éléments troublants amènent Antonio à penser que cette affaire et son histoire personnelle sont liées. Contacté par un homme mystérieux, baptisé l’Assassin, qui lui ordonne d’exécuter des criminels ayant échappé à la justice, Antonio décide d’obéir et va s’extraire peu à peu de sa torpeur et de son silence. L’ Assassin semble savoir qui a tué Michela, et Antonio, pris dans une spirale meurtrière, est plus que déterminé à venger sa fille. »

Vous aimez les thrillers qui vous isolent du monde pendant le temps d’une lecture que vous ne pouvez ni ne voulez interrompre? Vous avez ici le prototype du roman que vous pouvez acheter les yeux fermés si vous avez déjà aimé « A mains nues ». En effet, vous y retrouverez les rapports entre kidnappeurs et otages, la notion de l’éventuelle nature de l’assassin auxquels vont se greffer le vigilantisme et les rapports entre les victimes et bourreaux.

Alors, je ne suis pas très friand des romans traitant de l’auto-justice reconnaissant néanmoins n’avoir jamais été confronté, heureusement, à pareil cas de figure et ne voulant donc pas juger des comportements en la matière. Paola Barbota a magnifiquement traité le sujet en mettant bien en avant l’extrême douleur des victimes, des vies foutues des proches des personnes assassinées et dont les crimes sont restés impunis en se centrant sur ce pauvre Antonio Lavezzi qui vit tel un zombie depuis la tragédie. L’auteure montre bien la douleur, l’égarement, la détresse comme la colère en décrivant la psychologie du personnage principal Antonio Lavezzi.

Mais je dois dire que je n’ai vraiment pas tellement cru à cette « entreprise » de l’Assassin qui semble être plus un être surnaturel qu’un simple humain tant il est doué pour la duplicité et se montre tellement plus fort que toutes les pauvres polices italiennes pour résoudre des meurtres non élucidés. Pareillement, il me semble vraiment trop facilement convaincant pour embrigader des gens qui, il est vrai, sont désarmés, aveuglés par la peine qui est leur et qui deviennent rapidement des complices d’assassinats sans réellement avoir la preuve de la culpabilité. Néanmoins on peut aussi occulter cet aspect, abandonner un certain pragmatisme et ainsi apprécier totalement le roman.

Alors, il est évident que la lecture des recensions de meurtres non élucidés comme la narration des meurtres perpétrés par l’ Assassin peut s’avérer lourde, pénible, violente mais malgré tout Paola Barbato ne tombe pas dans le gore et fait monter le suspense tout au long du roman avec la promesse d’un final étourdissant entre Antonio et le meurtrier de sa fille.

Paola Barbato réussit parfaitement son coup, offrant des révélations très surprenantes, des passages à briser le coeur et d’autres à vous filer mal au ventre. Et je le répète, il est très difficile de lâcher le livre, même si sa lecture donne un petit côté voyeur et réveille des instincts mauvais, primaires, enfouis, cachés au plus profond de nous tout en amenant à une certaine réflexion sur la douleur de ceux qui restent.

Les fans de Dexter jubileront.

Eprouvant.

Wollanup.

FROID COMME LA MORT d’ Antonio Manzini /Denoël, Sueurs froides.

Ah les polars ritals, pas à dire, c’est rarement décevant. Il y a souvent un héritage Fajardie, Manchette que l’on ne rencontre plus guère chez nous ou alors j’ai raté les bons romans. Antonio Manzini en est à son deuxième roman mettant en scène son flic, vraie tête de con, Rocco Schiavone en guerre contre l’humanité en général et la région d’Aoste où il sévit en particulier.

« Ester Baudo est retrouvée morte dans son salon, pendue. Le reste de l’appartement a été saccagé, et ce qui semble à première vue être un suicide se révèle vite un meurtre. On fait appel à Rocco Schiavone, ce drôle d’inspecteur, amateur de joints matinaux et de jolies femmes. Dans la petite ville grise et froide d’Aoste, il croise et interroge les proches de la victime. Il y a Patrizio le mari, Irina, la femme de ménage biélorusse à l’origine de la découverte du cadavre, ou encore celle qui semble avoir été la seule amie de la défunte, Adalgisa. Si la vie de la victime se dessine peu à peu, le mystère reste entier. Qui pouvait bien en vouloir à la calme et tranquille Ester Baudo ? »

Un cadavre, un suicide qui n’en est pas un et le début d’une enquête toute ordinaire pour le sous-préfet Shiavone macho, violent, irascible et haïssant au plus point la région montagneuse et enneigée où il travaille après avoir été écarté de Rome qu’il regrette infiniment. Le climat, les gens, ses adjoints, ses supérieurs, les femmes qu’il ne peut conquérir et celles dont il ne peut se dépêtrer, tout le fout de mauvaise humeur au point qu’il commence sa journée en se fumant un petit pétard dans son bureau.

L’enquête s’avérera un peu plus compliquée qu’il n’y paraît au départ mais l’intérêt du roman n’est pas tant dans la découverte du coupable mais bien dans ces quelques jours passés avec le fascinant et anachronique sous-préfet. Rocco Schiavone est un personne passionnant dont les zones d’ombre légèrement dévoilées montrent la complexité de l’homme ainsi que le drame qui le ronge et qui le rend si imbuvable malgré les doses non homéopathiques de cannabis qu’il inhale.

Le grand intérêt de ce roman est la personnalité très charismatique de Rocco, as de la réplique qui tue et c’est un vrai bonheur de le suivre dans sa recherche de vérité dans ce coin d’Italie embrumé et froid. Ressemblant un tout petit peu au Montalbano de Camilleri mais en version beaucoup plus rock n’ roll, suicidaire et même ripou, Rocco ne fait jamais dans la demi-mesure et très étrangement se rend, par ses outrances, trèstrès, attachant.

Le choix très louable du thème développé dans ce « Froid comme la mort » prouve qu’on ne peut et ne doit pas identifier Rocco à son auteur Antonio Manzini à qui on doit de belles pages empreintes de bienveillance. Espérons que les éditions Denoël qui ont eu la bonne idée de nous faire découvrir cet auteur transalpin vont s’empresser de nous proposer les deux enquêtes suivantes encore inédites qu’on puisse revenir rapidement dans la vallée d’Aoste avec Rocco, ses joints et ses Clark’s dans la neige.

Intempérant!

Wollanup.

 

 

 

 

 

LES ENFANTS DE L’ EAU NOIRE de Joe Lansdale /Denoël.

Une nouvelle lecture très tardive parce que le roman est sorti il y a presque un an. Néanmoins, c’est le genre de bouquins idéal pour les vacances à la fois intelligent et réjouissant, à l’histoire bien menée avec ce qu’il faut d’humour aussi. J’accumule ici beaucoup de lieux communs puisque tout lecteur de Lansdale connaît son talent de conteur et spécialement pour les histoires de l’East Texas qui lui est cher. Il n’a pas son pareil pour raconter son Histoire dans les années trente empreinte de misère sociale et économique et de racisme ordinaire.

En plus du Lansdale conteur hors pair, n’oublions pas l’auteur de romans de série B gore et du duo White Trash épatant  Hap et Leonard dont les aventures et mésaventures ont permis à l’auteur de percer en France il y a quelques années.

« Texas, années 1930. Élevée dans la misère au bord de la Sabine, qui s’écoule jusqu’aux bayous de Louisiane, May Linn, jolie fille de seize ans, rêve de devenir star de cinéma. Un songe qui s’achève brutalement lorsqu’on repêche dans le fleuve son cadavre mutilé. Ses jeunes amis Sue Ellen, Terry et Jinx, en rupture familiale, décident alors de l’incinérer et d’emporter ses cendres à Hollywood. May Linn ne sera jamais une star, mais au moins elle reposera à l’endroit de ses rêves…
Volant un radeau mais surtout le magot d’un hold-up, la singulière équipe s’embarque dans une périlleuse descente du fleuve, le diable aux trousses. Car non seulement l’agent Sy, flic violent et corrompu, les pourchasse, mais Skunk, un monstre sorti de l’enfer, cherche à leur faire la peau. »

Autant le dire tout de suite, c’est le Lansdale amoureux de son petit coin d’enfer de l’East Texas qui est aux commandes de ce roman dans un cadre digne des histoires terribles contées par Faulkner, O’ Connor ou Caldwell glorieux et talentueux tuteurs. Y est décrit un coin du Sud où tous les personnages masculins, ivrognes, dégénérés, fainéants et extrêmement dangereux sont bien à leur place dans ce no man’s land infernal tabassant et réduisant à l’esclavage leurs épouses captives, cognant ou convoitant leurs propres filles ou celles de leurs potes de boisson ou de forfaits. A l’opposé de ce monde d’adultes où les femmes par leur soumission et leur fatalisme face à l’histoire sont aussi coupables, trois ados décident de changer de vie en empruntant le fleuve la Sabine souvent second rôle dans les romans du Texan et dont les méandres noires donneront le rythme et la mélodie de cette belle histoire d’amitié, de fidélité et d’apprentissage de la vie.

La présence de Skunk, créature sylvestre épouvantable, hybride de Bigfoot, de Joe l’Indien de Mark Twain et de Lester Ballard de McCarthy crée un climat d’épouvante digne des meilleurs romans du genre Southern Gothic dont il récupère avec bonheur les invariants avec des rencontres particulièrement étranges tout au long d’un roman qui ne laissera pas souffler le lecteur qui voudra bien rentrer dans l’histoire sans se formaliser de tous ces emprunts.

Si au final, le roman paraît moins abouti et s’avère certainement moins original que « les marécages » écrit par Lansdale en 2000 et lui, franchement indispensable, « les enfants de l’eau noire » a néanmoins tout pour plaire aux amateurs de romans du Deep South comme aux fans d’histoires bien contées et flippantes à souhait.

Wollanup.

 

 

LES MORTES-EAUX de Andrew Michael Hurley / Denoël (effroi).

Traduction:Santiago Artozqui

Sur cet isthme de la côte du Lancashire, une famille pieuse s ‘approprie une propriété dans un objectif de guérison d’un de leur fils. Ce « chemin de croix » s’ avèrera parsemé de chausse trappes, de réactions autochtones muées par le rejet et la méfiance.

« Angleterre, années soixante-dix. Comme tous les ans au moment des vacances de Pâques, la famille Smith part en pèlerinage avec quelques membres de sa paroisse. Ils se rendent dans une vieille bâtisse sinistre en bord de mer, sous la houlette d’un prêtre, le père Wilfred. Les Smith, des gens très pieux, espèrent en venant là obtenir la guérison de leur aîné, Andrew, déficient mental. Andrew, lui, part explorer les environs du sanctuaire avec son jeune frère. Au cours de leurs escapades, ils font la connaissance des villageois, qui ne cachent pas leur hostilité à l’égard des pèlerins et semblent se livrer à d’obscures activités nocturnes, sortes de rites païens censés guérir les malades.
Andrew Michael Hurley dresse une galerie de portraits tous aussi étranges et effrayants les uns que les autres, mélangeant de sinistres autochtones et des pèlerins aussi perturbés que perturbants, et signe ici un roman obsédant et ambigu. »

Sortez missel, chapelet, pour vous absoudre de vos actions pécheresses car le décorum eucharistique est planté dans son exhaustivité. Cet ouvrage m’a permis de faire la part des choses en terme de littérature. On peut le prendre sous deux prismes : le premier sous l’angle strictement rhétorique et force de constater que l’on prend une véritable leçon d’écriture. Elle est travaillée, raffinée au sens noble du terme, évocatrice, avec cette sensation limpide que le courant des mots est naturel, spontané. Dans la tourmente familiale l’on s’extasie face à la faculté aisée à nous exposer ce tableau figuratif qui tend à l’impressionnisme pour certains passages. La grisaille quasi-perpétuelle dépeint un florilège de personnages richement décrits, où leurs psychés sondées forment une farandole d’ex-voto gothiques. Plongé dans ces convictions religieuses indéfectibles nos sentiments de lectures débouchent sur un trouble noir et gris.

En effet le second prisme de ma lecture est dans la thématique, la trame suivie par l’auteur. La navigation constante dans ces sentiments, cette architecture œcuménique m’a paru leste, pesante où à de rares moments je n’ai tressailli, sursauté, ressenti une tension dans le genre étiqueté.

L’auteur réside dans la région décrite dans l’ouvrage où il enseigne la littérature et son roman sera adapté au cinéma par Danny Boyle.

Au moment de refermer ce livre je me suis avoué avoir pris une  véritable leçon d’écriture et pris un réel plaisir en ce sens mais je concède n’être pas mué par une alacrité de lecture face au fond, au rythme, aux sujets abordés par ce conte folklorique.

Chouchou.

 

 

 

 

 

 

 

 

« Older posts Newer posts »

© 2026 Nyctalopes

Theme by Anders NorenUp ↑