Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

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UN MOINDRE MAL de Joe Flanagan / Gallmeister Noire.

Traduction: Janique Jouin – de Laurens.

 

Après plus de dix ans d’existence, ce n’est plus de la découverte ni une surprise, Gallmeister, même s’ils ne sont pas les seuls sur la place à le faire, proposent de la bonne littérature américaine à celles et ceux qui aiment vraiment cela. Bon, si je reste plus réservé sur certains romans qui paraissent dans la collection « néonoir », je reconnais la qualité générale des sorties de l’éditeur qui peut aussi nous offrir de très belles découvertes noires comme ce très, très,très bon premier polar situé à Cape Cod en 1957 et  signé Joe Flanagan.

Bien sûr  les bandeaux accompagnant les romans sont faits pour vous attirer mais ils sont aussi parfois très trompeurs. Sur « Un moindre mal », une citation d’un journaliste de Publishers weekly dit « ce premier roman transpose le monde corrompu du L.A. Confidential à Cape Cod ». Alors, oui, le sujet est un peu similaire, la corruption des flics, mais il est très difficile de comparer Hyannis et sa petite communauté de 20 000 habitants sur la côte Est et la mégapole de Los Angeles versant Pacifique. De même, il n’y a pas grande similitude entre le style des deux auteurs et pas plus dans le traitement de l’intrigue. Bref, ce n’est pas du Ellroy, c’est tout simplement du Flanagan et les amateurs de polars costauds, étoffés devraient y trouver néanmoins très largement leur compte. En fait, c’est juste en visionnant le film adapté du roman de James Ellroy que Flanagan a choisi de situer son intrigue à la même époque. Par ailleurs, Cape Cod et le village de Hyannis sont très chers à l’auteur qui y est né, y a vécu et y a suivi la carrière de flic local de son père qui correspond en gros, aux dires de l’auteur, au personnage de Warren, flic local, qui mène l’enquête.

« Cape Cod, 1957. Dans cette petite communauté tranquille, une série de meurtres d’enfants paralyse la population, une famille disparaît dans d’étranges circonstances, un homme se fait violemment tabasser et refuse de dénoncer ses agresseurs. Le lieutenant Warren, de la police locale, découvre la difficulté de mener à bien son enquête dans un service corrompu. Sa position devient intenable quand arrive dans la région Stasiak, officier légendaire de la Police d’État aux méthodes douteuses. Dépossédé de ses dossiers, Warren comprend vite qu’élucider ces affaires n’est pas le but premier de ce flic brutal et manipulateur. Pourtant il ne peut pas lui laisser le champ libre, au risque d’y perdre sa place, sa réputation et peut-être beaucoup plus. »

« Un moindre mal », c’est tout simplement un bon polar, un vrai roman d’investigation qui prend bien en compte la diversité des multiples personnages tout en se focalisant  sur le duel, au départ, bien disproportionné entre un flic local Warren et Stasiak une légende de la police d’ Etat qui, chacun à sa manière, vont tenter de résoudre les énigmes créées par les meurtres sauvages de petits garçons et par la disparition d’une famille.

Parfois, on ignore pourquoi on est tout de suite attiré par une intrigue, par un bouquin… et « un moindre mal » a réussi cette  alchimie qui a rendu ma lecture particulièrement  furieuse. L’intrigue tient parfaitement la route, les personnages sont soignés, creusés, les dialogues sont percutants et le final d’une centaine de pages transpire l’adrénaline. C’est addictif, parfait, inducteur de multiples théories et se lit d’une traite en attendant le deuxième roman du monsieur.

Addictif !

Wollanup.

ZANZARA de Paul Colize chez Fleuve noir

Paul Colize, auteur belge de polars n’en est pas à son coup d’essai. Il a obtenu des prix pour trois de ses romans « Un long moment de silence », « Back up » et « Concerto à quatre mains ». Dans « Zanzara » il nous raconte une histoire palpitante qui s’appuie sur des faits réels.

« Fred, 28 ans, est journaliste. Membre d’une team de jeunes pigistes web, il rêve de gloire et de signer un article papier qui fera date.
La nuit venue, Fred mène une double, voire une triple vie.
Avant tout, il aime une femme mariée. Une liaison passionnelle, mais sans espoir. Ensuite, il aime le risque, les paris et l’adrénaline. Fred se sent vivre quand il flirte avec les limites.
Ces savants cloisonnements vont voler en éclats le jour où il reçoit un coup de fil à la rédaction. Rendez-vous lui est donné le lendemain pour recueillir des révélations fracassantes.
Arrivé sur les lieux, Fred va faire une rencontre qui le poussera à enquêter sur un fait divers apparemment anodin. Son obstination va provoquer une réaction en chaîne, jusqu’au final, inattendu et époustouflant. »

C’est Fred le narrateur et comme on l’apprend dès le début : il est fêlé. Fêlé dans tous les sens du terme… Il passe son temps libre à narguer la mort en lançant des paris complètement fous qui mettent clairement sa vie en jeu. Dans sa vie professionnelle : journaliste au service web, il court après les scoops, une nouvelle chassant l’autre, mais il ne creuse jamais, ses enquêtes consistant à vérifier les infos pour ne pas publier trop de conneries. Et dans sa vie amoureuse il mêle les coups d’un soir à une liaison avec une femme mariée, torride mais sans espoir. On sent rapidement que cette agitation est une lutte désespérée, on devine chez lui une grande souffrance, une fêlure énorme et on s’attache vite à ce personnage torturé mais qui sait manier la dérision.

Après le coup de fil anonyme qui l’envoie sur les lieux d’un suicide auquel il ne croit pas, il se lance dans une enquête avec cette énergie chaotique qui le caractérise. Fred se découvre journaliste d’investigation mais cette enquête, basée sur des faits réels qui se sont déroulés en Ukraine, va rapidement le dépasser et s’avérer dangereuse, avec des tueurs mercenaires sans états d’âme, des sociétés de sécurité obscures.

Pas de temps mort dans ce roman, les phrases courtes s’enchaînent sur un rythme soutenu qui s’apaise juste un peu quand Fred retrouve Marie.  Avec son style concis, direct, Paul Colize crée une ambiance tendue, angoissante, on ressent l’urgence, autant dans l’enquête que dans la vie de Fred qui n’est pas loin de s’écrouler dans sa fuite en avant désespérée.

Paul Colize sait tenir le lecteur en haleine. Il insère dans son récit un compte-à-rebours mystérieux « avant l’appel » où le danger rôde. Le lecteur est ferré, le suspense est là, à tous les niveaux : dans l’enquête, la vie de Fred et ses secrets, la mystérieuse femme dans une émeute. Paul Colize mêle ces trois histoires, qui se rejoindront bien évidemment, avec un grand talent.

Un très bon polar, haletant et intelligent.

Raccoon

SOUS LA NEIGE, NOS PAS de Laurence Biberfeld / la manufacture de Livres

La Roberval nous sert d’étalon dans l’opposition de ses plateaux où se font face les poids de la reconstruction et du passé. Les lests font ployer les déterminations, font fléchir les prises d’élans promptes au renouveau, aux projets de table rase. La rugosité de la Lozère irise le tableau des landes d’une caligineuse torpeur, enserrant le cou et réduisant notre capacité à capter l’oxygène nourricier.

« Esther, institutrice, décide de quitter Paris pour s’installer dans un village en Lozère avec sa fille. Un jour, Vanessa, une de ses anciennes connaissances, refait surface et lui demande son aide. Vanessa est mêlée à un trafic de drogue et deux dealers sont à sa poursuite. Les habitants du village font tout pour protéger Esther. »

Laurence Biberfeld a connu la ville et la rue, elle connaît le Causse et la profession d’institutrice s’inscrivant dans ce roman. Celui-ci respire le vécu…

Une jeune mère accompagnée de sa fille espiègle et délurée veulent jouir de la campagne profonde pour fuir les turpitudes citadines. L’acclimatation  coule d’une source revigorante, minérale et phagocytées par des autochtones bienveillants, leurs épanouissements semblent se fonder sans heurts. Son poste d’institutrice invoque le respect. Mais la lumière se voile quand le passé resurgit de pleine face, le froid transit les consciences, les viscères. Elle ne peut qu’ affronter, assumer ! Dans ce déferlement de violence typique de la cité , étranger de la ruralité, s’oppose une lutte contradictoire afin de conserver un équilibre dans ce hameau à la population famélique.

Articulé sur différentes périodes clés, le récit se veut donc un triptyque pictural où cohabitent des contrastes d’existences, des asymétries de pensées régies par des profils culturels assujettis aux différences campagne/ ville. Les valeurs propres, singulières se bousculent, se frictionnent. L’abrasion au contact est profonde. Néanmoins, il y a un moment où l’universalité humaine point et, cadré par un style tout autant lumineux, chatoyant et figuratif, la descente du cours d’eau, la progression de l’histoire reste donc enveloppées d’une prose revigorante. La naturalité prépondérante enrubanne le tout d’une nécessaire et salvatrice acmé.

Pays où sous la rocaille grandissent des cœurs, se fortifient des vies. Tension filaire où la moindre traction rompt l’équilibre des êtres.

Apre contrée, âpre récit mais histoire pyrétique où la poésie érode les angles saillants !

Chouchou.

 

LE NOEL DU COMMISSAIRE RICCIARDI de Maurizio De Giovanni / Rivages.

Traduction: Odile Rousseau.

Maurizio de Giovanni est un auteur italien qui a enchanté les amateurs de polars avec  son cycle de quatre histoires dit « des saisons » mettant en scène le  commissaire Ricciardi, que nous retrouvons ici au début d’un nouveau cycle, le cycle des fêtes dans les années 30 et toujours situé à Naples. La ville est également brillamment contée, à notre époque, dans une autre série mettant en scène  un commissariat de la ville avec le commissaire Lojacono et son équipe de flics borderline, série qui parait chez Fleuve avec de belles réussites comme « la collectionneuse de boules de neige ». Bref, vu le talent déjà montré en de multiples occasions par l’auteur, on ne risque pas vraiment une désillusion en ouvrant ce roman si on aime les investigations policières.

« Ricciardi pensait aux morts. Il pensait que Noël ou pas Noël, fête ou pas fête, fraternité ou pas fraternité, quelqu’un mourait toujours et qu’il lui revenait, à lui, de voir le sang et ses ravages. » En cette fin d’année 1931, la ville de Naples est en pleine effervescence à l’approche des fêtes de Noël. Et pourtant, en cette période de réjouissances, une note discordante résonne : dans un luxueux logement près du port, on retrouve les corps d’un « centurion » de la milice fasciste et de son épouse, baignant dans leur sang. Lorsque le commissaire Ricciardi arrive sur les lieux, il perçoit, comme à l’accoutumée, les dernières paroles des morts. Mais ne le conduiront-elles pas sur une fausse piste ? Et pourquoi une statue de saint Joseph a-t-elle été fracassée près de la somptueuse crèche qui trône dans l’appartement ? »

 Et c’est donc sans surprise que les fanas du commissaire Ricciardi peuvent se jeter sur ce nouvel opus situé dans les années sombres du fascisme et dans une période de Noël très animée à Naples. Tous les ingrédients d’un roman d’enquête sont bien là. Un meurtre mystérieux, des victimes au passé un peu, voire, très trouble, des coupables tout trouvés, tout est prêt mais c’est mal connaître le talent et les particularités d’un Ricciardi, personnage étrange mais terriblement attachant. A l’intrigue principale, viennent se greffer d’autres affaires intéressant le commissaire et son fidèle compagnon le brigadier Raffaele Maione, donnant des éléments de suspense supplémentaires quand l’intrigue principale prend un peu son temps.

Il ne faut pas être trop pressé bien sûr et ne pas trop s’attendre à de péripéties abracadabrantes, De Giovanni va à son rythme pour vous montrer avec passion, érudition et tendresse la Naples qu’il aime : les ruelles, les fumets, les odeurs, la vie des quartiers, la ferveur de Noël, les Napolitains dans une petite version personnelle de la commedia dell’arte où rôdent néanmoins l’ombre funeste du fascisme institutionnel et ses tristes dérives ordinaires.

Bonne tranche napolitaine.

Wollanup.

PRENEURS D’ OTAGES DE Stefanie Pintoff / Mercure noir.

Traduction : Maxime Shelledy (Américain)

La vitrification du temps, dans ces dix-sept heures de cette journée d’hiver à New York, renvoie à une course contre la montre et une lutte d’esprits en déperdition cherchant la correction de choix individualistes dans une société moribonde ayant perdu le sens du collectif.

« Un matin, au cœur de Manhattan, sous la pluie, une jeune femme postée sur le parvis de l’église Saint-Patrick rompt la frénésie de Noël.

Figée, elle porte une pancarte sur laquelle on peut lire « Aidez-moi ».

Une prise d’otage a lieu à l’intérieur de la cathédrale, et une victime a déjà été tuée.

Le preneur d’otages exige de négocier avec l’agent du FBI Eve Rossi.

Récalcitrante à traiter l’affaire, cette dernière comprend rapidement que le preneur d’otages connaît certains secrets de sa vie.

Ses motivations sont obscures, mais la question qu’il pose aux cinq otages est toujours la même : « De quoi êtes-vous coupable ? »

Déclenchant une autre série de crises, auxquelles l’équipe d’Eve Rossi, composée d’ex-détenus et de vétérans aux tempéraments extrêmes, devra faire face.

Pour l’agent du FBI s’engage alors une course contre la montre haletante… »

Eve Rossi est une profileuse du FBI présentant des failles, des échecs, des souffrances mais ses capacités intrinsèques sont reconnues et estimées. En ayant bien conscience qu’elle peut-être le fusible de son supérieur, elle s’engage donc dans cette partie d’échecs à ses conditions. Elle souhaite, dans le contexte, reformer l’unité dont elle était l’initiatrice et la fédératrice. Composée de franc-tireurs, d’experts dans leur domaine propre, ils restent pour la majorité peu enclins à respecter le manuel, à traverser dans les clous. C’est par l’intermédiaire de ce groupe qu’sEve tentera de donner une issue favorable à cette dramaturgie au cœur de la ville, au sein d’un édifice religieux symbolique de celle-ci. Les obstacles, nombreux, revêtent des natures disparates et la gestion de la crise s’ avéreront complexes au vu des pressions subies et du déroulé du scénario…

Nous sommes les spectateurs d’un thriller policier de trame classique. Sa structure, son cheminement n’offrent pas un point de vue original, on est dans le déjà-vu. Et je me le suis affirmé tout au long du récit mais insidieusement, inconsciemment, progressivement une évidence a éclairci mon jugement. En effet comment ne pas reconnaître que l’écrit présente un intérêt réel quand au détour de sa lecture on s’apercevait que l’on débaptisait des proches par les patronymes des protagonistes principaux… ! Outre les capacités de l’officier Rossi, on se complaît à suivre les interactions des éléments au sein du groupe VIDOCQ. Tant par leurs différences respectives que par leur anti conformisme, jouissant d’une cohérence et complémentarité, on suit irrémédiablement leurs doutes, leurs questionnements, leurs souffrances dans un univers et un contexte traumatique.

On croisera dans les personnages secondaires, entre autres, le prépondérant écot d’une ancienne pom-pom girl surnommée Chouchou tenancière de bar et rouage essentiel dans le recueil d’informations « underground ». On y décèle de même une référence à l’ouvrage de Ryan David Jahn « De bons voisins » qui pourrait être la symbolique parabole de l’écrit présent.

Classique mais recommandable, s’insinuant dans l’inconscient, et ouvrant l’appétit de nouveaux chapitres !

Chouchou.

HAUTE VOLTIGE d’Ingrid Astier à la Série Noire

C’est le troisième roman d’Ingrid Astier à la Série Noire. Les deux premiers « quai des enfers » et « angle mort » font partie d’une trilogie et concernent la brigade fluviale, ils présentent Paris vu de la Seine. Ici c’est vu des toits qu’on appréhende Paris avec Ranko, un monte-en-l’air de génie. Ingrid Astier avait, selon ses dires, prévu un petit roman : elle s’est laissée entraîner par son sujet, par ses personnages et, pour notre plus grand bonheur, nous offre un pavé de quelques six cents pages où le souffle de l’aventure s’engouffre dans un polar noir.

«Combien d’apocalypses peut-on porter en soi?

Aux abords de Paris, le convoi d’un riche Saoudien file dans la nuit. Survient une attaque sans précédent, digne des plus belles équipes. «Du grand albatros» pour le commandant Suarez et ses hommes de la brigade de répression du banditisme, stupéfaits par l’envergure de l’affaire. De quoi les détourner un temps de leur obsession du Gecko – une légende vivante qui se promène sur les toits de Paris, l’or aux doigts, comme si c’était chez lui, du dôme de l’Institut de France à l’église Saint-Eustache…

Derrière l’attaque sanglante, quel cerveau se cache?

Le butin le plus précieux du convoi n’est pourtant ni l’argent ni les diamants.

Mais une femme, Ylana, aussi belle qu’égarée.

Ranko est un solitaire endurci, à l’incroyable volonté. Mais aussi un homme à vif, atteint par l’histoire de l’ex-Yougoslavie.

L’attaque du convoi les réunit. Le destin de Ranko vient irrémédiablement de tourner.

Son oncle, Astrakan, scelle ce destin en lui offrant un jeu d’échecs. Le jeu de Svetozar Gligoric, le grand maître qui taillait ses pièces dans des bouchons de vin. Et lui demande de se battre – à la boxe et aux échecs, pour infiltrer le monde de l’art et dérober ses plus belles œuvres à Enki Bilal, le célèbre artiste.

La guerre et l’amour planent comme des vautours. »

Ingrid Astier nous présente toute une galerie de beaux personnages romanesques, romantiques avec leur part d’ombre, leurs failles, leurs angoisses, leurs secrets aussi. Ils ont tous une quête qu’ils poursuivent avec passion. Astrakan, chef d’une mafia violente qui ne se salit plus les mains mais collectionne avec ferveur, Ylana belle et mystérieuse, fan d’Enki Bilal au point de s’en inspirer pour sa coiffure, Suarez le flic à la brigade de répression des vols par effraction, mêlé au drame de façon personnelle, obsédé par le Gecko qui lui échappe sans cesse.

Et Ranko, bien sûr ! Traumatisé par la guerre en ex-Yougoslavie, il ne supporte plus la compagnie des humains et ne se sent libre que sur les toits. Il est devenu un cambrioleur de génie, réussissant ses coups dans les appartements les plus inaccessibles sans la moindre violence. Il s’est spécialisé dans les œuvres d’art car la beauté le fascine, le plaisir qu’il ressent à leur contact serait gâché par la propriété. Un personnage hors norme, captivant.

Ingrid Astier alterne les points de vue, construit son roman en suivant les uns et les autres. Elle nous fait rentrer dans leur intimité et les rend si humains, si attachants qu’on tremble pour le dénouement de cette enquête. On sait dès le début qu’il y aura forcément un perdant, comme aux échecs. On assiste au combat, subjugué. On n’est pas loin de la tragédie où chacun se précipite inexorablement vers son destin.

Les actions s’enchaînent : attaque de convoi, règlements de compte sanglants, filatures, cambriolages… on est bien dans un polar avec des nombreuses péripéties explosives qui dynamisent le roman. On est également dans l’univers noir et glauque des trafiquants, qui s’ils sont des esthètes quand ils trafiquent de l’art, n’en sont pas moins des chefs de gang violents.

Ingrid Astier réussit à tisser cette aventure époustouflante à des faits réels. Elle brode à partir d’un fait divers, d’un combat de chess boxing auquel elle a assisté… s’est documenté ou a carrément plongé dans l’univers de l’escalade, des échecs (on a même une vraie partie détaillée à la fin du livre, on est dans l’histoire), de la boxe…  On croise des personnages réels : Simon Nogeira, un freerunner, Scorpène, un joueur d’échecs et le plus connu : Enki Bilal, dont Ranko va dérober des toiles…

Chessboxers with dark horse- Enki Bilal

On découvre (enfin moi !) le chessboxing, un sport inventé par Enki Bilal qui marie la boxe et les échecs dans la recherche d’un équilibre parfait entre le corps et l’esprit, un sport fait pour Ranko, véritable ascète qui s’entraîne sans répit pour pouvoir s’élever au-dessus des hommes. Cette connaissance, cet ancrage dans la réalité donne au roman une force et une profondeur incroyables.

Un grand roman qui unit magnifiquement aventure et polar !

Raccoon

LA DARONNE de Hannelore Cayre / Métailié Noir

Retour bien sympathique que celui de Hannelore Cayre dont j’avais beaucoup aimé les trois romans « Commis d’office », « Toiles de maître », « Ground XO » tous trois mettant en scène férocement un avocat Christophe Leibowitz et ses multiples déboires. Hannelore a même adapté la première histoire pour le grand écran avec comme interprète principal Roschdy Zem. Avocate pénaliste, connaissant le milieu dans lequel elle exerce, Hannelore Cayre avait su créer trois histoires rudement addictives et intelligemment moqueuses.

Délaissant les avocats pour des traducteurs au service de la justice l’auteur passe de la lumière des prétoires aux étages beaucoup plus sombres, des petites mains de la justice avec le même bonheur.

 « On était donc fin juillet, le soleil incendiait le ciel ; les Parisiens migraient vers les plages, et alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e dpj.

– Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination.

J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. »

Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau tout en élevant ses enfants… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ?

Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux.

Et on devient la Daronne. »

Et cette daronne c’est Patience Portefeux mais aussi un peu Hannelore Cayre peut-être et elle n’hésite d’ailleurs pas à poser en daronne avec ses sacs Tati sur la couverture du roman. Si l’histoire n’est pas autobiographique, l’auteur a dû sûrement également travailler sur sa jeunesse tant les images de son enfance dans les années 70 sembleront justes à toute personne de cette génération.

Beaucoup de mélancolie, de nostalgie, de tristesse, les regrets de Patience, sa vie gâchée par le manque de chance et la mort très prématurée de son mari et qui prend, aux abords de la cinquantaine, des allures certaines de vie de merde.

Et l’occasion faisant le larron, le roman décolle et tout ce petit monde de la came est croqué à la machette par une auteure qui ne fait pas dans la dentelle. Point de pitié, de compassion, on dit ce que l’on pense et on l’assume, et le ton employé, bien souvent, n’incite pas à la discussion avec une Hannelore Cayre particulièrement piquante et remontée contre certains de ses contemporains. L’action est bien au rendez-vous et certains aspects du déroulement semblent sortis de l’expérience professionnelle de l’auteure et ont ainsi un aspect authentique très appréciable.

Souvent hilarant, « la daronne » est un bon  polar bien ficelé et particulièrement roboratif.

Vif, insolent.

Wollanup.

BRIGADE DES MINEURS (immersion au cœur de la brigade de protection des mineurs) de Raynal Pellicer et Titwane/ éditions de la Martinière

Dans le corps de la police judiciaire il y a un brigade spécialisée présentant une place à part. sa particularité, son image tient à la nature des problématiques gérées. On l’a vue dans Polisse, film événement de Maïwenn, là ce sont les compétences d’un graphiste et celles d’un documentariste/réalisateur qui permettent de pénétrer dans le quotidien de ce groupe de femmes et d’hommes qui sont aussi, pour une partie, des parents aux prises avec le sordide, l’abject, l’insoutenable, l’inconcevable qui pourraient générer un légitime sentiment atrabilaire….

« La Brigade de protection des mineurs (BPM) est l’une des six brigades spécialisées de la Police judiciaire parisienne. Elle traite près de 1600 affaires par an pour environ 80 enquêteurs, répartis en deux grandes entités : la Section opérationnelle et la Section Intrafamiliale. Entités auxquelles il faut ajouter le Groupe Internet, qui lutte contre le téléchargement et la diffusion d’images pédopornographiques. »

Titwane, l’illustrateur, concepteur graphique et responsable de la mise en page et Raynal Pellicer, réalisateur télévisé de documentaires et auteur de plusieurs livres, nous accompagnent en nous guidant dans cette troisième immersion suivant la Brigade de Répression du Banditisme, puis la Crim’. Et d’emblée on sent et l’on ressent une atmosphère non comparable aux deux services précités. Le total suivi des auteurs de ce docu illustré dans les enquêtes et des difficultés du quotidien tend à affirmer que le choix personnel pour cette brigade relève d’une mission, d’une vocation, voire d’un sacerdoce. Ils sont investis d’un cadre de valeurs, de préceptes éthiques, déontologiques appuyant d’autant plus le trait que ce groupe reste mu par une viscérale vision de leur profession.

Les descriptions n’épargnent rien ! Elles soulignent des faits, en lien avec les politiques de fonction publique, discordants entre la soi-disante volonté d’objectif de résultats et les moyens alloués aux protagonistes garants de ceux-ci. Remarquant les conditions de travail qui ne cessent de s’étioler insidieusement, on est soufflé de constater la pugnacité, allégée de légitimes états d’âmes face à de telles circonstances, et cette volonté inexpugnable de conserver un regard profondément humain dans ce cloaque répugnant, lieu de l’intersection des vilenies de notre espèce.

Les auteurs possèdent cette faculté d’honnêteté et de modestie de retranscription réalistes et objectives – un univers où la tension reste sous jacente, subconsciente. Les investigations détaillées tant du point de vue de l’enquêteur, que des victimes et des présumés responsables s’agrémentent d’un coup de crayon expressif, bannissant l’ostentatoire et le superflu. La plongée est totale et notre empathie est soumise à rude épreuve. C’est dans cette construction claire, didactique que l’on prend conscience de cette difficulté majeure de la distanciation face à des sentiments émergeants qui pourraient fausser la position neutre primordiale pour mener à bien une instruction ; rouage de base prépondérant afin de présenter un dossier au parquet permettant, éventuellement, de déboucher sur un procès étayé, basé sur des éléments concrets.

On ne peut que ressentir une profonde sympathie pour cette brigade au terme de cette lecture et des missions qui leur sont confiées.

Instructif et émouvant !

Spéciale dédicace pour Alex (s’il me lit il saura pourquoi…)

Chouchou.

LES PIÈGES DE L’ EXIL de Philip Kerr / le Seuil.

 

Riche, beau, savoureux, toujours prenant, et horrible ; du Grand Art.

« On peut dire que le genre de chance dont vous avez bénéficié ressemblait fortement à celle décrite par Sénèque. La rencontre de l’opportunité et de la préparation. »

Il faut avant tout dans cet admirable roman, après le talent de Philippe Kerr, féliciter la traduction de Philippe Bonnet. Cette phrase sort de la bouche de Somerset Maugham, vieil écrivain – dans le livre – anglais homosexuel, et, au delà de son apport spirituel, la simple manière dont elle est émise est un vrai plaisir de lecture. Philippe Kerr est un écrivain complet, il a décidé de nous conter une histoire d’espionnage, d’hommes déchus, de survivants, de femmes fatales, et, comme à son habitude, une histoire d’Histoire. C’est ce qui est le plus fascinant, au delà de son habileté d’écriture,  – les dialogues par exemple, lorsqu’il s’agit de faire parler ces sortes d’aristocrates anglais des années cinquante, un peu « pédérastes », « Suaves, reptilien, et suintant le dédain. ». « Incarnation du scélérat bien élevé et sardonique. » Les dialogues sont savoureux et précis, quelle réussite (il s’agissait tout de même de mettre en scène un des plus grands écrivains de son époque). Il y a tous ces personnages et toutes ces images d’une époque, une analyse sur le lien du secret entre espions anglais et homosexuels, tout aussi anglais, le genre d’attitude était alors réprimandé par la loi dans leur propre pays. Pays dont ils défendaient la cause, nous sommes en pleine guerre froide, et puis, il y a notre détective privé préféré, Bernie Gunther, survivant de guerre, de trahisons, d’histoires d’amour et d’amitié. Il officie en tant que concierge au Grand Hôtel. Dès le départ, cette simple allusion, rend hommage, et ce ne sera pas le seul, aux romans de John Le Carré. On pense au titre « The night manager », mais bien sur, sur toute la deuxième partie de l’histoire, il s’agit de « La Taupe », cette histoire d’espion infiltré durant des années dans les services secrets Britannique et travaillant pour les Russes. On retrouve les noms des protagonistes, à commencer par le fameux Philby !

Encore une fois, et même si vous ne connaissez pas ses romans, Philippe Kerr manie le roman policier avec art. On a beau aimer le roman noir, le polar, il n’en est pas moins qu’on a tous commencé par lire des Arsène Lupin, Sherlock Holmes et Agatha Christie, de grands classiques, et c’est ce genre de lectures, réactualisées au goût de l’Histoire avec un grand H, que nous livre l’auteur. Il y a du Hercule Poirot dans ces personnages millionnaires ou aristocrates profitant de la beauté et des charmes de la Côte d’azur. Cela débute simplement, une histoire de chantage contre un grand écrivain anglais homosexuel, on embauche le concierge de l’Hôtel, Bernie / Walter, qui se cache de son passé, de lui même aussi, c’est un personnage profond, couvert de blessures, d’amour propre et de dignité, témoin de ses propres erreurs, et, comme il le dit lui-même : survivant.

À partir de là, surgit le talent de Kerr, la Vérité, l’Histoire, il nous parle des drames de la deuxième guerre mondiale en Europe, mais, comme à chaque fois, vu par un Allemand lambda, ni nazi, ni guerrier, c’est nous montrer que la guerre est faite par les politique et des extrémistes pour ravager des populations, il y mêle mystères et rapport de forces, liés à la corruption et à l’inhumanité des dirigeants ou pire, profiteurs de ces situations, en parlant, par exemple de la légendaire Chambre d’Ambre, et déjà nous sommes dans les jeux d’espions, il raconte aussi le sort des homosexuels allemands sous le régime d’Adolf Hitler, et dès 1933, que ceux-ci soient des généraux, ou de simples citoyens, leur traitement était impitoyable.

Mais il s’agit avant tout d’un roman policier doublé d’un roman d’espionnage, le rythme est prenant, les rebondissements et révélations s’empilent, et de plus en plus dans la dernière partie, double-jeu, ancien ennemi avec qui l’on doit coopérer, bluff, soupçon, trahison, retournement, c’est tellement prenant, d’autant plus que cela sort directement d’une réalité vécue par les uns et les autres en ces années précises. Il nous décrit si bien la vie de cet écrivain passionné d’art et de peinture et de sa cour sous le soleil calme de la Riviera française (et si vous aimez le bridge, votre plaisir sera double, les analogie par rapport à ce jeu sont multiples), les senteurs de ses jardins, la beauté de ses petites villes, de Eze à la Turbie, il nous emmène même faire un tour dans la rue Obscure de Villefranche, pour ceux qui connaissent, un vrai régal. Il y aussi des clins d’œil à des « personnages » de l’époque (Pierre Brunneberg, le maître nageur de l’hôtel, « il avait appris à tout le monde, de Picasso à David Niven » – avec sa si particulière pédagogie que je vous laisse découvrir).

Mais la cerise, au-delà de l’Histoire dans l’histoire (Histoire passée et du moment, on est en plein conflit sur le Canal de Suez), des descriptions, des ambiances et des dialogues savoureux, passes d’armes ciselées, réparties désuètes et belles, la cerise c’est Bernie Gunther. Un vrai détective de roman noir ; désabusé, trahi, ballotté, castagné, et surtout, doté d’un humour ravageur et sombre ; «  On aurait dit que mes couilles avaient passé la nuit sur une table de billard de brasserie. » Comme d’habitude, nous autres Français, en prenons pour notre grade, mais, ça va, les Anglais et les Américains ne sont pas en reste, de même qu’il fustige ses propres compatriotes de l’époque, « Avec sa moustache en brosse à dent et son élégante tunique du parti, Koch ressemblait à l’effigie d’Adolf Hitler sur un carnet de rationnement. J’avais déjà vu des nazis plus petits, mais seulement dans les jeunesses hitlériennes. » Même si son enracinement à l’Allemagne et à Berlin, dont il nous narre le destin sous le rideau de fer, aussi bien que lors de son époque festive dans les années 20, reste plein de mélancolie. Et bien sûr, il n’omet pas les Russes, rappelant les outrages et la barbarie sans-nom qu’ont subie les femmes et filles des petites villes d’Allemagne lors de l’invasion des troupes de Staline.

Bien sur, à la fin, malgré les nouvelles cicatrices, malgré les petites victoires, les gnons et encore plus de secrets enfouis, l’Histoire continue, et, pour notre plus grand plaisir, celle de Bernie Gunther.

Du Philip Kerr, du Bernie Gunther tout craché, savoureux, violent et mélancolique, du Grand Art.

JOB.

J’IRAI MOURIR SUR VOS TERRES de Lori Roy aux Editions du Masque

Traduction : Valérie Bourgeois.

C’est le troisième roman de Lori Roy. Après «  Bent road » situé en 1967, « De si charmantes épouses » situé en 1958, Lori Roy remonte encore un peu plus dans le temps avec ce roman oscillant entre deux époques : 1936 et 1952. Il a reçu le prix Edgar du meilleur roman policier.

« Tout le monde sait qu’il n’y a rien après les champs de lavande des Holleran, si ce n’est la propriété des Baine. Et tout le monde sait aussi que Juna est à l’origine de la haine entre les deux familles.

Tout a commencé en 1936 dans la petite ville du Kentucky. Avant qu’il ne rencontre Juna, Joseph Carl était le meilleur des frères Baine. Mais cette année-là, elle a posé ses yeux noirs ensorceleurs sur lui. Et le pire est arrivé.

Vingt ans plus tard, Annie Holleran, la jeune nièce de Juna, s’aventure en zone interdite. Lorsque minuit retentit, elle scrute la surface de l’eau du puits sur le domaine des Baine, pensant, selon une vieille légende, pouvoir y lire son avenir. Mais au lieu de son futur amoureux, elle découvre, avec horreur, un cadavre. Et si cette mort annonçait le retour tant redouté de Juna ? Annie craint qu’une menace rôde de nouveau sur leurs familles, inexorablement liées par les secrets sanglants qui hantent leurs terres. »

On est dans le Kentucky profond au milieu de plantations de tabac où la vie est dure. C’est un monde paysan, peu évolué, religieux mais où règnent également des superstitions et des rites dignes du moyen-âge. Cela concerne principalement les femmes : ici, quand elles ont quinze ans et demi,  les filles vont à minuit se pencher au-dessus d’un puits pour y découvrir le visage de leur futur mari. Et puis il y a le « Don » que certaines se transmettent de mère en fille, un don qui permet de voir les choses à l’avance et qui effraie tout le monde. Lori Roy nous propose un éclairage inhabituel, s’appuyant sur les femmes qui sont les personnages centraux de cette histoire et sur ces croyances populaires et donne à son roman un ton bien particulier.

Lori Roy construit son roman en racontant l’histoire de deux générations de femmes à deux époques différentes. En 1952 elle suit Annie Holleran, jeune adolescente qui découvre un cadavre le jour de son « élévation » ;  en 1936, c’est l’histoire de sa mère Sarah et de sa tante Juna, et là c’est Sarah la narratrice. Lori Roy entremêle les deux histoires avec un grand talent, la voix de la mère dévoilant peu à peu les secrets qui n’en finissent pas de provoquer  le malheur, notamment celui de la fille. Deux histoires sombres, deux enquêtes qui se nourrissent l’une l’autre dans une atmosphère étrange de malédiction qui plane sur la famille.

Les secrets les mieux cachés finissent toujours par réapparaître surtout quand ils concernent un drame au retentissement énorme. Tous les protagonistes ou presque sont encore là car peu de gens ont quitté cette petite communauté où les haines, les ressentiments et les préjugés ont la peau dure. Si Lori Roy s’est appuyée sur un fait réel, la dernière pendaison publique a bien eu lieu dans le Kentucky en 1936, elle en a changé toutes les circonstances et ne l’utilise que comme un élément de décor.

Lori Roy nous offre de beaux personnages, des femmes en particulier car si les personnages masculins existent dans cette histoire, ils sont plutôt en arrière-plan qu’ils soient dangereux ou protecteurs. Les femmes sont fortes, intelligentes, vivantes, composées dans une écriture ciselée avec toutes les nuances : du tendre au monstrueux, de la douceur à la révolte. Elles sont au centre dans cette histoire familiale, elles la construisent, la subissent, la transmettent…

Dans toute cette noirceur l’amour existe, l’amour des mères, des sœurs, l’amour tout court et parfois permet la rédemption.

Un livre tout simplement magnifique !

Raccoon.

La chanson qui a inspiré Lori Roy, c’est le titre original du roman.

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