Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

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NULLE PART OÙ REVENIR de Henry Wise / Sonatine.

Holy City

Traduction: Julie Sibony

Après dix années passées à Richmond, Will Seems revient dans la petite ville où il a grandi, pour prendre un poste d’adjoint au shérif. Il y retrouve cette terre du sud de la Virginie hantée par l’histoire, celle des riches plantations de tabac et de l’esclavage, que le progrès semble avoir oublié. Dans ce paysage désolé, entre marais et maisons abandonnées, le temps semble en effet s’être arrêté, les fantômes sont partout. Et Will va bientôt devoir affronter ceux de son propre passé lorsqu’un de ses amis d’enfance est assassiné. Alors qu’un vieil homme est suspecté, la communauté noire de la région engage une détective privée, Bennico Watts, pour l’innocenter. Si celle-ci ne s’entend guère avec Will, leur enquête va les mener tous les deux vers le snakefoot, ce territoire marécageux où depuis toujours se réfugient les exclus et les dépossédés, et où cohabitent aujourd’hui les descendants d’esclaves et les white trash. Bientôt ils vont réaliser que pour élucider un crime, la compréhension du lieu importe parfois tout autant que le mobile.

Après David Joy (Caroline du Nord) et S.A. Cosby (Virginie) géographiquement relativement proches, tous les deux publiés aux éditions Sonatine, voici venir une nouvelle voix, Henry Wise, lui aussi originaire de Virginie. Il doit y avoir un truc dans l’eau ou dans la bouffe pour voir émerger autant d’écrivains dans le même coin ! Donc Henry Wise, c’est avec Nulle part où revenir, son livre lauréat du Edgar Award 2025 du meilleur premier roman américain, qu’il débarque chez nous. Mais est-ce qu’il connaîtra autant de succès que ses pairs en France ?

Retour au pays pour Will Seems, un adjoint au shérif encore plutôt frais dans sa fonction. Quand tout le monde ou presque rêve un jour de pouvoir s’échapper de la petite ville de Dawn, lui décide d’y revenir après en être parti quelques années. Ici, beaucoup semblent avoir des choses à se reprocher, parfois de lourds secrets, et vivent avec le poids de leur passé. Will Seems aussi a ses propres fantômes, ses propres blessures à panser, et son retour à Dawn est un moyen pour lui d’essayer de réparer ce qu’il peut réparer, ce pour son propre salut, et peut-être d’alléger sa culpabilité et sa douleur. Alors qu’un meurtre va secouer la communauté locale, Will Seems va devoir concilier sa propre quête et une enquête qui ne va pas lui simplifier la vie.

Scénaristiquement parlant, on ne va pas se mentir, rien de très neuf ni de très original dans Nulle part où revenir. Tout est assez attendu et prévisible dans l’action. Mais parfois, une bonne recette bien exécutée peut suffire. Pour autant, Henry Wise ne se contente pas d’appliquer la recette, il lui apporte une touche personnelle qui lui donne une saveur particulière. En comparaison d’autres romans du genre, celui-ci est un peu plus écrit. Il a notamment l’art et la manière pour les descriptions assez riches et souvent très belles, pour ne pas dire poétiques. C’est quand il nous immerge dans les paysages que je l’ai trouvé le plus convaincant, créant ainsi une atmosphère très prenante et apportant au récit une véritable plus-value qui lui confère une évidente crédibilité.

Nulle part où revenir est un roman noir dans les règles de l’art, bien ancré dans le Sud profond des Etats-Unis. Une histoire classique mais une écriture plus délicate que de coutume. Henry Wise nous plonge dans l’Amérique rurale avec une plume qui nourrit de sérieux espoirs pour la suite. Il risque fort de se faire une vraie place parmi ses pairs du moment.

Brother Jo.

LES DEUX SŒURS de Cathy Bonidan / La Martinière

Nyctalopes suit Cathy Bonidan depuis ses débuts avec Le parfum de l’hellébore (un premier roman récompensé par onze prix littéraires) et a chroniqué ses romans quand ils abordaient la noirceur que nous chérissons ici. Victor Kessler n’a pas tout dit, sorti en 2020 en pleine pandémie, fut l’occasion de constater qu’on avait eu méchamment tort de cantonner la dame dans le « feel good ». Elle n’y a jamais évolué si on sait bien lire ses romans, y compris les plus légers comme Chambre 128 où derrière une certaine fantaisie se lisaient des situations difficiles. Traduit dans neuf pays ce roman a connu une belle carrière américaine, toujours présent en anglais mais aussi en français dans les bibliothèques publiques des plus grandes villes comme New York. « Nul n’est prophète en son pays« , semblait dire ce beau succès à l’étranger.

« Depuis son plus jeune âge, Barbara prend soin de sa sœur Edwige, dont l’enfance traumatisée ne cesse de la poursuivre – au point de mettre de côté sa propre vie. Jusqu’au jour où les deux sœurs quittent leur Normandie natale pour le petit village de Sainte-Colombe, dans les Hautes-Alpes.
Au creux des montagnes, elles prennent un nouveau départ : Edwige est accueillie à bras ouverts, se passionne pour l’écriture et, bientôt, son état psychologique se stabilise. Barbara, quant à elle, tisse de nouvelles amitiés. Soutenues par leur tante et la petite communauté, les deux sœurs tentent de se reconstruire. Mais le passé d’Edwige n’a pas fini de se rappeler à elles. Barbara, tiraillée entre le besoin de protéger sa sœur et son propre désir d’indépendance, doit faire face à des choix difficiles. »

Il est évident que si je n’avais pas déjà lu l’auteure qui nous avait accordé un entretien en 2020, jamais je n’aurais choisi cette histoire qui ne nous concernait pas vraiment. Alors cette quatrième n’est pas fausse, elle est juste indigemment incomplète. Lacunaire pour ne pas effrayer un nouveau lectorat séduit par l’intrigue plus légère de son dernier opus Où la vie nous conduira ? Or, l’auteur confirmée qui écrit maintenant depuis le golfe du Morbihan, tout comme la gamine de Sarcelles qui s’inventait des histoires puis l’instit de banlieue qui écrivait en secret avant l’école, aime changer de monde comme de genre à chaque nouveau roman, cultive son indépendance. Pas de formatage. Juste le plaisir d’écrire et l’envie de raconter des histoires humaines qui la mènent là où les personnages la portent.

Si, bien sûr, les liens entre Barbara et Edwige sont au coeur, Les deux sœurs est avant et tout simplement un putain de polar et il n’y a aucune honte à ça, enfin pas chez nous toujours. Deux histoires criminelles autour des deux sœurs s’y côtoient. L’une est un meurtre et tout accuse Edwige, jeune femme traumatisée dans l’enfance et qui n’a plus eu envie de grandir. L’autre affaire, assez glauque, se situe dans le passé des deux jeunes femmes à Rouen et évoque un aspect de la criminalité particulièrement vicieux et rarement traité dans la littérature policière. Comme à l’accoutumée, la violence est cachée mais la peine, la douleur, la souffrance sont contées avec délicatesse, respect.

En situant son intrigue principale dans un village perdu des Hautes-Alpes, Cathy Bonidan rend à nouveau un chaleureux hommage à cette France qu’on ne voit plus, ces villages semblant assoupis mais qui maintiennent des espaces de solidarité et de bonté. Parfois, par contre on y emporte les secrets dans la tombe. Chez Cathy Bonidan, on croise toujours ces bonnes personnes, souvent âgées dont l’humanité peut faire fondre. Tendre la main, offrir un sourire ou un toit, prendre soin. Roman de la ruralité certainement, Les deux sœurs est de plus traversé, éclairé, par le plus beau personnage créé par Cathy Bonidan à ce jour: La Bessonne, petite vieille, burinée par le temps qui voit tout et qui sait tout, fausse méchante et vraie malheureuse.

« Survivre, on croit que c’est le bonheur. Pour un peu, on allumerait un cierge et on danserait la gigue sur la tombe de ceux qu’ont pas eu cette chance. Ben non! Quand on est la dernière, on porte tous les péchés des morts ».

Bien rythmé, le roman développe une intrigue maline avec de nombreux faux-semblants et fausses pistes. Les deux sœurs permet également à Cathy Bonidan, témoin de son temps, d’enrichir et de développer les thèmes toujours présents dans son oeuvre : l’enfance maltraitée, le don de soi jusqu’au sacrifice d’une vie, les liens familiaux, la vieillesse, la solitude et tous ces gens qui anonymement aident, font du bien…

Cathy Bonidan s’est vêtue de noir et cela lui va très bien. Une sale histoire et un beau roman. Classe !

Clete

IL ETAIT UNE FOIS DANS LES AMÉRIQUES de David Grann / Editions du Sous-Sol

David Grann est journaliste et travaille depuis 2003 pour le magnifique et précieux magazine The New Yorker qu’il alimente d’enquêtes, d’histoires, de destinées qu’on a du mal à croire réelles tant elles défient parfois l’entendement.

Ce recueil regroupe deux nouvelles sorties dans The New Yorker il y a une dizaine d’années et éditées en France par les éditions Allia et une histoire beaucoup plus dense qui fait les trois-quarts du livre et éditée par Robert Laffont. L’ouvrage est titré Il était une fois dans les Amériques parce qu’aucune ne se déroule aux USA. Cuba, le Guatemala et l’Amazonie sont le décor de ces aventures complètement folles.

On vous a déjà parlé de David Grann auteur du fantastique Les naufragés du Wager en cours d’adaptation par Martin Scorsese himself avec Di Caprio dans le rôle principal. Le dernier film du réalisateur était lui-aussi une adaptation d’un excellente enquête de David Grann La note américaine devenu Killers of the Flower Moon interpété notamment par Di Caprio encore et Robert De Niro. Mais Scorsese n’est pas le seul grand cinéaste à avoir été séduit par le travail de Grann comme vous pourrez le constater plus loin.

Chronique d’un meurtre annoncé

« Lorsqu’en 2008, mandaté par l’ONU, le juge Castresana atterrit au Guatemala et s’empare de l’affaire du meurtre de Rodrigo Rosenberg, avocat guatémaltèque estimé, il ne sait pas qu’il s’apprête à ouvrir une véritable boîte de Pandore. » Le Guatemala, pays parmi les plus dangereux du nouveau millénaire, est le théâtre d’un meurtre, un de plus finalement dont on ne découvrira jamais les vrais commanditaires… Mais l’ONU mandate un spécialiste des affaires délicates en milieu hostile, qui va enquêter dans l’adversité et sera lui-même surpris, effrayé par ce qu’il découvrira.
« Une fois résolu le mystère de l’assassinat de Rosenberg, c’est la panique et non le soulagement, qui a submergé castresana. Il trouvait l’histoire si incroyable – c’était sans doute l’épisode le plus bizarre dans les annales des complots politiques – que tout le monde, pensait-il, l’accuserait d’avoir créé une fiction mensongère, comme il y en avait eu tant d’autres, afin de protéger le gouvernement. »

Yankee Comandante

Cette novella datée de 2012 raconte l’histoire extraordinaire de William Alexander Morgan, Américain ayant épousé la cause de Fidel Castro et s’étant battu pour libérer Cuba du tyran Batista. Le leader cubain le fera fusiller en 1961…

« Le Comandante yankee, c’est William Alexander Morgan, figure héroïque de la révolution cubaine pour les uns, traître national pour les autres. Cet homme intègre n’aura eu qu’un mot à la bouche : Liberté. Mais aussi : Vengeance. En 1957, il se joint aux forces rebelles menées par Fidel Castro pour libérer Cuba du dictateur Batista. Son mobile : venger la mort de l’un de ses amis, torturé et jeté aux requins pour avoir fourni des armes aux rebelles. Ce renversement politique permet l’accession au pouvoir de Fidel Castro, le même qui ordonnera qu’on le fusille, le 11 mars 1961. Salué pour sa bravoure, Morgan avait obtenu le plus haut grade, celui de commandant, à l’égal de l’autre figure étrangère de cette rébellion, l’Argentin Che Guevara. Cependant, cet Américain proche de Castro éveille bientôt des soupçons… » Révolutionnaire ou agent double ? Quelles étaient ses réelles motivations ?

La cité perdue de Z

« Considéré comme le dernier des grands explorateurs victoriens, Percy Harrison Fawcett était de ceux qui s’aventuraient dans des contrées inconnues avec pour seules armes une machette, une boussole et une ferveur quasi mystique.
Ce colonel passionné d’aventures avait déjà acquis de son vivant l’étoffe d’un héros : ses expéditions légendaires, suivies par une presse avide d’exploits, fascinaient le monde entier.
Lorsqu’il engage en 1925 une expédition au cœur de l’Amazonie, Fawcett a la certitude qu’elle renferme un fabuleux royaume, une civilisation raffinée dotée d’une architecture monumentale. Accompagné de son fils Jack et de son ami d’enfance Raleigh, le colonel s’enfonce dans la forêt. Mais bientôt, l’expédition ne donne plus aucun signe de vie, laissant en suspens le mystère de la cité perdue. »

Sorti aux USA en 2009 et l’année suivante chez Robert Laffont cet ouvrage raconte le destin tragique du cartographe Percy Fawcett disparu en 1925 avec son fils lors d’une expédition pour découvrir une cité perdue au plus profond de l’Amazonie, synonyme d’une civilisation avancée. L’Aventure humaine avec une majuscule transpire de ces pages un peu comme dans l’histoire du Wager. La disparition de Fawcett a entraîné une dizaine d’expéditions au cours du XXème siècle. Une fois de plus la crème du cinéma américain s’est emparé de l’oeuvre de Grann et c’est James Gray, très attachant réalisateur, qui a tourné l’histoire en 2016. Même si vous avez vu le fim, la lecture de cet opus vous réserve de belles surprises car le long métrage ne rend pas compte de l’obsession de Grann qui, en cours d’écriture, se demande s’il n’est pas lui aussi gravement contaminé par la quête de cette cité. Une fois de plus, Grann a effectué un travail d’orfèvre accédant aux sources les plus intimes de la vie de l’explorateur.
« Mes fouilles dans la vie de Fawcett m’ont amené à puiser largement dans ces documents inédits: journaux intimes, carnets de route, lettres de sa femme et de ses enfants, courriers de ses compagnons les plus proches, mais aussi de ses concurrents les plus âpres. »

Nombreux sont les journalistes qui se lancent dans la « non fiction » mais aucun n’atteint la perfection, la maîtrise du récit, la précision d’un David Grann conteur hors pair. Si vous aimez les destins extraordinaires d’hommes habités par une passion dévastatrice qui les mènera à leur perte, si vous aimez quand la réalité est tellement plus forte, plus belle que n’importe quelle fiction, quand l’écriture vous emporte au plus profond de la noirceur, Il était une fois dans les Amériques vous séduira, vous enchantera, vous comblera bien au-delà de vos espérances.

Clete

LE GOÛT DES SECRETS de Jodi Picoult et Jennifer Finney Boyland / Actes sud.

Mad Honey

Traduction: Marie Chabin

« Je plonge dans une mer de monstres : des caméras cyclopes avec leurs yeux aveugles et noirs braqués sur moi, des micros dardés comme des baïonnettes dans ma direction.
Connaissiez-vous Lily Campanello ?
Pourquoi votre fils l’a-t-il tuée ?
Asher a-t-il un passé de garçon violent ? »

Asher est le fils d’Olivia, il a dix-huit ans, plein d’attentions délicates pour sa mère. « Il a un tempérament tellement doux » murmure son amoureuse Lily.

Dans Le Goût des secrets, deux voix alternent, mélangeant le présent et le passé, comme à contre-courant : celles d’Olivia et de Lily. Elles se côtoient (dans le New Hampshire), l’une ayant échappé à un mari violent, l’autre à un père dont on sait seulement qu’elle le hait.


Au début, on a parfois l’impression d’être immergé dans un traité d’apiculture…Il n’y aura plus aucun secret… pour la vie des abeilles ! Olivia nous raconte, par petites touches, l’organisation de la ruche, la récupération d’un essaim, la récolte du miel, ou comment allumer un enfumoir…

« Quand on travaille avec des abeilles, on commence par les enfumer. » nous explique-t-elle, et, peu patiente, j’ai eu un peu peur que cet enfumage agisse aussi sur le lecteur…Mais non, ce sont au contraire, Mille petits riens (un autre ouvrage de Jodi Picoult (2018) qui nous captivent et nous entraînent vers le drame : La mort de Lily.

Asher crie son innocence « Je me rappelle juste avoir vu la mère de Lily devant moi, et elle me demandait ce qui s’était passé. Elle a appelé les secours et ensuite elle s’est agenouillée près de Lily et là, je… je me suis écarté. Et ensuite, la police est arrivée. »

Emprisonnement, procès, et de multiples rebondissements…

Une étincelle de violence surprise dans les yeux d’Asher, un pli mauvais au coin de sa bouche…le souvenir d’un mur de plâtre enfoncé dans la chambre de l’ado et le poison du doute s’insinue dans le cœur d’Olivia. Et si…comme son père … ??

Le titre anglais Mad honey fait peut-être mieux ressentir l’atmosphère du roman :
«L’arme secrète du miel fou, bien sûr, c’est que l’on s’attend à quelque chose de doux sans penser un instant qu’il peut être mortel.»

L’écriture ressemble aux gestes de l’apicultrice (et aux mouvements des abeilles?)…Simple, efficace, mesurée, fluide. Toute en douceur et subtilité pour aborder des thèmes difficiles comme ceux de la violence faite aux femmes, le rapport au mensonge, (Est-ce que le fait de ne pas tout dire revient à mentir? Quelle est la différence entre ce qui relève du secret et ce qui relève de
l’intime ?), la construction de l’identité…

Les autrices ? Jodi Picoult et Jennifer Finney Boylan. Les éditeurs n’en révèlent quasiment rien et nous laissent attendre les notes des autrices elles-mêmes pour que le secret se dévoile.

Alors, on dira simplement que les deux autrices, engagées pour la défense des Droits humains abattent (avec délicatesse), tout au long de ce livre, des « pyramides de préjugés ».

Soaz

Du même auteur chez Nyctalopes: La tristesse des éléphants.

L’HOMME QUI AIMAIT LES LIVRES de Patrick DeWitt / Actes Sud.

The Librarianist

Traduction: Emmanuelle et Philippe Aronson

Il est des romans qu’on lit, qu’on apprécie vraiment mais qu’on laisse de côté parce qu’ils ne semblent pas être tout à fait de la délicieuse noirceur qu’on privilégie ici. Et puis au moment où on va baisser le rideau pour l’été, on s’aperçoit que ces romans qui prennent des traverses frôlent peu ou prou les univers aimés, on se dit que si on a été profondément touché par l’histoire, le propos ou les deux, certains, on le souhaite, y trouveront aussi leur bonheur. Ainsi, nous exhumons de nos archives quatre romans de cette année qui, loin d’être des seconds couteaux, s’avèrent être de dangereuses lames à l’écriture brillante et parfois inoubliable.

Ma première entrée dans l’univers de Patrick DeWitt s’est produite avec son deuxième roman Les Frères Sisters, un western qui sera adapté à l’écran par Jacques Audiard dans un film éponyme. Tout en appréciant la verve, la folie, certaines trouvailles de DeWitt, force est de dire que, hélas, l’histoire à succès de ces deux grands bourrins dangereux ne m’a pas particulièrement ému et ne m’a point donné une quelconque envie d’y retourner. Une impression coupable de ne pas avoir vu la richesse que tout le monde vantait et admirait.

Oui mais voilà, avec le temps, les goûts peuvent changer. Certains détails indécelables, improbables peuvent vous troubler… Peut-être une allusion, s’avérant finalement très, très fausse à l’univers de Wes Anderson dans un canard bien-pensant, gardien du bon goût littéraire. Non, plus sérieusement une dédicace sur la première page à la mémoire de David Berman, leader de Silver Jews et de Purple Mountains qui a décidé de nous quitter en 2019. Brother Jo vous a déjà présenté ce perdant magnifique en chroniquant Au nom du pire de Pascal Bertin qui lui était consacré aux éditions du Gospel.

« L’existence de Bob Comet, bibliothécaire à la retraite, s’écoule tel un long fleuve tranquille : il n’a pas d’amis, son téléphone ne sonne jamais, et si quelqu’un frappe à sa porte c’est pour lui vendre quelque chose. Depuis longtemps, Bob a abandonné l’idée de connaître son prochain, ou de s’en faire connaître, et sa seule façon d’être au monde est la lecture. Lors d’une de ses longues promenades, Bob croise la route d’une vieille femme égarée et la raccompagne à la maison de retraite. C’est là qu’il tombe sur un appel à bénévoles. L’opportunité pour lui de faire découvrir ses romans préférés aux résidents, mais aussi, de manière tout à fait inattendue, l’occasion de se réconcilier avec son passé et, peut-être, d’affronter la nostalgie féroce d’un amour perdu…« 

Dès le départ, on sent le grand écart entre un nom Bob Comet qui évoque un héros survolté de Comics et la réalité de ce bibliothécaire en retraite qui veut donner un peu de sa vie, de son temps à faire encore connaître les trésors de la littérature. Une toute petite maison de retraite comme théâtre des opérations, on se dit que le bouquin, qui ne démarre pas pied au plancher mais de manière très touchante, a peu de risques de nous affoler. Et pourtant, le roman, entre émotion et sourires, captive rapidement, enchante par son humour, sa finesse, sa tendresse et laisse des impressions, des sentiments très troubles. On oscille souvent entre peine et ravissement comme dans le cinéma de Chaplin. Bob Comet par son innocence, sa gentillesse, émeut. La vacuité d’une existence, les rendez-vous ratés, les trahisons, les abandons, son désir d’aider de manière modeste les plus démunis est émouvante. C’est vrai que l’on ne prend plus le temps de rencontrer des types comme Bob Comet mais des mecs gentils, ça existe. Sont juste invisibles dans le monde nombriliste des réseaux sociaux. Nous sommes en 2005, Bob Comet a soixante-douze ans et on se surprend à se passionner pour sa vie sans charme, sans éclats, sans couleurs ni saveur quand DeWitt, perfidement, nous ébranle par une étonnante révélation avant de clore sèchement sur cette époque et nous propulser dans le passé.

En 1959 Bob va connaître l’amour d’une vie et découvrir une amitié qu’il espère aussi éternelle… Las, bien sûr, Bob Comet est l’éternel perdant, le malchanceux pathétique, l’éternel second. DeWitt, dans une nouvelle pirouette, nous invite aux quatre jours de fugue de Bob en 1945 quand il part à la recherche d’une quelconque affection qu’il n’a jamais trouvée auprès de sa mère. L’épilogue nous ramènera en 2006 pour assister à une conclusion un peu chagrinante.

On s’étonnera un peu du titre français car le roman traite finalement très peu des livres. Le titre original, The Libriarist, habillait beaucoup plus habilement le personnage, donnait des impressions sur l’existence du héros. Alors, on a du mal à imaginer un bibliothécaire en parfait aventurier, et on a bien tort bien sûr… Là, je fais gaffe car je suis en train, mine de rien, de niquer deux amitiés de longue date, ayant survécu pourtant à d’autres tempêtes… Bref, on se trompe souvent en ne représentant pas assez les bibliothécaires en guerriers aux multiples combats, missions et quêtes. Dans l’imaginaire populaire, un bibliothécaire mène une vie aussi rangée que les livres qu’il dépose dans les rayonnages et Bob en est le parfait exemple.

Lire était une chose vivante, toujours en mouvement, qui lui échappait, qui grandissait et qui, il le savait, ne prendrait jamais fin.”

Souvent drôle, touchant, L’homme qui aimait les livres est un grand roman. Chaleureux comme sait l’être Richard Russo, Patrick Dewitt en racontant une histoire ordinaire, crée un roman extraordinaire. Bonne route Bob Comet !

Clete.

DANS LES PINS : SIX BALLADES MEURTRIÈRES d’Erik Kriek (scénario & dessin) / éditions Anspach

Né à Amsterdam en 1966, Erik Kriek est un dessinateur, illustrateur et auteur de bande dessinée néerlandais. Son style mêle histoires fantastiques, horreur, musique et culture populaire. Il s’est fait remarqué en France par deux albums, L’exilé, et son histoire de vengeance sur fond de culture viking et La mare, et son histoire de deuil et de folie dans une atmosphère fantastique et inquiétante. Notez que Dans les pins avait été précédemment publié dans un format à 5 ballades meurtrières.

« In the pines, in the pines, Where the sun never shines, And we shiver When the cold wind blows  » (chanson populaire américaine, vers 1870). Dans les pins est un recueil de six nouvelles graphiques inspirées par des murder ballads, ces chansons folkloriques qui racontent des événements tragiques, qu’ils soient réels ou imaginaires. Ces récits sombres abordent des thèmes tels que les amours impossibles, le crime passionnel, la jalousie et la cupidité. Ce genre musical est profondément enraciné dans la tradition américaine. Des artistes, tels que Dolly Parton, Johnny Cash, Bob Dylan ou encore Nick Cave, se sont essayés à ce folk sanglant, à cette country & western de cauchemar. (…) Dans les immenses forêts de pins des Appalaches, il se passe des choses qui ne doivent pas voir la lumière du jour…

Si les murder ballads font partie intégrante du patrimoine americana, les textes sélectionnés par Erik Kriek s’égrènent entre le XVIIIe siècle et la première ou la deuxième moitié du XXe, jusqu’à il y a peu. En effet, Where the wild roses grow, la chanson écrite et interprétée par Nick Cave trouve ici une adaptation. Réunies par le genre, les histoires abordent également des thèmes communs : la mort tragique, les amours tourmentées, la violence et la cruauté, les fantômes du passé. Erik Kriek sublime la contrainte de scénarios de facture classique par sa narration et son découpage. Difficile d’échapper alors aux ambiances poisseuses, aux séquences angoissantes.

Passé la très belle couverture en trompe-l’œil sinistre et l’impression de gravure vintage des pages intérieures, le travail visuel s’impose fortement : des cases sans bordures, au contenu très dense, des clairs-obscurs omniprésents. Pour différencier les histoires, Erik Kriek a fait le choix d’une trichromie renouvelée : noir + blanc + un autre pinceau (bleu, mauve, jaune…etc). Cette parure n’en fait ainsi que mieux ressortir la noirceur terrible de ces ballades et de leurs personnages, souvent de vraies gueules, expressives.

En bonus appréciable, en fin d’album, quelques éléments de contexte et un lien vers des titres du groupe Blue Grass Boogiemen, auquel Erik Kriek participe.

Pour les amateurs de folklore musical, de noirceur épaisse et de dessin typé.

Little Bic Man

LEGITIME DEMENCE de Laurent Philipparie / Actes Noirs – Actes Sud.

Légitime démence est le quatrième polar de Laurent Philipparie criminologue et commandant de police mais également son premier dans la collection Actes Noirs d’Actes Sud.

« Une opération de police vire au cauchemar. Le capitaine Thierry Bar tue le leader des « Servants de Gaïa », premier groupe écoterroriste français. Quand sa supérieure et amie, Catherine Novac, suspecte une bavure, il n’a d’autre choix que de l’exécuter elle aussi…Traqué par toutes les polices du pays, et prêt à tout pour accomplir une mystérieuse mission, Bar élimine un à un les membres du groupuscule terroriste. L’enquête est confiée au commissaire Nicolas Novac, frère de la commandante assassinée, qui, guidé par une experte des mouvances écoguerrières, met au jour un effroyable secret… »

Ce roman de Laurent Philipparie plaira certainement à tous les amateurs de thrillers explosifs où les situations chaudes et les coups de théâtre, très impressionnants, s’enchaînent pour créer une addiction certaine. De par sa fonction, l’auteur dresse un tableau assez cinglant de la police, de l’inertie dans sa lutte contre la criminalité handicapée par une hiérarchie et des politiques adeptes du principe du « pas de vagues ». C’est une police désabusée, déconsidérée, désarmée qui est confrontée à une criminalité de plus en plus diversifiée et insaisissable. L’exemple le plus frappant de ces nouveaux maux qui nous guettent est ici l’écoterrorisme ; ces écoguerriers qui, sous couvert de protection de la planète et des animaux, s’attaquent aux humains, fomentent des complots et pourraient presque faire passer Poutine et Trump pour de jolis plaisantins. Sont contés des groupuscules fictifs mais aussi des organisations réelles ayant pignon sur rue et dont les desseins et les vues sur l’humanité sont particulièrement terrifiants.

Si on peut trouver que la figure du mal combattue ici par le commissaire Novac possède quand même beaucoup de talents pour une seule et même personne, il n’empêche que l‘histoire ne souffre d’aucun temps mort et apporte son lot d’enseignements sombres qui donnent à réfléchir.

Clete

RICCARDINO d’ Andrea Camilleri / Fleuve Noir

Riccardino

Traduction: Serge Quadruppani

L’an dernier, on vous avait proposé La méthode sicilienne, l’avant dernière enquête de Montalbano, le flic d’Andrea Camilleri, très grand auteur italien décédé en 2019 et dont on vous a déjà parlé plusieurs fois au cours des années.

L’écrivain a beaucoup écrit et on le retrouve dans le catalogue de plusieurs éditeurs français comme Métailié ou Fayard, mais sa plus grande réussite reste le cycle Salvo Montalbano, 30 volumes dont deux encore inédits chez nous. Montalbano a eu le droit à sa série TV (8 saisons) qu’on a pu voir sur France 2 à une époque et qu’on peut retrouver aujourd’hui sur Polar+.

Riccardino est le dernier de la série. Ecrit en 2004, 2005, cet épisode semblait boiteux pour Camilleri. En 2016, il l’a retravaillé afin de donner une issue à la saga Montalbano. Evidemment, cette ultime histoire s’adresse en priorité aux connaisseurs mais peut, éventuellement, donner envie de plonger un peu plus dans l’univers un peu foutraque et délicieusement sicilien du commissaire. En effet, si les enquêtes sont souvent de première bourre avec une réelle investigation, dans un commissariat où Montalbano a vraiment beaucoup de mal avec ses adjoints à la comprenette très limitée, la vraie star de la série c’est la Sicile, ses senteurs, ses odeurs, son soleil, ses gens et sa mafia évidemment.
Ajoutons que la traduction des enquêtes de Montalbano, utilisant un parler sicilien très particulier, a toujours posé problème. En France, le talent et le travail du traducteur exclusif pour la France Serge Quadruppani (journaliste, écrivain, traducteur et essayiste) , en gardant beaucoup du dialecte et des régionalismes siciliens, ont contribué de manière conséquente au charme des frasques du commissariat de Vigata, ville imaginaire inspirée de Porto Empedocle.

« Il y eut un crime et Montalbano le résolut. Ou bien… Dans cette ultime enquête, plus que jamais, les apparences sont trompeuses. Quatre amis se retrouvent dans la tourmente à la mort de l’un d’entre eux. Quand il apparaît que ce Riccardino partageait beaucoup plus qu’il n’est en général partageable avec ses meilleurs amis, la conclusion de l’affaire semble s’écrire d’elle-même. Du moins c’est ce que voudrait l’Auteur, s’invitant dans l’histoire par un tour pirandellien, au grand dam du commissaire. Mais Montalbano ne serait pas Montalbano s’il s’en laissait conter, même par son propre créateur. Montalbà, la scène est à toi ! »

Riccardino n’atteint pas tout à fait les sommets de certaines enquêtes, mais il était difficile de passer outre la dernière de Salvano Montalbano. Surtout, cette conclusion nous permet de remercier Andrea Camilleri pour toutes ces grandes heures passées sous le soleil sicilien.

Grazie mille maestro

Clete.

NOIR COMME LA NEIGE de Lilja Sigurdardottir – Les enquêtes d’Aurora, T3 / Métailié Noir.

Traduction: Jean-Christophe Salaün

« L’obscurité était totale dans la chambre lorsque Elín se réveilla. Derrière l’épais rideau, elle discernait par la fenêtre entrouverte un faible sifflement monotone – le vent jouait toujours la même mélodie hésitante. »

C’est la première phrase du livre mais ce n’est pas elle qui va accrocher le lecteur ! Elin a 47 ans, elle est amoureuse de Sergeï, …Il a 27 ans, musclé à souhait, grosse chaîne en or et voix câline pour parler à longueur de journée à…sa mère…Et on se doute, dès le début, que celui-là terminera vraisemblablement dans le peloton de tête des inévitables méchants (russes comme d’hab !)…et qu’Elin va vite dégringoler de son « nuage cotonneux »

C’est l’autre affaire, traitée en alternance avec les déboires d’Elin, qui peut nous attirer :

« Un coureur avait découvert le conteneur. Il venait faire son jogging dans le coin tous les matins avant 8 heures avec son chien et avait appelé le service environnemental de la ville pour demander ce qu’un conteneur de six mètres de long faisait là, au cœur d’une zone naturelle protégée. Un employé municipal était venu évaluer la situation et, ouvrant le conteneur, avait immédiatement vomi sur sa combinaison orange. Les premiers policiers dépêchés sur place avaient eu du mal à décrire ce qu’ils voyaient. Le conteneur abritait un tas de cadavres, avaient-ils dit. Un tas. »

Daniel Hansson inspecteur de la brigade criminelle, arrivé sur les lieux: « Il y en avait une en vie, souffla-t-il. Elle était encore vivante au milieu de ce tas de cadavres. Ils ont dû la maintenir au chaud. »

« Une en vie »…donc elle va sans doute parler, donc elle va sans doute être recherchée par les mafieux…on sent un peu tout à l’avance non ?

C’est lui et sa collègue Héléna, qui vont faire le gros de l’enquête. La part d’Aurora, détective privée, inspectrice financière…(Il est bien précisé, dans le titre Les enquêtes d’Aurora, T3)…me semble un peu réduite…Elle va davantage s’employer à séduire Daniel, qu’à s’impliquer totalement dans l’enquête . Il n’est même plus trop question de la recherche de sa sœur qui semblait pourtant être un fil rouge dans les tomes précédents…

L’écriture est banale, voire souvent délayée, avec de fréquentes redites et il est affligeant par exemple d’assister plusieurs fois à la toilette complète d’Aurora et à ses exercices de planche dynamique ( ?!)…alors que la traite d’êtres humains semblait être le cœur du livre…
On retrouve souvent l’expression « teinte bleuâtre »…de la nuit, des écrans, des néons, des cadavres…Alors…un roman bleuâtre ?

Ce sont les toutes dernières pages du roman, quand un rythme se met en place, qui peuvent lui valoir sa place ici, Le premier tome, Froid comme l’enfer, avait eu sa chronique dans Nyctalopes, et Lilja Sigurdardottir y était reconnue comme une « Islandaise convenable »…

Donc, d’autres synonymes ? Acceptable, présentable…

LA VEUVE de Glen Chapron (scenario & dessin) / Glénat

Né en Bretagne, près des Monts d’Arrée, Glen Chapron part étudier la gravure à Paris à l’École Estienne, puis l’illustration aux Arts Décoratifs de Strasbourg. Il y rencontre les futurs membres du Collectif Troglodyte et Julia Wauters avec qui il lance le fanzine Écarquillettes. Après avoir publié Once upon a ride (Collectif Troglodyte) et dessiné Daphnée & Iris (« Kstr », Casterman) et Vents Dominants (Sarbacane), il vit et travaille à présent à Nantes où il navigue entre illustration jeunesse et bande dessinée. Après L’Attentat, sa première collaboration avec les éditions Glénat, il réitère avec Une histoire Corse, puis avec cet album aujourd’hui.

1903. Affamée, à bout de force, une jeune femme fuit à travers les Rocheuses canadiennes, sans regarder derrière elle. Que fuit-elle, ou plutôt qui ? À ses trousses, deux brutes déterminées à venger la mort de leur frère la traquent telle une bête sauvage. À 19 ans, Mary est déjà veuve et meurtrière. Aussi seule que démunie, elle réussit pourtant à semer ses poursuivants au cours d’une cavale oppressante dans les montagnes, la nature suppléant les lois des hommes… Déterminée, Mary, qui porte le secret d’une vie brisée, fait des rencontres fortuites, de celles qui changent une vie. Autant de confrontations étonnantes, révélatrices d’un passé mouvementé que l’on appréhende par petites touches… Des personnages avides ou généreux, des débrouillards ou des ermites lui permettent de tenir la distance… Malgré la peur au ventre, chevauchant à travers les sombres forêts escarpées, une furieuse envie de vivre permet à Mary de choisir son propre destin : celui d’une femme libre.

N’avions-nous pas dit que nous éviterions de chroniquer des adaptations en bandes dessinées de romans ? Ou alors pas très fort. Il y a trois bonnes petites raisons pour s’autoriser quelques lignes 1/ c’est un western 2/ c’est un très bel album 3/ c’est un très bel album. Glen Chapron a adapté le roman éponyme de l’auteur américain Gil Adamson, qui a une suite d’ailleurs, Le fils de la veuve, de belle facture tous les deux.

On parle principalement de vengeance dans La veuve, un thème familier dans l’univers western (mais pas seulement). L’auteur Glen a surtout un prétexte pour nous raconter une histoire d’émancipation féminine dans un univers très masculin et violent. Et un décor des plus rudes. Le récit est haletant et le personnage principal, très attachant, se dévoile au fil des pages. Mais qualité remarquable, l’utilisation du trait, jeu entre l’épaisseur et la finesse, avec l’intensité du noir, donnent un aspect particulièrement trouble et sombre aux atmosphères de cet album, découpé avec dynamisme. Il est sorti depuis le début de l’année alors nous ne bavarderons pas plus.

Une quête émancipatrice et violente inscrite dans un univers graphique idéal pour des « chroniques noires ». Et, comme on dit, quand c’est beau, c’est bon.

Little Bic Man

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