Chroniques noires et partisanes

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DE RAGE ET DE VENT d’Alessandro Robecchi / L’Aube Noire.

Di rabbia e di vento

Traduction: Paolo Bellomo et Agathe Lauriot dit Prévost

Quel plaisir de retrouver Alessandro Robecchi que nous avions découvert l’an dernier à la faveur d’un roman “Ceci n’est pas une chanson d’amour » dont le titre évoquait méchamment Public Image Limited de John Lydon et qui était en fait gavé de Bob Dylan, Dieu du héros Carlo Montessori, animateur vedette et producteur génial de tv poubelle pour la chaîne qu’il nomme “l’unsine à merde”. Ce roman était un bon polar milanais et peut-être plutôt une farce policière. A quelques pages de la fin, on se demandait comment le héros allait pouvoir s’en sortir et comment Robecchi allait bien pouvoir ne pas se gaufrer dans le final. Mais, vraiment contre toute attente, l’auteur avait réussi le sans faute.

Ce deuxième roman, toujours plus délicat à conclure a donc véritablement valeur de test pour savoir si la série en cours en Italie, un roman par an depuis 2014, soit 8 histoires est un filon à suivre…

“Carlo Monterossi, détective à ses heures perdues, est ravagé par la culpabilité : après avoir pris un verre avec Anna, une escort girl avec laquelle il a partagé un moment de surprenante sincérité, il est parti de chez elle sans fermer derrière lui, laissant le champ libre à un meurtrier tortionnaire.”

Si le premier roman se montrait parfois extravagant dans sa collection de doux dingues et de furieux malades, dans sa succession de scènes improbables et pas toujours du meilleur goût, on passait néanmoins un grand moment de bonne humeur. A l’époque j’avais “osé” parler d’un côté westlakien que je fus agréablement surpris de retrouver dans la bouche du célèbre critique littéraire Michel Abescat. Indéniablement, on retrouve cette filiation à laquelle on peut ajouter le regretté Andrea Camilleri dans l’art de se foutre des flics. Si furieux pouvait être attribué à “Ceci n’est pas une histoire d’amour”, sérieux et appliqué conviendraient bien à ce deuxième opus beaucoup plus réfléchi, tout en laissant néanmoins échapper, à bon escient, une étonnante verve.

Il semblerait qu’une équipe soit née autour d’un Carlo Montessori dans une rage peut-être un peu exagérée contre le tueur d’une personne qu’il n’a côtoyé que deux heures dans sa vie. Mais qu’importe, on le suit d’emblée, lui et ses deux complices, un journaliste peu bavard mais très efficace et un flic, roi du travestissement en filature, sorte d’inspecteur Cluzot malchanceux qui trouve d’entrée le moyen de se faire exploser la tronche alors qu’il est déguisé en moine.

L’intrigue est parfaitement maîtrisée, les dialogues et les situations sont souvent savoureux, bref, le roman est très réussi. Assurément, Alessandro Robecchi est un auteur à suivre.

Clete.

CECI N’EST PAS UNE CHANSON D’ AMOUR de Alessandro Robecchi / Aube Noire.

Traduction: Paolo Bellomo en collaboration avec Agathe Lauriot dit Prévost

“Carlo Monterossi, homme de télévision, est victime d’une tentative d’assassinat. N’ayant qu’une confiance limitée – au mieux – dans les compétences des équipes de police chargées de l’enquête, il fait appel aux services d’un ami journaliste et d’une spécialiste du numérique pour comprendre qui peut bien lui en vouloir autant. En parallèle, des Gitans justiciers et des tueurs à gages professionnels semblent suivre des pistes similaires.”

Alessandro Robecchi est une des plumes de “Cuore”, un hebdo satirique italien et qui un beau  jour s’est lancé dans l’aventure romanesque. Dès les première pages, on sait que c’était une très bonne initiative. Il fait donc ses premiers pas chez nous avec ce “Ceci n’est pas une chanson d’amour”. La mode du moment est d’emprunter des titres de chansons connues pour nommer des romans. Heu, ce n’est pas toujours réussi même si sans conteste, cela peut attirer l’amateur de musique espérant retrouver dans les lignes l’émoi que ses oreilles ont pu connaître ou un ravivement de souvenirs, plutôt les bons d’ailleurs, pour pouvoir passer un bon moment, quoi. Par exemple, non, je ne ferai pas de délation mais certains artistes décédés n’auraient sûrement pas aimé être associés de leur vivant à certaines niaiseries qui sortent en ce moment . 

Ici, tout de suite, les vieux punks sont alertés, peuvent très bien être la cible d’ailleurs avec l’évocation en titre de l’hymne de Public Image Limited de John Lydon icône punk par excellence. Bon autant leur dire de suite qu’ils seront déçus s’ils comptaient parcourir le roman en pogotant, des épingles à nourrice dans les joues, le tartan en folie, les cheveux vérolés, “No future” et tout le folklore avec force crachats et remugles de Valstar rouge éventée. Le héros de l’histoire est un fan de Dylan et soulage ses maux, qui sont multiples dans l’histoire, avec sa musique et tout le monde reconnaîtra qu’il y a quand même plus furieux que le petit Zimmerman, prix Nobel de littérature…c’est vrai mon dieu!

« …pas une chanson d’amour” n’est pas tout à fait une histoire d’amour, vous êtes prévenus, même si le sentiment est bien présent dans le roman. Pourtant publié par l’Aube Noire, “…chanson d’amour”, n’engendre pas la mélancolie, loin de là. Comme c’est rital, certains pensent déjà farce mais non, tout cela reste très fin, enfin presque, dans l’humour au milieu de nombreux rebondissements et situations tout à fait dignes d’un bon polar qu’il est totalement de surcroît. En aparté, le seul problème de ce roman serait peut-être un titre trop long à écrire une fois qu’on est harassé par la pronominalisation…En Italie,“…amour” a été comparé à Scerbanenco avec qui il partage le décor milanais c’est un fait mais il n’y en a pas vraiment d’autres et puis à Lansdale et là, c’est une preuve accablante que la coke fait encore des ravages dans les milieux journalistiques. Et les toxicos  du “Corriere de la Serra”, fiers comme une ambassadrice des pôles, n’ont pas peur ni honte d’ajouter “ peut-être même avec une pincée de Stieg larsson”. Pas d’inquiétude, la dézinguée de Millenium est absente du tableau suffisamment agité sans elle.

“…r” est juste, et c’est déjà beaucoup, une très sympa comédie policière qui envoie pas mal et dont la lecture fait souvent sourire voire rire malgré le funeste des événements. Il y a du suspense mais on n’est pas vraiment inquiet pour Carlo, sa mort plomberait l’ambiance et la carrière du roman. Non, à l’approche de la fin, on se demande juste comment l’auteur va bien pouvoir mettre fin à ce dawa, à cette course à la mort menée par des gitans bien remontés et des tueurs pince sans rire et c’est le moindre mal, nullement inquiétés par de flics indolents ou incapables ou les deux plus un excellent mytho. Mais il réussit le défi, haut la main et non le doigt dans le cul. Seuls ceux qui auront lu le roman comprendront qu’ici je ne fais nullement usage de vulgarité très mal venue mais juste un emprunt à une situation récurrente du roman. Bref, le roman tient joyeusement la route, ses dialogues flinguent et ses personnages sont très crédibles et attachants.

Après vérification, sept aventures de Carlo Monterossi sont sorties de l’autre côté des Alpes. On attend la suite de ce méchant hallali qui fait oublier plaisamment que c’est la rentrée.

Clete.

PS: en cadeau , la plus belle des chansons d’amour.

BOCCANERA de Michèle Pedinielli / L’ Aube Noire.

Nice, la déclinaison de contrastes entre son vieux port et les collines, est le théâtre d’une enquête suite aux meurtres consécutifs d’un couple homo. Sa direction en sera assurée  par une Niçoise aux racines corses, dont l’existence, rythmée par celui de sa ville, se joue des codes, de la bienséance et du conformisme. En puisant sa force motrice dans des personnages, qui eux mêmes sortent des rangs, structurant son quotidien et sa capacité à rebondir, elle plonge sans retenue dans ce périlleux cluedo!

«Si l’on en croit le reste de l’Hexagone, à Nice il y a le soleil, la mer, des touristes, des vieux et des fachos. Mais pas que. Il y a aussi Ghjulia – Diou – Boccanera, quinqua sans enfant et avec colocataire, buveuse de café et insomniaque. Détective privée en Doc Martens. Un homme à la gueule d’ange lui demande d’enquêter sur la mort de son compagnon, avant d’être lui-même assassiné. Diou va sillonner la ville pour retrouver le coupable. Une ville en chantier où des drapeaux arc-en-ciel flottent fièrement alors que la solidarité envers les étrangers s’exerce en milieu hostile… Au milieu de ce western sudiste, Diou peut compter sur un voisin bricoleur, un shérif inspecteur du travail, et surtout une bonne dose d’inconscience face au danger. »

Michèle Pedinielli est née à Niça, possédant des racines corses et italiennes, elle décide de monter à la capitale afin de se lancer dans une carrière journalistique de presse écrite durant une quinzaine d’années. De retour dans ses Alpes Maritimes natives, elle se destine à l’écriture faisant suite à la sélection de sa première nouvelle par le Festival Toulouse Polars du Sud. Boccanera est donc son premier ouvrage, point de départ d’une série noire dans son pays méditerranéen.

L’ambiance et la plume balancent!

Sous couvert de ponctuations décalées humoristiques et de situations moins « rococo », cette lecture attise notre curiosité, ainsi que notre détermination à avancer dans le récit. Les saynètes cocasses s’empilent donc sur des événements concrètement noirs et mortifères. C’est aussi ce rythme et cette « pulsatilité » qui nous fidélisent au fond scénaristique en nous incluant dans une trame crédible.

L’auteur, par l’entremise de son attachant épicentre, fait montre aussi d’un bon-sens naturel, qui fait cruellement défaut de nos jours, ainsi que d’une vision critique de notre société placée sous le sceau d’une luminosité, d’une finesse, d’une vérité tellement juste, douée d’acuité. C’est, pour moi, la pierre fondatrice de l’ouvrage. L’humanité, les ressorts de valeurs intrinsèques, qui louent les préceptes de l’égalité et de la fraternité en préalable d’autres secondaires, forment, effectivement, un tissu salvateur au défi d’objectifs meurtriers.

Michèle Pedinielli a, donc, créé un personnage de détective privé sortant des sentiers battus avec sa cohorte de failles, ses héraldiques humanistes, consubstantiel à un discours se plaçant sur un niveau similaire. En nous assénant des vertus, que l’on pourrait penser non contemporaines, elle construit vertement un roman noir de belle facture.

Roman noir frais que n’aurait pas renié Jean Claude Izzo!

Chouchou.

Un exemple bondissant de la scène niçoise…!

POUR DONNER LA MORT, TAPEZ 1 de Ahmed TIAB/ L’AUBE NOIRE

Ahmed Tiab nous propose un polar marseillais, un polar marseillais avec tout ce qui est charrié par la cité phocéenne. De la Canebière aux quartiers nord, des forces s’opposent entre services de police de l’évêché et jeunesse en recherche chimérique d’une identité, d’une voie, d’un idéal de vie. C’est un polar d’aujourd’hui balisé par les scories, les déviances de notre société déliquescente qui renvoie des images froides par instant et fébriles à d’autres.

« Marseille, 2017. Les vidéos d’exécutions qui circulent sur l’internet donnent des idées macabres à un groupe d’adolescents, subjugués par la détermination et la froideur des bourreaux de Daech. Le commissaire Massonnier, lui, enquête sur une affaire de trafic de drogue et d’islamisme. Affaire qui va le concerner personnellement quand il s’apercevra que sa fille Maï y est intimement mêlée ! L’adolescente, en révolte depuis le divorce de ses parents et la nouvelle vie de son père, a décidé en effet d’entrer dans la cour des grands. Mais sera-t-elle à la hauteur du jeu proposé ? 

Il est certain que l’on est dans un classicisme éprouvé et l’originalité n’est pas un des points forts du roman. Il affiche avec rigueur, mais néanmoins sensibilité, les rouages de la conversion religieuse, voire dans des entreprises licencieuses terroristes, d’une jeunesse en perte de repères et surtout de compréhension, d’amour. Le désenchantement n’est pas l’apanage exclusif de celle-ci hors il contribue invariablement à cette perte d’estime, cette perte de latitude décisionnelle. Et c’est sans cette autonomie que la mue de l’adolescent, le jeune adulte, grève sa naturelle évolution. Par cela, ce prisme, l’auteur nous délivre un message simple, simple comme l’engrenage glissant vers l’abîme.

Donc effectivement l’on pourrait trouver ce récit basique sur ses fondements, n’usant pas de subterfuges ampoulés mais c’est bien aussi la force de ce réalisme cru. Les profils des personnages ancrés dans l’histoire restent crédibles malgré quelques menues incohérences ou passages manquant de fluidité. Face aux oppositions frontales des sensibilités s’affichent et créent un équilibre, un tableau consistant, réaliste.

Si cet effort nous présente le prologue d’une série marseillaise, à l’instar de sa trilogie oranaise, sa ville natale, il n’en est que plus d’intérêt, car effectivement on peut ressentir comme une certaine concision dans le propos et les personnages évoqués qui méritent ce développement constituant l’ouvrage kaléidoscope d’une mégapole bien trop souvent cantonnée dans des poncifs, des raccourcis éculés, des images d’Epinal paradoxales…

L’adolescence noire et la relation filiale mis à mal dans une société, une ville à la dérive.

Préambule d’une série qui pourrait présager d’une réussite à l’issue.

Classique sans circonvolutions!

Chouchou.

Chouchou

IL NE FAUT JAMAIS FAIRE LE MAL À DEMI de Lionel Fintoni / L’Aube noire.

Des milieux et des êtres de mondes étrangers, parallèles, se croisent, se confondant dans un pêché capital que pourrait être le mercantilisme. Des activités obscures derrière les tentures sombres plongent des acteurs dans la légitimité respective de leur fonction et leur parcours de vie. Face à l’absence de scrupules d’une part et les tentatives moralisatrices d’autre part, on plonge dans notre monde aux contours abscons et à des vérités que l’on ne saurait voir !

« Dans les quartiers Nord de Paris, des enfants roms disparaissent. Un ex-médecin légiste égaré dans l’humanitaire quémande de l’aide auprès d’un ancien collègue, capitaine de la PJ. Celui-ci accepte, à contrecœur, de s’engager dans une affaire aux ramifications inattendues. Entre des négociants maghrébins associés à un groupe mafieux russe, un photographe au talent discutable, une clinique privée réservée à une clientèle richissime, des interventions parallèles de la DGSI et Marjiana, la jolie Rom au charme déroutant, le capitaine Alain Dormeuil, réchappé d’un univers de violence et en convalescence d’amours malheureuses, finira par réaliser que Machiavel avait raison : « Il ne faut jamais faire le mal à demi… »

Sur une trame et une construction à plusieurs entrées initiales on rentre dans ce roman noir à tous les étages. Puis les chemins se croisent, prennent une direction commune, pour nous révéler des accointances, des liaisons dangereuses entre institutions dont les vitrines sont rutilantes mais masquent une arrière cour nauséabonde. Il semble toujours y avoir un pas de porte propre, voire scintillant, mais l’énergie vicieuse des hommes décide bien souvent de pervertir le tableau.

La thématique centrale du trafic d’organes pose aussi le problème éthique, déontologique, dans un même temps, de la lutte de classes. Car le propos de Lionel Fintoni reste, en exergue, de montrer et de démontrer que nos sociétés présentent plusieurs faces. Et parmi celles-ci il y en a des sombres, des très sombres. Ne nous laissons pas bercer par tant d’illusions pourrait être aussi la morale de son conte cruel et ouvrons les paupières en grand, grattons le vernis du clinquant en tentant de résoudre les énigmes de notre temps.

J’ai retrouvé en filigrane des points communs avec les ouvrages de Gianni Pirozzi tel Sara la Noire ou Romicide autant dans le discours que dans la plume. Et c’est avec un attachement certain pour les personnages croqués par Fintoni que l’on progresse dans ce marigot urbain. Ils ont cette naturelle complémentarité, ce côté cliché pour certains mais qui confère à l’ensemble une humanité riche et des sentiments de lecture empreints d’alacrité. Il n’y a donc pas de choses nouvelles dans cet écrit mais force est de constater que l’on s’y attache par le traitement des thématiques et les faiblesses humaines des protagonistes.

Le critère du roman noir le plus définitif n’est- il pas la question que l’on peut, légitimement, se poser : est-ce un roman ?

Chouchou

 

JADIS, ROMINA WAGNER de Naïri Nahapétian/ éditions de L’Aube Noire

La psychanalyse peut ouvrir des portes, des accès plombés par ces intérêts politiques ou stratégiques échappant à l’individu dans une dimension personnelle. Romina ne dérogera pas à cette litanie inféodant notre environnement de ce manipulateur prisme pour cet illusoire intérêt supérieur. Son activité professionnelle ainsi que celle de son époux les imprègnent de ce paradigme et la découverte de leur implication dans une activité parallèle les plongent alors dans un désarroi. Celui-ci se présentera comme un révélateur de sentiments intrinsèques constitutifs de leurs parcours de vie.

« Romina Wagner a toujours fait l’objet de rumeurs plus ou moins farfelues. Aussi, quand elle évoque auprès de son psychanalyste une drôle d’ambiance sur son lieu de ­travail, celui-ci n’y prête que peu d’attention. « Qui ­pourrait en vouloir à cette belle femme d’origine roumaine, ­ingénieure au sein de Microreva, une entreprise de haute techno­logie ? » se dit Moïni, un Iranien qui pratique des thérapies alternatives pour la clientèle huppée du quartier de la Butte-aux-Cailles, à Paris. Jusqu’à ce que l’étrange Parviz lui dérobe le dossier de sa patiente. Romina, bientôt accusée d’espionnage industriel pour le compte de puissances étrangères, plonge dans un cauchemar ­paranoïaque et ne peut plus faire confiance à personne, et surtout pas à son mari…

C’est Florence Nakash, de la DGSE, qui a pour mission de tirer cette affaire au clair. »

Naïri Nahapétian est née en 1970 en Iran, pays qu’elle a quitté après la révolution islamique. Journaliste free-lance durant quelques années, elle a fait de nombreux reportages en Iran pour de nombreux journaux. Elle travaille actuellement pour Alternatives économiques, et a publié un essai intitulé “L’Usine à vingt ans”, “Les Petits matins” 2006, “Qui a tué l’Ayatollah Kanuni?” et “Dernier refrain à Ispahan”, Liana Levi 2009 et 2012. Ainsi qu’aux éditions de l’Aube Noire “ Un agent nommé Parviz ” en 2015 et “ Le mage de l’Hotel Royal ” en 2016.

De part cet écrit où se mêlent espionnage et contre espionnage, ce diptyque enfantera de véritables questionnements sur la valeur ajoutée de l’innovation technologique, sur les rapports humains découlant de ces mutations altérant notre quotidien et les interrogations éthiques légitimes. Intrications, interpénétrations dans sa vie personnelle engendreront une mise à plat de ses engagements. Les facultés de Romina dans son secteur scientifique contrebalancées par les intestines luttes de pouvoir et cette volonté de tirer un profit contraire à sa déontologie la plongent dans un marasme affectif et émotionnel.

L’auteur semble avoir retranscrit une vérité d’officines oeuvrant tantôt à un équilibre de notre monde fracturé, tantôt à son déséquilibre impulsé par le joug de la puissance politique. En s’attachant à décrire les profils psychologiques des différents protagonistes peuplant l’ouvrage, elle commet un point gagnant en donnant une profonde humanité dans un contexte ayant tendance à l’exclure. De part cette qualité où elle inscrit ses personnages dans ce jeu d’échecs complexe avec ce souci constant de les faire évoluer avec leur passé, les affres du présent et leurs solutions, leurs issues pour leur, pour un avenir.

Analyse psychologique sensible et fine d’un récit sous marin.

Chouchou.

SOUS LA TERRE DES MAORIS de Carl Nixon / L’Aube Noire.

Traduction :  Benoîte Dauvergne .

Le pays à la fougère argentée puise ses forces, ses légendes, sa culture dans sa mixité ethnique et culturelle. Mais le pendant de ce melting-pot ouvre à des incompréhensions pouvant déboucher sur des frictions graduelles. Le suicide d’un jeune homme débouchera sur les difficultés inhérentes au deuil mais aussi à l’opposition de croyances, à l’affrontement communautaire… Le deuil est une épine dans le pied que l’on ne peut extraire.

« Mark Saxton s’est suicidé. Il s’appelait aussi Maaka Pitama. Son père biologique, un Maori du nom de Tipene, vient voler sa dépouille afin de lui offrir des funérailles dans le respect de la tradition maorie. Sauf que c’est Box Saxton qui a élevé Mark, et il entend bien que son fils soit enterré sur les terres de sa propre famille. À travers l’affrontement terrible que vont se livrer les deux hommes, c’est un portrait sans concession de la Nouvelle-Zélande que nous propose Carl Nixon, dévoilant les tensions existantes entre les communautés du pays, l’attachement aux traditions et l’amour de la terre. » Continue reading

LE DESERT OU LA MER d’Ahmed Tiab / l’Aube noire

Ahmed Tiab, né à Oran, ville de son héros le commissaire Kémal Fadil, vit en France depuis les années 90. Deuxième opus de la série, après « le Français de Roseville », « Le désert ou la mer » se situe chronologiquement avant puisque c’est dans cette enquête que le commissaire va rencontrer Fatou réfugiée nigérienne.

« De jeunes gens miséreux dans les rues de Niamey. Des cadavres de migrants africains échoués sur les plages d’une Oran devenue tombeau des désespérés. Ahmed Tiab s’interroge : comment les premiers deviennent-ils les seconds  ?

L’enquête mènera le commissaire Kémal Fadil au cœur d’une organisation de trafic d’êtres humains entre Maghreb et Europe.

Sa route croisera l’histoire de son propre pays, toujours en proie à ses vieux démons, et celle d’une jeune femme, qui a laissé le sien – le Niger – derrière elle.

Lui essaie de démanteler une filière mortifère, avec l’aide de ses collègues marseillais. Elle se bat pour survivre et fuit une existence sans avenir. »

Ahmed Tiab construit son roman avec deux récits qu’il intercale intelligemment : l’enquête de Kémal Fadil sur un trafic d’êtres humains après la découverte de plusieurs cadavres de Noirs sur des plages algériennes et le départ du Niger de deux jeunes gens fuyant la misère et une vie sans espoir. Les chapitres des deux parties  sont datés et les dates se rapprochent inexorablement et dès le début, on sait que les deux histoires vont se télescoper tragiquement.

Ali, enfant des rues, étrange tueur au cœur tendre accompagne dans sa fuite Fatou à laquelle il s’est rapidement attaché et qui, elle, fuit un oncle qui ne pense qu’à la violer comme il l’a déjà fait à sa propre fille, la réduisant à la prostitution. En chemin, le groupe de réfugiés s’étoffe et l’histoire de chaque nouvel arrivant élargit la palette des horreurs qui poussent à l’exil : la misère et toute la violence qui l’accompagne, la guerre, l’intégrisme. Chacun est jeté sur les routes par une histoire violente et désespérée qui interpelle fortement en donnant une vie, un destin à quelques-uns de ces morts qui jonchent les plages et ne sont juste qu’un nombre aux infos du soir. Comme dans la vraie vie, tous ne finiront pas le voyage…

Par le biais de Fatou, Ahmed Tiab évoque également le sort des femmes dans les sociétés africaines, sociétés archaïques où elles ne sont bien souvent que des esclaves, des monnaies d’échange ou des utérus chargé de procréer (des fils de préférence).

Le commissaire Fadil, dans son enquête, évolue lui dans la société algérienne actuelle qui hésite encore devant la démocratie, les militaires y sont très puissants, la corruption fait rage, les trafics pullulent, les réfugiés ne sont pas les bienvenus et les intégristes sont loin d’être éradiqués. Ahmed Tiab rappelle l’histoire récente de l’Algérie, la guerre civile contre les islamistes, les régions reculées où ils sévissent encore.

Dans ce polar, Ahmed Tiab réussit à évoquer tout ça sans négliger l’enquête où on retrouve avec plaisir le commissaire bien sûr, mais aussi sa mère Lela et son acolyte Moss, personnages attachants et hauts en couleur.

Un bon polar intelligent, une série à suivre donc…

Raccoon

 

LA DISPARITION DU CŒUR DES SYMBOLES de Miguel Miranda / l’Aube noire

Traduit du portugais par Michel Pranville.

 

Agrémentés de pastel de nata et de vins cuits de la péninsule Lusitanienne, on entre dans cette enquête où édiles politiques et gratin de la société locale se croisent et s’entrecroisent.

« Une délégation d’Amérique latine vient à ­Porto pour commémorer la mémoire du roi Dom Pedro IV.Leurs hôtes sont les chefs de quatre grandes familles portugaises. Pendant la cérémonie, au moment même où l’on découvre que la relique du roi – son cœur contenu dans une urne – a disparu, l’architecte Jorge Vinagre, organiste, s’écroule sur son clavier.Les membres de la délégation et la maîtresse du ­défunt engagent le détective privé Mário França pour retrouver qui la relique, qui l’assassin de Vinagre… »

Rapidement, la plume de l’auteur accroche le lecteur. Sur un rythme cohérent, il sublime une ville, des personnages, une histoire. Tissant un aréopage d’acteurs tournant autour de ce détective rocambolesque, le contexte s’anoblit, se magnifie par des alternances de fragrances, de cartes postales, de musiques variées.

Sous couvert d’un style virevoltant, coloré, l’hydre formée en périphérie de l’enquêteur Mario França nous dresse une liste bigarrée, interlope, de partenaires complémentaires de part leur personnalité et leurs expertises individuelles.

De cette écriture on extrait un jus rubis sucré à souhait et gouleyant pour étancher notre soif littéraire ; « Le soleil couchant dissout les couleurs dans des tons ocres, le soleil se vide dans les anfractuosités des maisons, le ciel se dissipe, ceint par des nuages en sang. Tandis  que la nuit tombe, la ville revêt son habit de soirée, une longue robe de lumière scintillantes. »

L’auteur nous présente sa faculté faconde à alterner le burlesque et l’estampe pointilliste. On jouit de cette lecture engageante, affriolante, où le « prétexte » de l’enquête nous mène dans cette cité entre Histoire et télescopage d’êtres attachants bien que pas tous recommandables…

Contraste saisissant entre le rustique et l’érudit, Miranda nous offre un plateau  dégustation livresque d’équilibre et de plaisir, ponctué, teinté d’une bande originale hétéroclite !

Chouchou.

Egalement chez Claude:

 

http://www.action-suspense.com/2016/06/miguel-miranda-la-disparition-du-coeur-des-symboles-l-aube-noire-2016.html

 

 

 

 

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