Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Wollanup (Page 52 of 80)

LES SERPENTS SONT-ILS NÉCESSAIRES de Brian De Palma et Susan Lehman / Rivages.

Traduction: Jean Esch.

Du 31 mai au 4 juillet, la Cinémathèque française présente une rétrospective du grand réalisateur de cinéma Brian De Palma au moment où sort son premier roman écrit à quatre mains avec sa collaboratrice, journaliste au NY Times Susan Lehman. La rétrospective est un événement que j’aimerais bien vivre tant De Palma n’a eu de cesse de hanter ma modeste vie adulte de cinéphile. De même, voir la couverture d’un roman griffé De Palma ne peut qu’appeler le fan, le faire rêver d’un scénario machiavélique orchestré par un grand maître du genre. Et sinon pour les Martiens, De Palma, c’est ça mais bien plus aussi, en toute subjectivité admirative.

Mais, en fouillant un peu sur le net aux USA, on parvient à en savoir un peu plus sur ce projet d’écriture, De Palma s’étant exprimé sur le roman dans une récente update de l’ouvrage “Brian De Palma : entretiens avec Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud”. Voici donc ce qu’il pense de son roman et du métier d’auteur qui ravira certainement toutes celles et ceux qui rament dans leur quotidien de romancier. Inutile de traduire, c’est suffisamment explicite. Infos trouvées sur un site américain.

“My partner Susan Lehman and I wrote a novel together you know? A political thriller, according to an idea I had for a scenario. I am very good at designing the plot and dialogues, it’s the characters, and all the rest has been written together [with four hands]. It was sent to one of my agents at ICM who didn’t know what to do with it. I think it’s very commercial material. And as I am in France, I thought maybe I could edit it in your country. I sent the manuscript to a friend in Paris who recommended an editor in France, we’ll see. As you get older, you always have ideas, but it’s more difficult to be able to mount them when you reach an age like mine. So it’s easier to make novels. Kazan knew that too.

Ecrire un roman est plus facile que de réaliser un film dit De Palma, mais écrire un roman digne de la signature célèbre apposée sur la couverture est-ce aussi aisé? Ce sera à vous d’en juger, d’apprécier à sa juste valeur le divin cadeau que font aux fans du réalisateur et à tous les lecteurs les éditions Rivages avec cette exclusivité mondiale. Que vous aimiez ou pas le présent, force est de reconnaître que l’éditeur aurait été bien bête de laisser passer ce manuscrit écrit par le réalisateur du “Dahlia Noir” d’un certain James Ellroy, présent depuis toujours dans le catalogue de Rivages.

“Barton Brock est le directeur de campagne de Joe Crump, qui a pour adversaire le sénateur Lee Rogers dans l’Ohio. Les choses se présentent mal pour Crump ; il est incapable de faire jeu égal avec le charismatique Rogers, redoutable débateur. Une seule solution : compromettre Rogers qui a un talon d’Achille. Bien que marié à une femme forte respectable, il ne peut s’empêcher de sauter sur tous les jupons qui passent à sa portée. Côté jupon, Brock a trouvé ce qu’il faut en la personne d’une blonde renversante nommée Elizabeth De Carlo, serveuse au McDo local. Quoi de plus simple que de séduire le sénateur Rogers et de prendre une petite photo qui sera diffusée dans tous les médias et sur tous les réseaux sociaux ? Brillant. Sauf qu’Elisabeth a plus d’un tour dans son sac…”

Au départ une idée de scénario, le roman se décline comme un thriller, genre cher à Brian De Palma. On y retrouve, bien sûr, des thèmes récurrents de son oeuvre le sexe, la politique et des meurtres. L’histoire démarre très vite et ne laisse aucun moment de répit ensuite mais perd un peu de sa cohérence à un moment. L’apparition de nombreux personnages qu’on retrouvera bien sûr dans le final installe une sorte de désordre et on a un peu du mal à savoir qui sont vraiment les personnages principaux du roman. Néanmoins, rapidement, Lee Rogers, le sénateur charmeur de l’Ohio, s’impose comme le grand “homme” de l’histoire. Chaud lapin cinquantenaire encore très bien de sa personne (imaginez le George Clooney d’ “Intolérable cruauté” de Joel Coen), Lee Rogers va comprendre que politique et histoires de cul ne font pas toujours bon ménage et que les frasques, même les plus anciennes, peuvent se payer de façon tout à fait abominable.

La filiation avec “ Blow out” est évidente et on découvre aussi, et c’était très prévisible, des clins d’ œil sympathiques, très appuyés, à son maître Alfred Hitchcock: le tournage d’une version française de “Vertigo” au pied de la tour Eiffel, “fenêtre sur cour”, et sûrement d’autres aussi que je n’ai pas su saisir attestant qu’on est bien dans l’univers de De Palma.

“Les serpents sont-ils nécessaires?”, ma foi, se lit sans déplaisir, fait son oeuvre de bonne série B et devrait trouver  un public pas uniquement cantonné aux aficionados. On est souvent déçu par les adaptations cinématographiques des romans qu’on a aimés mais, à l’opposé, cette histoire filmée par le magicien De Palma prendrait certainement une forme plus dramatique, plus originale dans sa construction et bien plus aboutie que le roman.

Wollanup.

Sortie le mercredi 16 mai.

 

 

Dr KNOX de Peter Spiegelmann / Rivages

Traduction: Fabienne Duvigneau.

“Le Dr Knox soigne les pauvres dans son dispensaire de Skid Row, le quartier qui compte le plus de sans-abri aux Etats-Unis. Pour boucler ses fins de mois toujours difficiles, il effectue des « missions » parfaitement illégales chez diverses célébrités d’Hollywood, ce qui n’est pas vraiment pour lui déplaire car il a la trouble satisfaction de mener une double vie. Un jour, une jeune étrangère arrive avec son fils en proie à des convulsions. Lorsque le médecin revient dans la salle d’attente après avoir soigné le petit garçon, la mère a disparu.”

Le petit est toujours là par contre et Adam Knox décide de le garder et de le cacher au lieu de le confier aux services sociaux. Se mettant en situation illégale et rapidement délicate, il n’en enfonce pas moins le clou en partant à la recherche de la mère  générant un bel ensemble de gaffes et d’erreurs qui finiront très rapidement par lui créer de graves soucis. Deux dangereux groupes sont à ses trousses: une mafia russe locale particulièrement redoutable recherche la mère tandis qu’une famille historique et puissance de L.A. met tout en oeuvre pour retrouver l’enfant tout en promettant les dix plaies de l’Egypte à Knox et à son dispensaire du Skid Row.

A Los Angeles, il existe un complexe hospitalier nommé The Good Samaritan et dans cette même ville, dans le quartier des SDF du Skid Row en proie à la gentrification du centre ville, vit et exerce un bon samaritain, ce brave docteur Adam Knox. Au début d’une quarantaine particulièrement fringante, un look de surfer ou de tennisman sous fumette, une gentillesse, un dévouement pour les plus démunis et une compassion à tout épreuve, ce brave docteur  a beaucoup (trop) d’atouts dans son jeu. Ne vous attendez cependant pas à un roman noir particulièrement social voire engagé politiquement, ces thèmes font partie d’un décor créé par l’auteur mais ne sont pas réellement approfondis. Concernant les sans abris de la cité des anges, lisez plutôt les brûlots de Larry Fondation et si les histoires d’enlèvement d’enfants vous intéressent , vous aurez bon goût de déguster la série Kenzie et Gennaro de Dennis Lehane qui traite bien plus dramatiquement, bien plus profondément ce genre de souffrances.

Le lecteur va vite s’apercevoir que le ton particulièrement léger racontant les déboires et malheurs de Knox fait naviguer l’histoire dans des eaux proches de la comédie, j’insiste bien sur proche car le roman propose néanmoins quelques bonnes montées d’adrénaline. Néanmoins, à chaque fois que Knox se fout dans la merde, son grand ami Sutter, ancien militaire et propriétaire d’une officine de sécurité haut de gamme rencontré lors d’une mission humanitaire dans le trou du cul de l’Afrique, le suit comme un ange gardien. Il va le sauver à tant de reprises que le lecteur amusé attend à chaque fois le “deus ex machina” salvateur et parfois bien improbable. On peut ainsi se demander si le dit Sutter n’est pas le vrai héros de ce roman jusqu’à que, dans un final particulièrement coton où le soldat ne sert plus à rien, Knox, utilisant ses connaissances médicales rafle toute la mise et se voit auréolé d’une couronne de lauriers.

Soyons clairs, ce roman ne satisfera pas les purs et durs du polar mais il possède néanmoins une écriture qui le rend facile à lire et une histoire sans réelle prise de tête mais néanmoins intéressante. Souhaitons lui la carrière qu’il mérite: parsemé de grains de sable et taché d’huile solaire comme un bon polar de l’été qui a fait le job, tranquille entre deux rêveries à l’ombre d’un parasol et la contemplation de la faune des plages en période estivale.

L.A. light.

Wollanup.

LE MIEL DU LION de Matthew Neill Null / Albin Michel.

Traduction: Bruno Boudard

 

1904, en Virginie appalachienne, point de départ du roman, un train convoie des centaines de bûcherons surnommés “les loups de la forêt”. Quittant leurs camps sur les hauteurs pour quelques heures de repos, ils s’en vont à Helena, la ville dont l’économie et la survie dépendent uniquement et exclusivement de l’exploitation forestière et de sa scierie qui emploient 4000 personnes. Alcool, femmes, musique, danses, tout est bon pour oublier l’enfer de leur vie à abattre des arbres plusieurs fois centenaires, jour après jour, saison après saison pour un salaire de misère et dans des conditions souvent dantesques tout en contribuant de fait à un massacre environnemental de grande envergure. Mais au sein de cette assemblée baroque et insolite, certains sont là aussi pour trouver les moyens de lancer une grève musclée, armée, sanglante pour en terminer avec l’insolence des Absentéistes de New York, les propriétaires de l’immense affaire, deux sénateurs et un juge pressenti pour la cour suprême des USA.

Dès ce départ, l’auteur introduit les personnages clés de l’histoire tout en nous montrant le monde cosmopolite “la lie de l’Europe” qui compose cette main d’oeuvre exploitable à volonté et rapidement interchangeable. Ainsi de surprenants destins nous sont contés chez les bûcherons bien sûr mais aussi dans la population très hétéroclite dans ses classes les plus modestes: une veuve slovène qui ne l’est pas réellement, un pasteur désemparé qui doute de lui et de sa foi, un touchant colporteur syrien égaré et précieux passeur de culture…

Et dans ce monde évolue depuis quelques années Cur Greathouse qui a quitté la ferme familiale dont il aurait dû hériter pour s’épuiser sur des troncs en plein coeur de l’hiver. L’expérience vécue et le hasard des rencontres lui ont fait rejoindre le camp de ceux, anonymes, qui veulent être payés un peu plus, avoir quelques garanties en cas de maladie ou d’accident du travail… un peu moins de cent hommes prêts à s’armer et aller au combat pour que les choses changent.

Lors d’un long et émotionnellement très riche analepse, la vingtaine d’années de vie de Cur avant son arrivée à Helena nous est contée avant que nous retrouvions l’histoire dans ses préparatifs de coup de force armé. Matthew Neill Null, loin d’écrire un roman “nature writing” raconte la dure vie de ces forçats des bois sous de multiples angles avec intelligence et une connaissance pointue du monde forestier qu’il nous explique avec passion. Ce sont ces déracinés, ces damnés de la terre que l’auteur nous montre au jour le jour dans tous les aspects de leur vie, leurs peines, leurs épreuves, leurs rêves fous d’ailleurs ensoleillés ou d’emplois juste un peu moins éprouvants et un peu mieux payés voire de retours radieux au pays regretté, des espoirs de mariage, de création de familles… Et parmi eux, ces hommes dont Cur qui veulent agir mais dont les chefs, les meneurs, les plus hardis, disparaissent les uns après les autres.

Par sa situation initiale et dans son déroulement “le miel du lion” est assurément un sacré roman noir, politique et prouve une fois de plus des difficultés de lutter quand argent, justice et pouvoir vous sont tous trois confisqués.

Au cours de cette poignante histoire de lutte ouvrière, Matthew Neill Null montre la barbarie de ce capitalisme à travers l’histoire économique de cette ville, Helena, née de rien et dépendante du bon vouloir de trois nantis cupides et de leur frénésie à détruire la forêt, préférant laisser pourrir du bois plutôt que d’arrêter la scierie. Plusieurs fois dans son propos l’auteur montre pareillement que les horreurs de la condition ouvrière ne parviennent même pas à fédérer réellement cette internationale de la misère. Roman hautement politique, « le miel du lion » raconte de manière captivante les débuts tragiques et balbutiants des mouvements syndicaux en se focalisant sur cette lutte rurale en Virginie.

L’an dernier, dans la même collection, Jon Sealy faisait des débuts époustouflants de classe et de maîtrise avec “Un seul parmi les vivants”, passionnante histoire dans le milieu des moondoggies sous la prohibition. Un an après, “le miel du lion” propose la même intelligence, la même passion et la même érudition pour un univers, le même talent à créer, avec un bien beau style, de grands et mémorables personnages de tragédie illuminant des romans aux intrigues douloureuses mais imparables.

Nectar !

Wollanup.

 

LES SOEURS DE FALL RIVER par Sarah Schmidt / Rivages.

Traduction: Mathilde Bach.

“Les sœurs de Fall River” est le premier roman de Sarah Schmidt, bibliothécaire australienne, un coup d’essai devenu rapidement un coup de maître , le roman étant devenu rapidement un best seller et également en cours d’ adaptation cinématographique.

Le roman est basé sur des faits réels : l’assassinat des époux Borden, massacrés à la hache dans le Massachussets en 1892. Lizzie Borden, une des filles, fut accusée puis acquittée. Cette affaire prit rapidement une ampleur nationale et alimenta longuement les journaux de l’époque mais n’a toujours pas été élucidée aujourd’hui et ne le sera sûrement jamais plus.

Au moment des faits, les sœurs, âgées de 30 et 40 ans vivaient encore chez leur père et Sarah Schmidt nous plonge dans l’ambiance malsaine de la maison Borden en dévoilant tous les dysfonctionnements familiaux.Plusieurs voix se feront entendre dans le roman: les deux soeurs, la bonne Bridget et Benjamin, un homme peu recommandable et sans scrupules embauché par John, l’oncle des filles et personnage tout aussi trouble et également sans scrupules.

Sarah Schmidt réussit parfaitement à nous faire ressentir l’atmosphère vicieuse, glauque de cette famille: la violence sourde du père, l’ennui, le désarroi, la folie de Lizzie, le dévouement d’ Emma, la relation des deux soeurs basée sur une fidèlité morbide à leur défunte mère. L’auteure explore tous ces éléments bien en place pour que se développent des relations malsaines. L’amour et la haine se côtoient de manière très dangereuse et propice à l’arrivée d’une tragédie.

Les deux victimes ne sont pas très sympathiques aux yeux des deux filles et on les imagine très bien imbus de leur importance, tyranniques et suffisants. On s’aperçoit rapidement que tous ont des raisons pour faire éclore un tel drame.

Sarah Schmidt réussit parfaitement à nous faire ressentir cette ambiance pesante, glauquement dérangeante, mortifère  mais, hélas, et c’est dommage, ne propose pas sa propre version de l’histoire, se contentant finalement de dresser un tableau réaliste, crédible et somme tout particulièrement prenant d’une histoire criminelle américaine non résolue et devenue légendaire.

Passionnant mais frustrant.

Wollanup.

GÉNÉALOGIE DU MAL de JEONG You-jeong / Editions Picquier

Traduction:  Choi Kyungran et Pierre Bisiou.

 

JEONG You-jeong a été infirmière dans une première vie avant de se lancer dans l’écriture de polars psychologiques et connaître de retentissants succès dans son pays, cette “Généalogie du mal “ s’y étant vendue à plus de 600 000 exemplaires.

Chacune de mes incursions dans les polars d’extrême Orient proposés par les éditions Picquier, spécialistes de cette partie du monde, me procure, en plus d’un réel dépaysement, une sorte d’inconfort bien plaisant par les différences culturelles visibles mais aussi des intrigues noires de première qualité et cette “généalogie” ressemble bien à un sommet du genre.

“Yujin, vingt-six ans, se réveille un matin dans l’odeur du sang.
Jusqu’à ce jour, c’était un fils modèle qui se pliait à toutes les règles d’une mère abusive et angoissée. Une mère qui gît en ce moment même au pied de l’escalier, la gorge atrocement ouverte d’une oreille à l’autre.
Que s’est-il passé la nuit dernière ? Seuls des lambeaux d’étranges images émergent de la conscience de Yujin, et le cri angoissé de sa mère. Mais appelait-elle à l’aide ? Ou implorait-elle ?”

Yujin ! en démarrant dans ce roman, vous pénétrez dans son cerveau et vous allez y rester jusqu’au bout d’un huis clos dans l’appartement où vont s’affronter Yulin et ses démons intérieurs mais où il va aussi devoir se battre pour connaître la vérité, les vérités qu’il va moduler à sa manière, dans son cerveau bien malade afin de se protéger. En 400 pages infernales, vous êtes corps et esprit avec lui. “Généalogie du mal” est un roman combinant l’horreur de la réalité vécue par Yujin afin de masquer le meurtre de sa mère quand, enfin, il comprend qu’il en est l’auteur et la recherche dans le passé par le biais d’un journal maternel pour découvrir pourquoi il vit ainsi sous le joug de sa mère omniprésente et de sa tante psychiatre qui lui prescrit un traitement. Petit à petit, on remonte dans le temps tout en sachant que l’origine de cette généalogie macabre viendra certainement d’un moment de vacances, 16 ans plus tôt, quand son père et son frère périrent noyés. Dans le même temps, on vit ses tentatives, ses artifices pour masquer le meurtre.

Explorant les méandres effrayants du cerveau d’un monstre prédateur en pleine éclosion tentant de se sauver en éliminant sans état d’âme les personnes qui le gênent, tout en remontant simultanément vers le moment d’horreur initial, “Généalogie du mal” par son histoire parfaitement menée, par ses deux suspenses parfaitement maîtrisés, par son intelligence dans le propos, par son puissant portrait psychologique d’un prédateur ressemble fort à un énorme coup de coeur, à une lecture qui devrait ravir tous celles et ceux en mal de thrillers intelligents et originaux.

Effroyable!

Wollanup.

AVANT LA CHUTE de Noah Hawley / Série Noire.

Traduction: l’ excellent auteur Antoine Chainas 

La Série Noire comme de plus en plus d’éditeurs participe allègrement à l’overdose de bandeaux sur les romans. Est-ce que ce bout de papier fait vendre, mystère?  Là, par contre, c’est bingo, tout amateur de polars freine d’instinct devant l’inscription “par le créateur de la série fargo”, enfin il me semble que quelque part dans votre cerveau se crée de bons stimulii, de gentils fourmillements, des souvenirs de soirées canapé impeccables. Le monsieur a aussi réalisé “légion” qui pour beaucoup de spécialistes recrée bien l’univers Marvel. Avec ces deux gros succès, Noah Hawley a prouvé qu’il était au départ un bon élève entrant parfaitement dans les mondes de créateurs pour par la suite parvenir à les recréer, les développer avec talent, dans une même veine, à s’y méprendre.

Noah Hawley, le romancier est tout autre, beaucoup plus sombre mais aussi beaucoup plus profond. J’ai déjà cité à maintes reprises “le bon père” son précédent roman de 2013, aussi touchant et profond que “Jake” sorti récemment à la SN est larmoyant et superficiel. Avec “avant la chute”, Hawley change totalement de sujet même si  au final, on verra que plusieurs thèmes s’avèrent récurrents et donc sûrement très importants pour l’auteur.

Un soir d’été, onze personnes embarquent à bord de l’avion privé de David Bateman, un magnat de la presse. Onze privilégiés, dont Scott Burroughs, un artiste peintre sur le retour. Seize minutes plus tard, l’avion s’abîme en mer, entre l’île de Vineyard et New York. Deux personnes survivent miraculeusement à la catastrophe : Scott, et JJ Bateman, quatre ans, désormais orphelin et héritier d’une immense fortune. 
Lenquête sur les circonstances du crash débute sous le feu des projecteurs, et la pression médiatique menace de rendre la situation incontrôlable. D’autant que les investigations révèlent d’étranges coïncidences, qui semblent indiquer que le drame n’est pas un simple accident. Les passagers se sont-ils vraiment retrouvés par hasard sur le même vol? Ou leur rencontre résulte-t-elle d’un plan machiavélique?

Même si une nouvelle fois, Hawley se situe aux marges du polar, il en reprend néanmoins certains des canons par le développement d’un suspense.Nul doute que le crash n’est pas accidentel, on le comprend très rapidement et donc l’enquête aura deux objectifs principaux: savoir ce qu’il s’est passé réellement dans l’avion, pourquoi il a chuté  mais aussi qui avait réellement intérêt à ce qu’il chute. Le rôle des flics ne sera pas pour autant très important car les indices et le preuves leur sont fournies par les enregistrements à bord, le témoignage de Scott, le rescapé et les plongeurs à bord de l’épave. Bien sûr, Hawley est un pro et il va nous promener et la narration permet de nombreuses interprétations, hypothèses nourries de flashbaks des dernières heures avant le drame.

“Le rapport fait état de quatre théories privilégiées .La première, une défaillance mécanique.La seconde, une erreur de pilotage.la troisième, un sabotage lié aux poursuites engagées par le gouvernement à l’encontre de Ben Kipling et de son service.Dernière piste: une attaque terroriste visant David Bateman, président d’ ALC.”

Ainsi parlent les enquêteurs en début d’enquête avant de se rendre compte que d’autre hypothèses, plus tordues, sont aussi totalement envisageables. la tâche est ardue et pourrait perdre le lecteur rapidement sans les chapitres que Hawley consacre aux personnages clés de l’histoire, hommes très importants du monde des médias et des affaires aux ennemis nombreux et déterminés à les faire tomber. Tous ces retours permettront de comprendre les enjeux tout en nous contant tous les personnages  à bord de l’avion mariant le monde d’un enfant de quatre ans à celui d’un cinquantenaire milliardaire aux affaires douteuses.

Pilote d’avion et gardes du corps, hôtesse de l’air et peintre sans talent, sans le sou, tous seront racontés, leurs trajectoires pourtant si différentes et pourtant réunis au même moment, avec le même rendez-vous unique et définitif avec la mort.

“Chacun a suivi sa propre route, fait ses propres choix.Comment deux personnes se croisent à un moment précis, en un endroit donné, cela relève du mystère. Nous empruntons l’ascenseur avec une dizaine d’inconnus, nous prenons le bus, nous attendons notre tour pour aller aux toilettes… les occasions ne manquent pas. Essayer de prédire notre trajectoire et les gens que l’on rencontrera serait peine perdue.”

Son propos de début de roman indique bien que Hawley  veut  aussi parler des conséquences affectives, criminelles, économiques d’un crash et profite pour montrer que les morts d’individus n’ont pas toutes la même valeur pour les médias en développant une belle diatribe contre la presse à scandale. Certains destins racontés seront porteurs d’enseignements, d’autres plus anecdotiques mais tous contribueront à montrer les vies fauchées trop tôt, le chagrin de ceux qui restent, le désespoir, le désarroi, l’impuissance comme l’hébétement mais aussi la cupidité.

Dans une troublante et sombre illustration de l’effet papillon, Hawley développe intelligemment la théorie du déterminisme et montre qu’il réserve à la seule littérature ses projets les plus intimes, les plus profonds, les plus humains. Beau !

Two thumbs up !

Wollanup.

 

CECI EST MON CORPS de Patrick Michael Finn / EquinoX / Les Arènes.

Traduction: Yoko Lacour.

Troisième sortie de la collection EquinoX et je ne sais combien de temps va durer le phénomène mais que ce soit avec Manotti, Thomas Sands ou Patrick Michael Finn qui nous intéresse aujourd’hui, à chaque fois, dans un genre différent, nous sont offerts des bouquins déclenchant toutes sortes de sentiments ou de réactions, tout sauf l’indifférence.

Si on met à part, Dominique Manotti qui, une fois de plus et de manière magistrale, dézingue les Américains, les politiques et les puissants de ce monde, les deux autres romans, novellas, comme vous voulez, sont de purs moments de Rock n’ Roll, des romans à ne pas mettre entre toutes les mains et à réserver un public particulièrement averti. Si “un feu dans la plaine” semblait tout droit sorti de l’imagination d’un grand fan de thrash metal, “Ceci est mon corps” serait plutôt un grand hurlement punk originel et sans concession du style Sex Pistols, voire plus ancien comme the Stooges.

A Joliet dans l’Illinois, pour le Good Friday, le Vendredi Saint, les adultes qui s’arsouillent habituellement au bar du coin après leur journée de travail sont restés bosser à l’usine parce qu’ils sont payés double ce jour-là. Et ce sont leurs rejetons, des ados de la pire espèce qui vont les remplacer, profitant de l’invitation du patron du bar qui célèbre la mort de sa soeur décédée il y a trente ans, en se défonçant méthodiquement et très sérieusement ce jour-là. L’ado ne brille pas toujours par son discernement ni par son intelligence, c’est connu, reconnu et ceux-ci vont montrer à quel point, ils s’entraînent avec ardeur à devenir de belles racailles.

Commencé dans le malsain, l’histoire file rapidement vers le sordide, l’abject, le crade dans un grand crescendo dégueulasse. Alors, tout ceci serait néanmoins assez vain si l’auteur n’ intégrait dans le pandémonium deux naïfs, deux débutants ayant décidé de passer ce soir leur rite de passage. Besoin de reconnaissance pour Mickey, l’idiot de la bande et pour Suzy, petite môme qui se fait des films le soir et qui veut enfin les réaliser en séduisant Joey, le tombeur du coin.

No future, pas de rédemption dans “Ceci est mon corps”. L’alcool aidant, on sombre très vite dans le très mauvais et la crédulité de certains sera payée chèrement. Je n’ai pas vraiment lu de message dans le propos si ce n’est une représentation particulièrement éprouvante du malaise de jeunes en proie aux affres d’un avenir peu dégagé et engageant que leur penchant déjà prononcé pour la biture va totalement boucher. Je ne saurai dire si j’ai vraiment aimé ce roman, je sais par contre que je ne le conseillerai pas à n’importe qui. Ceux qui ont lu et apprécié Selby y  trouveront largement leur compte mais il est indéniable que tout le monde sera particulièrement secoué par ce cauchemar.

Rock on!

Wollanup.

https://www.youtube.com/watch?v=BJIqnXTqg8I

 

LA ROUTE SAUVAGE de Willy Vlautin / Albin Michel / Terres d’ Amérique.

Traduction: Luc Baranger.

« Charley, quinze ans, délaissé par un père insouciant, et Lean on Pete, une bête destinée à l’abattoir. Afin d’aider l’animal à échapper au destin funeste qui l’attend, Charley vole un pick-up et une remorque, et tous deux entreprennent un voyage vers le Wyoming où vit, aux dernières nouvelles, la tante de Charley. Ce périple de près de deux mille kilomètres sur les routes de l’Ouest américain ne sera pas de tout repos, et l’adolescent vivra en un seul été plus d’aventures que bien des hommes au cours de toute une vie… »

« La route sauvage » a connu une première vie éphémère en 2012 grâce au talent des très regrettées éditions « 13ème note » sous le beau titre « Cheyenne en automne » mais lui aussi très éloigné du titre original mettant en avant le vieux cheval. Repris, et il y est parfaitement à sa place, dans la très pointue collection Terres d’Amérique au moment de la sortie sur nos écrans de l’adaptation du roman, espérons qu’il permette à Willy Vlautin d’avoir la reconnaissance qu’il mérite amplement.

Noyé dans une catégorie où excellent les romanciers ricains, nombreux chez Terres d’Amérique comme chez Gallmeister ou chez les très recommandables éditions Tusitala, il est évident qu’il est impossible de lire tous ces récits de vie qui peuplent ces romans nous faisant découvrir une autre Amérique beaucoup plus humaine que l’on peut croire mais beaucoup plus démunie aussi qu’on peut bien le penser.

Willy Vlautin n’a pas un style inoubliable et sa voix lorsqu’il chante au sein de Richmond Fontaine, son groupe d’Alt Country, d’Americana n’a vraiment rien d’exceptionnel et donc finalement pourquoi le lire plus lui qu’un autre ? J’ai rencontré et interviewé Willy Vlautin et ce qui ressort à chaque fois, c’est l’humanité du bonhomme, son extrême humilité et la gentillesse d’un type avec qui on se voit bien discuter au comptoir d’un bar, une Schlitz à la main. Cet altruisme visible dans la réalité, éblouit dans ses compositions musicales, comme dans ses romans racontant souvent les galères de jeunes nés au mauvais endroit et dans des familles toxiques ou absentes ou bousillés par les errances du pouvoir.

Les écrits de Vlautin sont tristes, et cette histoire l’est énormément, mais montrent aussi le courage de certains, courbant l’échine mais ne sombrant pas, la volonté désespérée et souvent bien illusoire de s’en sortir et souvent ces constats sévères, ces photographies bien grises offrent néanmoins des rayonnement soudains et magnifiques qui font qu’un morceau chanté ordinairement, sans artifices spéciaux, vous file la chair de poule ou qu’une histoire lue tant de fois pourtant vous chavire une fois de plus et bien plus que d’autres histoires similaires. Chez Vlautin, on sent vraiment l’authenticité, le regard expérimenté et attendri sur l’Amérique débarquée de l’American Dream qui morfle et qui affronte le déclin dans le malheur et l’adversité mais parfois aussi avec une volonté très noble.

« Mes chansons sont la bande-son de mes romans. Ils vivent dans le même univers, dans le même pâté de maisons, dans le même immeuble. La plupart de mes romans étaient, à la base, des chansons. Généralement une idée donne lieu à une chanson. Mais il arrive que j’écrive deux ou trois chansons qui se transforment ensuite en roman. » 

Extrait de l’entretien de février 2016. 

Road trip sous amphets, très chargé d’émotion, « La route sauvage » séduira tous les amoureux de l’ Amérique.

Immanquable.

Wollanup.

RACKET de Dominique Manotti / Les Arènes / Equinox.

Un roman de Dominique Manotti est toujours un évènement. Madame Manotti, la prof que j’aurais aimé avoir, depuis des décennies, et sans faiblir avec l’ âge continue à nous dévoiler la face cachée d’ affaires françaises connues ou moins connues, de pratiques tordues voire criminelles mais toujours avec un éclairage bien différent et particulièrement documenté que ceux donnés par l’Etat ou les médias à la botte.

Au fil des années Manotti a montré et démonté la gauche caviar, Tapie, les agissements des banquiers et des investisseurs, les magouilles des politiques, les ventes d’armes clandestines, les flics ripoux… et la French Connection dans les années 70 à Marseille. A cette occasion, elle avait ramené au tout début de sa carrière un de ses personnages fétiches le commissaire Daquin, une présence qui l’avait rassurée dans l’écriture de son roman.

Dans “Racket” Daquin fait aussi quelques apparitions en vieux sage, statut que son âge comme son expérience permettent, mais c’est Noria Ghozali, flic des RG, apparue dans “bien connu des services de police” qui va mener l’enquête. Nul doute que ces deux flics n’étaient pas de trop pour affronter l’ogre américain.

“Racket” se veut une version romancée de la vente d’ Alstom à un groupe américain en 2013. Nul besoin de vous rappeler l’affaire, Dominique Manotti s’en charge. Si le début du roman s’avère un peu ardu par la profusion de personnages et de situations, les qualités didactiques de l’auteure offrent rapidement une compréhension  de l’affaire, des tenants et des aboutissants, des enjeux.

Pour faire simple, un industriel américain veut acheter un fleuron de l’industrie française et a bien l’intention de mener son projet à terme. Et c’est la guerre: intimidations, meurtres, corruption, chantages, fake news, tout est mis en place, minutieusement, pour fragiliser la cible. Alors ce genre de procédés n’est sûrement pas l’apanage des seuls Américains. Néanmoins, ceux-ci ont un très gros avantage sur la concurrence puisque leurs attaques ciblées, leurs abordages, leurs hallalis sont appuyés par le ministère de la justice américaine, le FBI, la CIA, la NSA, bref, toute la puissance du pays le plus puissant du monde.

Face au déferlement, Noria et son équipe du Renseignement intérieur vont suivre adroitement des pistes peu balisées et tenteront de bousculer le bel ordonnancement orchestré par des pourris outre-atlantique. Sans leurs noms, apparaissent un ministre dupé vantant des marinières pendant qu’on pille le pays, un secrétaire général adjoint de l’ Elysée qui a fait beaucoup de chemin depuis 2013, les révélations de Snowden, l’énorme usine à gaz de Bercy, un sinistre ministre du budget qui nous demandait de nous serrer la ceinture… un monde effrayant, flippant, déshumanisé, pourri jusqu’à la moelle raconté de manière passionnante une fois de plus par une grande Dominique Manotti.

Manottien!

Wollanup.

PS: Dominique Manotti nous a parlé de son rapport à l ‘Amérique dans un entretien en décembre 2016, ici.

HEVEL de Patrick Pécherot / Série Noire.

Ayant découvert Patrick Pécherot tardivement avec Tranchecaille plaisant mais sans plus tandis que “ Une plaie ouverte” restera pour moi comme un incontournable, je dois reconnaître avoir eu une certaine impatience à découvrir “HEVEL”. Peu connaisseur donc de son oeuvre, je ne pense pas trop me hasarder néanmoins en disant qu’il est un grand spécialiste des polars historiques, l’ayant déjà lu sur la première guerre mondiale, sur la Commune et en le retrouvant à la fin des années 50, trois conflits meurtriers de l’histoire de France.

“Janvier 1958. À bord d’un camion fatigué, Gus et André parcourent le Jura à la recherche de frets hypothétiques. Alors que la guerre d’Algérie fait rage, les incidents se multiplient sur leur parcours. Tensions intercommunautaires, omniprésence policière exacerbent haines et rancœurs dans un climat que la présence d’un étrange routard rend encore plus inquiétant…2018. Gus se confie à un écrivain venu l’interroger sur un meurtre oublié depuis soixante ans. Il se complaît à brouiller les cartes et à se jouer de son interlocuteur. Quelles vérités se cachent derrière les apparences?…”

Et ces apparences, ces faux-semblants, ces voiles comme les brumes du final sont toujours au coeur d’un roman qui les lie dans son titre sous le nom de Hevel tiré de l’Ecclésiaste hébraïque et signifiant le souffle, la buée, la fumée… Envahi par ces souvenirs réels ou inventés ou trafiqués, le lecteur va devoir prendre son mal en patience tant le récit du narrateur semble parfois sonner faux ou s’éloigner par des digressions au milieu du récit du vieil homme parlant d’un meurtre dont il a été le témoin soixante ans plus tôt.

Nombreuses sont les digressions, aucune n’est inutile ou sans grand intérêt, poétique quand le narrateur s’enthousiasme sur le mot escarmouche, particulièrement piquante quand il s’attaque aux recettes utilisées par les auteurs du genre littéraire qui est le sien, amusé quand il pousse une véhémente diatribe sur le monde numérique. La poésie est toujours présente chez Pécherot mais l’humour, c’est pour moi une nouveauté.

Quelques réflexions de Gus:

« J’ essaie de causer odeurs, couleurs changeantes, arbres, brouillards et murs des villes.Si je pouvais, je vous dirais aussi les en-cas et les menus, pain et service compris. L’essentiel, quoi. L’entre-les-lignes, les mots dans un regard, un geste, un port de tête. La parole est là autant qu’ailleurs. On la recueille ou on reste sourd. »

Alors bien sûr, HEVEL n’est pas un thriller survitaminé même si les révélations finales sont assez surprenantes. Pécherot brille par son talent à montrer une époque. En quelques phrases, agrémentées de détails pertinents sur les habitudes alimentaires, sociales et culturelles de l’époque, sans alourdir son texte, il nous fait entrer dans l’Histoire, pénétrer dans son histoire, dans le décor et on est très rapidement aux côtés des personnages dans une époque qui jusque là nous était inconnue. Par des brèves de journaux, des discussions de comptoir, des réflexions en apparence anodines, il nous renseigne sur l’opinion publique en France en cette fin des années 50.

Mais surtout, et c’est aussi original que remarquable, Pécherot nous raconte la guerre d’Algérie depuis le Jura, à des centaines de kilomètres du danger. On sent l’inquiétude des familles dont un enfant est parti, les remous créés par la présence de travailleurs algériens dans la région, les mentalités colonialistes bien ancrées, le racisme ordinaire, le travail souterrain du FLN, les porteurs de valises de l’impôt révolutionnaire… et au milieu quatre hommes dont le destin, par malchance, par profit, par amitié, par conviction, par cynisme, va être complètement transformé quand ils croiseront incidemment la guerre pourtant si lointaine mais dont certains flashs montrent bien toute l’horreur voilée par des médias sous contrôle.

Attachant photographe de la France populaire, Patrick Pécherot nous offre une nouvelle fois le beau portrait de quatre hommes ordinaires balayés, malmenés par le grand vent de l’ Histoire avec une plume … un vrai bonheur pour conter les heurs et malheurs des classes populaires.

Brillant!

Wollanup.

 

 

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