Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Wollanup (Page 51 of 80)

LES DERNIERS MOTS de Tom Piccirilli / Série Noire.

Traduction: Etienne Menanteau

Tom Piccirilli, auteur prolifique américain, est surtout connu en France pour « la rédemption du marchand de sable » .Mort en 2015 à l’âge de 50 ans, il était spécialisé dans le roman d’horreur et le fantastique, mais on lui doit néanmoins un diptyque polar dont la première partie nous est racontée dans « Les derniers mots ».

« Élevé dans un clan de voleurs et d’arnaqueurs, Terrier Rand a choisi de s’en éloigner après un massacre perpétré par son frère Collie, lors duquel huit personnes ont été tuées sans raison apparente.
Cinq ans plus tard, à quelques jours de son exécution, Collie reprend pourtant contact avec Terry. Il jure qu’il n’est pas responsable de la mort d’une des victimes, et affirme que le véritable meurtrier court toujours.
Doutant des déclarations de son frère, hanté par ses propres remords, Terry retrouve les siens et commence à enquêter sur ce qui est réellement arrivé le jour de la tuerie. »

 « Terry is back », ainsi débute ce polar qui accumule au départ de nombreux poncifs de la littérature noire et plus spécialement ricaine : le thème du retour, la rédemption, les regrets, la famille, l’auto-justice, le temps qui passe cruellement agressant les rêveurs. On est à fond dans le polar lu, relu, et à de si nombreuses reprises qu’on est en droit d’être inquiet sur son contenu tout en se demandant ce qui peut encore motiver des auteurs à reprendre un terrain si souvent traité et maltraité. L’action se situe à Long Island en territoire new-yorkais mais les agissements des uns et des autres pourraient très bien se produire dans des coins du pays beaucoup moins gagnés par la civilisation.

Autant vous rassurer de suite, malgré les boulets de la situation initiale, le roman tient très bien la route, l’auteur ayant su le traiter de façon originale et créer une situation de lecture tout à fait recommandable, addictive si on ne fait pas trop attention à la crédibilité de l’intrigue. A l’issue de ce premier volet, certaines énigmes auront trouvé leurs réponses mais il reste aussi des pans importants à dévoiler. On connaîtra ainsi le vrai coupable du dernier meurtre pour lequel Collie proclame son innocence mais le côté un peu transparent, figé de nombreux membres de la famille Rand s’il crée une incertitude concernant les agissements de chacun laisse néanmoins beaucoup de zones sombres qui, je l’espère, seront éclairées dans le deuxième volet.

S’il ne crée pas le même choc, la même attente que le bijou « Brasier noir » de Greg Iles, « les derniers mots », par son intrigue originale et parfois surprenante, s’avère un polar bien troussé dont on suivra la suite avec plaisir en priant néanmoins pour que cela ne tourne pas au mélo larmoyant et moralisateur comme « Jake » que la SN nous a proposé il y a quelques mois.

Wollanup.

 

PEKIN DE NEIGE ET DE SANG de MI Janxiu / Picquier.

« Le corps d’un homme, la gorge tranchée au pied de son immeuble, entraîne le lieutenant Ma et son adjoint Zhou dans une enquête déglinguée au cours de laquelle ils vont remuer le ciel et la terre de Pékin menacé par les séparatistes ouïghours. »

Peu d’informations sur MI Jianxiu qui est aussi édité par les éditions de l’Aube qui a trois romans de l’auteur à son catalogue. Impossible de savoir si ce roman fait partie d’une série en cours, s’il est amené à avoir des prolongements, une suite. Pas plus d’infos sur la traduction qui montre quelques manquements dans la concordance des temps futur / conditionnel.

Polar d’investigation très conventionnel dans son déroulement, « Pekin de neige et de sang » représente néanmoins un intérêt par sa situation géographique, montrant une société chinoise et plus particulièrement pékinoise en pleine mutation, lorgnant vers les modèles occidentaux tout en étant encore sous la terrible dépendance des préceptes créés et ancrés à l’époque du Grand Timonier. Bien sûr, la vision de MI Jianxiu peut être taxée de subjectivité comme tout roman mais objectivité ou pas, le portrait rendu d’une société entièrement soumise au parti, craignant la délation, l’attitude déviante, l’emprisonnement, le procès politique, fait un peu froid dans le dos.

Le roman s’avère ni bon ni mauvais, juste moyen mais d’une lecture néanmoins particulièrement instructive sur la Chine au XXIème siècle. L’enquête, sans être à tomber, reste néanmoins très crédible et révèle un peu de la délinquance dans la capitale chinoise, l’ordinaire et locale naissant souvent de l’extrême dénuement de catégories de la population considérées comme des parias, et l’universelle, celle en col blanc, pratiquant les mêmes méthodes que partout ailleurs, corruption, pots de vin et élimination des gêneurs.

Ma le chef et son adjoint Zhou font bien le job mais la narration est souvent perturbée par les états d’âme, les peines sentimentales des deux hommes, l’un en pleine séparation non digérée, l’autre tentant de sauver l’aimée toxico mal barrée. Il est dommage que ces moments prennent tant de place dans le roman, ralentissent l’intrigue. S’il s’agit du premier tome d’une série, la connaissance de ces blessures sont utiles au lecteur mais dans le cas contraire, que de temps perdu, que de bâillements qui auraient pu nous être évités.

Très mitigé.

« Je suis policier, pas truand. Je suis tenu de servir le peuple, pas de le terroriser. Il y a des lois pour des choses comme ça. Si ta sœur traîne avec des individus louches, elle est coupable aussi aux yeux de la loi. »

Wollanup.

 

LA MAISON DU SOLEIL LEVANT de James Lee Burke / Rivages

Traduction: Christophe Mercier. James Lee Burke est un énorme auteur de polars ricain, le plus grand sans conteste actuellement.Il a commencé à écrire au tout début des années 70 mais c’est à la fin des années 80 avec “la pluie de néon” mettant en scène pour la première fois un des plus grands héros de littérature noire Dave Robicheaux que la carrière du Texan prend une autre dimension. 21 histoires plus tard, c’est certain, Burke est grand! Alors, peut-être que certaines des dernières intrigues sont moins puissantes que par le passé, peut-être aussi que l’arrivée de la fille de Clete Purcel dans la série était une fausse bonne idée…peut-être, perso, je ne trouve pas et histoire après histoire le bonheur de retrouver le bayou au coucher de soleil, Robicheaux sur la galerie avec Tripod, Clete qui débarque dans sa Cad rose et le début des emmerdes… les moments de haine, la tension, les blessures corporelles comme morales, la douleur de la perte, la victoire aux dépens des nantis,la compassion pour les opprimés, les oubliés, la satisfaction du devoir accompli, une marche de plus vers une rédemption tant espérée… Du Robicheaux quoi, un ami depuis plus de vingt ans malgré, mais on pardonne tout à ses potes, ses bondieuseries, sa hantise de l’alcool, son auto-justice souvent facile, sa morale de vieux cowboy.                                                       

 … Et tout cela pour vous dire que “La maison du soleil levant” n’est pas un roman avec Dave et Clete. En 1971, bien avant la naissance de Robicheaux, Burke avait écrit “ Déposer glaive et bouclier” qui racontait l’histoire d’un Hackberry Holland, sale con arriviste, raciste qui prenait un jour conscience que l’humanité n’était pas exclusivement texane et blanche. Cette oeuvre de jeunesse manquant un peu de corps fut suivie par “Dieux de la pluie” et “ le jour des fous” à l’aube des années 2010 avec un Hackburry nettement plus âgé à visage beaucoup plus humain réglant de sales affaires à la frontière entre le Texas et le Mexique. Parallèlement, une décennie plus tôt, Burke avait sorti quatre bouquins dont un est encore inédit en France avec Billie Bob Holland, jeune avocat texan et cousin d’ Hackberry.

A côté de la geste Robicheaux implantée en Louisiane, s’est donc largement développée ces dernières années une histoire de la famille Holland au Texas avec des épisodes allant de la bataille de san Jacito, grande victoire texane contre les Mexicains et égrenant les décennies jusqu’à nos jours. Tout cela est un peu compliqué pour le novice j’en conviens mais vous n’avez pas besoin de connaître toute l’histoire de la famille pour vous lancer dans la lecture. Le roman dont je vais peut-être commencer à parler à un moment parle d’un nouveau membre de la famille Holland qui sévit entre la fin du 19 ième siècle et le début du vingtième, donc un premier shot ne nécessitant pas de connaissances préalables. Par contre, pour les initiés, ce Hackberry est le grand père du Hackberry que nous avions redécouvert dans “Dieux de la pluie” et dont les trois histoires sont réédités en poche ce printemps.

“Mexique, 1916. Après une violente rencontre qui laisse quatre soldats mexicains morts, le Texas Ranger Hackberry Holland, le grand-père du héros de Dieux de la pluie, quitte le pays en possession d’un objet d’art volé, présumé être la coupe mythique du Christ ! Il provoque la colère d’un trafiquant d’armes autrichien sanguinaire qui se servira d’Ismaël, le fils de Hack, pour récupérer le « Saint Graal ».”

Roman d’aventure par excellence, passant du Mexique au Texas avec une étape douloureuse dans les tranchées de la première guerre mondiale, “ La maison du soleil levant” ne lâche pas son lecteur alternant comme d’habitude belles descriptions, scènes d’action parfaitement réussies, tendues et grandes tragédies par le destin de trois femmes, trois sacrées dames faisant passer la Séréna de Rash pour une première communiante. Burke donne enfin  un beau théâtre à trois femmes, à trois visions: la mère, l’amante et la “sainte”, en caricaturant à peine. Car ce sont vraiment ces femmes, par leur volonté, par leur action, qui aident Hackberry à survivre dans l’enfer de l’alcool tout en profitant de son manque de discernement dû à son entêtement éthylique. L’intrigue prend dès le départ le chemin d’un western qu’il est tout à fait avec ces scènes de duels, de bagarres dans les saloons…Hackberry Holland est un sociopathe très performant, profitant parfois de son étoile dorée sur la veste pour administrer la justice à sa manière, à sa mesure, une sorte d’ hybride de Robicheaux et Purcel, la colère froide et l’explosion meurtrière. Etonnant, détonant.

Mais, rapidement, le roman prend un tour beaucoup plus crépusculaire. Après ses errements de la fin du 19 ième siècle qui le vit abandonner son fils et sa mère, on voit Hackberry sur le chemin de la rédemption, à la recherche de son fils Ismaël officier de l’armée américaine. Hackberry voit son monde évoluer plus vite que lui, vieillissant.Il est toujours à cheval mais prend de plus en plus le train, la voiture, s’habitue au téléphone, l’Ouest américain est en train de disparaître avec la fin de la première guerre mondiale. On change de dimension, la criminalité devient internationale, mondiale. Hackberry essaie de ralentir cette course en tentant de réparer ses erreurs, en retrouvant ce qu’il a perdu, en réparant le mal qu’il a fait. Les péripéties autour de ce “Saint Graal” dérobé permettent à cette oeuvre à belle teneur historique et sociologique d’être aussi un redoutable polar mais, néanmoins, le choix de l’objet dérobé s’avère assez discutable, improbable, superfétatoire et prouve à nouveau que Burke est quand même un vieux calotin.

Roman aussi éminemment émouvant si les lamentations et les promesses d’un alcoolique vous émeuvent, “La Maison du soleil levant” possède tous les atouts pour surprendre les plus grands fans, les plus grands connaisseurs du maître. Burke a beaucoup innové dans ce roman en tous points remarquable, à 80 ans, quand certains l’ont déjà enterré. Hackberry n’est pas le chevalier blanc que l’on rencontre souvent chez Burke. Les femmes, enfin, ne sont pas cantonnées dans un rôle de plante verte, montrent les dents, vivantes, présentes, ardentes, ambiguës. Pour la première fois, Burke quitte le continent américain avec  quelques pages dans les tranchées sur la Marne en 1918. Beaucoup de références aux débuts du capitalisme international, à l’internationale de la friponnerie naissante, à la haine du communisme, à la peur de la contagion du bolchévisme qui débarque sur un continent où les luttes syndicales naissantes sont meurtrières. C’est comme toujours écrit avec le talent de conteur qu’on lui connaît et reconnaît mais cette fois se sont glissés des dialogues meurtriers, des répliques qui tuent vraiment leur victime .

Proche de “Le Saloon des derniers mots doux” de Larry McMurtry par sa description d’un monde qui disparaît, le roman prend aussi parfois les allures d’un moment d’écriture plus détendu, plus ouvert, plus serein, comme Donald Ray Pollock a su le faire avec “Une mort qui en vaut la peine” après le terrible “Le diable tout le temps”. Avec un sens créatif inépuisable l’élevant au niveau d’ étalon, Burke prouve une fois encore qu’il est le meilleur, inégalable, envoyant dans les orties tous les pâles imitateurs ricains présents au catalogue de collections à la mode chez les bobos  bien pensants.

“Vous m’emmerdez vraiment, les gars. Je déteste les imbéciles. Je n’ai jamais réussi à surmonter ce défaut. J’y travaille, j’y travaille, et alors deux types comme vous se pointent, et tous mes efforts sont perdus.”

Imposant, important.

Wollanup.

TEXAS FOREVER de James Lee Burke / Rivages.

Traduction: Olivier Deparis.

Les aventures de Dave Robicheaux et son pote Clete Purcell ont fait la renommée de James Lee Burke mais ce ne sont pas les seuls héros du talentueux écrivain originaire du Texas. Rivages nous a fait découvrir il y a une bonne vingtaine d’années Billy Bob Holland ancien Ranger devenu avocat au Texas dont trois des quatre aventures ont été publiées en France. Cousin de celui-ci, Hackberry est le héros de trois romans  » Déposer glaive et bouclier », « Dieux de la pluie » et « le jour des fous » toutes trois publiés ces dernières années chez Rivages et rééditées en poche pour cet été. Dans  » La maison du soleil levant », qui sort le 13 juin, nous découvrirons un autre Hackberry (gratiné) qui sévit entre la fin du 19ème et le début du 20ème et qui est le grand-père du premier nommé. Mais l’oeuvre fondatrice sortie en 1982 c’est ce « Texas forever », sorti en catimini, uniquement en poche aux USA à l’époque et qui raconte la geste de Son qui est l’ancêtre commun de cette famille Holland, Texans bon teint.

« Son Holland est bien décidé à s’évader du camp de prisonniers de Louisiane dans lequel il arrive. Il y parvient bientôt avec l’aide d’un comparse, Hugh Allison, mais doit abattre un gardien. Les deux hommes s’enfuient au Texas où, à la veille de la bataille de Fort Alamo, ils rejoignent les Texas Rangers… »

TEXAS FOREVER est avant tout un bon  petit western contant les aventures de deux compères tentant de sauver leur peau dans le marasme ambiant du Texas, objet de nombreuses convoitises au 19ème . Ils fuient la vengeance du frère de la victime, bien résolu à faire couler le sang pour apaiser sa colère.

Burke profite aussi de cette intrigue riche malgré les quelques deux cents pages pour raconter l’histoire ensanglantée de son Texas natal avec les batailles de Fort Alamo et surtout de San Jacita haut fait d’armes de la révolution texane.Si on peut regretter que le personnage de Son ne soit pas suffisamment creusé, il n’en reste pas moins que ce roman est la pierre de fondation d’un grand pan de l’oeuvre de Burke et dont certains personnages restent encore inédits en France. Dans le même genre,  » la maison du soleil levant », plus de trente ans après, montre un Burke plus ambitieux, nettement plus délirant et spectaculaire.

Fondateur.

Wollanup.

LA BÊTE À SA MÈRE de David Goudreault / Editions Philippe Rey

Le hasard des sorties de début d’année fait que j’en suis à ma troisième histoire d’ados ou d’adultes bordeline qui, avec beaucoup d’application s’emploient à devenir des psychopathes tout à fait recevables. Si « Jesse le héros » de Lawrence Millman  lorgnait vers le discours moralisateur expliquant que les images diffusées à la tv avaient une forte influence sur des personnes au bord d’entrer dans la barbarie, provoquant un certain malaise chez le lecteur quand les situations déclenchaient une franche hilarité, « La bête à sa mère » se rapproche plus de « Jaqui » , l’auteur montrant très rapidement que les influences externes jouent un peu sur le mental du personnage principal mais que le mal est fait depuis très longtemps, sans nécessité d’une assistance extérieure. Ainsi, c’est toujours l’éternel débat : bousillé par la société ou largement flingué avant… et c’est le parti de la malfaçon originelle que semble privilégier le Canadien David Goudreault en racontant la geste pathétique et barrée du fils dans une prose souvent animée d’un humour ravageur.

« Ma mère se suicidait souvent.

Ainsi commence la confession d’un jeune adulte, qui ne se remet pas de la séparation d’avec sa mère, survenue en bas âge. Ses propos vibrent d’une rage contre ceux qui la lui ont arrachée. Sa mère devient sa véritable obsession, il pense l’avoir localisée à Sherbrooke. Mais saura-t-il se faire accepter par celle qu’il a tant idéalisée ? »

David Goudreault, dès le début, énonce un diagnostic de dysphasie, mais on s’aperçoit très rapidement qu’il souffre aussi d’une totale insensibilité à la douleur infligée à autrui ou aux animaux qui seront ses premières victimes comme chez tout bon psychopathe en formation. Notre « héros » est particulièrement dégueulasse, grand adepte de la pornographie et des jeux d’argent, alcoolo, toxico, voleur, et surtout particulièrement remonté pour retrouver sa mère qui l’a abandonné aux services sociaux très rapidement avant de disparaître encore plus vite.

Son parcours chaotique dans la société, entièrement voué à la recherche de sa mère va l’occuper à plein temps et lui faire nourrir des ambitions de cellules familiales reconstituées quand enfin, il va retrouver sa trace. Goudreault maîtrise parfaitement son sujet et montre adroitement la réalité des relations du personnage principal avec sa mère et les interprétations totalement erronées qu’il peut en faire. Nul doute que l’expérience d’éducateur de l’auteur lui a permis de croquer de manière très crédible, des hommes et femmes à la rue, en plein désespoir et « ruinés » par leur rencontre avec notre « malade ». Si le propos peut paraître léger, drôle, tant les délits mineurs de gosse capricieux peuvent et font sourire souvent, Goudreault sait aussi glacer le lecteur quand les « gamineries » laissent la place à l’abjection, à l’horreur.

Ecrit sans grandes qualités stylistiques notables, le récit se savoure néanmoins tant le mode d’écriture sied à la « quête ». Et s’il est nécessaire de mettre en garde les personnes fragiles et les amateurs des chats sur la rugosité du propos, n’oublions pas non plus de souligner la qualité d’un roman qui n’est que la première partie d’une trilogie déjà sortie au Canada et dont on espère pouvoir bientôt dévorer la suite dans « La bête et sa cage » et dans « Abattre la bête ».

Repoussant et attrayant.

Wollanup.

 

BRASIER NOIR de Greg Iles / Actes Sud.

Traduction: Aurélie Tronchet.

On a tous nos failles, Greg Iles, auteur très populaire aux USA était resté hors de mon modeste radar. Et pourtant, durant les années 2000, plusieurs de ses thrillers sont sortis en France aux Presses de la Cité et ont eu un certain écho. Certains de ces romans, d’ailleurs, mettaient en scène des personnages importants ou plus secondaires présents dans cet opus comme Jordan Glass la photographe, Shad Johnson le procureur et bien sûr Penn Cage, héros de “Brasier noir” et maire de la ville de Natchez dans le Mississippi que le fleuve du même nom sépare de la Louisiane.

Greg Iles, en 2011, a été victime d’un grave accident de la route qui a failli lui coûter la vie et  c’est suite à ce malheur qu’il a décidé, semble -t-il, d’écrire une oeuvre plus ambitieuse en trois volumes, contant la ville de Natchez où il s’est installé avec sa famille et son père médecin, à l’âge de trois ans en 63. Ce “ Natchez Burning” est donc sorti en 2014 aux States et a été suivi l’année suivante par “ The Bone Tree”, titre qui parlera de suite aux lecteurs de ce roman et en 2017 par “Mississippi Blood” qui termine cette trilogie centrée sur Penn Cage et sa famille.

Le Sud, le légendaire, puisque Natchez créée par les Français au tout début du 18ème fut le premier comptoir permanent sur le Mississippi sur un territoire où vivait une tribu indienne qui a donné son nom à la ville. Petite agglomération de 17000 habitants au moment de l’intrigue en 2006, Natchez, concentre par contre beaucoup de la haine née du racisme et qui a bien du mal à crever comme nous le verrons dans les deux époques présentées dans le roman. A Natchez, il reste de beaux vestiges architecturaux de la grande époque romantique du Sud genre “Mamzelle Scarlett” mais ce qui retient d’emblée l’attention du lecteur, c’est bien sûr le racisme vivant dans les années 60 et son extension rampante quarante ans plus tard.

“Ancien procureur devenu maire de Natchez, Mississippi, sa ville natale, Penn Cage a appris tout ce qu’il sait de l’honneur et du devoir de son père, le Dr Tom Cage. Mais aujourd’hui, le médecin de famille respecté de tous et pilier de sa com­munauté est accusé du meurtre de Viola Turner, l’infirmière noire avec laquelle il travaillait dans les années 1960. Penn est déterminé à sauver son père, mais Tom invoque obstinément le secret professionnel et refuse de se défendre. Son fils n’a alors d’autre choix que d’aller fouiller dans le passé du méde­cin. Lorsqu’il comprend que celui-ci a eu maille à partir avec les Aigles Bicéphales, un groupuscule raciste et ultra-violent issu du Ku Klux Klan, Penn est confronté au plus grand di­lemme de sa vie : choisir entre la loyauté envers son père et la poursuite de la vérité.”

Le médecin adoré de tous les indigents et les rejetés accusé de meurtre, raciste, de surcroît, un cataclysme qui électrifie de suite l’ambiance dans un paysage qui n’attend que l’explosion tant les rapports entre  la police, la justice et la municipalité sont gangrénés par la corruption, la jalousie, les intérêts dans une ville ou en plus des haines raciales, se développe un trafic de meth très lucratif. “Brasier Noir” dresse le portrait de la même ville à deux époques de son histoire. Tout d’abord les terribles années 60 pendant la lutte pour les droits civiques dans un état où le KKK, comme on le verra, a pignon sur rue et il ne fait pas bon être Noir à Natchez. Une relation amoureuse cachée entre un jeune noir et une riche héritière blanche sera l’étincelle qui mettra le feu aux poudres et créera ce brasier de haine, de violence et de cruauté alimenté par “les aigles bicéphales” organisation particulièrement sanguinaire dissidente d’un KKK jugé trop mou, bras armé de puissants locaux en relation avec Marcello, le parrain sanguinaire de La Nouvelle Orléans. Ces rednecks, particulièrement sauvages montrent rapidement  des desseins effroyablement plus ambitieux que les crucifictions ou dépeçages de Noirs, leurs spécialités, quand sont évoqués Martin Luther King ou Robert Kennedy .

C’est dans cette période barbare que se niche la vérité que cherche Penn Cage pour sauver son père de l’humiliation et de la prison. Ainsi, le roman, à une cadence infernale, alterne la situation d’urgence et meurtrière actuelle et les années 60 tout autant funestes. La construction est impeccable, le double suspense est toujours relancé, le doute s’insinue tout au long du roman , créant un climat très inquiétant où l’auteur n’hésitera pas à montrer la bestialité. Roman de 1050 pages qu’on peut raisonnablement traiter de pavé, “Brasier Noir” se lit d’un seul élan. Les thèmes évoqués sont multiples et les relations entre les personnages créent un décor digne des grandes tragédies, une histoire d’amour impossible, un fils qui doute de son père, un autre fils qui cherche son père, les liens du sang ou la justice des hommes, beaucoup de situations amenant à la réflexion et dont nous n’aurons pas toutes les réponses à la fin de ce premier volume.

Vous le découvrirez par vous-même mais certains personnages de ce roman sont inoubliables: Viola l’infirmière, Albert le musicien, Henry le journaliste. Toute la galerie est exceptionnelle, bien ancrée, développant l’empathie comme créant un grand désir de voir certains salauds crever dans la douleur. Et ces hommes et femmes, magnifiquement humains ou abominablement inhumains, aux éclairs magiques de lumière et aux zones d’ombre effroyables, intégrés dans une intrigue dense, de très grande envergure font de ce roman un absolu “must-read” pour les amoureux du Sud et de sa littérature incomparable.

Brûlant !

Wollanup.

PS: coup de cœur.

LA CONSPIRATION DES MÉDIOCRES d’ Ernesto Mallo / Rivages.

Traduction: Olivier Hamilton.

Ernesto Mallo, auteur argentin vit aujourd’hui à Barcelone après avoir milité contre la dictature dans les années 70 au sein de l’organisation des Monteros. Autodidacte, il a été journaliste, homme de radio et donc aussi auteur de polars situés pendant les années 70, au temps de la dictature militaire de Videla et mettant en scène son flic “Perro” Lascano. Publié en 2015, le roman se situe en amont dans l’histoire de Lascano et donc antérieur aux autres aventures déjà éditées par Rivages.

Bon, le résumé parle de l’époque de la dictature de Videla mais la quatrième de couverture semble dire, à raison, que nous sommes peu de temps avant celle-ci, on écoute Led Zeppelin, on va voir « vol au dessus d’un nid de coucous » de Milos Forman. Peu importe, le climat est très tendu, l’atmosphère  irrespirable partout y compris dans la police où José Lopez Rega , dit “Le sorcier”, ministre des affaires sociales et co-fondateur de la AAA, une organisation policière d’extrême droite très présente dans la police, traque et élimine les communistes, terme générique désignant tous les opposants au pouvoir. Le commissaire adjoint Lascano n’en fait pas partie, créant la suspicion chez ses collègues et supérieurs hiérarchiques complètement corrompus.On le relègue ainsi aux affaires très courantes et le suicide d’un vieil Allemand lui est dévolu. Mais “Perro” justifie son surnom en s’accrochant à cette affaire et découvre rapidement qu’il s’agit d’un meurtre. Un carnet, journal d’un gardien de camp de concentration, rédigé en allemand, découvert dans l’appartement du mort va permettre à Lascano de se lancer à fond dans l’affaire, au péril de sa sécurité.

“La conspiration des médiocres” est un polar vintage à l’écriture seyant parfaitement à l’époque qu’il raconte. Le tableau est noir, propice à la déprime, mais Lascano, par sa grande humanité, son sérieux, rend la pilule plus facile à avaler. Pas de grandes envolées lyriques mais une histoire d’amour touchante, pas de grand spectacle mais une enquête au cordeau dans un climat particulièrement éprouvant.

Solide.

Wollanup.

DIEU NE TUE PERSONNE EN HAITI de Mischa Berlinski / Albin Michel

Traduction: Renaud Morin.

« Jérémie, « la Cité des poètes », est une petite ville d’Haïti qui semble coupée du monde faute de routes praticables. C’est là, face à une mer de carte postale, qu’atterrit l’Américain Terry White, ancien shérif de Floride, après avoir accepté un poste aux Nations unies. Rapidement happé par la vie locale et ses intrigues politiques, il se lie d’amitié avec Johel Célestin, un jeune juge respecté de tous, qu’il convainc de se présenter aux élections afin de renverser le redoutable sénateur Maxime Bayard, un homme aussi charismatique que corrompu. Mais le charme mystérieux de Nadia, la femme du juge, va en décider autrement, alors que le terrible séisme de 2010 s’apprête à dévaster l’île… »

Que ce soit « Underground USA » de Ellroy , « Tonton Clarinette » de Nick Stone ou encore « La femme qui avait perdu son âme » de Bob Shacochis, les romans récents se situant en Haïti sentent le soufre, couvent de l’étrange et explorent des territoires très incertains où se profile l’ombre inquiétante des pratiques vaudous. Haïti, première nation caribéenne à se délivrer du joug colonialiste, devenue la honte de tous ces peuples esclaves de la Caraïbe par son histoire catastrophique et son bilan cataclysmique, très loin de l’exemple que voulaient montrer les libérateurs d’autrefois. Ce marasme, ce chaos, né de l’incompétence et de la malhonnêteté des différents pouvoirs qui s’y sont succédés et des ingérences multiples des Ricains et des Français fait mal à voir. Naître en Haïti est sûrement aujourd’hui une des pires saloperies qui peut arriver à un enfant.

Misha Berlinski qui avait déjà écrit «le crime de Martiya Van Der Lun », finaliste du national book award, il y a quelques années, a séjourné en Haïti de 2007 à 2011 avec son épouse qui travaillait pour les Nations Unies dans une unité de maintien de paix telle que celle décrite dans le roman. Par son observation pointu du pays, de ses gens, de ses mentalités, de ses politiques, il a pu se faire une idée précise de Haïti tout en s’enrichissant d’histoires locales et d’anecdotes vécues ou racontées par les Haïtiens. Bref, ici point de néocolonialisme littéraire comme certains auteurs se plaisent à le faire en repérant tout ce qui est étrange, dépaysant ou susceptible de plaire lors d’un séjour pour, dès leur retour, en faire un roman exotique pour citadins pâlots et avides d’ailleurs moins monotones .

« Haïti était un pays divisé entre descendants de propriétaires d’esclaves et descendants d’esclaves, entre France et Afrique, français et créole, catholiques et vaudouisants, peaux claires et peaux foncées, urbains et ruraux, une poignée de très riches et une vaste majorité de très pauvres. »

L’intrigue se joue dans le sud-ouest de l’île, à Jérémie, ville de 40 000 habitants oubliée par les instances gouvernementales, laissée dans l’isolement de manière délibérée afin que le sénateur local puisse continuer ses affaires de transferts de narcotiques vers les USA et l’Europe et coupée de communications depuis la terrible époque de Baby Doc Duvalier et de ses tontons macoutes pour des suspicions d’activités révolutionnaires. De l’électricité, trois ou quatre fois dans l’année et pour seulement quelques heures en soirée, ville côtière où on mange du poisson en boîte péruvien, région agricole de l’île où on meurt de faim et pas une seule route pour rejoindre Port-au- Prince.

De la rencontre puis l’amitié entre Terry White le flic ricain en mission en Haïti pour regonfler ses finances (lucratives missions de l’ONU) et Johel Célestin juge haïtien, va naître ce projet  de route financée par le Canada et qui permettrait de mettre un terme à l’isolement, à l’autarcie forcée. L’union de leurs forces doit pouvoir leur permettre de vaincre mais c’est sans compter avec la passion soudaine de Terry pour l’épouse du juge, personne particulièrement énigmatique au passé très lourd. A deux heures d’avion de Miami, on se bat pour une route, pour un peu d’électricité, pour un dentiste, un médecin, pour un minimum vital qui n’est pas assuré, qui n’est pas accordé pour ne pas nuire aux intérêts de plus pourris.

« Dieu ne tue personne en Haïti » est un très recommandable roman politique montrant Haïti dans sa misère, sa corruption, son épuisement mais aussi les dernières énergies vives, les derniers  fugitifs espoirs d’un monde un peu moins dégueulasse. La plume experte de Berlinski montre et démontre, expose, décortique, explique, analyse en intégrant dans son propos de judicieux compléments historiques, géographiques, politiques, sociologiques voire folkloriques, toujours à bon escient et au bon moment avec la grande préoccupation de justesse  mais sans jamais oublier les aspects bouffons de la politique des Nations Unies, de l’aide dite humanitaire internationale, dans une période électorale particulièrement propice aux débordements de toutes sortes, violents, tordus comme singuliers, pointant plus d’une fois ce simulacre de démocratie, cette supercherie orchestrée depuis des décennies par le pouvoir et les puissants.

Au sein d’une galerie de personnages particulièrement bien dépeints, sans manichéisme, Berlinski glisse la dramatique qui va se jouer entre les deux hommes et l’iconique Nadia dont la personnalité, la volonté resteront, pour moi, finalement aussi mystérieuses que pour eux. Cette « idylle »,  bien qu’essentielle au déroulement de l’histoire, m’a paru moins au diapason, moins au zénith que le reste du roman. Misha berlinski, propose souvent un beau et respectueux regard pudique, discret, distancié des situations, faisant vivre pleinement son texte en multipliant les canaux d’information, variant les émetteurs, proposant des pistes plus ou moins crédibles, de la belle ouvrage digne des plus grands…

Portrait particulièrement fouillé et souvent tendre de Haïti et des Haïtiens , « Dieu ne tue personne en Haïti » s’inscrit pleinement en plaidoyer d’un pays damné de la Terre au sein d’une intrigue politique originale racontée avec beaucoup de talent mais aussi de retenue, de pudeur.

Éclairant.

Wollanup.

 

 

JACQUI de Peter Loughran / Tusitala.

Traduction: Jean-Paul Gratias

« Je ne m’étais pas si mal conduit envers elle d’ailleurs. Oui, je l’avais tuée, mais on doit tous mourir un jour. C’est inévitable. Je ne lui avais rien fait qui ne lui serait pas arrivé un jour ou l’autre, de toute façon. »

Peter Loughran n’avait qu’un seul roman à son actif en France, le culte “London Express” sorti à la Série Noire en 1967 et qui fut au cœur d’une polémique autour de la paternité de l’oeuvre, certains pensant que c’était l’éditeur Pierre Duhamel qui l’avait lui-même écrit sous pseudonyme. Auteur bien mystérieux, Loughran, a depuis complètement disparu de la circulation, personne ne sait ce qu’est devenu cet auteur né en 1938 à Liverpool. On peut d’ailleurs lui trouver une certaine ressemblance avec un dénommé John Lennon, autre figure liverpuldienne célèbre au destin tragique.

“Jacqui” est un roman de 1984 exhumé par les éditions Tusitala comme tant de bons romans sortis avec une trop grande parcimonie par cet éditeur. Nyctalopes étant actuellement victime d’attaques sur notre objectivité de la part de médiocres jaloux et d’aigris séniles, d’abord merci à ses pauvres bouffons, clodos du web, parce que bien plus que la calomnie, c’est l’indifférence des lecteurs qui plombe un blog et donc, par ailleurs , plus aucune raison de se priver pour faire des éloges sans ambiguïtés aux maisons d’édition qui nous font vraiment kiffer. Et Tusitala, pour les amateurs de Noir, très loin du mainstream imposé et abondamment encensé, c’est vraiment, à chaque fois, du premier choix. Bon, c’est vrai que parfois, la lecture pique un peu, cogne gravement, ébranle, dérange, tout est histoire de tolérance à l’horreur racontée dans ces tranches de vie de familles foutraques ricaines ou britanniques comme dans “Jacqui”.

Jacqui, c’est la petite copine du narrateur, chauffeur de taxi londonien, cockney réac de base, râleur, moralisateur, profondément misogyne, et prototype de l’ Anglais moyen des années 80 voulant créer une famille heureuse avec enfants jouant le soir dans le jardin sous le regard attendri et attentif  de leur mère, tous attendant le retour du taxi héros.

Le narrateur a mis Jaqui enceinte et peu importe qu’elle soit en train d’entamer comme sa grand-mère, sa mère et sa soeur une carrière de prostituée, il l’épousera et la fera retrouver le droit chemin de la vie par son exemple et les leçons qu’il lui prodiguera. Mais la môme a dix huit ans, n’en a rien à foutre de son mec, de sa maternité, veut vivre sa vie et surtout baiser comme bon lui semble et le plus souvent possible de manière rémunérée ou pas. Notre héros est un peu à l’ouest et bien sûr, il va finir par tuer Jaqui et on le sait dès l’entame car le roman commence par un cours magistral mais didactiquement pointu sur les différentes manières de se débarrasser d’un corps… à hurler de rire, un pur moment de rock n’ roll, du noir qui tache durablement.

Dans une première partie, le narrateur nous raconte et c’est souvent hilarant son histoire avec Jacqui jusqu’à ce qu’il l’étrangle. Doté d’une morale proche de la nôtre et parfois ses discours font mouche, notre taxi est néanmoins différent, s’offusque de choses insignifiantes et accommode d’épisodes particulièrement humiliants créant des passages vraiment hilarants.

Dans une deuxième partie du roman qu’il est préférable de lire loin des repas, nous suivons la quête du héros pour se débarrasser du corps de Jacqui et de celui du fœtus … et là, c’est quand même, sans être franchement gore dans les descriptions, suffisamment duraille pour légitiment épouvanter les lecteurs les plus fragiles ou les moins habitués à ce genre de romans aux outrages à outrance.

“Jacqui”, par son humour noir, par sa vision d’un mec qui passe d’un état de folie latent à un explosion de démence, est un roman qu’on ne mettra pas entre toutes les mains mais qui offre un très, très grand moment de lecture, un vrai, au lecteur averti.

Pépite!

Wollanup.

PASSAGE DES OMBRES d’ Arnaldur Indridason / Métailié noir.

Traduction: Eric Boury.

Avec “Passage des ombres”, l’écrivain Arnaldur Indridason termine de  belle manière une trilogie des ombres consacrée à l’Islande pendant l’occupation des troupes britanniques et américaines pendant la seconde guerre mondiale. Ce cycle met en vedette deux enquêteurs Flovent et Thorston finalement assez quelconques dans le premier opus et beaucoup plus attachants dans ce final. Il est à noter qu’il n’est absolument pas nécessaire d’avoir lu les deux précédents romans pour apprécier pleinement celui-ci qui s’avère, ma foi, d’un bon niveau.

“Un vieil homme solitaire est retrouvé mort dans son lit. Il semble avoir été étouffé sous son oreiller. Dans ses tiroirs, des coupures de presse sur la découverte du corps d’une jeune couturière dans le passage des Ombres en 1944, pendant l’occupation américaine.
Pourquoi cet ancien crime refait-il surface après tout ce temps ? La police a-t-elle arrêté un innocent ?
Soixante ans plus tard, l’ex-inspecteur Konrad décide de mener une double enquête. Jumeau littéraire d’Erlendur, il a grandi en ville, dans ce quartier des Ombres si mal famé, avec un père escroc, vraie brute et faux spirite. Il découvre que l’Islande de la « situation » n’est pas tendre avec les jeunes filles, trompées, abusées, abandonnées, à qui on souffle parfois, une fois l’affaire consommée, « tu diras que c’était les elfes ».”

Bien sûr, pour apprécier Indridason, il faut s’intéresser un tant soit peu à l’Islande, île pas franchement rock n’roll sous la plume de l’auteur islandais, et aimer les polars d’investigation aux enquêtes précises, minutieuses, lentes et basées essentiellement sur les témoignages de personnes âgées voire très âgées mémoires de meurtres non élucidés très anciens, les « cold cases ».

Indridason est un grand auteur de polars, c’est une évidence, mais qui produit beaucoup et parfois la construction peut fatiguer ou plutôt lasser tant la machine ronronne en mettant bien (trop) en avant la fibre émotionnelle, la compassion, l’empathie pour les oubliés, les déshérités.

Dans la plupart de ses romans Indridason raconte, décrit les heurs et malheurs d’une minorité islandaise bafouée  ou marginale, et dans celui-ci, il montrera le choc de la rencontre des jeunes Islandaises avec les soldats ricains et plus particulièrement le triste destin de jeunes filles ayant rêvé de la lune, abusées, tuées ou disparues. Les premiers romans d’Indridason mettant en scène l’excellent flic Erlendur comme “la cité des jarres”, “la voix”, “la femme en vert” sont les plus convaincants et si la qualité d’écriture reste, les histoires du maître islandais ne sont plus toujours à tomber, reconnaissons donc la grande qualité de “Passage des ombres” qui séduira certainement les fans de la première heure et qui peut représenter une bonne entrée en matière pour les néophytes.

Rendez-nous Erlendur!

Wollanup.

 

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