Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Chouchou (Page 9 of 19)

QUE DIEU ME PARDONNE de Philippe Hauret / Jigal polar.

Il y a le blanc et le noir, il y a le yin et le yang, la raison et l’action, la radicalité et l’humanisme, il y a la componction et l’impénitence. Les dualités sont au cœur constant de notre société et pour certains ce sont des occasions de construire et pour d’autres d’anéantir. Tout un chacun possède cette capacité de réflexion dans cette dimension inextinguible d’évolution au sein d’une communauté. On se retrouve face à des personnages qui s’opposent par leurs classes sociales, leurs statuts professionnels et sociales, leurs visions de l’existence. L’enquête n’est pas le cœur du récit et les flics ont « naturellement » en leur sein les personnalités disparates constituant notre société. Et l’engrenage impitoyable noir de jais broiera des trajectoires, des rêves, anéantira des idéaux, révélera des déviances lytiques.

« Ici, une banlieue tranquille, un quartier résidentiel et ses somptueuses maisons dans lesquelles le gratin de la ville coule des jours paisibles… À quelques encablures, une petite cité, grise et crasseuse. Avec sa bande de jeunes désœuvrés qui végètent du matin au soir. Deux univers qui se frôlent sans jamais se toucher.

 D’un côté, il y a Kader, le roi de la glande et des petits trafics, Mélissa, la belle plante qui rêve d’une vie meilleure… De l’autre, Rayan, le bourgeois fortuné mais un peu détraqué… Et au milieu, Mattis, le flic ténébreux, toujours en quête de rédemption.

 Une cohorte d’âmes égarées qui n’auraient jamais dû se croiser… Des destins qui s’emmêlent, des illusions perdues, des espoirs envolés… Et puis, cette petite mécanique qui se met en place comme une marche funèbre… implacable ! »

Sans coup férir le saut dans la mer banlieusarde est profond et rude. Tout aussi prestement, on s’attache à des personnages qui suintent le bon faisant face au désarroi, au désoeuvrement, à l’absence de part onirique ou à son excès. Les hommes se livrent pour se délivrer d’un carcan instrumentalisé par nos politiques déracinés du terrain de  nos quotidiens. C’est bien dans ce condensé littéraire d’une réalité crue que Philippe Hauret puise le message d’espoir d’une société exsangue, gangrenée par l’arrivisme, l’abandon de valeurs, le refus d’accepter et de comprendre son prochain.

La lumière attire les borgnes et l’angélus refoule les parvenus. Sans parasite, le récit se tend d’une inéluctable dramaturgie en invectivant son lecteur d’une salvatrice parabole grattant la preuve que la clarté est universelle. Et de nouveau, au travers d’un personnage déchiré par un trouble dissociatif, Rayan, les symboliques récurrentes de nos sociétés émergent, trouvent appui, pour perpétrer l’irréparable.

La nuance est vaine, la réalité est dure, sans écho, sans ébauche d’une quelconque leçon. Le drame est ancré et Hauret cloue au pilori nos immuables oppositions vérolées d’une concorde.

(petit bémol pour l’avant dernier paragraphe semblant sorti de nulle part et brisant quelque peu la cohérence, de fil directeur)

Que Dieu lui pardonne, ça reste à voir !…

Contrition ravageuse d’un cumulus gonflé d’une haine ébène.

Chouchou.

 

LE DERNIER PÉCHÉ de Rebecka Alden / Denoël.

Traduction : Lucas Messmer (suédois)

 

« Vous pensiez qu’il n’existait que sept péchés capitaux? Voici le huitième, et il est redoutable…
Brillante auteure et conférencière, Nora sait convaincre son public que le bonheur et la réussite sont à la portée de chacun, pour peu que l’on s’en donne la peine.
Ce bonheur, elle a décidé de le construire après son accident, survenu dix ans plus tôt lorsqu’elle est tombée du septième étage et a miraculeusement survécu.
Elle vit à présent avec son mari, Frank, qui est aussi son agent, et leurs deux enfants, dans un quartier résidentiel cossu. Une fois par an, Nora organise pour tout le voisinage une somptueuse fête où elle joue à merveille son rôle d’hôtesse.
Mais ce tableau idyllique est un jour bousculé par l’arrivée de Klara, qui s’installe dans la maison d’en face. Alors que Nora s’attaque à son prochain best-seller – un roman sur les sept péchés capitaux –, Klara se montre une voisine de plus en plus présente. Charmante et gaie, elle séduit tout le monde. Seule Nora ressent un profond malaise. Petit à petit, des fragments de son passé lui reviennent et un soupçon se met à la hanter : et si cette chute, dix ans plus tôt, n’avait pas été accidentelle? »

La proposition était alléchante, elle possédait des atouts. Mais l’emballage présente plus d’attraits que la confiserie.

Un couple mène une existence quasi bucolique dans un cadre où voisinage et activités professionnelles communient dans un bel équilibre. Celui-ci se rompt à l’apparition d’une étrange résidente. La vie de Nora jouit de même d’une cadence, de réglages dignes des plus illustres horlogers helvétiques. Mais voilà cette dérangeante voisine instillera le grain de sable dans le mécanisme huilé. Et le temps printanier laissera la place à un climat gris et tumultueux. Entre analyse psychologique déroutante et suspense pavé d’évidences lestes, le récit se veut tel une toile arachnéenne.

Le rythme de sa lecture et sa construction ne sont pas à mettre en cause, elle se montre fluide et aérée, mais c’est bien plus dans l’équilibre et le manque d’originalité que le récit faillit. L’intrigue n’en est pas une et souffre d’ incohérences et d’absence de tension percussive. Les impostures, la veulerie humaine étaient le cadre d’un roman qui aurait pu, qui aurait dû imposer un tempo différent et surtout une consistance affirmée.

L’incise entre le tourbillon,Charybde, et le récif, Scylla, s’oppose par ce biais et l’accord de la raison et de la foi permet de mettre en évidence une situation qui se dégrade de manière inéluctable. Évoquée dans le livre l’image est bien réelle et adaptée sans pour autant nous délivrer ce message sous son meilleur prisme dans sa mise en abîme.

J’en ai, probablement, trop attendu et du coup la déception n’en est que plus marquée…

Noir Clair.

Chouchou.

COYOTE de Colin Winnette / Denoël.

Traduction : Sarah Gurcel (Etats unis)

La perte d’un enfant c’est un démembrement, c’est une déchirure irréversible,  c’est une acidité qui ronge les entrailles et délite l’âme. Un couple désincarné sorti d’un cadre localisable se voit faire face à ce drame. Mais les zones d’ombres existent, persistent. La dissection de cette tragédie accouche d’un roman noir où le répit n’a pas sa place dans cette nerveuse novella. Colin Winette a voulu façonner un mégalithe dans l’abrasion dans l’éclat de la percussion pour en extraire une poudre âcre, putride.

« Quelque part au cœur de l’Amérique, dans une bicoque isolée au fond des bois. Des parents couchent leur fillette de trois ans, comme tous les soirs. Le lendemain matin, ils trouvent un lit vide. La petite a disparu sans laisser de traces. La mère raconte les jours qui ont suivi : les plateaux télé sur lesquels ils se rendent, avec son mari, pour crier leur désespoir, l’enquête des policiers, puis le silence, l’oubli. Mais la mère dit-elle toute la vérité? 

Maniant la plume comme un Poe des temps modernes, Colin Winnette nous laisse entrevoir les divagations d’un esprit détraqué, d’autant plus angoissantes que cette mère est aveugle à sa propre folie. Coyote est un conte sur la noirceur et la folie des hommes, un roman profondément marquant, difficile à lâcher et encore plus à oublier.

Un conte noir et cruel, made in America. »

Colin Winette natif du Texas a reçu de nombreux prix aux Etats-Unis pour ses romans et nouvelles.

L’histoire prend sa source d’une banale horreur et se développe sur un postulat basique et logique. Les questions s’imposent sur les circonstances de la disparition, sur les stratégies à mettre en œuvre pour tenter de résoudre l’énigme, sur la faculté à continuer de vivre en pareil contexte. On assiste aux réactions du couple dans leurs ambivalences, dans leurs oppositions face à ce drame. La violence est ancrée dans ces lignes suintant la mélancolie, suintant la rage, suintant le déni, suintant le refus d’abdiquer tout en creusant inexorablement un tertre dans les sentiments contradictoires de deux êtres lacérés.

La vivacité du récit imposée par son géniteur dénote de la lourdeur des esprits du couple, il raye ou hachure de la léthargie de parents reclus dans une peine artésienne. Bien que l’on soit les spectateurs de scènes paradoxales où les conventions s’affolent et se réduisent au silence, imparablement la dichotomie entre souffrance et vie du quotidien s’affiche et se distingue dans une inexorable lassitude de la souffrance intérieure, viscérale.

Coyote être esseulé qui exprime son existence dans la rudesse de son isolement sans outrepasser sa responsabilité nucléaire et affective.

Rugosité acrylique d’une vacuité filiale !

Chouchou.

OBSESSIONS de Luana Lewis / éditions Denoël.

Traduction : Arnaud Baignot (Anglais)

Obsessions où les illusions évanouies sont au cœur d’un récit, aux abords basiques,  qui nous renvoie à différentes lectures, à des prismes de compréhension plus complexes qu’il n’y paraît. La mort brutale d’une jeune femme inscrite dans une existence semblant voguer sur des flots calmes et limpides se révélera d’une toute autre version en déroulant le fil d’Ariane lesté de plaies chroniques d’une âme marquée. Les protagonistes se trouveront, eux aussi, dans un espace de flottement en cherchant à extraire  le vrai du faux…

« Suicide tragique ou meurtre parfait?

Belle à se damner, mère de famille comblée, Vivien fascine les hommes autant que les femmes. Pourtant, sous les apparences se cache une personnalité rongée par les TOC. Poids, amis, famille, Vivien contrôle tout d’une main de fer. Le jour où on retrouve son corps sans vie dans Regent’s Canal à Londres, tout porte à croire qu’il s’agit d’un suicide.

Comme si de jolis mensonges cachaient de bien vilaines réalités… »

Une mère est dans une impasse émotionnelle dans son travail de deuil. Elle fait alors appel à un ancien journaliste qui se trouve lui-même dans un contexte similaire. Ils cherchent à retisser une trame à leurs vies dans cette nécessaire acceptation de la perte du sang de son sang.

Sur un rythme cadencé, basé sur des paragraphes courts jonglant sur différentes phases de la vie de Vivien, on accède rapidement et naturellement à l’idée générale de l’auteure cherchant à démontrer qu’un fait évident masque bien souvent une réalité opacifiée par un présent trompeur. L’interprétation initiale de la découverte du corps de Vivien dans sa trajectoire semble transpirer l’évidence, les évidences, mais avec célérité les masques se craquèlent pour présenter une figure où le doute s’inscrit. Sans jamais se départir d’une conclusion hâtive et logique on se prend à dévoiler les travers d’une vie jouxtant celle d’une amie au profil psychologique dissociatif. On est régulièrement étonné par ce que le passé peut influer sur un présent et un futur intriqués et on accède à des vérités troublantes, dérangeantes sur ces conséquences.

Au départ, l’histoire est banale et sans grande originalité, elle arrive progressivement sans lâcher le lecteur par des certitudes de plus en plus floues. C’est sur ce point que réside l’intérêt de cet ouvrage, comme je le précisais précédemment, à plusieurs entrées, à plusieurs analyses. Sans nul doute j’ai été harponné autant par l’écriture que par la description d’interactions familiales conférant une ambiance instillant le doute, la désaffection d’une évidence bien trop marquée.

Sur les différentes thématiques abordées que sont l’héritage psychologique mère/fille, la recherche de descendance, la grossesse, la faculté de paraître en société, la convoitise en amitié, le deuil et sa reconstruction, Luana Lewis sait les cerner de par, probablement, sa profession de psychologue clinicienne.

Cherchez la femme… vous trouverez le mobile ou la genèse du drame…. !

Chouchou.

JOURS BARBARES de William Finnegan / Editions du sous-Sol

Traduction : Franck Reichert (Etats-Unis)

JOURS BARBARES est un livre de chevet dans le sens où on aime le retrouver pour se (re)plonger dans le récit d’une vie, dans le récit d’une passion intangible, dans le récit d’une société en miroir des yeux de Finnegan. Le surf n’est pas qu’un sport codé, il est un style de vie bardé de clichés, empesé de raccourcis et de méconnaissances patentes. A la lecture de cet ouvrage on s’interrogera nettement moins sur les us et les coutumes de passionnés épris de liberté, d’aventures guidées par le seul instinct de LA vague qui les emportera vers la félicité, dans un tourbillon extatique d’apesanteur, d’esthétique, de chaînes rompues les reliant au conventionnel abhorré.

« Le surf ressemble à Un sport, un passe-temps. Pour ses initiés, c’est bien plus : une addiction merveilleuse, une initiation exigeante, un art de vivre. Élevé en Californie et à Hawaï, William Finnegan a commencé le surf enfant. Après l’université, il a traqué les vagues aux quatre coins du monde, errant des îles Fidji à l’Indonésie, des plages bondées de Los Angeles aux déserts australiens, des townships de Johannesburg aux falaises de l’île de Madère. D’un gamin aventureux, passionné de littérature, il devint un écrivain, un reporter de guerre pour le New Yorker. À travers ses mémoires, il dépeint une vie à contre-courant, à la recherche d’une autre voie, au-delà des canons de la réussite, de l’argent et du carriérisme ; et avec une infinie pudeur se dessine le portrait d’un homme qui aura trouvé dans son rapport à l’océan une échappatoire au monde et une source constante d’émerveillement. Ode à l’enfance, à l’amitié et à la famille, Jours Barbares formule une éthique de vie, entre le paradis et l’enfer des vagues, où l’océan apparaît toujours comme un purgatoire. Un livre rare dont on ne ressort pas tout à fait indemne, entre Hell’s Angels de Hunter S. Thompson et Into The Wild de Jon Krakauer. »

William Finnegan a acquis ses galons de journaliste lors de la guerre civile au Soudan, en Afrique du Sud pendant l’Apartheid, dans les Balkans ou à Mogadiscio. Ses reportages sur les théâtres d’opérations sont le fruit de longues immersions et de patientes observations, ou, comme il aime à le résumer : “Je fouine, je parle aux gens, j’attends.” Il a reçu en 2016 pour Jours Barbares le prestigieux Prix Pulitzer.

La maîtrise et/ou les bases de cette activité sportive aquatique n’est aucunement requise. L’auteur n’a pas la volonté de nous inculquer ses rudiments mais au fil de l’eau et des pages on apprivoise les éléments en se prenant au jeu des techniques des pratiquants. C’est aussi par ce contexte que s’opère l’attachement à leurs rythmes de vies et à leurs quêtes semblant éternels. Il existe bel et bien une corrélation, immuable et inflexible, entre milieu naturel et code de conduite pour ne faire qu’un avec cet élément qui vous accueille ou vous expulse. Mais le récit n’est donc pas, et surtout pas, que cette projection dans ce monde quasi privatif. Il offre le reflet d’époques jalonnant le parcours de Finnegan. En balisant ses escapades terrestres par la description ethnologique et sociétale, il nous délivre le message cartographié d’un globe variant à l’envi les rites, les cultures, des éducations basés sur les pilotis multi-séculaires de la tradition et la prépondérance du respect de celle-ci. « JOURS BARBARES » est le livre universel d’un monde basé sur l’humain bardé de ses héritages, codifié par un passé structurant. Il est aussi le beau reflet irisé d’un parcours parsemé de saines amitiés, d’amours nostalgiques, de rencontres fondatrices, de croisements initiatiques qui scellent le sens d’une vie.

La vie de Finnegan est justement ce besoin inconscient de cette quête humaine lui permettant de se chercher, au même titre que débusquer le spot le plaçant face à ses doutes, ses interrogations, afin de se prouver que le chemin reste perpétuellement sinueux, qu’il est jalonné de carrefours où le choix de la direction revêt un axe fondamental pour certains et un fatalisme pour d’autres. Les personnalités qui auront gravité autour de sa constellation au rythme des marées illumineront sa destinée qu’il le veuille ou non. Et c’est dans cette force de liens inaliénables qu’il puise son énergie, qu’il trace son sillon, qu’il exprime son caractère dans sa profonde capacité mimétique aux milieux géographiques et de ses congénères traversés.

Fabuleux écrit d’une passion et chronique d’époques vécues sur le fil d’une existence pleine et forte.

POINTBREAK

Chouchou.

CABARET BIARRITZ de José C. Vales / Denoël

Traduction : Margot Nguyen Béraud.

Biarritz, chiberta son golf, la chambre d’amour d’Anglet la ville limitrophe, le lieu de villégiature de l’impératrice Eugénie, le rocher de la Vierge, son image estampillée d’une certaine bourgeoisie et d’un goût assumé pour l’ostentatoire revêtait une place de choix à la Belle Époque. Et cette Belle Époque n’offrait pas que l’exclusivité du grand mais était nécessairement le carrefour d’inégalités, le lieu de passage et d’une certaine cohabitation de différentes couches sociales. On est donc plongé dans ce Deauville basque aux prises avec un drame qui attise les velléités journalistiques à la rubrique des chiens écrasés.

« 1938. Georges Miet, un jeune écrivain fougueux, se lance dans l’écriture d’un roman sur un drame survenu à Biarritz près de quinze ans auparavant : le corps d’une jeune libraire retrouvé dans le port avait plongé la ville dans un profond émoi. Il en est sûr, ce roman sera son chef-d’œuvre.

Georges commence alors son enquête dans l’élégante station balnéaire. Il interroge tous les acteurs de la frétillante cité – employés de maison, grands bourgeois, gendarmes, journalistes et bonnes sœurs –, nous faisant pénétrer dans l’alcôve sombre d’une bourgeoise de province, mais aussi dans les cabarets, les bordels de luxe et les restaurants les plus chics. »

Né en 1965 l’auteur a étudié la littérature espagnole à l’université de Salamanque se spécialisant par la suite dans la philosophie et l’esthétique de la littérature romantique. Cet ouvrage a reçu le prix Nadal (pendant du prix Goncourt français) en 2015.

C’est sous la forme d’une enquête documentaire d’un gratteux du nom de Georges Miet que le récit se présente en s’attachant à narrer la tragédie, « une tragédie », par les paroles et visions de différents protagonistes plus ou moins proches de la suppliciée. De ce défilé de personnages l’on perçoit aussi , et surtout, la description d’une époque, d’une société, d’un temps qui parait plus de l’enveloppe que du contenu. L’esprit volage mêlé aux plaisirs artificiels accentuait un trait vouant à creuser le fossé dans cette communauté spastique de son rang ou de son sang. Déterminisme d’une place dans la société et croquis enjoliveur médiatique fondaient cette ère, mais a t-elle évolué ?

Avec un amusement réel d’écriture mêlé à une volonté de retranscription stylistique collant à ces années, l’auteur nous livre un tableau figuratif montrant son adéquate documentation. Sa plume virevolte, sa pensée est cadrée afin d’y développer les détails d’une histoire dans l’Histoire. Il y a beaucoup de vies dans ces lignes, beaucoup d’images idéalisées de ces années folles laissant des existences sur le bord des rives.

Un cabaret possède une bien belle devanture or l’arrière scène recèle parfois de pathétiques vérités. Biarritz et cabaret sont donc deux termes, un  commun l’autre propre, possédant de bien consternantes similitudes.

Écriture acérée qui sait se départir du drame inhérent et se montrer légère afin d’accentuer ce contexte.

Beau livre d’époque, sociétal et littéraire !

Chouchou.

JADIS, ROMINA WAGNER de Naïri Nahapétian/ éditions de L’Aube Noire

La psychanalyse peut ouvrir des portes, des accès plombés par ces intérêts politiques ou stratégiques échappant à l’individu dans une dimension personnelle. Romina ne dérogera pas à cette litanie inféodant notre environnement de ce manipulateur prisme pour cet illusoire intérêt supérieur. Son activité professionnelle ainsi que celle de son époux les imprègnent de ce paradigme et la découverte de leur implication dans une activité parallèle les plongent alors dans un désarroi. Celui-ci se présentera comme un révélateur de sentiments intrinsèques constitutifs de leurs parcours de vie.

« Romina Wagner a toujours fait l’objet de rumeurs plus ou moins farfelues. Aussi, quand elle évoque auprès de son psychanalyste une drôle d’ambiance sur son lieu de ­travail, celui-ci n’y prête que peu d’attention. « Qui ­pourrait en vouloir à cette belle femme d’origine roumaine, ­ingénieure au sein de Microreva, une entreprise de haute techno­logie ? » se dit Moïni, un Iranien qui pratique des thérapies alternatives pour la clientèle huppée du quartier de la Butte-aux-Cailles, à Paris. Jusqu’à ce que l’étrange Parviz lui dérobe le dossier de sa patiente. Romina, bientôt accusée d’espionnage industriel pour le compte de puissances étrangères, plonge dans un cauchemar ­paranoïaque et ne peut plus faire confiance à personne, et surtout pas à son mari…

C’est Florence Nakash, de la DGSE, qui a pour mission de tirer cette affaire au clair. »

Naïri Nahapétian est née en 1970 en Iran, pays qu’elle a quitté après la révolution islamique. Journaliste free-lance durant quelques années, elle a fait de nombreux reportages en Iran pour de nombreux journaux. Elle travaille actuellement pour Alternatives économiques, et a publié un essai intitulé “L’Usine à vingt ans”, “Les Petits matins” 2006, “Qui a tué l’Ayatollah Kanuni?” et “Dernier refrain à Ispahan”, Liana Levi 2009 et 2012. Ainsi qu’aux éditions de l’Aube Noire “ Un agent nommé Parviz ” en 2015 et “ Le mage de l’Hotel Royal ” en 2016.

De part cet écrit où se mêlent espionnage et contre espionnage, ce diptyque enfantera de véritables questionnements sur la valeur ajoutée de l’innovation technologique, sur les rapports humains découlant de ces mutations altérant notre quotidien et les interrogations éthiques légitimes. Intrications, interpénétrations dans sa vie personnelle engendreront une mise à plat de ses engagements. Les facultés de Romina dans son secteur scientifique contrebalancées par les intestines luttes de pouvoir et cette volonté de tirer un profit contraire à sa déontologie la plongent dans un marasme affectif et émotionnel.

L’auteur semble avoir retranscrit une vérité d’officines oeuvrant tantôt à un équilibre de notre monde fracturé, tantôt à son déséquilibre impulsé par le joug de la puissance politique. En s’attachant à décrire les profils psychologiques des différents protagonistes peuplant l’ouvrage, elle commet un point gagnant en donnant une profonde humanité dans un contexte ayant tendance à l’exclure. De part cette qualité où elle inscrit ses personnages dans ce jeu d’échecs complexe avec ce souci constant de les faire évoluer avec leur passé, les affres du présent et leurs solutions, leurs issues pour leur, pour un avenir.

Analyse psychologique sensible et fine d’un récit sous marin.

Chouchou.

LA SOIF de Pierre-François Moreau / La Manufacture de livres.

L’ Andalousie, la région méridionale hispanique où la calorimétrie rivalise dangereusement avec des zones équatoriales, se pâme de son voisinage quasi juxtaposé Marocain. Cette proximité ouvre des opportunités et ces opportunités ont la couleur du blé. Mais dans cette étuve, que l’on pourrait qualifier d’inhospitalière, la valeur de l’eau n’a pas que des vertus physiologiques, elle possède « paradoxalement » le pêché du fruit mercantile…

« Un petit village d’Andalousie devient l’épicentre de destins liés malgré eux par une chaîne invisible, un stock d’eau minérale frelatée. Il y a Victor le pharmacien, pris malgré lui dans ce trafic avec son ami Antonio, Mounir, évadé de la prison de Tanger, qui cherche à se venger de Zerfouni, parrain de la mafia dont les affaires sont entachées par les frasques de sa fille Fatima. »

Pierre-François Moreau a publié chez différents éditeurs, il a aussi collaboré aux mensuels, hebdos, quotidiens comme reporter et chroniqueur littéraire. Depuis 2006 il travaille à des documentaires comme scénariste et script doctor, notamment pour la Huit production.

C’est dans cet espace et dans ce marché juteux de commerces diversifiés licencieux que s’entrelardent, s’entredéchirent, s’entreprennent des familles mafieuses cherchant tantôt à créer des alliances, tantôt à s’accaparer des secteurs et des activités nouveaux afin d’affirmer leur soif perpétuel hégémonique. Et au milieu de ce marigot coule une rivière ? Mais non, encadrées par ces entités, une population, qui n’est pas vierge de tout soupçon, ploie plus ou moins dans ce délétère univers. Le prévaricateur ensemble griffonne alors une bande dessinée de freaks telles CRUMB les magnifiaient.

Il est d’évidence que le bucolique est versé aux cul-de-basse-fosse et autant par le climat météorologique que le climat malsain des autochtones us on s’expose à une irrémédiable diaphorèse pouvant s’avérer létale. Langue saburrale, xérostomie, les signes vitaux virent au rouge et la thérapeutique basique et naturelle aqueuse semble la stratégie adéquate mais voilà…

Outre les références sus citées, on pourrait y discerner comme un cocktail détonnant hybride de production cinématographique  des frères Coen, délaissant leur paysage jouant avec le zéro celsius, et un Tarantino s’invitant dans un caravansérail de lubriques, d’hommes de peu de foi(e) ni lois, où l’on pourrait y croiser M. Pink ou un major Marquis Warren.

C’est comme le martèle l’auteur que l’ambiance empreinte d’une munificence débridée, dépravée attache bien le récit à cette sensation, ce ressenti typique du noir qui puise sa richesse, tel un gisement aurifère, dans son combat constant, inflexible d’une description baroque d’une région où pointe les travers, l’avidité, les faiblesses de la nature bipède.

En somme une Guinness bien sombre surmontée d’un fin galurin de mousse dense où le panache stylistique confère de la mâche, collant au palis et au godet laissant l’amertume tenace qui, paradoxalement ou pas, affole nos sens.

Plume incisive, sèche, avec une pointe verte défiant le contexte.

Percutant !

Chouchou.

MAUDIT PRINTEMPS de Antonio Manzini / Editions Denoël Sueurs Froides

Traduction : Samuel Sfez.

 

Le sous-préfet Schiavone, chaussé de Clark’s et vêtu d’un loden élimé, pensait se complaire dans le ronron de la vallée d’Aoste. Mais voilà quand le kidnapping d’une jeune lycéenne, issue de la bourgeoisie locale, réveille les sens aigüs du flic bougon, possédant la faculté de répartis cinglantes, son idylle avec cette ville inhospitalière et terne à ses yeux s’infléchira. Entre notables et coreligionnaires épousant les personnages types de la commedia dell’arte, l’enquête s’imprègnera du lieu mais aussi et surtout de caractères qui suffiront à décrire des scènes authentiques, jonglant entre comédie et soif de résoudre le problème posé sur le bureau de Schiavone.

« Chiara Breguet, héritière d’une riche famille d’industriels du Val d’Aoste, étudiante brillante admirée de ses pairs, n’a plus donné de ses nouvelles depuis plusieurs jours.Persuadé que cette disparition est inquiétante, Rocco Schiavone se lance dans une course contre la montre pour sauver la jeune femme et découvrir ce que dissimule la façade impeccable de ce milieu nanti. Pendant ce temps, la neige tombe sur Aoste en plein mois de mai, et cette météo détraquée ne fait qu’exacerber la mauvaise humeur légendaire de Rocco. »

Si l’homme est plus Ours mal léché, ou Lama velléitaire, que chat à moteur diesel c’est bien plus pour dérouter ses congénères. Derrière sa sécheresse et son acidité s’opacifie inconsciemment une suavité, un pan liquoreux travesti, qui montre, de manière parcellaire, sa volonté de se protéger, de ne pas se livrer corps et âme. Il a ses tiroirs, au propre comme au figuré, le faisant évoluer, le plus souvent intérieurement, dans des dimensions proches d’un psychédélisme salvateur de son équilibre du quotidien qu’il veut, sans se l’avouer, complexe. Ses facettes à plusieurs lectures forment un être qui a le sens du devoir avec sa déontologie, ses manières bravaches, en évoluant autour de son monde avec exigence mais aussi avec une adaptation pour chacun.

Manzini privilégie de par sa faconde stylistique le balancement entre burlesque et sérieux contextuel. Il nous ouvre les portes tutélaires d’une agora typique de l’Italie et l’on se prend au jeu avec délectation dans ces descriptions où l’on visualise avec netteté les gestes, les intonations, la volubilité, la part grandiloquente d’une culture mâtinée d’une Histoire forte, indélébile. Sans conteste la série avec ce personnage récurrent de Rocco tient le rythme, tient le lecteur par les sentiments et l’attachement à l’univers centré sur celui-ci. Pas de bavures sur les traits sérigraphiés, pas de mezzo forte dans le ton, un juste équilibre dans le tempo et sa mélodie chantonnant un air entêtant, projetant une carte postale saisissante de cette société qui n’occulte en aucune manière ses travers, sa déliquescence commune à nos nations contemporaines.

Addictif et accrocheur !

Chouchou.

LE DIRECTEUR N’ AIME PAS LES CADAVRES de Rafael Menjivar Ochoa/ Quidam éditeur

Traduction : Thierry Davo (Salvador)

Le roman noir dans ses largeurs « ramassées » a pour cadre le Mexique avec tout ce qu’il véhicule. La thèse symbolique du contraste des genres, des oppositions de sentiments, que ce pays offre est un véritable creuset brut des bases de ce genre littéraire. Se succèdent malgré tout un humour sous jacent et grinçant, une âpreté scarifiante aux confins des contours de cette nation où s’agrègent les poncifs de corruption, de justice expéditive, de délitement inéluctable d’une démocratie républicaine fantoche. Entrer dans « Le Directeur n’aime pas les cadavres » c’est s’exposer à un récit sans concessions, sans apprêts, sans introduction discursive, sans mise en garde  et de filer, avec brutalité et sans déviation, vers l’essence des maux d’une exsangue nation cherchant pourtant à délimiter une approximative morale…

« Depuis qu’il a vu la dépouille de sa mère, le Vieux, directeur d’un grand quotidien proche du parti au pouvoir, ne supporte plus la vue des cadavres. Cadavres dont son fils est devenu, par défi et après de pseudo études de médecine, la doublure au cinéma. Le Vieux est mal en point. Il a beau tirer les ficelles, il a de gros ennuis, pris en tenaille dans la guerre implacable que se livrent les tueurs d’Ortega et du Colonel. Et avec la folie auto-destructrice de Milady, sa deuxième femme, il risque d’affronter bientôt un cadavre de plus… »

L’auteur né en 1959, en exil durant la guerre civile au Salvador, journaliste au Mexique retourne dans son pays en 1999. Il a publié une vingtaine d’ouvrages traduits et étudiés aux Etats-Unis.

Cet ouvrage appartient à la « trilogie mexicaine »,  De certaines façons de mourir, donnant au bout du compte cinq romans dont le fil directeur est l’histoire et l’anéantissement d’une brigade spéciale de la police mexicaine.

Ce récit est peuplé de personnages incarnés dans leur dimension romanesque mais aussi dans leur faculté à créer une tension et une réflexion de manière plus globale. Le vieux, patriarche et métronome d’un groupe proche du pouvoir, impose des règles et un cadre de vie rigide, inflexible entouré en permanence d’un bataillon de gardes du corps. Son fils suit ce cadre depuis l’enfance en joue, s’en éloigne, y revient et son sentiment profond envers son géniteur reste marqué par une ambivalence contrastée. Milady, la dernière compagne en date du Vieux assène au récit sa part de déséquilibre, sa part d’esprit torturé en présentant des facettes psychopathologiques lestées d’un passé tortueux. Ce trident trace un récit épais, sec, nous envoyant des images sombres d’un état coloré.

Du vitriol au pays du Mezcal où le lombric est dans la démocratie !

Chouchou.

 

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