Chroniques noires et partisanes

Auteur/autrice : clete (Page 46 of 162)

INDÉPENDANCE de Javier Cercas / Actes Sud

Independencia

Traduction: Aleksandar GRUJICIC et Karine LOUESDON

L’an dernier, Javier Cercas, l’auteur espagnol mondialement reconnu, s’était aventuré dans le polar avec Terra Alta, premier roman d’une trilogie éponyme. Si Terra Alta fut une belle réussite, l’auteur espagnol et son héros tourmenté le flic Melchor Marin, grand passionné de l’œuvre de Victor Hugo, reviennent beaucoup plus forts aujourd’hui.

“Melchor quitte provisoirement sa Terra Alta d’adoption pour venir prêter main-forte aux services de police de Barcelone dans une affaire de tentative d’extorsion de fonds basée sur l’existence présumée d’une sextape. L’enquête doit être menée avec célérité et discrétion car la victime est la maire de la ville.”

Alors, bien sûr, l’idéal est de commencer par le premier tome Terra Alta pour bien comprendre qui est Melchor, son passé tragique, ses errances et la délivrance offerte par la découverte de la lecture quand il était en prison. Mais, on peut très bien aborder l’histoire et l’homme avec Indépendance. Quand l’histoire criminelle va croiser les blessures non cicatrisées de Melchor, vous aurez suffisamment appréhendé l’homme pour comprendre parfaitement ses agissements, licites et parfois illicites. Sachez-le, l’homme ne dédaigne pas régler ses affaires sans passer par la voie officielle. Melchor a des méthodes de persuasion que tous les maris violents qui croisent sa route et ses poings trouvent frappantes, pour ne citer qu’un exemple, vous aurez tout le plaisir de partager le reste à ses côtés dans les rues de Barcelone.

Indépendance, pour moi, dépasse un Terra Alta pourtant brillant juste ampoulé parfois par trop de pages sur les démons intérieurs du protagoniste. Terra Alta, au fin fond de la caillasse de Tarragonie ancrait une histoire criminelle dont les fils nous ramenaient au temps sombres de la guerre civile. Melchor prenait parfois trop de place par rapport à l’enquête. 

Situé à Barcelone introduisant Melchor en digne successeur du Pepe Carvalho de Manuel Vázquez Montalbán, Indépendance, est, lui, un vrai polar d’investigation doublé d’une critique acerbe des familles historiques qui dirigent la Catalogne et Barcelone depuis de nombreuses décennies et dont l’un des derniers faits d’armes fut la tentative d’indépendance de 2017. On suit cette caste par l’histoire de trois petites ordures, fils des nantis, se croyant au-dessus des lois il y a vingt ans et les établissant à leur profit aujourd’hui.

“-Mon père disait que la Catalogne a toujours été entre les mains d’une poignée de familles. Ce sont elles qui décidaient de tout avant le franquisme, qui ont décidé de tout pendant le franquisme, qui ont décidé de tout après le franquisme, et qui décideront de tout quand toi et moi on sera morts et enterrés… L’argent, c’est une chose magique, une chose immortelle et transcendante. L’argent, c’est dément. C’est quelque chose de bien plus fort que le pouvoir, parce que le pouvoir en dépend. En plus, l’argent survit à tout, y compris lorsque le pouvoir change de mains. Eh bien, mes trois amis font partie de cette poignée de familles catalanes.”

L’intrigue, une histoire de sextape, objet de chantage, mouais, navrant certainement pour la victime, maire de Barcelone mais il n’y a pas mort d’homme… On peut redouter que le propos criminel soit juste une excuse afin de permettre à Cercas de tirer tout son saoul  sur le pouvoir catalan, les élites et édiles barcelonais (enfin presque tous, pas un seul mot sur Manuel Valls !). Mais, très rapidement, par les relations qui lient certains acteurs de la sextortion, on passe dans une autre dimension. Vous comprendrez très vite le côté pervers de l’intrigue aidé par un procédé littéraire malin qui permet au lecteur d’en savoir presque autant voire plus parfois que les enquêteurs. Ainsi, on se confronte, on se frotte aux hypothèses de Melchor, de ses collègues, les comparant aux nôtres pour finir dans le même hébétement qu’eux quand survient un coup méchamment tordu dans la dernière partie.

Une belle maîtrise pour un grand polar.

Clete

DES ILES ET DES CHIENS de Sylvia Cagninacci / In8

 Sur le sentier de Saint-Jean, je me suis arrêté, à bout de souffle, sur la grande pierre plate, avant d’entamer la dernière montée qui mène à la chapelle. Et ce que j’avais imaginé est arrivé. Enfin pas tout à fait. Sous l’impact de la balle qui m’a perforé la cuisse, l’azur s’est bien déchiré en deux, mais rien n’a bougé. La mer ne s’est pas vidée et le ciel est resté suspendu en l’air. J’ai pensé à Lucie, à sa déception. Pas de Nathan visible. Puis j’ai été happé par l’intensité de l’expérience, car autre chose de bien plus incroyable s’est produit. Je me suis introduit dans la fente de pure lumière tout à coup béante entre le ciel et l’eau. 

 L’écriture est vive, dès les premières phrases on reste cloué sur place, à genoux. Sylvia Cagninacci nous raconte la jeune vie de Dominique, en commençant par celle de Noëlle, sa mère, une combattante du quotidien, et de son père Ange, un tocard à l’esprit tordu qui siphonne l’alcool par litres entiers ; un couple qui se détruit, qui s’aime autant qu’il se déteste. Je ne révèle pas grand-chose en écrivant qu’au bout d’une poignée de pages Dominique meurt, victime accidentelle de la balle d’un chasseur. Il continuera malgré tout à nous parler, nous confier sa vie et ce qui l’a mené sur ces chemins forestiers et malheureusement mortels. 

 De ce meurtre, l’autrice aurait pu dérouler une banale histoire de vengeance et une enquête policière, mais non. « Des îles et des chiens » n’est pas vraiment un polar, plutôt un roman noir et même très noir, c’est également une tragédie, de celles qui déchirent le cœur et l’âme, qui collent une boule dans le ventre et la gorge.

 Sylvia Cagninacci se concentre sur la folle mécanique de jalousies et d’engueulades, qui a emmené cet enfant à se réfugier sur les hauteurs de son village corse. On voit ce couple qui se saborde, ce gamin qui subit toute cette violence et en même temps l’amour incommensurable qu’il porte à chacun. Puis l’uppercut qui dégomme la mère et le père quand ils apprennent, chacun de leur côté, et comprennent que leur fils est mort.

Le roman se passe en Corse, les odeurs, la chaleur des pierres ensoleillées transpirent à chaque page, mais il pourrait se passer n’importe où. L’atmosphère générale y est aussi close et rustre que dans le Kentucky de Chris Offutt lu dernièrement.

 Je trouve les personnages d’enfants et d’adolescents généralement peu réussis, rares sont les David Vann, les Marion Brunet. Je peux désormais ajouter à cette courte liste « Des îles et des chiens ».

NicoTag

MÉCANIQUE MORT de Sébastien Raizer / Série Noire

Nyctalopes suit Sébastien Raizer depuis longtemps à travers des chroniques et des entretiens et chaque nouvelle parution du plus japonais des auteurs de la Série Noire est un petit plaisir dont on apprécie la récurrence. 

“Après trois ans passés en Asie, Dimitri Gallois revient à Thionville, afin de se recueillir sur les tombes de son père et de son frère pour apaiser son âme tourmentée. Mais ce retour réveille de vieilles haines et provoque un regain de violence entre des clans ennemis qui avaient conclu une paix toute relative. Vengeance, trafic de drogue, opium de synthèse, banquier corrompu, mafia albanaise et ‘Ndrangheta, Dimitri va-t-il réussir à échapper à cette terrifiante mécanique de mort ?« 

Mécanique mort est la suite de Les nuits rouges paru en 2020 et c’est une première surprise tant le premier roman ne laissait pas poindre ce deuxième opus qui s’avère finalement très pertinent. Dans Les nuits rouges, Raizer, par le biais d’un cold case, s’intéressait surtout au démembrement industriel de la Lorraine à l’orée des années 80, de la panade qui s’ensuivit pour les populations sinistrées et oubliées par les institutions et par la quasi-totalité de la classe politique. S’y greffait aussi un peu du monde de la dope dans une ville de Thionville un peu zombie. 

Pour Mécanique mort, Raizer a juste modifié la focale, passant du local de Thionville à un territoire plus vaste : la Lorraine ainsi que la Sarre et le Haut Palatinat voisins, abandonnant sa vindicte sur les politiques pour mieux se concentrer sur la finance et sur une banque en particulier. Vous la reconnaîtrez aisément en apprenant ses comportements encore plus voyous que ses concurrents et ses accointances prouvées avec les mafias pour le blanchiment et autres opérations crapuleuses liées à l’apparition du fléau fentanyl sur la région. 

Dimitri Gallois débarque en fantôme à Thionville mais rapidement les liens anciens, les comptes à régler et le danger de son retour sur un équilibre local animent un récit percutant, dur, où la violence (et il vaut mieux en être averti) ouvre sur le cauchemar, la barbarie la plus sale. Parallèlement à l’intrigue, Raizer assène des propos forts sur la marche du monde, sur les banques, sur la face cachée du libéralisme. 

On est donc dans un roman aussi abouti que Les Nuits rouges, balançant entre résilience et colère, mais avec l’ajout non négligeable de passages humoristiques et de personnalités très solaires. Reste à savoir si ces éclaircies dans un tableau salement moche et sombre porteront, mais force est de constater qu’elles montrent une certaine tendresse totalement nouvelle chez le romancier. Ajoutez-y quelques passages dignes d’un tour operator et vous comprendrez l’amour de la Lorraine de Sébastien Raizer. Il est originaire de ce coin de France et parfois l’histoire de Dimitri Gallois, sa tendresse masquée, semblent ressembler à la catharsis de Sébastien Raizer. 

Il aura donc fallu qu’il s’installe à l’autre bout de la planète pour qu’il écrive avec insistance sur ses origines, son terroir. Alors, manier le sabre, vivre une pratique bouddhiste accomplie, couper le gazon au ciseau dans des temples, vivre au sushiland, c’est bien, mais rien ne vaut une petite mirabelle Sébastien, non ?

Pur et dur, tout ce qu’on espère toujours en ouvrant une Série Noire.

Clete.

PS: 2022 de feu à la SN, Raizer maintenant et à venir DOA et Chainas !!!

LES GENS DES COLLINES de Chris Offutt / Gallmeister

The Killing Hills

Traduction: Anatole Pons-Reumaux

 Ce nouveau roman de Chris Offutt prend vie en quelques minutes, un cadavre de femme adossé à une souche aux premières pages, immédiatement suivi de la rencontre avec Linda Hardin et son frère Mick. Elle est la première femme sheriff de son coin du Kentucky, lui est enquêteur militaire en déshérence. Elle lui demande un coup de main et il prend en même temps les rênes du roman.


On va suivre Mick dans les rudes collines sombres et touffues avec des familles enracinées depuis plusieurs générations. Tout le monde se connaît, s’épie et se soutient. Tous taiseux et méfiants, bien rugueux comme la nature autour, cet autre personnage du roman : toute cette végétation augmente la noirceur du livre, des arbres de toutes sortes, des lianes, des broussailles et des feuilles à la tonne, des écureuils, des serpents, des grottes et de la boue, partout, tout le temps.
Pendant que Linda doit se coltiner un bleu du FBI sorti de la poche de l’industriel local, Mick parcourt les vallées, tentant d’apprivoiser les familles recluses qui pourraient avoir un lien avec le meurtre. On le voit déchiffrer, décoder le peu de mots et surtout les non-dits de ces gens engoncés dans un antique code de l’honneur où la vengeance et le qu’en-dira-t-on tiennent fermement leurs places.

 — Est-ce que Nonnie fréquentait quelqu’un ? Je veux dire, est-ce qu’elle avait un soupirant ou quelque chose comme ça ?

 La femme tira sur sa manche, tapota l’accoudoir de son fauteuil et regarda le sol.

 — Non, dit-elle d’une voix ferme. Personne.

 Les voix dans le fond s’élevèrent de nouveau, se chevauchant comme dans une dispute ou un débat. Mick but une gorgée de café, aspirant de l’air pour le refoirdir. Le regard de la femme passa de lui au portrait de Jésus, et Mick se dit qu’elle avait des années d’entraînement au silence.

  Comme si le tableau n’était pas assez noir dans « Les gens des collines », la drogue est également de la partie, elle tue et fait tuer. L’occasion pour Chris Offutt de nous balancer toute la violence de ces comtés oubliés avec un style d’écriture tant visuel que percutant.

 Le meurtre de Nonnie Johnson passe presque au second plan ; pour Mick la recherche de la vérité se métamorphose en défi, en quête. Comment débusquer un meurtrier dans cet enchevêtrement de vallées claustrophobiques, de hameaux dépeuplés, de clans familiaux où le silence est la vertu cardinale. Comment écarter la vengeance, et éviter la multiplication des cadavres ?


Une fois terminé Les gens des collines  tout n’est pas si noir puisque ce roman est le premier volume d’une trilogie. Le deuxième devrait paraître dans quelques semaines aux USA, et le troisième est bien avancé. Retrouver Mick et Linda dans leurs collines bleues est la promesse de bonnes pages à venir. 

 NicoTag

 Comme un avant-goût du roman, l’âpreté du paysage, des gens, de la vie dans ces collines ; tout est dans ce « Cabin fever ».

SUGAR DADDY de Marion Chemin / Goater Noir

Il y a quelques mois encore, un mien camarade sur ce site écrivait : « Marion Chemin s’impose depuis une décennie en figure cash et incontournable de la nouvelle féminine, sucrée-salée, toute en mots doux et maux durs. » On ne peut en aucune manière le désavouer alors que paraît un nouveau (court) roman de l’autrice, prise apparemment ces derniers mois d’une frénésie (électrique forcément) de production. 

Sur les hauteurs du Havre, on s’affaire à préparer la fête d’anniversaire de Fred Stanis. un réalisateur de cinéma vieillissant. Sous les yeux d’un couple d’intermittents venus animer la soirée, Pomme, la fille de la maison, décide de gâcher la fête à sa manière. Sugar Daddy, c’est l’histoire d’une rencontre douloureuse entre deux mondes qui s’attirent sans se le dire.

Marion Chemin a une prédilection pour les histoires de familles, de couples, où, même enfouies, les blessures restent vives. La loi d’airain de son univers : une femme, un homme, ça abîme et ça s’abîme. Ce soir-là, c’était donc son soixante-treizième anniversaire et nous étions seuls. Le père, la fille et la haine. Marion Chemin a le talent également pour définir ses personnages féminins avec une rage et une tendresse décapantes. Et elle est lucide pour savoir que la sororité peut être aussi illusoire que la fraternité, spécialement quand elle doit dépasser les barrières sociales.

Sur les hauteurs du Havre, donc, une fille à son père et tout n’est pas sucre. Boursouflée par sa propre mésestime, enveloppée dans un corps disgrâcieux, Pomme a la haine. Mais ce soir-là, elle entend être reine. Son sale con de daron va morfler. Il prépare un raout aussi vain et fatigué que sa personne. Il vient de sortir son dernier film pourri mais encensé. Un réal français, quoi. Pomme veut tout faire péter, quitte à endosser une autre robe que celle qu’elle accepte de porter depuis toujours, la résignation. A-t-elle un plan ? Ce n’est pas certain. Des événements et la participation à la soirée d’un couple d’intermittents, Lucie et Gilles, lui en donneront l’occasion. Lucie se pose en positif prudent de Pomme. Pas accablée mais parfois miraculée. Pas défaitiste mais parfois défaite. Pas hideuse mais parfois rendue jolie par la chance, l’espoir ou le désir. Elle se croit à l’abri, elle a rencontré un homme, le sien. Elle construit sa vie, elle. Elle en une. Elle peut donc tout en perdre… Avec ses formules acides ou ses coups de griffes souriants, Marion Chemin nous raconte encore une fois que la famille, le couple, n’est pas le havre d’un bonheur idéalisé. Quand il y a une Pomme blette, c’est forcé, le reste du lot pourrit aussi, fille ou garçon. 

Un texte qui n’épargne pas les filles et les femmes, non plus que les papas et les gars. 

Paotrsaout

LA ZONE de Markiyan Kamysh / Arthaud

Traduction: Natalya Ivanishko

 Markiyan Kamysh est ukrainien, en 2015 est sorti son livre « La zone », paru chez nous en 2016, et qui revient ces jours-ci en librairies ; c’est un promeneur un peu particulier : la Zone d’exclusion de Tchernobyl est son terrain de prédilection. Il y mange, dort, se baigne, picole pas mal aussi, dans les ruines et les bois autour de la centrale, dans Pripyat, la ville où logeaient les employés et leurs familles. 

 C’est ce qui m’attache à la Zone. Un homme normal se contenterait d’une visite. Quelqu’un d’obstiné aurait besoin de quelques incursions supplémentaires. Moi, je trouve toujours un nouveau prétexte pour y retourner. D’abord, Prypiat et Tchernobyl1-2, puis des bourgs, des bourgs, des bourgs, des colonies de vacances, des cures, des batteries antiaériennes, des hangars, le chemin de fer, des tours de refroidissement, des églises. J’ai envie de renifler et de toucher chaque débris de cette poubelle, chaque fragment du passé. Et, à chaque fois, je me jure que cette visite sera la dernière.

 Mais non, que dalle ! Un mois plus tard, j’écorche à nouveau mon à dos sous les barbelés, encaisse des chutes dans les fossés, suis les chemins de fer désaffectés, traverse les ponts et allume des cierges dans des églises abandonnées. Je suis un imbécile. Assommez-moi.


M. Kamysh écrit un drôle de récit de voyage, aussi déglingué qu’enfiévré. Il a commencé à fréquenter le site vers 2010, à 22 ans, puis y est retourné de nombreuses fois en toutes saisons. Il y va pour le frisson du danger, de l’interdit, mais aussi pour être loin du monde et vider des canettes tranquillement sur les toits ou perché sur des radars, il y trouve son propre exotisme. C’est un clochard, qui explore l’Apocalypse comme il se qualifie.

 Loin de tous ces récits post-apocalyptiques dont on nous abreuve depuis quelques temps,  La zone  est un voyage dans un territoire où la fin du monde a bien eu lieu. Ce n’est pas un bouquin de science-fiction, à peine de la fiction, et encore moins de la science. Les descriptions des lieux qu’il traverse se rapprochent de l’urbex, mais sur un terrain géant, une zone de plusieurs centaines de km² interdite et à l’abandon. On imagine souvent cette zone comme un endroit où le temps se serait arrêté en avril 1986, alors qu’elle grouille de vie, des soldats et des policiers, des ermites et des revenants, des pillards, des promeneurs, ainsi que des touristes amateurs de ruines, et énormément d’animaux sauvages : loups, lynx, sangliers, cerfs et biches, etc. 

 Mettons-nous d’accord. Pas de raids, ni de marches ni aucun autre terme galvaudés du vocabulaire militaire. Une promenade dans la Zone, point final. Il n’y a rien dans cette Zone qui puisse en faire un endroit ultra dangereux, une épreuve d’endurance pour les plus braves de l’humanité. Si c’est ça que vous cherchez, allez dans la toundra, descendez dans les cratères de volcans. Dans la Zone, il n’y a que des promenades paisibles au milieu des forêts mixtes.

 L’homme se fait des montagnes de tout.

Il brosse le tableau du Tchernobyl actuel, de ce qui est et de ceux qui y vivent en s’accommodant avec leur environnement, sans vraiment évoquer l’accident de 1986. C’est une toute autre vision que celles de Svetlana Alexievitch ou de Galia Ackerman par exemple.    

 Markiyan Kamysh aime être dans la zone, tout en sachant que son comportement est quasi suicidaire, sa fascination pour ses lieux n’a rien de glauque et son récit n’est pas catastrophiste, il oscille constamment entre désespoir et décadence, avec toujours un humour bien particulier.

NicoTag

P.S : Depuis le début de la guerre, Markiyan Kamysh écrit depuis Kiev pour différents journaux européens.

RIEN QUE LE NOIR de William McIlvanney et Ian Rankin / Rivages

The Dark Remains

Traduction: Fabienne Duvigneau

William McIlvanney, auteur et poète écossais nous a quittés en 2005. L’écrivain glaswégien est surtout et peut-être exclusivement connu en France pour sa trilogie polar Laidlaw racontant les enquêtes d’un flic à Glasgow et devenue culte pour beaucoup de ses nombreux lecteurs de par le monde. A la mort de l’auteur, il a été retrouvé un manuscrit inachevé, une sorte de première enquête, un prequel… de la carrière de l’inspecteur Jack Laidlaw. On aurait pu penser que Liam McIlvanney, son fils, également auteur d’excellents polars comme Le quaker centrés sur Glasgow à la même époque chez Métailié reprendrait le flambeau mais délaissant pour un temps Edimboug et troquant le costume de Rébus pour celui de Laidlaw, c’est Ian Rankin qui s’y est collé.

Et avant d’en parler un peu plus précisément, il faut reconnaître que l’association des deux noms McIllvanney/ Rankin, sur la couverture d’un Rivages, ça claque, ça fait méchamment envie…

Glasgow, octobre 1972. Lorsqu’un cadavre en costume est découvert dans une ruelle sombre à l’arrière du pub Le Parlour, Il est aussitôt identifié : Bobby Carter, l’avocat qui mettait ses talents au service de la pègre. Enfin, de l’un de ses chefs, Cam Colvin. De l’avis général, ce qui est arrivé à Bobby Carter n’a rien de surprenant.

Le jeune policier Jack Laidlaw est lui aussi précédé d’une solide réputation. Il a tendance à travailler en solitaire et à se moquer de la hiérarchie. Mais il a un sixième sens pour interpréter les signes que les autres ne voient pas. La police doit trouver rapidement qui a tué Bobby Carter car les différents gangs de la ville sont prêts à s’entretuer.

Dès les premières pages, c’est un vrai plaisir de retrouver le vieux pote Laidlaw, déjà très insubordonné, philosophe, souvent éclairé par une intuition fugitive mais tenace, dans une plongée périlleuse dans les profondeurs de Glasgow au début des années 70, arpentant les rues de la ville, pénétrant les pubs borgnes, explorant les quartiers sensibles. Laidlaw doit s’opposer à sa hiérarchie et tout faire pour éviter une guerre des clans ( passage obligatoire que de parler de clans dans un roman écossais, viendra sûrement aussi une citation contenant du tartan, voire d’autres sur le single malt ou la guerre Celtic / Rangers). On est dans un roman d’investigation mené minutieusement tout en faisant néanmoins grimper la tension, nous laissant parfois bien dubitatifs devant les agissements, les pensées des différents chefs de gangs et leurs bras armés aussi primaires et imprévisibles que dangereux. Les diverses déambulations du flic borné nous proposent un kaléidoscope passionnant de la ville et de ses mentalités, nous égarant, nous éloignant de manière très malveillante du but.

Est ce que c’est parce que ma lecture de la trilogie Laidlaw est somme toute très ancienne ou parce que les romans de Rankin m’ont souvent séduit mais je n’ai vu aucune différence entre l’œuvre originale et ce “rajout” de 2021. On parle parfois abusivement de quintessence du noir mais Rien que le noir en est certainement pour les histoires de gangsters.

Vintage à souhait, un vrai bonheur pour tous les fans du parrain du « Tartan Noir », de l’impeccable Jack Laidlaw et pour tous les amateurs de noir pur et dur et à conseiller vivement à tous ceux qui s’enflamment de manière parfois bien exagérée devant les romans d’Alan Parks, dans les pas de William Mc Illvanney, c’est certain, mais encore loin derrière.

Pépite !

Clete.

DES HOMMES SANS NOM de Maury-Victor / Gallimard

Gallimard inaugure une nouvelle collection consacrée à l’espionnage. Le directeur est Marc Dugain et les lecteurs de notamment Les larmes d’Edgar sont sûrs qu’il sera le garant d’une qualité et d’un sérieux que l’on trouve également dans le reste de sa bibliographie. Derrière le pseudo de Maury-Victor se cachent les deux auteurs de Des hommes sans nom: Marc Victor, romancier de Le bout du monde chez JC Lattès et scénariste de la série Kaboul Kitchen et Hubert Maury, ancien officier et diplomate et qui se consacre maintenant au dessin et à l’écriture de romans graphiques.

“Octobre 2017. Daesh perd du terrain. Un mystérieux cacique de l’organisation islamiste contacte les services français et déclare vouloir faire défection. Victoire Le Lidec, jeune analyste de la Direction générale de la sécurité extérieure, déçue par les perspectives de carrière qui lui sont offertes, décide de frapper fort. Son objectif : instrumentaliser le recrutement de ce transfuge pour monter sa propre opération de contre-terrorisme. Personne au sein de sa hiérarchie n’y croit, jugeant le projet trop complexe.

Seul recours pour Victoire : manipuler son ancien instructeur, Nikolaï Kozel, ex-légionnaire et légende vivante de la Boîte, qui maîtrise comme personne le métier d’officier traitant. Kozel n’est pas en bonne posture : le contre-espionnage français le soupçonne de compromission avec une puissance étrangère.”

Le renseignement comme l’espionnage a beaucoup évolué depuis Le Carré et Littell, grands maîtres du genre. James Bond et MI lui ont trop souvent donné un éclat hollywoodien qui ne correspond pas à la vérité du terrain, le travail ingrat et invisible de celles et ceux, qui tels des fourmis, s’évertuent à trouver une vérité derrière des comportements. Le récent conflit en Ukraine a montré l’importance de ces armées de l’ombre, le caractère primordial du renseignement humain.

Ce premier roman de la collection traite une affaire française, ce qui est peut-être plus facile d’accès pour le public ainsi qu’un théâtre des opérations déjà connu au Pakistan et en Afghanistan, gros dossier de la géopolitique du XXième siècle. S’il fallait résumer rapidement l’impression donnée par ce roman, on pourrait dire que c’est très proche de la série  Le bureau des légendes. 

Solide, sérieux, documenté et didactique quand nécessaire, le roman se lit bien, ne bascule pas dans l’excès, traite cette histoire de retournement avec beaucoup de finesse en prenant bien en compte la psychologie des différents personnages. Addictif malgré une fin légèrement précipitée, on fonce dans une fiction qui finalement nous amène vers la réalité d’un attentat commis en France à l’époque.

La collection publiera de deux à cinq titres par an et outre des romans, (Paysages trompeurs de Marc Dugain à l’automne), elle sortira aussi des mémoires, des récits et des témoignages marquants. Nul doute, que Des hommes sans nom ouvert à un public large, donne un ton juste et contribuera certainement à un bon démarrage de la collection.

Clete.

PS: Les éventuels aménagements futurs des couvertures de la collection ne pourront qu’être bénéfiques.

2034 de Elliot Ackerman et James Stavridis / Gallmeister

Traduction: Janique Jouin-de Laurens

Sa petite flottille se trouvait à douze miles nautiques du récif Mischief, dans les îles Spratleys, une zone depuis longtemps disputée, et effectuait ce qu’on nommait par euphémisme une « patrouille de liberté de navigation. » Elle détestait ce terme. Comme souvent dans l’armée, il était destiné à donner une apparence trompeuse à leur mission, qui n’était qu’une provocation pure et simple. Ces eaux étaient indéniablement des eaux internationales, tout au moins d’après les conventions établies par la loi maritime, mais la République populaire de Chine les revendiquait comme eaux territoriales. Imaginez que votre voisin ait légèrement déplacé sa clôture sur votre propriété et qu’en représailles vous laissiez volontairement d’énormes marques de pneus sur la pelouse dont il est si fier ; voilà à quoi revenait le droit de fait de traverser le très contesté archipel Spratleys avec sa flotille. Et c’est ce que les Chinois faisaient maintenant depuis des décennies, déplacer la clôture, un peu plus loin, un peu plus loin et encore un peu plus loin, jusqu’à revendiquer la totalité du Pacifique Sud.

 Donc… il était temps de laisser des marques de pneus sur la pelouse.

La capitaine Sarah Hunt est à la tête des trois destroyers qui laissent des marques en mer de Chine.
Chris « Wedge » Mitchell est pilote, comme ses père, grand-père et arrière grand-père avant lui. Il teste un système de brouillage dans les limites du ciel iranien.
Tous deux font face à une situation critique, des incidents isolés concomitants propres à remettre en cause les équilibres géopolitiques mondiaux. Le pilote se retrouve sur le sol iranien, prisonnier des gardiens de la révolution, après que son avion ait été détourné grâce à une technologie avancée. La seconde, en voulant sauver un chalutier chinois, est encerclée puis torpillée par une escadre de l’armée nationale populaire chinoise. Les deux sont de surcroît privés de tout moyen de communication avec leurs hiérarchies. Un troisième personnage, travaillant à la Maison Blanche, fait le lien entre les histoires des deux autres, Sandeep Chowdhury, conseiller adjoint à la sécurité nationale.

On comprend assez vite que les chemins de ces personnages vont se croiser, c’est une construction assez classique. Ce qui change du tout au tout c’est le décor, et là il faut reconnaître que les deux auteurs, l’écrivain et ex-militaire Elliot Ackerman et l’amiral James Stavridis, ancien commandant de l’Otan en Europe, savent promptement bâtir une situation critique haletante, effrayante et asphyxiante, digne de ce que le polar ou le roman politique savent faire de mieux.
« 2034 » débute le 12 mars 2034 à 14h47. Page 59, à 18h42, une guerre commence dans laquelle les trois personnages cités deviennent les jouets et les monnaies d’échange d’un jeu qui n’a rien de plaisant. Tous trois se débattent, chacun selon ses moyens, dans ce qui n’est pas encore une guerre mondiale.
À la manœuvre il y a trois hauts gradés chinois dont on sait peu de choses, qui enferment les Américains dans une nasse qui se révèle quasi inextricable.

 — San Diego et Galveston.

 Ils restèrent figés, tous les trois. Dans la pièce, il n’y avait d’autre bruit que la musique. Pas un mot ne fut prononcé. L’unique mouvement provenait de la télévision. Le bandeau continuait de défiler, distillant l’information, tandis qu’au-dessus se trouvait la fille qui joyeusement distillait  les mouvements de la Tandava. Sa danse semblait ne jamais prendre fin. 

 « 2034 » a bien quelques défauts, une conclusion peu étayée par exemple, en revanche on peut remercier les auteurs de ne pas avoir cédé à la facilité, le livre n’est pas un spectacle grand-guignolesque avec des bas du front qui dégomment en tous sens. Plusieurs événements sont rapportés indirectement plutôt qu’outrageusement balancés. La violence et la débauche technologique militaire meurtrière sont au cœur du livre ; le voyeurisme par contre n’y a pas sa place.


Le monde en 2034 ressemble à ce qu’il est aujourd’hui, un terrain de jeu pour les tous les affamés de pouvoir. Les tensions géopolitiques sont les mêmes en pire, quelques régions ou pays ont changé de main. Ce roman d’anticipation, puisqu’il s’agit bien d’un roman, résonne évidemment avec l’actualité, mais au-delà de l’angoissante fiction politico-militaire, nous suivons le parcours des trois personnages : la prison et l’hôpital pour Mitchell, la cellule de crise du gouvernement pour Chowdhury, et Hunt coincée sur une base navale dans une procédure d’enquête. Tous trois vivent et subissent ces moments avec des formes de pression aussi différentes qu’intenses.

 Par la suite, avec la montée croissante de la crise, on les voit sur plusieurs semaines batailler dans ce qui est devenu une guerre totale. Nous sommes embarqués à l’intérieur de cette escalade de violence ; nous prenons de plein fouet toutes les émotions des personnages, quels qu’ils soient. Si on ajoute le cadençage ultra rapide du récit, « 2034 » se transforme en un page-turner dynamique au climat tendu et terriblement anxiogène.

NicoTag

 La guerre s’est souvent immiscée dans le rock, Motörhead, les Tindersticks ou PJ Harvey n’en sont que quelques exemples parmi beaucoup d’autres, dont celui-ci :

VERS CALAIS, EN TEMPS ORDINAIRE de James Meek / Métailié

To Calais, In Ordinary Time

Traduction héroïque de David Fauquemberg

Durablement sous le charme de son premier roman « Un acte d’amour », je n’ai pas résisté à la tentation de quitter un peu des contrées du Noir de plus en plus similaires pour retrouver l’Ecossais James Meek dans un nouveau fabuleux roman. Peut-être un peu éloigné des habitudes de Nyctalopes, le roman mérite néanmoins toute votre attention et un peu moins une chronique forcément maladroite et incomplète tant le propos comme sa forme sont d’une richesse qu’on ne rencontre plus souvent.

“Angleterre, 1348. Une gente dame, lectrice du Roman de la Rose, fuit un odieux mariage arrangé, un procureur écossais part pour Avignon et un jeune laboureur en quête de liberté intègre une compagnie d’archers qui a participé à la bataille de Crécy. Tous se retrouvent sur la route de Calais. Venant vers eux depuis l’autre rive de la Manche, la Mort noire, la peste qui va tuer la moitié de la population de l’Europe du Nord.”

Dès le départ, on saisit que le roman est englué dans une sale époque entre guerre de Cent Ans et ses sinistres déclinaisons de boucheries armées et de pillages de villages ennemis d’un côté et de l’autre la peste qui remonte la France avec son cortège d’hécatombes, son chapelet de tragédies et ces rumeurs folles déversées par l’absence de connaissances et les conneries de l’Eglise qui écrase le monde, le noyant dans l’obscurantisme. D’aucuns, ont fait du cocktail terrible de guerre et d’épidémie une occasion de parler de notre époque de COVID et de guerre en Ukraine. S’Il est avéré que Meek s’intéresse de longue date à la période médiévale de la Peste Noire, il est moins certain qu’il ait eu l’envie ou le loisir de nous parler en plus de notre époque. Néanmoins, sa narration permet de comparer les consciences collectives face à la pandémie, de déterminer les maîtres du discours, les gardiens de clés.

Or, et de manière surprenante une fois le décor peu enchanteur avisé, le thème principal et de loin, est l’Amour, sous plusieurs de ses formes avec une multitude d’apparences aimantes ou malheureuses. Le Roman de la Rose (honte au journaliste qui a vaillamment parlé du “Nom de la rose” hors propos et qui n’a absolument rien à voir) est dans les bagages, dans la tête et le cœur de Dame Bernardine qui rejoint la compagnie d’archers pour retrouver son amant. L’amour peut-être passionné comme celui de Bernardine, intéressé comme celui de son amant, épistolaire comme celui d’un clerc, compagnon de voyage qui s’en retourne en Avignon en freinant des quatre fers, peu pressé de rencontrer la Peste, très hésitant et flou pour Will engagé par les archers et déterminé à conquérir sa liberté d’homme, immoral et dégueulasse dans l’esprit et les agissements de Douceur, pire ordure de la belle bande de salopards que forment les archers.

Sur le fond, il est difficile et sûrement inutile de dire ce que raconte le roman. Disons brièvement que cette étrange équipée de soudards et de gens plus respectables traversant l’Angleterre, de concert, sans se comprendre ni s’apprécier s’apparente souvent, par ces différents tableaux à une grande farce médiévale empruntant aux Contes de Canterbury et au Décaméron de Boccace. L’humour, souvent présent, se décline dans des situations parfois très bouffonnes comme dans les répliques, les réflexions et les mercuriales outrées. Le voyage est long mais ne souffre d’aucune faiblesse tout en prenant parfois des chemins plus tortueux ou tout simplement un peu barrés. Les comportements, les attitudes, les croyances, les superstitions, les agissements, tout est matière à étonnement…

Mais, avant tout, ce qui rend exceptionnel ce roman, c’est la langue employée, un ravissement pour tous les amoureux des belles lettres. Trois dialectes ont été utilisés par James Meek dans la version originale: l’anglo-normand des propriétaires terriens et notables, le parler des paysans, l’anglais latinisant des clercs et il a fallu certainement un travail de fou à David Fauquemberg pour traduire pareille œuvre. Le résultat est divin et s’il faut quelques pages pour s’habituer à cette forme narrative qui semble revenue du néant, on peut ensuite se délecter de phrases complexes, aux sujets planqués, gavées de subordonnées sournoises, à des temps inusités et aux multiples formes verbales issues des formes les plus obscures du conditionnel ou du subjonctif. On jouit aussi d’un lexique ancien, parfois inconnu mais dont le sens apparaît très vite, comme un parent éloigné qu’on retrouve avec plaisir. Cette langue qui peut, par instants, paraître obscure permet aussi d’exprimer sans écarts de langage, certaines vérités comme Laurence, l’amant de Bernardine, assez mécontent.

“Votre persistance à me refuser la récompense de votre intimité, quand je vous démontrai pourtant à grand péril mon amour pour vous, est irritante au plus haut point, déclara Laurence, d’une voix haute et pleine d’impatience. Je commence à douter de la vigueur de vos sentiments envers moi.

…Soyez patient, dit-elle. J’ai besoin de m’accoutumer à la magnitude de ma dépendance à votre égard.”

Si pour le lecteur le bonheur est sur la route, les pèlerins, eux, ne la vivent pas de la même manière au fur et à mesure qu’ils semblent approcher la colère de Dieu. Roman exceptionnel, Vers Calais, en temps ordinaire, séduira au-delà du raisonnable les lecteurs exigeants et tous les amoureux des belles lettres.

Clete.

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